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egypte - Page 4

  • Egypte : Le monde bascule ?

    heroes%20hulk%20dale%20K%20Wtc.jpgLeon Panetta, le patron de la CIA, qui se fourre le doigt dans l’œil sur l’Egypte, et en direct…

    Hier matin, il exposait savamment le travail de ses services lors d’une audition devant une commission du Congrès : « J'ai les mêmes informations que vous, à savoir qu'il y a une forte probabilité que Moubarak démissionne ce soir ».

    Quelques heures plus tôt, un des boss de l’armée s’était présenté Place Tahrir, pour annoncer de grands changements dans la soirée. Déjà tout était à la fête.

    Moubarak allait prendre la parole dans la soirée. Son départ pour raison de santé, c’est comme si c’était fait. Son rat busqué, Omar Souleimane, l’homme de toutes les crapuleries, n’était plus chargé de la transition, mais juste de la corvée des chiottes.

    Et quand Moubarak prend la parole, c’est pour dire qu’il reste. Obama mange son chapeau. Le guignol du discours du Caire et de grandes négociations israélo-palestiniennes, patauge dans le caniveau.

    Si Moubarak s’est rebiffé, c’est parce que l’Arabie Saoudite a dénoncé les ingérences extérieures dans les affaires égyptiennes et assuré Moubarak de son soutien financier. L’Arabie Saoudite, qui a accueilli Ben Ali, avance son fric et son influence sur les marchés pétroliers en croyant pouvoir étouffer l’idée de démocratie. Tout devient plus clair.

    « Plus tu montes dans l’arbre, mieux on voit tes fesses » dit le dicton. Grâce au courage et à l’intelligence des manifestants de la Place Tahrir, on voit bien ce soir le jeu des affairistes qui nourrissent l’intégrisme pour conforter leur pouvoir moyen-âgeux et leur fric.

    Les chevaliers du choc des civilisations et les traqueurs de poils de barbe musulmane sont ce soir plantés devant l’abîme de leur prétention. Ouvrez les yeux : ce sont les Saoudiens qui sauvent la tête de Moubarak, pendant que les Frères musulmans reconnaissent eux-mêmes la limite de leurs forces. Tu piges, mon pote ?

    Il va falloir une grande douche de la pensée pour se débarrasser de la propagande US, avec la lutte contre l’Empire du mal.

    La grande culture de l’Islam, sunnite et chiite, est celle de la paix et de la civilisation, qui lui a permis de briller pendant de siècles. Pour contrôler les richesses du pétrole et conforter Israël, l’Etat colonisateur qui chasse les Palestiniens de leur maison, les US ont tout accepté et tout financé. L’intégrisme est leur affaire. La lutte contre cet intégrisme qu’ils ont créé et financé est le pilier de leur action.

    Avec la Révolution égyptienne, un mouvement de masse, ils sont perdus, loin du contrôle des commandos et de leurs coups tordus. L’Afghanistan, comme l’Irak, ont montré qu’ils n’assuraient rien ; la journée égyptienne d’hier marque leur nullité. Les Saoudiens, alliés – pour combien de temps encore ? – des US, financent l’avenir des dictateurs.

    Le revirement de la journée d’hier marque un cap : les US sont dépassés.

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    Trop compliqué pour Obama

  • Egypte : La trouille des dirigeants chinois

    20041009-0.jpgAprès l’Egypte, la Chine ? Personne n’y songe vraiment… à part les dirigeants chinois. Quand nous voyons la place Tahrir, eux voient la place Tian'anmen.

    C’est le syndrôme post-traumatique du dictateur, avec le retour d’images terrifiantes comme l’éclatement de l’URSS ou les révolutions des anciens pays satellites. Cauchemar réveillant en pleine nuit un dirigeant chinois, alors que le vilain peuple lui prépare un destin à la Ceausescu… « Rendors-toi, mon chéri, c’est juste un mauvais rêve… »

    Il y a quinze jours à Washington, l’excellent Hu Jin Tao expliquait devant le génial Obama que son pays avait fait de grands progrès en matière de droits de l’homme, mais qu’il restait sûrement encore à faire un peu. Et Obama, le sourire modeste, d’encourager ces efforts qui doivent tout à la diplomatie US. Un vrai roman.

    Les Chinois mettent en scène ce qui se passe en Egypte : passent en boucle les images des pillards, des violences et des touristes chinois qui poireautent à l’aéroport. Bref, l’Egypte est victime des excès de la démocratie à l’occidentale, alors que tout le monde sait que la démocratie moderne, la vraie, est le pouvoir absolu d’un clan assis sur l’armée et la violation des droits de l’homme.

    Le grand quotidien chinois « Global Times », qui unit investigation et réflexion, explique très bien cela dans un éditorial de ce dimanche : « Comme concept général, la démocratie a été acceptée par la plupart des gens, mais le modèle occidental est seulement une option parmi d'autres. Il faut du temps et des efforts pour mettre en œuvre la démocratie dans différents pays, et pour le faire sans les troubles de la révolution. » Bien vu mon pote. Si les peuples font des révolutions, on est mal barré, et surtout quand elles installent le parti communiste au pouvoir pour un siècle de « vraie démocratie ».

    Donc, montrer les pillards est excellent pour renforcer le moral de la nation chinoise. En revanche, parler de pouvoir autocratique et des réseaux institutionnels de la corruption, il n’en est pas question.

    Depuis le début de la crise,  c’est la censure comme au bon vieux temps…9782203356627_cg.jpg

    Les journaux ne peuvent publier que les informations diffusées par l'agence officielle Chine Nouvelle, et les grandes chaines télés internationales, CNN et BBC, sont d’un accès très réservé.

    Toute recherche Internet à partir des mots Egypte ou Moubarak est impossible. Si vous vous êtes glissés dans une discussion pour utiliser ces mots fatidiques, votre message se trouve effacé illico presto. Les réseaux sociaux genre Twitter et Facebook sont également bloqués.  

    Pourtant, pas grand-chose à voir entre les sociétés et les économies chinoises et égyptiennes. S’opposent les réalités d’un pays qui monte et d’un autre qui recule. Les Chinois n’ont rien en matière de liberté politique mais la puissance de la croissance, même tenue par des clans, laisse des perspectives de mieux-être économique et social. Rien de cela en Egypte.

    Dans le monde, rien ne semble trop faire peur aux dirigeants chinois. En revanche, leur grande touille, c’est le peuple.

    Leur argument, c’est en gros : pour tenir uni un peuple de 1,4 milliard d’habitants, il faut une main de fer. Oki. Sauf que l’Inde, une vraie démocratie, s’en sort très bien avec son 1,1 milliard d’habitants. Et en 2030, nous dit-on, la population de l’Inde dépassera celle de la Chine.

    Alors que nous dirons les dirigeants chinois ? Qu’il leur faut encore un peu de temps pour gérer le post-colonialisme ?

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    Ben Ali, Moubarak, Hu Jin Tao et les autres : leur destin est écrit.
  • L’Egypte : Obama à la manœuvre

    Hosni-Moubarak-avec-Hussein-Obama-001.jpgOù va l’Egypte ? Les US ont tout misé sur un dictateur corrompu pour stabiliser le Proche-Orient, alors que les planches pourries ont un destin assuré. Aujourd’hui, la question est de savoir comment Obama va gérer la révolte du peuple égyptien, car il est bien clair que c’est lui qui tient les commandes.

    L’Egypte… La capitale du monde arabe, avec au centre du Caire, au bord du Nil, le siège de la Ligue Arabe. L’Egypte, source des civilisations. L’Egypte puissante, riche, organisée, écoutée. L’Egypte qui, malgré les efforts de ses dirigeants actuels, n’est pas parvenue à effacer son histoire récente, celle du renouveau arabe avec le grand Nasser.

    Il était impératif de stabiliser l’Egypte, oui, car c’est la place centrale du Proche Orient, mais c’était miner cet objectif que de tout fonder sur un pouvoir qui, au jour le jour, montre qu’il joue son intérêt contre celui de son peuple : mafia du pouvoir pour contrôler la richesse du pétrole, constitution bidouillée pour permettre le maintien au pouvoir du chef, élections bidons, contrôle de la presse, opposition interdite, syndicalisme persécuté, omniprésence policière… Lors d’une visite au Caire, il suffit de quelques centaines de mètres pour quitter les buildings, les musées et les grandes artères et se plonger dans le monde de la misère.

    L’Egypte, nourrie de son passé et de sa puissance économique, avait tout pour aller, pas à pas, vers une société moderne, inventant son modèle démocratique. Les US ont été trop heureux de récupérer ce joyau tombé des mains du communisme, et ils ont tout accepté d’un pouvoir qui assurait leurs intérêts.

    Alors que va-t-il se passer ?

    Les enjeux sont considérables. L’Egypte est une puissance politique et économique. Elle a des frontières avec la Libye, le Soudan, la Palestine par le territoire de Gaza, Israël et l’Arabie Saoudite est à quelques kilomètres.

    Seule la répression permet à Moubarak de rester dans ses palais, et l’élimination de toute forme d’opposition politique a projeté les forces de la révolte dans des réseaux que nul ne connait. Obama joue tout sur un pouvoir qui serait balayé par des élections libres. Les Frères Musulmans sont forts, oui, et la manière dont ils ont été éjectés du jeu politique les renforcent considérablement quand la seule préoccupation du pouvoir est de tenir contre son peuple. La pourriture d’un pouvoir donne des lettres de noblesses aux opposants, qui appellent au retour de la morale. Qu’ont fait en trente ans les US pour défendre les démocrates égyptiens ?

    C’est l’heure H : Obama n’acceptera pas le renversement de Moubarak, et il ne laissera pas le peuple égyptien décider. Ce sera donc la force, avec comme attrape-nigauds, des discours destinés à sauver les apparences.

    Tôt ou tard, les Egyptiens choisiront leur destin, comme l’ont fait tous les peuples. L’impitoyable répression pensée par Obama et mise en œuvre Moubarak peut retarder l’échéance, mais elle ne fait que préparer des réactions encore plus violentes.

    L’addition sera cognée, et qui la paiera ?

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    Ce 26 janvier, 500 manifestants ont été arrêtés
  • Trois ans de prison pour un poème

    bibliotheca-1.jpgLe mec à qui on dit de la fermer parce qu’il dit ce qu’il faut pas dire, car ça ressemble un peu trop à la vérité, et que la vérité fâche, et qu’il y a tant de belles choses à dire sans parler de la vérité… Air connu, qui inspire aussi les dirigeants du Caire. Et là-bas, ce n’est franchement pas drôle : trois ans ferme.

     

    Mounir Saïd Hanna Marzouk est un fonctionnaire égyptien, poète à ses heures, sans doute inspiré par la tradition littéraire du Caire – Ah les cafés…  Cet inconscient a non seulement écrit des poèmes, mais encore il les a fait lire.

     

    Et catastrophe, l’un des lecteurs a été estimé un des textes offensant pour le chef d’Etat, le toujours jeune et facétieux Hosni Moubarak, bien protégé par ses excellents juges, nourris à la culture de l’indépendance et de l’impartialité, cela va de soi.800px-GD-EG-BibAlex-Vue_g%C3%A9n%C3%A9_niv_%2B2.jpg

     

    C’est le tribunal de Maghagha, dans le gouvernorat de Minya (Haute-Egypte), qui a joué les Monsieur Propre, en condamnant le poète, ce 31 mai, à trois ans de prison, la peine maximale prévue pour le délit d’offense au chef de l’Etat, en application de l’article 179 du Code pénal égyptien. Mounir Saïd Hanna Marzouk souhaitait que ses poèmes soient un jour mis en musique. Aujourd’hui, c’est lui qui est mis en prison. Excès de zèle ? Sans doute, mais trois années de prison pour un poème, faut le faire.

     

    L’affaire n’a été rapportée que ces jours-ci par le journal égyptien Al-Masri Al-Yom, car le frère du poète se démène pour tenter d’obtenir une grâce.

     

    Alors, bien sûr toutes nos pensées pour Mounir, regrettant de ne pouvoir connaître les poèmes en question. Maintenant que l’info est sortie, il faut souhaiter que les relais vont prendre forme et que tout sera fait pour mettre fin à cette sanction inique, qui témoigne surtout de la fragilité de la Moubarak Corporation.

     

    bibliotheque_d_alexandrie.jpgIl reste un immense respect pour l’Egypte, fer de lance de la décolonisation, berceau de la très grande littérature arabe, terre nourricière de si grandes civilisations. Tous les regards se tournent toujours vers l’Egypte, et Le Caire, la capitale du monde arabe. Et pourtant…

     

    Le Caire est une ville envoûtante, et les grands sites d’Egypte ont de quoi faire fendre le cœur. Essayez un coucher du soleil sur la corniche d’Alexandrie, avec comme décor, l’extraordinaire bibliothèque… vous m’en direz des nouvelles. Il se passe tant de choses en Egypte, et ce pays à de quoi mille fois nous émerveiller.

     

    Mais le pouvoir sombre, et avec lui le monde arabe se ternit. La condamnation de Mounir n’est à coup sûr pas la pire atteinte aux droits de l’homme dans ce doux pays. Mais cette condamnation parle, et montre que ce qui fait encore le plus peur aux dictateurs, c’est la liberté.

     

    Vous avez pu observer, comme moi, le grand silence de toutes les dictatures arabes pendant le mouvement de rébellion en Iran. Pourtant, l’Iran, l’ennemi juré, en difficulté, c’était tentant, non ? Non, car la victoire de la démocratie et les droits de l’homme à Téhéran aurait été une catastrophe pour ceux des régimes de la région qui ne tiennent que par leur combat contre la démocratie et les droits de l’homme.

     

    En attendant, il faut souhaiter à Mounir Saïd Hanna Marzouk de sortir au plus vite de prison, pour retrouver ses stylos, et nous écrire un poème sur la liberté menacée par la justice.

     

     

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    Le phare d'Alexandrie, par Dali

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