Avertir le modérateur

elections - Page 3

  • Comment le Conseil d’Etat a sauvé le soldat Huchon

    la_pub_nous_prend_pour_cible.pngHuchon fait sa pub à l’insu de son plein gré… Il y a des décisions de justice qui étonnent. Celle du Conseil d’Etat rejetant le compte de campagne de Huchon mais le laissant éligible est carrément drôle (CE, 4 juillet 2011, élections régionales d’Ile-de-France, n° 338033 et 338199).

    L’histoire, c’était une campagne de pub pour la région Ile-de-France, avec un Huchon resplendissant annonçant des plans splendides pour le développement des transports. Et bien sûr,  cette campagne très coûteuse - 1 500 000 € -  et qui anticipait juste la campagne électorale, n’avait rien à voir avec l’élection. Gros malin. Oui, mais voilà, les équipes de la région s’étaient plantées sur le calendrier, et cette campagne promotionnelle empiétait sur les six mois qui précèdent l’élection, et pendant lesquels toute dépense profitant au candidat doit figurer dans le compte de campagne.

    Que répond le Conseil d'Etat ?

    1. Cette campagne ce n’était pas de l’information sur les services de la région, mais de la pub Huchon.Visant l’article L. 52-1 Code électoral, le Conseil d’Etat relève  le caractère massif de la campagne, complétée par la publication d’encarts dans la presse écrite et sur Internet.

    2. Cette campagne a altéré la sincérité du scrutin. La liste Huchon était très en avance, donc le Conseil d’Etat n’annule pas l’élection. Mais le dernier siège s’est joué à 124 voix près, et le Conseil d’Etat dégage le dernier conseiller régional de liste Huchon.

    3. Le compte de campagne est rejeté et Huchon n’aura aucun remboursement. Le Conseil d’Etat juge que toute la liste a tiré bénéfice de cette publicité illicite, avec une dépense de 1 500 000 € et représente 45 % du plafond des dépenses électorales. Ne nous gênons pas quand le contribuable paie ! Conclusion : « Cette irrégularité ne saurait conduire à la simple réformation du compte de campagne de M. Huchon, mais justifieà elle seule le rejet de ce compte ». L’Etat aurait du rembourser 1 600 000 €. Ca sera zéro. antipub-02-domsweb_org.png

    4. Vient le dernier point : Huchon doit-il être déclaré inéligible et voir son élection annulée.

    La question. L’article L. 118-3 du code électoral dispose que le juge « prononce également l’inéligibilité du candidat dont le compte de campagne a été rejeté à bon droit en cas de volonté de fraude ou de manquement d’une particulière gravité aux règles relatives au financement des campagnes électorales ». Bref : le manquement est-il d’une particulière gravité ?

    La réponse. Non, ce n'est pas si grave ! Et pourquoi ? Lisons ce que nous explique le Conseil d’Etat, et essayez de ne pas rire : « Si M. Huchon a méconnu les dispositions de l’article L. 52 8 du code électoral, qui présentent un caractère substantiel, et entaché son compte de campagne, dans des proportions importantes, d’irrégularité, il est fondé à soutenir qu’il pouvait raisonnablement ignorer, à la date où ce manquement a été commis, que les campagnes de communication organisées par la région d’Ile-de-France constituaient des campagnes de promotion publicitaire ».

    Ouah la blague ! Au point 1, le Conseil d’Etat juge que cette campagne était de la pub, et massive ! Aux points 2 et 3, il dit que cette campagne a altéré la sincérité du scrutin et à un niveau tel de dépenses qu’il faut rejeter le compte de campagne. Mais au point 4, le Conseil d’Etat écarte la sanction, car Huchon ne s’est pas rendu compte que cette campagne c’était de la pub pour lui... Trop fort !

    cerveau.png
  • Les détenus britanniques vont pouvoir voter

    british-bulldog.jpgLa CEDH vient d'infliger un véritable camouflet au Royaume Uni et, franchement, c’est bien mérité : une condamnation pour avoir privé les détenus du droit de vote, et une astreinte d’avoir à adopter une loi nouvelle dans les six mois (CEDH, 11 avril 2011, n° 60041/08 et 60054/08). Un peu obtus parfois nos amis british...

