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  • Alors, Mélenchon ?

    daniel_bryan___no__by_fuckward-d5c3vm5.pngIl y aura du monde samedi Place de la Bastille, pour la manif’ de soutien à Mélenchon, et parmi eux, vraiment beaucoup d’amis.

    Dans le bazar ambiant à gauche, avec le triste spectacle de Hamon qui passe son temps accro à sa calculette, la grosse masse des cadres du PS, opposants farouches de Hamon, mais condamnés à rester dans le parti pour sauver leurs investitures futures et engager la prochaine bataille du congrès, et les petits lascars qui vont rejoindre le candidat de droite Macron, Mélenchon fait figure de pôle de stabilité, avec des pratiques politiques correctes et des propositions qui parlent. Il a un programme et une équipe, avec des personnalités intéressantes, et c’est déjà beaucoup dans le contexte actuel. Oui, en politique étrangère, il y a des inflexions intéressantes.

    Mais pour ma part, c’est No, no, no.

    Nous ne sommes pas prisonniers du passé, mais quand même, il faut savoir en tenir compte, surtout quand les méthodes ne changent pas. Le long pedigree de Mélenchon au Parti Socialiste ne plaide pas pour lui. Pendant 20 ans, il a été Monsieur Grande Gueule, avec son courant «  Gauche socialiste » qu’il animait avec Dray, et ça n'allait pas loin : systématiquement les accents les plus irréalistes sur le ton de « Nous, la gauche… », ce pour sauvegarder son petit pourcentage qui lui permettait de maintenir sa carrière d’apparatchik. Avec pour mémoire le congrès de Brest de 1997, où il nous avait tant fait rire : il s’était ramassé avec 8%... et pleurnichait parce que Hollande lui avait promis de bidouiller les chiffres pour lui donner 15 %, mais n’avait pas tenu sa promesse : quel leader !

    Longue carrière au PS, et toujours planqué à la proportionnelle, ce qui fait qu’on ne le retrouvait que dans ce haut-lieu des luttes sociales qu’est le Sénat, ou au Parlement européen, où il était l’un des plus absent. Pas sérieux.

    Après il quitte le PS, très bien,… mais c’est pour taper sur le PS, en disant : « Voilà ce qu’il ne faut pas faire, le PS est nul ! » Bon. S’enorgueillir de ses propres erreurs pour faire la leçon aux autres, franchement, ce n’est pas le premier, mais ça me laisse plutôt froid. Surtout qu’il a maintenu son discours de soi-disant « gauche de la gauche », entendu depuis 30 ans, et déconnecté des réalités sociales et du monde du travail. Quand il se permet de dire à un cheminot qu’il « use sa vie pour défendre ses droits »… Quand même !... De la part d’une personne qui n’a jamais travaillé en entreprise… Je note d’ailleurs que la CGT, sauf exception, ne sera pas présente au rassemblement de samedi. Mais après tout…

    Ensuite, ça coince gravement avec le modèle de sa compagne. J’ai souvent dénoncé l’élection présidentielle, du fait de son simplisme et de sa brutalité. Cette élection a peut-être été utile dans les années 60 et 70, mais actuellement, elle est destructrice, car elle conduit à tout miser sur quelques personnalités. Bien sûr, cela donne une tribune, une visibilité, mais ce n’est pas avec une tribune qu’on va aller loin. Il faut passer par la présidentielle, sans doute, mais la condition indispensable est de lancer cette candidature à partir d’une coalition de partis politiques, avec une idéologie partagée et de vrais candidats dans l’ensemble du pays. Là, Mélenchon est complètement à côté de la plaque. Profitant de son aura médiatique, il a foncé sur le modèle gaulliste : « Moi, homme libre, je m’adresse au peuple sans intermédiaire ». Il ne sert à rien de nous faire des discours sur la VIème République, si la pratique est le parfait modèle du pouvoir personnel de la Vème. Dans ces conditions, faire un score aux présidentielles n’amène à rien de solide, et ne fait que conforter cette Ve République à bout de souffle qui détruit notre vie démocratique. Je m’intéresserai donc à l’action d’un leader politique français quand il aura une pratique en rupture avec l’élection du chef gaulois.

    Et puis, il y a l’Europe, qui ne va pas trop bien, certes. Regardons cela.

    L’Europe, ce n’est pas que la méchante et mercantile Union européenne, c’est aussi le magnifique Conseil de l’Europe, qui regroupe 48 Etats, dont la Russie et la Turquie, qui permet au plus grand groupe de populations du monde, 820 millions de personnes tellement diverses, de se retrouver dans une structure collective, avec l’adhésion commune à un texte, la Convention européenne de sauvegarde de l’Homme, et le respect d’une juridiction, la Cour européenne des droits de l’Homme. Au sein du Conseil de l’Europe, existe également le plein d’avenir Comité européen des droits sociaux. Loin des discours, nous nous servons tous les jours de ces instances, qui rapprochent les peuples, pour conforter les libertés fondamentales et les droits sociaux des personnes. Question : quel est le programme de Mélenchon pour le Conseil de l’Europe ? Zéro.

    Ensuite, l’Union européenne et la Commission, la banque centrale et l’euro… Il y a mille raisons de se méfier de ces technostructures lointaines, qui produisent leurs théories et leurs règles, et qui s’organisent pour échapper au contrôle démocratique. Nous sommes d’accord. L’histoire se construit à partir des peuples, et encore à ce jour en Europe, la vie démocratique et la solidarité se créent au sein des Etats. Je suis donc opposé à tout projet fédéral, qui en l’état actuel serait déstructurant, mais je dis que la soi-disante surpuissance européenne n’est que la conséquence de la faiblesse des pouvoirs politiques nationaux.

    Avant d’affubler l’Union européenne de tous les maux, commençons par nous interroger sur les faiblesses structurelles des Etats. Est-ce la faute des technocrates de Bruxelles si nous avons une présidentielle nulle à ce point ? En quoi l’Union européenne interdit-elle à un parti politique de dégager un programme pertinent et créer l’adhésion populaire ? S'il y avait des pouvoirs de gauche solidaire partout en Europe, la démocratique Union européenne serait elle-même de gauche solidaire, vu qu’elle est le reflet politique des États. Et comment expliquer, par l’argument, l’insupportable poids européen… alors que le budget de l’UE s’élève 1% du revenu national brut des 28 États de l’UE ? Respectons les faits au lieu de chercher des boucs émissaires, ça ira mieux.

    Sur la banque et la monnaie, je n’en dirai rien, car je n’ai aucune compétence économique. En revanche, dans la pratique des affaires européennes, j’ai appris à distinguer le pouvoir dirigeant en Europe et les mécanismes du droit européen, qui permettent de se situer au juste niveau pour résoudre nombre de questions, et qui au final, après bien des discussions et des bagarres, parviennent à dégager des solutions sous l’égide du droit. L’Union européenne mérite le plus grand respect car des États ont accepté de mettre en commun des parts de souveraineté, pour un projet collectif, et dans le cadre d’une communauté de droit. Cela ne se fait pas tout seul, il y a beaucoup de choses qui coincent, et des groupes puissants y développent leurs intérêts. Mais c’est par le travail ajusté et opiniâtre au sein des structures que l’on peut progresser. On n’ira pas loin avec que les histoires de plan A et de plan B, illusoires comme l’explique très bien un grand syndicaliste, devenu authentique parlementaire européen, José Bové.

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