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Des photos de victimes

Le débat n’est pas si simple, car même quand la victime est identifiable, et qu’elle peut apparaitre dans une situation très dégradante, la publication de la photographie reste une information, et la question réelle est de savoir si cette intrusion dans la vie privée est légitimée par l’intérêt de l’information. Complexe ? C’est un débat ô combien fréquent, en rappelant que l’information doit être protégée même quand elle heurte, choque ou inquiète, tout dépendant du message qui est porté.

L’exemple le plus célèbre est la photo de Kim Phucla jeune vietnamienne de 9 ans, qui venait de subir, le 8 juin 1972, le bombardement au napalm de son village de Trang Bang par l’armée fantoche « sud-vietnamienne », en réalité US. La photo est terrible : l’enfant est nue et hurle se souffrance, grièvement brulée, le napalm ayant ravagé les tiers de sa peau, et la peur de la mort a envahi son visage. Cette photo est une atteinte à sa vie privée et à sa dignité, mais elle reste légitime car la photo de cette infinie violence disait beaucoup, et elle a été le début d’un basculement de l’opinion.

Je reproduis ci-dessous deux photos qui portent atteinte à la vie privée et à la dignité de très jeunes enfants, parfaitement reconnaissables, deux photos publiées par Damien Carême, le maire de Grande-Synthe. Il s’agit de très jeunes enfants de migrants, vivant dans le bois du Puythouck, avec des conditions qu’on refuserait à des animaux. Damien Carême entend ainsi dénoncer les effets de la politique du pouvoir actuel qui s’oppose à tout procédé d’installation à Grande-Synthe, et a donné ordre de détruire les baraquements existants.

Selon l’article 3.1 de la Convention de New-York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant, ratifiée par la France, « dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ». Visant les articles 3-1 et 12-2 de cette Convention, la Cour de cassation juge de manière constante que « dans toutes les décisions qui concernent les enfants, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale (Cass. Civ. 1ere, 18 mai 2005, n° 02-20613, publié).

Donc, une question, avec réponse au choix :

1/ la France doit respecter ses engagements internationaux, surtout s’agissant des droits des enfants ;

2/ la lutte contre les migrants étant une priorité nationale, tous les coups sont permis, même contre les enfants.

Un enfant de migrants dans le bois du Puythouck, à Grande-Synthe, début juillet 2017. Capture d’écran du site Observers.france24.com.

 

 

Commentaires

  • JE SUIS COUPABLE DE REGARDER LA SOUFFRANCE SANS AGIR

  • Politique du pouvoir : éviter « l'appel d'air », et du coup l'étouffer.
    Est-ce inspiré de l'état d'apartheid, avec lequel nous avons toujours des relations privilégiées (en matière de police, entre autres!) ? Tel Aviv ne fait pas mystère de son objectif d'éradication de la Palestine par les meurtres, l'intimidation, la répression illégale, le harcèlement, la privation de nourriture d'eau d'énergie et de matériaux.
    De même, la méchanceté de nos forces de « l'ordre » et de l'état vise à dissuader toute immigration, tout en se faisant accepter du contribuable par le biais d'une constante campagne de déshumanisation. Le F'Haine repoussoir est bien utile au pouvoir, là aussi : notre mépris à l'égard de « toute la misère du monde » se nourrit de la peur de l'autre autant que de mythiques valeurs locales (judéo-chrétiennes?) qu'il faudrait protéger.
    Les photos du maire de Grande-Synthe ne heurtent pas assez pour attirer une pure commisération : il faudrait peut-être du sanglant plutôt que ces siestes presque bucoliques.
    Plus mal traités que des animaux ? On peut aussi, avant de comprendre NOTRE responsabilité dans le phénomène, y voir le manque de dignité (d'humanité?) de parents qui osent laisser leur progéniture dans un dépotoir...

  • Déshumanisation... Le revirement médiatique, après l'opération quasi humanitaire et démocratisante contre la jamariya libyenne, a été frappant, lorsque ces rebelles que l'on avait chouchoutés, formés militairement et armés « en anticipation de la résolution onusienne » sont devenus en quelques jours d'indécrottables islamistes sanguinaires. Ils préfèrent leur charia rétrograde et leur tribalisme, alors qu'on leur a offert l'avènement de la Démocratie ! Ahh, les cons ils ne méritent pas tous les efforts qu'on a consentis pour eux... qu'ils aillent se faire tuer au Mali et en Syrie, tiens !
    Nos guerres modernes se jouent bien sur la comm', encore une fois. Ces enfants, et ces adultes aussi, que l'on maltraite et que l'on chasse n'y sont pas du dommage collatéral, mais plutôt une arme !

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