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Afrique - Page 3

  • Pourquoi demander pardon quand on est innocent ?

    Demander pardon quand on est innocent ? Eric Breteau, aux derniers instants de son procès, a du bout des lèvres demandé ce pardon. Un retournement décisif.

    La scène se passe à la fin de l’audience. C’est un moment classique : l’accusé doit avoir la parole en dernier. L’avocat a fini de plaider, et le président demande à l’accusé s’il a quelque chose à ajouter avant que la cour se retire pour délibérer. Toujours une grande intensité.

    Et que dit Eric Breteau ? Quelques mots qui comptent, bien repris par la presse, mais vite ensevelis sous les commentaires du verdict.

    « S'ils sont Soudanais, nous les avons privés d'un avenir meilleur. S'ils sont Tchadiens et qu'on nous a menti, si nous les avons séparé de leurs familles, nous sommes navrés, sincèrement désolés, car nous n'avons jamais voulu séparer des familles ».

    Donc, Eric Breteau embarquait les enfants sans savoir qui ils étaient, et sans savoir s’ils étaient orphelins ou non ; ils les emmenait loin des frontières, et non dans un centre éducatif sur place, sans aviser ses interlocuteurs locaux. Eric Breteau n’acquiesce pas à toute l’accusation, et mais la thèse de l’innocence ne tient plus. Ce qui devrait calmer ses supporters. 

    Question. Pourquoi avoir plaidé l’innocence, pour changer de ligne quand le procès prend fin? Le procès aurait eu une tout autre tournure si les débats s’étaient engagés sur cette voie, quittant le déni absurde pour des mots de vérité, c’est-à-dire aussi de reconnaissance des réalités africaines.

    Autre question. Pourquoi avoir plaidé comme un bloc, alors que les rôles ont été très différents. A commencer par l’infirmière qui avait manifesté ses réserves sur l’opération. Cette défense en bloc affaiblit les critiques contre l’arrêt qui, injuste sur ce point, aligne toutes les peines au même niveau. Mais n’est-ce pas une réponse à la ligne de défense: tous solidaires, tous innocents ?

    La raison a été un mépris pour les juges tchadiens, et les déclarations qui ont suivi le verdict le soulignent jusqu'à la caricature. Ce procès n’était qu’un mauvais moment à passer. Et l’essentiel était d’hurler le plus possible à l’injustice pour amener le gouvernement français à demander au plus tôt le rapatriement de ses aventuriers de quatre sous.

    Et le procès a-t-il été si mésestimable? Certainement pas. Griefs définis, instruction d'environ deux mois ayant permis de dégager l'essentiel des faits, libre choix des défenseurs, liberté d'expression allant jusqu'aux contacts avec les journalistes depuis la prison, possibilité de plaider en droit et en fait, publicité du procès, auditions de témoins et des victimes. Les magistrats? Quels faits objectifs permet de mettre en cause, sur cette affaire, leur indépendance? Il y avait certainement à améliorer, mais ce n'était pas une parodie de justice. Voulez-vous que l'on parle de la justice de l'ami Poutine à Grozny ?

    Il reste la dureté du procès pénal. Mais réagir au cas par cas, avec pour critère l'empathie, ne mène pas loin.

    La justice pénale est une affaire publique, qui dépasse le sort de personnes concernées. La réduire à un marchandage serait se préparer des rendez-vous difficiles. Alors que le Paris-Dakar va lancer ses bolides à travers ces pays de pauvreté, un minimum de retenue serait bienvenue, après de telles fautes. Ce soir, mon cœur est africain.

  • Kadhafi : La palme de l'hypocrisie

    A qui reviendra la palme de l’hypocrisie après la visite de Kadhafi ? Les candidats sont nombreux.

     

     

    Le seul jury qui compte est le peuple libyen, et sa tâche est en réalité facilitée par le magnifique défilé des outragés d’un jour et des éraflés de la conscience. Un spectacle rare : ça a flingué de tout côté. De Robert Badinter à Rama Yade, avec un inattendu peloton d’exécution, composé de Ségolène Royal, François Bayrou et François Hollande. Sans oublier la photo très touchante de Bertrand Denaloë et Françoise de Panafieu, regardant ensemble dans la même direction : chacun sait que l’amour ce n’est pas se regarder l’un et l’autre. Seul Jean-Pierre Pernaut est resté impassible, mais ça c’est normal. J’ai même noté quelques députés UMP soudain pris d’aigreurs d’estomac. Heureusement, notre national french doctor n’est jamais loin. A la réflexion, je me demande si ce n’est d’ailleurs son grand problème : il ne voit le corps social qu’à travers son stéthoscope.

     

     

    Bref, le principal jury, c’est le peuple libyen. Dites, pour faire dans le coup, « la rue arabe ». Et là, le message est clair : si tout ce joli monde français de France a, pendant cinq jours, poussé ses petits cris, c’est que le vieux Kadhafi n’est pas si mal que cela. C’est qu’il représente quelque chose. Ne nous trompons pas : la capacité du rusé leader à centraliser sur lui les plus incohérentes attaques est une excellente opération de politique intérieure. « Je n’ai rien lâché. J’ai fait ce que je voulais. Si tout le monde m’est tombé dessus, c’est parce que je les gêne. Et en plus, je leur ai demandé de respecter les droits de leurs populations immigrées !». Les démocrates libyens nous remercient. Comment disait Rama Yade, avant de dire le contraire ?... Le baiser de la mort ? C’est bien çà ?... Prévoir un brancard pour Rama.

     

     

    Ceci étant, avant que le jury se prononce, voici quelques rappels.

    -         La France n’a jamais traité avec des Etats qui ne respectent pas les droits de l’homme.

    -         La diplomatie française ne s’est jamais appuyée sur un Etat comme la Libye, au prétexte qu’il serait facteur de stabilité géopolitique.

    -         Les grandes entreprises françaises n’ont jamais investi un euro dans des pays qui pratiquent l’exploitation des populations démunies, et notamment des enfants, tel la Birmanie, chère à Total et notre national french doctor.

    -         La France n’a jamais fricoté avec l’Iran du Shah, la Centrafrique de Bokassa, ou le Chili de Pinochet.

    -         Nice n’a jamais été jumelé avec Le Cap, du temps de l’apartheid.

    -         Mitterrand n’a jamais reçu à l’Elysée d’anciens dignitaires du régime de Vichy.

    -         Aucun parti politique n’a jamais reçu un centime en provenance des caisses de l’Irak de Saddam Hussein ou du Gabon d’Omar Bongo.

    -         Le président de la République n’a pas été l’un des trois chefs d’Etat du monde à féliciter Poutine après sa victoire truquée, bafouant les bases de la démocratie.

    -         De la Chine à la Tunisie, la France de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 n’a jamais légitimé les injustices commises au nom de la raison d’Etat.

    -         La France n’a jamais eu un ancien président de la République et deux anciens premiers ministres mis en examen.

     

    Ces règles bien connues ayant été rappelées, le jury est invité à décerner le prix de l’hypocrisie 2007.

     

     

     

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    J’émets une hypothèse : ce qui est insupportable, c’est de voir. Voir Kadhafi et ses antilopes côtoyer Nicolas Sarkozy et la garde républicaine. Voir Kadhafi à Versailles, ou au Musée du Louvres, devant Guernica. Voir sa BM blanche et son long cortége de limousines descendre la rue de Rivoli... Quelle épreuve ! On est tellement bien quand on ne voit rien. Et on aurait été tellement tranquille si tous les contrats avaient été signés avec un minimum de discrétion, sous une tente dans le désert libyen.

     

     

    Incontrôlable, le vieux leader ? Il a au contraire montré son savoir vivre. Imaginez qu’il ait demandé à visiter non pas le Louvres mais Argenteuil…

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