Avertir le modérateur

Société - Page 2

  • Le Gouvernement planté à Calais

    Notre gouvernement est absolument génial. Il a des plans pour tous, et la solution à tout. Il sait comment influencer l’OTAN pour aller dans les bonnes directions, trouver un avenir démocratique à l’Ukraine, créer un partenariat avec l’Arabie Saoudite pour stabiliser le Moyen-Orient, régler le problème d’AQMI au Mali, donner un avenir politique à la Centrafrique, redéfinir l’espace Schengen, éradiquer le problème DAECH, refonder le pouvoir politique en Syrie, imposer une situation à deux Etats en Palestine… et tant d’autres.

    En revanche, il est totalement planté pour régler le problème des 4000 migrants stationnés à Calais. Génie pour faire la leçon aux autres, et incapacité à traiter les affaires de la maison.

    Il faut dire que la situation de 4000 personnes à accueillir correctement, c’est un défi qui a de quoi terrasser l’économie française… Vous vous rendez compte,… 4000 personnes ! La situation est tellement déplorable que l’Etat a été condamné par le Conseil d’État pour « traitements dégradants », au sens de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme.

    De plus, pour trouver une solution, il faut aller négocier avec la Grande-Bretagne, ce qui constitue un bras de fer diplomatique titanesque… avec un État au moins aussi imperméable que la Corée du Nord…

    Quelle bande de rigolos ! Donneurs de leçons au monde entier, et incapable de traiter la situation de 4000 migrants avec un de nos partenaires privilégiés… Des années que la situation stagne, avec une ville placée sous tension, qui supporte dans l’indifférence nationale la lâcheté des pouvoirs qui se sont succédés depuis 10 ans. Un mépris abject pour les personnes concernées.

    Quelle réponse aux migrants ? Quelle réponse aux habitants de Calais ? Est-ce un enjeu qui dépasse les capacités de la France ?

    Jungle-Camp-Calais.jpg

  • Charlie crache sur le cadavre d’un enfant

    Amateurs de rire, voici un dessin qui va vous ravir tant il s’en dégage un puissant humour… Un grand moment à partager entre amis :

    108532752.jpg

    C’est sordide, propagandiste et islamophobe : c’est Charlie. Ce dessin, c’est l’histoire d’un enfant dont tout le monde connait le nom et l’histoire. Une vie broyée – votre enfant, le mien, tous les enfants – par la violence du monde. Après les attentats de Paris, la presse publie des biblios des victimes du terrorisme, pour leur rendre un peu de vie. Charlie crache sur le cadavre d’un enfant. Chacun son style.

    Un dessin de Charlie, franchement, je m’en contrefiche, comme tant d'autres… Tout le problème est que Charlie est devenu le panache blanc auprès duquel se rallient notre « gouvernement » et la flopée de ses cireurs de pompes : députés, presse, petits barons de province, mendiants de médaille…

    En réalité, il y a deux problèmes : Charlie qui pue, et la propagande gouvernementale qui colle à Charlie…

    Charlie qui pue

    La famille d’Aylan peut certainement faire un procès pour ce dessin, que Charlie a choisi de diffuser dans le numéro spécial « mémoire », à un million d’exemplaires.

    Un peu d’humour mal placé ? Non, une analyse vicieuse.

    Le sens du dessin est que cet enfant, dont le monde entier connait l’identité et l’histoire, était voué, comme ses coreligionnaires, à être un intrus, un pauvre d’esprit car non-occidental, un basané qui sera toujours étranger dans un monde trop élaboré pour lui. Tôt ou tard, le rupestre zarabe allait occuper son temps à agresser les femmes, en leur pelotant les fesses. Heureusement, sa mort a évité le passage à l’acte. Pour Riss, il s'agit de « migrants » et non de « réfugiés ». Marine approuve. 

    Une analyse très violente. Massivement violente pour la mémoire d’Aylan, pour le droit à l’intimité de la vie privée de cet enfant. C’est contre son gré que le monde entier connait son nom. Tant pis pour lui : Charlie ne respecte rien. Riss dézingue un gosse de trois ans.

    Riss va répondre qu’il ne faut pas en rester à une lecture simple, qu’il faut interpréter, contextualiser… Il faut chercher le sublime dans le crachat...

    Le problème d’Aylan, ce n’est pas le départ de Syrie, qui est le choix de ses parents. Quitter la Syrie en 2015…  tous les points de vue circulent, on en reparlera. Mais pour Aylan, la seule question est le devoir des Etats européens, tenus par leur constitution, la signature de la Convention sur les réfugiés et de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme d’accueillir toute personne en situation de précarité. Un impératif qui ne se discute pas.

    Les Etats signataires de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme – 48 Etats, un vrai bloc de civilisation incluant la Russie et la Turquie – sont tenus de respecter les articles 2 (droit à la vie) et 3 (refus des traitements inhumains et dégradants) en toute circonstance, et ils doivent agir préventivement pour s’assurer de l’effectivité de ces droits.

    Or, en septembre 2015, lors du décès d’Aylan et de ses proches, rien de sérieux n’était fait. Le sens de l’événement, c’est l’Europe – première puissance économique du monde – qui refusait de mettre à disposition des bateaux pour qu’aucun être humain ne meure noyé dans les eaux de la Méditerranée. En juillet 2013 à Lampedusa, le Pape l’avait dit, dans l’indifférence. Un enfant meurt parce que l’Europe manque à tous ses devoirs… Et Charlie se marre parce que cet enfant était programmé agresseur de femmes…

    Bien sûr que Charlie mérite un procès, mais le plus grave est ailleurs.

    La propagande

    Charlie publie ce qu’il veut, et basta. Là où ça devient grave, c’est avec l’idolâtrerie « républicaine » autour de ce journal nihiliste et provocateur, focalisé sur son chiffre d’affaires. La fusion « Etat-Charlie », c’est la catastrophe. La question n’est pas les frelatés de Les Républicains que sont Hollande et Valls… La question, c’est la France, un grand peuple, qui a tant à dire au monde, un membre permanent du Conseil de sécurité, que le monde entier observe.

    Associer Charlie et la République, c’est ajouter une bouse de plus au romantisme arrangé de notre histoire, après les guerres de religion, le roi et la reine décapités en place publique, la Terreur, le rétablissement de l’esclavagisme par Naboléon, les terrifiantes guerres de conquête par ce même criminel, la répression de la Commune de Paris par le gouvernement républicain, Jules Ferry et la supériorité de la race blanche, la colonisation destructrice, l’assemblée du Front populaire de 1936 remettant les pleins pouvoirs à Pétain, l’appareil d’Etat livrant les Juifs à Hitler, les crimes contre l’humanité dans les colonies, les Algériens jetés dans la Seine le 17 octobre 1961, la destruction de l’Afrique par la Françafrique…

    Et tant d’autres... Alors, aimer son pays, et toujours, mais (1) ne pas confondre le gouvernement et le pays, et (2) regarder les faits sans le maquillage, pour identifier les falsificateurs et les propagandistes, et les rejeter.

    Des journalistes abattus par des tueurs, c’est 100% de consensus de condamnation dans le pays. A commencer par la communauté musulmane qui sait les problèmes que lui posent ces criminels, dotés d’un petit pois vérolé à la place du cerveau.

    Mais Charlie, c’est no way. L’insupportable impératif « être Charlie » pour être un bon Français, comme certificat d’adhésion aux valeurs de la République, de la laïcité intégrée… Stop, please. Lisez Charlie, regardez le dessin d’Aylan. Si le dessin ne suffit pas, lisez « Mohicans », le livre de Denis Robert.

    Les dirigeants de l’Etat ont commis une faute grave en voulant faire de « je suis Charlie » un principe, alors que ce journal ne représente qu’un nihilisme catin et bourgeois.

    Dégage Charlie : tu pues.

    aylan-kurdi-reuters-150915.jpg

  • Il meurt lentement, de Pablo Neruda

    Joyeux Noël à toutes et à tous, et petit cadeau, ce magnifique poème de Pablo Neruda

     

    pablo-neruda_0.jpg

     

    Il meurt lentement
    Celui qui ne voyage pas,
    Celui qui ne lit pas,
    Celui qui n’écoute pas de musique,
    Celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux.

    Il meurt lentement
    Celui qui détruit son amour-propre,
    Celui qui ne se laisse jamais aider.

