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Justice - Page 4

  • La guerre des vingt-cinq ans, par Manlio Dinucci

    Le 17 janvier 1991, une coalition internationale sous commandement et prédominance US engage la guerre contre l’Irak. C’est, après la chute du Mur de Berlin, la première des « opérations humanitaires de maintien de la paix ». Si les Etats-Unis interviennent, c’est pour rétablir le droit et la démocratie. Le début d’une sinistre série, qui a détruit le Moyen-Orient, et nous lègue le terrorisme international. Ceci étant, l’industrie de l’armement US est florissante, finançant à dessein la vie politique : c’est bien là l’essentiel. Ci-dessous, le très salutaire rappel de Manlio Dinucci, dans il manifesto, traduction de Marie-Ange Patrizio. 

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    La guerre des vingt-cinq ans, par Manlio Dinucci

    Il y a vingt-cinq ans, aux premières heures du 17 janvier 1991, commence dans le Golfe Persique lopération « Tempête du désert », la guerre contre lIrak qui ouvre la phase historique que nous sommes en train de vivre. Cette guerre est lancée au moment où, après l’écroulement du Mur de Berlin, vont se dissoudre le Pacte de Varsovie et lUnion soviétique même. Cela crée, dans la région européenne et centre-asiatique, une situation géopolitique entièrement nouvelle. Et, à l’échelle mondiale, disparaît la superpuissance en mesure de faire face à celle des Etats-Unis.

    « Le président Bush saisit ce changement historique », raconte Colin Powell. Washington trace tout de suite « une nouvelle stratégie de la sécurité nationale et une stratégie militaire pour la soutenir ». Lattaque irakienne conte le Koweit, ordonnée par Saddam Hussein en août 1990, « fait que les Etats-Unis peuvent mettre en pratique la nouvelle stratégie exactement au moment où ils commencent à la rendre publique ». Saddam Hussein, qui devient « ennemi numéro un », est celui-là même que les Etats-Unis ont soutenu dans les années Quatre-vingt dans la guerre contre lIran de Khomeiny, alors « ennemi numéro un » pour les intérêts étasuniens au Moyen-Orient. Mais quand en 1988 se termine la guerre conte lIran, les USA redoutent que lIrak, grâce aussi à lassistance soviétique, nacquière un rôle dominant dans la région. Ils ont donc recours à la traditionnelle politique du « diviser pour régner ». Sous régie de Washington, change aussi lattitude du Koweit : il exige le remboursement immédiat de la dette contractée par lIrak et, exploitant le gisement de Rumaila qui s’étend sur les deux territoires, porte sa production pétrolière au-delà du quota établi par lOpec. Il porte ainsi préjudice à lIrak, sorti de la guerre avec une dette extérieure de plus de 70 milliards de dollars, dont 40 dus au Koweit et à lArabie Saoudite. En ce point Saddam Hussein pense sortir de limpasse en « se ré-annexant » le territoire koweitien qui, sur la base des frontières tracées en 1922 par le proconsul britannique Sir Percy Cox, barre laccès de lIrak au Golfe.

    Washington laisse croire à Bagdad quil veut rester en dehors du contentieux. Le 25 juillet 1990, tandis que les satellites du Pentagone montrent que linvasion est désormais imminente, lambassadrice étasunienne à Bagdad, April Glaspie, assure Saddam Hussein que les Etats-Unis désirent avoir les meilleures relations avec lIrak et nentendent pas interférer dans les conflits interarabes. Saddam Hussein tombe dans le piège : une semaine après, le 1er août 1990, les forces irakiennes envahissent le Koweit. 

    Washington, ayant formé une coalition internationale, envoie alors dans le Golfe une force de 750 mille hommes, dont 70% sont étasuniens, aux ordres du général Schwarzkopf. Pendant 43 jours laviation US et alliée effectue, avec 2800 avions, plus de 110 mille sorties, larguant 250 mille bombes, dont celles à fragmentation qui diffusent 10 millions de sous-munitions. Participent aux bombardements, avec celles des USA, des forces aériennes et navales britanniques, françaises, italiennes, grecques, espagnoles, portugaises, belges, hollandaises, danoises, norvégiennes et canadiennes. Le 23 février les troupes de la coalition, comprenant plus dun demi million de soldats, lancent loffensive terrestre. Elle se termine le 28 février avec un « cessez-le-feu temporaire » proclamé par le président Bush. A la guerre succède lembargo, qui provoque dans la population irakienne plus de victimes que la guerre : plus dun million, dont environ la moitié sont des enfants.

