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Sport - Page 5

  • Les Bleus n’auraient pas le droit de grève ?

    greve.jpgMoi, ils m’ont bien plu les Bleus organisés en piquet de grève. Au moins, c’est franc, ca change. Autre chose que Zidane qui refusait de parler à son coach et de prononcer son nom. Autre chose que ces discours à deux balles sur l’équipe qui nous fait rêver et toutes ces belles valeurs du sport...

    C’est au contraire une grève totale, comme n’osent même pas y songer Bernard Thibaud ou François Chérèque. Pourquoi les Bleus ne pourraient-ils pas faire grève ?

    Parce qu’ils ne sont pas salariés de la fédération ? D’abord, j’observe que maints mouvements de grève ne sont pas le fait de salariés : étudiant refusant le bénéfice des cours, artisans taxis indépendants arrêtant le travail pour défendre leur licence, médecins libéraux faisant la grève des documents administratifs pour protester contre la Sécu… Ensuite, si les joueurs sont d’abord les salariés de leurs clubs, il n’en reste pas moins que sélectionnés en équipe de France, ils effectuent une prestation sous la direction et la subordination de la Fédération, moyennant une rétribution, ce qui les place dans une relation salariale, même momentanée.

    Parce que leur statut ne prévoit pas le droit de grève ? Non, il leur est parfaitement légitime d’exercer ce droit fondamental, si bien protégé par les textes. L’article 7 du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 : « Le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent », art. 7 du préambule », d’abord. Mais aussi l’article 8 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, du 16 décembre 1966 et l’article 28 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Sans oublier les professions qui sont privée de ce droit, et pourtant l’exercent impunément, à comment par les magistrats.

    Parce qu’ils sont pleins as ? Avec ce qu’ils gagent, qu’ils la ferment ! Ah bon ? Alors, chères amies et chers amis, il va falloir définitivement renoncer à tout droit de grève en France. Mais bien sûr, car nous sommes tous d’authentiques nababs au regard par exemple des salariés indiens qui gagnent en moyenne 1,50 € par jour. arton2127.gif

    Parce qu’ils n’ont pas de motifs ? Le motif est tout à fait estimable. Il s’agit de la dénonciation d’une sanction idiote et arbitraire. Au vestiaire, et avec le moral dans les chaussettes, un joueur grommelle une injure, qui s’inscrit dans un contexte poisseux, et le coach passe outre. Il dit lui-même que l’affaire était réglée. Tout le monde est au courant, et il ne se passe rien, car on en a vu d’autres. Le lendemain, L’Equipe sort l’affaire, et le mec est viré sur le champ. Le motif n’est donc pas l’insulte proférée sous le coup de la colère, mais la publication de l’insulte dans la presse 24 heures plus tard. Prépare ton recours, Anelka, c’est très jouable.

    Parce que c’est disproportionné ? Mais ils n’ont pas fait grève du match, seulement grève d’une séance d’entraînement de une heure. Et ils se sont parfaitement exprimés : « Tous les joueurs de l’équipe de France sans exception souhaitent affirmer leur opposition à la décision prise par la Fédération Française de Football d’exclure Nicolas Anelka. La FFF n’a à aucun moment tenté de protéger le groupe. Elle a pris une décision sans consulter l’ensemble des joueurs, uniquement sur la base des faits rapportés par la presse. En conséquence, et pour marquer leur opposition à l’attitude adoptée par les plus hautes instances, l’ensemble des joueurs a décidé de ne pas participer à la séance programmée aujourd’hui. Nous n’oublions rien de nos devoirs. Nous ferons tout individuellement et bien sûr sur le plan collectif pour que la France mardi retrouve son honneur par une performance enfin positive. Les joueurs de l’équipe de France ».

    Dans une entreprise, quand ça se barre en coucougnettes à la base, il faut toujours aller voir à la tête pour trouver le vice. C’est pleinement valable pour les sports de haut niveau, et pour ce grand business télévisé et sponsorisé qu’est le foot. Un bazar tel que la ministre doit prolonger son séjour sur place…

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  • Qui veut plaider pour Domenech ?

    699375.jpgDomenech sera-t-il défendu par un commis d’office ? «  Je ne trouve pas les mots ». A ce stade, si je puis ainsi m’exprimer, il ne reste que trois solution : (1) maman, (2) le psy ou (3) l’avocat.

    Pour des raisons strictement personnelles, je laisserai les points (1) et (2), pour absence de compétence. Reste le point (3), avec cette question qui est celle de tout défenseur : l’innocence, car aucune faute n’a été commise – et je distingue bien l’erreur et la faute – ou les circonstances atténuantes – car des fautes ont été commises, mais elles ne sont pas si graves dans ce monde sans foi, et avec si peu de lois ?

    A 22 heures 55, je préparai le gibet pour notre Raymond-la-science, incapable d’analyser qu’en quatre ans, son équipe a tout joué de travers.

    A 23 heures 05, j’ai ressorti ma robe de défenseur, devant ces brochettes d’imbéciles satisfaits des plateaux télé, qui auraient tout largué dans un sens si la victoire avait été là, genre pénalty à la 89°, et qui déjà lâchent tout dans l’autre sens, parce que cette belle équipe du Mexique a marqué deux buts.

    Oui, certes, ce n’est pas si simple. Quels enseignements tirés de l’euro 2008 ? Pourquoi Thierry Henry sur le banc ? Anelka et Govou dans un autre monde, mais titulaires…, avant de tout changer à la mi-temps ? Ribery qui rame… Et des trous comme çà dans la défense… Et cette équipe blessée par un 1 à 0, et qui ne réagit pas. Le mal est profond.

    Bon. Ce soir, on sait qu’il faut une vraie configuration des astres pour se retrouver qualifié, et qu’avec un entraineur qui ne sait pas quoi dire à son équipe et une ambiance pourave dans l’équipe, ça n’aide pas. Mais, même si au fil du temps, Domenech s’est taillé le portrait du mec bon à recevoir, lui coller tous les torts, ce n’est pas crédible.

    Je plaide pour Domenech, un type sincère et très attaché à son job, et je mettrais bien en examen tous les dirigeants des clubs, qui tiennent le foot par le fric, pour destruction de l'esprit du sport, et les dirigeants de la fédération, pour non-assistance à sport en danger. Ce sont eux qui ont démesurément enflé la tête de ces braves, et au final sympathiques, joueurs, gavés de fric mais vivant des années sans repère. Ces jeunes joueurs ne sont pas victimes, gardons le sens des mots. Mais, ils sont formatés au régime de l'individualisme le plus strict, et de la loi de dividendes. Seul compte le résultat à court terme. Et on somme ce pauvre Domenech, grace à un stage à Tignes et quelques belles paroles, de récréer en quinze jours le grand esprit fraternel et coopératif d'une équipe, unie autour d'un drapeau...

    Au final, ce qu'on reproche à Domenech, ce n'est pas de perdre les matches. C'est de ne pas tenir, bon gré mal gré, une équipe de France qui ressemble à la France idéale, et qui ressemble tant à la France qu'on ne veut pas voir. Un passé glorieux, de belles traditions, des personnalités qui ont parlé au monde, un énorme potentiel, et malgré toutes ces chances, une équipe qui doute, recentre ses problèmes en interne, et qui ne se fait plus confiance.

    Domenech va déroullier pour un 0-2 devant le Mexique. C'est la règle. Mais dans la chasse à l'homme qui s'organise, je vois bien que l'entraineur national va devenir le réceptacle de toutes les rancoeurs de la France sur elle-même. Et ça, c'est injuste.

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  • Prostitution infantile : Que risquent les Bleus ?

    _45222476_stop-child-porn-manila466x3.jpgDes Bleus entendus dans une affaire de proxénétisme sur mineure. M6 a donné l’info, qui laisse un grand malaise.

    Tout part d’un enquête sur le proxénétisme, centrée sur une boîte de nuit parisienne. On y découvre des clients renommés, dont des joueurs de l’équipe de France de foot, et des prostituées mineures.

    L'un des deux journalistes de M6, François Vignolle, précise sur Europe1 : « Il y a quelques mois, un juge d'instruction a enquêté sur un volet de proxénétisme à Paris. Il travaille sur un proxénète présumé, un entremetteur, qui aurait proposé les services de filles à une clientèle, parmi laquelle figureraient quatre joueurs de l'équipe de France. Il faut rester très, très prudent, car deux d'entre eux ont été entendus en qualité de témoin et non sous le régime de la garde à vue. Aujourd'hui, on ne leur reproche rien, mais on va essayer de confronter leurs déclarations à celles qui ont été faites et recueillies au cours de l'enquête, à savoir celles des filles et peut-être celles du proxénète présumé ». cv_prostitution_1006.jpg

    Je n’en dirai pas plus, car rien de plus n’est publié. On ne sait rien des identités, et  merci de ne pas regarder tous les joueurs en se disant… Il est d’autant plus sage d’attendre qu’une instruction judiciaire est en cours, et qu’a priori ce se ne sera pas l’enquête la plus complexe de l’année.

    Non, intéressons nous seulement au cadre général, celui de la loi.

    François Vignolle laisse entendre qu’il n’y a pas eu de garde-à-vue, et donc qu’il n’y a pas d’accusation. C’est un peu plus compliqué. Les flics ont pu conduire une audition simple mais fructueuse, et la garde-à-vue n’est pas un élément de l’accusation.

    Ensuite, il est certain que le proxénète est celui qui organise, et pas le client. Mais avoir une relation tarifée avec une mineure est un délit. C’est l’article 225-12-1 du Code pénal, un délit créé en 2002 et renforcé en 2003: « Le fait de solliciter, d'accepter ou d'obtenir, en échange d'une rémunération ou d'une promesse de rémunération, des relations de nature sexuelle de la part d'un mineur qui se livre à la prostitution, y compris de façon occasionnelle, est puni de trois ans d'emprisonnement et 45000 euros d'amende ». Si le mineur a moins de quinze ans, c’est sept ans d'emprisonnement et 100 000 euros d'amende.

    SecPop250.jpgLa défense d’un des joueurs, rapportée par L’Equipe est qu’il ne savait pas que la fille était mineure. Sacré malin… Il doit avoir pris Frédo comme avocat ! Ceci dit, malgré les termes nets et précis de la loi, il est bien possible que le juge d’instruction n’aille pas trop creuser de ce côté là. Est en cause une affaire de proxénétisme, genre de dossier grave et complexe, et il peut d’avérer opportun de ne pas trop regarder le volet « client », pour ne pas charger la barque du dossier, et se concentrer sur l’essentiel. Mais le risque pénal demeure.

    Il y a aussi le disciplinaire, qui se dédouble: fédération et sponsors.

    Ces joueurs sont soumis au règlement disciplinaire de la Fédération Française de football, qui vise en son article 5-2 les « violations à la morale sportive, manquements graves portant atteinte à l'honneur, à l'image, à la réputation ou à la considération du football, de la Fédération » imputables à toute personne physique assujettie au droit de juridiction de la Fédération. Et la règle joue vis-à-vis de la fédération comme de leur club.

    C’est une règle disciplinaire générale. Des faits commis en dehors de la profession, mais rejaillissant de manière défavorable sur le contexte professionnel, peuvent l’objet de sanctions disciplinaires. Citons par exemple l’article R. 4127-31 du code de la santé publique : « Tout médecin doit s'abstenir, même en dehors de l'exercice de sa profession, de tout acte de nature à déconsidérer celle-ci ».

    L’autorité disciplinaire est souvent tentée d’attendre les conclusions du pénal, mais elle manque là à ses devoirs. A partir du moment où elle a connaissance de faits de nature disciplinaire, elle doit en vérifier l’existence et engager la procédure si ces faits sont avérés. Elle peut suspendre son action dans l’attente du pénal si elle prouve qu’il est impossible d'avancer car tout dépend de l’enquête. Ce qui est rare : le disciplinaire se prononce sur un comportement, et pas sur des qualification pénales.  Ecoutons le Conseil d’Etat : « S'il appartient au juge disciplinaire d'ordonner, le cas échéant, toute mesure d'instruction en vue de compléter son information, il ne peut, sans méconnaître sa compétence, subordonner sa décision sur l'action disciplinaire à l'intervention d'une décision définitive du juge pénal (28 janvier 1994, n° 126512).h-3-2037184-1271529454.jpg

     

    Donc les instances fédérales, et celles des clubs, doivent faire leur devoir. Faisons semblant d’y croire.

     

    Reste enfin la question des sponsors. On est ici dans le domaine contractuel, et chaque contrat définit son contenu. Un contrat jouant sur l’image prévoit certainement quelques contraintes quant au comportement général. De plus, le silence éventuel du contrat est complété par les règles générales d’interprétation, à commencer par le 3° alinéa de l’article 1134 du Code civil, qui dispose que les contrats doivent « être exécutées de bonne foi », entendu avec loyauté et fidélité à l’objet du contrat. Les sponsors vont donc vite réagir pour ne pas nous fourguer des produits frelatés…

     

    Alors, de justes mesures ou de beaux discours sur les droits des enfants et la lutte implacable contre la prostitution des mineurs? Les valeurs du sport, un modèle pour la jeunesse : c’est l’occasion de faire une petite vérification.

     

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  • L’OL dans les choux, et le stade aussi ?

    affiche-L-Ile-au-tresor-Treasure-Island-1950-1.jpgLe foot à Lyon c’est une belle histoire de fric, celui d’un boss Aulas Jean-Michel, ce qui ne regarde que lui, et de la communauté d’agglomération, ce qui nous regarde tous.  

     

    Depuis que je suis gamin, il y a l’OL. Des fois un peu haut, des fois un peu bas, parfois très haut, parfois très bas. C’est la vie, et ça va bien comme ça. Le foot à Lyon : pépère. Jusqu’à faiblir, se retrouver en seconde division, et voir arriver le sauveur : Aulas Jean-Michel, patron de la Cégid la semaine, et infirmier à Gerland le week-end. Une appellation prestigieuse récupérée pour 4 sous, une série de piqûres de fric, et l’OL remonte, et gagne, et gagne : 7 fois champion de France. L’OL est devenu l’ambassadeur d’image de Lyon. Vous descendez de l’avion à Buenos Aires, à Helsinki ou à Singapore, et le chauffeur de taxi fait le cador en vous expliquant qu’il connait Lyon, car à Lyon, il y a l’OL. Je lui explique les romains, la Renaissance, l’industrie, l’humanisme, la Résistance, les nouvelles technologies, la cuisine… Il s’en fout : il y a l’OL, et il y a eu Sonny Anderson.

     

    Aulas Jean-Michel, patron de l’OL, vit un mariage d’amour avec Collomb Gérard, maire de la ville, président de l’agglo, et sénateur un après-midi par an. Le principe est assez simple : Aulas Jean-Michel amène le fric, l’OL gagne les matches, la ville 3700211505246.jpgtouche les retombées, et Collomb Gérard renvoie l’ascenseur.

     

    Le truc, vous l’avez compris, a la tronche d’un compte d’exploitation. Pas de sentiments, mais des chiffres mon jeune ami… L’idée d’Aulas Jean-Michel est d’apporter le max de fric, pour qu’aucun club français ne puisse suivre le recrutement, pour avoir toujours la meilleure équipe, tout gagner, et devenir riche et célèbre… « Je me voyais déjà en haut de l’affiche ».

     

    En septembre 2007, soudain, c’est la grande scène du 8. Gerland (41 000 places) est trop petit, et catastrophe absolue et nationale, à cause de Gerland, la France ne pourra pas candidater pour accueillir l’Euro 2016. La paix dans le monde est menacée ! Il nous faut un stade de 62 000 spectateurs pour accueillir les 5 ou 6 matches du possible Euro 2016. Une dramaturgie insensée, et des cantiques entonnés par un cœur de non-vierges : Philippe Séguin, Eric Besson, Patrick Devedjian, et Michel Mercier, le régional de l’étape. Beau comme de l’antique. Or, malheur de malheur, comme on ne peut pas agrandir le stade pendant le championnat, il faut un nouveau stade,… et le gentil Aulas Jean-Michel est prêt à être propriétaire.

     

    Aulas Jean-Michel entend se sacrifier en construisant un stade privé dont il sera propriétaire, par souci d’épargner les finances publiques. Il paie pour environ 300 millions d’euros, trouve des sponsors (qui se cassent du fait de la crise), y installe un centre commercial, des hôtels, des bureaux d’affaires, et demande juste à la collectivité de payer pour les infrastructures. 18703592.jpgEt comme il s’installe en périphérie de Lyon, à Décines, il faut prévoir de quoi accueillir 7 000 voitures, avec des bus et tramways pour le surplus. Une sortie de stade de 60 000 personnes pour prendre le tram, ça sera très chou. Donc, il paie tout,… enfin presque tout, car le Grand Lyon, la communauté d’agglomération, doit payer les infrastructures, pour au minium 200 millions. 

     

    Tout ça pour permettre à la France d’être candidate pour l’Euro 2016 ! Qu’ils sont mignons quand ils nous prennent pour des andouilles.

     

    La réalité est beaucoup plus simple. L’Euro 2016 est un beau prétexte, mais un prétexte. La seule chose en jeu, c’est la finance de la SA OL, avec des actions en bourse qui ont fondu de 50% en deux ans. Aulas Jean-Michel confesse : « Les revenus tirés de la billetterie et des activités dérivées atteindront 80 millions d'euros par an, contre 22 millions actuellement ». De quoi acheter les meilleurs joueurs, gagner tous les championnats, remplir le stade et ainsi de suite. Sauf que le fric ne fait pas tout : pour la deuxième année de suite, l'OL est éliminé de la Coupe le France, de la Coupe de la Ligue et est à peine européen… Du coup, Gerland fait bien assez l’affaire !

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    Le risque est gros de voir l’OL patauger, empêtré dans des contrats trop coûteux, avec des performances qui chancellent, des spectateurs qui se barrent et un  grand stade avec une ambiance du genre Monaco amélioré. Le risque, évident, est placé sous une lumière cruelle par les piètres résultats de l’OL depuis deux ans. 60 000 personnes pour voir l’OL perdre devant Lorient, c’est pas gagné... Et pourtant Aulas Jean-Michel fonce. Patron avisé, il sait qu’à côté du stade, il y a son futur empire immobilier, porté par la notoriété du club. La rentabilité viendra du centre commercial, des hôtels et des bureaux d’affaires, devenus viables grâce aux investissements de la collectivité, qui prend le risque de tout payer pour un retour d’image nul. Et puis le club de foot, c'est une SA, et les actionnaires peuvent changer,... et d'autres investisseurs peuvent s'intéresser au club, pour devenir ensuite locataires du stade. Il faut être réactif dans la vie des affaires.

     

    Evidemment, les opposants sont nombreux, car l'impact sur l'urbanisme est lourd, et parait démesuré. Le premier supporter de l’OL, dragueur impénitent de tout ce qui ressemble à un patron lyonnais, Collomb Gérard, s’active en cuisine. Comme le PLU ne permet pas l’implantation du stade, il le modifie aussi sec. Deux fois, et deux fois annulé par la justice. Et il recommence une troisième fois. Nouvelle modification, aussi géniale que les précédentes, et nouveaux recours à prévoir.

     

    Alors, du foot à Lyon ? Pas de problème ! Comme à Bordeaux, à Lille, à Marseille ou dans d’autres villes, avec des clubs qui arrivent à amener du fric en gardant raison. La réussite de l’OL Land serait un enterrement pour le championnat de France : un club financièrement surpuissant, qui attire les stars payées à 300 000 euros le mois, et assèche les autres clubs, ce pour admirer le sourire carnassier d’Aulas Jean-Marie encaissant les 60 000 entrées payantes.

     

    Je souhaite le plein succès aux opposants de ce projet, et compte sur leur ingéniosité, en attaque comme en défense, pour un beau résultat : un à zéro, ce serait parfait. Même sur pénalty.

     

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  • Briatore : Une jurisprudence prometteuse

    P-3562-les-pieds-nickeles_621.jpgUne sacrée gamelle pour la FIA… Le jugement rendu par le TGI de Paris au profit de Briatore met en lumière un joli assemblage d’abus de pouvoirs et d’incompétences. Ces nouvelles aventures des pieds nickelés devraient donner des idées pour contrer les décisions parfois navrantes des fédérations sportives.  

     

    Je dois confesser que, bien que sensible à l’injustice, le cas de Flavio Briatore m’indiffère au plus haut point. Je n’ai jamais compris la passion qui entoure les courses automobiles. Vingt voitures qui tournent en rond sur un circuit et essaient de se doubler. Et puis cette débile et rituelle douche au champagne devant un écran de sponsors. Non, je ne suis pas accro.

     

    Mais en revanche, je salue comme une belle réussite le jugement obtenu par Flavio Briatore devant le tribunal de grande instance de Paris. Pour l'avenir du sport, il faut souhaiter que cette affaire donne l’exemple, et que les sportifs fracassés par des décisions aussi asthmatiques que prétentieuses des fédérations sportives se rebellent en poursuivant les recours jusque devant le juge de droit commun. Pieds_Nickeles_3.jpg

     

    Une fédération est un groupement privé, même quand elle est homologuée par une autorité publique, comme en France avec le ministère des sports. L’Etat ne s’occupe pas de tout, et c’est très bien. Mais en même temps, ces fédérations ont des pouvoirs considérables, et il leur est parfois difficile de faire face. Les fédérations comptent beaucoup sur le bénévolat et l’engagement des amateurs. Excellent pour  nombre de questions, mais un peu court, quand ça devient peu sportif et très juridique. C’est le cas en matière disciplinaire. Lorsque la fédération statue comme instance disciplinaire, elle doit respecter toutes les règles du procès équitable, comme un vrai tribunal. C’est très compliqué pour elle, car ce n’est pas son job naturel. Ajoutons que dans un groupe sportif, tout le monde se connait plus ou moins. Alors, pour peu que la procédure devienne un moyen de régler des comptes, ça vire au n’importe quoi. C’est ce qui s’est passé pour l’ami Briatore.

     

    L’affaire, tout le monde la connait. Au grand prix de Singapour, le 28 septembre 2008, la Renault conduite par Nelson Piquet Jr sort de la piste, provoquant l'entrée de la voiture de sécurité. Fernando Alonso en profite pour combler son retard et gagne la course. Dans son jugement, la FIA avait estimé « que les membres de l'écurie de F1 Renault, Flavio Briatore, Pat Symonds (directeur technique) et Nelson Piquet Jr avaient conspiré pour causer un accident volontaire.» Avec des sanctions maximales : virés à vie des circuits de la FIA. Le TGI de Paris ne dit pas qu’il ne s’est rien passé, mais il renvoie à la corbeille le beau jugement de la FIA.

    D’abord, la compétence de la FIA. « Sous couvert d'un ordre donné à ses membres, le Conseil mondial du Sport automobile (CMSA) a incontestablement infligé, fût-ce indirectement, une sanction à deux personnes, MM. Briatore et Symonds, sur lesquelles il n'avait pas autorité ». Selon les juges, tous deux sont en effet des « tiers à l'égard de la FIA », et en aucun cas des « membres ».

    60ce36723c17bbac504f2ef4c8a46995-2.jpgEnsuite, l’abus de pouvoir. Le tribunal pose la règle : « Si la FIA est fondée à émettre des normes générales de sécurité ou prendre des décisions de gestion, si elle peut sanctionner ses licenciés, ses dirigeants, elle ne peut prendre, à l'égard des tiers, des mesures équivalentes à une sanction ». Et il en tire les conclusions : « Le CMSA a interdit aux membres et licenciés de la FIA de travailler avec MM. Briatore et Symonds », alors  « qu’il n’a pas le pouvoir d'édicter cette sanction ».

    Enfin, les droits de la défense. « M. Briatore a constamment contesté, lors de la procédure d'enquête interne diligentée par la FIA, toute implication dans l'accident délibérément provoqué. Les investigations n'ayant pas abouti à une éviction définitive sur ce point, celle-ci est intervenue sur la base d'un témoignage anonyme de dernière minute, sans que le conseil de M. Briatore ait pu poser la moindre question à ce témoin ».

    Ce n’est évidemment pas la première fois qu’une fédération se fait remonter les bretelles par un tribunal de droit commun. Mais l’affaire a un impact particulier, et devrait encourager les sportifs victimes de ce genre d’abus de pouvoirs. Les sportifs font des recours, mais il en restent souvent aux instances internes, et préfèrent faire le dos rond, plutôt que de prendre le risque de gagner devant le tribunal le droit commun… et de se mettre à dos les instances dirigeantes de la fédération. C’est bien dommage.

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