    Il meurt lentement
    Celui qui devient esclave de l’habitude
    Refaisant tous les jours les mêmes chemins,
    Celui qui ne change jamais de repère,
    Ne se risque jamais à changer la couleur de ses vêtements
    Ou qui ne parle jamais à un inconnu

    Il meurt lentement
    Celui qui évite la passion
    Et son tourbillon d’émotions
    Celles qui redonnent la lumière dans les yeux
    Et réparent les cœurs blessés

    Il meurt lentement
    Celui qui ne change pas de cap
    Lorsqu’il est malheureux
    Au travail ou en amour,
    Celui qui ne prend pas de risques
    Pour réaliser ses rêves,
    Celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
    N’a fui les conseils sensés.

    Vis maintenant !
    Risque-toi aujourd’hui !
    Agis tout de suite !
    Ne te laisse pas mourir lentement !
    Ne te prive pas d’être heureux !

  • Olivier Roy : « Ces terroristes sont des pieds nickelés, les mettre sur le même pied que la nation française est une insulte à cette dernière »

    A nouveau, le blog reproduit un écrit d’Olivier Roy, cette fois-ci sous forme d’une interview à Atlantico: « Ces terroristes sont des pieds nickelés, les mettre sur le même pied que la nation française est une insulte à cette dernière ». Merci Olivier... 

    Dans le même temps, je vous recommande cette autre interview d’Olivier Roy donnée à Libération le 3 octobre 2014 : «Le jihad est aujourd’hui la seule cause sur le marché». Remarquable capacité d’analyse… un an avant les attentats du 13 novembre 2015. 

    Il est toujours intéressant de lire Olivier Roy, car c’est un vrai connaisseur de l’Islam, historique et contemporain. Auteur de nombreuses publications, il dirige le Programme Méditerranéen à l'Institut Universitaire Européen de Florence en Italie.

    Atlantico, un vent nouveau sur l'info

    1507-1.jpg

    Atlantico : Le 19 novembre dernier, Manuel Valls annonçait la mise en place d’une structure de "déradicalisation" visant "des repentis que nous mettrons à l’épreuve afin de mesurer leur volonté de réinsertion dans la durée". Selon vous, une telle déradicalisation serait "absurde", puisque c’est précisément cette radicalité que ces jeunes recherchent. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

    Olivier Roy : La formule de Valls rappelle un peu trop la "ré-éducation" à la chinoise ou bien la "repentance" de l’inquisition catholique. Bref elle reste dans une vision très religieuse. Il y a deux problèmes ici : "déradicaliser" suppose que l’on perçoive le radical soit comme une victime qui s’est fait laver le cerveau (c’est la vision des parents), soit comme un repenti du style "maffia" c’est-à-dire quelqu’un qui négocie sa reddition, en échange d’informations ou de contrition. Ce que l’on manque ici c’est la trajectoire politique du radical, sa liberté, si j’ose dire : il a choisi, et, en tout cas de plus en plus, en connaissance de cause, car tout "radicalisé" sait ce qui se passe en Syrie, ou ce que font les terroristes, c’est-à-dire ce qu’il s’apprête à faire.

    Donc s’il se "déradicalise" c’est qu’il a compris l’impasse où l’emmène cette violence, bref il fait à nouveau usage de sa raison et de sa liberté. Il est normal qu’il paie un prix, surtout bien sûr s’il a participé à la violence. Ce qu’on attend de lui ce n’est pas la dénégation ("j’ai rien fait, j’ai été manipulé") c’est la responsabilité, car c’est cela qui lui permettra de parler aux jeunes et d’être entendu. Il faut donc arrêter ce discours paternaliste et moralisant, si l’on veut que la parole du "repenti" fonctionne. Car l’objectif ce n’est pas le salut du repenti lui-même (c’est une vision très chrétienne) mais leur impact sur les autres, bref leur utilité sociale.

    Atlantico : Lorsque vous traitez les terroristes de "pieds nickelés", considérez-vous que l’exécutif les prend trop au sérieux, du moins, dans leurs motivations ?

    Olivier Roy : Ce n’est pas une question de motivation ; c’est simplement qu’en parlant de guerre, en reprenant la terminologie même de Daesh ("Etat Islamique"), on rentre dans la propagande de Daesh, on en fait une vraie alternative à la civilisation européenne, on en fait une menace existentielle et non pas simplement sécuritaire, et on renforce donc son prestige et la fascination qu’il exerce sur tous ceux qui ont une volonté d’en découdre avec la société et l’ordre mondial.1507-1 (1).jpg

    Et puis ce sont bien des pieds nickelés : aucune sophistication ou complexité dans le fait d’arroser à la kalash des lieux bondés ; sans parler de ceux qui se font exploser sans tuer ou presque, ou bien du chef du commando qui appelle sa cousine pour savoir où dormir. Bref les mettre sur le même pied que la nation française est une insulte à cette dernière.

    Atlantico : Dans une tribune publiée par le New York Times, l’écrivain Kamel Daoud dénonce directement l’influence saoudienne, à travers la "Fatwa valley" qui aurait entrainé une wahhabisation des esprits. Quelle part de responsabilité attribuer à une simple recherche de radicalité, et quelle part attribuer à l’émergence de ce néo-fondamentalisme, dans la problématique actuelle ?

    Olivier Roy : Le salafisme n’est pas un virus transmis à de jeunes innocents par des imams payés par l’Arabie saoudite. Bien sûr, les pétro-dollars aident, mais dans les banlieues, on n’en voit ni la couleur ni l’odeur. Le salafisme séduit parce que c’est un produit qui correspond à une demande sur le marché du religieux. Il repose sur deux choses : la déculturation et la norme. A des jeunes qui ne se reconnaissent pas dans l’islam culturel des parents, il offre une apologie de leur déculturation "tes parents ne t’ont pas transmis l’Islam, et bien tant mieux, car ce n’est pas le bon Islam. Tu peux maintenant acquérir par toi-même la vérité", et cette vérité est une série de normes explicites (fais, ne fais pas). Le jeune devenu salafi est soudainement maître de la vérité, contre ses parents, contre ses anciens maîtres. Une belle revanche narcissique ! Ce qui bien sûr trace immédiatement une frontière entre le "sauvé" et l’ "impie" (que celui-ci soit musulman nominal, chrétien ou athée). Cette auto-exclusion de la société n’est pas forcément source de violence, mais elle offre une justification religieuse à celui qui part en guerre contre la société, contre toute société, au nom d’une communauté utopique.

    Atlantico : Dans une interview donnée à Marianne, l’universitaire Fewzi Benhabib, observe une progression de l’intégrisme à Saint Denis, et fait le lien avec son expérience algérienne des années 90. Quel regard portez-vous sur ce processus, que vous décriviez déjà, il y a plus de dix ans, dans votre livre "l’Islam mondialisé" ?3160v8yc+SL._SX307_BO1,204,203,200_.jpg

    Olivier Roy : Cela dépend comment on voit la relation entre ce qui s’est passé en Algérie et ce qui se passe en France. Je pense qu’il faut se méfier du prisme algérien (qu’on retrouve d’ailleurs dans la gauche tiers-mondiste qui explique souvent la radicalisation par la blessure coloniale). Le radicalisme islamique algérien s’ancrait dans une histoire profondément algérienne (mais où on retrouve aussi la "déculturation" produite par le colonialisme et la politique d’arabisation menée après l’indépendance). Il ne s’est pas exporté en France. Le salafisme prend racine directement.

    Par contre le phénomène salafiste dans les deux pays correspond bien à une crise de la relation entre culture et religion, et cette crise est bien en rapport avec la globalisation. La crise du religieux est bien d’abord une crise de la culture, et ici la distinction entre pays d’origine et pays d’immigration s’estompe.

    Atlantico : Comment lutter efficacement contre cette tendance ? Comment répondre aux angoisses des populations locales ?

    Ce sont deux choses différentes. L’angoisse porte sur l’inconnu, la menace interne que l’on n’arrive pas à identifier clairement : le barbu, la femme voilée, la mosquée, est-ce cela l’ennemi ? Le musulman est bien intégré en France : tout le monde a un copain musulman, parle avec le chauffeur de taxi musulman, blague avec le serveur musulman, a un collègue musulman, voire un chef de service musulman. Et pourtant il y a l’ombre du salafisme, une inquiétante étrangeté qui plane autour de ce qui est pourtant de plus en plus familier.

    Le problème lié à l’angoisse c’est justement la question du lien entre islam et radicalisation. C’est une question légitime, qu’un discours savant ou normatif ne dissipera pas. On sait bien que la radicalisation ne concerne qu’un petit nombre de jeunes. Mais nous sommes dans une société tellement sécularisée qu’elle ne comprend plus le fait religieux lui-même (et pas seulement musulman : la méfiance envers les prédicateurs évangéliques est très partagée). C’est justement là qu’il faut travailler : la normalisation du fait musulman comme fait religieux, sa banalisation et donc son insertion dans l’espace culturel français. Or le paradoxe est que toute apparition d’un signe religieux, surtout quand il est détaché de son origine culturelle, entraîne une réaction phobique (voile, halal). C’est ici ce qui distingue la France de ses voisins : non pas l’islamophobie, mais la phobie du religieux. Il faut repenser le rapport de notre société au religieux, et revenir à l’esprit comme à la lettre de la loi de 1905.

    Atlantico : Dans votre dernier livre, "la peur de l’Islam", vous renvoyez dos à dos une approche "droitière" de l’Islam visant à faire de chaque musulman un potentiel "djihadiste conquérant", et une approche "progressiste" ayant pour objet de nier tout lien entre actes terroristes et Islam, notamment à travers le slogan "not in my name". En quoi l’opposition entre ces deux visions est une impasse ?51XJZkI1TaL._SX305_BO1,204,203,200_.jpg

    Olivier Roy : Les deux visions sont "culturalistes", c’est-à-dire qu’elle ramène la religion a une identité et non pas à une foi. Pour la droite, tout musulman "culturel" reste prisonnier du Coran ; pour la gauche un musulman athée continue d’être qualifié de musulman, avec ici un sens quasi ethnique, lié à sa généalogie d’ancien colonisé. Dire le problème c’est l’islam, c’est bien faire de l’islam un invariant ; dire "not in my name", c’est bien  postuler aussi un invariant, le nom. Or dans un contexte de déculturation, le musulman croyant est contraint de s’interroger sur sa foi, de se poser en acteur religieux. Ce que ne comprennent ni la droite ni la gauche, pour des raisons différentes.

    Atlantico : Suite aux attentats du 13 novembre, le chef de l’Etat a choisi une rhétorique guerrière face à l’Etat Islamique. Quels risques prend François Hollande en persistant dans cette approche ?

    Olivier Roy : Simplement de ne pas gagner la guerre. Pas parce qu’on la perdra, mais parce qu’on ne fera pas de vraie guerre : envoyer un corps expéditionnaire contre Daesh. La guerre ici est une simple métaphore, mais il faut se méfier des métaphores guerrières : elles vous prennent au mot.

    Atlantico : Dans une lettre destinée à la jeunesse, l’ayatollah Khamenei déclare : "Les invasions militaires dans le monde musulman ces dernières années avec leurs innombrables victimes, sont un autre exemple de la logique contradictoire de l’occident" (…) "Je considère qu’imposer la culture occidentale aux autres peuples et banaliser les cultures indépendantes, est une forme de violence silencieuse et est d’une extrême nocivité". Alors que l’Iran combat l’Etat Islamique, comment interpréter cette déclaration ?

    Olivier Roy : Cela fait partie de la rhétorique des conservateurs iraniens. Depuis trente-cinq ans ils font tout pour apparaître comme étant à la pointe du combat anti-colonialiste et anti-impérialiste des peuples du Moyen-Orient, alors qu’entre deux petites guerres avec Israël par Hezbollah interposé, ils passent leur temps à faire la guerre au monde arabe sunnite (même s’ils ont de bonnes raisons, d’un point de vue nationaliste, de le faire). Et cette rhétorique ne convainc personne en Iran, mais c’est tout ce qui reste à la révolution islamique pour cacher le fait qu’elle n’est plus qu’une dictature nationaliste.

  • Psy : Ça suffit, appel du 1° novembre 2014

    Un pouvoir qui veut tout contrôler, qui veut nous voir obéir ; des affaires tristes transformées en cause nationale, comme s’il s’agissait de la casse de la société ; les amours funestes des trouillards et des persécutés de la responsabilité ; un législateur insaisissable qui troque l’hospitalisation sous contrainte et le soin sans consentement ; la psychiatre devient addict au sécuritaire, c’est une catastrophe... C’est aussi bien volontiers que je reproduits cet appel de l’excellent Collectif des 39. La base de tout, c’est le respect de la liberté du patient : « Les patients disent être infantilisés, peu ou pas entendus, surmédiqués, étiquetés, soumis à l’arbitraire, avec perte de la liberté de circuler et menace permanente de la chambre d’isolement ». Ce texte est aussi une pétition, et n’hésitez pas à signer.