    Immédiatement après la guerre du Golfe, Washington lance à adversaires et alliés un message sans équivoque : « Les Etats-Unis restent le seul Etat avec une force, une portée et une influence dans toute dimension - politique, économique et militaire- réellement mondiales. Il nexiste aucun substitut au leadership américain » (Stratégie de la sécurité nationale des Etats-Unis, août 1991).

    La guerre du Golfe est la première guerre à laquelle participe sous commandement étasunien la République italienne, violant ainsi larticle 11 de la Constitution. LOtan, tout en ne participant pas officiellement en tant que telle à la guerre, met à disposition ses forces et structures pour les opérations militaires. Quelques mois plus tard, en novembre 1991, le Conseil Atlantique promulgue, dans le sillage de la nouvelle stratégie USA, le « nouveau concept stratégique de lAlliance ». Dans la même année est promulgué en Italie le « nouveau modèle de défense » qui, renversant la Constitution, indique comme mission des forces armées « la tutelle des intérêts nationaux partout où cest nécessaire ».

    Ainsi naît avec la guerre du Golfe la stratégie qui conduit les guerres successives sous commandement étasunien, présentées comme des « opérations humanitaires de maintien de la paix » : Yougoslavie 1999, Afghanistan 2001, Irak 2003, Libye 2011, Syrie depuis 2013, accompagnées dans le même cadre stratégique par les guerres dIsraël contre le Liban et Gaza, de la Turquie contre les Kurdes du PKK, de lArabie Saoudite contre le Yémen, de la formation de lIsis (Ei) et autres groupes terroristes fonctionnels de la stratégie USA/OTAN, de lutilisation de forces néo-nazies pour le coup d’état en Ukraine servant à la nouvelle guerre froide contre la Russie.

    Prophétiques, mais au sens tragique, les mots du président Bush en août 1991 : « La crise du Golfe passera à lhistoire comme le creuset du nouvel ordre mondial ».

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    Des criminels jamais jugés 

  • Etat d’urgence : Les charmes et délices de l’Etat policier

    A priori, l’état d’urgence, c’est du sérieux : comme c’est chaud – péril imminent résultant d'atteintes graves à l'ordre publicon ne finasse plus avec les libertés, c’est la police qui tient les rênes, et fermement. Et on va voir ce qu’on va voir…

    Pour le moment, on ne voit pas grand-chose, car peu d’informations de synthèse remontent. Vous pouvez faire vous-même la différence avec les enquêtes judiciaires, et le procureur de la République qui tient alors des conférences de presse régulières.

    Je pose aussi clairement la question : en quoi l’état d’urgence permet-il effectivement de lutter contre un péril imminent résultant d'atteintes graves à l'ordre public ? D’ailleurs, quelles informations permettent d’affirmer que nous sommes toujours en phase de ce péril imminent ? Objectivement, je ne suis en rien convaincu, alors que les services de police et de justice contrôlent l’ensemble du territoire, avec de grandes avancées dans l’enquête, et avec tout ce que permettent trente ans de la législation antiterroriste et les fumeuses lois du 13 novembre 2004 sur le terrorisme et du 24 juillet 2015 sur le renseignement. Nous n’avons jamais eu un seul argument du gouvernement pour nous expliquer que ce cadre législatif est inopérant au point de passer aux méthodes de l’état d’urgence, avec en plus la suspension de l’application de la Convention européenne des droits de l’homme pour tous les points sensibles.

    Sur un plan fondamental, nous savons que l’état d’urgence, qui est une forme de police administrative centrée sur la prévention pour le maintien de l’ordre public, peut contrarier les buts de la police judiciaire qui, elle, prend le temps des enquêtes cherchant à remonter des filières.

    Bon, ce serait donc très bien que, dans une démocratie, nous ayons des informations consistantes permettant d’apprécier comment agissent les pouvoirs publics et comment sont défendus nos droits de citoyens. Manifestement, nous sommes trop crétins pour savoir. On en reparlera le temps venu, car finalement nous aurons un jour ou l’autre ces informations.

    Dans l’immédiat, nous nous en remettons aux informations qui filtrent dans la presse, et je ne peux que vous recommander le blog « Vu de l’intérieur – Observatoire de l’état d’urgence », tenu par Le Monde.

    Voici un témoignage, un de plus, de l’aberration et de l’inefficacité. Je vous laisse lire avec juste cette précision que l’arrêté d’assignation à résidence, qui était ouvertement illégal, a été modifié à quelques heures de l’audience de référé-liberté du tribunal administratif, mais en revanche nous ne savons pas encore quelle a été la décision du juge des référés. A suivre donc.

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    *   *   *

    Etat d’urgence : un assigné en garde à vue pour avoir assisté à son référé-liberté

    Laurent Borredon

    Vouloir assister à son audience devant le tribunal administratif peut valoir une garde à vue… C'est ce qu'a appris G., mardi 8 décembre. Nous l'avions surnommé "l'assigné mobile" dans un post précédent : habitant de Montrouge (Hauts-de-Seine), il devait traverser la capitale quatre fois par jour (8 heures, 11 heures, 14 heures, 18 heures)… pour aller pointer au commissariat du 18e arrondissement de Paris, sans que rien n'explique ce choix géographique inattendu. 6 heures de transport par jour. Absurde et manifestement illégal : la loi du 20 novembre sur l'état d'urgence prévoit trois pointages maximum.

    Mardi 8 décembre, l'arrêté de l'assigné mobile a donc été modifié, avec trois visites au commissariat à 8 heures, 14 heures et 18 heures. Ça tombait bien, puisque l'audience de son recours en référé-liberté contre l'assignation était prévue à 11 h 30 au tribunal administratif de… Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), qui est la juridiction compétente pour les Hauts-de-Seine, mais qui est située à plus d'une heure de transport en commun de Montrouge comme du 18e arrondissement (il faut suivre). Son avocate, Me Marie Dosé, avait prévenu la préfecture des Hauts-de-Seine de son déplacement.

    Mais c'était sans compter avec les transports en commun franciliens. L'audience s'est finalement tenue à 12 h 30, pour se finir à 13 h 15. Un peu juste pour être à l'heure au commissariat. Son avocat le prend alors dans sa voiture, et tente l'impossible : Cergy-18e arrondissement en moins de 45 minutes. En vain : G. se présente au commissariat à 14 h 40, et il est immédiatement placé en garde à vue pour non-respect de son assignation à résidence, malgré les explications de son avocat. A 21 heures, il y était toujours. "Pour vérifications", explique-t-on au parquet de Paris. L'odyssée judiciaro-administrative de G. n'est pas finie…

  • Nous arrivons à peine à en parler...

    Parmi leurs 129 victimes, les criminels de ce 13 novembre ont tué le cousin d'une assistante du bureau, qui était salarié de la société de production du concert du Bataclan.

    Il était à l'entrée de la salle de spectacles, prenant un moment d’échange avec des amis, car tout tournait bien ce soir-là.

    Lorsque les tueurs sont arrivés, il a été l’une des premières victimes. Pourquoi ? Parce qu’il était là, faisant son travail. Les premières rafales ont été pour ceux qui étaient à l’entrée. Peu importe qui ils étaient. La violence est ma loi, et comme je suis supérieur aux autres, je peux te tuer alors même que je n’ose pas croiser ton regard. La fulgurance de l’attaque nous convainc qu’il n’a pas eu le temps de se rendre compte que la guerre avait été importée dans Paris…

    Et ces heures d’attente dramatiques… Car sa compagne savait qu’il était là, et elle a appris l’attaque. Elle a appelé pour prendre des nouvelles, mais le téléphone ne répondait pas. Une terrible attente… Deux heures de prise d’otages, mais après, il fallait encore attendre… Attendre entre le fol espoir et l’effroyable réel… Toute la famille est partie pour Paris, le silence dans la voiture, les larmes,… la peur,… soudain une lueur fugace d’espoir, comme si tout ceci était impossible… Quand saurons-nous ? Comment se préparer à entendre l’irréparable ? Non, ce n’est pas possible, même s’il a été tiré, il est encore vivant… Espérer un instant que son nom figure parmi les 240 blessés… Avant que vienne la confirmation du décès : victime de guerre à Paris. Le monde bascule.

    Son corps a été criblé de balles. La famille a pu reconnaître le corps, mais les autorités avaient fait attention que seul le visage soit dégagé. L’horreur de A à Z.

    C’est la fin d’une vie, d’un homme bon et fraternel, heureux de s’être fait sa place dans la société, aimé de sa famille, de sa compagne et de ses collègues, et avec de beaux projets d’avenir. La vie simple que chacun souhaite : la santé, rencontrer l’être aimé, un travail, construire une famille… Né ici, de parents venus de l’autre côté de notre mer, la Méditerranée, il était musulman. Un fidèle, avec toute sa richesse spirituelle. Une histoire de famille et de foi, de confiance en l’homme. Tout a été broyé par le crime.

    Le plus dur hier était de faire comprendre à sa grand-mère que son petit-fils était mort de cette guerre importée. Les mots manquaient… Comment dire ? Tant d’injustice…

    Il est mort. Notre peine est immense. Ne cherchez pas les mots : ce soir, nous pleurons.  

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  • Comment saisir la justice ?

    La base de toute analyse est de distinguer le civil et le pénal.La confusion est très souvent entretenue, notamment à partir de la notion de « plainte ». Dans le langage courant, tout recours en justice est analysé comme une plainte, ce qui entraîne bien des confusions. Il faut réserver le mot de plainte au domaine pénal, et encore bien comprendre ce dont il s’agit.

    Dans le domaine civil, une personne forme une demande en justice. Ainsi, elle dépose un argumentaire, avec des moyens de droit et des éléments de fait, et elle forme une demande sur laquelle le juge doit se prononcer. La justice n’est pas à l’initiative à la procédure. Ce sont les parties qui soumettent un litige au juge.

    Au pénal, c’est le procureur qui est la partie poursuivante. Il agit de lui-même ou à la suite de plaintes déposées par des particuliers. Mais la grande particularité du pénal est que l’enquête et le jugement sont conduits par les magistrats.

    Si une personne entend réellement maîtriser la procédure, il faut qu’elle choisisse la procédure civile. Dans la procédure pénale, elle jouera un rôle déclencheur important, mais le pénal sera ensuite l’affaire des magistrats.

    I – Comment saisir la justice pénaleDocteurJustice_09062002.jpg

    1/ Qu’est- ce qu’une plainte ?

    On retrouve ici la notion de « plainte », mais il faut bien s’entendre sur la définition.

    Déposer plainte, c’est transmettre au procureur des informations qui sont susceptibles d’être la matière d’une infraction, et le procureur, seul maître de l’opportunité des poursuites, décide s’il y a lieu de faire une enquête, et quels moyens allouer à cette enquête.

    Le procureur reste l’autorité poursuivante jusqu’à l’achèvement du procès.

    Le procureur peut agir de sa propre initiative, parce que des informations viennent à sa connaissance, notamment par le biais des services de police ou de gendarmerie qui les constatent.

    Mais le procureur peut également agir à la suite de renseignements donnés par les particuliers. Juridiquement, c’est ce que l’on appelle la plainte.

    La plainte n’est donc pas une action en justice en ce sens qu’à l’inverse du civil, elle n’oblige pas le tribunal à trancher sur les faits qui sont dénoncés. La plainte signale au procureur de la République des faits, et il revient au procureur d’apprécier s’il est opportun ou non d’ouvrir une enquête, puis de saisir le tribunal.

    2/ Comment déposer plainte ?

    Il est tout d’abord possible de se rendre au commissariat pour faire recueillir la plainte par une audition, qu’on appelle alors le procès-verbal. Ce mode est tout à fait jouable, mais pour une affaire complexe, il est préférable de passer par un écrit, avec des justificatifs.

    De plus, dans la pratique, on observe une réticence certaine des services de police et de gendarmerie à enregistrer les plaintes. L’une des raisons est que le nombre de plaintes est analysé comme indicateur de la délinquance dans le pays. Aussi, il y a très souvent la proposition de transformer la plainte en une simple inscription sur un registre de main-courante. Le renseignement est laissé comme une information. Il pourra, un jour, être exploité, mais il ne donne pas lieu à enquête immédiate.

    Ainsi, si le dossier est complexe ou délicat, il est très préférable de procéder par écrit.

    La plainte peut être rédigée par toute personne, mais si le dossier est complexe, il pourra s’avérer nécessaire d’avoir recours aux services d’un avocat.

    En particulier, il faut être très prudent quand on cite des noms dans une plainte pénale, car cela peut conduire à des procédures de dénonciation calomnieuse. De telle sorte, on rédige une plainte contre X, en proposant les noms d’un certain nombre de personnes pouvant être entendues comme témoins.

    Si les faits sont caractérisés, exposés de manière cohérente et susceptibles de recevoir une qualification juridique, le procureur donnera suite.

    Les plaintes peuvent être adressées aux services du procureur de la République en écrivant directement au Palais de justice à l’attention de son secrétariat.

    Pour résumer 

    - une plainte pénale est une dénonciation de faits auprès du procureur qui est libre d’apprécier la suite à donner,

    - la plainte n’est pas une donnée formelle, et ce qui compte c’est la précision des informations ;

    - pour une situation complexe ou délicate, une plainte écrite avec un dossier adressée au procureur est la voie préférable.


    II/ Comment saisir la justice civile

    La procédure civile est bien différente dans ldocteurjusticecouv03.jpga mesure où une demande est soumise au juge, qui a l’obligation de se prononcer. Cela suppose donc du formalisme et de la précision dans la rédaction.

    Une demande en justice qui ne respecte pas les formalités du code peut être jugée irrecevable. Ainsi, il faut admettre un certain degré de technicité, pour passer le cap de la recevabilité, et par ailleurs, se situer dans le registre des pratiques courantes.

    1/ Précision : Procédure civile et procédure administrative

    La France connaît deux ordres de juridictions différents.

    Les juridictions judiciaires, qui connaissent des litiges entre personnes privées, associations et sociétés, sont principalement le tribunal de grande instance, la cour d’appel et Cour de cassation.

    Les juridictions administratives, qui sont compétentes chaque fois qu’est en cause une collectivité publique, sont principalement le tribunal administratif, la cour administrative d’appel et le Conseil d’Etat.

    Les procédures sont de même nature : une demande formée en justice, et le juge doit répondre.

    Pour le reste, les pratiques procédurales sont très différentes devant les juridictions administratives et judiciaires. En particulier, la procédure judiciaire mêle l’écrit et l’oral, et dans certaines procédures (juge des tutelles, tribunal d’instance, conseil de Prud’hommes…) la procédure est essentiellement orale, les écrits venant à l’appui.En revanche, devant les juridictions administratives, la procédure est essentiellement écrite, et l’audience a un rôle très formel.

    2/ Procédure de référés, procédure au fond

    Il existe deux grandes familles de procédures, que l’on retrouve aussi bien devant les juridictions judiciaires qu’administratives.

    a/ Procédure au fond

    Le procès normal est appelé « la procédure au fond ». C’est le procès qui permet de faire trancher le litige, après l’échange entre les parties de toutes les pièces et arguments.

    Ce procès suppose un certain délai, qui n’est pas toujours compatible avec la vie quotidienne. En règle générale, même bien conduite, une procédure devant le tribunal de grande instance dure entre 10 à 12 mois, et devant le tribunal administratif entre 18 mois à 2 ans.

    b/ Procédure de référé

    Il s’agit de procédures plus rapides.

    Les procédures des référés se retrouvent devant le tribunal administratif et devant le tribunal de grande instance, mais seront ici examinées que celles devant le tribunal de grande instance, qui sont, a priori, plus courantes, pour les questions rencontrées par la pratique professionnelle des mandataires de justice.

    Désignation d’expert

    La première procédure de référés vise à obtenir une mesure d’instruction, et en particulier, la désignation d’un expert. C’est donc une procédure qui peut s’avérer très efficace, car les délais sont très courts, dans la mesure où ce qui est demandé au tribunal est assez limité, la désignation d’un expert.

    Cet expert interviendra en exécution de la décision de justice, c'est-à-dire en opérant de manière contradictoire.

    Ainsi, les parties au procès sont convoquées et doivent se présenter à l’expertise. Si elles ne viennent pas, elles sont défaillantes et le rapport leur est opposable.

    L’audience peut être obtenue dans un délai très court, de quelques semaines. Le juge alloue un délai, en général de 6 à 8 mois pour que le rapport d’expertise soit déposé. Mais il peut y avoir des mesures urgentes, notamment s’il faut rapidement faire un constat pour un équipement dangereux, dans ces cas les délais peuvent être beaucoup plus rapides, même ramenés à quelques semaines.

    Dans des situations complexes, la procédure de référés aux fins de désignation d’un expert peut s’avérer intéressante, car elle enclenche un processus très sérieux qui va ensuite permettre de donner les bases d’une issue négociée.

    Mesures imposées par l’urgence

    Il existe d’autres procédures de référés, plus difficile à exercer, car elles amènent le juge à prendre des mesures contraignantes, notamment la condamnation à verser une provision sur une indemnisation, à prendre des mesures conservatoires en cas de péril imminent où à agir sans délai pour défendre une liberté menacée.  

     

  • Mes amis flics complètement à côté de la plaque

    une-incroyable-histoire.jpgFait exceptionnel, la préfecture de police donnait hier un nombre de manifestants supérieurs à celui estimé par la presse ! D’après la préfecture, 7500 manifestants, et d’après la presse, un tiers de moins. Il faut dire que ce sont les policiers qui manifestaient, et que peut-être la préfecture n’était pas totalement hostile.

    Police-Justice, c’est chaud… Le jeu se maintient : nous faire vivre dans l’ombre de la peur…

    Le cas Taubira

    En mai 2012, Martine Aubry ayant refusé d’entrer au gouvernement, et comme Hollande avait besoin de donner un gros camembert à Fabius, Valls, Le Drian, c’est le lot justice qui était à vendre. Taubira avait tous les critères du casting : femme, black, DOM, non-PS et franc-maque (Grande Loge Féminine, ou si proche). Et – j’oubliais l’essentiel – particulièrement investie sur les dossiers si techniques de la justice : la justice nationale et les enjeux de la justice internationale, les défis des nouvelles formes de délinquance, l’indispensable renouveau du statut du parquet, l'état des prisons, le rôle de la justice dans l’accès aux droits, la refondation des juridictions sociales, le financement de l’aide juridictionnelle, … Taubira était experte de tout cela, ses nombreuses publications et participations à des colloques scientifiques en témoignent. Dans la République des valeurs, on ne rigole pas, et on ne nomme pas n’importe qui n’importe comment.

    Je n’ai rien à dire de Taubira… parce qu’elle n’a rien fait sur le plan de la justice pénale et des libertés, là justement où il fallait inverser la logique Sarkozy. C'est toujours la politique de la peur... Elle a concrétisé et amplifié le travail de Sarko, et a tout légitimé, du fait de sa méconnaissance des dossiers et de son absence de conviction, incapable de s’opposer aux instrumentalisations policières de l’ordre public. Elle a signé tous les textes les plus crapules de la Hollanderie, à commencer par la loi sur le renseignement.

    Alors, incidente politique au passage, voir que, pour deux ou trois jolies formules, elle est devenue la diva de la Gauche montre la déliquescence de la réflexion au Parti socialiste. Le PS qui applaudit Taubira, ça ressemble aux suicides collectifs des baleines…

    Taubira n’a conduit aucun combat et a renoncé à tout. La seule chose qui l’intéresse est de garder le poste, et tout le reste n’est que couleuvres à avaler. Son bilan ? Dati avait fait mieux, ayant au moins fait voter la loi pénitentiaire.

    La loi sur la contrainte pénale du 15 août 2014 a été votée en ramenant au marginal la lutte effective contre la récidive, avec comme base un programme logique d’insertion et de réadaptation. Le choix a été le maintien du mythe punitif – la prison à sec, et on lâche le mec dans la nature – qui est une fabrique de la récidive, fabrique qui permet de tenir les discours sécuritaires qui nourrissent la surenchère frontiste. Taubira n’a rien opposé à Valls : le type lui évite de réfléchir, et ça lui convient très bien.

    Nous aurons le même jeu sur ce qui devait être la deuxième grande réforme, à savoir la justice des mineurs, en gardant l’esprit de l’ordonnance de 1945, pour l’actualiser. Le projet sera proposé au conseil des ministres fin décembre,… de la pure mise en scène car il y a déjà un accord pour ne pas le présenter l’Assemblée nationale.

    Oui, Taubira incarne la Gauche des renoncements. J’observe d’ailleurs que tout ce qui faisait la bonne Gauche bien-pensante n’a absolument rien à dire sur ces questions. C’est le naufrage total. Nos préoccupations sont l’Islam et Poutine, serrez les rangs, je ne veux voir qu’une seule tête...

    Revenons à nos amis les flicsCXV-1-Litterature-jeunesse_html_m66d5b03f.jpg

    Les flics manifestaient, si j’ai bien compris, contre des « décisions de justice »,… ce qui est pour le moins original.

    La cause directe de cette manifestation, c’est le dramatique braquage de ce 5 octobre en Seine-Saint-Denis, par un détenu en permission, qui n’avait pas réintégré, et qui a tiré sur un policier, le blessant grièvement. Le pronostic est mauvais.

    Alors, les permissions de sortie ?

    D’abord, celle-ci avait été prise en consensus, car il n’y a pas eu d’appel du Parquet. Aussi, pourquoi délirer en parlant de la décision solitaire et secrète du juge d’application des peines, en ignorant la procédure collégiale qui précède, et l’accord du Parquet ?

    Ensuite, le problème très sérieux est que ce détenu, connu comme récidiviste, a pu être en fuite pendant plus de six mois, alors qu’il faisait l’objet d’une « surveillance spéciale S », en restant si ce n’est dans son quartier, en tout cas dans son environnement habituel. Les discours grandioses sur la surveillance des individus dangereux deviennent peu de choses quand on les met à l'épreuve des faits. Je trouve que ça, c’est grave et inquiétant.

    Enfin, il est juste débile d’accuser Taubira de laxisme, alors qu’amplifiant les choix répressifs de Sarkozy, le bilan des années « de gauche » se traduit par un écroulement du nombre des permissions de sorties accordées.

    Des chiffres ?

    En 2010, sous Sarko et MAM, nous étions à 62.266 permissions.

    Depuis l’arrivée de la Gauche, ce chiffre est en net recul :

    - en 2012, 58.948 ;

    - en 2013, 55.302 ;

    - en 2014, 48.481.

    Par rapport à la période Sarko, c’est 30% de moins. Oki ? On remet les pieds sur terre, ou on se refile un piquouze ?

    Quant au taux de non-réintégration, il est marginal, à 0,5 %.

    Donc nos amis les flics manifestaient contre un taux de 0,5 %, et demandaient à Taubira, beaucoup plus répressive que Sarkozy, d’amplifier sa politique pour encore limiter les permissions de sortie. Le valet de Valls a aussitôt dit qu’il ferait le nécessaire.

    Chères amies, chers amis, il fallait voter Sarkozy : les droits des détenus auraient été mieux respectés, et nous aurions progressé dans la lutte contre la récidive, qui est le produit mécanique des libérations sans préparation.

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