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politique - Page 5

  • Ne nous soumettons pas ! Par Henri Pena-Ruiz

    Parmi tout ce qui circule ces jours-ci, je conseille ce texte du philosophe Henri Pena-Ruiz, publié dans Libération d’hier.

    201310200857-full.jpgSelon Montesquieu le propre du despotisme est de gouverner à la peur. Or qui veut nous faire peur aujourd’hui ? Ceux qui prétendent que le FN est aux portes du pouvoir alors qu’il sera loin d’avoir la majorité à l’Assemblée Nationale, et par conséquent ne pourra pas gouverner. Les amis de M. Macron, avec sans doute l’appui d’un président qui a trahi ses promesses pour se faire élire, mettent en scène leur rêve, en forme de ruse machiavélique. Orchestrer la peur de voir Mme Le Pen gouverner afin de construire pour leur candidat une « majorité présidentielle » écrasante. Et disposer ainsi d’une majorité nette à l’Assemblée nationale pour continuer la politique d’un quinquennat sinistre.

    C’est typiquement la logique de la cinquième République, hélas aggravée naguère lorsque Monsieur Jospin crut devoir inverser le calendrier électoral. La monarchie présidentielle prenait ainsi davantage encore le pas sur l’élection des représentants du peuple, ligotant celui-ci dans des alternatives mystifiantes. Quant à la lutte contre le FN, certains feraient bien de balayer devant leur porte. Qui donc a cyniquement joué sur un score élevé du FN pour substituer la peur à tout inventaire critique d’une politique de trahison fondée sur une tromperie initiale ?

    Non au chantage à l’apocalypse

    Sauver la démocratie ? Allons donc ! Monsieur Macron annonce son intention d’aggraver la Loi El Khomri par ordonnances…pendant les vacances d’été, afin d’éviter toute contestation. Jolie façon de réaliser la « démocratie participative »! Naguère il proposait aux jeunes d’avoir pour seul idéal de devenir milliardaires. Sans doute en exaltant un système « Qui produit la richesse en créant la misère » (Victor Hugo). Belle profession de foi humaniste !

    Ouvrons les yeux. Ras-le-bol de ce chantage à l’apocalypse pour désespérer encore une peu plus les laissés pour compte du néo-libéralisme et de la « concurrence libre et non faussée ». Avant de pleurnicher sur la montée du lepénisme, il serait bon de s’interroger sur ses causes et de proposer une véritable alternative, comme le fait La France Insoumise. Qui vient de faire reculer le score de Marine Le Pen, sinon Jean Luc Mélenchon ? Le score du FN est passé de 28 % à 21,5 % tandis que celui du candidat de la France Insoumise a atteint 19,6%.

    Sa proposition de soumettre toute décision concernant le second tour à une réflexion collective des militants qui l’ont soutenu est toute à son honneur. Elle est en phase avec notre volonté de changer la politique par l’invention d’une sixième République. Elle répond à la complexité d’une situation qui mérite réflexion et délibération, à rebours de toute image d’Epinal. Ceux qui osent traiter Jean Luc Mélenchon de dictateur le calomnient, une fois de plus. Leur rage est d’ailleurs inconséquente. Tantôt ils lui reprochent son autoritarisme vertical, tantôt ils croient devoir s’indigner de sa refondation horizontale de la politique, soucieuse de faire parler le peuple. Il faudrait savoir !

    Nous, fossoyeurs de l’Europe ? Une Europe construite à rebours de tous les idéaux de justice qu’elle était censée incarner. Victor Hugo inventa l’expression « Etats-Unis d’Europe », sur le mode confédéral d’une union des nations. Des nations libres dans une union libre, tournées vers le progrès social et la culture délivrée des inégalités économiques. Il doit se retourner dans sa tombe au regard de la caricature de son idéal par l’Europe actuelle. Une Europe néolibérale voulue par Jean Monnet, attachée à corseter les peuples dans la négation quasi irréversible des conquêtes sociales qui forcèrent le capitalisme à s’humaniser. Qui refuse la régression de civilisation que représente le credo du moins-disant social imposé par l’Europe actuelle ? Qui demande en Europe une harmonisation des droits sociaux par le haut ? La France Insoumise, avec das Linke, Podemos et Syrisa. Bref c’est la construction actuelle de l’Europe qui en creuse la tombe.

    Monsieur Hollande avait promis de renégocier un traité européen, le TSCG. Il ne l’a pas fait. Et il ose maintenant reprocher à Jean-Luc Mélenchon de vouloir le faire ! Qu’a donné la litanie d’un changement intérieur de l’Europe ? Rien, car elle a sous-estimé l’emprise d’une finance mondialisée et elle a finalement abdiqué devant elle. Le terrible sort réservé au peuple grec en est la preuve. Relisons la mise en garde prémonitoire de Pierre Mendès-France contre cette orientation mortifère pour l’Europe. C’est notre acte d’insoumission qui réconciliera les peuples avec elle par une refondation politique, écologique et sociale.

    De la souveraineté populaire

    Par ailleurs, qui mène la bataille des idées contre le FN en expliquant le rôle des immigrés dans la reconstruction de la France, et en rappelant que les immigrés paient plus de cotisations qu’ils ne touchent de prestations ? Qui rejette le nationalisme d’exclusion inspiré par l’opposition du «eux » et du « nous » chère à Carl Schmitt? Qui combat la thèse de Samuel Huntington selon laquelle les civilisations s’opposeraient et se hiérarchiseraient inéluctablement ? Qui ouvre la réaffirmation de la souveraineté populaire au niveau national à l’internationalisme, avec la promotion du progrès social pour tous les peuples ? La France Insoumise. Pour faire reculer les réflexes racistes ou xénophobes, ne nous contentons pas de condamnations moralisantes. Agissons sur les causes et déconstruisons les préjugés obscurantistes. Nous n’avons pas de leçons à recevoir des principaux responsables de la montée du FN !

    « Populisme » ! Allons bon, encore un mot magique pour disqualifier sans argumenter ! Le propre du populisme de droite est de flatter le peuple et non de le servir. C’est d’ailleurs le sens littéral du mot démagogie, en grec ancien. Mais si défendre réellement les classes populaires c’est être populiste, alors soyons populistes. Par une telle défense, nous défendons également l’intérêt général. D’où la lutte contre la dévastation des droits sociaux et des acquis du programme du CNR, comme la Sécurité sociale et les services publics, et le refus de la déconstruction du code du travail à coup de 49-3 et bientôt d’ordonnances. Trêve de mots pièges et d’amalgames odieux entre les « deux extrêmes ». Un amalgame qui soit dit en passant banalise le FN puisqu’il lui donne le même statut qu’à la France Insoumise !

    Le barrage à l’extrême droite ? Les législatives

    Ensemble, en 2012, nous avions chassé la droite. Et pendant cinq ans nous avons eu la droite déguisée en gauche, avec l’exception honorable du Mariage pour tous courageusement promue par Christiane Taubira, réforme sociétale juste, mais qui n’aurait pas dû dispenser de l’attention à la question sociale. Il faut comprendre la désespérance du monde du travail, sans justifier pour autant n’importe quel vote protestataire. Je comprends qu’en l’état actuel des choses on puisse se sentir écartelé entre un vote blanc, improprement appelé « nul », qui marque le dégoût d’une pratique politique désespérante, et un vote Macron, posé un peu vite comme seule alternative à l’extrême droite. Les deux votes sont respectables, et je dénie à quiconque le droit d’en disqualifier un. Mais c’est désormais un troisième tour, celui des Législatives, qui permettra de dresser un véritable barrage contre l’extrême droite, et non un score à la soviétique pour Monsieur Macron, adepte du 49-3 et des ordonnances.

    Un dernier mot sur l’incroyable faute déontologique et le manque d’esprit laïque du président de la République. Comment Monsieur Hollande a-t-il considéré les devoirs de sa fonction lorsqu’il a violé la réserve qu’il avait annoncé vouloir respecter, n’étant pas candidat ni chef de parti mais Président de tous les Français ? Ses accusations insensées, aux limites de la calomnie, sur la prétendue complicité de Jean-Luc Mélenchon avec Assad et Poutine, ou sa propension supposée dictatoriale, ont rompu l’égalité de traitement des candidats alors que la constitution lui faisait un devoir de la respecter. Décidément l’immunité présidentielle, elle aussi, devra être revue par la sixième République dans le cadre de la moralisation de la vie politique !

  • Mélenchon va-t-il demander l’asile politique dans le 9-3 ?

    Je n’en sais rien, mais c’est bien probable, parce qu’il n’y a que deux options.

    La 1/ c’est 65 ans et deuxième gadin aux présidentielles, il se casse, sur l’air « Nous avons créé le printemps, mais c’est vous qui cueillerez les fleurs ». Sauf que dans ce jeu unipersonnel qu’a été France Insoumise 2017, on ne voit pas très bien le leader de rechange. Je ne veux fâcher personne, mais quand même… après cette campagne hyper-personnalisée, la retraite du leader filerait un sacré gadin au mouvement.

    La 2/ c’est je reste dans le circuit, et on mise à fond sur les législatives, en blindant toutes les circonscriptions gagnables, avec le jeu suave des triangulaires et quadrangulaires. L’objectif est au final d’avoir un groupe à l’Assemblée, en espérant qu’il n’y ait pas de majorité nette à l’issue des législatives, de telle sorte que tout se jouerait accord parlementaire après accord parlementaire, ce qui donnerait un rôle décisif à la France Insoumise. Et n’oublions pas le volet finance : un bon score au premier tour des présidentielles ne rapporte rien. En revanche, un bon score aux législatives, c’est un financement public assuré pendant cinq ans, et un groupe parlementaire à l’Assemblée, bref de vrais moyens de fonctionnement

    - Ouais, super, et tu crois que je pourrais embaucher mon épouse ?

    - Sois gentil, lâche-nous, François…

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    Ceci posé, la suite est simple : on cherche les circonscriptions où ça a cartonné.

    Dans le Val-de-Marne, c’est pas mal avec 32,70 à Champigny, 37,32 à Bonneuil, 42,00 à Valenton, 39,67 à Ivry et 35,24 à Vitry.

    Dans les terres qualifiées FN, les scores révèlent de belles surprises : dans les Bouches-du-Rhône, 29,54 à Martigues et 44,33 à Port-de-Bouc ; en Meurthe-et-Moselle, 35,53 à Villerupt et 37,89 à Homécourt.

    Bons scores aussi dans de nombreux endroits du territoire : dans l’Isère avec 32,61 à Saint-Martin-d’Hères et 29,90 à Échirolles ; dans la Loire avec 32,31 à La Ricamarie ; dans les Landes avec 31,21 % à Tarnos ; dans l’Oise avec 39,69 à Montataire ; en Indre-et-Loire avec 36,68 à Saint-Pierre-des-Corps ; dans l’Essonne avec 42,28 à Grigny ; en Seine-Maritime avec 36,40 à Saint-Étienne-du-Rouvray et 46,51 % à Gonfreville-l’Orcher. Je n’oublie par 29,70 à Toulouse.

    Mais le mieux, c’est le 9-3. Mélenchon est à 45,07 à Villetaneuse, 41,10 à Aubervilliers, 43,39 à Saint-Denis, 47,09 à Gennevilliers, 32,97 à Nanterre, 36,28 à Bagneux, 44,36 à La Courneuve...

    Alors, une petite place au chaud dans le 9-3 ? Justement, on parle de la 4e circonscription, qui regroupe La Courneuve, Blanc-Mesnil, Stains et Dugny, avec un score supérieur à 40%. Pour le moment, Marie-George Buffet est investie au nom du PCF, mais elle a bien envie de passer la main, et c’est une grande amie de Jean-Luc.

    - Donc tout va bien ?

    - Non, c’est un peu plus compliqué.

    Plus compliqué, car tous ces bons scores se font sur les dernières réserves du Parti communiste. France Insoumise peut-elle imposer de partout des candidats contre les camarades du Parti Communiste ? Le vote de premier tour des présidentielles est-il assez significatif pour espérer renverser des élus et réseaux communistes bien ancrés ? France Insoumise va-t-elle dealer avec le Parti Communiste ?

    A suivre. Les candidatures pour les législatives seront déposées entre le 15 et le 19 mai.

  • Ils nous ont bien foutu dans la merde

    La situation du pays est grave, il y vraiment de quoi être inquiet. Nos interrogations et inquiétudes ne font que commencer, alors commençons par une vérité : ces deux-là ne sont pas les seuls responsables, mais il nous bien foutu dans la merde. 

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  • Drôle d’ambiance...

    Macron n’ayant pas de parti, tout se jouera aux législatives, et attention, le jeu sera compliqué parce qu’on pourra aller vers nombre de triangulaires et de quadrangulaires. Pour le moment, les quatre mouvements font les comptes et scrutent ce qui peut se passer dans chacune des 577 circonscriptions. Macron n'a à ce jour désigné que 14 candidats...

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    Le pouvoir se tiendra à l’Assemblée. La France est pour le moment nettement à droite, et pour peu que Les Républicains se réveillent, se trouvent une direction, et oublient leurs querelles pendant deux mois, l’hypothèse la plus réaliste est la victoire de la droite, et une cohabitation. De son côté, le PS va dealer à fond avec En Marche ! pour sauvegarder au mieux son réseau. Quant à Mélenchon, il sait qu’il perd tout s’il soutient franchement Macron et sa politique qui sécrète le vote FN.

    En réalité, tout est en calcul.

    En 2002, avec Jean-Marie Le Pen au deuxième tour, c’était la patrie en danger, les grandes manifs émotionnelles, et l’union sans faille derrière Chirac.

    En 2017, rien de cela. La question va être : jusqu’où laisser monter Le Pen pour fragiliser le fragile Macron, et mieux se refaire aux législatives ? Accrochez vos ceintures, ça va chahuter dans les quinze jours qui suivent. La France ne veut pas revenir au franc, donc défaite assurée de Le Pen, mais les marchandages vont s’accélérer.

    Et Macron, est-il assez costaud et investi pour saisir ce moment du pays ? Franchement, son comportement de vainqueur de la présidentielle dimanche soir était choquant, voire glaçant. Juste deux points d’avance sur Le Pen, les grands partis qui vacillent, le président en exercice marginalisé, un corps électoral chamboulé, un pays qui va mal, et le voilà comme si c’était fait, se donnant en spectacle avec Madame avant de partir bringuer… Je vois ce type comme une culture hors sol. Mais bon, il y avait du beau monde à cette soirée, dont le génial Stéphane Bern, qui explique : « Quand il vous serre la main, il vous regarde dans les yeux et à ce moment-là, vous êtes la personne la plus importante du moment. Il n’y a que chez la reine d’Angleterre et quelques têtes couronnées que j’ai vu ça ». Alors là, en effet…

  • La gauche à 25%....

    La-chute.jpgIl y avait hier le sourire au Parti socialiste après la magnifique victoire de Bruno Hamon à 6,1% sur Nicolas Dupont-Aignant à 4,9%...  Allez, mieux vaut en rire…

    Respect pour les chiffres, respect pour les électeurs, regardons les choses en face et prenons le temps d’y réfléchir. Avec une participation qui fait le plein, la gauche a fait 25%. Une bérézina.

    On pourra parler des heures et des heures des causes, des coups tordus, des malentendus, mais le résultat est là : seulement 25% de suffrages pour la gauche. C’est attristant, consternant, ça renvoie à de lourdes responsabilités vers les leaders, les uns et les autres, la cible est large, très large. Oki, on verra tout ça plus tard.

    Mais en attendant, arrêtons-nous sur ce chiffre de 25% qui marque un terrible échec collectif, et ne faisons pas comme si nous étions déjà demain, avec des projets magnifiques propres à enflammer les meetings. La gauche est en rade, et pour longtemps.

    Elle ne s’en sortira pas par ce piège que sont les présidentielles, mais en définissant une idéologie et un programme, et s’inscrivant dans le terrain de l’action sociale, en France et à l’étranger.

    Elle ne s’en sortira pas par ces illusions que sont les gonflettes de Facebook, Youtube et Tweeter, mais par des vraies rencontres, des vraies discussions, entre de vrais gens qui s’écoutent et se parlent, et agissent là où se crée la solidarité.   

    Elle ne n’en sortira pas, dans un monde fait de dominations, sans une réflexion saine sur la politique internationale, fondée sur l’égalité et la solidarité entre les peuples et les êtres humains. Tous égaux et solidaires, oki ?

    Ce soir, nous sommes politiquement et socialement parterre, et parterre un jour de pluie froide. On n’est pas le matin du printemps de je ne sais quoi, comme chante l’autre phraseur, non, on patauge dans la mouise, et on n'a pas fait avancer d'un centimètre la cause des plus démunis. Et on ne fera pas confiance à ceux qui nous amenés là pour nous en sortir.

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