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  • Obama dans les choux ?

    9782070378050.jpgBush avait été réélu à l’aise, mais ça parait plus compliqué pour Obama. L’élection aura lieu le 6 novembre, et il est bien difficile de faire un pronostic… à part que ça sera très serré. Adieu Obama ? 

    La campagne de Romney est une surprise et une réussite objective. Il était annoncé cuit d’avance, car il semblait bien difficile de vendre ce mec plein aux as et si peu imposé, sans aucune pratique internationale et leader émerveillé des mormons. Son programme était en gros de défaire tout ce qu’Obama avait fait, et son équipe laissait découvrir chaque semaine des mecs complètement hallus, avec une obnubilation maladive sur la question de l’IVG. Dans ce pays le plus riche et le plus armé du monde, qui pourrit toute la vie internationale, la campagne va se jouer autour de la question : faut-il autoriser l’IVG pour la femme victime d’un viol ?

    C’est absolument consternant.

    L’équipe de campagne d’Obama a lancé hier la dernière série des spots anti-Romney, en rappelant qu’il a vanté les mérites d’un gus soutenant que le viol n’est pas un motif d’IVG, car il faut punir le violeur alors que rien ne justifie de sacrifier  l’enfant. Ils sont graves. 

    Si Obama tape à ce niveau, ce n’est pas bon signe. C'est comme les virées électorales qu’il multiplie : entre mercredi et jeudi, 8 Etats en quarante heures.... Des milliers de kilomètres en avion pour quelques minutes dans des meetings bidon organisés à côté des aéroports, juste pour faire des images et récupérer de l’argent... Ce n’est pas encore la panique, mais ce n’est plus la sérénité. Obama roule sur la jante, et il le sait.

    Au niveau national, les sondages s’équilibrent. On avait pu croire à un coup d’éclat de Romney, mais on voit surtout un lent tassement d’Obama, et ça, c’est difficile à rattraper. Ces sondages inattendus enflamment la campagne, mais cela ne veut rien dire sur le résultat final compte tenu du vote par Etat. C'est l'histoire redoutée des swing states, qui basculent d’une élection à l’autre. Cette année, tous les regards se tournent vers l’Ohio, représentatif des enjeux économiques du pays, où Obama semble encore en tête. Mais pour d’autres Etats qui ont été décisifs en 2008 – Caroline du Nord, Indiana et Missouri – c’est mal barré.756138_2881021.jpg

    Dans la campagne US, la politique étrangère n’est pas un enjeu. La charmante et délicieuse Hillary (pliée de rire à la télé pour annoncer le lynchage de Kadhafi) avait expliqué qu’elle ne s’était pas rendue à la Convention démocrate d’investiture, car le département d’Etat menait une politique autonome. Ce sont les industries de l’armement qui commandent, on le savait, mais confirmé par Hillary, ça simplifie le débat. A propos, l’Etat d’Israël a été cité 34 fois lors du débat Obama/Romney,... Mais pas de doute : Israel est un Etat indépendant. Totalement indépendant. Ne dépendant en rien des US.

    Pour l’économie, les résultats d’Obama sont moyens, alors que c’est le sujet n° 1. Le social patine, car la réforme de santé est loin des projets de 2008. Côté société, les blacks et les latinos ne retrouvent rien de concret.

    Et Obama ? Depuis quatre ans, il fait le cake mondial et toute critique est interdite contre le premier black président des US et Prix Nobel de la Paix. Impossible d’évoquer ses reniements, à commencer par Guantanamo, ou ses crimes de guerre avec les assassinats à grande échelle commis par les drônes en terre étrangère. Résultat ? Obama s’est endormi dans du coton. Il a fait la une pendant son mandat avec des salades genre sa recette de la bière au miel ou les sorties familiales avec Michelle en short.

    Mais chaque fois qu’il y a eu une épreuve, il s’est liquéfié. C’est ce schéma qui se réédite aujourd’hui.

    Romney est une buse, mais il a su éviter les délires à la McCain. Il fait le job serein du type qui s’oppose à un Obama endormi par les flagorneurs. Et ça marche. Jusqu’où ?...

    Obama peut perdre, car le tube universel du moment, c’est « sortez les sortants ». La seule qui tient la route, même si on n'est pas d'accord avec sa politique, c’est Mamy Merkel. Alors comme notre cousine gouverne aussi la France et nous protège des affreux, genre Copé et Le Pen, je m’endors l’âme en paix... et même si je ne fais pas de beaux rêves.    

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    N'écoutant que son devoir,

    dans ce monde incertain,

    le rédacteur en chef du blog a eu un rencart avec Angela.

  • Valls invente la police de sa proximité

    affiche_b.gifJe vais encore me faire engueuler par Gatsby, mais je n’ai pas le choix… Ils en font trop, trop, trop…

    Gatsby est un type de Gauche, sincère et authentique, qui me file une raclée (virtuelle) chaque fois que je dis du mal du Hollande Magic Circus, au motif je vais faire perdre la Gauche. Comme si…

    Je lui ai expliqué que cette équipe d’épiciers losers était l’ennemie de la Gauche, composée de gus de Droite molle ripolinés en gus de Gauche molle, et qu’après les déroutes politiques de Blair et d’Obama, celle d’Hollande marquerait un écrasement de la Gauche dans le monde occidental.

    Rien n’y a fait. Gatsby est un fidèle gardien de la Révolution du 6 mai, et il m’a mis au régime minceur : un post par semaine sur le « gouvernement », ou il me colle en Sibérie avec les Pussy Riot, et ça non merci (Pour les Pussy Riot, pas pour la Sibérie,... on n’a qu’une vie sur terre).

    Bon. Alors, avec un papier par semaine, il faut faire du condensé.

    J’ai bien aimé le traité Merkozy, adopté sans changer une virgule, et avec les voix de Droite au Sénat, sinon c’était cuit. Fabius, ministre des affaires étrangères, et Cazeneuve, ministre des affaires européennes, tous deux défenseurs du « non » lors du référendum, et aujourd’hui ardents défenseurs du « oui », c’est superbe. Comme dit Monsieur météo : « Temps instable ».

    J’ai adoré la grande loi sociale sur le logement, votée en urgence en septembre pour faire oublier la tourista gouvernementale d’août, mais votée si vite que la procédure a été fracassée, et que la loi est annulée.

    Une mention à Ayrault, qui joue au greffier du Conseil constitutionnel, et qui annonce l’annulation de la loi alors que le Conseil ne s’est pas encore prononcé. Les papys vont apprécier.2367157373_1.jpg 

    J’ai trouvé fantastique la molle danse du ventre de Bambi qui nous dit que le vote des étrangers, c’est peut-être pas sûr pour 2014 (alors que le leader minimo s’était engagé sur le vote en 2012), mais que le projet est à l’étude et que c’est comme si c’était fait. Mon coeur, sincèrement, arrête de nous enfumer... Pour que cette réforme passe, il ne faut pas une loi à Paris, mais un miracle à Lourdes.  

    J’ai adoré le projet de la même Bambi d’inscrire dans le programme scolaire l’apprentissage des affinités sexuelles des héros de l’histoire. Tout devient simple : Vercingétorix a certes rendu les armes devant Jules César, mais il a renversé l’armée US en plaçant l’homosexualité à la tête de l’armée gauloise en 52 av-JC, alors que l’armée US n’ose toujours pas dire le mot « homo » en 2012 ap-JC.

    J’ai été enthousiasmé par le discours de Dakar, un délicieux mélange d’eau tiède et de gaz volatile.  

    J’ai été bluffé par la géniale Banque Publique de l’Investissement, qui va finir de tuer l’économie, car plus une banque n’acceptera de prendre de risques pour ses clients, et tous les fonds vont être trustés par les petits copains des présidents de conseils régionaux.

    Tout ceci est parfait et génial, à un seul détail près : ça nous annonce le retour de Sarko, et pour dix ans.

    Mais le must, c’est bidou Valls qui vire les SDF de la rue de la Roquette pour faire plaisir à sa bichou de chérie d’amour. Le Canard (1,20 €, et sans pub) et toute la presse confirme : Sarko n’a pas réussi à passer le karcher dans les cités, mais Valls l’a passé rue de la Roquette. Le Maire d'Evry adore sa ville, Evry, mais il préfère vivre dans les quartiers brachouilles et sans SDF de Paris.

    Valls est l’adoré des sondages, car vu sa politique antisociale, il a récupéré toute l'opinion de Droite. Mais maman Martine lui avait bien dit : « Tu adores tellement la Droite, vas-y, tu n’y as que des amis »

    Miser sur Valls ? En faire le futur PM ? Quelle blague... L’opinion de Droite, tôt ou tard, va le lâcher, et il finira SDF de la politique.

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  • Portable et cancer : La Cour de cassation italienne retient le lien de causalité

    post9.jpgL’usage du téléphone portable peut-il causer des tumeurs ? Les scientifiques ne sont pas d’accord, mais la Cour de cassation italienne a tranché… et elle a dit oui ! Avis de gros temps à prévoir chez les opérateurs…

     

    Innocente Marcolini, cadre supérieur, aujourd’hui âgé de 60 ans souffrait d’une tumeur au cerveau, qui s'était développée près de son oreille gauche. Il a été opéré avec succès, mais restent des effets secondaires handicapants, comme des maux de tête intenses et répétés. Devant cet état séquellaire imputable au cancer, il a demandé que le cancer soit reconnu imputable au travail, comme maladie professionnelle.

     

    Sur le plan factuel, il soulignait l’importance de l’exposition au risque : son travail de manager commercial l’avait obligé à une utilisation intensive du portable, soit 30 heures par semaine pendant douze ans.

     

    Sur le plan médical, il se fondait sur les travaux du Pr Levis, oncologue à l’Université de Padoue et co-fondateur de l’association italienne pour la prévention contre les nuisances des ondes électromagnétiques A.P.P.L.E.

     

    Sa demande a été rejetée par l'INAIL, l'agence d'assurance italienne pour les maladies liées au travail. Motif simple : la preuve n’est pas rapportée d’un lien de cause à effet entre les conditions de travail et l'apparition de cette tumeur.

     

    L’INAIL avait pris pour référence l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui avait conclu en mai 2010 qu’« à ce jour, aucun lien ne peut être établi entre les tumeurs au cerveau et l'utilisation du téléphone portable ». Les experts du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’OMS, avaient procédé à une étude conduite pendant 10 ans et sur 17 pays, à partir de cas de tumeurs diagnostiquées, et ils concluaient à une simple probabilité : « Un risque accru de tumeur cérébrale n'a pas été mis en évidence de manière définitive, mais en même temps, on ne peut pas conclure qu'il n'y a pas de risque ». duniach-leclerc-bois-1924-e1324924460954.jpg


    Une simple probabilité qui avait été balayée quelques mois plus tard par une étude danoise pratiquée sur 300 000 Danois pendant dix-huit ans, publiée par le British Medical Journal.

     

    Innocente Marcolini a formé un recours, et il a réussi à convaincre la Cour d'Appel de Brescia qui a reconnu l’imputabilité au travail.


    La Cour s’est fondée notamment sur les conclusions du Groupe Lennart Hardell de l'Université Örebro en Suède, qu'elle a jugée plus fiable et indépendant que les autres études concluant à l’absence de lien de causalité. Pour ces scientifiques suedois, l'utilisation du portable présente un risque pour le ganglion situé dans l'appareil auditif. Et Innocente Marcolini faisait aussi état des scientifiques qui avaient pointé les insuffisances de l’étude de l’OMS et critiqué la méthode de l’étude danoise.

     

    Recours des organismes sociaux, et la Cour de Cassation ce 18 octobre… a confirmé l’arrêt de la Cour d’appel, contre l’avis des autorités sanitaires et judiciaires du pays. Pour la Cour de cassation, il n’y a pas de certitude absolue, mais une certitude raisonnable, qui est le critère en droit social italien pour les maladies professionnelles.

     

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    1876, le premier téléphone d'Alexander Graham Bell

     

  • L’Aquila : Six ans de prison pour les sismologues, un verdict historique

    Six ans de prison pour les sismologues qui, présents sur place six jours avant le tremblement de terre meurtrier, avaient rassuré les habitants sur le thème « Dormez tranquilles ». Un verdict incertain en appel, mais ce jugement, quoiqu’il en soit, va laisser des traces.

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    Les faits  

    En mars 2009, le secteur de L’Aquila, dans la région des Abruzzes, était marqué par de nombreux enregistrements d’une petite activité tellurique. De quoi s’inquiéter, car L'Aquila a été détruite à trois reprises par des tremblements de terre en 1349, 1461 et 1703. Aussi, avait été dépêchée sur place la commission italienne « des grands risques », qui regroupait six experts des tremblements de terre et le sous-directeur de la Protection civile.

    Le 1 avril, après une analyse des données scientifiques et cette visite des lieux, les experts avait rendu un avis rassurant, invitant les habitants à dormir tranquille et à boire un bon coup pour se détendre. Le sous-directeur de la Protection civile, M. De Bernardinis, avait affirmé que l’activité sismique de la zone ne constituait « aucun danger ».

    Mais le drame guettait. Six jours plus tard, le 6 avril, L’Aquila était frappé par un séisme causant 309 morts et un millier de blessés. Très vite, la responsabilité de ces experts avait été mise en cause, pour avoir donné ces informations rassurantes.

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    Le jugement

    Le tribunal a rendu son verdict ce 22 octobre.

    Lors du procès, le procureur Fabio Picuti avait requis quatre ans de prison pour homicide par imprudence et la défense avait plaidé la relaxe.

    Le procureur avait dénoncé dans son réquisitoire « une analyse incomplète, inapte, inadaptée et coupablement trompeuse car en lisant le procès-verbal de la réunion, nous trouvons des informations banales, inutiles, auto-contradictoires et fallacieuses ».Le parquet reprochait aux experts d’avoir donné des informations trop rassurantes à la population, alors que celle-ci aurait pu prendre des mesures pour se protéger. 

    C'est essentiellement sur ce terrain que s'est joué le procès. S'il n'est pas possible de prévoir, ce qui semble acquis sur le plan scientifique, pourquoi affirmer qu'il ne se passera rien ? Pourquoi se montrer rassurant à ce pont, en invitant les habitants à dormir tranquille, quand le risque existe et que la ville, déjà détruitre trois fois, n'est pas équipée pour résister ? 

    Le tribunal est allé au-delà des réquisitions, prononçant contre les sept scientifiques une peine de six ans d’emprisonnement et l’interdiction définitive d’exercer tout emploi public. Sur le plan civil, ils sont condamnés à verser solidairement 9,1  millions d’euros de dommages-intérêts aux parties civiles et à rembourser les frais de justice. La faute étant d’imprudence, sans intention de nuire, les dommages intérêts devraient être pour les employeurs. Ce serait en tout cas la solution en droit français, solution pragmatique qui offre aux victimes une possibilité de paiement.

    La défense a aussitôt annoncé un appel, appel qui est suspensif.

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    Les réactions

    Parmi les nombreuses réactions, j’en relève quatre.

    Enzo Boschi, l’un des condamnés, ancien président de l’Institut national de géophysique et vulcanologie (INGV) : « Je suis découragé, désespéré. Je pensais être acquitté, je ne comprends toujours pas de quoi je suis accusé ».

    Aldo Scimia, un habitant dont la mère est décédé lors du séisme : « On ne peut pas appeler ça une victoire. C’est une tragédie, de toute façon, ça ne ramènera pas nos proches. Je continue d’appeler ça un massacre commis par l’Etat, mais au moins nous espérons que nos enfants auront des vies plus sûres ».  

    Charlotte Krawczyk, présidente du département de sismologie de l’Union européenne des Géosciences (GSU) : «Nous sommes profondément préoccupés, ce n’est pas juste la sismologie qui a été jugée, mais toute la science».

    Stefano Gresta, actuel président de l’INGV : « Ce précédent est en mesure de conditionner de manière déterminante les rapports entre experts scientifiques et décideurs politiques, et pas seulement dans notre pays. Quel scientifique voudra exprimer son opinion sachant qu’il pourra finir en prison?»

     

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    Quelques remarques

    Des articles de presse publiés hier, il manque l’essentiel, à savoir la motivation du jugement. Je me garde aussi de toute appréciation sur le fond, mais ce jugement impose des observations de première importance.

    1/ La justice italienne, un service public qui répond

    Les faits datent du 6 avril 2009, et le tribunal se prononce le 22 octobre 2012. Dans les protestations de la défense, personne ne parle de procédure bâclée, et mon immense respect pour la justice italienne passe un degré de plus.

    2/ La question n’est pas la prédiction, mais la sous-estimation dans l'annonce des risques

    Le ministère public avait expliqué qu'il n'attendait pas des scientifiques qu'ils fournissent des prévisions précises, mais il reprochait à la commission d'avoir fourni « des informations incomplètes, imprécises et contradictoires ». Or, selon l'avis de scientifiques cités par le procureur, les dizaines de secousses telluriques de faible ampleur enregistrées avant le séisme étaient la preuve d'une activité sismique sérieuse, pouvant être annonciatrice de tremblements de terre du type de celui survenu le 6 avril 2009.

    Or, l’une des données était l’absence de protection des populations, car les habitations de ce vieux village ne répondant à aucune norme sismique, ce qui imposait une particulière prudence.

    Pour la défense, il était impossible de prévoir le risque et le centre de l'Italie, fréquemment touché par des secousses telluriques d'importance mineure, connait ces annonces sans gravité de la protection civile. Plus de 5 000 membres de la communauté scientifique avaient publié une lettre ouverte dans laquelle ils affirmaient qu'il est impossible de prédire un tremblement de terre.

    Pour le tribunal, ce qui a été expliqué lors du procès, l’impossibilité de prévoir, ne correspond pas à ce qui avait été dit sur place, l’annonce tranquille de l’absence de danger.

    3/ Ce verdict va marquer tous les scientifiques

    Ce jugement n’est pas la jurisprudence. L’affaire ira en appel, et manifestement en cassation, car on ne voit pas comment la cour d’appel pourrit rendre un arrêt donnant satisfaction au parquet et à toutes les parties. Il est possible que ce jugement soit anéanti, et que les scientifiques soient relaxés.

    Mais un message est passé et il est d’une portée considérable : un scientifique, qui n’est pas acteur mais simple analyse, n’est pas à l’abri de poursuites judiciaires. Les réactions de la communauté scientifique montrent ce dur réveil.  

    Au regard de la situation française, on mesure le séisme. La justice ne sait pas traiter ces grandes affaires, et tout le monde peut être sanctionné… sauf le scientifique. Si on parle de condamnation, on estime qu’à partir de six mois avec sursis, c’est une condamnation très sévère…  

    Avec ses six ans fermes, et dans le cadre la prédiction sismique, ce jugement est pour le coup un tremblement de terre pour la communauté scientifique.

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    Science sans conscience n'est que ruine de l'âme

  • Lettre à mes amis juifs, par Chems-eddine Hafiz

    Aujourd’hui je laisse la place à un ami, mon ami Chems-eddine Hafiz. Chems est avocat à Paris, conseil de la Grande Mosquée de Paris et vice-président du CFCM. Il préside l’association « Vivre l’Islam » qui produit le dimanche matin sur France 2 l’émission « Islam », et il poursuit tant d’autres activités, en France et en Algérie. Plaideur de conviction, défenseur dans l’âme, il sait aussi quitter son bureau et le Palais pour se plonger dans la mêlée de vie publique. Je me passionne de nos discussions, et c’est peu dire qu’il m’a beaucoup appris.

    Voici un très beau texte qu’il vient de publier dans le quotidien suisse Le Temps.

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    Lettre à mes amis juifs

    Au moment où ma religion est mise en cause de manière parti­culièrement injuste, je souhaite m’adresser à mes amis juifs.

    En écrivant ces quelques lignes, je vois défiler les visages de beaucoup de personnes qui me sont proches, des intimes. Je suis musulman, ils sont juifs, mais la question ne s’est jamais posée entre nous. Cette amitié, c’est «parce que c’était lui, parce que c’était moi», comme l’a si bien écrit Montaigne. Je m’adresse à eux aujour­d’hui, en raison du lourd climat qui pèse sur notre pays, alimenté par des pyromanes, extrémistes en perdition et politiciens à courte vue, se rejoignant ainsi pour présenter l’islam comme une menace.

    L’augmentation des actes antisémites est un fait avéré. Cet accroissement prend d’autant plus d’importance qu’il s’inscrit dans une montée générale de l’intolérance, s’exprimant désormais par des revendications xénophobes.

    Oui, cet antisémitisme existe, et il est la motivation de crimes. Mais je veux dire avec force que l’islam n’en est ni la cause, ni l’origine. L’islam n’a rien à voir avec l’antisémitisme, et les musulmans ont toujours eu des sentiments généreux vis-à-vis des juifs, dont ils respectent, et admirent souvent, leur foi.

    La seule clé d’analyse, c’est l’intolérance xénophobe qui s’affiche aussi bien contre les juifs que contre les musulmans. Notre devoir est de combattre ensemble et en bonne intelligence ce mal qui mine la société.

    Les ressorts de l’antisémitisme en France sont puissants, et on s’interdirait de comprendre les problèmes d’aujourd’hui si on ­relativisait les enseignements de l’histoire. L’antisémitisme faisait ses ravages en France bien avant que l’islam ne soit la deuxième religion du pays. C’est au nom d’une notion dévoyée de la «France éternelle» qu’ont été signés à Vichy les actes conduisant à l’extermination de 80 000 juifs qui vivaient en France. Pendant ce temps, la même France refusait le statut de citoyen aux musulmans d’Algérie.

    Là, vient la question du ­moment : y aurait-il un nouvel ­­­­an­ti­sémitisme qui engagerait ­­l’en­semble de la communauté mu­­­sul­­­mane, parce qu’elle ne ­saurait pas contrôler une frange ­d’extrémistes?

    Je le conteste fermement.

    Tout part de la qualification. Celui qui commet un crime est un criminel, et le repérage est simple: c’est la loi. Quand on lance une grenade dans un magasin juif, comme à Sarcelles, ou qu’on tire sur des jeunes au moment de la rupture du jeûne, comme à Aigues-Mortes, c’est la loi qui est violée, et l’individu doit être jugé pour ce fait pénal. Ce qui tient la société c’est la loi, c’est l’objectivisme de la loi! Par quelle perversion de la pensée une personne peut-elle vouloir tuer ses semblables? C’est aux juges, éclairés par de longs travaux d’enquête, de le dire, dans une analyse individuelle. Toute généralisation n’est qu’une approximation.

    Ensuite, l’extrémisme islamiste… Le monde musulman le connaît bien. Il en a toujours été la première victime et le premier à le combattre. L’Algérie, frappée de plein fouet, a fait face, même si elle s’était retrouvée bien seule. Ne vous trompez pas: c’est une vigilance de tous les musulmans, car ces extrémistes sont d’abord nos ennemis. La communauté mu­sulmane de France, sereine et responsable, en a plus qu’assez d’avoir à supporter tous les jours les contrecoups du rejet que légitiment ces fraudeurs de la conscience.

    J’entends aussi souvent parler du repli identitaire… Qu’en est-il? La communauté musulmane n’est pas une et recroquevillée sur elle-même! Son premier défi est de contenir ses divisions et de s’ouvrir à la société. En France, les musulmans sont partie prenante de toutes les aventures sociales. De l’administration aux entreprises, de la médecine au barreau, de la presse à la culture, ils sont à l’aise dans la société française et ne réclament aucune adaptation des lois. Il reste effectivement de graves difficultés économiques et sociales, endémiques, sur des quartiers. Alors traitons-les, mais, de grâce, n’accusons pas ces populations laissées à l’abandon de volonté ségrégationniste.

    Vient la question récurrente de l’importation du conflit israélo-palestinien, présentée comme l’argument ultime. La Palestine, depuis des siècles, est la terre où cohabitent chrétiens, juifs et musulmans. Depuis 1922 et 1948, sont posés les termes d’un conflit armé qui traite de la souveraineté des territoires. Alors, laissons ­s’exprimer les idées politiques, car tout débat est nécessaire, et ne craignons pas les échanges d’idées. Mais ne légitimons pas, par facilité, le concept de l’importation d’un conflit religieux.

    Enfin, laissez-moi vous parler, comme musulman.

    Le prophète Mohamed nourrissait une admiration sincère pour les chrétiens et les juifs, peuples monothéistes. Un jour, en rentrant dans un village et ne trouvant pas de mosquée, il a demandé la permission d’aller prier dans une synagogue. Aujour­d’hui, un musulman peut prier dans un lieu de culte juif ; et un juif est le bienvenu dans une mosquée.

    Le Coran, religion du livre, reconnaît l’Ancien Testament, et Abraham tient un rôle très important dans la religion musulmane, tout comme Isaac, Joseph, Moïse, David et Salomon. «Nous croyons en ce qu’on a fait descendre vers nous et descendre vers vous, tandis que notre Dieu et votre Dieu est le même, et c’est à Lui que nous nous soumettons» (Coran, 29: 46).

    L’islam, en tant que troisième religion révélée, considère la Bible et l’Ancien Testament comme la maison de ses ancêtres. L’étonnante proximité intellectuelle de Maïmonide et Averroès, dans la Cordoue du XIIe siècle, montre comment les juifs, chrétiens et musulmans ont cohabité en paix et se sont enrichis mutuellement.

    Mais nous parlons de la France du XXIe siècle, me direz-vous, pas de l’Andalousie du Moyen Age. Sans doute, mais cet héritage perdure et il est bien plus fort que les contractions de notre société déboussolée.

    Le défi que doit relever la communauté nationale tout entière est de s’inspirer des moments éclairés de l’histoire, cherchant ce qui unit pour mieux combattre l’intolérance et l’extrémisme.

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