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religion - Page 4

  • Il ne nous manquait plus que mamy Badinter…

    Comme sœur Angélique-Forest-de-la-Rédemption ne vaut plus une thune, on nous ressort du placard la mamy Badinter. C’est le journal La Croix (et la bannière) qui fait sa rédemption. Et comme on pouvait s’y attendre, ça vaut un sacré – gloire à Dieu – bidonnage. Voici quelques extraits de l'entretien avec mamy blue et mes commentaires amusés.

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    Q. – Que pensez-vous de la proposition de loi sur la neutralité des crèches et lieux d’accueil des mineurs ?

    R. – Elle est absolument nécessaire. Il faut compléter une fois pour toutes la loi de 2004 sur les signes religieux à l’école. Nous affrontons aujourd’hui un problème nouveau : alors que les pressions religieuses étaient en recul depuis des décennies, que le consensus était parfait, certains affichent des exigences religieuses dans la prise en charge d’enfants à peine nés !

    Ceux qui ont voté la loi de 1905 ne pouvaient pas le savoir : l’enseignement religieux n’avait, alors, pas sa place avant l’âge de raison.

    Commentaire

    1/ Y-a-t-il un mot sur l’enseignement dans la loi de 1905 ? Je vous laisse juge : pas un ! Rien à voir avec la choucroute. Alors tu parles de quoi, mamy ? Si tu parles d’une loi, essaie de la lire avant… Là, tu es ridicule, en sautant dans la piscine quand il n’y a pas d’eau.

    2/ Une petite piqûre de rappel à mamy pour lui dire que le baptême catho, c’est dans les jours qui suivent la naissance. Catalogué catho toute la vie, alors que le bébé n’est pas majeur, et pire n’a pas atteint l’âge de raison… Une dramatique atteinte aux droits de l’enfant qui a échappé à notre super mamy… Une loi pour interdire le baptême avant l'âge de raison? 

    3/ Si au passage tu peux nous expliquer ton truc sur l’âge de raison…

    Q. – Les controverses se concentrent surtout sur la place de la femme. Après la loi de 2004 puis celle sur le voile intégral, faut-il aller plus loin ?

    R. – Depuis vingt-cinq ans, on a laissé faire. Cela a-t-il arrangé les choses ? Non. Il a fallu la loi de 2004 pour que le mouvement s’arrête à l’école.

    Commentaire

    Mais non, mamy, ça ne marche pas ton truc.

    La France a adhéré au Pacte des droits civils et politiques de 1966 et au protocole n°1 par lequel elle reconnait l’autorité du Comité des Droits de l’Homme de l’ONU. Or, ce Comité a dit que la loi de 2004 constituait une violation du droit car 1) elle ne reposait sur aucun fondement crédible en terme de liberté de religion, et que 2) il était inadmissible de virer de l’enseignement un élève assidu et appliqué, qui ne causait aucun trouble dans l’établissement, au motif qu’il aurait porté des signes religieux. Donc ta loi est un abus de pouvoir et une violation du droit. La coalition PS-UMP-FN a choisi d’ignorer le Comité des Droits de l’Homme de l’ONU. Un comportement de voyou, qui ne fait que reporter le problème, car tôt ou tard, la loi de 2004 devra être abrogée pour respecter les principes du droit. A moins que la France retire sa signature du Pacte, et aille rejoindre la Corée du Nord ?

    Et toi, tu nous proposes quoi, mamy blue ? D’étendre l’illégalité laïciste intégriste dans les crèches ? Oh, calmos….  

    Q. – Faut-il une loi sur les signes religieux à l’université ?

    R. – Je suis encore en état de réflexion. Je trouve normal que les étudiants, adultes, s’habillent comme ils le veulent, mais je suis sensible aussi à la proposition de certains d’interdire les signes religieux pendant les cours, lorsque le discours scientifique doit être respecté.

    J’ai surtout besoin d’informations : est-il exact qu’une ou des universités abrite(nt) une salle de prière ? Il faut qu’une inspection universitaire se penche sur le sujet.

    Commentaire

    1/ « Interdire les signes religieux pendant les cours, lorsque le discours scientifique doit être respecté »… Hum, hum, mamy… Tu t’es shootée à la litote ? Parce qu’a priori, le discours scientifique marque tous les cours à l’université, non ? Donc, autant dire que tu veux interdire le foulard de partout ?

    2/ Mamy adorée, as-tu songé un instant que la femme qui porte le foulard musulman a un avantage dans ta grille de lecture : elle joue cash. Mais, comme il s’agit de ses convictions, intimes, pourquoi tu t’accroches aux apparences ? En fait tu nous saoules avec tes critères à la con. Ce qu’est une personne ou ce qu’elle pense, ça te dépasse, alors tu t’accroches au visible… Mamy, tu es visiblement risible.

    3/ Des salles de prière dans les universités ? Option avec foulard, ou sans foulard ? Avec poils ou à poil ? Allons, mamy chérie, je vais te faire une révélation… D’après les enquêtes de nos courageuses équipes d’investigations du blog, figure-toi qu’il y aurait même des aumôneries, avec des ecclésiastiques payés par l’Etat dans les lycées publics et les hôpitaux publics, et qu’il existe même un diocèse aux armées… Tu trembles ? Accroche-toi bien mamy… Avec effroi, je me suis aperçu qu’il existait une magnifique chapelle au sein du Palais de justice de Paris. Alors, mamy, comme tu as l’air bien en forme, fais nous encore rire un bon coup, et demande que la chapelle du Palais de Justice soit rasée, ou reconverti en temple maçonnique. Au nom de la laïcité et pour respecter le discours scientifique.

    Sainte Nunuche… 

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    T'as vu, mamy blue, ça a de l'allure, non ? 

  • La République s’emmêle les pinceaux laïcs devant l’Evêque aux armées

    C’est mécanique : une mécanique qui dérape… continue à déraper tant qu’elle n’a pas été rectifiée. La première fournée était anti-muslim, forme light du racisme anti-arabe, mais elle s’est ensuite emballée toute seule en logique anti-religieuse. Perso, je suis persuadé que c’est le fond du problème. Le truc n’est pas un problème de xénophobie, mais de réflexion sur la religion. Soyons réalistes : les musulmans ne posent aucun problème à la société française,… à part vivre tranquillement leur spiritualité ! La France, qui s’était construite un imaginaire glorieux comme société du droit débarrassée de la religion, encouragée par la relégation de l’Eglise catholique, se rend compte que le religieux est toujours là, comme de partout dans le monde. Il est sûr qu’on peut vivre sans religion,… mais il faut avoir fait un bel effort sur soi. Pour les autres, c’est un problème mal résolu, et aussi, ça chauffe quand ça revient d’actualité.

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    Donc, hier, c’est mon pote Monseigneur Luc Ravel, évêque aux armées, qui s’est trouvé frappé par la vindicte. Un Monseigneur, oui, avec une bonne tête de soldat… avec un cerveau branché, et sans un poil de barbe à l’horizon.

    Pour situer, il faut d’abord rappeler que l’aumônerie est, selon l’article 2 alinéa 2, de la loi de 1905, une charge de l’Etat.

    - La religion financée par mes impôts laïcs ?

    - Oui, c’est exactement ça.

    large.jpgC’est valable pour toutes les aumôneries, avec un régime légal qui combine la liberté de religion et le paiement par l’Etat. Pour ce qui est de l’armée, la loi dite de « séparation » n’a rien séparé du tout car les mirlitons et les curés se sont mis d’accord pour créer un diocèse aux armées et lui affecter un évêque. Un authentique attentat au mythe de la sphère privée dans l’espace public.

    Donc l’Etat paie, et il paie aussi un magazine « Église en monde militaire », connu sous le titre de l’ « Egmil ». C’est la revue de l’aumônerie militaire catholique des armées. Comme l’aumônerie est un service d’Etat, l’Eglise reconnaissante faisait figurer sur la page de couverture le logo de la République, qui n’avait jamais porté plainte.

    Ce mois de janvier, en période post-Charlie, l’ami Luc a publié un long et joli texte, intitulé « La guerre compliquée ». Le thème ? On des cathos, et on est pour la paix, mais on est de mirlitons, et il faut assumer la guerre, donc sur quelle base et quels sont nos adversaires ? La question centrale.

    Je ne vais résumer le texte, ni ne citer que des extraits.  Vous trouverez ci-dessous l’intégralité de la prose de Luc, un texte qui s’éloigne du consensus amolli « Je suis Charlie » et dénonce le « mal sournois de l’idéologie Charlie ». Le texte aborde beaucoup de sujets, et notamment, il rappelle la doctrine de l’église sur l’avortement. Le ministère de la Défense n’a rien eu à redire de la tribune de Luc.large (1).jpg

    Oui, mais voilà ! Le 16 mars, le site Yagg, pôle de la mouvance lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre, a protesté contre le passage traitant de l’avortement et dénonçant l’idéologie Charlie…

    Et notre vaillant ministère de la Défense s’est aussitôt aligné, avec une mesure de la plus parfaite hypocrisie : Egmil ne comportera plus le logo du ministère de la défense ! Avec cet argument parfaitement faux-cul de la Délégation à l’information et à la communication de la défense (Dicod) : « Les textes n’étant ni relus ni validés par une autorité du ministère, il est plus simple que le logo soit retiré. Cela permet à l’évêque d’être plus libre dans ses propos ».

    Robert Poinard, un autre Monseigneur, vicaire général du diocèse aux armées et directeur de la publication d’Egmil, a vite répliqué : « En quoi, lorsque Monseigneur Ravel se fait l’écho de la doctrine catholique, dans une revue catholique que personne n’est dans l’obligation de lire, dénigre-t-il les droits de ceux qui ne partagent pas ses opinions ? En quoi l'évêque aux armées attente-t-il au droit des personnes puisque ceux qui ne partagent pas son opinion ne sont pas tenus de suivre ses avis ? »

    *   *   *

    LA GUERRE COMPLIQUEE

    Après l’émotion, l’analyse. Après la tempête des cris, le roc de la pensée. Que dire tandis que l’interprétation des attentats déblaie le paroxysme de l’émotion ? Nous, chrétiens, que penser et que faire alors que s’apaise la vague de la stupeur et de la douleur partagées ? Allons-nous faire la guerre ?

    La guerre. Son nom est aujourd’hui prononcé. Mettre un mot sur la réalité est gagnant. Mais de quelle guerre s’agit-il ? Dans toute guerre, la tendance facile consiste à se mettre dans le camp du bien contre des ennemis empêtrés dans celui du mal. Ainsi nous plaçons-nous dans le camp de la liberté contre l’islamisme obscurantiste. Mais concrètement est-ce aussi simple ? En luttant contre le terrorisme à revendication religieuse, en face des islamistes, sommes-nous pour autant dans le camp du bien tout pur ? Ne risquons-nous pas d’être aspirés dans une spirale libertaire et suicidaire avec qui nous partageons le même combat, contre le terrorisme, mais pas nécessairement les mêmes certitudes ? Dans la Résistance, il y avait de nombreux communistes. Pour autant, devions-nous adhérer à l’idéologie communiste en résistant contre le nazisme ? Nous y sommes.

    Voilà que, dans la guerre naissante, la peur nous saisit d’être pris à revers… Le chrétien se sent jeté précipitamment dans la zone de no man’s land où s’échangent les tirs d’obus. Il rampe au milieu des mines et autres barbelés, entre deux tranchées adverses d’où pleut la mort. Sa place au cœur de la bataille se résume alors à aller chercher les blessés pesant sur la boue tandis que deux idéologies terribles, deux pensées de mort, deux camps inhumains s’affrontent au-dessus de sa tête. Il sait qu’il en sera la première victime, dans la foulée de son Maître, l’Agneau de Dieu qui l’envoie comme une brebis au milieu des loups. Pris pour un ennemi par les deux côtés, il recevra la mort de l’innocent, brancardier du monde, titubant entre les corps, pour la dignité du mort et le salut du blessé.

    Voilà que, avec inquiétude, nous découvrons que notre guerre n’est pas simple ; qu’il nous faut choisir notre camp ; que nous nous armons contre le mal manifeste sans prendre position pour le mal sournois. Le chrétien se sent pris en tenaille entre deux idéologies.

