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Science - Page 4

  • L’accès à Internet, un droit fondamental

    Les révolutionnaires de 1789 ont sauvé Internet ! Le paradoxe de cette funeste loi Hadopi est qu’elle aura été l’occasion d’une grande décision du Conseil constitutionnel (Décision n° 2009-580 du 10 juin 2009), qui place Internet au coeur des libertés fondamentales. Le dispositif de sanction par la Commission de Protection des Droits est annulé. Le législateur doit tout reprendre, en confiant les sanctions à un tribunal, mais le Conseil constitutionnel a placé la barre très haut. Le Parlement européen avait dit : il faut un juge et un débat préalable. Le Conseil constitutionnel va plus loin, et demande des garanties fortes, car avec Internet, c’est le nouveau jeu démocratique qui est en cause.

     

    Un droit fondamental

    Mirabeau-DreuxBreze.jpgTout part de ce considérant :

    « Aux termes de l’article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ».

    « En l'état actuel des moyens de communication et eu égard au développement généralisé des services de communication au public en ligne ainsi qu'à l'importance prise par ces services pour la participation à la vie démocratique et l'expression des idées et des opinions, ce droit implique la liberté d'accéder à ces services. »

    Donc, la loi n’est légitime que dans le respect des principes. Il ne suffit pas de voter : il faut que le texte voté s’inscrive dans les bases du droit, c’est-à-dire la Constitution. Laquelle Constitution inclut des déclarations de principes, dont la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Et le rôle du Conseil constitutionnel, c’est de vérifier la conformité des lois votées par nos impétueux parlementaires à ce texte, qui date du XVIII° siècle, et qui n’avait pas été exactement rédigé pour répondre au développement du Net… Le Conseil a un rôle d’interprétation, mais qui n’est pas une libre création. Notamment, tout ces concepts évoluent et s’enrichissent au fil du temps, par la jurisprudence du Conseil constitutionnel.

     

    Il faut un tribunal

    jpg_bastille.jpgDonc, d’abord le droit, à savoir l’article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 sur « la libre communication des pensées et des opinions », décrite comme « un des droits les plus précieux de l'homme », et le principe, qui est le pilier de l’esprit anti-censure : out citoyen peut donc « parler, écrire, imprimer librement », c’est-à-dire sans contrôle a priori, « sauf à répondre de l'abus de cette liberté », ce qui pose la limite sous l’angle de la responsabilité.  

    Vient ensuite le fait, c’est-à-dire l’accès à Internet.

    Le Conseil souligne d’abord l’importance d’Internet dans la vie de tous les jours:

    -          « en l'état actuel des moyens de communication », donc il faut raisonner dans le réel

    -           « eu égard au développement généralisé des services de communication au public en ligne », car Internet est un phénomène de masse, omniprésent.

    Ensuite, le Conseil s’intéresse au contenu.

    -           « ainsi qu'à l'importance prise par ces services pour la participation à la vie démocratique » ;

    -          « et l'expression des idées et des opinions. »

    Vient la conclusion : « Ce droit implique la liberté d'accéder à ces services. » Message pour Albanel et tous les agitateurs de ciseaux : le droit fondamental qu’est la liberté d’opinion implique la liberté d’accès à Internet !

    Ensuite, le Conseil balaie la confusion entretenue : le refus d’Hadopi ne remet pas en cause l’indispensable protection du droit d’auteur : « La lutte contre les pratiques de contrefaçon qui se développent sur Internet répond à l'objectif de sauvegarde de la propriété intellectuelle. »

    Le Conseil poursuit. Une autorité administrative peut exercer un pouvoir de sanction, et les exemples ne manquent pas. Mais ce pouvoir doit être « assorti par la loi de mesures destinées à assurer la protection des droits et libertés constitutionnellement garantis ». Et en particulier doivent être respectés « le principe de la légalité des délits et des peines » ainsi que « les droits de la défense. »

    Le  Conseil avance ensuite dans la technique législative. Le législateur a raison de s’occuper des contrefaçons des droits d’auteur, mais attention, en y mettant les formes, car « la liberté d'expression et de communication est d'autant plus précieuse que son exercice est une condition de la démocratie et l'une des garanties du respect des autres droits et libertés. » Donc, il est possible de porter atteinte à la liberté d’accès, mais en respectant les droits de la défense.

    Et là, le couperet tombe. Ce qui est en cause, on l’a souvent expliqué, ce n’est pas Hadopi, une « haute autorité » qui est une sorte d’ex-croissance du ministère, mais la « Commission de Protection des Droits ». C’est cette CPD, une commission administrative,  qui avait mission de restreindre ou d'empêcher l'accès à Internet.

    Que dit le Conseil ?

    -          La compétence reconnue à cette autorité administrative n'est pas limitée à une catégorie particulière de personnes mais s'étend à la totalité de la population ;

    -          Ses pouvoirs peuvent conduire à restreindre l'exercice, par toute personne, de son droit de s'exprimer et de communiquer librement, notamment depuis son domicile.

    Dans ces conditions, le législateur ne pouvait « confier de tels pouvoirs à une autorité administrative dans le but de protéger les droits des titulaires du droit d'auteur et de droits voisins. »

    Je résume :

    -          l’accès à Internet, très généralisé dans la société, est une composante de la liberté d’expression,

    -          la loi, qui doit protéger le droit d’auteur, peut limiter la liberté d’expression mais dans le respect des droits de la défense,

    -          La sanction par la privation d’accès ne peut être prononcée que par un juge.

    Donc, c’est la superbache. Mais le Conseil ajoute une couche.

     

    Non à la présomption de culpabilité

    french-revolution-2.jpgVous avez compris le mécanisme. On repart de la Déclaration de 1789, cette fois-ci de l'article 9, aux termes duquel tout homme est présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable. C’est la présomption d’innocence. Et le Conseil explique, ce qui ressemble à un camouflet : « Il en résulte qu'en principe le législateur ne saurait instituer de présomption de culpabilité en matière répressive. »

    Le point de fait, maintes fois dénoncé, est que la loi frappait le titulaire de l’adresse IP, présumé coupable d’avoir fraudé.

    Or, le texte disait que « seul le titulaire du contrat d'abonnement d'accès à Internet peut faire l'objet des sanctions », et que « pour s'exonérer de ces sanctions, il lui incombe de produire les éléments de nature à établir que l'atteinte portée au droit d'auteur ou aux droits voisins procède de la fraude d'un tiers. »

    Pour le Conseil, cet article opère « un renversement de la charge de la preuve », introduisant « une présomption de culpabilité à l'encontre du titulaire de l'accès à Internet ».

     

    Au final, une leçon simple : la loi doit respecter le droit, car c’est la condition du respect des libertés individuelles. Vive la Révolution !  

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  • L’Ordre infirmier (déjà) dans la tempête

    infirmier.jpgLa profession infirmière, ce sont 480 000 personnes en exercice. Des statuts différents : fonction publique, salariat et libéral. Des  domaines d’intervention très distincts : soins généraux, bloc opératoire, réanimation, psychiatrie, pénitentiaire, médico-social, médecine du travail, médecine scolaire, fonction cadre… Une immense diversité qui part d'une base faite de compétences réglementées et d’une déontologie commune. D’où une première idée, qui fait consensus : parvenir à fédérer cette profession. Mais a suivi une seconde idée, qui ne fait pas consensus : créer un Ordre national.

     

    C’est cette idée minoritaire qui s’est imposée, alors que Xavier Bertrand était ministre de la Santé, avec la loi n° 2006-1668 du 21 décembre 2006. Depuis, c’est la mise en œuvre, et ce n’est pas simple. Il faut bien mesurer l’enjeu : à partir de presque rien, réunir 480 000 professionnels en un Ordre, qui englobe tout l’exercice professionnel. Il faut dire que la loi d’émancipation de la profession infirmière a pris pour modèle le régime de l’Ordre des médecins : assez cocasse tout de même… Opportunité très discutable, mais surtout un pari : l’Ordre des médecins ne compte « que » 200 000 personnes,  et surtout il s’est rodé au fil du temps. Lors de sa création en 1945, l’effectif était de 40 000. Ici, 480 000… Imaginez la masse de travail à fournir et de problèmes à résoudre.

     

    L’Ordre doit assurer la mission que lui donne la loi : moralité, compétence, discipline. Bien sûr, il y a le côté qui brille : l’Ordre sera le représentant institutionnel de la profession pour les grands débats nationaux, tout en respectant le rôle des syndicats et des associations. Mais l’Ordre, c’est surtout le quotidien, pas très folichon : inscription au tableau, réinscription en cas de changement de département, contrôle de la santé psychique, vérification des contrats d’exercice, réponse aux doléances des patients et des organismes sociaux, responsabilité disciplinaire. L’Ordre agit par l’intermédiaire de ses conseils, structures administratives, tenue par le principe de légalité et responsables juridiquement de leurs décisions : les conseils départementaux et le Conseil national. Mais il existe aussi au sein de l’ordre un système juridictionnel, avec des conseils régionaux et une chambre disciplinaire nationale. infirmiere-croix-rouge-australie.jpg

     

    La profession n’a pas montré un enthousiasme absolu à l’occasion des premières élections : 13,7 % de participation. Après tout, c’est bien, ça laisse une marge de progression.

     

    Et ce mois d’avril, ça se gâte, alors qu’on entre dans les choses sérieuses : la cotisation, seule ressource de l’Ordre, qui va enfin permettre à l’Ordre de fonctionner. Le principe est assez simple. Le Conseil national, organe élu, décide du montant de la cotisation, qui est légalement obligatoire. Ce sont les conseils départementaux qui sont chargé su recouvrement. Du fait de la double obligation légale – adhérer à l’Ordre et payer la cotisation – les récalcitrants, après mise en demeure, seraient inévitablement condamnés au paiement par le tribunal d’instance du lieu de leur domicile. Voilà, tout est légal, tout est simple. Sauf que ça coince au maximum.

     

    La question de la cotisation est dans le débat dès l’origine. Payer pour pouvoir travailler, ça n’a rien d’évident. Et faire payer joyeusement la cotisation alors que seulement 13 % de la profession se sent concernée, c’est encore moins évident. Ca suppose une culture du consensus et un sacré savoir-faire pour convaincre les réticents.

     

    finist%C3%A8re.jpgMais voilà, la méthode pour emballer la machine n’a visiblement pas été trouvée. C’est plutôt la contestation qui a été emballée. La cotisation a été décidée le 3 avril. A ce jour, c’est la levée de boucliers chez les syndicats, et même le ministère demande de revoir les prétentions à la baisse. 

     

    Le montant a été fixé à 75€ par an ce qui n’est tout de même pas rien pour une cotisation qui donne droit à travailler, et alors que la première revendication de la profession est celle des salaires. Et par ailleurs, vu le nombre de professionnels, on obtient un budget annuel de 35 millions d’euros. Pas mal, mais avec de telles ressources, il va falloir assurer.

     

    Les réactions n’ont pas tardé, d’autant plus vives que tout le débat antérieur, notamment pour les élections, évoquait un maximum de 30€.

     

    Revue de détail. La Coordination nationale des infirmiers (CNI), qui était favorable à la création de Dessin.gifl'Ordre, dénonce le montant qui « dépasse largement les prévisions les plus sombres » et au regard des engagements pris, la CNI stigmatise une « véritable trahison de la profession ». Pour la CFDT, c’est une « une provocation injuste et scandaleuse ». Cette cotisation va « annuler, de fait, toutes les prochaines valorisations salariales espérées depuis longtemps par l'ensemble de la profession infirmière ». La CGT demande l’abrogation de la loi « créée par le gouvernement pour mettre en place ses multiples réformes ». FO affirme que les personnels infirmiers n'admettent pas cette « obligation de payer pour travailler » et lance un mot d'ordre de « grève de la cotisation ». Le SNICS-FSU rappelle les engagements antérieurs et dénonce  « une injustice et une trahison envers toutes les infirmières ». La CFTC juge « incroyable » et « scandaleux » ce « camouflet infligé à la profession ». Plusieurs élus ordinaux et ceux qui avaient soutenu le vote de la loi, dénommé « le groupe Sainte-Anne », s’empressent de rappeler qu’ils étaient pour une cotisation à 30€.

     

    Et cerise sur ce beau gâteau, la directrice de l’hospitalisation et de l’organisation des soins, Annie Podeur, entre dans la danse et demande au Conseil national de l’ordre infirmier de revoir à la baisse ses prétentions ! Invitant au respect des capacités financières des infirmières, elle « s’interroge sur les missions qu’entend assumer l’Ordre avec de tels moyens », rappelant l’Ordre ne peut agit que dans le cadre de sa mission légale : éthique, moralité, compétences et devoirs professionnels. Et elle demande à Madame Le Boeuf, président de l’Ordre quel est le «programme d’actions justifiant d’un tel besoin de financement ».

    livret%20ordre%20inf.jpgCoté présidence de l’Ordre, c’est tout de même un peu sec : « Nous avons revu le budget à la baisse : de plus de 80 euros de cotisation, nous sommes descendus à 75 euros. Mais la loi prévoit que seul le conseil national vote. Or je vous rappelle que le conseil national a été élu, c’est donc en toute démocratie que la décision s’est prise. » Ah, l’illusion du pouvoir réglementaire… Et d’ajouter, dans la perspective d’une cotisation réduite : « Si on ne sert que d’annexe à la Ddass comme chambre d’enregistrement, ce n’est pas la peine de faire un ordre ».

    Donc, retour à la question de départ : un Ordre pour faire quoi ? L’Ordre a une seule  mission, celle que lui a confiée la loi, et dire que cette mission c’est un job d’annexe de la DDASS témoigne d’un militantisme bien excessif. Il y a beaucoup de sujets passionnants dans la profession, mais ils ne se trouvent pas tous dans le champ de la loi, et l’Ordre n’a aucune vocation à être une super-associaton ou un super-syndicat.

    Derniers mots à Madame Le Bœuf. « Au-delà des mots, les syndicats sont dans leur rôle, il n’y a rien de nouveau. Ils étaient hostiles à l’ordre dès le début, cela fait des semaines qu’ils préparent le terrain. Dans tous les hôpitaux, les infirmières étaient préparées à une cotisation à 30 euros par les syndicats. Mais on ne va pas se priver d’assurer l’autonomie de l’ordre rien que parce que les syndicats ne sont pas contents. En revanche cette cotisation nous oblige. Il va falloir qu’on soit capable de produire des résultats d’ici la fin de l’année. Les gens veulent payer pour voir et c’est normal. C’est un terrible challenge. »

    Un monde nouveau...

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  • Le combat poignant des « Veuves de l’amiante »

    2005_0924%20BD%20Amiante.jpgL’affaire de l’amiante, c’est un monde d’une immense complexité, mais c’est aussi quelques chiffres. Ecoutons Pierre Pluta, le président de l'Ardeva (Association régionale de défense des victimes de l'amiante) du Nord/Pas-de-Calais, l’un des régions les plus touchées : « Près de dix personnes meurent chaque jour en France de l'amiante. Depuis la première marche de protestation, du 15 décembre 2004, la France compte 16.240 morts de plus tués par l'amiante. 100.000 morts programmés dans les deux prochaines décennies. » N’attendez pas de démenti.

    Autre genre de chiffre, qui fait bondir les victimes : les premières plaintes ont été déposées en 1994, et on parle d’un procès pour 2014. Ce qui explique la colère des familles, qui manifestent sous le nom des « Veuves de l’amiante », et posent cette question simple : combien de victimes vivront jusqu’au procès ?

    La semaine dernière, 250 personnes se sont rassemblées devant le palais de justice de Dunkerque. Une manifestation nationale est prévue pour le 13 juin. On sent que l’exaspération n’est pas loin. Où est le problème ?  

    S’agissant de l’indemnisation civile, les procédures pour reconnaissance de faute inexcusables comment à se roder. Mais, ces procédures se déroulent devant le Tribunal des affaires de Sécurité sociale (TASS), et l’association estime que le plan de suppression/réorganisation des TASS ne leur simplifie pas la tâche. ubxv4cyc.jpg

    C’est pire du côté des procédures pénales, avec deux griefs principaux, qui n’ont rien d’anecdotique.

    D’abord, la suppression des juges d’instruction. Les victimes de l’amiante sont bien placées pour savoir que le parquet n’a jamais été moteur, et que toutes les procédures résultent de plaintes des victimes avec constitution de partie civile devant les juges d’instruction.

    Ensuite, la raréfaction des moyens de l’enquête. Les « Veuves de l'amiante » avaient vu une grande accélération du dossier en janvier 2006, lorsque le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy et le ministre de la Justice Pascal Clément avaient annoncé le regroupement des moyens de l’enquête, avec une grosse équipe au sein de l’OCLAESP (Office Central de Lutte contre les Atteintes à l’Environnement et à la Santé Publique). Oui, mais voilà, les moyens de l’OCLAESP ne suivent pas. Pierre Pluta rappelle avec ironie avoir reçu un fax annonçant le renforts « à mon domicile dans la nuit précédant notre Assemblée Générale du 1er mars 2008, au cours de laquelle devait être annoncée une reprise des marches »… Aujourd’hui, il attend encore.

    Vient le plus compliqué. Le scandale de l’amiante n’est pas une spécifié française, loin s’en faut. En Italie, vient de s’ouvrir à Turin un procès pénal, sur plainte de 2.900 victimes, contre les dirigeants de la société Eternit. Alors, il y a la question des moyens, celle des techniques procédurales utilisées par les magistrats… Mais la grande différence est la loi, et en l’occurrence la loi « Fauchon » du 10 juillet 2000. Un petit rappel ? De tout temps la faute par imprudence ou négligence qui a causé un préjudice à autrui (blessures ou décès) engage la responsabilité civile – il faut indemniser, et on s’assure – et pénale : rendez-vous devant le procureur. C’est dans ce cadre qu’un conducteur auto qui blesse un piéton se retrouve en correctionnelle, de même qu’un médecin ou une infirmière pour des soins malheureux. Au cours des années 1999/2000, les juges d’instruction s’étaient aperçus que cette loi pouvait jouer pour les élus, et on retrouvait régulièrement un maire mis en examen pour un poteau électrique non sécurisé  ou une cage de handball mal fixée au sol… Les maires avaient commencé à dire qu’ils ne se représentaient pas en mars 2001 vu ce risque pénal, et la réponse a été la loi du 10 juillet 2000.

    camille-amiante-cancer.jpgCette loi, due à l’initiative du sénateur Fauchon, vise à protéger les « décideurs », donc les maires… mais aussi les patrons de société ou les responsables de santé publique, suivez mon regard.

    La responsabilité pénale pour faute de négligence ou de maladresse reste. Pour l’auteur qui a un lien direct avec la victime, rien ne change : la faute simple suffit. Mais pour le décideur, quand il existe des intermédiaires humains entre sa décision et l’atteinte à la victime, la loi demande que soit apportée la preuve d’une faute caractérisée. La loi définit des modalités assez complexes et la jurisprudence c’est pas encore faite, mais le bilan est bien là : les décideurs sont à l’abri. Je résume : chacun a droit à l’erreur mais pas à la faute, sauf les décideurs car seules leurs fautes d’une certaine gravité sont sanctionnées.

    Ca, ce n’est pas une affaire de manque de moyens, mais le fond du droit. Pour chaque victime, il faut prouver un lien de causalité certain entre l’état de santé et une décision individualisée, puis démontrer ensuite que chacune de ces décisions a le caractère de faute caractérisée. Très difficile quand la faute reprochée n’est pas une décision mais une abstention. Ces règles avaient joué dans l’affaire du Queen Mary 2. Le tribunal avait relaxé toutes les personnes poursuivies. L’arrêt de la Cour de Rouen sera lu très attentivement par les victimes de l’amiante.

    En définitive, c’est une vraie question qui se pose : les grandes affaires de santé publique peuvent-elles, en l’état de notre droit, être jugées au pénal ?

  • La saisie d’une éléphante

    div0045_elephante_au_ballon-2.jpgUn éléphant embarqué par la gendarmerie pour se refaire une santé dans un parc animalier… Non, ça ne se passe pas au Parti socialiste, mais au Cirque Zavatta. Tout rapprochement serait inconvenant.

    Samuel Cagniac, le frère du propriétaire du cirque Zavatta à Dijon fait semblant de s’égosiller quand il raconte l’affaire à l’AFP : « Les gendarmes sont montés dans la cabine du camion qui transportait l'éléphante et avec l'aide de dépanneurs sont partis vers une destination inconnue, en nous bloquant pour nous empêcher de les suivre ». Et voilà, depuis qu’on vous le disait : les gendarmes sont des bandits… Sacrée histoire que celle Kenya, une éléphante de 21 ans, profession bête de cirque qui, pas de chance, était tombée chez un boss au nom de légende mais aux pratiques crapoteuses et illégales, devenu un habitué des tribunaux s’agissant du non-respect des règles professionnelles.

    De fait, ce vendredi matin, juste après 6 heures, les gendarmes ont débarqué sur le parking d'un hypermarché à Quetigny, près de Dijon, où le cirque était stationné depuis plusieurs jours, et ont embarqué  Kenya pour « une destination inconnue », en fait un parc animalier du centre de la France.

    Le procureur de la République de Dijon, Jean-Pierre Allachi, n’accrédite pas la thèse du vol d’éléphant par une bande organisée que serait la gendarmerie. Non, il s’agissait juste d’exécuter un arrêt rendu le 11 mars 2008 par la Cour d'appel de Reims, confirmant une première condamnation du tribunal correctionnel de Troyes, ordonnant « la confiscation au profit de l'Etat de l'éléphante Kenya ».

    Le propriétaire du cirque Arsène Cagniac avait été condamné pour maltraitance à animaux, notamment car l'éléphante était logée dans un van trop exigu pour sa taille, a expliqué le procureur de la République. Le sympathique Arsène avait également été écopé de six mois de prison ferme et 500 euros d'amende pour « récidive d'ouverture non-autorisée d'établissement présentant au public des animaux non domestiqués sans certificat ».

    A l’origine, une plainte du secrétaire général de la Fondation Assistance aux animaux. Kenya, née en captivité, ne connaissait de la vie que les doux traitements du directeur du cirque. Avec à la clé d’importants troubles du comportement « du fait de l'absence d'espace, de l'absence de groupe social, du fait des numéros contre-nature qui lui sont imposés ». Ce à un point tel que la justice a ordonné la confiscation de l’éléphante.

    Une nouvelle vie commence. Bonne chance, Kenya !

  • Les Etats-Unis retrouvent les droits de l’homme

    photo_1234894683196-1-0.jpgJ’adore Susan Rice. Le monde entier discute des épaules découvertes de Michèle Obama chez les british, mais perso, peu me chaut : je suis accro à Susan Rice. Une locomotive du progrès. Pas de chichi, et la capacité à voir le monde tel qu’il est.

    Voici Susan.

    Obama l’a nommée ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, et ses déclarations de fin-janvier ne sont passées inaperçues.

    Ne boudons pas. C’est le retour des US au soutien du système des Nations Unies : « The United Nations is indispensable for making our world a better, safer place ». human-rights-abuse.jpg

    Et Susan Rice explique qu’Obama a une attitude différente vis-à-vis de la Cour Pénale Internationale, la première juridiction internationale permanente pour crimes de guerre, analysée comme « un important et crédible instrument ».

    Re-belote ce mardi, Susan Rice annonce que les US allaient chercher à siéger dès cette année au Conseil des droits de l'homme de l'ONU, à l’occasion du renouvellement électoral de ce mois de mai, « dans le but d'oeuvrer pour rendre cet organisme plus efficace dans la promotion et la protection des droits de l'homme ».

    Le Conseil des droits de l'homme est un organe intergouvernemental du système des Nations Unies, composé de 47 États, qui a succédé à la Commission des droits de l’homme, le 15 mars 2006, avec le but valse.gifprincipal « d'aborder des situations de violations de droits de l'homme et d'émettre des recommandations à leur encontre ».

    Cette décision est « en adéquation avec les nouveaux engagements de l'administration Obama vis-à-vis d'autres pays afin de faire progresser les intérêts sécuritaires américains et faire face aux défis mondiaux du 21e siècle », a indiqué un porte-parole du département d'Etat Gordon Duguid. Bref, les intérêts bien compris des US passent par une autre pratique internationale et la défense des droits de l’homme. Ce que confirme Hillary Clinton : « Les droits de l'homme sont un élément essentiel de la politique ».

    Ce soir, je valse avec Susan.

    Du scepticisme en politique, il en faut, et surtout s’agissant des relations entre les droits de l’homme et la  politique internationale. Il est bien évident qu’en voulant débarquer à Genève, dans un Conseil des droits de l’homme qui était devenu une sorte d’anti-Conseil de sécurité, les US d’Obama ont quelques idées de pouvoir en tête, et on regardera ça de près.

    Il reste que cette annonce de Susan Rice, c’est une très bonne nouvelle. C’est l’expression d’une vraie intelligence du monde. Car quelques soient les ambiguïtés et les défauts de ces droits de l’homme, seuls les pays qui les renforcent ont un avenir. Un pouvoir fort ou un dictateur peuvent gouverner, et marquer leur temps. Mais, à l’échelle de l’histoire, ce sont les hommes de paix et les défenseurs des droits qui gagnent. Les dictateurs ? De petits boutiquiers qui gèrent leurs stock-options d’impunité.

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    Pinochet courageux devant les juges
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