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Droit international - Page 5

  • Leoluca Orlando, maire de Palerme

    - Eh, mais Gilles, qu’est-ce qui t’arrive ? Tu deviens ouf, ou c’est d’avoir ralenti le Côtes-du-Rhône qui te déprime ? Il y a une semaine, tu appelles à voter Juppé…

    - à la primaire...

     - … et voilà que tu viens nous faire de la pub pour Leoluca Orlando, le maire de Palerme, ce vieil oiseau de la simili-gauche ! 

    - Bien sûr, et j’assume. D'abord, j’ai remplacé le Côtes-du-Rhône par le Cahors et le Madiran, alors c’est no problem. Ensuite, laisse-moi te parler ce qui me parle. Je ne te demande pas l’amour, mais juste de voir le monde tel qu’il est.

    - Et tu vas encore nous faire le coup de l’Italie ?

    - Bien sûr, Italie... Notre civilisation doit plus à l’Italie qu’aux Gaulois, parole de Gaulois. Prends le temps d’écouter et d’étudier, et tu verras où sont nos racines. Les Romains se sont débarrassés de l’esclavage il y a des siècles, alors que nous l’avons gardé, juridiquement jusqu’en 1848, et économiquement bien après. En bien et en mal, l’Italie est la source de l’Europe, c'est ainsi, soyons réalistes. Et plus on va vers le Sud, plus j’adore. Parce que là-bas, on est dans le réel, et le réel, c’est la Méditerranée.

    - Mare Nostrum ?

    - Chut ! Fais par le con,... ou tu vas te trouver fiché S.

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    Le Palais de Justice de Palerme

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    2012, euronews

    Palerme appartient à nous, pas à la mafia

    Leoluca Orlando, qui a déjà été maire de Palerme à trois reprises dans les années 80 et 90, après avoir gouté aux délices frelatés de Rome, revient à Palerme, et emporte les élections municipales. Interview par Cecilia Cacciotto, d’euronews : 

    - Comment expliquez-vous votre succès ?

    - Je pense que ma candidature est considérée comme une candidature anti-castes. Je pense que les gens apprécient que je me rende disponible pour revenir à Palerme. J’ai la conviction profonde qu’en cette période il est plus important d‘être ici que de rester à l’abri avec des privilèges.

    - Aux dernières élections locales les grands partis se sont effondrés : quelles sont les conséquences pour l’Italie

    - Ca a été l’effondrement de tous les partis, pas uniquement des grands partis. L’Italie des valeurs, ma formation, n’a obtenu que 11% des voix, le PD et le PDLont fait 8 à 9%. Les partis politiques traversent une crise profonde, ils n’arrivent pas à comprendre les besoins de la population.

    - Palerme est une ville d’espoir et une ville de mafia. Il y a vingt ans, après l’attaque de Capaci dans lequel le juge Falcone est mort, l’Etat et la mafia ont commencé à négocier. C’est toujours le cas ?”

    - Heureusement qu’il y a des négociations. Parce qu’avant le printemps de Palerme, juste après la mort de Falcone, il n’y avait pas de négociation. C’est un maire comme Vito Ciancimino qui avait l’habitude de s’asseoir sur cette chaise derrière moi. Il ne négociait pas avec la mafia, parce que la mafia c‘était lui. Il incarnait l’Etat et la mafia. Quand la société, ce bâtiment, le palais de justice, l‘église, Palerme ont commencé à résister et à réagir, Cosa Nostra a été contrainte d’ouvrir un dialogue. C’est pour cela que je dis que l’existence de négociations ou de tentatives de négociation entre l’Etat et la mafia prouvent que l’Etat combat la mafia.

    - Par le passé le mafieux avait un rôle légitime aux yeux de la société. Ce n’est plus le cas, mais la mafia existe toujours, il y a toujours une culture mafieuse, et pas seulement en Sicile. Que faut-il faire aujourd’hui pour vaincre la mafia ?

    - Aujourd’hui combattre la mafia est moins dangereux, physiquement, mais c’est plus difficile, c’est plus difficile. Parce qu’aujourd’hui la mafia ne cherche plus le contrôle physique du territoire, mais elle veut le contrôle immatériel, c’est à dire financier et médiatique. Si les banques, les hommes d’affaires dans la finance, les Etats, ne comprennent pas que l’argent a une odeur, alors une idée, une certitude va se répandre dans toutes les branches de la société au niveau d’un pays et d’un continent comme l’Europe : l’idée que si même les grandes banques, qui me prêtent de l’argent pour créer mon entreprise, pour acheter ma maison, ne sont pas regardantes, ne font pas attention à la provenance de l’argent. Alors pourquoi moi le devrais-je ?

    - En Italie, un homme politique mis en examen pour des infractions par exemple d‘échange de votes politico-mafieux ne démissionne pas alors qu’ailleurs en Europe de simples soupçons de plagiat entraînent sa démission. Pourquoi ?

    - C’est pour cela que l’Italie n’est pas en harmonie avec le reste de l’Europe. Je pense que l’Italie n’est pas totalement civilisée, parce que si un homme politique fait l’objet d’une enquête de la justice sur un éventuel délit dans le cadre de ses fréquentations mafieuses, quelle est sa première réaction ? Il va devant les caméras et déclare “C’est vrai, j’ai fréquenté un membre de la mafia, mais je n’ai pas commis de délit. Je fais confiance à la justice.” Mais qu’est-ce que ça veut dire ! Il doit s’en aller ! Parce que la Constitution impose de respecter la loi, c’est-à-dire de ne pas commettre de délit, elle impose discipline et honneur. Ce qui manque en Italie c’est un code éthique pour les partis politiques. J’ai honte. J’ai honte. Député, j’avais proposé une loi pour exclure du Parlement quelqu’un qui a été condamné pour un délit grave. Mais faut-il vraiment qu’il y ait une loi pour que ça se passe ?

    - En 1996, vous avez fait l’objet d’une enquête pour corruption après qu’un repenti, Tullion Cannella, vous a accusé d’avoir reçu de l’argent de la mafia.

    - Pas du tout.

    - Au final il n’y a pas eu de suites judiciaires. Avez-vous déjà eu des contacts personnels avec la mafia ?

    - Premièrement je n’ai jamais eu de contact avec la mafia. Deuxièmement, depuis le début de ma carrière politique, je dis que je n’ai rien à partager avec la mafia, et c’est pour cela que la mafia n’essaie même pas de s’approcher de moi. En 1985, quand j’ai été élu maire de Palerme pour la première fois, j’ai fais construire le tribunal-bunker pour le gigantesque procès contre la mafia et je me suis porté partie civile pour que les condamnations soient confirmées par la justice. Toute mon histoire fait que la mafia ne cherche pas à m’approcher, je ne dis pas qu’elle n’essaie pas de se placer près de là où je suis. Il est évident que les mafieux n’essaient pas de m’approcher mais je ne peux pas exclure qu’ils essaient d’entrer dans ce bâtiment.

    - Y sont-ils déjà parvenus ?

    - Oui, plusieurs fois, mais ma réaction a été très simple, j’ai coupé les liens, j’ai annulé tous les contrats avec les entreprises qui sentaient la mafia.

    - Palerme, ville d’espoir et ville de mafia. Quel avenir souhaitez-vous à Palerme ?

    - Je veux dire que Palerme nous appartient à nous, pas à la mafia. Pour ma part, j’ai décidé de me mettre au service de ma ville, et seulement de ma ville, et aider à lui donner plus de visibilité avec mes contacts nationaux et internationaux, dans le monde de la culture, dans le monde politico-économique et financier. Parce que ces dernières années Palerme était invisible, même pour ce qui est de sa mafia. Les activités criminelles se sont poursuivies, mais aucune décision importante n’a été prise pour donner à Palerme une visibilité. Je veux que Palerme redevienne visible pour de grandes choses et pas pour sa mafia.

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    Notre mer, et un peu de terre

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    2016, Le Monde

    J’ai honte d’être européen,

    quand on voit le sort qui est fait aux migrants

    - Quel regard portez-vous sur l’intégration des migrants à la société palermitaine ?

    - J’estime et j’affirme que tous les résidents de la ville de Palerme sont Palermitains. Il n’y a pas de différence entre les Palermitains qui sont nés à Palerme et ceux qui y arrivent, et c’est pour ça qu’il faudrait abolir le permis de séjour. Ce permis de séjour est la peine de mort de notre temps, c’est une nouvelle forme d’esclavage pour les gens qui arrivent.

    Je suis convaincu que la mobilité internationale est un droit humain. Une personne ne peut pas mourir car un pays refuse de l’accueillir. C’est pour cette raison que nous avons adopté la Charte de Palerme et que nous avons créé le Conseil de la culture, qui est le seul dans le monde à représenter les migrants politiquement. Les membres de ce conseil sont démocratiquement élus par les migrants, ils sont 21 membres, dont 9 femmes. Je ne crois pas qu’on puisse parler de ces proportions au Parlement français, ni au Parlement italien !

    - Estimez-vous que l’Europe en fait assez pour les migrants ?

    - Non. Nous n’avons pas d’autre alternative que d’accueillir les migrants. Les gens qui me disent « Vous êtes fou ! », je leur réponds : « Non, je ne suis pas fou, je pense au futur ! ».

    - Beaucoup de Palermitains vous reprochent votre engagement vis-à-vis des migrants et réclament des actions concrètes contre le fort taux de chômage de la ville. Que leur répondez-vous ?

    - Il n’y a pas d’intolérance et de racisme à Palerme, et vous ne me le ferez pas dire. Nous avons un problème économique, certes, mais comme partout. C’est un problème pour les Palermitains comme pour les gens qui viennent d’ailleurs. Je crois que la grande puissance de l’expérience palermitaine est que tout le monde a le même problème, tout le monde est logé à la même enseigne.

    - Ballaro, un quartier de Palerme, est souvent montré comme un exemple de cette mixité sociale dont la ville se réclame.

    - Ballaro, c’est l’endroit où des marchands issus de l’immigration ont fait arrêter des mafiosi palermitains. Voilà. (Rires). Est-il possible ensuite de parler contre les migrants ? Je ne crois pas. C’est un bon exemple, cela signifie que les personnes migrantes qui vivent à Palerme pensent que cette ville est leur ville. Et quand on fait partie d’une ville, on va la défendre. L’accueil est la plus puissante arme pour la sécurité. Par exemple, je dialogue avec la communauté musulmane pour intégrer au mieux les plus radicaux qui arrivent dans la ville.

    Les musulmans qui vivent en banlieue parisienne parlent-ils avec leur maire ? Est-ce qu’il les intègre dans une représentation politique ? C’est la marginalisation, l’ostracisme, qui sont un problème. Chaque fois que les gens sont tentés de faire une distinction entre les migrants et les Palermitains, je leur réponds qu’il faut garder à l’esprit que les migrants ne votent pas. Nous sommes dans une dimension utilitariste de ces gens, il faut que la politique européenne comprenne que cet utilitarisme est en contradiction totale avec le respect des droits humains.

    - Vous pensez que les migrants devraient voter ?

    - Ce n’est pas encore possible aujourd’hui. Mais oui, j’ai espoir qu’un jour, toutes les personnes qui vivent en Italie, de nationalité italienne ou non, puissent voter et participer à la vie démocratique de ce pays. Mon premier acte en tant que maire a été de déclarer citoyens honoraires tous les habitants de Palerme. Tous, pas seulement le dalaï-lama, pas seulement le roi Juan Carlos… mais tous les résidents, italiens ou non.

    - Mais Ballaro, par exemple, c’est aussi le repaire d’une nouvelle mafia nigériane…

    - Oui, et c’est la preuve qu’il n’y a pas de différence entre les Palermitains et les Nigérians ! Il y a des Nigérians mafiosi, il y a des Nigérians bons citoyens. C’est pareil pour les Palermitains. Il ne serait pas normal de n’avoir que des Nigérians bons citoyens, et que des Palermitains criminels (rires). La grande chance de Palerme est sa normalité. Palerme est devenue une ville normale, sans sa mesquinerie politique d’autrefois.

    - Qu’est-ce qui manque pour que l’accueil des migrants soit efficace ?

    - Il manque la normalité des migrations, partout. Palerme est une ville migrante : il est possible d’y voir des monuments arabes, français, baroques, espagnols… Il y a quelque temps, des journaux anglais et allemand ont écrit : « En pensant à Palerme, l’Europe devrait avoir honte. » Aujourd’hui, je dis que j’ai honte d’être européen, quand on voit le sort qui est fait aux migrants. Je suis européen mais, dans les valeurs migratoires, je suis surtout palermitain. Nous sommes responsables d’un génocide en mer Méditerranée. Nos petits-fils nous diront qu’on a tué des milliers de personnes. Et nous ne pourrons pas dire que l’on ne savait pas.

    - Vous sentez-vous plus palermitain qu’européen ?

    C’est parce que je suis fier d’être européen que je me permets de mal parler de l’Europe quand elle fait des erreurs. Mon premier ennemi est celui qui a la même identité que moi. Mon ennemi, ce n’est pas l’imam rigoriste qui soutient les terroristes, mon ennemi, avant lui, c’est le cardinal catholique qui soutient les mafiosi.

    - Quel regard portez-vous sur l’accueil des migrants en France ?

    Aujourd’hui, en France, les migrants ne pensent pas avoir trouvé leur nouvelle maison. Il y a un vrai problème, car, si je ne pense pas être chez moi, pourquoi me lèverai-je pour défendre une maison qui n’est pas la mienne ? Je ne défends pas la maison où je pense qu’il ne m’est pas possible de vivre, je ne défends pas la maison de mon ennemi. Je pense que c’est la situation dans laquelle est bloquée la France. Je ne comprends pas pourquoi la France a changé. Parlez mal de Palerme, de sa mafia, mais en même temps, s’il vous plaît, parlez mal de la France ! Une Europe des droits ne peut pas exister sans la France, il faut que la France change de position sur les migrants.

    Nous vivons dans un temps qu’on appelle la globalisation, avec une mobilité financière, une mobilité industrielle, une mobilité économique… Mais comment peut-on penser pouvoir vivre dans un monde qu’on dit globalisé sans une mobilité des êtres humains ? Les migrants ont donné un visage à la globalisation, parfois tristes, parfois heureux, mais ils ont donné un visage. Avant, la globalisation était égoïste, financière. Aujourd’hui, il faut remercier les migrants pour avoir donné un visage à cette globalisation.

    - Beaucoup de personnalités appellent à une coopération plus importante entre les pays européens d’accueil des migrants et les pays d’Afrique d’où ils partent. Qu’en pensez-vous ?

    En tant que maire de Palerme, j’ai beaucoup de relations avec les maires africains. Fin septembre, j’ai signé un nouveau jumelage avec Grand-Bassam, en Côte d’Ivoire. Nous avons des relations avec des maires libyens, des maires tunisiens, marocains… Je crois qu’il est nécessaire d’aider ces maires et ces pays, de les aider pour permettre à leurs habitants de participer au développement de leur pays sans avoir besoin de venir en Europe. Les migrations ne sont pas un problème sicilien, il est tragique qu’on pense comme cela aujourd’hui. C’est un problème européen, c’est un problème mondial.

    - Comment voyez-vous la Sicile dans dix ans ?

    Est-ce que cela sera un problème s’il y a plus d’Italiens d’origine africaine que de natifs italiens ? Non. Est-ce que cela sera un problème si quelqu’un peut dire un jour : « La majorité des Palermitains ne sont pas nés à Palerme » ? Non. Palerme est une ville migrante. Nous sommes une ville multiculturelle, comme Beyrouth, comme Istanbul.

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    italie,réfugiés

  • Réfugiés palestiniens (III) : Trois vagues successives de réfugiés

    Sur la base qui faisait le lit du sionisme, s’est écrite l’histoire des réfugiés, en trois vagues successives : 1948, 1967 et depuis, avec la colonisation ininterrompue. Chaque fois, la communauté internationale proclame le droit, tant il est évident, mais elle ne fait rien.

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    A – La première phase : 1947/1949, le coup de force

    L’enchainement dramatique des évènements (1) n’a rencontré que l’irresponsabilité de la communauté internationale (2).

     

    1/ L’enchainement dramatique des évènements

    a/ Novembre 1947 : Le plan de partage

    Le document qui a été la base de tout, alors qu’il n’a aucune force juridique, est la résolution 181 (III) du 29 novembre 1947. Il s’agit d’un projet de plan de partage, adopté sous forme de recommandation au motif que « que la situation actuelle de la Palestine est de nature à nuire au bien général et aux relations amicales entre les nations »… Le projet sioniste de 1897 et l’engagement de Balfour sont intacts, mais avec un impact renouvelé du fait de l’holocauste. Et quel est le poids des Palestiniens au siège de l’ONU ?

    La résolution ne donne ni ne crée rien : elle recommande. L’Assemblée Générale :

    « Recommande au Royaume Uni, en tant que Puissance mandataire pour la Palestine, ainsi qu’à tous les autres Etats Membres de l’Organisation des Nations Unies, l’adoption et la mise à exécution, en ce qui concerne le futur gouvernement de la Palestine, du Plan de partage avec Union économique exposé ci-dessous. »

    Juridiquement, il ne s’est rien passé : qu’est-ce qu’une recommandation ? Mais politiquement, l’ONU, qui n’ignore rien du processus en cours sur place, sait que cet acte sera le prétexte qui déclenchera tout.

    La lecture de cette résolution ne manque pas d’intérêt. D’abord, parce qu’elle définit les limites d’une nouvelle Palestine, amputée mais viable, loin de la situation de 2010. Ensuite, parce que trois articles traitant des droits de minorités retiennent l’attention au regard des évènements qui surviendront.

    « Article 2. – Il ne sera fait aucune discrimination, quelle qu’elle soit, entre les habitants du fait des différences de race, de religion, de langue ou de sexe.

    « Article 3. – Toutes les personnes relevant de la juridiction de l’Etat auront également droit à la protection de la loi.

    « Article 8. – Aucune expropriation d’un terrain possédé par une Arabe dans l’Etat juif (par un Juif dans l’Etat arabe) ne sera autorisée, sauf pour cause d’utilité publique. Dans tous les cas d’expropriation, le propriétaire sera entièrement et préalablement indemnisé, au taux fixé par la Cour suprême ».

    Intéressant aussi le chapitre 3 qui traitait de la citoyenneté à partir du principe de nationalité par le sol :

    « Les citoyens palestiniens résidant en Palestine, et les Arabes et les Juifs qui résident en Palestine deviendront citoyens de l’Etat dans lequel ils résident et jouiront de tous les droits civils et politiques, à partir du moment où l’indépendance aura été reconnue ».

    Il était prévu un régime particulier pour les habitants de Jérusalem et diverses possibilités d’option, pour les habitants qui voulaient choisir un Etat autre que celui dans lequel il résidait.

     

    b/ Mai 1948 : le départ des Britanniques et la Nakba

    Sur place, la résolution du 29 novembre 1947 a libéré la force des sionistes, avec le jeu des Britanniques préparant ouvertement la proclamation de l’Etat d’Israël. Le départ des Britanniques, prévu pour juillet, a été avancé au 14 mai, les groupes sionistes activant la stratégie de la Haganah, soit la violence pour s’imposer. Les massacres et les expulsions massives ont commencé dès le mois d’avril, et l’un des faits les plus dramatiques a été le massacre du village de Deir Yassin, le 9 avril. Les Britanniques sont partis le 14, et le jour même, l’Etat d’Israël est proclamé, avec un déchainement de violence. Un plan systématique, avec une volonté simple : détruire ce qui existe, pour dire qu’il n’existait rien.

    C’est la Nakba : plus de 500 villes et villages passent sous contrôle israélien, des morts par milliers et 750 000 Palestiniens qui doivent fuir. Un peuple est expulsé de sa terre natale. C’est la première vague des réfugiés. Dans la foulée, Israël s’est empressé d’adopter un certain nombre de textes pour s’attribuer la propriété des biens, avec notamment la « loi sur les absents ».

     

    c/ Mai/Décembre 1948 : Le statut de réfugié et le droit au retour

    L’Assemblée générale de l’ONU adopte alors une nouvelle résolution, la 186 du 14 mai 1948, qui appelait à la fin de la violence et nomme un médiateur. Arrivé sur place, le comte Folke de Bernadotte découvre la situation des réfugiés palestiniens et dans son premier rapport en juillet 1948, il affirme le statut de réfugié et le droit au retour. Il faudra assurer aux « populations arabes déplacées à la suite des opérations militaires le droit de rentrer dans leurs foyers ».

    « Ce serait offenser les principes élémentaires que d'empêcher ces innocentes victimes du conflit de retourner à leur foyer, alors que les immigrants juifs affluent en Palestine et, de plus, menacent, de façon permanente, de remplacer les réfugiés arabes enracinés dans cette terre depuis des siècles… ».

    Le médiateur de l’ONU a été assassiné le 16 septembre 1948 par des terroristes israéliens, mais la veille, il avait transmis les principes devant conduire à l’établissement de la paix, affirmant :

    « Il est toutefois indéniable qu'aucun règlement ne serait juste et complet si l'on ne reconnaissait pas aux réfugiés arabes le droit de retourner dans les lieux que les hasards de la guerre et la stratégie des belligérants en Palestine les avaient contraints à quitter. (…) Il convient de proclamer et de rendre effectif le droit des populations innocentes, arrachées à leurs foyers par la terreur et les ravages de la guerre, de retourner chez elles ».

    Le 11 décembre 1948, l’Assemblée générale adopte la résolution 194 (III) reconnaissant le droit au retour des premiers réfugiés palestiniens. Il ne s’agissait pas là d’une recommandation, mais bien d’une décision. En son article 11, elle pose le principe décisif qui reste d’actualité :

    « Décide qu’il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent, de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins, et que des indemnités doivent être payées à titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers et pour tout bien perdu ou endommagé ou en équité, cette perte ou ce dommage doit être réparé par les Gouvernements ou autorités responsables ».

    Cette résolution 194 est depuis constamment réaffirmée. Statut de réfugiés et droit au retour : tout est dit, mais rien ne sera fait, à part aggraver situation pour rendre irréversible la politique du fait accompli, puissance militaire à l’appui.

    Il n’y a donc alors aucun doute, ni sur les faits, sur le droit, et les efforts des sionistes vont être de travestir les faits et de réécrire le droit.

    Les résolutions de l’ONU montrent qu’il n’y a jamais eu d’ambigüité sur la violation originaire des droits de Palestiniens, même si rien n’a été fait pour la corriger. Au contraire, on a assisté à un renouvellement des crimes et des violations du droit, les dernières violations commises étant en quelque sorte utilisées pour masquer les plus anciennes. 1948 ne suffisant pas, il y aura 1967, et 1967 ne suffisant pas, il y aura la colonisation. Sur le plan de l’analyse juridique, toutes les violations se cumulent, et elles reposent toutes sur le coup de force de 1948, qui était en germe dans l’accord entre les Britanniques et les sionistes en 1917. Les réfugiés sont les témoins de cette construction d’une Etat par la violation du droit.

     

    2/ La responsabilité de la communauté internationale

    Le décalage dans les réponses institutionnelles données vis-à-vis des deux camps est éloquent.

     

    a/ Pour Israël, la reconnaissance par l’ONU

    Le 11 mai 1949, Israël est devenu membre de l’Organisation des Nations Unies (Résolution 273 (III)), après s’être engagé au respect des résolutions 181 (II) de 1947 et 194 (III) de 1948, la première reconnaissant le droit à l’autodétermination et la seconde le droit au retour des réfugiés.

    Il n’en a rien été,… l’ONU et la Communauté internationale n’ont rien fait, à part encourager la poursuite du crime par l’inaction et organiser des pourparlers de paix visant en réalité à conforter ce qu’Israël avait conquis par la force.  

     

    b/ Pour les Palestiniens, des structures inadaptées

    Après le coup de force, et l’arrivée massive sur la scène internationale de ces 750 000 réfugiés, l’ONU a répondu par la création de deux structures, l’une chargée des aspects politiques, la Commission de Conciliation pour la Palestine (CCNUP), et l’autre du secours aux réfugiés (UNRWA). La CCNUP devait négocier alors que l’UNRWA assurait les services sociaux. Mais si l’UNRWA a fonctionné – l’organisme identifie à ce jour 4,7 millions de réfugiés – le système s’est trouvé en échec total, car rien n’a été fait de sérieux pour la négociation.

    i) La CCNUP

    La Commission de Conciliation pour la Palestine (CCNUP), placée sous la direction de trois membres du Conseil de Sécurité – les Etats-Unis, la France et la Turquie – devait, à partir des différentes résolutions et documents, convertir les armistices de 1949 en traité de paix. Une mission bien ambitieuse, et en réalité, une consécration du coup de force, dès lors que l’ONU reconnaissait Israël… mais ne donnait pas d’organe de représentation aux Palestiniens.

    Et cette situation durera jusqu’en 1974 ! La reconnaissance de l’OLP comme représentant du peuple palestinien n’interviendra que par les résolutions de l’Assemblée générale 3210 du 14 octobre 1974, et résolutions 3236 et 3237 du 22 novembre 1974. Dans le même temps, l’Assemblée générale de l’ONU, dans résolution du 22 novembre 1974, a réaffirmé les droits inaliénables du peuple palestinien y compris le droit à l’autodétermination, et a admis l’OLP à participer à ses travaux en qualité d’observateur. Dans sa résolution 43/177 du 15 décembre 1988, l’Assemblée générale a pris acte de la proclamation de l’État palestinien par le Conseil National Palestinien, réaffirmant qu’il était nécessaire de permettre au peuple palestinien d’exercer sa souveraineté sur son territoire occupé depuis 1967.

    Le droit au retour est en toutes lettres dans la résolution 3236 :

    « Réaffirme le droit inaliénable des Palestiniens de retourner dans leurs foyers et vers leurs biens d’où ils ont été déplacés et déracinés, et demande leur retour ».

    Le 10 novembre 1975, prenant acte de l’échec de la CCNUP, l’Assemblée générale, dans sa Résolution 3376, en a tiré les conséquences, mettant fin à cette structure et créant le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien.

    Cet aspect institutionnel est souvent sous-estimé. Or, mieux que d’autres, il souligne la responsabilité de l’ONU dans le sort des Palestiniens. En effet, l’ONU a pris la suite de la SDN, laquelle avait dès 1919 reconnu la souveraineté palestinienne, en jugeant nécessaire qu’elle s’exerce quelque temps sous le régime du mandat, pour aller vers l’indépendance. En 1948, l’ONU laisse faire le coup de force qu’est la création d’Israël, reconnait Israël dès 1949, admet l’existence de 750 000 réfugiés… mais n’accorde une représentation  à la Palestine qu’en 1974, vingt-six ans plus tard, et sept ans après la nouvelle guerre de conquête de 1967.     

    ii) L’UNRWA (Résolution de l’Assemblée Générale 302 du 8 décembre 1949)


    La création de l’UNRWA (United Nation Relief and Works Agency – Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) vise à répondre aux besoins économiques des réfugiés. La zone d'intervention de l'UNRWA s’étend sur le Liban, la Jordanie, la Syrie, la Cisjordanie et la bande de Gaza. En dehors de ces territoires, les Palestiniens dépendent du Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR).

    La recommandation du 8 décembre 1949 définit le réfugié comme :

    « Toute personne qui a eu sa résidence normale en Palestine au moins pendant deux ans avant le conflit de 1948 et qui, en raison de ce conflit, a perdu à la fois son foyer et ses moyens d’existence et a trouvé refuge en 1948 dans l’un des pays où l’UNRWA assure des secours ».

    L'UNRWA est chargé de fournir une aide de première nécessité et d'assurer le fonctionnement des services sociaux, de la santé et de l'éducation. Son mandat ne comprend pas les missions fondamentales du HCR, à savoir la recherche de solutions durables et la protection internationale des réfugiés, car cette mission était dévolue à la CCNUP, dans les conditions que l’on sait.

    La situation de ces réfugiés était spécifique, notamment car il s’agissait d’un peuple et qui avait vocation à le rester. Tout le problème vient du fait que la seule structure efficace, l’UNRWA n’avait aucune compétence pour négocier. Tout passait par la CCNUP, incapable de s’imposer. Aussi, du fait de cette spécificité, les réfugiés palestiniens n’ont pas eu accès au statut commun, celui des réfugiés protégés par l’UNHCR (Agence des Nations Unies pour les Réfugiés). D’ailleurs, la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés, pour cette raison, exclut les réfugiés Palestiniens de son régime de protection.

     

    B – L’extension : 1967 et la colonisation

     

    1/ 1967 : Israël, puissance occupante

    L’absence de négociation a laissé la place aux armes, et la suite a été la Guerre des Six jours de juin 1967. Lorsque le cessez-le-feu intervint, Israël occupait la superficie de tout l’ancien territoire de la Palestine placé sous mandat britannique de 1922. La communauté internationale ne reconnaissant que la frontière de 1948, s’appliquent alors les dispositions de la IV° Convention de Genève : Israël est la puissance occupante pour tous les territoires palestiniens. La Guerre des Six Jours a causé une seconde grande vague de réfugiés.

    La résolution 237 du 14 juin 1967 du Conseil de sécurité appelle le gouvernement israélien à garantir la sécurité et à faciliter le retour des personnes déplacées.

    « Le Conseil de sécurité,

    « Considérant l’urgente nécessité d’épargner aux populations civiles et aux prisonniers de guerre dans la zone de conflit du Moyen-Orient des souffrances supplémentaires ;

    « Considérant que les droits de l’homme essentiels et inaliénables doivent être respectés même dans les vicissitudes de la guerre ;

    « Considérant que les parties au conflit doivent se conformer à toutes les obligations de la Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre du 12 août 1949 ;

    « 1. Prie le Gouvernement israélien d’assurer la sûreté, le bien-être et la sécurité des habitants des zones où les opérations militaires ont eu lieu et de faciliter le retour des habitants qui se sont enfuis de ces zones depuis le déclenchement des hostilités ;

    « 2. Recommande aux gouvernements intéressés de respecter scrupuleusement les principes humanitaires régissant le traitement des prisonniers de guerre et la protection des civils en temps de guerre, tels qu’ils sont énoncés par les Conventions de Genève du 12 août 1949 ;

    « 3. Prie le Secrétaire général de suivre l’application effective de la présente résolution et de faire rapport au Conseil de sécurité ».

     

    Le 22 novembre 1967, le Conseil de Sécurité a adopté la résolution 242 (1967) posant les principes d’un règlement pacifique avec le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés et la reconnaissance de la souveraineté de chaque État de la région. La résolution 242 mentionne la nécessité de trouver « une solution juste et équitable au problème des réfugiés », formule diplomatique ayant permis l’acceptation par les Etats-Unis, mais qui ne retranche rien au droit eu retour.

    Il a beaucoup été dit à propos de la résolution 242, qui s’agissant des réfugiés comprend une formule plus limitée, appelant à une « solution juste de la question des réfugiés ». Mais il ne s’agissait là que de répondre ponctuellement aux suites de la guerre des Six jours. Cette résolution n’a jamais remis en cause les termes de la résolution 194, et notamment parce que celle-ci repose sur les éléments les plus constants du droit. Dès le 19 décembre 1968, par la résolution 2452, l’Assemblée Générale de l’ONU a demandé à Israël de prendre des mesures immédiates pour permettre le retour des réfugiés déplacés des territoires occupés en 1967. De même, par la résolution 2535 du 10 décembre 1969, l’Assemblée Générale a reconnu l’existence du peuple palestinien en réaffirmant ses droits inaliénables, dont le droit au retour ou à des compensations.

     

    2/ Une nouvelle phase de colonisation

    L’occupation, qui permet le contrôle militaire, a été l’occasion d’une nouvelle phase de colonisation, avec de nouveaux réfugiés. C’est le troisième flux, plus diffus, car la colonisation est un phénomène long, qui, commencé en 1967, se poursuit jusqu’à ce jour, en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est.

    La colonisation est une violation caractérisée du droit international. C’est la plus grande menace contre la paix car elle signifie qu’un Etat s’approprie des richesses qui ne sont pas les siennes par la force armée.

    L’Assemblée Générale a condamné à maintes reprises les pratiques relatives aux colonies de peuplement. En 1968, elle a institué un comité chargé d’étudier les pratiques d’Israël dans les territoires occupés (AG ONU, Res. 2443 (XXIII), 19 décembre1968, par. 1), et par la suite elle n’a cessé condamner ces déplacements et transferts de population (AG ONU, Res. 36/147 C, 16 décembre 1981, par. 7(b)).Dans la résolution 2535 du 10 décembre 1969, elle a réaffirmé le droit au retour ou à des compensations.

    Le Conseil de Sécurité a rappelé à plusieurs reprises que « le principe de l'acquisition d'un territoire par la conquête militaire est inadmissible » et a condamné ces mesures par la résolution 298 du 25 septembre 1971 :

    « Toutes les dispositions législatives et administratives prises par Israël en vue de modifier le statut de la ville de Jérusalem, y compris l'expropriation de terres et de biens immeubles, le transfert de populations et la législation visant à incorporer la partie occupée, sont totalement nulles et non avenues et ne peuvent modifier le statut de la ville ».

    Dans sa résolution 446 du 22 mars 1979, le Conseil de Sécurité a considéré que la politique et les pratiques israéliennes consistant à établir des colonies de peuplement dans les territoires palestiniens et autres territoires arabes occupés depuis 1967 n’avaient aucune validité en droit et faisaient gravement obstacle à l’instauration de la paix au Moyen-Orient.

    A la suite de l'adoption par Israël le 30 juillet 1980 de la loi fondamentale faisant de  Jérusalem la capitale « entière et réunifiée » d'Israël, le Conseil de Sécurité, par la résolution 478 du 20 août 1980 a dit que l'adoption de cette loi constituait une violation du droit international. Une résolution là encore considérée comme nulle et non avenue en Israël, de telle sorte que la Cour Suprême dénie l’idée de colonisation à Jérusalem Est.

    Dans une résolution du 22 février 2000, l’Assemblée Générale a dénoncé cette politique de colonisation, décrite comme un obstacle à la paix, demandant à nouveau le respect des articles 27 et 49 de la IV° Convention de Genève (AG ONU, Res. 54/78, 22 Février 2000, par. 1–3 ; de même la Commission des Droits de l’Homme, Res. 2001/7, 18 avril 2001, par 6).

    Sans relâche, l’Assemblée générale a rappelé le droit au retour pour les réfugiés, notamment avec celle du 17 décembre 2007 :  

    « Rappelant que la Déclaration universelle des droits de l'homme et les principes du droit international consacrent le principe selon lequel nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété,

    « Rappelant en particulier sa résolution 394 (V) du 14 Décembre 1950, dans laquelle il a dirigé le [Nations Unies] Commission de conciliation [de la Palestine], en consultation avec les parties concernées, de prescrire des mesures pour la protection des droits, biens et intérêts des réfugiés de Palestine,


    « 1. Réaffirme que les réfugiés de Palestine ont droit à leurs biens et aux revenus qui en découlent, en conformité avec les principes d'équité et de justice;

    « 2. Prie le Secrétaire général de prendre toutes les mesures appropriées, en consultation avec la Commission de conciliation des Nations Unies pour la Palestine, pour la protection des biens arabes, les actifs et les droits de propriété arabes en Israël;

    « 3. Demande de nouveau à Israël de fournir toutes les facilités et l'assistance au Secrétaire général dans la mise en œuvre de la présente résolution

     4. Demande à toutes les parties concernées de communiquer au Secrétaire général tous les renseignements pertinents en leur possession concernant les biens, avoirs et les droits de propriété en Israël, ce qui aiderait à la mise en œuvre de la présente (AG ONU, Res. 62/105, 17 Décembre 2007. Idem: Res. 59/120, 10 Décembre 2004 ; Res. 60/103, 8 Décembre 2005 ; Res. 61/115, 14 Décembre 2006).

    *   *   *

    La responsabilité de la Communauté internationale vis-à-vis des réfugiés palestiniens tient en trois dates : en 1948, elle vient au secours des 750 000 réfugiés chassés par la création de l’Etat d’Israël ; en 1974, l’OLP est reconnue comme représentant du peuple palestinien ; en 2010, rien n’a été fait, et l’ONU chiffre les réfugiés et leurs descendants à 4,7 millions.

    Lors des grandes phases de négociations, Israël, avec l’appui occidental, a toujours cherché à combattre la résolution 194 de 1948 sur le droit au retour. Dans les accords d’Oslo, la question du retour des réfugiés était différée à des « négociations finales », et lors du processus dit d’Annapolis, conduit sous la pression de Georges Bush en 2007, la question est mentionnée sous la forme d’ « une solution juste pour les réfugiés »…

    Impossible d’effacer les hommes et leurs droits les plus fondamentaux.

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  • Réfugiés palestiniens (II) : Le mandat de 1922, la question originaire

    La question des réfugiés et du droit au retour est d’abord une donnée de fait. Contrairement à l’idée reçue, l’ONU n’a pas créé Israël par une résolution de 1947. L’ONU ne pouvait pas donner ce qui ne lui appartenait pas, c’est-à-dire la souveraineté des Palestiniens sur la Palestine. Les Palestiniens étaient chez eux, et ils en ont été chassés par la force.

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    A – 1917, la rencontre de deux histoires

     

    Deux histoires se sont croisées en 1917, pour le malheur des Palestiniens.  

    La première est celle de la Palestine, une contrée que l’on retrouve aussi loin qu’on remonte dans l’histoire, et une province bien identifiée au début du siècle, la Palestine étant une ancienne province de l’Empire ottoman. Pendant la première guerre Mondiale, les troupes britanniques sont venues combattre les armées de l’Empire ottoman, et la victoire qui se dessinait, posait la question du devenir de ces provinces arabes, destinées à l’indépendance.

    La charte de la SDN de 1929 a ainsi instauré le système des mandats : des puissances européennes se voyaient reconnaitre un rôle provisoire de mandataire, pour conduire ces peuples vers l’indépendance. Le mandat donné par la SDN au Royaume Uni sur la Palestine en 1922 établit de manière certaine l’existence de la souveraineté palestinienne. Dans l’avis rendu à propos du mur, la Cour Internationale de Justice a d’ailleurs dit que « La Palestine avait fait partie de l’Empire ottoman » (CIJ, avis, 9 juillet 2004, Conséquences juridiques de l’édification d’un mur dans le territoire palestinien occupé, par. 70).

    La seconde histoire est celle du sionisme, à partir de son acte fondateur qu’est la déclaration du Congrès de Bâle, le 29 août 1897, appelant à l’établissement « pour le Peuple juif une patrie reconnue publiquement et légalement en Palestine ». Il s’en était suivi un activisme certain, mais resté de faible écho.

    Tout a basculé avec la conjonction d’intérêts en 1917 : l’Occident a décidé de soutenir le sionisme pour maintenir un contrôle au Proche-Orient. Le sionisme est apparu comme une opportunité inespérée pour les Britanniques, et avec eux les puissances occidentales, combattant l’Empire Ottoman dans les provinces arabes : c’était le moyen d’assurer une présence dans cette région, avec des populations arabes libérées de l’empire.

    Le 2 novembre 1917, au lendemain d’une importante victoire militaire, Lord Arthur Balfour, le ministre britannique des Affaires étrangères, a remis à Lord Rothschild, représentant de la Fédération sioniste, une lettre, secrète dans un premier temps, par laquelle le gouvernement britannique était d’accord pour créer en Palestine un « foyer national juif ». L’accord était scellé et le reste a été sa mise en œuvre.

     

    B – Les actes internationaux

    1/ 1919 : La Charte de la SDN

    L’étape suivante a été, en 1919, la Charte de la SDN, qui en son article 22 aliéna 4 instaurait le régime général des mandats dans l’ancien Empire ottoman :

    « Certaines communautés, qui appartenaient autrefois à l'Empire ottoman, ont atteint un degré de développement tel que leur existence comme Nations indépendantes peut être reconnue provisoirement, à la condition que les conseils et l'aide d'un Mandataire guident leur administration jusqu'au moment où elles seront capables de se conduire seules. Les vœux de ces communautés doivent être pris d'abord en considération pour le choix du Mandataire ».

    Pour les autres provinces arabes, le schéma s’est déroulé comme prévu, et toutes sont parvenues, non sans mal, à l’indépendance. Mais pour la Palestine, il n’y a pas eu d’indépendance car le régime général du mandat a été amendé pour concrétiser l’accord de 1917 : le sionisme pour garantir les intérêts occidentaux. Rien ne pouvait être fait avec franchise, du fait de la souveraineté palestinienne sur la Palestine. Aussi, le schéma a été de créer le cadre qui allait permettre le coup de force.

     

    2/ 1920 : Le Traité de Sèvres

    La première étape est l’article 95 du Traité de Sèvres du 10 août 1920, traitant de la fin de l’Empire ottoman. Ce texte identifie la Palestine et mentionne l’engagement de Balfour :

    « Les Hautes Parties contractantes conviennent de confier, par application des dispositions de l'article 22, l'administration de la Palestine, dans les limites qui peuvent être déterminées par les Principales Puissances alliées, à un mandataire qui sera choisi par lesdites puissances. Le Mandataire sera responsable de la mise en vigueur de la déclaration originairement faite le 2 novembre 1917 par le gouvernement britannique et adoptée par les autres Puissances alliées, en faveur de l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter préjudice aux droits civils et religieux des communautés non juives en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays ».

    Ce traité ne sera pas ratifié par les instances de la nouvelle Turquie, et le traité de Lausanne, du 24 juillet 1923, lui succèdera (). Mais entre temps, la SDN avait validé le mandat sur la Palestine.

     

    3/ 1922 : Le mandat britannique sur la Palestine

    Le mandat par lequel la SDN confie la gestion de la Palestine au Royaume Uni date du 24 juillet 1922. Le Royaume Uni doit conduire vers l’indépendance, mais le mandant mentionne la déclaration de Balfour, et prévoit que le Royaume-Uni aura aussi :

    « La responsabilité d’instituer dans le pays un état de choses politique, administratif et économique de nature à assurer l’établissement du foyer national pour le peuple juif »

    Un foyer national ? La notion restait à définir, mais le mandat souligne que ce projet, par prudence rédactionnelle, ne pourra « porter préjudice aux droits civils et religieux » des autres communautés. Surtout, l’article 5 protège l’intégrité du territoire :

    « Le mandataire sera responsable de veiller à ce qu’aucun territoire palestinien ne soit cédé ou abandonné, ni en aucune manière placé sous le gouvernement d’une quelconque puissance étrangère. »

    Le mandat n’est que d’administration, et ne pourra non plus, et en aucune manière, modifier la substance de la souveraineté, dans les limites territoriales fixées par un mémorandum britannique du 16 septembre, et correspondant aux limites de l’ancienne province de l’empire ottoman (CIJ, avis, 9 juillet 2004, mur, par. 70)

    Les textes du droit applicable en Palestine montre que l’ordre juridique palestinien était déjà pleinement structuré à l’époque, et respecté par le mandataire, comme il résulte d’une importante publication juridique : Principal Order of August 10, 1922, Statutory Rules and Orders, 1922 (n° 1282), p. 362 (the principal Order came into force September l, 1922, on publication in the Official Gazette of that date) ; Palestine (Amendment) Order in Council of May 4, 1923, ibid., 1923 (n°. 659), p. 339; Order of February 7, 1933, ibid., 1933 (n° 312), p. 841, Order of February 21, 1935, ibid., 1935 (n°. 151), p 520 ; Order of May 25, 1939, ibid., 1939 (n°. 603), II, p. 165 ; Order of December 4, 1940, ibid., 1940 (n° 2112), I, p. 4.03;  Order of December 19, 1947, ibid., 1947 (n°. 2770), I, p. 801; and Palestine (Revocations) Order in Council of May 12, 1948 (which came into operation on May 14, 1948), Statutory Instruments, 1948 (n° 1004). The Palestine Order in Council of January 26, 1948 (ibid., 1948, n° 106) was revoked by the Order in Council of May 12, 1948.

     

    C – La pratique juridique sous le mandat

     

    Parmi une documentation très fournie sur le droit applicable pendant la période du mandat, trois points méritent ici d’être relevés.

     

    L’élément central est la sentence arbitrale sur la dette publique ottomane, du 18 avril 1925, requise par le Conseil de la Société des Nations qui reconnaît la Palestine comme Etat. Cette analyse se trouve confirmée par les trois cours suprêmes les plus impliqués et par le Royaume Uni à la fin de son mandat.

     

    1/ Affaire de la dette publique ottomane (Sentence arbitrale du 18 avril 1925)

    La question posée est celle de la dette publique ottomane, qui au début des années 1920 doit être partagée entre la Turquie et les « territoires détachés de l’Empire Ottoman », à la suite du processus enclenché par le traité de Lausanne du 24 juillet 1923. L’arbitre a été saisi par le Conseil de la Société des Nations.  Les parties à l’arbitrage sont, sur un pied d’égalité, la Turquie, la Bulgarie, la Grèce, l’Italie, l’Irak, la Transjordanie et la Palestine (Affaire de la Dette publique ottomane (Bulgarie, Irak, Palestine, Transjordanie, Grèce, Italie et Turquie), 18 avril 1925, Recueil des sentences arbitrales, vol. I p. 529-614. Désignation le 10 décembre 1924, par le Conseil de la SDN, en vertu dudit art. 47, dernier alinéa, par un vote unanime).

    L’arbitre met sur le même plan l'Irak, de la Palestine et de la Transjordanie, comme Etats placés sous mandat britannique. Plus loin, l’arbitre écrit : « L'Irak est un Royaume, à l'égard duquel la Grande-Bretagne a assumé des responsabilités équivalant à celles d'une Puissance mandataire. Sous le mandat britannique, la Palestine et la TransJordanie ont chacune une organisation entièrement distincte. On est donc en présence de trois Etats suffisamment séparés pour être considérés ici comme Parties distinctes ». L’arbitre explique comment in répartira les frais entre les neuf parties concernées : « Le nombre des Parties à considérer ici est donc de neuf. L'Arbitre estime ne pas être autorisé à faire entre Elles une distinction au point de vue de leur importance et à consacrer ainsi, même en simple apparence, une inégalité qui n'existe pas entre Elles ».

     

    2/ La confirmation par la jurisprudence

    Cette analyse fondatrice se retrouve dans la jurisprudence des cours suprêmes les plus impliquées : la Palestine, le Royaume Uni et l’Egypte.

    Pour la Haute Cour de Justice de la Palestine les sujets du territoire sous mandat de la Palestine ne sont pas devenus des sujets britanniques. La même solution est retenue par la Court of criminal appeal of Great Britain, le 21 Février 1939. Un homme né à Jérusalem en 1911, détenteur d'un passeport intitulé « British Passport-Palestine » émis par le haut-commissaire britannique en Palestine, n’a pas acquis la nationalité, car le Royaume-Uni est simple administrateur (Attorney-General v. Goralschwili, McNair et Lauterpacht annuel, Recueil de jurisprudence sur le droit international public pour 1925-1926, p. 47).

    Dans une affaire jugée le 17 juin 1942, la Cour de cassation d’Egypte avait retenu la responsabilité, dans un accident, de l'Administration des Chemins de fer de Palestine, soulignant que ce service était distinct de l’Etat, qui lui, bénéficie de l’immunité de juridiction » (Egyptian Mixed Court of Cassation June 17 1942, Bulletin de Législation et de Jurisprudence Egyptiennes, vol. 54 (11941-1942), p. 243. Présentation de l’affaire dans International Law Report 1951, by H. Lauterpacht p. 146).

     

    3/ L’analyse du mandataire

    Le 18 février 1947, le secrétaire d’Etat britannique aux affaires étrangères, devant la Chambre des communes, a reconnu être dans l’incapacité d'imposer une solution de partage, en retenant l’existence de « deux communautés en Palestine », la souveraineté palestinienne n’étant pas discutable : 

    « His Majesty's Government have .... been faced with an irreconcilable conflict of principles. There are in Palestine about 1,200,000 Arabs and 600,000 Jews. For the Jews, the essential point of principle is the creation of a sovereign Jewish State. For the Arabs, the essential point of principle is to resist to the last the establishment of Jewish sovereignty in any part of Palestine. The discussions of the last month have quite clearly shown that there is no prospect of resolving this conflict by any settlement negotiated between the parties. But if the conflict has to be resolved by an arbitrary decision, that is not a decision which His Majesty's Government are empowered, as Mandatory, to take. His Majesty's Government have of themselves no power, under the terms of the Mandate, to award the country either to the Arabs or to the Jews, or even to partition it between them.

    It is in these circumstances that we have decided that we are unable to accept the scheme put forward either by the Arabs or by the Jews, or to impose ourselves a solution of our own. We have, therefore, reached the conclusion that the only course now open to us is to submit the problem to the judgment of the United Nations. We intend to place before them an historical account of the way in which His Majesty's Government have discharged their trust in Palestine over the last twenty-five years. We shall explain that the Mandate has proved to be unworkable in practice, and that the obligations undertaken to the two communities in Palestine have been shown to be irreconcilable. We shall describe the various proposals which have been put forward for dealing with the situation, namely, the Arab Plan, the Zionists' aspirations, so far as we have been able to ascertain them, the proposals of the Anglo-American Committee and the various proposals which we ourselves have put forward. We shall then ask the United Nations to consider our report, and to recommend a settlement of the problem. We do not intend ourselves to recommend any particular solution.” (The Political History of Palestine under British Administration, Establishment of British Administration, London 1947, Reproduction by Permission of the Buffalo & Erie County Public Library Buffalo, NY (Heinonline).

    Ainsi, la Palestine existait, et elle appartenait aux Palestiniens. Pour répondre aux vœux du sionisme, et envisager la création d’un Etat, il aurait fallu que les Palestiniens cèdent une part de leur inaliénable souveraineté. C’était impensable. A l’opposé, les Palestiniens auraient-ils pu se dresser contre cette clause du mandat ? Vu les réalités géopolitiques du moment, c’était impossible, et au surplus cette notion de « foyer national juif », avec respect des droits des populations et des frontières pouvait être considéré comme un projet limité. En réalité, le but étant la création d’un Etat, les années 1922 – 1948 ont été mises à profit par le camp occidental pour préparer le terrain au coup de force.

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    La Clé du Retour, à l’entrée du camp de réfugiés d’Aida, à Bethléem

  • Les réfugiés palestiniens et le droit au retour (I)

    Les réfugiés palestiniens disposent d’un droit inaliénable : le droit au retour, un droit réaffirmé avec constance par l’ONU et tous les organismes compétents depuis 1948.

    Le droit des réfugiés, lié à l’histoire de toutes les guerres, est parfaitement connu (I). S’agissant de la Palestine, il faut revenir à la source, c’est-à-dire au mandat de 1922 (II). Depuis, le droit des réfugiés palestiniens, affirmé avec constance, est dans les faits, méprisé avec la même constance (III).

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    I – Un droit parfaitement connu

     

    Les règles sont nombreuses, et elles ont pour source commune l’article 1° de la Charte des Nations Unies qui proclame « le respect du principe de l’égalité de droit des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes ». Elles s’expriment dans le cadre du droit international humanitaire (A), des doits de l’homme (B) et le droit européen lui a donné une consécration jurisprudentielle (C). 

     

    A – Le droit international humanitaire

     

    Le droit international humanitaire a défini de manière certaine l’interdiction du transfert des populations (1), la protection des personnes déplacées (2), le droit au retour (3) et le respect des biens appartenant aux réfugiés (4).

     

    1/ Interdiction du transfert des populations

    L’interdiction, pour un État, de déporter ou de transférer une partie de sa population civile dans un territoire qu’il occupe est prévue par l’article 49 alinéa 6 de la IVe Convention de Genève. Cette pratique est définie comme une violation grave du droit international humanitaire par le Protocole additionnel I (art. 85, par. 4, al. a) et le Statut de la Cour Pénale Internationale (art. 8, par. 2, al. b) viii) sanctionne comme crime de guerre  « le transfert, direct ou indirect, par une puissance occupante d’une partie de sa population civile, dans le territoire qu’elle occupe ».

    L’ONU, de manière régulière, a rappelé au respect de ces règles. 

    Les tentatives de modifier la composition démographique d’un territoire occupé ont notamment été condamnées par le Conseil de sécurité de l’ONU, à propos de l’ex-Yougoslavie. Notamment, par une résolution 752 du 15 mai 1992, le Conseil de sécurité a appelé toutes les parties à renoncer aux expulsions forcées du lieu où vivent les personnes et condamné toute action visant à changer la composition ethnique de la population.

    Pour le rapporteur spécial des Nations Unies sur les transferts de populations, « l’implantation de colons » est un acte illicite qui met en jeu la responsabilité de l’État et la responsabilité pénale des individus (Sous-Commission de la lutte contre les mesures discriminatoires et de la protection des minorités, Rapporteur spécial sur les transferts de population, y compris l’implantation de colons et de colonies, considérés sous l’angle des droits de l’homme, rapport final, UN Doc. E/CN.4/Sub.2/1997/23, 27 Juin 1997, par.  16, 64–65).

    La XXIVe Conférence internationale de la Croix-Rouge a affirmé que « les colonies de peuplement installées dans les territoires occupés sont incompatibles avec les articles 27 et 49 de la IVe Convention de Genève » (XXIVe Conférence internationale de la Croix-Rouge, Manille 7–14 Novembre 1981, Res. III, par. 5).

    En 1946, le Tribunal militaire international de Nuremberg a conclu à la culpabilité de deux des accusés pour tentative de « germanisation » des territoires occupés.

     

    2/ Protection des personnes déplacées

    Aux termes de l’article 49 alinéa 3 de la IV° Convention de Genève, une puissance occupante qui procède à une évacuation pour assurer la sécurité de la population civile ou pour d’impérieuses raisons militaires « devra faire en sorte, dans toute la mesure du possible, que les personnes protégées soient accueillies dans des installations convenables, que les déplacements soient effectués dans des conditions satisfaisantes de salubrité, d’hygiène, de sécurité et d’alimentation et que les membres d’une même famille ne soient pas séparés les uns des autres ».

    Selon le Protocole additionnel II (art. 17, par. 1), si des déplacements de la population civile sont ordonnés pour assurer la sécurité des personnes civiles ou pour des raisons militaires impératives, « toutes les mesures possibles seront prises pour que la population civile soit accueillie dans des conditions satisfaisantes de logement, de salubrité, d’hygiène, de sécurité et d’alimentation » Sur un autre plan, le Protocole additionnel II (Art. 4, par. 3, al. b) exige que « toutes les mesures appropriées soient prises pour faciliter le regroupement des familles momentanément séparées »  et le Conseil de sécurité a appelé au respect de cette règle dans tous les conflits armés (Conseil de sécurité,  Res. 361, 30 aout 1974,par. 4 ; Res. 752, 15 May 1992, par. 7;  Res. 1040, 29 janvier 1996, préambule).

    La Convention relative aux droits de l’enfant (art. 9, par. 1) ajoute que « les États parties veillent à ce que l’enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré ».

     

    3/ Droit au retour

    La IV° Convention de Genève (art. 49, al. 2) dispose que les personnes qui ont été évacuées doivent être ramenées dans leur foyer aussitôt que les hostilités dans ce secteur ont pris fin.

    Le Conseil de Sécurité de l’ONU, l’Assemblée Générale des Nations Unies et le Conseil des Droits de l’Homme ont rappelé à de nombreuses reprises le droit des réfugiés et des personnes déplacées de regagner leur foyer librement et dans la sécurité. De même, doit être facilité le retour volontaire et dans la sécurité, ainsi que la réintégration des personnes déplacées. Il existe maintes références pour les conflits en Géorgie, en Afghanistan, en Bosnie-Herzégovine, en Croatie, au Libéria ou au Soudan.

    Les rapatriés ne doivent pas faire l’objet de discrimination, et l’ensemble des règles de droit international humanitaire qui protègent les personnes civiles s’appliquent aux civils déplacés qui ont regagné leur lieu d’origine (Comité exécutif du HCR, conclusion n° 18 (XXXI) : rapatriement librement consenti, 16 Octobre 1980, par f).

     

    4/ Le respect des biens appartenant aux réfugiés

    Le droit de propriété des personnes déplacées doit être respecté. La propriété et les possessions laissées par les personnes au moment de leur départ doivent être protégées contre la destruction, ainsi que les appropriations, occupations ou utilisations arbitraires et illégales.

    Les trois traités régionaux des droits de l’homme garantissent ce droit :

    • Protocole additionnel à la Convention européenne des droits de l’homme, art. premier ;
    • Convention américaine relative aux droits de l’homme (1969), art. 21, par. 1 ;
    • Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (1981), art. 14.

    Outre les lois et procédures spécifiques destinées aux des personnes déplacées, la législation de la totalité des pays du monde garantit une forme de protection contre la saisie arbitraire ou illégale des biens, qui est incontestablement un principe général de droit.

    La question des droits de propriété des personnes déplacées a suscité une attention toute particulière dans les conflits récents, avant tout dans le contexte des conflits dans l’ex-Yougoslavie, mais aussi en Afghanistan, à Chypre, en Colombie, en Géorgie et au Mozambique.

    Dans le contexte des conflits dans l’ex-Yougoslavie, des traités et d’autres instruments ont affirmé que les déclarations et les engagements relatifs aux droits de propriété faits sous la contrainte sont nuls et non avenus.

    L’accord sur les réfugiés et les personnes déplacées annexé à l’accord de paix de Dayton stipule :

    « Tous les réfugiés et personnes déplacées ont le droit d’obtenir la restitution des biens dont ils ont été privés au cours des hostilités depuis 1991 ou d’être indemnisés lorsque cela n’est pas possible ».

    En vertu de cet accord, une commission indépendante, chargée de statuer sur les réclamations des réfugiés et personnes déplacées concernant des biens fonciers, a été instituée pour recevoir et se prononcer « sur toutes les demandes concernant des biens immeubles en Bosnie-Herzégovine, lorsque lesdits biens n’ont pas été volontairement cédés ou n’ont pas fait l’objet d’une quelconque transaction depuis le 1° avril 1992, et que le demandeur ne jouit pas de la propriété dudit bien ».

    Le Conseil de sécurité de l’ONU a notamment adopté en 1995 une résolution dans laquelle il demandait à la Croatie « d’abroger toute disposition fixant un délai avant l’expiration duquel les réfugiés devraient rentrer en Croatie afin de récupérer leurs biens ».

    On retrouve des dispositions de ce type dans l’accord général de Paix signé pour le Mozambique en 1992, avec l’article IV (e) :

    « Les personnes réfugiées ou déplacées sont garanties d’obtenir la restitution de leurs biens encore existant ou du droit d’agir en justice pour obtenir la restitution de leur propriété ».

     

    B – Les droits de l’homme

    La première référence est l’article 13 de la Déclaration universelle de Droits de l’homme de 1948 :

    « Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien et de revenir dans son pays. » 

    La question du droit au retour ressort très directement de l’article 12 du Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques de 1966, adopté par l’AGNU le 16 décembre 1966, entré en fonction le 23 mars 1976 et ratifié par Israël le 3 octobre 1991, qui énonce en son alinéa 4:

    « Nul ne peut être arbitrairement privé du droit d'entrer dans son propre pays ».

    Le droit de retourner dans son pays est de la plus haute importance pour les réfugiés qui demandent leur rapatriement librement consenti. Il implique également l’interdiction de transferts forcés de population ou d’expulsions massives vers d’autres pays (Comité des Droits de l’homme, Observation générale, 27 mai 2008, HRI/GEN/1/rev. 9, Vol. 1, par. 19). 

    Le Comité pour l’Elimination de la Discrimination Raciale a affirmé lors de sa création en 1969  que son action s’appliquerait « à ceux qui ont été directement expulsés de leur pays » mais aussi, à leur famille proche et à leurs descendants, par respect de l’existence « des liens intimes et durables avec la région ».

    Les termes du paragraphe 4 de l’article 12 du Pacte ne font pas de distinction entre les nationaux et les étrangers (« nul ne peut être ...»). Ainsi, pour le Comité des Droits de l’Homme, les personnes autorisées à exercer ce droit ne peuvent être identifiées qu’en interprétant l’expression « son propre pays » (communication n° 538/1993, Stewart c. Canada), et la signification de ces termes est plus vaste que celle du pays de sa nationalité. Elle n’est pas limitée à la nationalité au sens strict du terme, mais s’applique à :

    « Toute personne qui, en raison de ses liens particuliers avec un pays ou de ses prétention à l’égard d’un pays, ne peut être considérée dans ce même pays comme un simple étranger » (Comité des Droits de l’homme, Observation générale, 27 mai 2008, HRI/GEN/1/rev. 9, Vol. 1, par. 20).

    Le Comité des Droits de l’Homme poursuit :

    «  Tel serait par exemple le cas de nationaux d’un pays auxquels la nationalité aurait été retirée en violation du droit international et de personnes dont le pays de nationalité aurait été intégré ou assimilé à une autre entité nationale dont elles se verraient refuser la nationalité. Le libellé du paragraphe 4 de l’article 12 se prête en outre à une interprétation plus large et pourrait ainsi viser d’autres catégories de résidents à long terme, y compris, mais non pas uniquement, les apatrides privés arbitrairement du droit d’acquérir la nationalité de leur pays de résidence ».

    En aucun cas une personne ne peut être privée arbitrairement du droit d’entrer dans son propre pays. Pour le Comité, la notion d’arbitraire est évoquée dans le but de souligner qu’elle s’applique à toutes les mesures prises par l’État, au niveau législatif, administratif et judiciaire :

    « Les États parties ne doivent pas, en privant une personne de sa nationalité ou en l’expulsant vers un autre pays, empêcher arbitrairement celle-ci de retourner dans son propre pays » (Comité des Droits de l’Homme, Observation générale, 27 mai 2008, HRI/GEN/1/rev. 9, Vol. 1, par. 20).

     

    C – Le droit européen

    On dispose de références jurisprudentielles effectives grâce à la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Elle a conclu à l’existence d’une violation du droit au respect de la jouissance pacifique des biens des personnes déplacées dans l’affaire Loizidou c. Turquie du 18 décembre 1996, rendue à propos de Chypre, avec une solution directement transposable à la situation palestinienne (CEDH, Loizidou c. Turquie, 18 décembre 1996, Requête no15318/89).

    Par la résolution 541 (1983) le Conseil de sécurité des Nations unies avait déclaré la proclamation de l’institution de la « République turque de Chypre du Nord » juridiquement invalide car née d’un coup de force et contraire au droit international, et il avait exhorté tous les Etats à ne pas reconnaître d’autre Etat cypriote que la République de Chypre.

    La CEDH était saisie par une ressortissante cypriote, propriétaire de biens dans la partie Nord, et elle avait de fait perdu la possession de ses biens.

    Après avoir relevé que l’armée turque exerçait en pratique un contrôle global sur cette partie de l’île, et que de ce fait sa responsabilité d’Etat de la Turquie était engagée, et que la propriétaire n’avait pas volontairement cédés ses biens, la Cour en a tiré pour conclusion qu’elle était demeurée propriétaire légale. Pour la Cour :

    « En aucune manière, l’intervention turque dans l’île en 1974 ne peut justifier la négation totale des droits de propriété de la requérante par le refus absolu et continu de l’accès et une prétendue expropriation sans réparation ».

    Le fait que les réfugiés cypriotes turcs déplacés aient été relogés dans les années qui suivirent l’intervention turque dans l’île en 1974 « ne peut justifier la négation totale des droits de propriété par le refus absolu et continu de l’accès et une prétendue expropriation sans réparation ».

    C’est ce corpus juridique, reconnu comme droit coutumier par le CICR, qui s’applique aux réfugiés palestiniens,… et qui reste inappliqué. Pour comprendre ce déni de justice, il faut partir du fait originaire qu’est le mandat sur la Palestine de 1922.

     

    palestine,réfugiés

    A suivre

    II - La question originaire : Le mandat de 1922

  • Abbas aux funérailles de Péres

    Les dirigeants israéliens n’étaient pas présents aux funérailles de Yasser Arafat, mais Abbas était présent à celles de Shimon Péres. Et il y était le seul dirigeant arabe... Même l’Egypte, pourtant signataire d’un traité de paix avec Israël, n’avait mandaté que son ministre des affaires étrangères. Péres le père de la colonisation et du nucléaire israélien, que lui avait refilé la Gauche française, en rupture avec la politique française. Pour se rendre à Jérusalem, Abbas a du mendier un sauf-conduit, imposé par les sinistres accords d’Oslo… Voilà où en est la « direction » palestinienne…  

    Il y a une vision israélo-étatsunienne des évènements, parfaitement mise en lumière par la presse mainstream européenne. Et puis il y a la réalité de ceux qui vivent la réalité, et les faits parlent. Pas un seul dirigeant arabe n’a osé se rendre à Jérusalem pour une raison simple : cela aurait causé un soulèvement dans leur pays. Tous ont renoncé, parce que tous ont peur de leur peuple, et parce que les peuples arabes ont de la mémoire. Prix Nobel de la Paix…

    Pour donner de l’info, je n’ai pas besoin d’aller loin. Je vous livre quatre articles publiés dans le très institutionnel quotidien L’Orient – Le Jour. 

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    1/ Massacre de Cana, colonisation, accords d'Oslo... Shimon Peres en quelques points

    Article publié le 28 septembre 2016, avec un excellent reportage de France 2.

    Timour Goksel, porte-parole de la Finul, racontera aux journalistes du Monde, après le massacre, que les combattants du Hezbollah, "postés à 300 mètres du QG fidjien", avaient "tiré deux salves de roquettes Katioucha sur le nord d'Israël, quelques instants avant le bombardement israélien de Cana". "Nous avons demandé à plusieurs reprises aux Israéliens de faire cesser ces tirs sur le QG fidjien en leur disant que nous avions des victimes civiles, mais en vain. Les Israéliens connaissent parfaitement l'emplacement du QG du contingent fidjien, vaste et visible, et savaient parfaitement qu'il abritait des civils", avait ajouté M. Goksel.

    Réunis à Moscou dans le cadre d'un sommet du G7, les leaders des grandes puissances disent leur indignation après le carnage.

    Une mission d'enquête onusienne, menée après le massacre, a conclu, dans un rapport publié en mai 1996, qu'il "était peu probable que le bombardement du poste onusien (à Cana) soit le résultat d'une erreur technique et/ou procédurale grossière". Le rapport avait été qualifié, par Israël d'"imprécis" et de "partial".

    Dans un autre rapport, daté de septembre 1997, l'ONG Human RIghts Watch a indiqué, après avoir mené une enquête sur l'opération "Raisins de la colère", que "l'absence de prise de précautions avant l'attaque ainsi que les méthodes d'attaque choisies par l'armée israélienne font qu'Israël a violé la loi internationale sur l'humanitaire. Israël n'a pas rempli ses obligations qui consistent à ne pas mettre en danger des civils lors de la conduite d'opérations militaires". HRW rappelle que l'attaque s'est poursuivie alors même que la Finul avait alerté Israël que c'est un poste onusien qui était bombardé. "Enfin, les déclarations d'Israël selon lesquelles il n'avait pas connaissance de la présence de centaines de civils dans le poste onusien de Cana ne sont pas crédibles", précise HRW. "La décision, prise par ceux qui ont planifié l'attaque, d'opter pour un mélange d'obus d'artillerie hautement explosifs, dont des bombes anti-personnelles, destinés à faire un maximum de dommages, violent les principes clés du droit humanitaire international", note encore HRW.

    HRW avait également accusé le Hezbollah d'avoir violé les règles de la guerre, en visant des concentrations de civils en Israël, et en tirant ses roquettes à partir de zones proches de foyers de civils au Liban-Sud.

    Lors de l'opération "Raisins de la colère", peut-on lire dans un rapport de l'ONG Human Rights Watch daté de septembre 1997, les pilotes israéliens ont mené 600 raids et les unités d'artillerie ont tiré quelque 2500 obus en territoire libanais. 154 civils ont été tués au Liban, et 351 blessés. Le Hezbollah, pour sa part, a tiré 639 roquette katiousha en territoire israélien. Trois Israéliennes ont été sérieusement blessés.

    Peres et la colonisation

    Alors ministre de la Défense, M. Peres avait cautionné dans les années 70 en Cisjordanie occupée les premières colonies, ces implantations considérées comme illégales par l'ONU qui ont proliféré depuis et sont largement considérées comme un obstacle à la paix. M. Peres avait ainsi déclaré que les colonies étaient "les racines et les yeux d'Israël".

    Avec le temps, M. Peres avait eu des déclarations différentes sur la colonisation. En 2012, le président Peres avait dénoncé les dangers d'une colonisation à tout-va sur l'avenir d'Israël. Le président, opposé à l'option d'un Etat binational, avait déclaré en juillet 2012, que les "implantations dans des zones à forte densité arabe pourraient provoquer un changement démographique dont nous ferions bien de tenir compte". "Sans une majorité juive, il est douteux qu'un État juif puisse rester juif", avait-il aussi averti à un moment où il craignait une accélération de la colonisation en Cisjordanie.

    En mars 2013, lors d'une tournée européenne, M. Peres, alors toujours président, avait néanmoins rejeté les critiques de l'UE sur la colonisation israélienne. Alors que président du Conseil européen Herman Van Rompuy rappelait l'opposition de l'UE à l'expansion illégale de la colonisation, Shimon Peres avait répondu que ce n’était pas la colonisation israélienne mais le "terrorisme" qui entravait le chemin vers la paix.

    Le père du programme nucléaire israélien

    A la direction générale de la Défense, M. Peres a jeté les fondations du programme nucléaire israélien et œuvré à la construction du réacteur de Dimona, avec la France comme fournisseur majeur. Il se créditait d'avoir instauré à l'époque la politique, toujours en vigueur, d'ambiguïté de la part d'Israël sur le fait qu'il aurait ou non l'arme nucléaire. Peres a justifié la construction de Dimona par la pénurie de ressources énergétiques en Israël, mais a aussi invoqué les vertus de dissuasion du réacteur. "Je n'ai aucun doute sur le fait que Dimona a conféré à Israël une dimension de dissuasion. Pour moi, Dimona a constitué le premier pas vers Oslo", disait-il en 2014.

    Le protégé de Ben Gourion

    Né en 1923 au sein d'une famille aisée dans ce qui était alors la Pologne et aujourd'hui le Bélarus, M. Peres a émigré en 1934 vers la Palestine sous mandat britannique.
    Très tôt engagé en politique au kibboutz, il avait rejoint en 1947 la Haganah, la devancière de l'armée israélienne et avait été pris sous son aile par David Ben Gourion, qui proclama l'Etat d'Israël. Elu au Parlement en 1959, il y a servi quasiment sans discontinuer jusqu'à son accession à la présidence en 2007.

     

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    2/ Massacre de Cana : « un cauchemar ! », se souvient Timur Goksel, ex-porte-parole de la Finul et témoin

    Article publié le 28 septembre 2016

    L'ancien président israélien Shimon Peres, décédé dans la nuit de mardi à mercredi, était Premier ministre en 1996 lorsque l'armée israélienne bombarda un camp de l'Onu au Liban-Sud. Timur Goksel, porte-parole de la Finul à l'époque, se souvient de ce jour-là, dans un entretien à L'Orient-Le Jour.

    Suite à l'annonce du décès, dans la nuit de mardi à mercredi, de l'ancien président israélien Shimon Peres, les hommages ont afflué, à travers le monde, pour saluer la mémoire d'un artisan de la paix. En 1994, alors qu'il était le chef de la diplomatie israélienne, Shimon Peres avait reçu le prix Nobel de la paix, avec le chef de l'OLP, Yasser Arafat, et le Premier ministre Yitzhak Rabin. Cette prestigieuse décoration venait couronner "les efforts" des trois hommes "en faveur de la paix au Moyen-Orient" qui s'étaient concrétisés, un an plus tôt, par le premier accord d'Oslo. Cet accord jetait les bases d'une autonomie palestinienne et offrant un espoir de règlement du conflit. Espoir largement évanoui, 23 ans plus tard.

    Si nombreux sont donc ceux à avoir salué, aujourd'hui, la mémoire de l'ancien faucon devenu partisan de la paix, au Liban, le parcours de Shimon Peres suscite plus d'amertume. Ce dernier était en effet Premier ministre lorsque fut lancée, le 11 avril 1996, l'opération militaire "Raisins de la colère" dont l'objectif était d'éliminer des cibles situées en territoire libanais afin de détruire ou fragiliser le Hezbollah, qui menait une guérilla anti-israélienne depuis le Liban-Sud, alors occupé par l'armée israélienne. C'est dans le cadre de cette opération, qui prendra fin le 27 avril, que fut perpétré, le 18, le massacre de Cana. Ce jour-là, l'armée israélienne bombarde un camp onusien accueillant des déplacés près de ce village du Liban-Sud. 106 civils, dont des femmes et des enfants, sont tués. Des dizaines d'autres sont horriblement mutilés.

    A cette époque, Timur Goskel était le porte-parole de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Pour L'Orient-le Jour, il revient sur cette journée tragique.

    "On nous bombarde"

    "J'étais dans mon bureau à Naqoura, ce jour-là. Comme d'habitude, mon poste radio était constamment allumé, se souvient-il. Dans un premier temps, je ne comprends pas ce qui se passe. Puis, je reçois un appel d'un officier libanais posté à proximité du camp de déplacés de Cana. +Nous sommes attaqués, on nous bombarde, me lance-t-il en pleurant+".

    Au même moment, le contingent fidjien de la Finul, en charge du poste de Cana, essuie un barrage de tirs lancé par l'artillerie israélienne positionnée derrière la frontière libanaise. "34 obus se sont abattus sur le camp où se trouvaient entre 700 à 800 déplacés libanais qui étaient sous protection de la Finul. Les projectiles explosaient dans l'air pour faire un maximum de victimes", se souvient l'ex-responsable onusien.

    Comprenant que l'affaire est grave, Timur Goksel envoie son assistant sur le terrain afin de s'enquérir de la situation. "Nous (la Finul, ndlr) avons envoyé toutes nos équipes médicales afin de porter secours aux victimes. Nous avons également appelé en renfort nos équipes situées dans la ville de Tyr".

    "Nous ne comprenions pas pourquoi le contingent fidjien était bombardé par les Israéliens. Ces derniers savaient qu'il n'y avait que des civils et des militaires de la Finul dans la zone. Ils avaient les cartes de la zone. En outre, un drone ainsi que plusieurs hélicoptères israéliens survolaient la zone".

    Suite au massacre, Israël a évoqué une erreur technique. "Dire que c'était une erreur n'est qu'un mensonge", lance Timur Goksel.

    Une enquête menée par l'Onu après le massacre, parviendra à la conclusion suivante en mai 1996 : "On ne peut écarter totalement cette hypothèse, mais il est très peu probable que le bombardement du poste des Nations unies (à Cana) soit le résultat d'une grossière erreur technique et ou de procédure".

    Les Israéliens avaient également justifié leur bombardement en évoquant des tirs du Hezbollah provenant de la région de Cana.

    "Plusieurs éléments du Hezbollah ont tiré sept à huit obus de mortier à partir d'un vieux cimetière situé à Cana. Mais ces obus ne pouvaient en aucun cas atteindre le territoire israélien", affirme M. Goksel. "Par ailleurs, et contrairement à ce qu'affirmait Shimon Peres à l'époque, des soldats israéliens se trouvaient en territoire libanais dans le village voisin de Hanaouay. Ils y plantaient des mines. Ce sont eux qui étaient visés par le Hezbollah. Pris de panique, ils ont réclamé l'envoi de renforts. Un officier, en pleurs, a réclamé, par radio, que l'artillerie israélienne bombarde fortement."

    "Il ne s'agit pas d'une erreur"

    L'armée israélienne, poursuit l'ancien responsable de la Finul, voulant assurer la sécurité de ses soldats, a donc lancé une pluie d'obus sur le camp, et ce en dépit de la présence de civils.

    "La plupart des victimes étaient des femmes et des enfants. Les militaires fidjiens, qui avaient été entraînés à réagir en cas de bombardement, ont réussi à se mettre à l'abri", raconte Timur Goksel. "Ce fut la journée la plus cauchemardesque de ma vie. Je suis allé sur place, j'ai vu les corps des civils tués...", lâche-t-il.

    "Il ne peut s'agir d'erreur. Ils (l'armée israélienne) savaient ce qu'ils faisaient. Ils ont paniqué et ont voulu sauver leurs soldats", martèle Timur Goksel. Israël a rejeté les conclusions du rapport onusien, les qualifiant de "partiales" et "imprécises".

    3/ Shimon Peres couvert de sang palestinien « des pieds à la tête »

    Voici l’article de l’OLJ, du 15 septembre

    Un député arabe israélien a provoqué un tollé en Israël en décrivant Shimon Peres comme couvert de sang palestinien « des pieds à la tête », détonnant dans le concert de sympathie adressé au prix Nobel de la paix victime d'un accident vasculaire cérébral majeur.

    « Il est couvert de notre sang des pieds à la tête", a écrit sur sa page Facebook Basel Ghattas, député de la Liste arabe unie, en parlant de M. Peres et des Palestiniens. M. Ghattas est membre de la communauté des Arabes israéliens, c'est-à-dire des descendants des Palestiniens restés sur leurs terres à la création d'Israël, à la différence de centaines de milliers d'autres. Représentant 17,5% de la population israélienne, de nationalité israélienne, ils se disent communément Palestiniens.

    Peres a réussi « à se faire passer pour une colombe de la paix, jusqu'à obtenir le prix Nobel de la paix », a écrit M. Ghattas. En réalité, il est « le responsable direct de crimes et de crimes de guerre à notre encontre » et « l'un des piliers les plus anciens, les plus méprisables, cruels, extrémistes du projet colonialiste sioniste », a-t-il dit.

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    4/ La poignée de main entre Netanyahu et Abbas, vif débat chez les Palestiniens

    Dans l’OLJ, ce 30 septembre

    « Je suis ravi de vous voir, cela faisait longtemps », a assuré M. Abbas en anglais au chef de gouvernement israélien, avant de saluer son épouse Sara Netanyahu, selon une vidéo diffusée par le porte-parole du Premier ministre.

    Les deux hommes ne s'étaient pas serré la main depuis le sommet sur le climat à Paris il y a près d'un an. Et M. Abbas ne s'était pas rendu en visite officielle à Jérusalem depuis des années, le président palestinien devant bénéficier d'un accord spécial des Israéliens pour aller dans la Ville sainte.

    Aucun président arabe n'a fait le déplacement vendredi. L'Egypte, l'un des deux seuls pays arabes à avoir fait la paix avec Israël, a dépêché son ministre des Affaires étrangères.

    Abbas est venu accompagné du numéro deux de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) Saëb Erakat, qui a participé aux négociations des accords d'Oslo, pour lesquels M. Peres avait obtenu le prix Nobel de la paix, aux côtés du leader palestinien Yasser Arafat et du Premier ministre israélien de l'époque Yitzhak Rabin.

    Abbas avait salué mercredi la mémoire d'un "partenaire pour la paix des braves". Il a été vivement critiqué par le Hamas pour sa venue aux funérailles de M. Peres, un "criminel" pour le mouvement islamiste et la rue palestinienne. 

    La vidéo de la poignée de mains entre MM. Abbas et Netanyahu était largement partagée sur les réseaux sociaux. Le débat faisait rage parmi les Palestiniens, la grande majorité condamnant le déplacement de M. Abbas.

    Certains raillaient le fait que le président ait dû solliciter les autorités israéliennes pour obtenir un laissez-passer, une procédure née des mêmes accords d'Oslo.

    Un internaute, sous le nom Tweet Palestine, dénonçait la venue d'Abbas "et de ses mercenaires", lançant: "C'est sans surprise que les criminels de guerre se saluent entre eux".

    Ali Abunimah, militant et fondateur d'un site d'information pro-palestinien très suivi sur Twitter, s'insurgeait, lui, de voir M. Abbas se lever au passage du défilé entourant le cercueil alors que "les mêmes forces de défense israéliennes poursuivent leurs crimes contre +son+ peuple".

    "Le président Abbas accomplit son devoir pour son peuple et ne peut être blâmé alors qu'il compose seulement avec la réalité de l'occupation sioniste", estimait pour sa part Brahim Boukala.

    Malgré les accords d'Oslo et la conversion à la paix de cet ancien faucon, les Palestiniens ont une image bien plus sombre de l'homme qui a cautionné les premières colonies juives de Cisjordanie occupée et qui était Premier ministre quand l'artillerie israélienne a bombardé le village libanais de Cana, tuant 106 civils en avril 1996.

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