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Mélenchon, le PIR et l’Etat-colon, par Bruno Guigue

Quel pays européen expédie ses troupes dans dix pays africains (Mali, Niger, Sénégal, Tchad, Mauritanie, Côte d’Ivoire, Gabon, République centrafricaine, Somalie, Djibouti) ? Quel pays européen participe au pillage des ressources naturelles de ce continent en y soutenant des pouvoirs corrompus ? Quel pays européen a occupé l’Afghanistan, détruit la Libye et semé le chaos en Syrie sous des prétextes humanitaires auxquels personne ne croit ? Quel est le pays européen où il est impossible de dénoncer le colonialisme sioniste sans être taxé d’antisémitisme ? Ne cherchez pas : c’est la “patrie des droits de l’homme”.

Cette glorieuse république que le monde entier nous envie, il serait temps qu’elle balaye devant sa porte, non ? Il faudrait, pour commencer, que sa classe politique daigne regarder en face les contradictions dont elle détourne les yeux pour ne pas les voir. De la droite, évidemment, on n’attendra rien. Non qu’elle soit plus cynique que la gauche, mais elle n’a jamais eu pour habitude de s’émouvoir du sort de ces populations auxquelles deux siècles de prédation coloniale et néo-coloniale ont légué des territoires dévastés, des cultures déracinées et des Etats de pacotille.

A gauche, on s’auto-congratule à propos de la laïcité, on se gargarise avec les valeurs de la république et on se félicite de l’énième campagne contre le communautarisme. Mais on oublie généralement que les valeurs dont on se réclame gagneraient à être défendues au-delà des frontières du petit monde auquel on appartient. Où est la condamnation sans appel de la politique néo-coloniale de la France en Afrique ? Où est la dénonciation claire et nette des compromissions de Paris avec l’Etat-colon ? Où est la protestation sans équivoque contre la participation française à l’ingérence impérialiste en Syrie ?

Manifestement, le sort des peuples meurtris par le colonialisme et le néo-colonialisme n’est pas la priorité. En revanche, on trouve le temps d’écrire à l’une des ambassades officieuses d’Israël en France pour lui exprimer un soutien chaleureux. C’est ce que vient de faire Jean-Luc Mélenchon en écrivant à la Licra une lettre dans laquelle il formule de graves accusations contre Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République. Le corps du délit ? Une déclaration qui date de mars 2015 : “Les juifs sont les boucliers, les tirailleurs de la politique impérialiste française et de sa politique islamophobe”.

Pour Mélenchon, cette phrase “est une déclaration antisémite avérée”, explique-t-il dans sa réponse à la Licra. “Je condamne une telle déclaration comme je condamnerai tout ce qui attribue à un groupe humain un choix politique du seul fait de son appartenance religieuse ou ethnique supposée. Cette sorte d’assignation est à mes yeux caractéristique du racisme. Et il ajoute même : “Dans le cas particulier du racisme antisémite, elle renvoie à une longue tradition meurtrière dont il faut toujours craindre les résurgences et tout faire contre ce qui y concourt”.

Si la phrase incriminée, isolée de son contexte, peut être mal interprétée, on ne voit pas pourquoi elle devrait l’être en un sens antisémite, d’autant que l’intéressée a récusé cette interprétation et n’a jamais été poursuivie à ce sujet. C’est un point essentiel, particulièrement dans un pays où certaines officines font un procès en sorcellerie pour un pet de lapin. Dans sa diatribe, Mélenchon donne donc l’impression de poursuivre des fantômes, et l’allusion à “la longue tradition meurtrière” frise le grotesque. Mais bon, puisqu’il a décidé de traiter d’antisémite une adversaire politique en dépit de ses dénégations, il le fait.

Ainsi s’est-il payé le luxe de faire coup double. Tout en écrivant une lettre d’amour au bureau local de l’Etat-colon, il conspue un groupe qui n’a pas 1% de l’influence dont jouit le lobby-qui n’existe-pas-et-dont-on-n’a-pas-le-droit-de-parler. Mais ce n’est pas tout. Voilà qu’il mène cette opération en plein centenaire de la Déclaration Balfour ! Au moment où le peuple palestinien dénonce cette forfaiture, on ne peut pas dire que le chef de la gauche française lui témoigne sa sympathie. En déclarant sa flamme à une officine sioniste au pire moment et sous un prétexte douteux, Mélenchon a commis une faute politique.

