14/10/2008
McCain, avale ton fouet !
McCain, avale ton fouet ! Le vieux soldat use les vielles ficelles du provocateur pour tenter de sauver sa campagne avec le racisme. Honte à McCain.
McCain et Palin nous offrent la campagne la plus pourrie que l’on ait vue depuis longtemps. Quand, devant mon écran, je les vois ouvrir le bec, je vais instinctivement aérer, tellement ça pue. Le destin de McCain est d’entrer dans l’histoire comme le vomitif du racisme US.
Il y a quelques mois de ça, John McCain s’est frotté les mains de voir Barak Obama l’emporter sur Hillary Clinton. Difficile de faire campagne contre une femme, et surtout une femme si expérimentée. Alors que le jeune sénateur, avec ses attitudes de rock star déconnectée. Et noir de surcroît. Non, pas vraiment noir. Métis, c’est-à-dire de nulle part. Avec un beau-père musulman. Une bonne cible. Je me refusais d’y croire. J’ai cru à des débordements. Je suis aujourd’hui convaincu que c’est un choix réfléchi, reposant sur des insinuations millimétrées. Ce qu’on appelle la provocation : en soi, le propos est limite, mais il cherche à légitimer les pensées les plus odieuses, sur le mode : « Ah lui aussi, il pense comme moi, mais il ne peut pas vraiment le dire. » McCain en perdition va chercher au fond des tripes américaines, les miasmes du racisme qui, seuls, peuvent le sauver. Miasme : émanation putride provenant de corps, de substances en décomposition.
Tout laissait penser que la campagne se ferait sur la politique extérieure. A commencer par l’Irak. Et si Obama avait pour lui d’avoir refusé l’entrée en guerre contre l’Irak, les sbires de McCain se délectaient de la leçon qu’allait donner le héros de guerre. L’uniforme comme une seconde peau. Et le couple de l’année – Poutine-Medvedev – qui posait ses chars en Ossétie : l’après-guerre froide se redessinait ? Du pain béni pour l’expérimenté McCain. Tu parles ! Rien.
La crise financière pointe son nez ? Même tableau. McCain tergiverse, suspend sa campagne, la reprend, flingue le plan, puis en fait l'éloge, en propose un autre, vote, dit le contraire. Et aujourd’hui commence à accabler Bush.
Sarah Palin nommée pour remettre l’ambiance. Comment ce vieil homme, 72 ans, malade, peut-il prendre le risque de voir un jour les Etats-Unis présidés par Sarah Palin ? Celle qui a commencé, et il n’y pas si longtemps, sa carrière politique dans un parti extrémiste et ségrégationniste. Celle qui vient de se voir reconnaitre responsable d’abus de fonction, en ayant viré le commissaire à la sécurité publique d’Alaska parce qu’il avait refusé de virer son ex-beau-frère. Celle qui n’est même pas capable de donner le nom des journaux qu’elle a lu le matin.
En réalité, de tout cela, les têtes d’œuf qui dirigent la campagne du héros fatigué de la guerre du Vietnam s’en fichent. Ce n’est que secondaire. La seule chose qui compte, et qui peut marcher, est de dessouder la personnalité d’Obama. Et là, c’est un boulevard pour l’Amérique qui sent le rance. Le petit truc puant qui peut faire la différence, rêve McCain. Oui, il en rêve. Le beau John s’endort après sa journée de travail en rêvant d’avoir réveillé le racisme qui peut lui amener la victoire.
D’abord, distille-t-il, Obama est-il vraiment américain ? Un père Africain de chez Africain. Un petit Barak qui grandit en Indonésie. Ajoutons un beau-père musulman. Et un long séjour à Hawaï, l’Amérique, mais pas vraiment l’Amérique. Sur les réalités de cela, il y en a des pages et des pages. Mais le vieux racisme des tripes ignore tout ce qui fait l’intelligence. 
Déjà en fin de semaine, ça partait en vrille. A force de chauffer les salles avec les sous-entendus les plus douteux, le résultat a été atteint. La haine d’Obama s’exprime toutes dents dehors dans les meetings du vieux soldat. Qui fait mine de se fâcher, pour calmer le jeu, tout en se frottant les mains. Ca marche. Ce vieux fonds raciste, que l’on ose même pas annoncer aux sondeurs, apporte un espoir de victoire. Le discours officiel calme le jeu? C’est pour aussitôt repartir, plus fort encore.
A quelques jours du troisième débat, McCain rigole en promettant de « fouetter son 'vous savez-quoi' », et de mimer le geste, mort de rire. Sinistre crétin. Le pire. Lors d’une rencontre avec des électeurs, une mamie déclare ne pas vouloir voter pour Obama car il est Arabe. Et le vieux croulant de McCain de répondre : "Non, c'est un père de famille décent et un bon citoyen". Tout le monde a compris : "Pas comme les arabes". Et là, le plus grave, c'est que McCain ne rigolait plus. Il était sérieux.
Quelle merde, ce racisme. Est-ce qu'on s'en débarassera un jour? 
01:17 Publié dans Blog, Web | Lien permanent | Commentaires (613) | Envoyer cette note | Tags : mccain, obama, racisme
12/10/2008
Marina Petrella : Le prix de l’incohérence
Marina Petrella : Le prix de l’incohérence. Marina Petrella est libre, tant mieux pour elle et ses enfants. C’était une décision attendue. Mais franchement, rien de glorieux, et que d’incohérences...
Incohérences d’abord de Marina Petrella. Certes elle n’avait que vingt ans quand elle a rejoint les Brigades Rouges. A l’époque, l’Italie paraissait cadenassée entre une démocratie-Chrétienne assise sur le scrutin proportionnel et des réseaux douteux tutoyant la mafia, un Parti communiste confortablement installé dans l’opposition, et la violence armée d’une extrême-droite peu combattue. La violence armée marquait toutes les grandes démocraties : France, Allemagne, Grande Bretagne. Il n’en reste pas moins que le passage à l’action violente n’avait rien d’obligé, pour le moins. Et Marina Pattrela n’avait pas fait dans la demi-mesure. Elle dirigeait la « colonne romaine » des Brigades Rouges, à une époque où ce groupe avait déjà beaucoup de sang sur les mains. C’était un choix réfléchi. Un choix dangereux pour elle, mais encore plus pour les autres, et ce au
nom de théories de bazar. En 1981, elle a été impliquée dans le meurtre d’un commissaire de police, et a été arrêtée. Libérée quelques temps plus tard, elle en a profité pour prendre la fuite et s’installer en France. En 1992, elle était convoquée à son procès, mais ne s’y est pas rendue, sachant qu’en Italie les arrêts de cour d’assises prononcés en l’absence de l’accusé restent définitifs. Elle a été condamnée en mars 1992 à la réclusion criminelle à perpétuité par la cour d'appel de Rome.
Incohérences de l’ami Mitterrand. Tonton pensait, à juste titre, qu’il y avait eut une sale période, que les temps avaient changé, et que les responsables politiques ont la charge globale du destin d’un pays. Ce qui signifie qu’ils encadrent l’action des juges. Théorie critiquable et dangereuse, mais que j’approuve dès lors que cet encadrement se fait par la loi. Et c’est là que notre Tonton se bloque. Pour ne fâcher personne, à commencer par les amis italiens, il affirme cela sous forme de déclarations, et ses exégètes, nombreux à l’époque, en font une « Doctrine Mitterrand ». Le rois gaulois a décidé. Or, il fallait trancher cette affaire par la loi pour modifier l’action des autorités compétentes, à savoir le Premier ministre, qui signe les décrets d’extradition, et la justice qui, bêtement, applique les lois. Rien de cela. S’est instaurée une situation molle, mais qui a permis aux anciens activistes de vivre tranquilles en France, à partir du moment où ils renonçaient à toute forme d’action ou de propagande politiques. Et c’est ainsi qu’a vécu Marina Petrella à Argenteuil, pendant quinze ans, retirée des affaires, mère de famille, assistante sociale de profession.
Incohérences de Nicolas Sarkozy. La droite de l’ordre décomplexé ne va pas s’en laisser compter. « Au nom de quoi le président de la République remettrait-il en cause des décisions de justice rendues à l’étranger ? » Ah, que voilà une bien bonne manière de poser le problème ! Quelle finesse dans la réflexion ! Mais il est vrai que pour obtenir les applaudissements de la foule, il faut savoir choisir. Et c’est comme cela que Marina Petrella, alors âgée de 54 ans, est arrêtée en août 2007 pour des faits commis en 1981. Le gouvernement prépare un dossier, et après un an d’intense réflexion, le 9 juin 2008, le Premier ministre, François Fillon, signe le décret d'extradition, contre lequel un recours devant le Conseil d’Etat est aussitôt formé.
Et ça continue. Le 10 juillet 2008, Nicolas Sarkozy adresse une lettre au président du Conseil des ministres italien Silvio Berlusconi, lui annonçant la future extradition de Marina Pettrela, et lui demandant sa grâce, « dès que possible », en soulignant que « son cas est cependant très particulier », puisqu’«elle est installée en France depuis 1993 », qu' « elle y a fondé une famille et n'a jamais enfreint nos règles ». Se prenant en retour une remontée de bretelles par le président de la République italien Giorgio Napolitano, qui lui explique que les grâces sont de son domaine, et non de celui du chef du gouvernement, et que l’Italie a ses règles pour se prononcer. Bing bing.
Le recours en annulation du décret devait être examiné devant le Conseil d’Etat ce mercredi. Intéressant de savoir ce que la justice allait en penser. Et bien cette pensée restera secrète, car ce samedi, le Premier ministre François Fillon a abrogé le décret qu’il avait signé le 9 juin 2008. Quand je pense que ce sont les mêmes qui gèrent la crise financière, j’ai quelques inquiétudes, mais là je suis hors sujet. Pas sûr.
Le décret est abrogé par application d’une clause, prévue dans la convention d'extradition franco-italienne de 1957, permettant de ne pas extrader une personne en raison de son âge ou si cela entraîne des conséquences d'une «gravité exceptionnelle» sur sa santé.
Petite précision. Dans la famille Bruni Tedeschi, on cultive la discrétion, c’est bien connu. Souci de discrétion qui amène l’actrice et réalisatrice Valeria Bruni Tedeschi, soeur de l’épouse du président français Nicolas Sarkozy, à raconter le 21 juillet 2008 dans le Corriere della Sera qu’elle entretient des relations amicales avec Marina Pettrela, et qu’elle lui rend visite en prison pour lui apporter son soutien. En fait, c’est un détail qui n’a rien à voir : il est bien certain que sur un dossier traité avec une telle maestria, les amitiés de la sœur de Madame ne sauraient attendrir la raison d’Etat.

12:53 Publié dans Blog, Web | Lien permanent | Commentaires (104) | Envoyer cette note | Tags : petrella, extradition, brigades rouges, justice
11/10/2008
Qu’est-ce qu’on fiche encore avec de Gaulle ?
Qu’est-ce qu’on fiche encore avec de Gaulle ? Après les avenues et les giratoires, voici le Mémorial. Et 4000 m² s’il vous plait ! Il ne manque que le jumelage avec Vercingétorix.
La France n’arrivera-t-elle jamais à se débarrasser de la tutelle du général de brigade à titre temporaire Charles de Gaulle ? Très franchement, cette religion républicaine reste une curiosité.
Je vous rassure. Il m’est arrivé de lire des livres d’histoire, et je n’ignore pas tout de ce qui s’est passé autour du général de Gaulle à Londres, à partir de la mi-juin 1940. Je sais aussi deux ou trois choses sur les réussites du gouvernement de la France, après 1958. Figurez-vous qu’il m’est même arrivé de lire la constitution, et d’en apprécier les vertus. Oui, mais il n’est pas la peine d’insister, car ces choses sont très bien vantées, et les plumes flatteuses bataillent encore par légion entière. 
Ce qui me gêne davantage, ce sont les bilans faits d’une seule colonne. Ce que je déplore, c’est l’instrumentalisation glorieuse d’une histoire, pour masquer les misères. Ce qui me peine, c’est la stagnation de la pensée politique qui entend, à partir de cette fiction entretenue, marquer une spécificité française devant le monde. L’avenir par une pensée de droite assumée ? Pourquoi pas, et pourquoi pas non plus, par une pensée de gauche sereine ? Mais qu’avons-nous à faire de ces falbalas d’un destin gaulliste de la France ?
Prenons le plus fameux. Tout ne m’émerveille pas dans l’action de de Gaulle depuis Londres. Loin de là. A commencer par cette volonté de refuser autour de lui toutes les personnalités qui traduisaient une continuité républicaine, et notamment Jean de Kerillis. Par ce choix de n’avoir rien entrepris pour libérer les célèbres prisonniers politiques de Pétain : Jean Zay, Georges Mandel, Paul Reynaud. Et puis, il y a cette réécriture de l’histoire sur son propre sort, dans les Mémoires de Guerre, en affirmant avoir été condamné à mort en août 1940 suite aux initiatives du ministre de la justice Raphael Alibert, alors que c’était sur le fondement de nouvelles poursuites engagées par le maréchal Pétain, le lendemain de sa prise de pouvoir. Epargner Pétain, en mentant avec les faits... Et les pratiques du pouvoir pour reprendre pied à Alger, et s’imposer. Bien sûr c’était la guerre, et la période était rude. Mais quand même ! Mystification ensuite d’une Libération qui devait tant aux Alliés, lesquels furent vite décrits comme des amis menaçants. Quel dommage.
La gloire politique ? Les chemins les plus sombres, oui. Rejeté en 1946 du fait de son insupportable autoritarisme, le grand homme eut pour seul but d’organiser sa revanche, multipliant les coups bas contre la IV République, à partir ce cette arme qu’était le RPF, Rassemblement du Peuple Français. La cible première étaient les instituions en place : une grande aide pour un pays confronté à la reconstruction et la Guerre froide. Merveilleux esprit républicain aussi, par l’instrumentalisation de la cause algérienne. Ceci pour revenir – enfin – au pouvoir, en 1958, et en repartir onze ans plus tard, laissant le pays sans réponse après les traumatismes mis en lumière par Mai 68. Visionnaire de la décolonisation ? Mais la France est-elle le seul pays à avoir géré pendant cette période la fin d’un Empire ? Et d’autres n’ont-ils pas choisi des voies aussi méritoires, et plus efficaces à long terme ? 
Le fait n’est pas dire qu’il n’y auarait eu que des erreurs et des échecs. Ce serait parfaitement idiot. Mais la gloriole du moment s’est transformée depuis en glorification, et là, ça tourne au ridicule. Il existerait ainsi une vision gaulliste du pouvoir. Comme cela, unique au monde, et rien pour nous, français de légende. Cette idée entretenue d’une France au dessus du lot est une catastrophe. Elle nourrit, encore, un nombrilisme pitoyable et redoutable dans ses effets, tant il empêche de voir le monde tel qu’il est. Notre histoire vaut celle des autres, arrêtons la fanfaronnade.
Ce qui est le plus affligeant, c’est la religiosité actuelle autour des reliques. Pour affronter les défis de 2008, ceux d’un monde ouvert aux quatre vents, mobile, réactif, la droite garde la référence à l’homme de la centralisation et du pouvoir personnel, à celui qui faisait rêver d’une France faite d’un trait depuis les gaulois, blindée dans ses frontières, et regardant l’Europe de haut.
Après une grosse intervention, un malade ne peut marcher sans ses béquilles. Soixante ans après, il peut remiser ses béquilles à la cave.
16:07 Publié dans Blog, Web | Lien permanent | Commentaires (69) | Envoyer cette note | Tags : de gaulle, gaullisme, histoire, france
10/10/2008
Suicide en prison : Ce que dit la jurisprudence
Suicide en prison : Ce que dit la jurisprudence. Quatre vingt-sept détenus se sont suicidés en prison depuis le début de l'année. Un chiffre élevé, mais pas si éloigné des niveaux atteints les années précédentes. Le nombre de suicide en prison est sept fois supérieur à celui observé dans la vie courante.
Le suicide est d’abord un geste individuel, souvent impulsif . Mais en détention, l’Etat qui, au nom de la loi, a privé une personne de liberté, supporte un devoir de surveillance. Et une faute dans le fonctionnement de la prison est de nature à engager la personnalité de l’Etat. Pendant longtemps le Conseil d’Etat exigeait des familles qui exerçaient un recours la preuve d’une faute lourde, et les condamnations de l’Etat étaient rares. Désormais, la responsabilité de l'Etat est engagée pour un simple faute. Il n’est pas nécessaire de prouver l’existence d’une faute lourde ou d’une succession de fautes.
Voici quelques décisions de justice récente, condamnant l’Etat suite à des suicides de détenus. Ces résumés de quatre jugements retenant la responsabilité de l’Etat sont éclairants sur les évolutions d’un contentieux qui se développe.
1/ Détenus majeurs
Conseil d’Etat, 31 mars 2008 (N° 291342)
Un détenu, écroué en maison d'arrêt depuis 6 mois, souffrait d'un syndrome dépressif nécessitant un traitement psychotrope. Il avait déclaré à plusieurs reprises qu'en cas de condamnation il mettrait fin à ses jours. Le 29 mai 1998, il avait été condamné par le tribunal correctionnel à une peine de quatre ans d'emprisonnement, et avait réitéré ces menaces. En réponse, il y avait eu à son retour en détention, un signalement, puis deux entretiens, avec un surveillant pénitentiaire et l'infirmière psychiatrique. Le détenu avait été ensuite placé en cellule, avec un autre détenu. Il s'était donné la mort le lendemain au matin, en absorbant une quantité importante d'antidépresseurs.
Cour administrative d'appel de Marseille, 6 mars 2006, N° 04MA01337
Un homme qui était incarcéré en centre de détention depuis environ un an, s'est suicidé par pendaison. Au cours des jours qui ont précédé, plusieurs surveillants avaient noté des anomalies dans son comportement. Le psychiatre l’avait examiné le 22 janvier 1998, mais n'avait pas relevé de tendance suicidaire, l’estimant perturbé, et il avait prescrit aux surveillants de lui porter une attention particulière. Le 25 janvier 1998, le détenu fut placé dans le quartier disciplinaire pour avoir agressé un autre détenu. Le 26 janvier 1998 vers sept heures trente, le gardien de ce quartier, dans lequel étaient alors placés sept détenus, l'a entendu crier pendant plusieurs minutes, puis a vu s'allumer dans son bureau le voyant correspondant à une commande placée dans la cellule de ce détenu. Ce n'est qu'environ neuf à treize minutes après avoir entendu le début des cris que le gardien, qui avait entre-temps commencé à distribuer de l'eau chaude aux détenus avec deux autres surveillants, a découvert que cet homme s'était pendu avec des lanières de drap à la grille d'aération de la cellule. Le détenu était encore en vie lorsqu'il a été découvert, mais il est ultérieurement décédé malgré les soins qui lui ont été administrés. Pour la Cour, le surveillant du quartier disciplinaire, qui avait identifié les cris comme étant ceux de ce détenu, dont il avait lui-même noté la veille qu'il avait un comportement anormal, a commis, en se rendant tardivement à la cellule une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
2. Détenus mineurs
Conseil d'État, 9 juillet 2007, N° 281205
Un mineur libéré le 19 septembre 1996 à l'issue d'une première incarcération, avait été de nouveau placé en détention provisoire le 12 octobre 1996, par le juge pour enfants. A la suite de cette incarcération, il avait rencontré des difficultés psychologiques d'adaptation au milieu carcéral qui avaient conduit l'administration pénitentiaire à le mettre en formation afin qu'il soit placé dans un milieu collectif. Le 5 novembre 1996, il a été condamné à une peine de 5 mois d'emprisonnement ferme par le tribunal pour enfants. De retour en prison, il avait eu un bref entretien avec le surveillant principal responsable du quartier des mineurs, mais aucun accompagnement particulier tenant compte de son état psychologique n'a été prévu. Pour la nuit, il fut placé dans une cellule individuelle, et mit fin à ses jours dans la soirée du 5 au 6 novembre vers minuit. La ronde de surveillance prescrite à partir de 23h30 n'avait pas été effectuée. Ces défauts de vigilance engagent la responsabilité de l'Etat.
Cour administrative d'appel de Nancy, 17 mars 2005, N° 00NC00415
Un mineur, incarcéré le 18 mars 1994 à la maison d'arrêt de Reims suite au non-respect des obligations du contrôle judiciaire, s'est suicidé par pendaison le 29 mars suivant en utilisant la ceinture de son co-détenu.
La fragilité psychologique de ce mineur et les risques d'atteinte à son intégrité physique avaient été signalés à l'administration pénitentiaire par le juge d'instruction. Le jeune homme été placé dans une cellule partagée avec un autre détenu mineur en vue de contrarier ses tendances suicidaires et, le cas échéant, de donner l'alerte en cas d'incident. Mais, le fait d'avoir laissé la ceinture de ce co-détenu à l'intérieur de la cellule constitue, eu égard à l'état psychologique de M. X, une méconnaissance des dispositions réglementaires (Article D. 273 du code de procédure pénale).
En outre, dès qu'il a constaté, vers 2 heures 40, lors d'une ronde, que le jeune venait de se pendre, le surveillant principal a alerté un autre surveillant qui a prévenu les secours. Or, ces deux surveillants auraient dû, face à la situation de péril imminent qui menaçait le jeune homme, qui était alors encore en vie, pénétrer dans la cellule pour lui porter assistance et aider son co-détenu qui le soutenait, sans attendre l'intervention des secours qui n'ont pu que constater le décès du jeune homme lors de leur arrivée dix minutes plus tard.
Ces deux fautes engagent la responsabilité de l’Etat.

07:37 Publié dans Blog, Web | Lien permanent | Commentaires (93) | Envoyer cette note | Tags : prison, suicide, responsabilité
09/10/2008
L’aveu, talisman d’un moralisme neuneu

L’aveu, talisman d’un moralisme neuneu. Sept ans de prison pour des prunes. Sept ans de prison pour des aveux extorqués par le brigade criminelle,… et qui étaient bidon.
Le malheur de Marc Machin commence avec le drame qu’est la mort de Marie-Agnès Bedot, le 1er décembre 2001. A Neuilly, ce matin d’hiver, cette mère de famille de 45 ans se rend à son club de gym. Alors qu’elle est sur le pont qui enjambe le métro, elle est tuée à coups de poignard. Grande émotion, ô combien justifiée, et l’enquête est confiée à brigade criminelle, le très apprécié service de la police judiciaire.
L’affaire ne traîne pas. Une dizaine de jours plus tard, un marginal de 19 ans, Marc Machin, connu comme un habitué du secteur, est arrêté, et placé en garde-à-vue. Un infirmière explique qu'il l'a importunée quelques jours plutôt. Alcool, sheet, clochardisation… tout ça ne fait pas le mobile d’une agression, mais un type qui vit comme cela peut, un jour de vrac, faire n’importe quoi. Marc Machin, devant le policiers, nie l’agression. La garde-à-vue est prolongée, et le 14 décembre, alors qu’expire le délai des 48 heures, Marc Machin, interrogé par l’un des plus expérimentés policiers de la brigade criminelle, craque et passe au aveux. Oui, c’est lui. Et son récit colle à ce que l’on sait des faits. Fin de la garde-à-vue, présentation à un juge d’instruction, mise en examen pour meurtre et mandat de dépôt.
Depuis la prison, Marc Machin se rétracte. Ce n’est pas moi. Ce sont les flics de la crim’ qui ont su me faire parler. Quoi, mettre en cause la brigade criminelle ! Ah, sacré Machin. Mais les flics de la crim’ ne frappent pas ! Le certificat médical ne dit rien. Et devant le juge d’instruction rencontré à l’issue de la garde à vue, Marc Machin a confirmé ses déclarations. Ca ne prend pas. Ce n’est que la défense malheureuse d’un homme qui joue gros. Un homme qui peine à s’assumer sa vie fuit ses responsabilités... Ce n'est pas nouveau. La justice en a vu d’autres. En 2004, puis sur appel, en 2005, la cour d’assises le condamne à dix-huit ans de réclusion.
Quelques jours après le second procès, le 3 mars 2008, David Sagno, un SDF de 34 ans, se présente au commissariat de la Défense, et s’accuse du meurtre de Marie-Agnès Bedot. Il donne des détails troublants, notamment le contenu du sac de sport de la victime, sac qui n’a avait pas été retrouvé.
Une procédure de révision est engagée, mais la justice doute encore, et Marc Machin reste en prison. Le 4 juillet, il craque et frappe un gardien. Rajoutez 4 mois. Entretemps, un test ADN peut être pratiqué, et on retrouve des traces de l’ADN de David Sagno sur la victime.
Ecoutons l'avocat de Marc Machin, Maître Louis Balling. « On s'est contenté d'aveux qui n'étaient pas circonstanciés et qui ont été tenus à un moment très particulier de la garde à vue, quasiment à la fin, par un jeune qui n'a pas de structure et de maturité suffisante. Marc disait avoir pris conscience de ce qu'il avait fait en voyant une femme à ses pieds, en sang, alors qu'il était lui-même armé d'un couteau. Mais il n'y avait aucun élément permettant de corroborer son récit. Les aveux, il faut essayer de les travailler, avec des vérifications techniques et scientifiques. »
Marc Machin ajoute. « Je suis content, je n'ai jamais perdu espoir. C'est un grand pas de fait, je suis un peu plus serein. La justice, je leur pardonne à moitié, c'est surtout aux enquêteurs de la brigade criminelle que j'en veux. » Et en particulier au commandant de cette brigade, qui lui avait extirpé ses aveux bidons.
Marc Machin est libre. Mais la condamnation reste. La commission de révision des condamnations pénales (CRCP), composée de cinq magistrats de la Cour de cassation, peut demander un nouveau jugement, ou d’elle-même, si elle estime un nouveau procès inutile, annuler la condamnation.
Pas glorieux pour la justice, qui n’arrive à conduire un examen critique des aveux obtenus par la police. Surtout quand il s’agit de la brigade criminelle… Et faute grave pour la police, qui fait avouer ce qui ne s’est pas passé. Inquiétant sur les pratiques de ces experts. Mais au dessus, il y a l’archaïsme de la procédure pénale, qui ne s’est pas encore émancipée de son moule napoléonien, et hésite à adopter un autre modèle, celui des droits de la défense dès qu’il existe une accusation, dès la phase policière.
Qui nous débarrassera de cette culture de l’aveu, fondée sur la simplification du travail et le moralisme neuneu ? 

07:55 Publié dans Blog, Web | Lien permanent | Commentaires (34) | Envoyer cette note | Tags : justice, marc machin, aveu, brigade criminelle