    P10704771-1038x576.jpg

    Les faits sont là, têtus et implacables : Tandis que la demande de soins croît - notamment pour les enfants -, les moyens humains se raréfient : diminution des postes d’infirmiers, marginalisation scandaleuse des psychologues, raréfaction des psychiatres (publics et privés).

    La formation est manifestement insuffisante pour les infirmiers. Elle est réductrice, affadie et trompeuse pour les internes en psychiatrie, car la complexité de la discipline n’est que trop rarement prise en compte. Elle ne leur permet que trop rarement de choisir leurs options théoriques, de développer une pensée critique indispensable. Tous les étudiants subissent un formatage où règne la dimension binaire et réductrice du soin : aider le patient à comprendre ce qui lui arrive ne serait plus à l’ordre du jour. On leur apprend à traiter une maladie et non à soigner un être dont la souffrance représente aussi une protestation à accueillir. Il en est de même de la formation des éducateurs et des travailleurs sociaux dispensée dans les Instituts Régionaux du Travail Social : soumise aux diktats de la « qualité » et de « la bientraitance », réductrice et opératoire, elle est complètement inappropriée à la dimension relationnelle de la rencontre éducative.

    De plus, dans la vie quotidienne des services (publics ou privés), il n’y a plus de temps pour la transmission des savoir-faire, pour les réunions d’équipe, les échanges informels à propos des patients. Il faut, en revanche, consacrer du temps à remplir des petites cases avec « des petites et des grandes croix », remplir des obligations aussi ineptes que stériles pour qu’une pseudo qualité soit respectée, celle qui est imposée par la HAS. Cette Haute Autorité de Santé, institution antidémocratique, impose sans aucune retenue des protocoles étrangers à la culture des équipes soignantes, tyrannise par son souci d’homogénéité et de maîtrise de tous les acteurs, y compris la hiérarchie hospitalière. Comme organisme bureaucratique de haut niveau, elle « élabore » ses protocoles de soins pour tous. Or, en psychiatrie, le souci de l’homogène est anti thérapeutique, car le vif et le cœur de la pratique s’enracinent dans le caractère singulier de la rencontre thérapeutique : chaque acte de soin doit garder un caractère spécifique prenant en compte le contexte, l’histoire, ce que dit le patient du rapport à sa souffrance.

    En fait c’est la bureaucratie, aux ordres du pouvoir politique, qui décide : la méconnaissance autant que la stupidité tentent d’imposer aux professionnels par le biais de lois, de circulaires et autres décrets des kits de bonne gestion, de bonne conduite, d’aide à la gestion des humains, soignants ou soignés. Comme dans le meilleur d’un monde robotisé et soumis aux diktats d’un pouvoir tout puissant, dont les bras armés sont les directeurs des Agences Régionales de Santé -ARS- aux pouvoirs déjà exorbitants qui vont encore être étendus avec le projet de loi santé.

    Comment s’étonner alors du désarroi des familles devant l’isolement et l’enfermement (physique, psychique, symbolique) dans lesquels leurs proches se trouvent relégués tout au long de parcours de soins chaotiques, construits sur une multiplicité de soignants juxtaposés sans lien vivant. Comment ne pas comprendre la colère ou la détresse des familles face au peu de réponses qui leur sont apportées ou aux propos fatalistes, culpabilisants, ou péremptoires qu’elles entendent. Les patients disent être infantilisés, peu ou pas entendus, surmédiqués, étiquetés, soumis à l’arbitraire, avec perte de la liberté de circuler et menace permanente de la chambre d’isolement.

    Car les faits sont là : autrefois rares, les chambres d’isolement et l’immobilisation des patients deviennent un « outil » banal d’un milieu qui ne sait plus ou ne peut pas faire autrement. Cette banalisation inacceptable trouve dans les « protocoles de mise en chambre d’isolement » sa justification déculpabilisante.

    Le passage de « l’hospitalisation sous la contrainte » au « soin sans consentement » a permis l’extension de la contrainte jusqu’au domicile des patients, en ambulatoire. Les juges et les avocats, présents désormais en permanence à l’intérieur des hôpitaux, viennent cautionner, malgré eux, l’accélération des mesures de contraintes sous toutes leurs formes, là où ces professionnels du droit auraient dû venir défendre les libertés fondamentales. La plupart du temps la contrainte n’est pas imputable au seul patient, elle est une construction sociale et clinique.

    Tout cela dans un contexte où la loi HPST (Hôpital, Patients, Santé, Territoire), dénoncée avant 2012 par l’opposition d’alors, est toujours en place avec l’actuel gouvernement. Cette loi organise l’hôpital moderne selon l’idéologie de l’hôpital entreprise, posant le cadre de cette rencontre inouïe et impossible entre la santé publique et la logique néolibérale de la gestion et du profit.

    Que dire alors du secteur psychiatrique, cette « utopie nécessaire » qui a permis de sortir les patients des asiles, et qui a proposé une continuité des soins de proximité ? Tous s’accordent à le maintenir ! Mais tout en déclarant l’importance de ce dispositif, Mme Marisol Touraine veut tripler la population concernée par un secteur : de 70 000 habitants à 200 000. Si les parlementaires votent ce texte (inscrit dans la future loi de santé publique), le secteur risque de devenir une entité gestionnaire, un instrument de quadrillage, annulant alors les raisons mêmes de son existence.

    En pédopsychiatrie, la situation est très préoccupante. D’une part, nous ne pouvons plus accepter un délai d’attente de plusieurs mois pour une consultation, ou deux à trois ans (!) pour l’admission d’un enfant en structure spécialisée - quand elle existe… L’insupportable côtoie l’absurde. Par ailleurs, la politique du handicap, malgré quelques rares avancées sociales, produit des effets pervers majeurs. Actuellement nous vivons un double paradoxe : avec « un handicap », les enfants en grande souffrance accèdent plus difficilement aux soins, pendant qu’un grand nombre de simples « déviants » du système scolaire sont stigmatisés en handicapés. Mais pourquoi faut-il être handicapé, à coup de diagnostics psychiatriques et des certificats médicaux, pour pouvoir bénéficier de renforts purement pédagogiques (type l’aide d’un adulte non qualifié, AVS, ou classes à effectif réduit) ? Les agités, les redoublants, les indisciplinés etc…(le plus souvent issus des populations les plus précaires) se voient ainsi « psychiatrisés » par la voie généreuse du handicap. Nous récusons les mécanismes de récupération de la clinique psychiatrique par une politique du handicap qui transforme les marginalisés en anormaux.

    Alors, au nom de quels impératifs organise-t-on méticuleusement depuis des années cette politique destructrice ? Financiers, théoriques, sociaux, économiques, ségrégatifs ? Au nom de quoi devrions-nous accepter ?

    Pourquoi devrions-nous taire nos convictions ? Tout soin demande du temps : le temps de penser, de parler, de nouer des liens. Du temps pour comprendre, du temps pour que chaque collectif mette en place ses propres outils évaluatifs et ne perde pas ce temps précieux à répondre aux injonctions de l’HAS, dont la plupart des soignants reconnaissent qu’elles heurtent frontalement la dimension clinique de la pratique. Du temps pour une formation appropriée à nos pratiques, sans passer sous les fourches caudines de formations obligatoires qui organisent la disparition de la dimension singulière de chaque acte de soin.

    L’HAS, par sa collusion entre une pseudo-gestion au nom de la science et une pseudoscience au nom de la gestion, est en train, contrôles incessants et accréditations orientées à l’appui, de dépolitiser les questions de santé en les écartant du débat de nos démocraties.

    Dans les instances politiques, dans la cité, dans nos services, les espaces de débat et de contradiction deviennent rares ; l’absurde et la violence deviennent alors bien trop fréquents.

    Ouvrons de toute urgence ce débat public, national, citoyen ! 

    Organisons la riposte massive qui s’impose !

    Avec tous les réfractaires à la résignation !

    Avec tous ceux qui ne veulent pas cesser de se réinventer, de rêver, de créer !

    Avec toutes les associations syndicales, scientifiques et politiques concernées.

    Pour que la démocratie retrouve ses droits.

    Afin que puisse s’élaborer l’écriture d’une loi-cadre en psychiatrie.

    Une loi dont tous les patients, les familles, les soignants ont un besoin immédiat pour permettre une refonte des pratiques de la psychiatrie.

    Badges-dessin-Accueil.png

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu