Avertir le modérateur

elections - Page 4

  • Périls sur la Côte d’Ivoire

    Aya_Yopougon_2.jpgInquiétude au top pour mes amis ivoiriens. Un grand pays comme la Côte d’Ivoire, pataugeant dans le marasme, et risquant de basculer…

     

    Le résultat est dans les urnes, et personne ne connait les chiffres exacts. Oki. Mais ce jeudi soir, il n’est pas obligatoire d’être idiot, et nous devons dire que nous assistons en direct à la destruction d’un résultat électoral. Un coup d’Etat institutionnel est en cours : jusqu'où ira-t-il ?  

     

    C’est peu dire que Laurent Gbagbo était mal élu. Il a tout fait pour repousser l’échéance. Des années à discuter de la liste électorale, des conditions de sécurité, des milices, de la nationalité de tel ou tel candidat, le but étant de gagner du temps. Mais il n’a pas su profiter de ce temps pour redynamiser la Côte d’Ivoire. Le pays a descendu les marches les unes après les autres : ce pays qui avait tout, porté si haut par  Félix Houphouët-Boigny, glissait inexorablement. Un petit tour à Abidjan de temps à autre montrait le recul, palbable.

     

    La campagne a été sincère et libre, et le résultat du premier tour a dit qu’elle était la situation politique : les deux grands opposants de Laurent Gbagbo réunissaient les deux tiers des voix, alors que toute la campagne de Gbagbo misait sur une victoire au premier tour. Dès le lendemain, Henri Bédié a appelé à voter pour Alassane Ouattara, 68 ans, ancien premier ministre d’Houphouët-Boigny. Un homme compétent, diplômé de grandes universités, et avec une expérience  reconnue comme gouverneur de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), puis directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI). Mais c’est aussi un sage, issu du Nord, et qui n’avait jamais fait le moindre geste pour légitimer l’action des rebelles armés qaund le Nord s'était embrassé.

     

    La campagne s’est poursuivie, libre, entre les deux tours, avec un vrai débat télévisé, et les chiffres donnés hier après midi par la commission électorale indépendante (CEI) étaient logiques : l’appel de Bédié à voter Ouattara, avec franchise, en a fait un vainqueur, même si une part de l’électorat a rejoint Gbagbo.

     

    Puis, tout a commencé à basculer.

     

    Les travaux de la commission électorale se sont éternisés alors qu’avec près de 10 points d’écart la messe était dite. Mais, pour l'équipe au pouvoir, il fallait tenir trois jours, ce qui dessaisissait la commission électorale indépendante, au profit du Conseil constitutionnel, une succursale de la maison Gbagbo.aya_de_yopougon_3.jpg

     

    S’est alors enclenché la belle mécanique.

     

    Le président du Conseil constitutionnel est intervenu à la télé pour dire que la commission n’avait plus compétence pour annoncer les résultats et il a expliqué qu’il allait examiner les recours.  Tout est clair : les recours seront admis, et Gbagbo va être déclaré élu.

     

    Dans les heures qui ont suivi, on a appris que l’armée avait reçu ordre de bloquer toutes les frontières, et que les télés et radios étrangères étaient interdites. C’est déjà le couvre feu de 19 heures à 6 heures.

     

    Un pays ne peut vivre isolé, et il faudrait beaucoup d'arguments pour faire accepter à la communauté internationale ce désaveu du peuple ivoirien. L'ONU est déjà présente dans le pays. De ce point de vue aussi, l'obstination de Gbagbo est une impasse, coûteuse.

     

    Le peuple se laissera-t-il voler sa victoire électorale ? En Côte d’Ivoire, c’est l’heure des périls et les heures qui viennent vont être décisives. Pour ce coup, je serais vraiment heureux de dire que je me suis trompé.

     

    Voici quelques sites internet encore disponibles ce jeudi soir.

     

    http://www.rezoivoire.net/

     

    http://www.abidjan.net/

     

    http://www.africatime.com/ci/pays.asp?no_categorie=PRESSE#0

     

    http://www.aip.ci/

     

    http://www.connectionivoirienne.net/

     

    aya17.jpg
  • Immigration, Islam : Sarko maintient le cap sur l’exclusion

    9782356310682.jpgIls étaient bien mignons tous les petits commentateurs de miss Chabot nous expliquant que Sarko a changé, sur France 2 hier soir. On n’a pas dû entendre la même chose, car la ligne « tapons comme des sourds sur l’immigration et l’Islam » s’est retrouvée dans le verbe présidentiel avec une constance remarquable. Sarko n’oublie pas ce qui l’a fait élire.

    Les mêmes litanies, sans fin...

    « Le débat sur l'identité nationale a provoqué des malentendus. » Non, il a juste montré que le gouvernement tétait goulument les mamelles de l’Extrême Droite. Nous avons eu le cas unique d’un site ouvert par un ministère de la République qui récupérait des centaines de commentaires racistes par jour. Il n’y a d’ailleurs jamais eu de débat, mais seulement de la propagande organisée par le ministère et les préfectures, avec la participation de quelques perroquets élevés en batterie. Et le silence béat de nos grands humanitaires en fromage blanc genre Borloo, Koukouch, Yade ou Amara.

    « Si on ne maîtrise pas les flux migratoires, on organise le ‘collapse’ de notre système d'intégration, qui est en panne. » Vieux truc du mec qui a tellement honte de ce qu’il dit qu’il ne trouve pas les mots. Parlez-en à votre psychiatre, il vous expliquera. Sarko a parlé en français toute l’émission, sauf pour ce collapse. Le blog a donc plaisir de vous offrir la traduction en français : « Si on ne maîtrise pas les flux migratoires de nos électeurs vers le FN, on organise l’écroulement de notre système UMP, qui est en panne ».

    « Le gouvernement de François Fillon portera une politique de l’immigration humaine, et en même temps ferme, parce que je n'ai pas l'intention que des criminels mafieux organisent leur prospérité sur la misère humaine, en faisant venir en France des gens à qui nous ne pouvons proposer ni logement, ni travail ». Ah, ah, ah ! Toujours cette pensée en damiers : d’un côté tout ce qui est gentil, et de l’autre tout ce qui est affreux. Alors on va faire la liste des mafieux,  genre moi, qui ne peut pas faire venir ma belle-mère pour voir comment vit sa fille, et partager quelques semaines d’intimité, pour ce motif grave : elle est pauvre, comme l’immense majorité des africaines, et elle va s’incruster ! Quatre demandes de visas, et après on abandonne, comme tant d’autres, car cette grande dame refuse cette humiliation. Comme abandonnent aussi les étudiants que l’on ne parvient plus à faire inscrire en fac, car les écoles doctorales sont des clans mafieux, tout le monde le sait. SAGESSEMUSULMANE.jpgJ’aurais imaginé que le président dise quelques mots du drame de ce week-end, les sept morts et les onze blessés graves de la résidence pour travailleurs immigrés de La Fontaine d’Ouche, à Dijon. Eventuellement, je lui rappelle qu’hier c’était le jour de l’Aïd, et un geste n’aurait pas été de trop.

    « Nous ne voulons pas, sur le territoire de la République, de femmes enfermées derrière une prison, fût-elle de textile. C'est les valeurs de la France, un pays laïque ». Oui, tout à fait, mon ami. D’ailleurs, question droits des femmes, le gouvernement donne une grande leçon de parité, avec 11 femmes sur trente ministres, et aucune sur les postes-clés. Libérons les femmes de l’UMP ! Et j’attends de voir la police anti-burqa monter la garde devant les boutiques de luxe des copains sur les Champs Elysées, l’avenue Montaigne ou encore devant l’Hôtel Crillon, racheté par des Saoudiens.

    « Qu’il y ait des lieux de culte pour les musulmans, c'est tout à fait naturel, il y en a plus de 2.000. Mais en France il n'y a pas de minaret, il n’y a pas de muezzin qui fait l'appel à la prière. J’entends nos compatriotes qui me disent ‘on veut rester en France, la France que l'on aime’. » Eh oui, c’est le retour au grand classique : « tu l’aimes ou tu la quittes ! » Pas de minaret ? Commençons par le 5° arrondissement de Paris, avec la Grande Mosquée qui avait été construite à la mémoire des soldats musulmans morts pour la France. Et les appels à la prière ? Ca te fait peur à ce point, quelqu’un qui prie ? Eh ben dis donc… Quoiqu’il en soit, pas besoin de déclarer la patrie en danger. Le cas d’appels publics ne s’est jamais présenté, et un arrêté municipal suffirait.

    Toujours taper sur les mêmes, s’interdire de voir le monde tel qu’il est, légitimer les peurs, conforter les abrutis... Ils n’iront pas loin avec çà.

    Il reste aux musulmans leur foi, leur sagesse et le droit, ce qui fait beaucoup. Et surtout leur goût simple de vivre, et de construire l’avenir. Pas le leur ; celui de tous. En toute amitié.

    J’espère qu’ils ont toutes et tous passés une bonne fête de l’Aïd,… avec une télé en panne !

    mosquee2.jpg
    La Grande Mosquée de Lyon et son beau minaret...
    contesté par les riverains...
    ...autorisé par le tribunal administratif de Lyon
  • Le foulard musulman bienvenu au conseil municipal

    dossiersgalleries-1129215915224-127_0_0_1.jpgUn maire interdit le foulard musulman au conseil municipal… et se fait condamner pour discrimination religieuse. Chères amies, chers amis, la patrie est en danger (Cour de cassation, chambre criminelle, 1 septembre 2010, n° 10-80584).

    Souad, qui porte le foulard musulman, a été élue par mégarde par des électeurs sous-informés de Montreuil. Et bien sûr, voilà notre Souad qui débarque au conseil municipal avec le symbole textile de l’asservissement sur la tête. Par un moment de faiblesse, le maire laisse la conseillère municipale prendre place. Après tout, le maire est communiste, et le parti connait la vie : les femmes ne sont dangereuses que quand elles parlent. Mais le pire n’est jamais loin : Souad demande la parole pour dire ce qu’elle pense : horreur absolue ! Deux siècles d’histoire républicaine menacés de s’écrouler.  

    N’écoutant que son courage, le maire s’est dressé, pour défendre la lumière contre les ténèbres.

    - Jean-Pierre : « Je vous prie de cesser d'exhiber ce signe religieux, vous êtes dans une enceinte laïque ».

    - Souad : « J'ai le droit de porter ce foulard »0310.jpg

    - Jean-Pierre : « Vous aurez la parole quand vous arrêterez cette attitude provocatrice, contraire à la loi de 1905 sur la laïcité ».

    Mon Jean-Pierre, dans l’effort, était admirable : « Y avait du soleil sur son front qui mettait dans ses cheveux grisonnants de la lumière ! »

    Mais Souad, habitée par je ne sais quelle démon, a saisi la justice, tenez vous bien pour « discrimination ». Alors que mon Jean-Pierre défendait le vivre ensemble, les valeurs de la civilisation et le socle de la République… Le monde à l’envers. Et là, c’est le drame : Jean-Pierre a été condamné par le tribunal, puis par la cour d’appel et pour finir par la Cour de cassation ! Notre pays n’est plus le même. Que disent ces juges qui ont tout lâché devant l’invasion par le Sud ?

    -          Jean-Pierre a privé une élue de l'exercice de son droit de parole en raison du port par cette dernière d'un insigne symbolisant son appartenance à la religion musulmane ;

    -          Il n'est nullement établi, qu'en l'espèce, le port d'un foulard par Souade ait été un facteur de trouble susceptible de justifier que le maire, usant de son pouvoir de police, la prive de son droit à s'exprimer, en sa qualité d'élue municipale ;

    -          Aucune disposition législative, nécessaire en vertu de l'article 9 de la Convention européenne des droits de l'homme, pour que des restrictions soient apportées à la liberté de manifester sa religion ou ses convictions, ne permet au maire d'une commune, dans le cadre des réunions du conseil municipal, lieu de débats et de confrontations d'idées, d'interdire aux élus de manifester publiquement, notamment par le port d'un insigne, leur appartenance religieuse.

    Coq_francais.jpgVous avez bien lu ce dernier considérant… Ils veulent nous détruire, je vous le dis ! Vous me connaissez,… mon cœur a failli défaillir ! Toutes ces années consciencieuses à coller des affiches de Ni Putes Ni Soumises, à faire la clape aux meetings de Jean-Pierre Raffarin défendant la loi de 1905 comme grammaire de la société, à apprendre par cœur les discours d’Elisabeth Badinter, à faire des soirées d’évangélisation laïque dans les sections du Parti socialiste, à m’époumoner dans la chorale de Caroline Fourest, ces nuits enfiévrées à débattre avec les jeunes du MODEM, ces discussions de feu dans les préfectures toutes dédiées à la célébration de l’identité nationale… Tout s’écroule, c’est cuit, c’est râpé. Et je ne peux même pas maudire l’Europe : c’est un arrêt de la Cour de cassation.

    Voilà, vous savez tout : il ne reste rien.

    Si. Il reste juste à préciser que l’affaire concerne Patricia, élue à Montreuil, à l’époque de Jean-Pierre Brard, et que Patricia ne portait pas un foulard mais une croix chrétienne, ostensiblement visible sans être ostensiblement ostentatoire, et inversement.

    Cet arrêt de la Cour de cassation n’est pas une révolution, mais juste une piqûre de rappel pour tous les intégristes de la laïcité. Vous vous rappelez le délire national à propos d’Ilham, la candidate du NPA aux régionales dans le Vaucluse. Jetez un coup d'oeil à toutes les invraisemblables salades avariées que nous fourguaient ces nobles crétines et crétins, à propos des amours contrariés de la sphère publique et de la sphère privée.

    Il faut quand même que tous ces ramollis du bulbe ne se soient pas posé beaucoup de questions sur le sens de la vie, ce qu’est notre passage sur terre ou ce qu’est la pensée d’un être libre, pour être à ce point terrorisés par un croix autour d’un cou ou un foulard sur la tête.  

    L'LEVA~1.JPG
    En direct de l'Université d'été de Ni Putes Ni Soumises
  • Les blogueurs vont rester anonymes

    surfer-anonyme.jpgAprès la burqa, c’est l’anonymat des blogueurs… Ne cachez rien, on veut tout voir ! Bientôt une loi sur la taille des barbes, et une autre pour limiter l’usage des lunettes de soleil. Allez, chères amies et chers amis, on se calme... Cette proposition de loi a autant de chances d’être votée que moi d’être élu Président de la République.

    Cette histoire de supprimer l’anonymat pour les blogueurs non-professionnels a de quoi inquiéter. Le web a permis d’inventer les blogs, et c’est toute une joyeuse aventure, où chacun fait ce qu’il veut. C’est libre et tranquille, mais c’est aussi l’éclosion de mille choses que l’on aurait jamais imaginées. Et cette ramification suave de la personnalité est aussi le moyen périlleux de défendre la liberté d’expression dans les pays qui ne l’aime pas. Amitié et respect pour les blogueurs emprisonnés de Chine, d’Iran, du Vietnam ou d’ailleurs.

    Donc, un blog, c’est rigolo et c’est grave à la fois, parce que trois mots publiés sur un blog, c’est grâce à la loi sur la presse. D’où un peu de régulation, c'est logique. La référence, c’est la loi du 21 juin 2004 dite pour la confiance dans l'économie numérique (LCEN). Elle prévoit que les bloggeurs non-professionnels peuvent rester anonymes. Une idée simple, pour renforcer la liberté. Tout en sachant que l’on peut toujours, en passant par la case justice, retrouver un blogueur anonyme, et que faire une déclaration officielle sous un nom d’emprunt est un jeu d’enfant. Ajoutons, que l’expérience de six ans d’application de la loi montre que le risque pris par le législateur de 2004 n’a pas causé de ravages.4jrcthlv.jpg

    En revanche, avec la levée de l’anonymat, n’importe quel esprit grincheux pourrait crucifier économiquement un blog, par un procès qui sera perdu deux ans plus tard devant la Cour d’appel. Avec au final un bloggeur gagnant mais mort pour la simple et bonne raison qu’il aura dépensé entre 5 000 et 10 000 € d’honoraires pour se défendre avec succès. Ah, Ah !

    Donc cette loi serait une catastrophe, c’est évident. Mais il n’y a pourtant rien à craindre.

    La chose est une proposition de loi. Donc, une loi d’initiative parlementaire. Or, la Constitution et le règlement des chambres sont ainsi faits que les textes votés sont essentiellement des projets de loi, c’est-à-dire des textes d’origine gouvernementale, adoptés en conseil des ministres. Une proposition de loi, ce n’est pas impossible, mais c’est beaucoup plus rare.

    masque-a-venise-242548.jpgOn doit ensuite examiner la force qui soutient cette proposition. Ca commence à devenir sérieux, quand un groupe parlementaire a signé le texte. Et là, le débat se simplifie : notre ami l’honorable sénateur Jean-Louis Masson, non inscrit dans un groupe, est le seul signataire. Un peu comme dans la chanson de Goldman, il a fait sa proposition tout seul.

    Il lui reste donc juste à convaincre la moitié du Sénat pour avoir une majorité potentielle, à expliquer au gouvernement que cette géniale loi est une priorité, et à dealer avec Copé pour faire attendre les propositions des députés. Après ça, il restera à trouver une place dans le calendrier, ce qui sera très simple, quand on voit que le temps manquera pour voter la réforme de la procédure pénale ou la loi sur la sécurité intérieure, entre autres.

    Sacré Jean-Louis Masson, tu connais tout ça mieux que nous, mais l’occasion était belle de faire parler de toi, alors que ton mandat prend fin en septembre 2010. Tu te représentes sans doute, et les places sont chères, alors tu fais le paon. Et pour participer un peu à ton bonheur, je vais faire ici un petit outing. Mon nom qui figure sur le blog, c’est un fake. En réalité, je m’appelle Bernadette Soubirous, mais, si tu veux savoir mon adresse, il faut que tu te colles deux ailes pour me suivre !

    paon.jpg
    La campagne pour les sénatoriales a commencé
  • Val-d’Oise : Le casier judiciaire comme argument électoral

    teeshirtsherifaetre.jpgLa campagne commence, la Droite est en recul : portes ouvertes sur les poubelles. Ca va donner ! Premier à se faire allumer, Ali Soumaré, tête de liste PS du Val-d’Oise aux élections régionales en Ile-de-France, avec à la manœuvre, deux grands finauds de la politique, Francis Delattre, le maire UMP de Franconville, et Sébastien Meurant, le maire de Saint-Leu-la-Forêt, 13e de la liste UMP.

    Ces deux penseurs de la modernité, tout attachés à définir un avenir pour l’Ile de France, se préoccupent pour le moment de fouiller le passé de leur adversaire politique : sa vie, son œuvre, et son casier. Et de sortir un tract listant une série de faits, entre 1999 et 2009, et qualifiant Ali Soumaré de « délinquant multirécidiviste chevronné », pour demander le retrait de sa candidature.  

    Ali Soumaré va s’expliquer, et je ne vais pas m’essayer à commenter le texte de ces deux élus, qui sent la fiente à vous faire vomir. Mais la démarche pose des questions d'ordre général.

     

    Peut-on donner ce type d’infos ?

    ouvert-ferme-378692.jpgIl faut distinguer. Ces affaires n’ont rien de privé, car même si elles concernent au plus au point la vie privée, elles passent par l’examen de la justice pénale, qui est publique. Preuve par l’exemple : allez faire un tour aux audiences du tribunal correctionnel de votre ville. Posez-vous dans la salle, et écoutez : pas sûr que ce soit toujours passionnant, mais histoire d’entrer pour pas un rond dans la vie des gens, il n’y a pas mieux.

    Attention, me dit-on : seule la condamnation est publique, et on ne peut faire état d’une affaire en cours. Rien du tout ! Villepin est tout-à-fait innocent, et on sait à peu près tout de l’affaire. Logique, car il serait impossible pour la presse de parler des affaires judiciaires. La limite est de ne pas présenter comme coupable quelqu’un qui n’est pas encore définitivement jugé. Parlez-en à Nicolas, il est bien au courant.

    Il y a une dizaine d’années, aux heures chaudes des affaires politico-judiciaires, deux journalistes, Bruno Fay et Laurent Ollivier, avaient publié chez Ramsay, un gros bouquin intitulé « Le casier judicaire de la République », qui établissait l’annuaire de 604 responsables politiques condamnés en justice. Pas très ragoûtant, mais légal.

     

    Comment obtenir ces infos ?

    0seuil-de-discretion.jpgD’abord, impossible de passer par le casier judiciaire. Le fameux casier regroupe trois volets : le bulletin n° 1 qui comporte l'ensemble des condamnations n’est disponible que pour les autorités judicaires. Le bulletin n° 2, qui connait un premier écrémage, est réservé à certaines autorités administratives ou certains organismes, et pour des motifs précis, tel l’accès à certaines professions. Le bulletin n° 3 ne comporte que les condamnations les plus graves mais il ne peut être délivré qu’à la personne concernée.

    Aussi, la seule solution est de se renseigner, par la lecture de la presse ou les témoins. Une fois la date du jugement connue, il suffit de s’adresser au greffe de la juridiction pénale, qui vous délivrera une copie du jugement, la justice étant publique. Pour l’affaire Clearstream, le greffe avait mis à disposition sur internet un exemplaire Pdf du jugement dans l’après-midi même. Donc, vous savez que votre maire préféré est passé au tribunal tel jour… Un petit tour au greffe, et vous voilà avec une bonne lecture pour égayer la soirée.

     

    Et pour Ali Soumaré ?

    balance.jpgImpossible sans un coup de main de retrouver en quelques jours la trace de condamnations anciennes de dix ans, et qui n’avaient eu aucun impact public. Il est évident que quelqu’un a joué au cafard, par exemple quelqu’un qui par son métier à accès au casier judiciaire. Un quelqu’un de dévoué qui relève les dates des jugements, les refile à nos grands dadets de maires, lesquels font la demande de copie au greffe, et qui s’apprêtent à nous dire : tout simple, c’est le greffe qui m’a répondu. 

    Ensuite, il devient encore plus difficile d’évoquer des affaires en cours, car comment justifier l’accès à des infos ignorées du public. Ce qui confirme l’accès indu aux sources. Et puis, le présentation ne doit pas faire apparaitre la personne poursuivie, si elle l’est vraiment, comme un condamné. Par exemple en le traitant de multirécidiviste pour des faits non encore jugés. 

    Ali Soumaré a annoncé l’engagement d’une procédure de diffamation. A un homme politique, on peut demander davantage, certes. Mais il y a quand même des limites.

    Pour le reste, c’est assez simple. Les condamnations anciennes ne disparaissent pas, mais elles échappent à la sphère publique pour ne rester qu’à la connaissance des autorités judicaires. La justice pénale peut, à titre de peine complémentaire, prendre des mesures diverses qui atteignent la citoyenneté. Si la justice ne l’a pas fait, pourquoi faudrait-il que la personne s’auto-condamne ?

    Nos amis de l’UMP paraissent bien nerveux, et ça sent la grosse défaite à plein nez.

    galerie-membre,polynesie,sam-suffit-rangiroa.jpg
    Les nouveaux locaux de l'UMP, après les élections
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu