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  • Najwa Karam en concert

    Voici une grande soirée libanaise avec ce concert de Najwa Karam, dont la voix parle à tout le monde arabe, une chanteuse qui de plus a les pieds sur terre… Une musique nourrie de la grande tradition, vous allez vous régaler, poussez le son à fond, laisser vous gagner, je vous souhaite un grand moment libanais.

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  • Lilac wine

    I lost myself on a cool damp night
    Gave myself in that misty light
    Was hypnotized by a strange delight
    Under a lilac tree
    I made wine from the lilac tree
    Put my heart in its recipe
    It makes me see what I want to see
    And be what I want to be
    When I think more than I want to think
    Do things I never should do
    I drink much more that I ought to drink
    Because I brings me back you

    Lilac wine is sweet and heady, like my love
    Lilac wine, I feel unsteady, like my love
    Listen to me, I cannot see clearly
    Isn't that she coming to me nearly here?

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    Nina Simone

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    Helen Merrill

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    Lizz Wright

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    Katie Melua

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    Eartha Kitt 

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    Ana Moura

    jazz

    ... et bien sûr Jeff Buckley

  • La Syrie, le plus grand fiasco de la CIA?, par Maxime Chaix

    Voici un intéressant article, précis et documenté, publié dans Le Devoir de ce 2 août, sous la signature de  Maxime Chaix. Le genre de texte que vous ne verrez jamais dans Le Journal officiel du Quai d’Orsay, encore appelé Le Monde. Heureusement, nous avons la presse canadienne.

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    La Syrie, le plus grand fiasco de la CIA?, par Maxime Chaix

    Récemment, le Washington Post a annoncé la fin du soutien des rebelles « modérés » par la CIA, confirmant qu’ils menaçaient de renverser Bachar al-Assad en 2015, mais que cette issue chaotique fut empêchée par l’intervention militaire directe de la Russie cette même année.

    Chaotique, car le chroniqueur du Post David Ignatus vient de souligner dans ce même journal que Washington et ses alliés ne pouvaient proposer de solution politique viable, démocrate et modérée pour remplacer le gouvernement syrien. D’après le spécialiste de la Syrie Charles Lister, qui regrette ouvertement la fin de cette guerre secrète coordonnée par la CIA, l’Agence aurait constitué une force de 45 000 combattants à travers cette opération, dont nous savons depuis janvier 2016 qu’elle a pour nom de code Timber Sycamore.

    Or, comme le rappelle l’universitaire américain Joshua Landis, ces rebelles « modérés » appuyés par la CIA et ses partenaires ont combattu jusqu’en janvier 2014 aux côtés de la milice terroriste qui allait devenir le groupe « État islamique » (EI) six mois plus tard, lors de la proclamation du « califat » par Abou Bakr al-Baghdadi. Ce fait est confirmé par l’expert de la Syrie Fabrice Balanche, qui souligne que « les rebelles n’ont combattu Daech [autre nom du groupe EI] qu’à partir de l’hiver 2013-2014. Avant cette période, ils étaient main dans la main avec cette organisation ».

    Depuis qu’ils ont rompu avec le groupe EI, ces groupes soutenus par la CIA et ses alliés se sont majoritairement coordonnés avec la branche d’al-Qaïda en Syrie, qui s’est appelée le Front al-Nosra jusqu’en juillet 2016, avant de changer de nom et de rompre superficiellement son allégeance au réseau de feu Oussama ben Laden.

    Comme le New York Times le soulignait en octobre dernier, « monsieur Lister et d’autres experts ont déclaré que la vaste majorité des factions rebelles approuvées par les États-Unis à Alep combattaient en pleine ville, et qu’ils pilonnaient massivement les troupes du gouvernement syrien en appui des combattants affiliés à al-Qaïda, qui se chargeaient de l’essentiel des combats sur la ligne de front ».

    Armements

    Plusieurs éléments troublants sont à relever dans cette opération. Tout d’abord, sachant que les États-Unis se revendiquent en guerre contre le terrorisme depuis septembre 2001, appuyer pendant près de cinq ans des groupes qui combattent aux côtés d’al-Qaïda n’a pas semblé poser problème aux décideurs américains et à leurs alliés occidentaux — ce qui est pour le moins déroutant. Et comme l’a pertinemment souligné Joshua Landis, le gouvernement des États-Unis savait depuis le milieu de l’année 2012 que les armes livrées massivement par la CIA et une quinzaine de services spéciaux depuis la Turquie et la Jordanie équipaient principalement des groupes djihadistes, un processus dévoilé par le New York Times en octobre 2012.

    Comme l’auteur de ces lignes avait eu l’occasion de le défendre, le réseau qui a majoritairement bénéficié de ces milliers de tonnes d’armements a été le Front al-Nosra ; ce fut d’ailleurs le cas jusqu’à récemment dans le gouvernorat d’Idleb, dont la capitale vient d’être prise par cette organisation, aujourd’hui rebaptisée Hayat Tahrir al-Cham.

    Ces graves dérives ont été notamment confirmées par le journaliste Gareth Porter, dans un article intitulé « Comment les États-Unis ont armé des terroristes en Syrie ».Comme ce grand reporter l’a souligné, « cet afflux massif d’armes [coordonné par la CIA] vers le territoire syrien, ainsi que l’entrée de 20 000 combattants étrangers dans ce pays —, et ce, principalement depuis la Turquie —, a largement défini la nature de cette guerre », Gareth Porter se référant au vaste réseau de trafic d’armes mis en place par la CIA et ses alliés depuis les Balkans et la Libye, de même qu’à l’acquisition de 15 000 missiles TOW made in USA par l’Arabie saoudite.

    Fabriqués par Raytheon, ces missiles antichars ont été introduits en masse dans ce conflit à partir de 2014, et les pertes infligées aux forces syriennes avec ces armements auraient été le principal facteur de l’intervention russe au début de l’automne 2015.

    Dans cet article, Gareth Porter ajoute que « les armes [injectées par la CIA et ses partenaires dans le conflit syrien] ont contribué à faire de la branche d’al-Qaïda en Syrie […] et de ses proches alliés la plus puissante des forces anti-Assad dans ce pays — et elles ont aussi permis l’émergence de Daech ». Rappelons qu’à l’origine, le Front al-Nosra et le futur groupe État islamique ne faisaient qu’un avant leur scission du printemps 2013, qui déboucha sur une guerre fratricide entre ces deux factions.

    Scission

    En réalité, les combattants majoritairement irakiens de ce qui était alors appelé le « groupe État islamique d’Irak » (EII) ont fondé, à partir de l’été 2011, la milice qui allait devenir le Front al-Nosra en janvier 2012. D’après Foreign Policy, lors de cette scission d’avril 2013, « une large majorité de commandants et de combattants d’al-Nosra en Syrie ne suivirent pas [leur chef Mohammed al-Joulani] » et prêtèrent allégeance au futur « calife » Al-Baghdadi, ce qui aurait représenté « jusqu’à 15 000 combattants sur environ 20 000 », d’après une estimation du chercheur Fabrice Balanche.

    Toujours selon Foreign Policy, « partout dans le nord de la Syrie, Daech s’empara des quartiers généraux d’al-Nosra, des caches de munitions et des dépôts d’armes » durant cette séparation. En d’autres termes, le gigantesque trafic d’armes et de munitions organisé par la CIA pour équiper les rebelles en Syrie a, directement ou non, favorisé la montée en puissance du groupe EI dès janvier 2012.

    Même conséquence pour le versant « formation militaire » de cette opération clandestine de l’Agence et de ses alliés, qui a conduit les Forces spéciales détachées auprès de la CIA à entraîner malgré elles une forte proportion de djihadistes officieusement affiliés à al-Nosra ou à Daech — selon des sources anonymes du SOCOM et de l’Agence impliquées dans ce programme.

    En clair, de nombreux mercenaires anti-Assad recrutés par la CIA ont dissimulé leur appartenance à ces groupes terroristes (ou leur attrait pour ceux-ci), le processus de sélection des combattants étant particulièrement laxiste.

    Bien qu’indiscutablement condamnable, le gouvernement Assad a bénéficié d’un soutien populaire indéniable contre la rébellion, et il s’est maintenu grâce à l’intervention décisive de la Russie, ce qui n’avait pas été anticipé par les stratèges d’Obama. Censées être en guerre contre le djihadisme depuis l’automne 2001, les puissances occidentales ont fait le pari cynique de couvrir et d’aider leurs alliés régionaux dans leur soutien envers des groupes extrémistes éprouvant la même détestation à l’égard de notre modèle démocratique qu’envers l’État syrien laïque et ses alliés russes et chiites.

    Provoquant un véritable désastre humanitaire, la fulgurante montée en puissance du groupe EI en 2014 est en bonne partie la conséquence de cette politique inconsciente et court-termiste, dont l’Arabie saoudite a été le principal financeur — le rôle de nos « alliés » turcs et pétromonarchiques dans l’essor du djihad armé dans cette région (et au-delà) n’ayant d’ailleurs jamais fait l’objet d’une quelconque protestation officielle de la part d’États occidentaux pourtant frappés par le terrorisme.

    Finalement, au regard des conséquences dramatiques de cette ultime guerre secrète de la CIA — que le Washington Post avait décrite en juin 2015 comme étant « l’une [de ses] plus vastes opérations clandestines » —, il n’est pas impossible que les historiens la considèrent un jour comme le plus grand fiasco de l’Agence.

  • Le Prince et Gégé découvrent la douche grâce au Conseil d’Etat

    En attendant les hot-spots anti-migrants en Libye, le Prince et Gégé se prennent une humiliation devant le Conseil d’État, qui les condamne à installer des douches et des WC à Calais.

    Pour les faits, je cite le Conseil d’Etat, sinon on va croire que j’exagère.

    « Plusieurs centaines de migrants, que le préfet du Pas-de-Calais a évalué entre 300 et 400 au mois de mai 2017 et que le Défenseur des droits a estimé entre 400 et 600 au mois de juin 2017, dont une centaine de mineurs, se trouvent présents sur le territoire de cette commune, en dehors du centre ville ; ces migrants, qui se trouvent dans un état de dénuement et d’épuisement, n’ont accès à aucun point d’eau ou de douche ni à des toilettes et ne peuvent ainsi, notamment, ni se laver ni laver leurs vêtements et souffrent en conséquence de pathologies telles que la gale ou des impétigos, de divers troubles liés à une mauvaise hygiène ou encore de plaies infectées ainsi que de graves souffrances psychiques résultant de cette situation ».

    Voilà où en est avec les progressistes, cools et sympas ! Je rappelle au passage que nous sommes en juin, période des records de chaleur. Avec une centaine d’enfants…

    Le Conseil d’État en tire pour conclusion que ces personnes sont exposées « de manière caractérisée, à des traitements inhumains ou dégradants, portant ainsi une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale », circonstances par ailleurs constitutives d’un risque pour la santé publique.

    L’État et la commune de Calais sont donc condamnés à créer, dans des lieux facilement accessibles aux migrants plusieurs dispositifs d’accès à l’eau leur permettant de boire, de se laver et de laver leurs vêtements, ainsi que des latrines, et d’organiser un dispositif adapté, fixe ou mobile, d’accès à des douches selon des modalités qui devront permettre un accès, selon une fréquence adaptée, des personnes les plus vulnérables.

    - Ah bon, on a le droit de boire de l'eau ?

    - Oui, je t'assure...

    C’est le minimum vital, qui avait déjà été ordonné par le juge des référés du tribunal administratif de Lille le 26 juin 2017, mais Gégé avait eu le culot de faire appel. Résultat : un mois de plus de souffrance pour ces personnes.

    J’espère vivement qu’elles vont engager un recours en responsabilité contre l’État pour ces traitements inhumains et dégradants. Les mêmes qui nous expliquent la main sur le cœur qu’inscrire dans la loi commune le dispositif de l’état d’urgence ne pose aucun problème de libertés. De quoi regretter Pasqua…

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  • Venezuela : C’est quoi « l’opposition » ?

    Grace à l’excellent Le Monde (Occidental), vous avez tous bien compris que Maduro est un méchant dictateur aux mains ensanglantées (qui pousse la dictature jusqu’à faire voter le peuple à un référendum constitutionnel…) et l’opposition de merveilleux et courageux combattants de la liberté. Jamais un mot sur le grand problème du pays à savoir que Chavez, puis Maduto, au pouvoir pour avoir gagné les élections, ont entrepris des politiques de redistribution de la richesse sans pouvoir s’assurer le contrôle de la production, et donc du monde économique. Et que la caste qui tient le monde économique fait tout pour casser le pouvoir de Maduro. Notamment quand les gentils manifestant lynchent des blacks ou lancent des grenades explosives sur la garde nationale. Dans une presse très monocolore sur le sujet, voici une intéressante interview Christophe Ventura, chercheur à l’Iris, publiée dans Le Nouvel Obs.

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    Les manifestants de la liberté brûlent un black

     

    Venezuela : "La composante la plus radicale de l'opposition l'a emporté"

    Propos de Christophe Ventura recueillis par Martin Lavielle 

     

    Derrière ce mot chapeau se cachent beaucoup de réalités. L’opposition vénézuélienne est plurielle. D’abord, il y a une opposition présente depuis 1998 et la victoire d’Hugo Chavez. C’est elle qui est à la manœuvre jusqu’à présent. Il existe aussi une autre partie qui n’a rien à voir : une opposition "de gauche" composée de certains partis traditionnellement d’extrême gauche, qui ont toujours été assez critiques du chavisme, ou en tout cas réservés. Ils ne représentent pas forcément grand-chose dans la société civile, mais ils sont actifs politiquement. A cette opposition "de gauche" s’articulent des personnalités du chavisme, qui n’ont pas d’organisation politique mais qui sont des personnalités avec une certaine légitimité, de par leur parcours, comme la procureure générale Luisa Ortega.

    L’opposition qui impose un véritable rapport de force au gouvernement, c’est la première, l’opposition historique. Elle est composée des forces défaites par Chavez, notamment des deux partis COPEI et AD (Action démocratique).

    En fait, Chavez a été élu sur les cendres d’un système politique bipartite, qui dirigeait le Venezuela depuis des décennies dans une alternance entre socio-démocrates et conservateurs. 

    Au fil des ans, avec la polarisation déclenchée par le chavisme, d’autres organisations ont rejoint cette opposition "libérale". Aujourd’hui, de nombreuses mouvances sont réunies dans la Mesa de la unidad democrática (MUD) : une droite dure, des formes d’extrême droite aussi, jusqu’à des forces de centre gauche. Leur point de ralliement est la destitution du gouvernement en place. C’est sans doute leur seul objectif commun, puisqu’il n’existe pas vraiment d’unité programmatique.

    Qui prédomine au sein de cette opposition "historique" ?

    Les deux mouvements principaux sont représentés par deux figures de l’opposition. D’une part, Henrique Capriles et son parti Primero Justicia, classé au centre droit. C’est lui qui avait perdu en 2012 contre Chavez et en 2013 contre Nicolas Maduro. D’autre part, le second pôle vient d’une droite plus dure, autour de Leopoldo Lopez et de son parti, Voluntad Popular. L'une des figures montantes de l'opposition, Freddy Guevara, vice-président de l’Assemblée nationale, est dans son sillage. Cette seconde mouvance représente la fraction dure de l’opposition, celle qui a toujours défendu l’insurrection.

    La situation actuelle de l'opposition  et par extension, celle du Venezuela  a un point de départ l’élection présidentielle de 2013, après la mort d'Hugo Chavez. L’opposition n’a en fait jamais reconnu les résultats et la victoire de Maduro, alors que dans les faits, sa victoire électorale était tout de même prouvée. A partir de ce moment, il y a eu un débat stratégique au sein de l’opposition quant à la tactique à suivre.

    La première solution était de contester le pouvoir en continuant de respecter la Constitution de 1999. La deuxième, celle de Voluntad Popular, était d’aller vers un changement de régime à tout prix, dans une forme de stratégie insurrectionnelle qui encourageait à la mobilisation de rue, aux rébellions…

    C’est cette ligne-là qui a gagné, et qui nous a amené à la crise d’aujourd’hui. Pour le gouvernement, c’est ce qui a justifié l’incarcération de Leopoldo Lopez, qui avait plusieurs fois fait appel à l’insurrection et à la résistance parfois violente. C’est d’ailleurs Luisa Ortega, désormais devenue critique du gouvernement de Maduro, qui l’avait mis en prison dans un premier temps [il a ensuite été placé en résidence surveillée du fait de sa santé physique, NDLR].

    C’est donc l’opposition la plus dure qui l’a emporté ?

    Exactement. Au sein de l’opposition, c’est la composante la plus radicale qui a gagné le leadership. C’est comme ça que Leopoldo Lopez est devenu une sorte de martyr et qu’il a remporté l’hégémonie dans l’opposition. Cela explique que l’on se retrouve dans la situation explosive d’aujourd’hui entre le gouvernement et l’opposition, aucun n’étant prêt à reculer. 

    Cependant, quelques jours avant l’élection de dimanche, il semble que des réunions informelles entre défecteurs de l’opposition et délégations du gouvernement aient eu lieu, sous l’égide de José Zapatero, l’ancien président du gouvernement espagnol. La situation est tellement explosive qu’au sein du gouvernement comme au sein de l’opposition, on a peut-être envie de tester des canaux de communication, parce que les lignes dures sont en train de l’emporter partout.

    Cette opposition "historique" bénéficie-t-elle d’un réel appui populaire ?

    Les chiffres de l’élection de la Constituante de dimanche ont été donnés par le gouvernement, il faut donc les prendre avec précaution. Mais ceux du référendum organisé il y a deux semaines par l’opposition étaient tout aussi informels. On peut malgré tout estimer à 8 millions d’électeurs le nombre de personnes ayant participé à l’élection du 30 juillet, et à un peu plus de 7 millions ceux du référendum de l’opposition. On s’aperçoit alors qu’on retrouve des chiffres similaires à ceux des dernières élections de Chavez : quand le chavisme et l’opposition sont mobilisés, on retombe sur 8 millions (le score de Chavez en 2012) contre 7. Il semble donc y avoir une vraie continuité, une cohérence dans la société vénézuélienne.

    Mais ces deux chiffres recoupent des réalités diverses. L’opposition peut se targuer d’avoir le soutien d’une partie de la population, mais il ne s’agit sûrement pas du peuple "populaire". Principalement, ce sont des classes moyennes, aisées, jusqu’à l’oligarchie locale, tandis que le chavisme s’appuie sur des classes plus populaires, voire pauvres. En fait, le conflit politique qui se joue aujourd’hui cache une sorte de lutte de classe.

    L’opposition a donc un appui populaire en termes de population ; mais pas dans les classes populaires. C’est d’ailleurs un de ses échecs de toujours : ne pas avoir réussi à fédérer les classes les plus défavorisées autour de son projet. 

    Quel est désormais l’avenir de l’opposition, alors que le gouvernement crie victoire depuis les résultats de dimanche ? Fallait-il s’y attendre, l’opposition ayant appelé au boycott de cette élection ?

    Le fait que l’opposition ait appelé au boycott constituait un choix stratégique, mais aussi un risque. Elle a en effet laissé les mains libres au gouvernement, et la forte participation à l’élection a affaibli le discours des opposants. Alors qu’elle n’a eu de cesse de dire que le chavisme ne représentait plus rien dans ce pays, ces résultats viennent la contredire. Si nous ne disposons pas de chiffres précis sur la participation, tous les observateurs s’accordent à dire qu’elle était importante. C'est une victoire pour Maduro, qui n'en était pas assuré.

    Finalement, du côté de l’opposition comme de celui du gouvernement, le choix du boycott et la manière de maintenir cette constituante correspondent à une même logique de renforcement de leur propre légitimité. Ces stratégies ne risquent pas de régler la crise à brève échéance. Au contraire, il y a un vrai risque de se diriger vers l’instauration d’un système à double légitimité, chacun s’enfermant dans son propre mouvement. L’opposition, en nommant un gouvernement d’union nationale, mais également des juges pour faire contrepoids à la Cour suprême, participe de cette logique en constituant des institutions parallèles. 

    Désormais, soit on en reste là, et la vie politique reprend son cours, soit le "gouvernement d’union nationale" songe à prendre unilatéralement des pouvoirs législatifs et exécutifs. L’étape suivante serait alors la recherche d’une reconnaissance internationale, à chercher du côté des Etats qui n’ont pas reconnu les résultats de dimanche, aux premiers rangs desquels les Etats-Unis, l’Argentine et le Pérou. Cette stratégie est possible. C’est une hypothèse, mais le cas échéant, elle serait lourde de conséquences pour la cohésion de la société vénézuélienne.

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