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La fin de la Vème République ?

La Ve République, dans sa portée historique, est-elle encore le cadre d’expression de la souveraineté française ?

À titre personnel, je suis plus que réticent avec cette constitution qui réduit la vie démocratique au choix d’un homme, genre le chef gaulois, ce alors qu’il ne peut y avoir de véritable démocratie que si l’on intègre toutes les diversités du corps social.

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Dès lors, la seule alternative crédible est de recentrer le pouvoir sur l’élection des parlementaires, avec une forte dose de proportionnelle, permettant aux 25% de compatriotes qui votent FN d’être représentés au Parlement, ce qui est la moindre des choses.

Depuis 1958, la Constitution de la Ve République laminait la vie parlementaire pour tout focaliser sur la présidentielle, détruisant les partis et les idéologies fondatrices.

Or, ce que des tonnes de congrès, des masses d’ouvrages, des empilements de mémoires et de thèses n’ont jamais pu réaliser, c’est-à-dire la mise à bas de cette Vème République nourrie du mythe du chef, devient une réalité grâce à nos candidats de huitième zone que sont Mélenchon, Hamon, Macron et Fillon (Je ne parle pas de Le Pen, qui n’est qu’une mauvaise blague). Des comédiens amoureux de la calculette électorale, qui font chauffer leur petite popote politique sur leur petit réchaud, en espérant un peu de bonne soupe pour tenir pendant cinq ans. Ils utilisent les mots de « État » et « République », mais ont-ils la moindre capacité à créer l’adhésion autour de leur conception de l’État et de la République ?

Bref, avec les simagrées des uns et des autres, nous assistons à rien de moins que l’effondrement de la fonction présidentielle.

Qui gagnera le tiercé ? On verra, mais l’essentiel est désormais de voir que le pouvoir est en train de passer de l’Elysée au Palais Bourbon. La question n’est plus « qui sera président ? », mais « quelle sera la majorité parlementaire ? »

Adieu la Vème République : vu le charisme des candidats, le futur président ne représentera pas grand-chose, et tout se jouera avec la future Assemblée nationale. La Vème recentrée sur l’Assemblée, vu la faiblesse des candidats à la présidentielle… Pas banal…

Commentaires

  • C'est vrai que tous nos voisins civilisés ont un régime parlementaire, et que nous avons raté le départ de De Gaulle pour changer profondément nos institutions. Encore une piètre exception française qui me fait penser à la métaphore de la grenouille, enseignée dans les business schools anglo-saxonnes : plongez une grenouille dans un liquide à feu doux, elle se prélassera en ne voyant pas arriver l'ébullition. Après une kyrielle de présidents cramoisis, dont le dernier a décidé de dégager avant qu'on ne le lui demande, nous restons sur le schéma de 1958, évidemment suranné. Si le bordel ambiant peut servir à quelque chose, il faut le pousser à l'extrême afin que la France se ressaisisse .

  • N'oublions pas que dans sa version de 1958, la Constitution de la Vème prévoit l'élection du Président au suffrage universel indirect, en gros, comme les sénateurs. Il en reste un vestige avec l'intérim du Président empêché d'assurer ses fonctions qui est assuré par le président du Sénat. Un Président de la République élu dans de telles conditions a moins de poids politique pour se mêler des détails de la politique et ne peut que laisser au gouvernement les attributions qui lui sont conférées par l'article 21 (le gvt détermine et conduit la politique de la nation).
    Mais le jeu était faussé dès le départ par la forte personnalité du Général qui s'est auto-attribué l'Algérie, la politique étrangère et la Défense (théorie du domaine réservé).
    L'élection au suffrage universel direct (par l'ensemble des électeurs) n'a fait qu'aggraver les choses. On n'imagine pas les électeurs se mobiliser en nombre pour élire le garant de l'intégrité du territoire, du bon fonctionnement des institutions et de l'indépendance de la magistrature. C'est pas mal, comme attributions, mais pas mobilisateur comme l'inversion de la courbe du chômage ou le niveau des impôts, par exemple.
    La dessus sont arrivés la mondialisation et nos accords internationaux, notamment UE, qui ont restreint les marges de manœuvre du Président.
    Pour couronner le tout, le quinquennat en a fait un "super premier ministre" synchronisé avec l'Assemblée Nationale (même durée de mandat et même date de renouvellement).
    Pour ma part, je serais assez favorable à un retour à ce qui était prévu dans le version originale de la Constitution. Inutile de changer de République. Le mode d'élection des députés a déjà été modifié (dans les années 1980, ce qui a fait accéder 35 députés FN à l'AN) sans qu'il soit nécessaire de changer de n° de république.

  • Ne pas oublier le catalogue de réformes de la constitution et qui ne l'ont peut-être pas améliorée et les réformateurs de la constitution pour une 6° république ne proposent rien de sérieux.

    S'il y a échec institutionnel, il faut s'interroger sur sa cause : une conséquence de l'inertie de la médiocrité et du fascisme mou du mépris qui s'est banalisé sans être combattue (sinon sur ARTE et France culture ou dans le Monde diplomatique - mais n'existent-ils pas pour se donner juste bonne conscience ? Qui les écoute, qui les lit ?).

    En fait, rien de neuf depuis le 19° siècle si on relit le poète réac (comme l'était aussi Gauthier) :

    " Il y a une certaine lâcheté, ou plutôt une certaine mollesse chez les honnêtes gens.
    Les brigands seuls sont convaincus, - de quoi ? - Qu'il leur faut réussir. Aussi, ils réussissent.
    Pourquoi réussirais-je, puisque je n'ai même pas envie d'essayer ?
    On peut fonder des empires glorieux sur le crime, et de nobles religions sur l'imposture. "

    " Je m'ennuie en France, surtout parce que tout le monde y ressemble à Voltaire. "

    " Le Français est un animal de basse-cour si bien domestiqué qu'il n'ose franchir aucune palissade. Voir ses goûts en art et en littérature.
    C'est un animal de race latine ; l'ordure ne lui déplaît pas, dans son domicile, et, en littérature, il est scatophage. Il raffole des excréments. Les littérateurs d'estaminet appellent cela le sol gaulois.
    Bel exemple de la bassesse française, de la nation qui se prétend indépendante avant toutes les autres "

    Baudelaire, " Mon coeur mis à nu "

    La France serait-elle en panne de progrès intellectuel ou n'est-ce que la conséquence d'avoir hissé au pinacle des pigistes de luxe à la petite semaine, comme Onfray BHL Bruckner Ferry... , au préjudice d'auteurs sérieux qu'il faut aller chercher et découvrir soi-même ?

    Le Pen n'est pas une fatalité. Une intelligentsia au rabais produit une démocratie au rabais. A promouvoir des gens qui raisonnent comme des tambours le pays vote comme une cloche.

    N'est-ce pas bientôt Pâques ?

  • Fantasme un peu débridé : Marine Le Pen à la présidence, avec une majorité de gauche que les électeurs auront su se rattraper aux législatives... et cinq ans de cohabitation.

  • Au débridé Patrick : concéder le trône à la clique MLP, mais frustrer ses électeurs qui sont déjà anti-parlementaristes ? Acrobatique, la configuration.
    Plutôt mettre la présidence à gauche tout simplement : JLMélenchon est dans cette perspective le moins pire des « huitième zone » et le plus franchement social, le plus franchement sceptique sur les OTAN-U€. C'est encore du socialo maastrichien, mais recyclé, et ses rémoras sont indéniablement plus frais et moins voraces.

  • Oups, c'était pour Phil le débridé plutôt que pour Patrick (le poète maudissant).

  • Aujourd'hui, il est très risqué d'avoir des points de vue! Très agréable de voir un tel - un deuxième avis!

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