     

    Au Royaume-Uni les détenus se voient systématiquement retirer le droit de vote aux élections nationales et européennes. Pourquoi ? Comme ça, parce que c’est la loi. En vertu d’une loi de 1983, ils perdent systématiquement le droit de vote pour les élections nationales, quels que soient la durée de la peine, la nature ou la gravité de l’infraction dont ils ont été reconnus coupables, et en 2002, la mesure a été étendue aux élections européennes. Sauf qu’une loi ne peut pas retirer un droit aussi fondamental de manière générale. Il faudrait une décision du juge, spécialement motivée.

     

    Des maniaques de la prophylaxie sociale, on connait. Mais la loi qui organise ce retrait des listes électorales comme conséquence mécanique des jugements de condamnation viole les droits fondamentaux : l’idéal démocratique interdit un retrait général et toute peine importante doit faire l’objet d’une appréciation par le juge. C’est ce que la CEDH avait dit par un arrêt de Grande Chambre du 6 octobre 2005 (Hirst c. Royaume-Uni, n° 74025/01), sanctionnant une violation de l’article 3 du Protocole n° 1 qui garantit le droit  à des élections libres.imagesCA41KSY4.jpg

     

    Sauf que le Royaume Uni s’est entêté, et n’a pas changé la loi. D’où une rafale de procédures, et le 23 novembre 2010, la CEDH avait rendu deux arrêts, Greens et M.T. pour violation du même texte.

     

    Deux British purgeant une peine de prison à Peterhead avaient demandé leur inscription sur les listes électorales, indiquant à la rubrique « adresse » celle de l’hôtel royal qui les hébergeait pour quelques années. Sur le fondement de quelle loi ? Aucune, car la loi l’interdisait. Non, en bons citoyens européens, ils visaient directement l’arrêt Hirst, soulignant que la jurisprudence de la Cour s’impose en droit interne. Ils s’étaient fait rembarrer par l’administration, accrochée à sa petite loi démonétisée, et de fait, ils  n’avaient pu participer ni aux législatives du 6 mai 2010, ni aux élections européennes du 4 juin 2009.

     

    Dans l’arrêt du 23 novembre 2010, la CEDH s’était un peut fâchée, estimant « préoccupant » que, cinq ans après l’arrêt Hirst, rien n’ai été fait. Aussi, elle a appliqué la procédure de l’article 46, dit de « l’arrêt pilote », pour statuer une fois pour toute, alors qu’elle a reçu 2 500 requêtes posant le même problème. La CEDH avait laissé au Royaume-Uni le choix de déterminer comment assurer le respect de l’article 3 du Protocole n° 1, mais elle avait estimé que la durée écoulée imposait d’adopter un calendrier. En conséquence, elle avait fixé au Royaume-Uni un délai de six mois à compter de la date à laquelle l’arrêt deviendrait définitif pour introduire des propositions de modification des lois de 1983 et de 2002, ce sous le contrôle du Conseil des ministres du Conseil de l’Europe.

     

    Le Royaume-Uni avait formé un appel, qui vient d’être jugé irrecevable par ce 21 avril. Les détenus faisant condamner le geôlier, ça la fout mal, quand même. Allez les amis, faut pas faire la tête, mais la loi…

    british_bull.jpg
  • Les cantonales, on s’en tape, mais…

    9782916385631.jpgUne Bérézina pour l’UMP. Les candidats du parti présidentiel se sont fait laminer.

    D’abord, ces 55 % d’abstention,… quand à trois heures d’avion (une heure pour un Rafale), des citoyens bravent les armes d’un dictateur en rêvant de pouvoir un jour voter !

    Tous les GO de l’UMP se sont précipités sur les plateaux-télé, armés de leurs « éléments de langage », pour dire que le niveau des abstentions interdisait de tirer de vraies leçons  de ce vote. Les mêmes qui calent leurs décisions sur des sondages reposant sur un panel d’environ 1 000 personnes... Non, ces cantonales disent beaucoup de choses.

    A Droite, le FN tutoie l’UMP. Un gros recul alors que les candidats UMP sont souvent des notables, sortants, gérant depuis des années les subventions diverses et variées. Guéant nous amuse en intégrant à l’UMP les « divers Droite ». Non, la réalité est crue : l’UMP est à 16 et le FN à 15. Dans un mouchoir, et le vote FN va s’amplifier au second tour dans les cantons où le FN se trouvera seul face au PS, Copé refusant la consigne du barrage et donc du vote PS.

    A Gauche, les socialistes font un bon score, mais à 25 %, ça n’a rien de grandiose. En revanche, le PS retrouve des alliés avec trois groupes à environ 8% (Divers Gauche, Verts et Front de Gauche). Le rejet de Sarko est tel que même le Parti communiste a repris des couleurs, notamment dans le 93 ! Et on peut envisager le basculement du Sénat aux prochaines sénatoriales en septembre. Voici donc au total un gros score de la Gauche, alors que les divers Droite et l'UMP plafonnent à 32… De quoi aiguiser les ambitions des présidentiables du PS.

    Dans un an, ce sera la présidentielle, et la partition est la plus mauvaise que Sarko pouvait imaginer. Le refus du Front Républicain est un clin d’œil aux électeurs passés chez Marine, sur le thème : « On n’est pas méchant, alors pensez à revenir chez nous d’ici l’an prochain… » C’est garder le FN comme réserve de voix au 2° tour.

    Taper sur les dirigeants FN et draguer les électeurs en reprenant, les uns après les autres, les thèmes du FN. Un truc d’équilibriste, qui pourrait bien se solder par Sarko derrière Marine. Les chiffres de ce soir montrent que c’est une possibilité sérieuse.  

    Sarko irait alors rejoindre le Conseil constitutionnel pour assurer la sauvegarde des droits et libertés fondamentaux…

    La-berezina.jpg
    Sarko, entouré des grognards de l'UMP, en route vers le Conseil constitutionnel
  • Ben Ali contre le peuple tunisien

    aff_tunisie.jpgLes Tunisiens vont-ils parvenir à se débarrasser du dictateur Ben Ali, le grand ami des pays occidentaux ?

     

    N’importe quel autre dirigeant aurait été dézingué de longue date par les belles âmes qui nous gouvernent. Mais Sarkozy, comme Chirac, adore Ben Ali. Les visites présidentielles en Tunisie n’ont été que de sinistres provocations. Le Parti Socialiste fait semblant d’agiter ses petits bras, mais il est sur la même ligne. Ben Ali est un bon gars qui fait régner l’ordre, et impose à son peuple le rôle du gentil sous traitant institutionnel de l’ancienne puissance coloniale. Alors chez ceux qui de longue date ont fait le choix de l’ordre contre celui de la justice, c’est un héros. Ben Ali, un brave arabe absent de toutes les causes arabes...

     

    Le régime ne tient pas par son économie ou sa société, mais par le contrôle policier qu’impose Ben Ali depuis 1987, avec des élections bidon saluées comme des réussites par les pays européens. Il suffit de s’écarter des grands axes, des centres touristiques, et des alignements d’immeubles beaux comme la Silicon Valley pour sentir l’air puant de la dictature policière. Allez dans les banlieues, ou l’arrière pays, restez quelques heures dans les cafés, regardez la télévision d’Etat. Glissez-vous dans un congrès médical, et allez discuter à côté de la salle officielle. Observez les réponses gênées des salariés des hôtels qui ne veulent parler de rien d’autres que du soleil, des épices ou des beautés du pays. Et n’oubliez pas les préfectures et les sous-préfectures, couvertes de photos de Ben Ali, comme les locaux de permanence électorale. La Tunisie est un Etat policier, au service de l’enrichissement d’un clan. Le régime joue sur sa soit-disante lutte contre l’islamisme pour obtenir les grâces absolues des occidentaux, et tout se permettre contre son peuple.

     

    Loin du miracle économique, la société se scinde sous les coups de l’injustice économique et de la répression. Le peuple tunisien est grand, et la société n’a jamais abdiqué de rien. La pensée libre n’a jamais été contenue sur les campus universitaires ; le barreau ne cesse de se battre, procès après procès ; le syndicalisme vit, sous les structures étouffantes qu’impose le pouvoir ; la jeunesse se forme, étudie et tire d’Internet tout ce qu’elle peut pour échapper aux flics.nng_images.jpg

     

    Ben Ali n’a jamais pris le risque de vraies élections, car il serait balayé. Gbagbo a accepté le jeu électoral. Ben Ali n’est pas assez courageux. Et ceux qui font les matadors devant Gbagbo n’ont pas un mot à dire à Ben Ali.

     

    Quand la situation est explosive, une étincelle peut mettre le feu.

     

    Cette étincelle, c’est l’histoire de Mohamed Bouazizi, ce jeune vendeur de fruits et légumes, âgé de 26 ans, qui s'était immolé le 17 décembre à Sidi Bouzid, dans le centre du pays. Un chômage endémique et une famille à nourrir. Mohamed s’est essayé à vendre dans la rue des fruits et légumes, sur sa carriole. Pas d’autorisation : la police a embarqué ce qui permettait à une famille de survivre. Mohamed s’est rendu à la préfecture, pour rencontrer quelqu’un : niet. Il s’est immolé, et il est décédé hier.

     

    Lors des funérailles, 5 000 personnes étaient réunies, dénonçant cette injustice qui fait mourir. Les manifestations se répandent dans le pays, mêlant la lutte contre l’injustice sociale et la revendication des libertés. Ben Ali a repris sa tronche des mauvais jours pour dire que « la loi sera appliquée avec fermeté ». Appliquer la loi… Un jour, la loi sera appliquée contre toi, Ben Ali. C’est tout ce que je te souhaite.

     

    Pour ce jeudi, on attend de nouvelles manifestations. Les réseaux cherchent à se constituer. Les avocats ont annoncés qu’ils seraient en grève. Tous les démocrates rêvent d’un dénouement, avec des forces qui parviendraient à renverser le dictateur honni, qui ruine son peuple pour mieux enrichir ses proches. Parviendront-ils, alors qu’il y aura un flic pour chaque manifestant, à créer le rapport de forces ?

     

    Avec un courage infini, les Tunisiens seront aujourd’hui devant celui qui usurpe le pouvoir. Si je savais que faire pour leur donner le moindre coup de main…

    162741_493701097854_38135612854_5883382_2694201_n.jpg
    Le 28 décembre 2010, Ben Ali au chevet de Mohamed Bouazizi
    Une justice digne de son nom aurait décerné un mandat d'amener à son encontre
  • Huchon : Un peu de respect pour le Conseil d'Etat !

    Huchon va-t-il se faire ratatiner par le Conseil d’Etat ? L’affaire a mis en transe – si, si – le Comité directeur du Parti socialiste, avec Huchon reçu comme un soldat qui reviendrait du front afghan. Même Martine s’est fâchée : « Il ne s'agit pas de faire pression sur le Conseil d'État, mais d'exprimer une interrogation forte ». C’est dire que l’heure est grave.

     

    Ce qui s’est passé ?

     

    transport-idf-region.gifEn cause, lors des dernières élections régionales en Ile de France, une campagne menée par la région sur les transports publics à l'automne 2009, débordant sur  six mois avant le scrutin des 14 et 21 mars 2010.

     

    La campagne a été menée du 7 au 20 septembre 2009 par le Syndicat des transports d'Ile de France sur le thème « la région fait grandir vos transports ». 840 000 euros, pour vanter les projets en matière de transports en commun pour les années à venir. Avec tout un laïus en relais sur le thème : la région a lance une « mobilisation historique de plus de 18 milliards d’euros sur l’ensemble du réseau francilien ». Et la campagne empiète sur le délai de six mois d'abstinence.

     

    Gros malins, les élus ont pris l’habitude de faire de telle campagne de manière régulière, et ils parlent donc de communication institutionnelle et neutre. Bref la publicité donne envie de monter dans le train, et pas de voter Huchon. Très drôle.

     

    Ce n’était pas l’avis des militants UMP qui ont formé un recours, et lors de l’audience de ce vendredi 3 devant le Conseil d’Etat, le rapporteur public, Edouard Geffray, magistrat chargé de dire le droit en toute indépendance, a estimé que la campagne vantait les mérites de l'équipe sortante, pendant les six mois litigieux. D’où en conclusion, la réintégration du montant dans le compte de campagne, qui est alors explosé, l’annulation de l’élection de Huchon, et son inéligibilité pour un an. La liste poursuit sa vie, avec un nouveau président.

     

    Bertrand Delanoë, qui se prépare manifestement aux primaires, met la gomme auprès des élus UMP, en affirmant que « le recours de l'UMP devant le Conseil d'État constitue un scandaleux déni de démocratie ». Eh, Bertrand, calme-toi, le Conseil d'Etat n'est pas le Conseil constitutionnel de Gbagbo….

     

    Ce que dit la loi

     

    1449812_3_c389_campagne-de-la-region-ile-de-france-en-2009.jpgLe principe est que les outils de campagne électorale sont contenus dans une enveloppe financière, et qu’on doit réintégrer dans cette enveloppe des outils cachés de la campagne. En première ligne les bilans de fin de mandat des organismes pouvant servir la soupe au candidat. On accepte ce qui résulte de la communication régulière de la collectivité, genre bilan d’étape et d’actions ; mais ce qui, sous prétexte de bilan fait de la pub pour le candidat, est réintégré dans le compte de campagne. Si le seuil est dépassé et que le juge estime que l’élu-candidat a manœuvré en conscience, donc de mauvaise foi, l’élection de la liste reste valable, mais celui était à la tête voit son élection annulée, et se prend un an d’inéligibilité. Ca me paraît plutôt sain. Quoi qu’il en soit c’est la loi, en l’occurrence le 2° alinéa de l’article L. 52-1 du Code électoral.

     

    « A compter du premier jour du sixième mois précédant le mois au cours duquel il doit être procédé à des élections générales, aucune campagne de promotion publicitaire des réalisations ou de la gestion d'une collectivité ne peut être organisée sur le territoire des collectivités intéressées par le scrutin. Sans préjudice des dispositions du présent chapitre, cette interdiction ne s'applique pas à la présentation, par un candidat ou pour son compte, dans le cadre de l'organisation de sa campagne, du bilan de la gestion des mandats qu'il détient ou qu'il a détenus. Les dépenses afférentes sont soumises aux dispositions relatives au financement et au plafonnement des dépenses électorales contenues au chapitre V bis du présent titre ».

     

    Joue alors l’article L. 118-3 du Code électoral :

     

    « Saisi par la commission instituée par l'article L. 52-14, le juge de l'élection peut déclarer inéligible pendant un an le candidat dont le compte de campagne, le cas échéant après réformation, fait apparaître un dépassement du plafond des dépenses électorales.

    « Dans les autres cas, le juge de l'élection peut ne pas prononcer l'inéligibilité du candidat dont la bonne foi est établie, ou relever le candidat de cette inéligibilité.

    « Si le juge de l'élection a déclaré inéligible un candidat proclamé élu, il annule son élection ou, si l'élection n'a pas été contestée, le déclare démissionnaire d'office.

    Huchon soutient que cette mesure serait inconstitutionnelle, ce qui ne parait pas évident, car la loi ne prévoit pas d’automatisme, mais une approche individualisée par le juge. 

    Ce qu’en dit la jurisprudence

     

    pubidf.jpgVoici un très explicite arrêt du  Conseil d'État du 13 novembre 2009 (n° 325551)

     

    D’abord sur la caractère publicitaire de la campagne

     

    La municipalité de Valence avait fait apposer en treize points de la ville, à partir du 28 janvier 2008, des affiches de quatre mètres sur trois faisant état d'une absence d'augmentation des taux communaux d'imposition pour la treizième année consécutive. Pour le Conseil d’Etat, « eu égard à son contenu, repris dans les documents de campagne électorale de M. A, ainsi qu'à sa date de lancement, cette opération d'affichage présentait le caractère d'une campagne de promotion publicitaire de la gestion d'une collectivité, au sens de l'article L. 52-1 du code électoral, dont l'intéressé, qui a exercé le mandat de maire de Valence de 1996 à 2004, a tiré bénéfice pour sa campagne électorale, nonobstant la circonstance que cette opération ait été réalisée tous les ans depuis janvier 1996 ; qu'il constitue un avantage direct ou indirect ayant été consenti à M. A par une personne morale en violation de l'article L. 52-8 du code électoral et dont le coût devait être intégré dans son compte de campagne en application de l'article L. 52-12 du code électoral.

     

    Ensuite, sur la sanction d’inéligibilité.

     

    « Considérant que, dans les circonstances de l'espèce, compte tenu du caractère substantiel de l'obligation qui a été méconnue et de l'absence d'ambiguïté des règles applicables, la bonne foi de M. A ne peut être regardée comme établie au sens des dispositions de l'article L. 118-3 du code électoral ; qu'il y a donc lieu de déclarer M. A inéligible en qualité de conseiller municipal pour une durée d'un an à compter de la présente décision ».

     

    Intéressant aussi cet arrêt du Conseil d'État du 4 octobre 2010 (n° 338139) qui avait refusé de sanctionner la publication d’un conseil régional restée neutre et mesurée.

     

    « Si les numéros en cause de la lettre d'information mensuelle diffusés par le conseil régional, à des dates et selon une périodicité habituelles, comportent quelques articles exposant l'action de la région dans les domaines des transports, de la formation professionnelle, de la protection de l'environnement ou de l'aménagement des lycées, ces articles, conformes à la vocation d'une telle publication, sont rédigés en des termes mesurés et neutres ; qu'en raison de sa généralité et de sa neutralité, la formule figurant en couverture du numéro de février 2010 selon laquelle le conseil régional est au service des citoyens , ne peut être regardée comme un slogan vantant les réalisations ou la gestion de la collectivité territoriale ; que ces publications ont ainsi revêtu un caractère purement informatif sur la vie régionale et n'ont pas constitué les éléments d'une promotion publicitaire au sens de l'article L. 52-1 du code électoral ».

     

    Le Conseil d’Etat s’est prononcé à de nombreuses reprises.

     

    Selon la jurisprudence du Conseil d’Etat, constituent de la communication promotionnelle, donc interdite :

     

    - un bulletin municipal vantant les réalisations de la commune et dressant les divers projets que la municipalité souhaite mettre en place (CE, 28 juillet 1993, M. Fourcade) ;

    - la diffusion d'un bulletin municipal ayant présenté sous un jour favorable l'action de la municipalité et celle du maire, candidat à l'élection (CE, 5 juin 1996, élections municipales de Morhange) ;

    - un magazine comportant un bilan avantageux de l'action menée par la municipalité du maire, accompagné d'un éditorial et de la photo du maire (CE, 21 février 1997, élections municipales de Longuyon) ;

    - l'impression d'une plaquette, financée par des sympathisants et valorisant la gestion de la commune (CE, 2 octobre 1996, Bassens) ;

    - une plaquette, même non financée par la ville, intitulée "un maire, une équipe, une majorité, un bilan" portant le logo de la ville et présentant l'action du maire et de ses adjoints (CE, 18 décembre 1996, élections des conseillers d'arrondissement à Paris XVIe) ;

    - une campagne de promotion publicitaire d'un syndicat intercommunal des eaux, présidé par le maire, à l'occasion de laquelle sont organisés des spots radio et des distributions de T-shirts et de pin's (Tribunal correctionnel de Grenoble, 11 janvier 1994, n° 98.94, élections cantonales de mars 1992 Grenoble, Echirolles, Saint-Martin d'Hères) ;

    - un bulletin municipal principalement consacré à dresser un bilan exhaustif et élogieux de l’action de la municipalité sortante depuis 2001, alors que les précédents bulletins avaient été principalement consacrés à la vie quotidienne, culturelle et associative de la commune (CE, 19 mai 2009, commune de Willems) ;

    - l’impression et la diffusion d’une série de numéros spéciaux du magazine municipal vantant le bilan de l’action municipale (CE, 10 juillet 2009, commune de Briançon) ;

    - la publication d’un document de 19 pages intitulé « Bilan du Conseil municipal 2001 – 2008 Commune de Mtsangamouji » présentant les réalisations de l’équipe sortante sous un angle particulièrement favorable et comportant de nombreux éléments de polémique électorale (CE, 19 mai 2009, commune de Mtsangamouji.

    Alors, que dira le Conseil d’Etat ? Réponse dans quelques jours, et ça se joue dans l’interprétation, ce qui impossible à faire sans toutes les pièces du dossier. Je relève quand même que la campagne était bien un projet pour les années 2010/2020. Nous verrons ce qui dira le Conseil d’Etat, mais cette campagne menée contre le Conseil d’Etat pendant le délibéré est lamentable, indigne de la Gauche.

    article_2808-PAR03-HUCHON.jpg
    Pas dépité, Huchon se livre au transport d'allégresse
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu