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presse - Page 3

  • « Le Monde diplomatique » disparaît…

    Je reprends ici un texte publié ce 9 mai par Le Monde Diplomatique, texte très intéressant sur le financement de la presse et le double discours sur "la société des assistés". 

    *   *    *

    FigaroAssistes-427x500.jpgA l’évidence, il s’agissait d’une anomalie. Comme nous l’avions rapporté l’année dernièreLe Monde diplomatique figurait à la 178e place des 200 titres de presse les plus aidés par les pouvoirs publics en 2012, très loin derrière Le Monde (1er), Le Figaro (2e), mais aussi Le Nouvel Observateur (8e), L’Express (9e), Télé 7 jours (10e), Paris Match(12e),Valeurs Actuelles (66e), Télécâble Satellite Hebdo (27e), Point de Vue (86e), Closer (91e), Le Journal de Mickey (93e), Gala (95e), Voici (113e), Prions en église (121e), Auto Moto (124e), Mieux vivre votre argent (131e), Détente Jardin (167e), Spirou (172e)...

    Entre les deux premiers titres, dotés de plus de 18 millions d’euros chacun, et Le Monde diplomatique avec 188 339 euros, l’écart allait de 1 à 100. De 1 à 36 entre Le Monde diplomatique et Télé 7 jours. Dès lors que l’argent des contribuables doit servir, selon la volonté du législateur, à aider les publications qui concourent au débat public, une telle discordance entre les sommes rondelettes offertes à un titre du groupe Lagardère lardé de publicité et destiné à annoncer les programmes de télévision, et celles, fluettes, dévolues à un journal comme le nôtre, ne pouvaient que résulter d’une erreur…

    Il n’en est rien. En 2013, Le Monde diplomatique a purement et simplement disparu de la liste des deux cents titres les plus aidés, rendue publique le 5 mai par le ministère de la culture et de la communication.lepoint2145-les-assistes-04ab3.jpg

    L’an dernier, Le Figaro a battu Le Monde d’une courte tête pour devenir médaille d’or des publications aidées par l’Etat (un peu plus de 16 millions d’euros chacun). Et Télé 7 jours… a gagné une place (9e en 2013, avec 6 947 000 euros, soit 27 000 euros de plus qu’en 2012).

    Il faut féliciter l’Etat pour sa scrupuleuse impartialité : les publications les plus scandalisées par le montant des dépenses publiques, celles qui matraquent le thème du « ras-le-bol fiscal » et se montrent les plus enthousiastes quand les retraites sont gelées, n’ont pas pour autant été négligées par la « mama étatique » — une formule de l’hebdomadaire Le Point — lorsqu’elles ont tendu leurs sébiles en direction des ministères.

    Le Point, justement, a continué à toucher plus de 4,5 millions d’euros, soit 22 centimes d’aide du contribuable pour chaque hebdomadaire diffusé, bien que le titre appartienne à la famille Pinault, sixième fortune de France (11 milliards d’euros). M. Serge Dassault, cinquième fortune de France (12,8 milliards d’euros), sénateur UMP et propriétaire du Figaro, a reçu, lui, 16 centimes de l’Etat pour chaque exemplaire vendu d’un journal qui exalte les vertus de l’austérité budgétaire. Et c’est sans doute parce que le quotidien Les Echosappartient à M. Bernard Arnault, première fortune de France (24,3 milliards d’euros), que ce quotidien économique qui, lui aussi, peste sans relâche contre les dépenses publiques, n’a reçu en 2013 que 4 millions d’euros du contribuable...

    valeurs4040_001.jpgLorsqu’une publication quitte un tableau, un palmarès, une autre s’y substitue. Coïncidence saisissante (c’en est une) : presque à la place qu’occupait Le Monde diplomatique en 2012, et pour un montant à peu près identique, L’Opinion a surgi en 2013 (177e avec 184 000 euros d’aides de l’Etat).

    L’Opinion est ce quotidien lancé par M. Nicolas Beytout, avec des concours financiers dont la transparence n’est pas absolue, mais au service d’une ligne rédactionnelle qui, elle, ne laisse planer aucun mystère puisque c’est celle du Medef. La diffusion payée du journal de M. Beytout est confidentielle (de mille à trois mille exemplaires par jour en kiosques), mais sa seule survie permet à son créateur de naviguer d’une antenne à l’autre et d’être très généreusement cité dans la plupart des revues de presse. Ce qui, là encore, n’est pas donné à tout le monde.

    Le ministère de la culture et de la communication, à qui il faut savoir gré de la publication, très pédagogique, du montant annuel des aides publiques à la presse, prétend que celles-ci « concourent à la modernisation et la diffusion partout dans le pays d’une presse pluraliste et diverse. »

    En nous versant un don, que vous pourrez partiellement déduire de vos impôts, vous disposez d’un moyen infiniment plus efficace de concourir à l’objectif que s’est assigné l’Etat — avec un humour qu’on ne lui soupçonnait pas…

  • Une photo qui nous parle

    « Si la photo est bo-o-onne, … » La photo est bonne, elle est vraiment magnifique. A Djibouti, le 26 février 2013, des migrants africains tentent de capter le réseau téléphonique somalien. Cette photo, signée John Steinmeyer a été couronnée du «World Press Photo of the Year 2013».


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    Cette photo est splendide, c’est un modèle. Mais elle est incompréhensible sans la légende, et quel message derrière ce prix de la World Press Photo ? Un peu de beauté dans un monde de brutes ? La magie des grands opérateurs qui participent à l’essentiel de la vie des réfugiés ? Il y a plus u'un malaise.... Une photo de presse parle par elle-même, dès qu’on a situé le lieu et la date, et là, ça coince. Alors que nous vivons une généralisation et une banalisation de l’image, ce choix interroge sur l’avenir du reporter photo, alors que tant d’images ont tant pesé.


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    1957, Douglas Martin

    Racisme contre Dorothy Counts, une étudiante black entrant au Harry Harding lycée

     

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    1972, Nick Ut

    Au Vietnam, des enfants fuyent après des tirs de napalm US


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    Oralndo Lagos, 1974

    Allende attaqué par les militaires àMoneda au Chili


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    Robin Moyer, 1982

    Liban, Sabra et Chatila

     

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    James Nachtwey, 1992

    Famine en Somalie

  • Charlie Hebdo à la remorque des frappadingues US

    sarkozy-sen-va-ten-guerre-veut-yaller-L-egazTO.jpgCharlie pour la liberté d’expression ? Wouahou,… alors, c’est que nous n’avons plus beaucoup de soucis ! Juste les rois de la gonflette…

    Depuis des années, Charlie Hebdo publie des caricatures religieuses, tapant chaque fois qu’il est possible sur l’Islam,… et personne n’en a absolument rien à fiche. Le journal n’intéresse que ses lecteurs et n’a aucune répercussion sociale, pour la bonne raison qu’il est justement incapable de faire autre chose que d’entretenir les attentes de son public. Ce sont de petits minous qui attendent leur ration, et la mamy Charlie y pouvoit chaque semaine.

    Alors, le journal tente des coups foireux, avec ses bobos en chef qui se fantasment en héros de la liberté d’expression. Ils font les malins à Paris, et chouignent aussitôt pour avoir une protection de la police. J’aimerais bien voir ce que donneraient les mêmes dans les pays qui répriment réellement la liberté d'expression, comme ces jours-ci à Bahreïn.   

    Charlie avait déjà publié maintes caricatures du Prophète Mahomet, dans l’indifférence générale, et avait vu la belle opportunité avec les caricatures du Jyllands-Posten. Ces dessins étaient déjà disponibles de partout sur le net, et depuis plusieurs semaines. Il n’y avait donc pas le moindre apport d’idées, mais juste la volonté de se faire de la pub par la provoc.

    La réponse avait été, très classique, une procédure devant la XVII° chambre du tribunal de grande instance de Paris, qui avait échoué de peu, le tribunal retenant que l’un des dessins était inutilement choquant, mais n’était pas une provocation au sens de  la loi. 406778258.jpg

    Avec ce délit n’est pas punie la provocation directe, à savoir celle des musulmans heurtés par ces dessins, mais celle des relous qui peuvent être encouragés à la haine. La provocation, c'est la levée des inhibitions. Ce qui est sanctionné, c'est le fait de susciter le sentiment de haine chez les racistes de tout poil.

    Pour la CEDH, dans le contexte des croyances religieuses, peuvent être sanctionnées les expressions qui sont gratuitement offensantes pour autrui et profanatrices. Il en résulte qu'en principe on peut juger nécessaire de sanctionner des attaques injurieuses contre des objets de vénération religieuse (Otto-Preminger-Institut, 20 septembre 1994, § 49, et Murphy c. Irlande,10 juillet 2003, § 67). La sanction n’est pas l’interdiction dont rêverait Charlie, mais une peine d’amende de quelques milliers d’euros, soit bien moins que ce qu’a rapporté la pub faire autour de la publication.

    Alors, ribelote et cette fois-ci les héros de Charlie surfent sur la vague créée par les frappadingues les plus allumés des US. C’est bien, le niveau progresse.

    Après le regroupement tranquille de deux cents personnes samedi dernier, instrumentalisé comme un attentat contre la République par le gouvernement, et vu les tensions avivées, les planqués de Charlie rêve d’un pet, dont ils pourraient ainsi s’attribuer d’être les victimes… La ficèle comme un câble…

    Laissons-donc ces gros minous avec leur ron-ron.

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    Le rédacteur en chef de Charlie cherche l'inspiration

  • Un perroquet est-il protégé par la liberté d’expression ?

    C’est une affaire redoutable que va devoir trancher le tribunal de Rhode Island (US) : peut-on prononcer une condamnation du fait d’un perroquet insulteur ?

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    Le contexte politico-diplomatique est celui des amours déçus entre deux habitants de cette ville, Madame Taylor et Monsieur Fontaine. Ils s’aimèrent, se marièrent, puis se séparèrent et donc se relogèrent. Une tragédie déjà rencontrée dans l’histoire de l’humanité, mais qui se double d’une belle comédie car Monsieur Fontaine s’est réinstallé chez le voisin immédiat, qui se trouve être une voisine immédiate, Madame Melker, et Monsieur Fontaine s’est remarié avec Madame Melker.

    La rupture se semble pas tout-à-fait apaisée, et la passion des amours contrariés de Madame Taylor et Monsieur Fontaine est aussi tonique qu’un concentré moléculaire de trois épisodes de L’amour est dans le pré.

    Dernière saillie de Madame Taylor : elle a appris à Willy, son perroquet, à insulter ses voisins, et en fait, surtout sa voisine. Le fidèle Willy s’en prend ainsi régulièrement à Madame Melker, l’honorant de la qualification de « putain » et autres compliments associés.

    Alors, est-ce une injure ? une diffamation ? la description d’un trait de caractère ?

    Madame Melker a porté plainte, mais en engageant le combat judiciaire sur le fondement de la loi qui sanctionne les volumes sonores excessifs émis par les animaux.

    A l’évidence, elle prend ainsi un sacré risque, car il suffirait que Willy apprenne à chuchoter, et ce pourrait être du canardage de « putain », à bas bruit, mais à feu continu.  

    La défense de Madame Taylor a soulevé une exception de procédure, soutenant que la loi pénale sur les niveaux sonores émis par les animaux est trop incertaine, et donc anticonstitutionnelle.

    Rien du tout, vient de répondre le juge, et le procès va se poursuivre.

    Si le niveau sonore est jugé excessif, il restera alors à plaider sur la liberté d’expression.

    D’abord, le juge sera nécessairement sensible à la fidélité de Willy, plus attaché à sa patronne que l’ex de celle-ci, lequel est allé faire son nid chez la voisine, se montrant ainsi plus volatile que le brave Willy.

    Ensuite, il n’est dit nulle part que les mots d’un perroquet ne puissent pas bénéficier des dispositions du 1° amendement, car ce qui est protégé, c’est l’expression de opinions, et non pas celui qui s’exprime.

    Alors, liberté d’expression pour les perroquets ? Affaire à suivre, et qui pourrait intéresser au plus haut point Libé, si j’en juge par le choix de ses unes de ces jours-ci.

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  • Szpiner / Bilger : Les limites de la liberté d’expression des avocats

    « Traître génétique ». D’un avocat à propos d’un magistrat... Des mots pour faire mal, et la Cour de cassation refuse de les protéger au nom de la liberté d’expression (1° chambre civile, 4 mai 2012, 11-30193, Bulletin).

    L’article du Nouvel Obs

    limit.jpgC’était l’été 2009, et venait de prendre fin devant la Cour d’assises de Paris le procès médiatiquement baptisé « le gang des barbares », et qui laissait plutôt apparaître un barbare et des lâches. Tout long du procès, mon confrère Francis Szpiner, avocat de la partie civile, en avait fait des tonnes, d’ailleurs autant dans les couloirs du Palais de Justice qu’à l’audience. Pour lui, la portée antisémite du crime justifiait une autre dimension à l’accusation, et il mettait en cause la manière dont Philipe Bigler, avocat général, soutenait l’accusation.

    La cour d’assises a rendu un arrêt, avec des condamnations légèrement inférieures aux réquisitions de Bigler, et celui-ci a dit qu’il n’y avait pas lieu de faire appel. Il était dans la pratique juste, car un procureur ne fait appel que s’il y a une distorsion avec ses réquisitions, ce qui n’était pas le cas. Il ne fait jamais appel au seul motif que le peine requise n’a pas été prononcée. La famille a protesté, le CRIF a embrayé, et depuis la Cour de l’Elysée – qui comme chacun le sait est un grand lieu pour la solennité de la Justice – MAM a annoncé qu’un appel allait être formé.

    Là-dessus, le Nouvel Obs du 23 juillet publie un article intitulé  « Gang des barbares : La botte de Szpiner », rapportant les propos de l’avocat qualifiant Philippe Bilger de « traître génétique » en référence au passé de collaborateur du père de celui-ci. Effectivement, Joseph Bilger avait été condamné à la Libération à dix ans de travaux forcés pour collaboration avec l’ennemi, au motif d’avoir entretenu des relations avec l’administration nazie, en Lorraine. Rien de caché, c’est Philippe Bilger qui avait parlé de cette histoire familiale.

    La procédure disciplinaire

    limits.jpgSaisi par procureur général de Paris, Laurent Le Mesle, le Bâtonnier de l’ordre des avocats de Paris, Christian Charrière-Bournazel, avait engagé une procédure disciplinaire. C’est le seul cas où des écrits de presse peuvent être jugés sans référence à la loi sur la presse, car le droit disciplinaire ne connait pas le principe de légalité des infractions. On juge la personne, à travers son comportement.

    Deux références sont en concours.

    D’un côté, la liberté d’expression, selon le régime extensif de l’article 10 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme.

    De l’autre, le Règlement Intérieur National de la profession d'avocat. Spécialement l’article 1.3 :

    « 1.3.Les principes essentiels de la profession guident le comportement de l’avocat en toutes circonstances.

    « L’avocat exerce ses fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité, dans le respect des termes de son serment.

    « Il respecte en outre, dans cet exercice, les principes d’honneur, de loyauté, de désintéressement, de confraternité, de délicatesse, de modération et de courtoisie ».

    La relaxe par le Barreau et la Cour d’appel de Paris

    121568.jpgLe conseil de discipline du Barreau de Paris avait rejeté la plainte, et en appel, la Cour de Paris le 24 mars 2011 avait confirmé cette décision de relaxe. Vive la liberté d’expression.

    Pour la Cour d’appel, c’est en raison des circonstances de l'affaire que les propos de Szpiner ne constituaient pas un manquement à l'honneur, à la délicatesse et à la modération.

    La Cour avait retenu un double motif :

    - il s'agissait d'une réplique à une intervention de Bilger qui, devant la cour d'assises, avait interrogé le principal accusé en ces termes « Est-ce que vous ne croyez pas que par l'outrance de vos propos, vous allez à l'encontre du but que vous recherchez et que vous risquez de rendre odieux l'antisémitisme ? »

    - et plus généralement, c’était une réaction aux opinions personnelles exprimées par le magistrat dans divers articles parus sur son blog, intitulés « Dieudonné au Zénith », « Un avocat chinois, un magistrat français : le sens du ridicule », « Mon François Mitterrand », « Céline maudit pour toujours ? » et, au sujet du procès dit du gang des barbares, « Eloge du calme ».

    Szpiner avait tenté d’expliquer que le « génétique » ne renvoyait pas à l’hérédité familiale de Philippe Bilger, mais à la constance de ses opinions, telles qu’il les exprime sur son blog, et l’argument avait porté.

    La Cour d’appel avait retenu que les propos de Szpiner manquait à l’obligation de délicatesse, mais qu’une part essentielle de ses propos était une réplique aux opinions publiées hors fonction par le magistrat : « même si M. Bilger reste en-deçà de la polémique qui serait incompatible avec l’état de magistrat, il s’abandonne, au demeurant, a l’expression publique de ses opinions personnelles sur des questions de société ».

    La Cour de cassation

    know_your_limits_white_large-01.jpgLa Cour de cassation n’est pas d’accord, et voici sa motivation.

    « Si l'avocat a le droit de critiquer le fonctionnement de la justice ou le comportement de tel ou tel magistrat, sa liberté d'expression, qui n'est pas absolue car sujette à des restrictions qu'impliquent, notamment, la protection de la réputation ou des droits d'autrui et la garantie de l'autorité et de l'impartialité du pouvoir judiciaire, ne s'étend pas aux propos violents qui, exprimant une animosité dirigée personnellement contre le magistrat concerné, mis en cause dans son intégrité morale, et non une contestation des prises de position critiquables de ce dernier, constituent un manquement au principe essentiel de délicatesse qui s'impose à l'avocat en toutes circonstances ».

    L’affaire sera rejugée par la cour d'appel de Lyon, et il faut s’attendre à une condamnation, genre un blâme. L’affaire sera sans doute portée devant la CEDH, et le débat n’est pas clôt. Pour autant, au-delà du cas de notre ami Spziner, la Cour de cassation rend un arrêt de principe : tous les avocats savent désormais à quoi s’en tenir.

    Alors ?

    avocat,liberté d'expressionLe Barreau de Paris et la Cour d’appel – deux présidents de chambre et trois conseillers – ne statuent pas à la légère, et c’est dire que le débat est sérieux, tant doit, au nom de la défense, être protégée la liberté d’expression.

    Précisons bien : s’il n’y avait pas l’histoire du blog, la condamnation aurait été inévitable, et la cour d’appel n’avait écarté la condamnation que par référence à l’activité éditoriale de Philippe Bilger. Nos relations avec les magistrats ne sont pas toujours bonnes, mais quand même...

    L’arrêt de la Cour de cassation ne se contente pas d’une affirmation générale, elle retient trois points.

    D’abord, la mise en cause ne concerne pas les propos du magistrat, mais sa personne. C’est une question bien connue sur la thématique du racisme : ce n’est pas pareil de dire qu’une personne a tenu des propos racistes et de dire qu’elle est raciste. Ici, Szpiner ne parle pas de la conduite du procès, mais la personne, pour la qualifier de traitre génétique.

    Ensuite, il faut sans doute tenir compte de l’activité de blogueur de Bilger,… mais c’est Szpiner qui était jugé, pas Bilger ! Et la Cour de cassation souligne que l’obligation de délicatesse à l’avocat s’impose en toutes circonstances.

    Enfin, la Cour souligne la violence du propos. « Traître génétique »… Comme s’il existait une hérédité pour le crime. Szpiner s’est emballé, car on ne peut imaginer qu’il pense cela. Mais il n’a pas retiré le propos. De la part d’un avocat voulant pourfendre l’antisémitisme, avoir recours à ces mots, qui renvoient à l’idée d’une tare issue de l’hérédité, était aberrant et inadmissible.

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