    D’un côté, l’idéologie qui caricature Dieu au mépris de l’homme. De l’autre, l’idéologie qui manipule l’homme au mépris de Dieu. D’un côté, des adversaires déclarés et reconnus : les terroristes de la bombe, vengeurs du prophète. De l’autre côté, des adversaires non déclarés mais bien connus : les terroristes de la pensée, prescripteurs de la laïcité, adorateurs de la République.

    Dans quel camp se situer comme chrétien ? Nous ne voulons pas être pris en otage par des islamistes. Mais nous ne souhaitons pas être pris en otage par des bienpensants. L’idéologie islamique vient de faire victimes en France. Mais l’idéologie de la bien-pensance fait chaque année 200 000 victimes dans le sein de leur mère. L’IVG devenue droit fondamental est une arme de destruction massive. Alliés pour la France avec d’autres, nous devons faire front contre les attaques terroristes explicites. Mais, pour autant, nous ne devons pas cautionner les folies de l’euthanasie, du mariage pour tous et autres caricatures de Charlie-Hebdo. Que faire ?

    L’histoire n’est pas neuve. Il s’agit de faire corps avec son pays, mais de refuser les idéologies qui le traversent. Etre russe, sans être soviétique, chinois sans être communiste, allemand sans être nazi. Les idéologies ne font que passer. Au regard de l’histoire, leur durée de vie est plus courte que leurs propagandistes ne le pensent.

    Bien avant, les prophètes eurent la même attitude : tout en se rangeant du côté du peuple d’Israël, ils en dénonçaient les perversions. L’invasion des babyloniens n’empêche pas Jérémie de protester contre les idolâtries du peuple dont il partage la destinée. Né vers 650 avant J.C., Jérémie va connaître la période tragique de la ruine par morceaux du Royaume de Juda alors concentré autour de Jérusalem. En 587, Jérusalem est prise par les babyloniens, le Temple est incendié, la population déportée. Passionné par Juda, passionné par Dieu et pour son peuple, Jérémie fulmine aussi bien contre Juda que contre les nations païennes. La première partie du livre contient des menaces contre Juda et Israël (1, 1 à 25, 13), la deuxième partie contre les nations, les peuples adverses (25, 13 à 25, 38 et 46 à 51). Les autres passages sont essentiellement biographiques, Jérémie y révèle ses souffrances. Il fait corps avec son peuple : il souffre de tous ses membres de son infidélité mais il en reste solidaire jusqu’au bout.

    A ce qu’il me semble, à ce point de mes réflexions, j’ose affirmer qu’épouser la cause de Dieu pour sauver l’homme ne signifie pas : 

    Refuser de servir son pays. S’éloigner des combats jugés fugaces pour l’éternel Royaume. Refuser la loi des corps et des esprits qui naissent et grandissent dans la lutte.

    Mais je crois pouvoir dire qu’épouser la cause de Dieu pour sauver l’homme signifie :

    Reconnaître toutes les idéologies, leur virulence, leur opposition (souvent l’une révèle l’autre).

    N’en suivre aucune : les dénoncer symétriquement et systématiquement.

    Ne pas en construire une autre, à mi-chemin entre les deux.

    Et pour cela, il y a une discipline à pratiquer : Se méfier des idées, de toutes les idées surtout enveloppées de croyances, voire de christianisme. Les idées tuent, elles sont les idoles modernes auxquels on sacrifie l’homme libre.

    Aller vers l’homme concret, individuel, de chair et d’os : tant d’idéologies humanistes organisent les génocides au nom de leurs principes. Que de morts au nom de la vie, que d’emprisonnements au nom de la liberté ! Ce chemin de l’homme concret conduit à Dieu.

    Le chrétien n’est pas apatride : sur terre, il appartient à des communautés dont deux sont d’institution divine, la famille et la nation. Où en sont-elles ?

