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Document : La Revue du Droit Public au service de Pétain

RTEmagicC_38._MRN_02.jpg.jpgNous sommes en octobre 1941. Pendant l’été, la guerre a changé de dimension, car l’URSS a ouvert les hostilités contre les nazis. Laval est évincé depuis décembre 1940, et le couple traître et criminel du Maréchal Pétain et de l’Amiral Darlan court après les nazis, pour se montrer le meilleur élève. Le deuxième statut des Juifs a été publié.

Sur le plan politique, le choc de la débâcle de juin 1940 est loin, et on sait tout du projet de Pétain : éradiquer ce qui ressemble à la démocratie – un monde fini – et prendre sa part dans le triomphe définitif des dictatures militaires.

Sur le plan juridique, c’est l’abandon de ce qui faisait l’état de droit. Même la théorie de l’Etat est abandonnée. La souveraineté n’appartient plus au peuple, car elle est incarnée par un homme, qui doit désigner un dauphin – Laval, puis Darlan, puis Laval – pour assurer la continuité de l’Etat s'il meurt. Il n’y a ni élection, ni assemblée : le chef de l’Etat assure le législatif, l’exécutif et la justice.

C’est dans ce contexte terrifiant que va reparaître la Revue du Droit Public, avec cette invraisemblable adresse aux lecteurs, texte invraisemblable aujourd’hui, mais totalement dominant et serein à l’époque. La doctrine juridique, par ses plus éminents auteurs, a sombré devant le naufrage politique qu’a été le pétainisme, et sa complicité avec le nazisme.

Voici le texte de Bonnard. Ce texte est accablant pour la doctrine juridique.

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A nos lecteurs

 

La publication de la Revue du Droit Public et de la Science politique vient de subir une longue interruption à raison des événements. Le présent numéro aurait dû paraître fin juin 1940. Il voit le jour en octobre 1941. Nous avons d’abord été arrêtés par des impossibilités matérielles et morales nées de la défaite. Ensuite, il nous a fallu demander et obtenir l’autorisation des autorités occupantes. Et ainsi les mois ont passé.

Maintenant, reprenant la tâche interrompue, nous allons l’accélérer pour rattraper le retard : les numéros des années 1940 et 1941, que nous fondons en une seule l’année, auront paru à la fin de l’année 1941. Nous espérons qu’ensuite le rythme normal sera repris.

C’est qu’en effet un travail considérable nous attend. La Révolution de 1940 à déterminer une transformation profonde de notre régime politique et social ; plus profonde peut-être que nous-mêmes, les contemporains, pouvons l’imaginer. C’est d’abord le système constitutionnel qui a été rénové jusque dans ses bases. C’est aussi l’organisation administrative et le régime économique qui ont été modifié ou sont en voie de l’être. Enfin, c’est un redressement intellectuel et moral de la communauté française qui se poursuit, un esprit civique nouveau qui se crée. Car nous aussi, nous voulons avoir notre nouvel Weltanschauung, non pas par esprit d’imitation, mais parce qu’il n’est pas de révolution politique profonde et durable sans une révision totale des idéologies nationales.

On part son long passé par l’autorité qu’elle a acquise, notre Revue se doit de prendre part à cet effort de restauration nationale. Sans doute elle continuera, comme par le passé, s’abstenir de toute politique partisane. Elle restera sur le terrain proprement scientifique n’a jamais quitté. Mais sa science ne devra pas être neutre, indifférente à la vérité et à l’erreur, et s’interdisant tout jugement de valeur. Car actuellement, il faut prendre parti et « s’embarquer ». La résurrection, le salut de notre pays est à ce prix.

D’ailleurs, avec notre « Chef », M. le Maréchal Pétain, la France a maintenant un guide d’une sagesse et d’une maîtrise de pensée incomparable et quasi-surhumaine, qu’il empêchera d’errer et qui la conduira sur le chemin de la vérité. Dans ses admirables messages, le Maréchal a indiqué les buts et les directives de l’œuvre à accomplir. La politique qu’il propose n’est pas une politique de parti. Car c’en est fini désormais des luttes partisanes qui nous ont plongés dans le malheur. C’est au contraire une politique nationale, la politique capable d’instaurer le véritable ordonnancement vital de la communauté française et la politique qui se préoccupera de la « seule France ». Or, à une telle politique, tous les Français peuvent et doivent adhérer pour former ce « parti unique » national, qu’il faudra bien un jour organiser.

À cette œuvre de restauration, nous devons, particulièrement, nous les juristes de droit public, parce que nous sommes parmi les plus qualifiés et les mieux outillés, apporter une collaboration qui devra être ardente et passionnée. Revenant sur ce faux esprit critique et qui avait créé chez beaucoup une véritable manie de contradiction et de divergence et, par suite, causé tant de décompositions et de destructions, efforçons-nous au contraire maintenant de contribuer ensemble et d’une seule âme commune à la construction politique et sociale que le Maréchal demande de réaliser dans la limite des buts et des directives qui nous assignent.

La Revue du Droit public et de la Science politique voudrait ainsi participer à cette œuvre. Aussi, elle adresse un pressant appel à tous ses collaborateurs. Elle demande à ses anciens collaborateurs qui l’ont un peu délaissé de lui revenir, à ses collaborateurs futurs de venir à elle : le meilleur accueil leur sera réservé.

Les circonstances m’obligent à assumer seul pour le moment la direction de la Revue. Que ses lecteurs se rassurent. L’esprit de celui qui la dirige pendant de longues années avec tant d’éclat sera conservé : l’esprit du professeur Jèze continuera à l’animer. J’espère que la Revue gardera ainsi toute la sympathie et la confiance de ses lecteurs français et étrangers.

Roger Bonnard

Doyen de la Faculté de Droit de l’Université de Bordeaux

Bordeaux, le 15 octobre 1941.

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Commentaires

  • Quoi d'étonnant.
    Notre Occident colonial s'est bien embarqué en Irak, en Libye, en Syrie et même au Kossovo et en Ukraine toutes trompettes dehors avec ses grands médias et sans même l'excuse d'une terrible défaite.

  • Intéressant, merci. Dire que certains revisitent cette époque avec une vision fort différente. Je finis toujours faché avec eux (je manque d'ouverture d'esprit)

  • Par l'auteur d'un ouvrage (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k937351h/f17.item.zoom) qui célébrait "l'originalité" et la "nouveauté" du droit nazi (supérieur au fascisme italien parce que formulant sa propre théorie de l'état)... L'Express publiant un article sur le sujet nous rapporte les propos d'un professeur "d'histoire du droit" en activité à Bordeaux et expliquant que cet ardent "pétainiste" n'était ni "collabo" ni "antisémite". Avec des historiens comme ça, on a plus rien à craindre des journalistes ! (http://www.lexpress.fr/actualite/societe/bordeaux-faut-il-debaptiser-l-amphi-portant-le-nom-d-un-petainiste_1566363.html)

  • une page d'histoire peu connue, sans doute y compris des juristes contemporains...? tout ce qu'on a pu lire sur Pétain... Une ode au pétainisme, incompréhensible aujourd'hui, la quasi déification d'un homme... et dire que certains seraient prêts aujourd'hui à se prosterner devant un homme politique! la nature humaine n'évolue pas, malheureusement, à l'aune d'une génération; les leçons de l'Histoire n'ont qu'un faible écho...

  • Pour vous répondre, Jean Katz : je ne suis pas juriste et j'ai une formation académique en philosophie. Au regard de ce qui se passe dans la production des supports d'enseignement de cette discipline, j'aurais dis que le problème de cette période n'est pas qu'elle soit "peu connue" mais, et c'est plus gênant, que le fait de la rendre méconnaissable par des complaisances ou des mensonges n'offre, encore de nos jours, des opportunités de carrière. Il suffit de considérer le prestige aussi improbable qu'improbablement entretenu des écrits de Schmitt ou Heidegger à "gauche" pour s'en convaincre.

    J'aimerais beaucoup lire un jour de Mr Devers sur le premier dont j'imagine qu'il à du le croiser pendant ses études de droit. S'il est permis de s'adresser ainsi à l'auteur du blog, j'ose imaginer qu'il doit exister dans ses écrits quelques horreurs bien édifiantes dans le domaine du droit de la médecine.

    Mais j'entendrais aussi bien qu'il ait beaucoup mieux à faire !

  • Mea culpa, j'ai réagi comme un adolescent... Le livre de Bonnard (maintenant que j'ai passé un peu plus de temps à le lire) s'achève par une critique de l'anti-individualisme nazi... "contraire aux progrès de la civilisation". Ses derniers mots sont même : "Etrange doctrine, en vérité, qu'on dirait être l'oeuvre d'un misanthrope qui aurait la phobie de l'être humain". Pétulante lucidité du bo, du bon, du (grand) Bonnard, Vychisto-résistant finalement ? Azéma sait peut être quoi penser de cette phrase de l'article de l'express : "Y.. D.. évoque cependant "un document, signé de la main de Bonnard: la liste des étudiants juifs inscrits en droit en 41/42 à Bordeaux. On ignore l'usage qui en a été fait".

  • Le Journal officiel du 24 novembre 1942, page 3891, publie l’arrêté du 10 novembre 1942 du commissaire aux questions juives créant une commission scientifique pour l’étude des questions de biologie raciale. Arrêté signé par Darquier de Pellepoix.

    Art. 1°. – Une commission scientifique pour l’étude des questions de biologie raciale est créée.
    Art. 2. – Sont nommés comme président M. Vacher de Lapouge ; comme vice- président : M. Saint-Germes ; comme secrétaire : M. Hayaux du Tilly ; sont désignés comme membres : MM. Achard, Renault, Bergougnoux, Cruveilhier, Héricault, Tanon, Guillermond Fabre, Labroue, de Camas, Durnerin, Mettetal, Sarret, Leroy, Morei, Martial et Castille.

    Cette commission aura une courte, mais fructueuse, existence : elle deviendra le 23 novembre 1042 l’Institut d’Anthropolo-Sociologie, inauguré le 22 décembre 1942 en présence de Darquier de Pellepoix, et largement subventionné par le Commissariat Général aux Questions Juives. Son président, Claude Vacher de Lapouge est le fils de Georges Vacher de Lapouge, théoricien du racisme.

    Dans la foulée, seront créées deux organismes satellites : en direction de l’opinion, l’Union française pour la défense de la race, le 6 janvier 1943, et à destination de l’élite, l’Institut d’études des questions juives et ethno-raciales, dirigé par l’universitaire George Montandon, expert-ethnoracial auprès du Commissariat général aux affaires juives le 26 mars 1943.

    Une chaire d’histoire du judaïsme est créée à la Sorbonne, et Henri Labrousse, son premier titulaire, auteur du pamphlet Voltaire antijuif, donnera son premier cours en décembre 1942. Parmi les autres enseignements de l’institut, on peut citer :
    - Gérard Mauger : eugénique et démographie ;
    - Arnaud Bernardini : Généalogie sociale ;
    - Charles Laville : judéocratie ;
    - Pierre Villemain : philosophie ethnoraciale.

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