Avertir le modérateur

droit pénal - Page 2

  • Magnanville : La puissance du crime

    jeanclos-dictionnaire-criminel-z.jpgSelon l’expression, l’enquête commence, alors attendons, attendons ce que diront les témoins, l’ordinateur, les téléphones portables… mais le procureur de la République du TGI de Paris en a dit hier assez pour que nous puissions un peu en parler.

    L’auteur des faits était tout sauf un inconnu en matière de terrorisme. Détenu depuis son arrestation en 2011, il avait été condamné en 2013 pour sa participation à une filière de recrutement pour Al Qaeda vers les zones pakistano-afghanes, à trois ans de prison dont six mois avec sursis mis à l’épreuve. Toujours d’après le procureur, «pendant son incarcération, il s'était livré à des actes de prosélytisme d'islamisme radical qui lui avaient valu d'être remarqué pour cela par l'administration pénitentiaire.»

    Par ailleurs, il avait été classé S, ce qui veut tout et rien dire, et n’est pas une charge pénale, mais quand même...

    Pendant ce sursis, ses principales obligations étaient de justifier d’un domicile et d’un travail. Le procureur explique que pendant la longue période entre 2013 et novembre 2015, il s’inscrivait dans ce cadre socialisant. Il avait respecté ses obligations, et les quelques fois où il avait fait reporter un rendez-vous, c’était en le justifiant par ses horaires de travail.violences_criminelles_L33.jpg

    Le 11 février 2016, un magistrat instructeur, agissant dans le cadre de poursuites pour l'infraction d’association de malfaiteurs terroristes, infraction qui commence avec trois fois rien, avait décidé un placement sous écoutes judiciaires : des écoutes légales, qui font l’objet de scrupuleux PV de retranscription. Mais rien ne laissait apparaître le risque d’un passage à l’acte violent. Et pourtant...

    Nous sommes donc bien clairs : une personne condamnée pour l’organisation d'un réseau, réputée radicale, placée sur écoutes téléphoniques par un juge instruction, s’est jouée très simplement de cette surveillance. Le mythe de la surveillance informatique comme solution nec plus ultra - voir toutes les législations et les pratiques des services de renseignements - en prend un sacré coup : dans le cas présent, aucune efficacité.

    C’est toute la question : la puissance du crime. A force de tout confondre, de monter en épingle n'importe quel fait divers, on oublie ce qu’est un crime, ce qu’est sa puissance destructrice...

    9782247110124.jpgDans notre affaire, l’une des questions qui se pose est de savoir pourquoi dans le cadre de l’état d’urgence, aucune mesure n’avait été prise : ni perquisition, ni assignation à résidence, alors qu’objectivement cet homme était à surveiller. Pourquoi ? Evidemment, je n’en sais rien. Sauf que, comme on l’a plusieurs fois expliqué, les mesures de police administrative prises dans le cadre de l’état d’urgence sont très inefficaces sur le plan judiciaire : la personne concernée est immédiatement avisée qu’elle est sous surveillance, et il est impossible de faire un travail d’enquête sérieux, de remonter les réseaux.

    À 48 heures des faits, il n’y a aucun bilan à tirer, juste des questions à poser, et elles sont sérieuses.

    Mais la grande vraie bataille se joue là-bas, dans ces pays que nous avons détruits : Afghanistan, Irak, Syrie, Libye et Yémen, ce qui pose aussi la question de la responsabilité pénale pour ces choix intéressés. Que ça plaise ou non, tout passe par la restauration de ces puissances étatiques.  

  • Un crime absolu

    absolute-crime-magazine-a34474-h900.jpgToujours essayer de garder le sens de la mesure… La vie dans les palais de justice nous apprend à savoir rester dans la graduation de la cruauté et du crime, et nos oreilles se fatiguent à entendre à longueur de journées médiatiques les cris ministériels de « intolérable » ou « inacceptable » pour toute violation significative de la loi.

    À tout confondre, on perd le sens des choses, alors que parce qu’il s’agit de punir le crime, il faut savoir le qualifier, c’est-à-dire oublier le cri d’indignation et procéder à un travail d’analyse. Admettre que le crime n’est pas une abstraction à rejeter, mais une réalité à laquelle il faut faire face. Pour quiconque veut réellement punir le crime, il faut comprendre son chemin.

    Hier, le procureur de la République de Saint-Etienne a fait état de ce qui s’apparente à un crime absolu.

    Les faits ont eu lieu ce vendredi dans une petite maison à deux étages de Fraisses, dans la Loire. Deux compagnons de misère ont passé l’après-midi à s’enivrer, puis celui qui était simple visiteur a quitté les lieux. Vers 17 heures, l’homme resté seul dans l’appartement a constaté une fuite d’eau venant de l’étage supérieur, occupé par une mamy de 92 ans. Il est donc venu visiter sa voisine, et là, il a trouvé la porte ouverte, avant de découvrir cette dame sur son lit, morte et ensanglantée.

    L’autopsie a conclu que la mort avait été causée par 15 coups de tournevis cruciforme. Une violence démentielle. Mais l’expertise a également mis en évidence que la victime avait été violée avant d’être tuée. Oui, le crime absolu.

    Le compagnon de beuverie a été arrêté samedi. Cet homme de 44 ans avait été condamné à 10 ans de prison par la cour d’assises de la Loire en 2009 pour viol sur une personne vulnérable. Il avait été libéré depuis 2014, et était placé sous suivi socio-judiciaire.

    Précision. Cela ne veut pas dire qu’il n’a fait que cinq ans de prison. Il y a tout lieu de penser qu’il avait été placé en détention provisoire, et vu les délais d’instruction et d’audiencement d’une affaire aux assises, on est plutôt sur une période de sept à huit ans de détention effective.

    Il a été mis en examen pour viol et meurtre par un juge instruction du Tribunal de grande instance de Saint-Etienne.

    Un crime absolu, qui est aussi le fait d’un être humain. Une telle violence… Prenons le temps de réfléchir, et cherchons à comprendre.

    quote-je-ne-cherche-pas-a-connaitre-les-reponses-je-cherche-a-comprendre-les-questions-confucius-185669.jpg

  • Moirans : Petit retour sur le « laxisme » de la justice

    Rien ne justifie la violence, et certainement pas une décision de justice susceptible de recours. Il n’en reste pas moins intéressant, après les événements de Moirans, de prendre quelques minutes pour se persuader de l’extrême laxisme de la justice dans cette affaire…

    Part-PAR-Par8306801-1-1-0.jpg

    Le détenu dont on cause, 24 ans, incarcéré à la prison d'Aiton, en Savoie, a été condamné à cinq ans de prison pour des faits de vols avec violence. Il est détenu depuis trois ans. Ayant passé la mi-peine, il est donc susceptible de former une demande de semi-liberté, mesure sage de préparation à la sortie. Comme d’autres, il préfère purger la peine, et sortir dès qu’il peut, mais pour de bon, car une famille l’attend.    

    Dans la nuit de vendredi à samedi, son frère, 17 ans, est mort dans un accident de circulation. Les funérailles étaient fixées à ce mercredi.

    Lundi, le détenu a formé une demande de liberté pour se rendre aux funérailles de son frère. Mais mardi, le juge d’application des peines refuse. Motif ? Le 26 juillet, il y avait eu une altercation avec un autre détenu. Le fait n’a a priori rien de majeur, car aucune poursuite pénale n’a été engagée. On en est resté à une mesure disciplinaire.

    Le problème, comme le précise le procureur de la République, au tribunal d’Albertville la « jurisprudence » est que les permissions de sorties sont refusés si le détenu s’est fait connaitre défavorablement dans les trois mois qui précèdent : le fait négatif datant du 26 juillet, pas de permission pour se rendre aux funérailles du frère le 22 juillet. Manque 4 jours.

    Il y a eu ensuite un appel de cette décision, devant la chambre d’instruction de la cour d’appel de Chambéry, qui a confirmé le refus, mais s’ajoutait alors un autre motif, à savoir les dégradations et violences qui ont lieu dans la maison d’arrêt après la décision de refus du mardi. Le détenu a ensuite formé une nouvelle demande de sortie sous escorte, refusée là aussi du fait de la participation aux violences.

    Ainsi, la seule décision qui fait débat est la première. Je sais combien il est difficile de juger, et je ne m’y aventure pas, mais appliquer de manière aussi tranchée – à quatre jours près – cette règle des trois mois, qui n’a aucun support légal, pose un problème sérieux. Il s’agissait tout de même de quelques heures pour se rendre aux funérailles d’un frère, et au regard des principes très forts que pose l’article 8 de la Convention européenne sur le droit à une vie familiale normale, cette application mécanique d’une règle non-écrite ne convainc pas.

    Un autre aspect est la litanie du pseudo laxisme, radotée sans limite… Cette affaire montre ce qu’est la réalité de la vie pénitentiaire. En quoi la société est-elle menacée par une telle demande de permission de sortie ?

    La vie en prison est très rude, et la justice est répressive. Le nombre de détenus a atteint un sommet en avril 2014, avec 68.859, un chiffre a peine érodée depuis, et supérieur à celui de la période Sarkozy, soit 66 445 en mars 2012. Quant aux permissions de sortie, on a déjà vu que le chiffre est passé de 62.000 en 2010 à 48.000 en 2014.

    Ca n’empêche pas les frapadingues du laxisme de poursuivre leur délire …

    on-se-calme.jpg

  • Mes amis flics complètement à côté de la plaque

    une-incroyable-histoire.jpgFait exceptionnel, la préfecture de police donnait hier un nombre de manifestants supérieurs à celui estimé par la presse ! D’après la préfecture, 7500 manifestants, et d’après la presse, un tiers de moins. Il faut dire que ce sont les policiers qui manifestaient, et que peut-être la préfecture n’était pas totalement hostile.

    Police-Justice, c’est chaud… Le jeu se maintient : nous faire vivre dans l’ombre de la peur…

    Le cas Taubira

    En mai 2012, Martine Aubry ayant refusé d’entrer au gouvernement, et comme Hollande avait besoin de donner un gros camembert à Fabius, Valls, Le Drian, c’est le lot justice qui était à vendre. Taubira avait tous les critères du casting : femme, black, DOM, non-PS et franc-maque (Grande Loge Féminine, ou si proche). Et – j’oubliais l’essentiel – particulièrement investie sur les dossiers si techniques de la justice : la justice nationale et les enjeux de la justice internationale, les défis des nouvelles formes de délinquance, l’indispensable renouveau du statut du parquet, l'état des prisons, le rôle de la justice dans l’accès aux droits, la refondation des juridictions sociales, le financement de l’aide juridictionnelle, … Taubira était experte de tout cela, ses nombreuses publications et participations à des colloques scientifiques en témoignent. Dans la République des valeurs, on ne rigole pas, et on ne nomme pas n’importe qui n’importe comment.

    Je n’ai rien à dire de Taubira… parce qu’elle n’a rien fait sur le plan de la justice pénale et des libertés, là justement où il fallait inverser la logique Sarkozy. C'est toujours la politique de la peur... Elle a concrétisé et amplifié le travail de Sarko, et a tout légitimé, du fait de sa méconnaissance des dossiers et de son absence de conviction, incapable de s’opposer aux instrumentalisations policières de l’ordre public. Elle a signé tous les textes les plus crapules de la Hollanderie, à commencer par la loi sur le renseignement.

    Alors, incidente politique au passage, voir que, pour deux ou trois jolies formules, elle est devenue la diva de la Gauche montre la déliquescence de la réflexion au Parti socialiste. Le PS qui applaudit Taubira, ça ressemble aux suicides collectifs des baleines…

    Taubira n’a conduit aucun combat et a renoncé à tout. La seule chose qui l’intéresse est de garder le poste, et tout le reste n’est que couleuvres à avaler. Son bilan ? Dati avait fait mieux, ayant au moins fait voter la loi pénitentiaire.

    La loi sur la contrainte pénale du 15 août 2014 a été votée en ramenant au marginal la lutte effective contre la récidive, avec comme base un programme logique d’insertion et de réadaptation. Le choix a été le maintien du mythe punitif – la prison à sec, et on lâche le mec dans la nature – qui est une fabrique de la récidive, fabrique qui permet de tenir les discours sécuritaires qui nourrissent la surenchère frontiste. Taubira n’a rien opposé à Valls : le type lui évite de réfléchir, et ça lui convient très bien.

    Nous aurons le même jeu sur ce qui devait être la deuxième grande réforme, à savoir la justice des mineurs, en gardant l’esprit de l’ordonnance de 1945, pour l’actualiser. Le projet sera proposé au conseil des ministres fin décembre,… de la pure mise en scène car il y a déjà un accord pour ne pas le présenter l’Assemblée nationale.

    Oui, Taubira incarne la Gauche des renoncements. J’observe d’ailleurs que tout ce qui faisait la bonne Gauche bien-pensante n’a absolument rien à dire sur ces questions. C’est le naufrage total. Nos préoccupations sont l’Islam et Poutine, serrez les rangs, je ne veux voir qu’une seule tête...

    Revenons à nos amis les flicsCXV-1-Litterature-jeunesse_html_m66d5b03f.jpg

    Les flics manifestaient, si j’ai bien compris, contre des « décisions de justice »,… ce qui est pour le moins original.

    La cause directe de cette manifestation, c’est le dramatique braquage de ce 5 octobre en Seine-Saint-Denis, par un détenu en permission, qui n’avait pas réintégré, et qui a tiré sur un policier, le blessant grièvement. Le pronostic est mauvais.

    Alors, les permissions de sortie ?

    D’abord, celle-ci avait été prise en consensus, car il n’y a pas eu d’appel du Parquet. Aussi, pourquoi délirer en parlant de la décision solitaire et secrète du juge d’application des peines, en ignorant la procédure collégiale qui précède, et l’accord du Parquet ?

    Ensuite, le problème très sérieux est que ce détenu, connu comme récidiviste, a pu être en fuite pendant plus de six mois, alors qu’il faisait l’objet d’une « surveillance spéciale S », en restant si ce n’est dans son quartier, en tout cas dans son environnement habituel. Les discours grandioses sur la surveillance des individus dangereux deviennent peu de choses quand on les met à l'épreuve des faits. Je trouve que ça, c’est grave et inquiétant.

    Enfin, il est juste débile d’accuser Taubira de laxisme, alors qu’amplifiant les choix répressifs de Sarkozy, le bilan des années « de gauche » se traduit par un écroulement du nombre des permissions de sorties accordées.

    Des chiffres ?

    En 2010, sous Sarko et MAM, nous étions à 62.266 permissions.

    Depuis l’arrivée de la Gauche, ce chiffre est en net recul :

    - en 2012, 58.948 ;

    - en 2013, 55.302 ;

    - en 2014, 48.481.

    Par rapport à la période Sarko, c’est 30% de moins. Oki ? On remet les pieds sur terre, ou on se refile un piquouze ?

    Quant au taux de non-réintégration, il est marginal, à 0,5 %.

    Donc nos amis les flics manifestaient contre un taux de 0,5 %, et demandaient à Taubira, beaucoup plus répressive que Sarkozy, d’amplifier sa politique pour encore limiter les permissions de sortie. Le valet de Valls a aussitôt dit qu’il ferait le nécessaire.

    Chères amies, chers amis, il fallait voter Sarkozy : les droits des détenus auraient été mieux respectés, et nous aurions progressé dans la lutte contre la récidive, qui est le produit mécanique des libérations sans préparation.

    Les_annees_d_illusion.jpg

  • Thalys : Terrorisme ou truanderie ? Rien ne colle…

    Quarante-huit heures de garde-à-vue et toujours pas de communication du Parquet… L’affaire ne doit être pas si évidente que ça, et les « experts » en terrorisme étaient hier soir en retrait... Pour savoir, il faudra attendre, mais ça n’empêche pas d’essayer de réfléchir, et de poser des questions.

    Ce dimanche soir, nous avons les fuites concordantes sur le déroulement des faits, et l’interview de mon excellente consœur qui assisté Ayoub El-Khazzani lors de la première audition à Arras. Depuis samedi matin, l’agresseur est entendu par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), et la garde-à-vue peut durer jusqu’à mardi soir.

    801091-un-enqueteur-inspecte-le-thalys-ou-un-homme-a-ouvert-le-feu-a-arras-le-21-aout-2015.jpg

    Qu’est-ce que l’on sait ?

    Les faits ont eu lieu à bord du Thalys 9364, parti à 15h17 d'Amsterdam pour arriver à 18h35 à Paris, avec une étape à Bruxelles à 17h13.

    Vers 18 heures, alors qu’on vient d’entrer sur le territoire français, à Oignies (Pas-de-Calais), un voyageur, un Français, attend son tour devant les toilettes de la voiture 12, occupées, sur le palier entre les voitures 11 et la 12. La porte s’ouvre, et apparait Ayoub El Khazzani, 25 ans, torse nu, avec un fusil d’assaut kalachnikov en bandoulière et un pistolet automatique Luger. Il s’y était enfermé une dizaine de minutes pour se préparer et charger les armes. On découvrira ensuite qu’il avait sur lui 8 chargeurs pour la kalachnikov, soit environ 300 balles, et un cutter.

    Le voyageur français, se trouvant en tête-à-tête, ne se démonte pas et tente de le prendre au corps, mais il est jeté au sol.

    Un contrôleur, qui pensait assister à une bagarre, s’approche : « J’ai été projeté contre une porte. Je me suis retrouvé avec l’individu, il m’a mis au sol, m’a pointé avec le revolver ». Puis le type se barre vers la voiture 12.

    Le contrôleur tire le signal d’alarme, et avise le conducteur.

    Ayoub El Khazzani arrive dans la voiture 12, et aussitôt tire un premier coup de feu, qui blesse grièvement un voyageur de 51 ans, au dos : la balle perfore un poumon. Il tire un second coup de feu, qui frôle de la tête d'une passagère. Il ne s’approche pas des autres voyageurs, ne demande rien.

    L’assaillant quitte les lieux. Il se poste alors entre les wagons 12 et 13, et tente de manipuler la kalachnikov, qui s’enraille.

    Il revient alors dans la voiture 12, mais après son premier passage, deux militaires étasuniens, Spencer Stone et Alek Skarlatos, ainsi qu’un ami Anthony Sadler, ont compris ce qui se passait : « Au début, personne n'a réagi, parce que personne n'a compris que c'était un coup de feu », explique Spencer Stone. Tout trois lui sautent dessus pour le maîtriser, aidés d’un britannique, Chris Norman. Dans le corps à corps, Spencer Stone est blessé au niveau du cou et du pouce à coups de cutter.

    Ayoub El Khazzani est maîtrisé et plaqué au sol.

    Spencer Stone file aider le passager qui avait été touché au dos et au poumon. « J'ai vu qu'il saignait beaucoup, j'ai compris qu'une artère était touchée, alors j'ai fait pression avec ma main pour arrêter l'hémorragie ».

    Bravo à eux.

    Le contexte

    Sur ce plan, il faut être prudent car les infos restent très lacunaires. Ayoub El-Khazzani aurait vécu en Espagne, de 2007 au début de 2014, de petits boulots et de trafics. Il s’était fait repérer à Algésiras, en Andalousie, pour des propos radicaux, et les services espagnols en 2014 avaient adressé un signalement à la France, où il comptait se rendre. Il a alors fait l’objet d’une fiche « S », comme sûreté de l'État, mais rien de plus. En France, 5 000 personnes sont fichées S, pour des motifs très divers. Lors d'un contrôle policier ou douanier, l'information du déplacement remonte à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Lui aurait été très itinérant : Belgique, Allemagne, Autriche, France, Andorre... On a parlé aussi de Turquie et de Syrie, mais rien de précis. Vendredi, les services ont commencé à donner des indications contradictoires, et depuis, c'est silence radio…

    Ma consœur Sophie David a donné une interview à BFM. Je rappelle qu'à ce stade de la procédure, un avocat n'a pas accès au dossier. En revanche, elle a eu un entretien confidentiel avec la personne, et a assisté à un interrogatoire de deux heures trente, qui a été le premier, et a donc porté sur les éléments généraux; Elle décrit son client comme un SDF « squelettique », « peu instruit » et « paumé ». Il n’a « rien fait transparaître d’un discours extrémiste », niant « toute activité cultuelle » et « tout projet terroriste ». Son but était de racketter les passagers, puis de sauter du train. Quant aux armes, il les aurait trouvées dans le parc où il dort, vers la gare de Bruxelles. 

    4733083_6_e976_des-membres-de-la-police-scientifique-dans-le_8957a0104c904633a085c87af75a0059.jpg

    Alors, quel scénario ?

    Un jour, on saura, mais pour le moment, des deux scénarios proposés – terrorisme ou truanderie – aucun n’est crédible.

    Terrorisme…

    La première option est le terroriste voulant faire un massacre, avec les 300 balles de la kalachnikov.

    La fiche S donne un petit début de crédibilité, mais franchement, rien ne colle.

    La notion d’un SDF, paumé, sans connexions actuelles, ni argent parait s’imposer. Nous n'avons entendu parler ni de perquisition, ni de fouille le montrant possesseur d'argent. C'est tout d'un type à la rue... On ne voit rien qui légitime l’amorce d’une revendication politique, ni pendant les faits, ni après. Et puis un type plus qu’amateur, a priori assommé par les médocs, les analyses sanguines nous dirons.

    Alors, loup solitaire ? Oui, c’est l’hypothèse dominante. Il était seul sur place, et il y a peu de chances que l’enquête mette à jour un réseau… A priori, pas d’ordi, pas de carte bancaire… Ça ne va pas être simple, et bon courage aux flics qui vont aller interroger les SDF de Bruxelles pour en savoir plus…

    Il est porteur d'un téléphone portable, qui aurait été activé la veille des faits. Aussitôt, on parle de professionnalisme... Nous verrons, mais n'importe quel voyou sait que le portable est un mouchard, et s'en méfie. Certains ouvrent même des lignes sous de fausses identités... 

    Surtout, le déroulement des faits n’est pas en phase. Essayons de rester rationnels : comment expliquer son attitude si son but était de causer un massacre ? Le type sait qu’à partir du moment où il va tirer, l’alerte sera donnée, et le temps sera compté. Il est dans le train depuis une demi-heure, et il a eu le temps de repérer les lieux. Or, quand il sort des toilettes, la kalachnikov est en bandoulière, et c’est le pistolet qu’il a la main.

    Les soldats témoignent que l'agresseur, manifestement, n'avait pas d'expérience dans le maniement des armes. 

    Le premier passager et le contrôleur ont eu la peur de leur vie, mais l’agresseur n’a pas tiré. Quand il arrive dans la voiture 12, son attitude est incompréhensible. Il tire deux balles, en visant, ne dit rien, puis traverse le wagon pour se rendre sur le palier entre les voitures 12 et 13. Les voyageurs diront qu’à ce moment-là n’ont pas compris ce qui s’était passé, et c’est uniquement lors de son retour dans la voiture qu’ils ont réagi.  

    Heureusement pour les passagers, il n’y a finalement qu’un blessé, hors de danger. Mais, on est obligé de dire que s’il s’agissait effectivement d’un terroriste voulant faire un carnage, il serait sorti déterminé des toilettes avec la kalachnikov, et il aurait vidé ses huit chargeurs sur l’ensemble des passagers. Il y a suffisamment d’exemples à l’étranger montrant les méthodes des terroristes pour comprendre qu’ici, il s’est joué autre chose.

    Truanderie ?

    La seconde hypothèse, qu’il a fait expliquer par son avocate, ma consoeur Sophie David, du barreau d'Arras, est celle de la truanderie : il voulait racketter les occupants friqués de la première classe, et il n’a rien à voir avec le terrorisme, pas plus qu’il n’en veut à la vie des gens.

    Il parait acquis que c’est un paumé, et s'il a été fiché, il va être bien difficile de prouver qu’il a agi sur commande d'un réseau terroriste, qui s'en serait remis à ce type si incertain. 

    Les armes évidemment n’ont pas été trouvées dans une valise… Il les a acquises, ce qui ne semble pas trop compliqué dans les milieux marginaux à Bruxelles. La préméditation est évidente.

    Son projet était d’obtenir de l’argent sous la menace, de briser une vitre et de prendre la fuite,… mais rien que le scénario de la fuite rend cette thèse irréaliste.

    Enfin, pourquoi une kalachnikov et 300 balles si c’est juste pour menacer les gens ? Et pourquoi est-il entré dans la voiture 12 en tirant deux fois, pour traverser la voiture sans s’adresser à personne, alors qu’à ce moment-là, il n’était gêné par personne, et pouvait commencer son racket ?

    *  *  * 

    Alors, quelle vérité sortira de ces faits aujourd’hui incompréhensibles ?

    Juste une remarque pour conclure : dans une affaire grave comme cela, chacun peut constater, une fois de plus, que la loi sur le renseignement n’aurait été d’aucune efficacité.

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu