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armes - Page 2

  • Etats Unis: L'arme des faibles

     

    Etats-Unis : L’arme des faibles. Horreur : nos amis américains ont failli se trouver désarmés. Non, pas d’une quelconque arme de destruction massive, mais du sympathique et si mignon pistolet de famille.

    La loi, c’est la loi. Elle peut être la crétine et rappeler le bon vieux Far West, mais peu importe : c’est la loi. Et dans un Etat de droit, on respecte la loi, ce d’autant plus que c’est la plus importante. En effet est en cause rien de moins que la constitution, avec son 2° amendement :  « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un Etat libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ». Tout tient en ces quelques mots.

    La question  est : comment une société civilisée gère-t-elle la force publique ? Intéressant de comparer avec un  autre texte constitutionnel de la même époque, notre  Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, texte qui fait partie de notre constitution, et qui proclame en son article 12 : « La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. »

    Alors un match : violents US c/ douce France ? En réalité les deux textes ne sont pas si éloignés. Toute la question est l’interprétation vicieuse de la Cour suprême qui analyse ce « droit du peuple détenir les armes », formule dans laquelle se reconnait tout républicain, comme un droit individuel, et non comme un droit collectif.

    C’est la fin d’un vieux contentieux. L’origine est une réglementation adoptée par la ville de Washington de1976 interdisant à ses habitants de posséder une arme de poing. Dans cette interprétation, le 2° amendement est respecté, car le droit est collectif : il fonde le droit d’armer la police. Un texte parmi tant d’autres. Nombre d’Etats fédéraux ont cherché à limiter ce port d’armes, car le bilan est désastreux : 200 millions d'armes à feu sont en circulation aux US, responsables de 30.000 décès chaque année : 2% d'accidents, 40% de meurtres et… 58% de suicides. Rappelons aussi, entre autres, les 32 morts d’avril 2007 à l'université de Virginia Tech. Alors préparez vos mouchoirs en vue de la prochaine tuerie, vos mouchoirs constitutionnels bien sûr.

    A la Cour Suprême, le résultat  a été acquis à une voix de majorité, et c’est le juge Antonin Scalia, un conservateur pur sucre, qui a rédigé la décision : « Il n'y a aucun doute, que ce soit dans le texte et dans l'histoire, que le deuxième amendement garantit un droit individuel à détenir et porter des armes ».

    Problème d’interprétation de la loi. Il n’y pas de doute que dans le texte et dans l’histoire… . Oui, dans le texte tel qu’il a été écrit il y a deux cents ans et dans l’histoire tumultueuse des Etats-Unis. Mais, cher Antonin Scalia, ne pensez-vous pas que la force d’un texte fondateur est de permettre des interprétations évolutives, parce que le monde bouge ? Bref que le rôle d’un juge est progressiste ? Que sans renoncer à ce qui fait la base, il faut  trouver des règles permettant d’affronter le futur ? N’est-ce pas ça l’esprit de responsabilité ? En 2008, à l’heure des polices fédérales, de la police scientifique, de la surveillance informatique des foyers de délinquance, on peut peut-être sortir de l’image du shérif, et pire, de celle du justicier ?

    L’Amérique, qui a inventé le frigo, aime bien de temps à autre se remettre dans le frigo. C’est ainsi. L’usage individuel de la force est un signe de faiblesse.

    Certes, cette décision ne permet pas tout. Elle n’interdit pas aux Etats d’adopter des législations restrictives, notamment pour les repris de justice ou les patients psy. Elle limite l’usage du joujou, notamment pour la légitime défense. Légitime défense qui a un vrai marché devant elle si tout le monde est armé… Mais cette réaffirmation d’un droit individuel, qui ravit le lobby des armuriers, va encourager les plus extrémistes et ré-ouvrir nombre de discussions sur les lois restrictives adoptées par nombre d’Etats fédérés.

    John McCain en profité pour saluer, avant la gamelle historique qui l’attend, une « victoire historique »: « Contrairement aux élitistes qui pensent que les Américains se raccrochent aux armes par amertume, la décision d'aujourd'hui reconnaît que posséder une arme est un droit fondamental, sacré ». John, franchement, tu aurais pu éviter la référence au sacré…

     

     

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