Mais il est assez avisé pour savoir que rien ne se dit impunément, et la thèse de l’erreur de communication ne tient pas une seconde. On ne pourra donc interpréter cette démarche autrement que comme un signe explicite d’allégeance. Avec ce geste, il marque lui-même la limite qu’il s’interdit de franchir sur la question coloniale. On avait déjà relevé l’ambiguïté de ses propos à propos de la guerre de libération algérienne, curieusement qualifiée de “guerre civile”. Et d’ailleurs, n’est-il pas un admirateur de ce Mitterrand qui fut le bourreau des militants algériens durant les années sombres ?
Cette participation au concert de casseroles sur l’antisémitisme peut paraître d’autant plus paradoxale qu’il en fut lui-même victime. On peut alors émettre l’hypothèse qu’en s’acharnant contre le PIR il entend faire la démonstration aux yeux de ses censeurs qu’il ne mange pas de ce pain-là. Au fond, il se blanchit en jetant l’anathème sur les autres, transformés en bouc-émissaire de sa propre peur d’être à nouveau calomnié. Antisémite, lui ? Oh non jamais ! La preuve, c’est qu’il n’hésite pas à sacrifier plus petit que lui, immolant le PIR pour mieux embrasser la Licra.

Parmi les amis de la Palestine, je doute qu’ils soient nombreux à apprécier le geste. Le plus cocasse, c’est qu’en se ralliant au discours dominant sur l’antisémitisme, il justifie les analyses d’un courant de pensée pour qui la république ne se remet pas de son héritage colonial. En voulant extirper le PIR, cette gauche qui ne cesse de faire allégeance à l’entité sioniste nourrit l’argumentaire décolonial qu’elle croit combattre. Oui, la question coloniale reste pendante, et il est probable qu’elle le restera aussi longtemps que la gauche n’aura pas secoué le joug du dernier Etat-colon.

Bruno Guigue

Commentaires

  • De l'avis général, trouver des régimes non corrompus en Afrique relève de la gageure. Sans nous, ils seraient soutenus par d'autres. Je suis peut-être naïf, mais avec nous, ce qu'ils font est peut-être "moins pire".

    Le Mali: si ce qu'on nous dit à ce sujet est vrai, sans nous ce serait actuellement soit un état failli, soit un état islamique.

    Bouteldja: si elle avait dit 'l’État d'Israël", on ne pourrait pas, sauf à être de mauvaise foi, parler d'antisémitisme. Comme elle a dit "les Juifs", c'est, disons, moins sûr. Il ne faut pas prendre ces gens pour plus crétins qu'ils ne sont, ils connaissent le sens des mots.

  • Bouteldja
    Mauvaise pioche : il ne manque que Soral pour que la fête commence.

    Oui, si elle avait dit l'Etat Israelien.
    Encore un coup de poignard dans le dos de la gauche (façon de parler) Israelienne.
    (vous savez ceux qui manifestent parfois aux cotés des Palestiniens) ou ces réservistes de l'armée Israelienne (vétérans d'une unité d'élite) qui dénoncent par écrit certains faits (avec représailles feutrées si il en est) et d'autres.

    Pendant ce temps, chez certains cerveaux de poules (plus nombreux que l'on ne le croit) ça jubile.

    En cet ère d'égarement -Tobie Nathan, aussi, a perdu une roue ... - rien ne m'étonne.

  • "Sans nous, ils seraient soutenus par d'autres."

    Traduction : "Quite à ce qu'ils soient exploités, autant que ce soit par nous"

    Méprisable...

  • Cette situation globale décrite dans ce texte ne date pas d'hier. Ca a toujours été le crédo des puissances européennes depuis le début de leurs conquêtes coloniales (financées par la maçonnerie).

    L'Europe et les Etats Unis n'ont jamais voulu le bien de ces pays. Ils les ont vu que comme des réservoirs de ressources en accès libre au premier venu.

  • Je l'ai déjà dit à certains (il n'y a pas eu de suites) ; vous ruinez les causes que vous défendez.
    Par exemple, il est hors de question de manifester pour la Palestine (à mon niveau je ne peux faire que ça ) en France aux cotés de certains.
    Par contre pour les Palestiniens je peux faire plein de choses ; pas la peine d'essayer de me convaincre de l'intolérable de la situation, de l'injustice .......

    Le soutient (de quelles façons ????) à l'opposition interne en Israel me paraissait être aussi une bonne idée (même si cela ne suffit pas)
    Parler des juifs à propos de l'Etat Israelien, de France (où existe un certain passif que l'on sait, sans remonter à Dreyfus) me semble être une très mauvaise idée. (en plus de l'injure à la langue qui permet aux obsédés des catégories, de bien les définir les catégories)
    Après on peut parler d'histoires de clivage (homme ou femme c'est pareil ; quand c'est le cas ça ne joue pas le fait d'être un homme ou femme.) ; Bouteldja ou moi, quand c'est le cas ; c'est pareil.

  • Je sais que dans le reste du billet il s'agit aussi d'une certaine gauche.
    Il y en a plusieurs de certaines gauches (je connais bien, certaines droites très bien aussi, pas de l'intérieur par contre)
    J'en dit rien (pas la peine de tirer sur les ambulances/corbillards)

  • Non Genc, pas méprisable. Réaliste, hélas.

  • Ceux qui soutiennent ces élus HDP portant le cercueil d'un terroriste criminel du PKK font mine de ne rien voir quand des élus catalans sont emprisonnés.

    http://www.ensonhaber.com/hdpli-vekiller-tam-kadro-pkkli-taziyesinde.html

  • Un héritage ça peut se refuser, c'est la loi. Le colonialisme je ne le nie pas, mais j'en ai rien à braire en 2017, donc inutile de s'en remettre, et cette opportune culpabilité ne pèse rien sur mes épaules de sale blanc catho, je n'éprouve pas ce sentiment de faute ressenti par une certaine gauche intello-bobo et heureusement en train de s'évaporer.
    La colonisation ? Not in my name !

  • Égypte : carnage dans une mosquée du Sinaï, 305 morts dont 27 enfants

    Notre bonne presse, qui ne supporte pas les indignations sélectives, a tout interrompu pour faire des émissions spéciales, avec investigations et experts

  • C'est peut-être une indignation (j'ai du mal à mal considérer al-modon ; www.almodon.com) sélective, eux précise qu'ils s'agissait de Soufistes.
    (perso, j'arrive à faire la différence quand il s'agit de Soufistes, je crois)
    Ce n'est peut-être pas juste une coïncidence.

    Source :
    Un leader tribal menant un groupe de nomades combattant "l'Etat islamique" dans la région a été cité par l'Agence France-Presse, affirmant que la mosquée-cible était fréquentée par les soufis.
    pour :
    وأعلن التلفزيون المصري الرسمي، أن الهجوم أسفر عن مقتل 235 شخصاً، وإصابة نحو 130 آخرين
    http://www.almodon.com/portal

  • Les soufis (et pas soufistes) se concentrent essentiellement sur les actes de piétés tous les jours. Les salafistes suivent essentiellement les enseignements d'Ibn Taymiyya (rejeté par les soufis) et abordent l'islam selon une lecture très littéraire du Coran, ce qui les mène inévitablement à faire des erreurs de jugement, d'où leur caractère violent.

  • @Genc Osman
    ... Les soufis (et pas soufistes) ... oui, désolé.
    Le soufisme ce n'est pas toujours en adéquation avec le salafisme et le wahhabisme aussi se dit-il.

    Sinon vous voulez dire une lecture littéral du coran ? (pour les salafistes) et non littéraire (ce qui doit être possible, comme avec d'autres textes)

  • ... lecture littérale ...
    (décidément !)

  • L'Islam, ce n'est pas que le Coran. L'Islam se vit et s'applique selon 4 sources : le Coran, les hadiths, le consensus, et l'analogie.
    Ce sont avec ces 4 sources que les 4 grands imams ainsi que leurs disciples ont pu établir la jurisprudence islamique, d'où les 4 grandes écoles au sein de l'Islam sunnite : hannafisme, chafisme, malikisme et hanbalisme. S'il y a quelques différences entre les 4 sur certains points, elles sont pour autant toutes justes. Il faut juste veiller à ne pas piocher dans la jurisprudence de l'une et de l'autre sans quoi ça reviendrai à faire sa propre école.
    Les salafistes et les wahhabites ne respectent pas cela, et, ils estiment qu'ils peuvent à nouveau faire de la jurisprudence sur certains faits eux même. Pire, ils accordent plus d'importance au Coran seul et négligent certains hadiths. Or, les hadiths sont les paroles du prophète (saw) qui à reçu la révélation du Coran, donc ses paroles sont en connaissances du Coran. C'est pourquoi il y a des versets du Coran qui sont en contradiction avec des hadiths. Tenter de comprendre cela par soit même est très difficile et c'est pour ça que les grands savants du passé (dont les 4 imams) ont travaillé pour établir une jurisprudence valable dans le temps.
    Donc si dans le Coran il est écrit "tuer les mécréants", ils appliquent à la lettre, or, il y a des contextes précis dans les versets et ils ne prennent pas en compte ces contextes, ni les hadiths.

  • Quand la justice commencera à garantir l'efficacité des droits de l'Homme en France on pourra espérer que la France soit plus rigoureuse et crédible dans ses relations diplomatiques, notamment dans les processus de paix au proche-orient et en Afrique.
    Des juges qui ne sont pas à la hauteur de leur fonction et des valeurs fondamentales de la République ne peuvent que favoriser toutes les dérives politiques que nous connaissons et qui caractérisent plus un Etat policier qu'un Etat démocratique moderne conforme aux standards européens.
    La barbarie trouve aussi sa source dans l'abdication des gardiens de la loi. Virginie Sansico leur a déjà consacré un livre. Honte à eux.

  • @Genc Osman 09h18 - mardi 28 novembre 2017

    "Or, les hadiths sont les paroles du prophète (saw) qui à reçu la révélation du Coran, donc ses paroles sont en connaissances du Coran. C'est pourquoi il y a des versets du Coran qui sont en contradiction avec des hadiths. "

    Comme vous dites "Tenter de comprendre cela par soit même est très difficile". Comment quelqu'un connaissant le Coran peut-il écrire quelque chose en contradiction avec le Coran ?

  • @Genc Osman 09h18 - mardi 28 novembre 2017

    J'oubliais: la chronologie des rédactions étant ce qu'elle est, s'il y a contradiction, c'est de certains hadiths par rapport au Coran plutôt que l'inverse. Ou alors, il y a une subtilité qui m'échappe.

  • Par ce qu'il y a le contexte et la compréhension de la sourate en générale qui peut changer la compréhension du verset.
    Personnellement, je ne cesse de dire qu'on ne peut pas vivre l'Islam en se calquant que sur le Coran, et pire, en lisant sa traduction.

    Exemple : le déroulement de la prière n'est expliqué en aucun endroit dans le Coran.

  • J'ai écrit un article qui explique en quelques questions réponses ce qu'est l'Islam, je ne peux que vous le conseiller. En ces temps où l'Islam est sur toutes les bouches, sa compréhension est systématiquement erronée par les intervenants. Tout le monde en parle dans les médias, sauf les concernés.

    http://chroniquesdegencosman.blogspot.fr/2017/01/connaitre-lislam-en-quelques-questions.html

  • @ genc osman
    Je comprends bien (j'espère que ma sympathie intellectuelle pour les soufis ne biaise rien)

    Vous dites :
    .... Personnellement, je ne cesse de dire qu'on ne peut pas vivre l'Islam en se calquant que sur le Coran, et pire, en lisant sa traduction.
    Exemple : le déroulement de la prière n'est expliqué en aucun endroit dans le Coran ....

    Que dire alors de ceux (j'en connais) qui ânnonent , dans un arabe qu'ils ne comprennent pas, ces prières ?

    Je vais lire votre article maintenant.

  • Ceci étant dit cela vaut bien la messe en latin que le plus grand nombre ne comprenait pas (des mauvaise langues ayant ajouté que c'est pour cela que la messe plaisait)

  • Il y a autant de traductions du Coran que de lecteurs. Un mot en arabe peut avoir plusieurs sens selon la personne qui le lis. L'un s'arrêtera juste à ce qu'il comprend par le mot en lui même, l'autre prendra en compte le verset, le suivant l'ensemble de versets, le suivant toute la sourate, le suivant le contexte, le suivant les nuances... Pire il y a même des mots qui n'ont pas traductions exactes dans d'autres langues.

    C'est pour ça qu'il est important de se fier aux vrais savants des 4 écoles pour comprendre l'Islam et de ne pas tenter de vivre l'islam soit même en se disant lire seulement la traduction du Coran.

    On peut vouloir comprendre le sens général du Coran tout seul, mais pas les détails.

  • @Thierry L 17h09 - vendredi 01 décembre 2017
    Dans les missels (les livres permettant de suivre la messe), vous aviez le texte latin d'un côté, et sa traduction française de l'autre. Une même prière pouvait être dite en latin à la messe; et en français dans les autres circonstances.

  • @xc
    Je connais les missels ; j'y ai eu droit.
    De toutes façons le vieux que je suis est trop jeune pour avoir connu la messe en latin (ou j'ai oublié)
    Enfant, j'ai échappé au voyage à Lourdes avec mes grand-parents. Cela a été compensé par les visites des musées Parisiens ; c'était un autre rituel, estival
    Je ne me considère pas comme un apostat ; jusqu'à 12 ou 13 ans qu'est-ce qu'un gosse peut comprendre à tout cela ? Que vaut son assentiment ?

  • Qué passa?
    Même pas quelques photos de la Fête des Lumières cette année?
    Y a du laisser-aller! ;-)

  • "jusqu'à 12 ou 13 ans qu'est-ce qu'un gosse peut comprendre à tout cela"

    Un enfant est capable de comprendre beaucoup de choses pour le peu qu'on lui explique d'une façon pédagogique. Nous sous-estimons beaucoup trop les enfants.

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