    De cette discipline découlent trois missions concrètes, c’est le camp du chrétien et son action particulière dans la guerre :

    Il va à l’homme individuel. Il va vers lui, en épousant ses joies et ses espoirs… tout ce qui le rapproche de cet homme blessé lui convient mais le partage de la même misère est le meilleur raccourci pour aller à l’autre. Il défend la famille. Car c’est la première communauté d’hommes et de femmes concrète qu’il rencontre et sans laquelle il finit par imploser dans sa solitude. Le pape François aux Philippines (16.01.2015) s’écrie : «Comme nous avons su dire non à la colonisation politique, nous devons dire non à toute forme de colonisation idéologique qui viserait à détruire la famille. »

    Il prend part à la dynamique de son pays. Et s’il doit combattre dans les rangs de son armée, il le fait sans honte et sans retenue. Car se faisant, il ne prend pas la cause de telle ou telle idéologie semée dans sa nation ; les poilus de 14 ne prenaient pas fait et cause pour l’anticléricalisme régnant en se battant pour la France. Le catholique allemand devait être dans les rangs allemands et le catholique français dans les rangs français.

    La cause de l’homme, le camp de Dieu s’incarne ainsi dans l’homme, la famille, la nation. A nous de nous intégrer à fond dans l’homme, la famille et la France.

    Guerre compliquée, donc, parce que nous sommes courageux mais aussi lucides. Nous voulons défendre la France mais sans être pris en otage par une revue de misère. Nous voulons nous opposer au terrorisme islamique sans donner raison au terrorisme contre Dieu. Nous serons courageux avec les autres mais nous serons lucides pour les autres en questionnant.

    Par exemple, à force de laïcité (agressive) n’avons-nous pas laissé le saint Nom de Dieu entre de bien mauvaises mains ? A force de le cacher dans un placard, n’avons-nous pas laissé le saint Nom de Dieu moisir en milieu de haine ? Certaines questions feront mal à nos élites, docteurs de la Loi, gardiens du Temple.

    Comment aussi demander aujourd’hui à des musulmans droits et de bonne volonté de s’intégrer à une France qui leur est présentée comme une somme de valeurs libertaires, irréligieuses, amorales ? L’intégration en France ne doit pas présupposer l’assimilation à des valeurs déifiées et erronées. On peut, on doit demander l’intégration à la France mais pas à la caricature de la France. L’intégration, par ailleurs, fait peur à certains au motif que chacun doit rester avec sa culture, sa religion etc. On pourrait en rire en d’autres circonstances : en république laïque, l’intégration n’impose aucune religion ou changement de religion ! Et donc pourquoi revenir sans cesse sur cette conjugaison religion-intégration ? Intégration signifie faire corps ensemble, comme la main, le foie, le cœur ne s’intègrent au corps qu’en réunissant leur force pour la vie de la personne totale. Quand un soldat français musulman combat et meurt pour la France, lui a-t-on demandé de renoncer auparavant à sa culture et à sa religion ?

    La position, je parle là en militaire, sera inconfortable. Mais avec la Grâce, elle ne sera pas intenable. Seul notre courage validera notre lucidité aux yeux des autres. Seule notre lucidité validera notre courage aux yeux de Dieu. 

    Luc Ravel 

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  • Philippe Portier : «L’État hésite entre reconnaissance et surveillance des religions»

    Un excellent entretien publié dans l’excellent quotidien La Croix. Pour Philippe Portier, sociologue, directeur d’études à l’École pratique des hautes études et directeur du groupe Sociétés, religions, laïcité, l’État a une attitude ambivalente par rapport aux religions, entre reconnaissance de leur contribution au lien social et surveillance des comportements jugés déviants par rapport à la culture commune.

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    Comment la laïcité définit-elle la place des religions dans la société ?

    Philippe Portier : Depuis les années 1990-2000, on constate une hésitation de la laïcité contemporaine entre deux pôles : la reconnaissance et la surveillance.

    Conformément à la loi de 1905, les pouvoirs publics accordent aux religions un droit de cité dans l’espace public. Mais, de l’espace public social, elles sont souvent invitées à intervenir dans l’espace public politique, y compris dans le processus d’élaboration de la norme. On le voit dans les différentes consultations législatives où les religions sont convoquées au titre des acteurs de la société civile, mais aussi comme acteurs susceptibles d’avoir une véritable expertise, notamment sur les domaines éthiques.

    Étudiant actuellement les grandes métropoles régionales, je suis aussi frappé par la place accordée aux religions dans la mise en place du lien social à travers les activités culturelles ou sociales ou pour répondre aux difficultés de l’État providence. Ainsi avec Marseille Espérance où l’interreligieux a explicitement pour but de contribuer à un vivre ensemble plus harmonieux. Ou à Rennes où, pour l’hébergement des personnes en difficultés et l’aide aux plus démunis, la municipalité mobilise de nombreuses associations comme le Secours catholique ou des associations musulmanes qui interviennent en véritables brancardiers de l’État providence.

    Paradoxalement, certains comportements religieux sont aussi mal vus…

    P. P. : Depuis les années 2000, on voit se développer une laïcité de surveillance, voire d’interdit, avec une véritable restriction de libertés acquises auparavant. La loi de 2004 interdisant les signes religieux « ostensibles » à l’école marque sans doute le point de départ. On peut citer aussi la loi de 2010 sur le voile intégral et différentes propositions déposées ces dernières années sur la laïcité dans l’espace de la petite enfance ou dans les entreprises privées.

    Cela traduit une double rupture par rapport à la laïcité des origines. De l’espace public de l’État, la loi en vient à assujettir des espaces privés ; la laïcité ne se pense plus à partir d’une liberté très étendue de la sphère privée, désormais pénétrée par les normes publiques. Des acteurs tombent aussi sous le coup d’une neutralité à laquelle ils n’étaient pas astreints auparavant : usagers du service public, élèves avec le voile, femmes à qui l’on impose des tenues vestimentaires invisibles pour les soumettre à la neutralité… Ou encore la récente question sur le voile à l’université qui n’avait jamais été soumise à cette neutralité. Sous la IVe République et au début de la Ve , on voyait régulièrement des prêtres en soutane à l’université sans que cela ne pose problème.

    Quelle est la cause de ce mouvement ?

    P. P. : J’y vois un tropisme de la peur. Nous sommes dans des sociétés marquées par l’incertitude. Cela provoque des doutes dans une opinion publique qui cherche à se réassurer autour d’une culture partagée. Cette politique de recentrement autour d’une culture commune se traduit par une volonté d’invisibilité de ceux dont les comportements relèvent d’une culture différente. Il y a une « culturalisation » de la laïcité : on se sert d’elle pour affirmer une culture commune.

    Il est très rare – sauf dans certains cercles très attachés aux combats de la IIIe  République – que le catholicisme soit la cible de la laïcité culturelle. La laïcité s’est accommodée du catholicisme – dont elle est née en partie – tout comme le catholicisme s’est efforcé de rejoindre la culture commune. Le discours d’invisibilité touche surtout l’islam même si, par effet de halo, la surveillance touche finalement toutes les religions.

    Est-ce un recul des libertés ?

    P. P. : À mon sens, oui. Avec une ambivalence puisque l’État se montre à la fois plus souple pour faire participer les religions au lien social et, en même temps, accroît sa surveillance, notamment sur les formes religieuses qui ne respectent pas la nouvelle sacralité qui s’est développée autour des droits de l’homme, défendus sous l’angle du seul principe d’autonomie.

     

    Recueilli par Nicolas Senèze

  • La liberté de religion : La lumière vient de la Réunion

    Le constat de départ, tout le monde le fait. La moitié des jours fériés sont calés sur le calendrier catholique. Dans ce pays aux mains des intégristes de la séparation, la loi est in love avec l’Eglise catholique. Petite exception avec la loi n° 83‑550 du 30 juin 1983 qui prévoit un jour férié spécifique aux Outre-mer pour célébrer l’abolition de l’esclavage : les descendants des victimes se la coulent douce, pendant que les anciens esclavagistes travaillent. Pas mal.

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    Ce calendrier républicain-catho, à la Réunion et à Mayotte (Territoire comorien, militairement et illégalement occupé par la France), ça fait bizarre, car là-bas tous les cultes sont main dans la main, comme sœurs et frères… Ericka Bareigts député PS de la Réunion explique : « Il serait paradoxal qu'une République laïque ne donne un statut légal qu'à une seule religion dans le calendrier ».

    Le gouvernement, coincé dans son radicalisme laïcard, a tenté de bloquer l’opération, mais en vain. Dans son immense sagesse, l’Assemblée nationale, au détour d’un amendement de la loi Macron, a adopté ce bel article L. 3133‑1‑1 du Code du travail :

    « Art. L. 3133‑1‑1. – Dans les territoires régis par l’article 73 de la Constitution et afin de tenir compte des spécificités culturelles, religieuses et historiques de ces territoires, un arrêté préfectoral peut remplacer des jours fériés prévus à l’article L. 3133‑1 par un même nombre de jours fériés locaux.

    « Les jours fériés qui peuvent être remplacés dans le cadre de l’alinéa précédent sont :

    « - Le lundi de Pâques ;

    « - L’Ascension ;

    « - Le lundi de Pentecôte ;

    « - L’Assomption ;

    « - La Toussaint. »

    Bref, la loi Macron détruit le dimanche en métropole, pendant que les députés rétablissent la liberté religieuse à la Réunion et à Mayotte (La nouvelle loi joue pour les autres départements et territoires, mais la question ne se pose pas vraiment dans la sphère Antilles / Amérique du Sud).

    Alors, une grave entorse à la loi de 1905 ? Que nenni ! Au titre de cette divine loi, la République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes. L’amendement rétablit la liberté que la loi bafouait.

    Alors, une grave entorse à la Constitution de la République une et indivisible ? Que nenni ! L’article 73 prévoit des adaptations de la loi aux données propres des anciennes perles de l’Empire.

    Ce sera donc au préfet de la République que d’ordonner des jours fériés pour l'Aïd El-Kebir des Musulmans ou le Divali des Hindous...

    Bravo à nos amis de la Réunion qui nous montrent le chemin ! 

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  • "Devrais-je faire semblant ?, par le Professeur Azzouzi Abdel-Rahmène

    Abdel-Rahmène Azzouzi est urologue, chef de service au CHU d'Angers. Membre du Conseil municipal de la ville d'Angers, il a décidé de mettre fin au mandat qu'il occupait depuis 2008. Dans une lettre ouverte – publiée par Le Monde des Religions – à ses collègues et amis élus de la ville, il explique sa décision : celle d'un élu de confession musulmane qui ne se reconnaît plus dans la lecture des valeurs républicaines que font nos dirigeants successifs.

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    Chers collègues et amis,

    Il faudrait peut-être que je continue à faire semblant de partager un chemin commun avec vous dans une France qui chaque jour renie un peu plus ses valeurs républicaines. Je ne le ferai pas car beaucoup trop nous sépare. Devrais-je faire semblant d’accepter votre absence de réaction, alors que toute une partie de nos concitoyens vit déjà dans une situation d’exception et que des lois visant implicitement les Français musulmans se succèdent ? Devrais-je faire semblant d’accepter votre adhésion religieuse à une laïcité qui est devenue en réalité l’arme ultime et exclusive contre les musulmans de France ? Devrais-je faire semblant d’accepter votre mutisme lorsque l’école de la République s’attaque avec violence à des enfants de 8 et 10 ans parce que musulmans ? Devrais-je faire semblant d’accepter que vous détourniez le regard lorsque la police française, institution républicaine où le racisme est endémique, tout comme dans l’armée française, interroge ces mêmes enfants, comme on interroge des criminels, sous la bienveillance de la ministre de l’Éducation ? Devrais-je faire semblant d’accepter qu’une mère de famille, parce que musulmane, se voit retirer brutalement ces cinq enfants un matin, à 6h00, par ces mêmes forces de police qui vont jusqu’à refuser qu’elle allaite son bébé de 3 mois ? Devrais-je accepter dans la mort de Bertrand Bilal à Joué-les-Tours que le parquet fasse obstruction à la justice en refusant de nommer un juge d’instruction, empêchant ainsi de réfuter la version officielle de djihadisme reprise machiavéliquement par le ministre de l’Intérieur et le Premier ministre ? Devrais-je faire semblant d’ignorer la politique islamophobe de l’État français qui, premier pourfendeur de la laïcité, s’immisce en permanence dans la gestion du culte musulman pour mieux l’empêcher de s’organiser, tel que le fait le préfet Burdeyron qui privilégie la gestion du culte musulman angevin par le consulat du Maroc plutôt que par les dignitaires angevins d’obédience musulmane ? Devrais-je faire semblant d’ignorer cette lecture de la laïcité à géométrie variable par le gouvernement français qui demande aux musulmans d’être invisibles dans l’espace sociétal français, mais qui termine ce merveilleux élan républicain du 11 janvier dans la synagogue de la Victoire, en présence des Premier ministre et ministre des Affaires Étrangères du gouvernement israélien sous les cris de « Bibi » et de nombreux drapeaux israéliens agités dans un lieu de culte par des citoyens français de confession juive ? Devrais-je continuer de feindre l’approbation lorsqu’à longueur de temps, et malgré le tsunami qui vient de s’abattre sur la France, les médias continuent, comme si de rien n’était, à inviter les mêmes Zemmour, Finkelkrault, Fourest et autre Pelloux pour nous prodiguer les règles d’un vivre-ensemble dont ils n’auront jamais le secret ? Devrais-je faire semblant d’accepter l’ostracisation permanente de Tariq Ramadan, intellectuel contemporain hors norme, pendant que Zemmour sature les plateaux des médias, mais aussi les salles municipales de France et de Navarre ? Devrais-je faire semblant d’ignorer l’apartheid médiatique et politique dans lequel sont tenus des milliers d’intellectuels et d’experts français de confession musulmane qui pourraient apporter la contradiction, voire la construction, dans les innombrables débats et questions qui les concernent directement et dont les Français sont  abreuvés jusqu’à plus soif ? Devrais-je faire semblant d’ignorer que la discrimination à l’emploi et aux logements dont sont victimes les Français de confession musulmane est la règle plutôt que l’exception ? Devrais-je faire semblant de soutenir aux prochaines élections cantonales la nuée de candidats et candidates locaux tous plus blancs les uns que les autres, comme pour mieux signifier, génération après génération, que les minorités n’auront jamais vocation à représenter l’ensemble de leurs concitoyens, ce qui me donnent la nausée ?

    Insidieusement, la France est probablement devenue la nation démocratique la plus islamophobe du monde et vous, élus du peuple de France, vous en portez, que vous le vouliez ou non, que vous en soyez conscients ou inconscients, une part de responsabilité. Parce que vous avez trop longtemps détourné le regard, des millions de Français de confession musulmane vivent quotidiennement dans le malaise et l’incertitude. Je vous reproche, toutes ces années, d’avoir laissé vos hauts responsables politiques, mais également les grands médias nationaux installer progressivement le poids d’une culpabilité imaginaire sur les épaules, déjà chargées par l’Histoire, de vos concitoyens français d’obédience musulmane majoritairement issus des colonies de feu l’Empire français.

    Honte sur ces puissants, mais lâches, de jeter en pâture toute une partie de la population française, parce que musulmane, à la vindicte populaire. Et si ce n’était cet attachement viscéral aux véritables valeurs de la République, qui n’ont plus cours dans notre présente société asservie par l’argent, mais également à cette incompressible volonté de donner corps à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, véritable patrimoine génétique du digne et généreux peuple de France, alors notre lien à la France serait pour le moins conflictuel. Je n’ai, en effet, aucune appétence pour les États malveillants et ceux qui les servent.

    Parce que la France est cette nation particulière dans laquelle vivent pacifiquement de citoyens athées, chrétiens, juifs et musulmans, pendant longtemps, j’ai cru que nous finirions, à force de bonne volonté, par construire une Terre d’Andalousie, fruit du génie français qui aurait pu servir de modèle de société dans un monde en perte de repères et de sérénité. Mais le camp des éradicateurs est activement à l’œuvre et couvre les voix et actes du camp des conciliateurs. Ce qui en ressortira sera le fruit de vos actions ou inactions et celui de vos combats ou capitulations. Ceux qui ne s’obstinent pas à construire la paix obtiennent la guerre. Aussi petite fut ma contribution, mon retrait n’est pas une défaite pour moi mais pour vous. À présent, je m’en lave les mains et après toutes ces années de luttes et d’avertissements sans succès, je m’en retourne à mon épouse, à mes enfants et à mes deux ânes.

    Fraternellement.

    Pr Azzouzi Abdel-Rahmène

    Chef de service d’urologie – CHU d’Angers,

     

    Ex-conseiller municipal de la ville d’Angers

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