Avertir le modérateur

Affaire Grégory : Une affaire simple rendue complexe

La presse, qui avait fait à peu près toutes les fautes (et saloperies) possibles dans la première phase de l’affaire Gregory, se présente désormais comme un intégrisme de la prudence. Il faut être « extrêmement prudents », c’est une affaire « tellement complexe »… Bon, pourquoi pas, mais il ne faudrait quand même pas s'arrêter de réfléchir.

Pour ma part je relève quatre choses marquantes.

1/ Des paroles de poids

La communication est assurée par le Procureur général, encadré de deux commandants de gendarmerie, et intervient après des mois de travail, loin de la moindre précipitation. Alors que tout le monde croyait l’affaire ensevelie, je vois mal ces trois professionnels de haut niveau engager leur crédibilité et celle de leurs services sans des bases solides.

2/ Complexe ?

L’enfant a été vu par sa mère pour la dernière fois à 17 h, quand elle l’a laissé jouer dans le tas de gravier devant la maison. La revendication de l’assassinat a été postée à 17 h 15, depuis la Poste du village. L’enfant a donc été tué entre 17 h et 17 h 15, puis jeté dans la rivière, avec une revendication téléphonique immédiate donnant la piste de la Vologne, où l’enfant sera retrouvé dans la nuit. Cette lettre, reçue le lendemain, est ciblée, visant « le chef », c’est-à-dire Jean-Marie Villemin, chef d’équipe à un peu plus de 20 ans. Ce n’est pas un crime de rôdeur, mais celui d’un proche, ou d’un clan de proches.

Alors, on cherche quel est ce clan de la haine, et il n’y a pas cinquante pistes : une impressionnante série d’appels malveillants et de menaces, qui avaient pris fin dès que l’annonce d’un dépôt de plainte s’était répandue dans la famille.

Après, ce qu’explique aujourd’hui le procureur général : une hostilité terrifiante, très bien établie, organisée autour d’un groupe de trois ou quatre personnes, et seul ce groupe pouvait rentrer dans cette logique aussi démentielle que tuer le fils pour se venger du père.

Il a fallu d’abord récupérer Grégory devant la maison, et il fallait être aux aguets car il n’était pas prévu que Grégory se trouve là quelques minutes seul. Il a fallu ensuite l’étrangler jusqu’à la mort, puis le ficeler, et enfin le jeter dans la rivière, pendant qu’une personne écrivait la lettre et se précipitait pour la poster avant 17 h 15.

Les relations dans cette famille et son environnement étaient globalement poisseuses, mais il fallait une haine exceptionnelle pour en arriver à assassiner l’enfant du « chef ».

3/ Qui a fait quoi ?

Je me garde bien d’aborder cet aspect, car nous n’avons là aucun élément crédible pour nous prononcer. Juste une remarque.

Opposer le secret est un droit de la défense, certes, mais ce droit doit être utilisé avec discernement. Là, il n’y avait aucune surprise pour les personnes entendues : nous sommes sur des faits qui datent, certes, mais que chacun a analysés dans tous les sens, et ne rien avoir à répondre à des questions du genre « où étiez-vous à telle heure ? » et « quelles sont vos relations avec un tel ? » crée une ambiance qui amène le juge à cogiter.

4/ Le fonctionnement de la justice

Quand on écoute les déclarations, fermes et droites, du Procureur général sur cette dramatique dérive familiale, on se pose immédiatement la question : mais qu’a fait le juge d’instruction ? On découvre que les emplois du temps des proches de l’affaire, pendant cette demi-heure de feu, n’ont pas tous été vérifiés…Le juge Lambert s'est dit persuadé de l'innocence de Laroche, au motif qu'un homme seul ne pouvait avoir tout fait dans ce laps de temps si bref. Exact, mais quid d'un crime commis à plusieurs ? Hypothèse pas même imaginée...

La complexité de cette affaire, c’est une lourde responsabilité de la justice. Son action d’aujourd’hui n’effacera pas le mal qui a été fait hier.  

les-gendarmes-entourent-le-juge-lambert-et-murielle-bolle-qui-avait-accuse-son-beau-frere-bernard-laroche-avant-de-se-retracter-photo-parue-dans-l-est-republicain-le-6-novembre-1984-1462194157.jpg

Commentaires

  • Précision de France Info

    "Jamais interrogée durant les cinq premières années d'enquête sur l'assassinat de Grégory, elle avait été convoquée une première fois en décembre 1989 par le juge d'instruction, mais s'était dérobée. Finalement entendue deux ans plus tard, elle s'était montrée particulièrement réticente à répondre aux questions. Pourtant, l'épouse de Marcel Jacob avait été désignée par deux expertises graphologiques comme pouvant avoir écrit une des lettres du corbeau en 1983".

    Jamais interrogée durant le s cinq premières années... Pa de pb pour le juge qui a fait sa carrière ensuite

  • Monique Villemin, mère de Jean-Marie, a reconnu avoir écrit la lettre de menace de mort au juge en 1989 « Vas-tu voir 90? Ça c'est notre affaire », mais elle a dit ne pas l’avoir envoyée…

    Elle n'aurait pas été mise en examen car cette lettre de menaces adressé au juge ne serait pas retenue comme assez liée à l’affaire principale, et alors, elle bénéficie de la prescription des trois ans : il n’y a pas de procédure ouverte pour menace de mort sur le juge.

    Mais cette lettre reste un élément de preuve pour le dossier principal. Pourquoi l'envoi de cette lettre gravissime à ce moment ? Terriblement compliqué… alors que le juge Simon s’apprete à innocenter Christine, ce qui renvoie mécaniquement la culpabilité vers le clan

  • La justice, quand elle le veut, elle le peut.

    Sommes-nous cependant dans de la justice ou dans de la com' ?

    Le rebondissement de l'affaire de Lépanges-sur-Vologne soulève la question du traitement discriminatoire du ministère public à l'égard des victimes.

    Le contraste est en effet très étonnant entre l'opiniâtreté du parquet de Dijon et la très grande inertie de celui de Lyon pour les faux en écriture publique, celui de Toulouse à propos de la mort de Rémi Fraisse, celui de Pontoise à propos de celle d'Adama Traoré, etc. ?

    Comment comprendre que ces derniers aient tant de mal à voir et poursuivre les infractions dont ils sont saisis en comparaison de la ténacité de celui de Dijon sans avoir un doute très sérieux sur l'impartialité des procureurs qui font obstacle au droit des victimes ?

    L'affaire de Lépanges soulève par ricochet la question de la discrimination et de l'échec à la loi dans la direction des procédures qui se font au détriment de la manifestation de la vérité.

    RIP Gregory, Rémi, Adama, et autres.

  • Les infos commencent à sortir

    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/06/23/01016-20170623ARTFIG00389-affaire-gregory-ce-que-revelent-les-591-pages-de-l-enquete-des-gendarmes.php

  • Il faut se rappeler qu'à l'origine, l’enquête avait été confiée à la gendarmerie, qui visait le mauvais clan familial.

    Ecoutant la presse, le juge avait retiré l'affaire à la gendarmerie, pour la confier à la police. Police qui avait trouvé l"excellente piste de l'assassinat par la mère.

    C'est donc aussi la revanche de la gendarmerie qui est en cours

Écrire un commentaire

Optionnel

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu