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  • Gregory Porter, Montreal Jazz Festival, 29 juin 2016

    J’étais arrivé vanné, les heures de vol, le décalage horaire, quelques nuits gris clair, mais l’air était bon, léger et joyeux à la descente d’avion à Montréal-Trudeau. Et puis, les amis m’avaient annoncé le programme : après un salto sous la douche, direction La Banquise, pour une dégustation de poutine, embarquée par des bières de magie, et suivie d’un double Sortilège,… le tout valant une résurrection avant le concert.

    Le concert ? Gregory Porter dans ses œuvres, ce 29 Juin 2016 pour la deuxième soirée du Festival de jazz de Montréal.  

    Vu la manière dont Gregory se couvre les cheveux et les oreilles, je ne suis pas sûr qu’il puisse faire bronzette sur la plage de la Baie des Anges (frontistes) sans se prendre un PV, mais pour renverser la salle du Théâtre Maisonneuve, c’est une réussite.

    Gregory, après tant de bons moments, a changé son groupe, pour une nouvelle étape. Vous trouverez au piano Chip Crawford, à la contrebasse Jahmal Nichols – vraiment too much – , à la batterie Emanuel Harrold et au saxo, Tivon Pennicott…

    - Quoi, Yosuke Sato ne joue plus avec Gregory ?

    - Eh oui, lui qui était la deuxième voix du quintet… Il est parti vers d’autres océans, et c’est Tivon Pennicott qui va transcender le saxo… Tiens, pour surmonter ce choc, voici un autre double Sortilège…

    - C’est dingue ce truc. Tu imagines l’annonce : « Gregory Porter, chanteur de soul-jazz, cherche joueur de saxo. Adresser CV et lettre de motivation »...

    Ainsi bien remis en forme, on s’est rendu au Théâtre Maisonneuve,… et le concert a été grandiose. Wow, quelle musique… Toute la musique d’aujourd’hui est là, et toute celle de demain aussi.

    Et je retrouve, béni, le concert filmé par Mezzo, la chaîne que je rendrais obligatoire quand je serai président de la République…

    Chères amies, chers amis, c’est Noël avant l’heure, mais tant de beauté fait tant de bien.

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  • Congrès de Liverpool : Grandes manœuvres au Parti travailliste

    Il y a un an, après la défaite cinglante d’Ed Miliband aux élections de mai 2015, marquant l’impasse du blairisme, le Parti travailliste s’était réuni en congrès, avec la victoire imprévue de Jeremy Corbyn député d’Islington, un quartier du nord de Londres, depuis 1983, et toujours minoritaire, voire très minoritaire, à l’aile gauche du Parti. Corbyn avait dynamisé la campagne, prônant une politique volontariste et solidaire, altermondialiste, antinucléaire, anti-Otan et anti-establishment, avec l’appui des syndicats et de nombreuses adhésions de jeunes.

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    Les affaires se sont ensuite compliquées avec le groupe parlementaire, qui n’a pas accepté le leadership de Corbyn. Le cabinet fantôme, qui a chez nos amis british un grand rôle, n’a pas fonctionné, la vieille et la jeune garde blairiste estimant nécessaire de faire tomber au plus tôt ce leader de gauche. Après le Brexit - ce jeu de massacre qui doit tout à Cameron - ils se sont déchaînés sur Corbyn, soutenant sans rire que si le Brexit avait gagné, c’était de sa faute, parce qu’il n’avait pas assez fait campagne ! Corbyn a répliqué de sa saine autorité, et le groupe s’est engagé dans un petit putsch d’opéra : démission en bloc du Shadow Cabinet, motion de défiance votée par 172 des 230 parlementaires, invraisemblable campagne de presse, polémiques puantes, recours en justice… Au final, Corbyn a été obligé de remettre son mandat en jeu et d’organiser un nouveau congrès.

    Petit problème : ces députés visionnaires n’avaient pas pensé, avant d’entreprendre leur coup de force, à arrêter un programme et à choisir un leader. Comme le parti est actuellement plutôt à Gauche, ils ont désigné comme leader un inconnu, Owen Smith, qui a pratiquement repris le programme de Corbyn, mais joue la com’ du jeune et fringant, supposé briller dans les sondages.

    Du côté des partisans de Corbyn, les manœuvres essoufflées des parlementaires ont gavé, et ont apporté de nouveaux soutiens. On a adhéré en masse au Parti travailliste, surtout des jeunes, et les effectifs dépassent les 500.000 adhérents. Le vieux Labour est devenu le premier parti politique en Europe !

    Nous connaîtrons le résultat du vote ce samedi, lors de la journée d’ouverture du Congrès à Liverpool. Il y a un an, Corbyn était passé avec 60% des voix. Un an plus tard, grâce au génie des parlementaires, tout annonce qu’il fera davantage…

    Et que faire ensuite ? Le Congrès va être intéressant, mais sous fortes tensions. Il va dégager une très forte majorité contre les parlementaires… qui n’ont pas respecté le leader, et qui n’ont cessé de le dézinguer dans les médias. Les militants contre les parlementaires. Affaiblis par cette manœuvre d’amateur, et après avoir tant critiqué Corbyn, à quel rôle peuvent prétendre les parlementaires ? Sauveront-ils leurs investitures ? Et quel type d’unité du Parti Corbyn peut-il rechercher ?

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  • Une seule question à Sarko

    Sarko, sans avoir à ouvrir le débat sur le mal que tu as fait à la France, je te pose une seule question : « Comment peux-tu oser dire que tu feras demain ce que n’as pas fait hier ? ».

    Alors, lâche-nous la grappe, dégage, fais-toi oublier, et merci d’avance.

     

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    Tout problème à une solution

  • Refonte de l'indemnisation des victimes du terrorisme ? Le grand malentendu…

    Indemnisation des victimes du terrorisme… Le sujet est brûlant, les fausses informations pullulent, et voilà un curieux projet de réforme… Essayons de poser quelques principes clairs pour la réflexion.

    L’Assurance maladie, premier recours des victimes

    Appli-Ameli_zoom_colorbox.jpgD’abord, parce que nous sommes en France la victime n’est jamais seule face à son destin, à courir après une indemnisation… Ça c’est le modèle des États-Unis où l’on voit après les tueries, les collectes de charité et les personnes se résolvant à vendre leurs biens pour financer les soins. En France, nous avons la Sécurité sociale. Tout blessé est intégralement pris en charge, et s’il reste handicap, il reçoit une pension d’invalidité versée par l’Assurance maladie.

    Aussi quand on parle d’indemnisation des victimes, on parle en réalité d’indemnisation complémentaire à ce que verse déjà l’Assurance-maladie. Une donnée qui est passée à la trappe ces jours-ci… Comme si dans notre grand pays social, le sort des victimes était de remplir des imprimés pour accéder à leurs droits basiques.

    Dans ce type de circonstances, je me méfie beaucoup de ces discours larmoyants qui en réalité discréditent la fonction fondamentale de l’Assurance-maladie, en faisant miroiter des systèmes d’indemnisation parallèle. Le discours responsable des hommes politiques – pure hypothèse de travail – serait de dire : nous allons renforcer l’Assurance-maladie, pour accorder des rentes supérieures et versées plus rapidement à toutes les victimes. Après tout qui peut m’expliquer pourquoi la victime d’un attentat bénéficie d’un régime d’indemnisation plus favorable que la victime d’un accident du travail ?

    Qu’est-ce que l’indemnisation ?

    9782247154234.jpgOn en vient alors la question de l’indemnisation… qu’il est parfaitement idiot de limiter au statut des victimes vis-à-vis du Fonds de garantie.  

    Depuis la nuit des temps, le principe intangible est que toute victime a droit à obtenir du responsable la réparation entière de son préjudice. Donc on discute avec la victime ou son assureur, mais si on n’est pas d’accord c’est le tribunal qui tranche. Progressivement, tous les procès ont créé une grille de référence pour l’indemnisation des victimes. Donc les professionnels du droit connaissent cette jurisprudence.

    Il n’existe pas de barème officiel, de type législatif, mais à travers les décisions des cours d’appel, qui harmonisent la jurisprudence, on sait évaluer financièrement les conséquences d’un dommage dans une situation particulière. Et là, les tribunaux sont dans la rigueur : l’indemnisation est la compensation du préjudice, et non par la sanction de la faute. Il faut donc parvenir à déterminer les éléments objectifs du préjudice – ni trop, ni trop peu – en recourant notamment à des expertises médicales, puis jouent les règles jurisprudentielles d’indemnisation.

    Tout est analysé au cas par cas, car chaque situation est individuelle. Prenons le cas de 40 victimes qui ont vécu le même traumatisme, par exemple un car qui s’est renversé dans un fossé : il y aura 40 vécus différents, et 40 indemnisations différentes. Est-ce qu’il faudrait souhaiter dans les 15 jours une indemnisation forfaitaire quel que soit le dommage subi ?

    Et le Fonds de garantie alors ?

    CZnguh_p_400x400.jpegCe n’est qu’un outil assez subalterne. La grande innovation a été, depuis une trentaine d’années, la création par la loi d’un droit à l’indemnisation pour les victimes d’infraction. Cela joue dans beaucoup de secteurs, je ne vais pas le développer ici. L’un des grands avantages est que la victime ne dépend plus de la solvabilité du responsable. En effet, la charge de l’indemnisation ne pèse plus sur l’auteur du fait, mais sur un fonds alimenté par de l’argent public, en fait un prélèvement de 4,30 euros sur les contrats d'assurance. Auparavant, la victime d’un auteur insolvable n’était pas indemnisée. Désormais, elle a droit à l’indemnisation complète de son préjudice, le principe incontournable… le paiement étant pris en charge en charge par ce Fonds de garantie.  

    Mais bien sûr, on n’est jamais obligé de faire un procès. Aussi, la loi a prévu des procédés de discussion avec le Fonds de garantie, et c’est de ce point qu’on discute ces jours-ci… en désordre.

    Le Fonds est un organisme qui doit apporter le service à toutes les victimes, et il est logique qu’il rationalise ses procédures, avec des imprimés et des dossiers communs… De même, il doit être équitable dans l’indemnisation, et fonctionne nécessairement avec un barème... inspiré directement du droit commun. Serait-il logique que deux personnes ayant vécu la même chose soient indemnisées de manière différente ? Plus, le fonds doit analyser scrupuleusement l’existence et la réalité du préjudice : devrait-il verser les yeux fermés parce qu’une personne se déclare victime ?

    Surtout, si vous n’êtes pas content du fonctionnement du Fonds, il vous reste le droit commun, à savoir engager une procédure contre le Fonds devant le tribunal. Mais vous verrez que le tribunal posera des questions du même ordre. Il cherchera à vérifier l’existence et la teneur du préjudice, ne pouvant accepter les simples déclarations de la victime, et après expertise médicale, il évaluera le montant de l’indemnisation. S’il y a un dommage économique, il demandera à la victime d’apporter tous les éléments de ce préjudice et statuera fonction des preuves apportées.

    Alors, réforme de quoi ?

    arton351.jpgAlors, sur quoi va bien pouvoir reposer cette réforme du Fonds de garantie ? Le projet est une indemnisation « juste » et « transparente », sans autre précision. Autant dire n’importe quoi.

    Le fonds créé en 1986 dispose actuellement d'une réserve d'1,4 milliard d'euros, alors que le montant global des indemnisations pour Paris et Nice est estimé à 800 millions d’euros. Il est donc en mesure de faire face et si on double la prime sur les contrats d’assurance qui le finance, pour passer de 5 à 10 €, on doublerait les réserves… mais cela ne servirait à rien, vu que la victime a droit à l’indemnisation de tout son préjudice... mais rien que de son préjudice, avec pour référence de droit commun. Alors accélérer les procédures et les forfaitiser ? Mais alors il n’y a plus d’examen individuel…

    J’attends de voir ce que pourrait bien être cette réforme, mais les victimes seraient bien avisées de ne pas trop en attendre…

  • Concessions d’autoroute: un secret de famille protégé par le Secret Défense ?

    Family Secrets.jpgLe 9 avril 2015, l'Etat, via le ministre de l’économie, et les sociétés autoroutières ont conclu un accord sur la gestion des autoroutes. On trouve de tout dans cet accord qui sent le gaz : la prolongation des concessions, les tarifs des péages, une relance de l'investissement, et une transaction pour mettre fin à des procédures en justice.

    - Mais il y a eu des débats au Parlement ?

    - Non, rien.

    - Et même pas un truc genre le Grenelle des autoroutes ?

    - Pas la moindre communication officielle.

    - Ah bon, et pourquoi l’Etat a transigé ? Il redoute la justice ?

    - C’est ben tout le problème.

    - En plus, c’est un peu nos sous, non ?           

    - Oui, ce sont tes sous qui passent à la moulinette secrète.

    - Allez, Raymond, à ton clavier…

    Le 28 avril, l’ami Raymond Avrillier a demandé à l’excellent et moderne Macron de lui remettre une copie de cet accord, ainsi que des documents annexes. Pas de réponse de Macron, et Raymond a saisi la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA), qui a rendu un avis favorable le 9 juillet 2015. Raymond a demandé à Macron de donner suite, mais rien. Et hop là : nous voilà devant le Tribunal administratif de Paris pour statuer sur l’accès aux documents administratifs via la loi du 17 juillet 1978.

    Le tribunal administratif par un jugement n° 1514292/5-2 du 13 juillet 2016 a entièrement donné raison à Raymond, pour sa curiosité bien placée. La transaction signée, et les annexes qui permettent d’en comprendre la portée, sont des documents publics, qui doivent être communiqués. Raymond, qui dénonce « une négociation de marchand de tapis, étrangère à la conception d'intérêt public » va pouvoir se plonger dans toute cette joyeuse documentation : « Je pense très sérieusement qu'il y a dans l'accord des arrangements qu’Emmanuel Macron voulait garder secrets ».

    Donc, on va enfin savoir ce qu’il en est de la cuisine des concessions autoroutières ?

    Presque… La transparence sur la gestion autoroutière chagrine le gouvernement, qui vient de décider d’un pourvoi devant le Conseil d’Etat, quelle bonne blague ! Wahou, il ne doit pas être triste, cet accord. La gestion privée des autoroutes aussi bien protégée que le Secret Défense ? C’est juste lamentable, mais le pourvoi n’est pas suspensif, et Raymond va pouvoir faire exécuter le jugement.

    Il est bien dommage que les journalistes qui papillonnent autour de Macron ne pensent pas lui poser cette question :

    - Dis donc, Macron, il y a quoi de si spécial dans cet accord que pour tu veuilles absolument le garder secret ? Allez grand timide, c’est quoi ce secret de famille ?

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