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  • Peillon/Hollande : Le gouvernement perd sa boussole

    gochmole, france, Etat, gouvernementQue dit la morale laïque d’un ministre qui défie le président de la République et trahit le gouvernement auquel il appartient ?

    Peillon se contrefiche du chichon et n’a jamais entrepris le moindre travail sur le sujet. En revanche, il y a une chose que Peillon-le-Serpent connaît bien, ce sont les votes internes au PS,… ces votes qui ont assuré sa carrière.

    Or, on a voté la semaine dernière au PS, et les enseignements sont clairs :

    - 5 mois après la présidentielle, seuls 50% des adhérents sont venus voter, le Parti se démobilisant devant le spectacle d’Hollande qui s’écroule ;

    - le staff du parti ne fait que 68% des votants, soit 34% des inscrits, et donc il y a un hold up à faire sur les 66% qui refusent de suivre ces losers.

    Peillon avait exigé le ministère de l’Éducation faute de quoi il présentait une motion au congrès. Il aurait fait ce qu’il a toujours fait avec Monterbourpif (« Le Nouveau Parti Socialiste ») : récupérer la « Gauche » du parti en racontant n’importe quoi sur le thème de la surenchère. Ça ne coûte pas un rond, et ça marche à tous les coups. Hollande n’a pas voulu de ce péril, et il a nommé Peillon.

    Peillon ne s’est pas tenu tranquille 3 jours. A peine nommé, il annonçait déjà le changement des rythmes scolaires, pour le fun, juste histoire de tester Hollande et  Ayrault. Depuis, il joue sa carte perso. Mais entre combiner dans les couloirs et se faire une notoriété nationale, il y a un bras. Surtout pour une grosse feignasse.

    Là-dessus vient la préparation du congrès et le choix du premier secrétaire. Aubry et Ayrault pensent que les temps seront durs, qu’il faut un vrai patron, et ils choisissent l’apparatchik Cambadélis.

    Peillon, Mosco et Valls organisent la chasse, avec ce qu’ils ont toujours su faire : foutre la trouille à Hollande. Argument limpide : Camba roule pour Aubry, la rivale redoutée. Message reçu : Hollande impose la marionnette Désir, se fâchant avec Ayrault.  gochmole, france, Etat, gouvernement

    Suit le vote, et  seulement 34% de votants pour l’alliance institutionnelle. Une page se tourne.

    Dans la presse, on glorifie Valls, l’expulseur des Roms, la population la plus vulnérable. Le PS exorcise les démons de la solidarité, et s'en trouve soulagé. Des députés frondeurs refusent de voter le traité Merkozy. Maurel, inconnu, récupère 13% et se présente comme premier secrétaire, visant 20%. Aussi, Peillon, absent du congrès, a un besoin urgent de se positionner. D’où sa sortie sur le chichon.

    Problème : tout le monde comprend que la question n’est pas le chichon, mais l’absence d’autorité d’Hollande.

    Hollande aurait dû virer Peillon sur le champ. Privé de son ministère et hors course pour le congrès car le vote interne a eu lieu, Peillon aurait retrouvé le caniveau, perspective intéressante car le dénuement matériel est propice à la réflexion philosophique.

    Avec cette saillie iconoclaste, tout le monde a perdu. Peillon se montre tel qu’il est, manipulateur et sans contenu ; Hollande se trouve à poil, par son manque d’autorité, et Ayrault passe un seuil de plus dans la souffrance ; Valls gonfle ses appuis à Droite pour mettre tout le monde d’accord. Encore quatre ans et sept mois…

    Avec la récession qui s’annonce, amplifiée par l’intégrisme des saladistes budgétaires, nous allons vers des temps sociaux très difficiles. Comme il n’y a plus de gouvernement, c’est la société qui va se réguler elle-même. Ça sera intéressant à voir,… mais espérons que ça tienne. 

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    On en aura bien besoin

  • Le lynchage politique de Florence Lamblin

    présomption d'innocence,droits de la défenseOh purée quelle chasse contre Florence Lamblin, l’élue EELV, mise en examen dans l’affaire du blanchiment de l’argent de la drogue… Un élu est en vue, certes, mais la hargne à démolir cette adjointe d'arrondissement est écœurante.

    Elle est présumée innocente, et bénéficie de la protection si bien posée par l’article 9 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : « Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable ». Selon la première chambre de la Cour de cassation (12 novembre 1998, Bull. n° 313), « seule une condamnation pénale devenue irrévocable fait disparaître, relativement aux faits qu'elle sanctionne, la présomption d'innocence »

    Le régime juridique a été précisé par la loi n° 2000-516 du 15 juin 2000, qui a rappelé au III de l’article préliminaire du Code de procédure pénale : « Toute personne suspectée ou poursuivie est présumée innocente tant que sa culpabilité n'a pas été établie. Les atteintes à sa présomption d'innocence sont prévenues, réparées et réprimées dans les conditions prévues par la loi ».

    La personne peut utiliser la voie pénale de la diffamation, ou recourir aux procédures efficaces prévues par l’article 9-1 du Code civil :

    « Lorsqu'une personne est, avant toute condamnation, présentée publiquement comme étant coupable de faits faisant l'objet d'une enquête ou d'une instruction judiciaire, le juge peut, même en référé, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que l'insertion d'une rectification ou la diffusion d'un communiqué, aux fins de faire cesser l'atteinte à la présomption d'innocence, et ce aux frais de la personne, physique ou morale, responsable de cette atteinte ».

    Il n’est donc interdit ni de parler des faits, ni de donner son opinion, mais on ne peut présenter comme condamnée une personne qui ne l’est pas. Comme dirait DSK : « Le doute m’habite »... Dans notre affaire, Florence reconnait par le biais de son avocat une fraude fiscale, mais conteste être impliquée dans le blanchiment de l’argent de la drogue.

    Pour les dirigeants politiques parisiens, c'est tout carré. 

    présomption d'innocence,droits de la défenseDu côté des élus de l’UMP, c’est assez simple, genre gros bourrin. Pour Philippe Goujon, le patron de l’UMP parisienne, « l’approche par les Verts et le PS de la question de la drogue, qui passe pour les Verts par la légalisation et pour certains socialistes par la dépénalisation, créé un climat favorable, permissif, qui fait que certains ne voient pas la différence entre le licite et l’illicite, entre le bien et le mal ». Bref, l’élue est plantée dans la drogue jusque-là. Donc, chère Florence, celui-là, tu le colles au tribunal.

    Du côté du PS, c’est Delanoë qui a fait le coq sur BFM Télé : « C'est une affaire grave. Il faut vraiment que toute la vérité soit faite, que la police, la justice puissent établir les faits, mais il s'agit quand même de blanchiment d'argent dans un cadre de trafic de drogue, c'est très très grave ». Et il demande à l’élue de démissionner de son mandat de conseillère d’arrondissement. Donc, chère Florence, celui-là aussi tu le colles au tribunal, d’autant plus que le lendemain, il a ajouté une couche en affirmant que « l’exemplarité des élus est non négociable».

    Et cette manie d’imposer la démission alors que l’enquête commence juste... C’est un truc aberrant : il est plus grave d’être concerné par une enquête que d’être condamné !  

    Jean-Paul Huchon a été condamné par la Cour d’appel de Paris le 21 novembre 2008 pour emploi fictif à 6 mois de prison avec sursis et  60 000 euros d'amende, mais Delanoë n’a rien à en dire sur l'exemplarité. Le 17 décembre 1998, Harlem Désir avait été condamné à 18 mois de prison avec sursis pour abus de biens sociaux, mais Delanoë n’a plus rien à dire non plus.

    Quand Guérini avait été mis en examen, le PS lui avait demandé de quitter ses fonctions de président du Conseil général des Bouches-du-Rhône, et il avait répondu : « Il y a 57 élus socialistes, maires de grandes villes, parlementaires ou présidents de conseils généraux, qui ont été mis en examen ou condamnés et qui continuent à occuper d'éminentes fonctions ». Parole d’expert.

    En réalité, Delanoë bondit sur l’occasion, qui est trop belle, pour taper sur EELV alors que s’approchent les municipales de 2014, et que le match interne à la Gauche est incertain car Hidalgo sa protégée ne fait pas l’unanimité. Ca, c’est pas fortiche, camarade Delanoë...

    présomption d'innocence,droits de la défense

  • Aziza Mustafa Zadeh, une poète du jazz

    Aujourd’hui, je vous présente une de mes petites chéries : Aziza Mustafa Zadeh, pianiste et chanteuse de jazz, azérie. Eh oui, ce soir c’est jazz à Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan, exporté au festival de Burghausen, en 2002. 

    Dans quelques minutes, ce sera un grand moment dans votre vie. Vous allez voir une femme sage et frêle, toute en réserve, s’assoir devant le clavier du Bösendorfer, et là un autre monde commence. Des chemins jamais imaginés, des terres inconnues, un monde de beauté où l’on se sent si bien, et si vite… Des années d’étude, une maitrise parfaite, un sens mélodique qui vous emporte, et une invention de chaque instant : c’est sublime.

    Le deuxième morceau, Prélude, est un thème créé par son père, Vaguif Mustafazade, pianiste créateur du mugham-jazz, à la rencontre du jazz et du mugham, la musique traditionnelle d’Azerbïdjan. L’émotion est là, palpable, avec Aziza qui garde cette troublante image de distance. La classe.

    Suit Ladies from Azerbaidjan, et Aziza chante, comme sa mère, Elza Mustafazade, chanteuse d’opéra en Géorgie. Tout est splendide dans le concert. Dans Melancholic Princess, Aziza fait progresser le thème de manière ensorcelante. Ce morceau est une épopée, qui explose soudain dans une virtuosité éblouissante, mais c’est pour conduire à un aboutissement puissant et serein. Aziza finit avec un petit sourire de délice pour le public, et l’air de rien elle enchaîne par une bouleversante interprétation a capella de Shamans. Tout parait si simple avec le talent. Et elle poursuit avec cette tranquillité et ce plaisir de partager. L'interprération très libre de It Ain't Necessarily So est un pur bonheur. Et suit un hommage à Bach, sobre, magnifique. Déjà vous attend le Boléro de Ravel... Quelle voix

    Depuis quelques années, Aziza Mustafa Zadeh se fait rare. Son dernier CD date de 2007. Filez vite chez votre disquaire et essayez de retrouver Jazziza, enregistré en 1997. Pour ma part, je ne m’en suis totalement remis.

    Comme nous le dit Aziza, présentant Shamans, « Music is the best universal langage ». Aziza, reviens nous vite.


    http://www.youtube.com/watch?v=WIVtvn6QY4o&feature=relmfu

    Aziza+Mustafa+Zadeh+azizamustafazadeh.jpg

  • Le Parti Socialiste est déjà dans l’après-Hollande

    Hollande est parti en Afrique pour refaire le monde par de beaux discours, mais il est entrain de tout perdre en France. Les sondages sont en berne, et le premier vrai scrutin, au sein du PS, est cruel. Cinq mois à peine après l’élection présidentielle, les militants PS se désintéressent de l'action d'Hollande et, déjà, préparent la suite. François / Pierrette, même combat ? 131308~1.JPG

    50% d’abstention

    160 000 adhérents, et… 80 000 votants. Ouah, la latche ! Ce chiffre dit tout. Les adhérents du PS se battent les flancs de l’action du Gouvernement.

    Il faut s’arrêter sur ce chiffre. Le congrès de Toulouse a été organisé comme celui du soutien à l’action de Hollande, maître de la Présidence, de l’Assemblée, du Sénat, et venu pour sauver la France. Ouaip,… mais les militants s’en fichent ! Un sur deux est resté à la maison, ayant mieux à faire que de voter son soutien au leader minimo.  

    Pour la motion stalinienne : 68% des votants, soit 34% des inscrits

    Ayrault et Aubry partagent le souhait de voir la Gauche réussir, et même s’ils se mésestiment gentiment, ils savent que rien n’est possible sans un PS fort. Ils avaient aussi fait le choix de présenter une motion commune, en imposant à tous les ministres de la rejoindre, ce qui a été fait. L’affaire paraissait blindée.

    Mais la base militante est tellement estourbie par la politique de Droite conduite par le Gouvernement, qui vote le traité européen de Sarko, colle aux délires financiers des banques, et idolâtre le consensus sécuritaire Valls-Sarko, qu’elle a refusé cet hara-kiri collectif. Sur les 50% de militants qui se sont déplacés, seuls 68% ont voté pour la liste stalinienne.

    Donc, premier enseignement : Désir est gravement minoritaire dans le PS, avec seulement 34 % des effectifs.

    Désir, enfant de la trouille

    Ayrault et Aubry souhaitaient que Cambadellis prenne la tête du PS, car la rue de Solferino ne marche que s’il y a un patron. la%20laitiere%20et%20le%20pot%20au%20lait.jpg

    Mais un trio de cornichons –  Mosco, Peillon et Valls – en a été chagriné,… car ces supermecs se voient tous futurs présidents. Ils ont donc besoin d’un premier secrétaire du PS en pâte à modeler. Alors, ils ont fait pression sur Hollande, en expliquant que si Cambadellis était premier secrétaire, il deviendrait le premier opposant, et préparerait la piste de décollage de Martine pour 2017.

    Comme Hollande a une peur bleue de Martine, il a choisi Désir… croyant trouver la paix, molle.

    Donc, à ce stade, Mosco, Peillon et Valls frétillent de bonheur, alors qu’Ayrault et Aubry font du boudin. Aubry est tellement écœurée d’avoir été lâchée par le leader minimo, qu’elle démissionne de sa fonction sans avoir prévenu personne, et en contradiction avec les statuts. Comme cela, l’intérimaire Désir, tombé du paquetage, se colle la préparation du congrès, pendant que tous les cumulards lui font un bras d’honneur ! C’est génial et on voit le résultat.

    32 % d’opposants, et…

    Emmanuel Morel fait partie de la poignée de notables du PS qui a refusé la consigne de l’ordre établi, et il a présenté sa motion sans trop y croire. Mais hier, bingo ! Il ressort à deux chiffres – 13%  – et du coup, il annonce qu’il sera candidat contre Désir.

    Le lunaire Hessel, fort du succès de son cahier de recettes « Indignez-vous » (mais surtout ne faites rien)  rafle 12 % des votes ! Hessel, une sorte de Sainte-Vierge des socialistes déboussolés.

    Le match va se poursuivre…

    On devrait bien rigoler avant le congrès de Toulouse, dans quinze jours, car le feuilleton va se poursuivre.

    D’abord, les bonnes places

    Les petits chefs à plumes avaient dealé en direct avec Hollande les places dans les instances PS  sur la base d’un brillant succès à 90%. Les 32% inattendus vont réclamer leur pourcentage de bonnes places. Il va falloir reprendre tous les calculs, et comme derrière les calculs, il y a les bonnes places, ça va être sympathique et détendu. 117.jpg

    Ensuite, le cas de Désir et de ses bienfaiteurs

    C’est le dilemme d’Ayrault et Aubry, compagnons d’infortune : « On soutient Désir, car ce grand nigaud après sa branlée est définitivement inoffensif, ou on finit de le fragiliser ». Là, le problème n’est pas l’inconsistant Désir, mais le trio de lascars qui le soutient : Mosco, Valls et Peillon. Flinguer Désir, en faisant voter en douce pour Morel, c’est excellent, car un bon score de Morel, qui va récupérer une part du vote Hessel, c’est un missile contre les insupportables Mosco, Valls et Peillon.

    Dans les troupes d’Ayrault et d’Aubry, personne ne peut piffrer ces trois mecs. Et comme ces prétentieux se la jouent vraiment trop ces jours-ci, à commencer par Valls l’UMP-PS (qu’Aubry voulait virer du PS), un renforcement du score de Morel n’est pas à exclure, loin de là. Valls le prétendant avait fait 6%. Si Morel fait 20%, ça sera rigolo.

    Hollande, élu par défaut, s’est grillé deux fois : en refusant de nommer Aubry Premier ministre, car il en a peur, et de soutenir Cambadellis Premier secrétaire du PS, car il en a peur. Avec de telles bases, on ne va pas loin, et cinq mois après son élection (Embrasse-moi…), il est déjà has been au PS. Chacun se positionne en fonction de l’après-Hollande et franchement, c’est de la lucidité.

    D’où la question : « L’homme Hollande / Perrette est-il assez entré dans l’Histoire ? »

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    Congrès de Toulouse du PS, octobre 2012

  • La CEDH explique aux juges français ce qu’est l’esclavagisme !

    C’est plus que fâcheux : les juges français passent à côté de situations d’esclavagisme… Les enseignements n’ont pas été tirés d’une première affaire (CEDH, Siliadin c. France, 26 juillet 2005, n° 73316/01) et hier, nouvelle condamnation de la France (CEDH, C.N. et V. c. France, 11 octobre 2012, n° 67724/09).

    Une histoire cruelleesclavagisme,travail,cedh,cour de cassation

    La CEDH a été saisi par deux sœurs, ressortissantes françaises, nées en 1978 et 1984 au Burundi. Leurs parents ont été tués pendant la guerre civile, en 1993, et elles étaient arrivées en France l’année suivante, hébergées par leur oncle et tante, ressortissants burundais vivant en France, qui s’étaient vu confier la tutelle par la famille. La famille vivait dans un pavillon à Ville d’Avray avec sept enfants. Le mari, ancien ministre du gouvernement burundais, était fonctionnaire à l’UNESCO, un haut lieu de la culture.

    Les deux jeunes sœurs étaient logées au sous-sol du pavillon, dans conditions sanitaires précaires. Pour la plus jeune, c’était limite : elle était scolarisée mais menait une vie très dure, relevant de l’enfance en danger. Mais pour la plus âgée, c’était un calvaire, celui de l’esclavagisme. Non-scolarisée, elle devait effectuer toutes les tâches nécessaires à la maison et aussi s’occuper sans relâche d’un enfant handicapé du couple. Elle subissait constamment des brimades physiques et verbales.

    En décembre 1995, la DDASS des Hauts de Seine avait procédé à un signalement d’enfants en danger auprès du procureur de la République de Nanterre. La situation était mitigée, et les enfants n’avaient pas osé parler. L’enquête de la brigade des mineurs avait été suivie d’un classement sans suite, peu contestable.

    Nouveau signalement en  janvier 1999, par Enfance et Partage : les deux sœurs s’étaient enfuies de la maison et réfugiées auprès de l’association.

    Cette fois-ci, l’enquête démarre correctement. Les deux sœurs expliquent comment la situation a empiré, et les faits sont patents pour la grande sœur. Les expertises confirment les dégâts psychologiques, avec cette peur omniprésente d’être abandonnée et renvoyée au Burundi, ce qui était un danger de mort.esclavagisme,travail,cedh,cour de cassation

    En septembre 2007, le tribunal correctionnel de Nanterre déclare les époux coupables de soumission de personnes, en abusant de leur vulnérabilité ou de leur situation de dépendance, à des conditions de travail ou d’hébergement incompatibles avec la dignité humaine, et l’épouse l’est de plus pour violences aggravées.

    Appel des époux, et la cour de Versailles le 29 juin 2009 ne retient que la condamnation pour les violences, avec une amende de 1 500 € et un euro pour le préjudice subi ! Le procureur général ne forme pas de pourvoi, et les pourvois civils des deux enfants sont rejetés le 23 juin 2010 par la chambre criminelle de la Cour de cassation.

    Nous voici devant la CEDH.

    Travail forcé, esclavagisme : la leçon de droit de la CEDH

    En cause,  l’article 4 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme, ainsi rédigé :

    « 1. Nul ne peut être tenu en esclavage ni en servitude.

    « 2. Nul ne peut être astreint à accomplir un travail forcé ou obligatoire ».

    La CEDH rappelle que ce texte « consacre l’une des valeurs fondamentales des sociétés démocratiques », et qu’il ne  souffre d’aucune dérogation, même en cas de guerre (Siliadin, § 112).

    Sur le fondement de l’article 4, l’Etat peut aussi bien être tenu responsable de ses agissements directs que de ses défaillances à protéger efficacement les victimes d’esclavage, de servitude, de travail obligatoire ou forcé au titre de ses obligations positives (Siliadin, §§ 89 et 112 ; Rantsev, §§ 284-288).

    Les principes posés, suit la revue de détail.

    Le travail forcéesclavagisme,travail,cedh,cour de cassation

    Le « travail forcé ou obligatoire » désigne un travail exigé « sous la menace d’une peine quelconque » et contraire à la volonté de l’intéressé, en le distinguant ce qui peut raisonnablement être exigés au titre de l’entraide familiale, en prenant en compte « la nature et le volume de l’activité en cause » (Van der Mussele c. Belgique, § 32 ; Siliadin § 116). C’est d’ailleurs la formule de l’article 2 § 1 de la Convention n° 29 sur le travail forcé de 1930 de l’OIT.

    Or, la jeune femme a bien été forcée à travailler sans s’y être offerte de son plein gré. Elle a dû en outre fournir un travail d’une telle importance que sans son aide, les époux auraient dû avoir recours à une employée de maison professionnelle et donc rémunérée. Quant à la « menace d’une peine quelconque » est établie par la menace constante d’un retour au Burundi, qui signifiait une mort assurée.

    Il y avait donc bien « travail forcé », mais la CEDH va plus loin et recherche l’existence d’une « servitude ».

    L’esclavagisme

    La servitude prohibe une « forme de négation de la liberté, particulièrement grave » (Van Droogenbroeck c. Belgique, § 80). Elle s’analyse en effet en une « obligation de prêter ses services sous l’empire de la contrainte » (Siliadin, § 124) et à ce titre, elle est « à mettre en lien avec la notion d’esclavage qui la précède ».

    La notion de servitude englobe « en plus de l’obligation de fournir à autrui certains services, l’obligation pour le serf de vivre sur la propriété d’autrui et l’impossibilité de changer sa condition » (Van Droogenbroeck, § 79). La servitude est une qualification spéciale du travail forcé ou obligatoire ou, en d’autres termes, un travail forcé ou obligatoire « aggravé ».

    L’élément qui distingue la servitude du travail forcé ou obligatoire consiste dans « le sentiment des victimes que leur condition est immuable et que la situation n’est pas susceptible d’évoluer ». A cet égard, il suffit que ce sentiment « repose sur des éléments objectifs suscités ou entretenus par les auteurs des agissements » (C.N. et V. c. France, § 91).esclavagisme,travail,cedh,cour de cassation

    Or, la jeune femme était convaincue qu’elle ne pouvait pas s’échapper sans se trouver en situation irrégulière, et elle n’avait aucun espoir de pouvoir travailler à l’extérieur à défaut de formation professionnelle. Cette situation ayant duré quatre ans, la CEDH estime qu’il s’agit d’un état de servitude par les époux.

    Vient enfin la question des obligations qui incombaient à la France.

    Les obligations de l’Etat

    Les Etats doivent mettre en place un cadre législatif et administratif interdisant et réprimant le travail forcé et l’esclavage (Siliadin, §§ 89 et 112 ; Rantsev, § 285).

    Comme dans l’affaire Siliadin, les dispositions pénales n’ont pas assuré une protection concrète et efficace de la victime. La cour d’appel de Versailles a sous-estimé les faits, et l’absence de pourvoi par le procureur général a fait que la Cour de cassation n’a été saisie que du volet civil de l’affaire.

    Défaillance totale de la France, pourtant tenue de l’obligation positive de mettre en place un cadre législatif et administratif permettant de lutter efficacement contre la servitude et le travail forcé.

    La France est condamnée à verser 30 000 euros tous préjudices confondus à la victime.

    *   *   *

    C’est très sévère pour la justice,… mais là, je pense plutôt à la victime. Il est des parcours de vie qui en impose, et relativisent nos tracas

    Née en 1978, elle perd ses deux parents dans la guerre civile à l’âge de quinze ans, et arrive à 16 ans France, en 1994, un pays dont elle ne connait rien. Isolée dans cette maison, elle est soumise au travail forcé, aux violences puis à l’esclavagisme jusqu’en 1999, à 21 ans, et elle doit fuir pour se réfugier à Enfance et Partage. En 2010, la Cour de cassation confirme le rejet de sa plainte et en 2012, la CEDH la réhabilite. Elle a 34 ans.

    Sa vie de combat, sa capacité de résistance, et sa ténacité l’ont amené à faire condamner la France, mais surtout à faire progresser les garanties du droit.

    Mille fois, elle est citoyenne d’honneur du blog.

    Quand je me rappelle les scènes de transe collective à propos de la loi sur le harcèlement sexuel, ou d’autres lubies sociales, et que j’observe le silence total sur cette affaire, je me dis que notre société est bien malade. Ne pas comprendre, c’est une chose. Mais ne pas chercher à voir, c’est beaucoup plus inquiétant.

    Merci à cette jeune femme qui a aidé notre vieux pays. 

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