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  • « Les primaires », un amour d’été

    503908592_small.jpg« Les primaires ». Et encore, les « primaires ouvertes » ! Tant qu’à faire, ne nous privons pas. Ouvertes, c'est-à-dire un grand processus de désignation pour toute l'opposition, Modem inclus. Une machine merveilleuse, qui allait bombarder pour le premier tour, un candidat unique, magique et suave, qui aurait alors tout le temps pour rédiger un programme lumineux et préparer la broche destinée faire rotir le Sarko. Un joli film.

     

    Première étape : les partenaires rêvés n’en veulent pas. Vu le rôle de la présidentielle, qui anticipe les législatives – merci au génie de Jospin – un courant politique significatif qui ne présente pas de candidat au premier tour de la présidentielle signe son faire part de décès. N’en doutez pas : il y aura en avril 2012 des candidats PS, Verts, Modem, Parti communiste, extrême gauche.  

     

    Poursuivons. Imaginons une primaire ouverte « PS / Verts ». Sort vainqueur un PS. A l’instant même, se déclarera une candidature écolo qui ne se reconnaîtra pas chez les Verts, et qui raflera la mise. Je rappelle pour les penseurs affaiblis du PS qui ont flashé sur les primaires américaines qu’il n’existe là-bas qu’un seul grand parti dans chaque camp.

     

    On continue ? S’il faut sûrement éviter l’émiettement au premier tour, qui peut affirmer, en l’état de ce qu’est la diversité des opinons politiques à Gauche, qu’un candidat unique parviendra à un meilleur score qu’une équipe de candidats représentatifs ? Il existe quatre grandes tendances dans ce qui fait la Gauche : communistes, écolos, socialos, et gauche centriste, des radicaux à une grosse part du Modem. Quatre tendances, quatre candidats, et apprenez à travailler ensemble…

     

    Etape suivante. Les présidentielles, c’est 2012. Entre temps, nous allons avoir les régionales en 2010, avec les Verts et les Socialistes qui vont se présenter séparés, et s’étriper joyeusement car les Verts vont tout faire pour renouveler la belle opération des européennes, et si possible gagner des régions. Alors, les primaires ouvertes, … un autre monde. popsanova_pourunflirt040128.gif

     

    Donc, les primaires ne seront jamais « ouvertes » Elles concerneront éventuellement les électeurs PS. Pour 2007, on votait avec une cotisation à 20 €. Si c’est trop cher, il suffit de baisser la cotisation à 10 €, et ça fera l’affaire.

     

    « Les primaires ouvertes » pour rénover, c’est tout de même une fameuse plaisanterie : allons au devant de l’opinion, et suivons ce qu’elle nous dit. Jamais sans mon sondage ! L’idée qu’un parti politique soit justement là pour travailler sur des analyses sociales et économiques, dessiner une perspective, expliquer ce que veut dire être de Gauche dans une économie mondialisée, pour à partir de cette base, conquérir l’opinion et créer l’adhésion... Trop compliqué !

     

    Il faudra garder la liste de ceux qui pétitionnaient encore la semaine dernière… mais après tout, me direz-vous, pendant qu’ils signent des pétitions, ils ne font de mal à personne. Exact.

     

    Finies les vacances, retour au réel. Il reste le souvenir nostalgique de ces primaires de rêve qui auraient transformé tous vos héros préférés...

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    Le Parti socialiste transformé par les primaires

  • Sarko, l'artiste

    pub-sarko-ntv.jpgIl ne faudrait sûrement pas tirer des conséquences trop définitives de ces européennes, qui ont souvent été terres d’aventure. Vous vous rappelez comme moi des scrutins qui avaient placé Tapie devant Rocard, ou Pasqua associé à de Villiers devant l’UMP. On a vu ce qu’il en est advenu.

     

    Il n’en reste pas moins qu’il s’est passé hier des choses je crois importantes, et importantes car il ne s’agissait que peu d’un vote défouloir.

     

    Sarko, bravo. Franchement, un excellent score, dans des élections intermédiaires, toujours vouées au « vote sanction », et alors que le gouvernement se coltine une crise économique qui fait trembler le monde. La clé ? Je pense tout simplement que c’est le leader incontesté à Droite, et que son hyperactivisme convainc. Bref, s’il y a un type qui fait de la politique, qui se démène, c’est lui. Pour les résultats sur le terrain, chacun apprécie comme il l’entend, mais sur le plan électoral, quelle efficacité ! Depuis toujours la Gauche sous-estime Sarko : la pire des erreurs. Je dois reconnaître d’ailleurs que Sarko fait bien mieux que Mitterrand sur l’ouverture, et ça compte.

     

    Pour le PS, c’est une branlée de plus. Pour l’un, c’est la faute des divisions. Pour un autre, on n’a pas assez utilisé les gloires locales. Pour un autre, il faut rénover les méthodes… Franchement, et entre nous, je vote PS depuis 1980, mais là, ça commence à devenir très difficile. Je passe sur ces règles sclérosées qui ossifient le parti autour du contrôle de ses finances. Le problème est plus prosaïque : quel est le programme du PS ? Voilà une question : résumez-moi en quelques lignes  la politique économique et sociale du PS. A part les vieilles rengaines ripolinées par des boîtes de com’, il n’y a rien. Ajoutez des leaders, petits et grands, qui vous filent de l’urticaire dès qu’ils ont dit deux mots… Les chiffres dans les banlieues parlent : le PS est d’un autre monde. Et en Ile-de-France, les arton142.jpgPS est à quatre points derrière les Verts. Tant qu’il n’y a pas un programme compréhensible, c’est cuit. Je précise d’ailleurs que c’est un problème qui dépasse la France : il devient de plus en plus difficile de vendre le socialisme comme perspective d’avenir.

     

    C’est certainement pour cela qu’il faut prendre au sérieux le score des Verts. Aux européennes, ils jouent sur du velours, et avaient un leader qui sait parler. Mais là, on a vu le programme : Europe, écologie et des idées. Ce sera plus dur pour d’autres élections, car les réseaux locaux ne sont pas toujours très affriolants. Je n’ai pas oublié que les Verts étaient en réanimation après la présidentielle. Mais, les électeurs, eux, ils sont là. Et ils se retrouvent bien avec une Gauche décontractée, européenne, qui axe sur l’écologie comme vision de la société.

     

    Bayrou a la gueule de bois parce qu’il avait placé la barre très haut, mais il reste une force centriste qui fait un score correct. A l’extrême gauche, pas de bouleversement non plus : les discours ont leurs limites.

     

    Et si tout ce petit monde, qui ressemble bien à la société française, s’organisait ? Sarko serait cuit en 5 minutes. Mais ça, c’est une hypothèse d’école, car tous ces loosers ont des egos surdimensionnés, et préfèrent s’organiser pour piquer le goûter de leur petit copain, plutôt que de se résoudre à la chirurgie qui nous permettrait de ne pas aller tout droit vers l’avenir radieux d’un nouveau quinquennat de Sarko.  

     

  • Chères amies, chers amis, votons !

    drapeau_europe_et_27_.jpgLa vraie bonne nouvelle de cette campagne pour les européennes, c’est que ce dimanche 7 juin, le temps sera maussade. Ce qui devrait sauver les élections du ridicule, en plaçant en réanimation le taux de participation.

     

    Comme tant d’autres, je suis un européen convaincu. J’aime la France, et ce d’autant plus que mon métier m’amène à en sillonner les régions, pour en découvrir l’immense diversité. Mais quel bonheur, passé les frontières, d’une capitale à l’autre, d’un livre à l’autre, que d’identifier, ici ou là, l’un des ruisseaux qui fait la grande histoire européenne. N'en doutons pas : à l’échelle du monde, l’Europe est la plus chaleureuse des maisons. Démocratie, libertés, développement économique, solidarité : tout est à construire, tout est menacé, mais tout ce vécu est tellement précieux. 

     

    Les élections européennes devraient être les plus belles : 27 pays qui ont atteint des sommets de la culture, qui se sont menés les pires des guerres,...  et qui votent le même jour sur des programmes puisant dans les meilleures inspirations. lebcry.jpg

     

    Et pourtant, personne n’en a rien à fiche.

     

    Il faut dire que l’envers du décor n’est pas reluisant. Berlusconi, ses invités et ses invitées. Brown et les frais de ses excellents ministres. Les dirigeants tchèques, pires que leurs caricatures. Les Belges, qui n’ont pas réglé le statut de Bruxelles. En Irlande, c'est le vote sans fin contre l'Europe. Les Pays-Bas s'offrent un dérivatif putride. De partout, l’idée du vote sanction veut s’imposer. Et dans notre douce France, le jeu n’est pas triste… Comme dit ma voisine, "pas un pour racheter l'autre"...

     

    Donc, s’impose plastiquement une violente envie de ne pas voter. Rien à fiche…

     

    Alors, je vous propose un thème de mobilisation un peu inattendu. On vote en Europe, mais on vote au Liban, aussi. Et là bas, les élections, c’est quelque chose. D’abord, regardez la carte : des élections démocratiques, ça parait d’un autre monde. Et puis, pour le Liban, l’idée électorale est vitale. Tout sera analysé à la loupe. Alors, votez Europe,... votez Liban, ...votez Liberté.

     

    Ce soir, les libanais auront été plus nombreux que les européens à se rendre aux urnes. Mais il reste une fraternité, une fraternité d’arme, d’arme démocratique. J'aimerais tant que vous connaissiez tous mon amie Nada, qui, boulevard Saint-Germain, dessine un cèdre, et commence à vous raconter l'histoire...

     

     

     

  • Angélique Vs Marianne

    410E9N569DL._SL500_AA240_.jpgEt voilà Sarko qui nous refait le coup du gourdin à quinze jours d’un scrutin. Avec des arguments à deux balles, usés à force d’être rabâchés, et une rhétorique de marchand de lessive débutant, genre : « Faut-il attendre que l’irréparable se produise pour agir ? » S’il y a vraiment un truc de vieux chez Sarko, c’est son discours sur la sécurité.

     

    Sarko entrain de débiter ses 8 pages de discours, disponibles sur le site de l’Elysée pour les afficionados, ça ressemble à l’inévitable moment des repas de famille où Papy entonne le couplet sur les guerres qu’il a faites et celle qu’il croit avoir faites. Quand il commence, on sait qu’il est impossible de l’interrompre, et aux premiers mots on a déjà deviné les derniers. Ca radote, ça se contredit, ça fulmine contre les moulins à vent… Assez pathétique.

     

    S’agissant du cas de notre Papy Sarko, le cas présente une gravité objective car avant que Nicolas Sarkozy soit président de la République, un certain Sarkozy Nicolas était ministre de l’Intérieur. C’est bien le problème, en matière de sécurité comme pour le reste : la Gauche étant dans les choux roses depuis des années, le bilan devient celui de la Droite Umpéiste. Prenons donc le développement des bandes et les quartiers où la police ne rentre plus, qui sont les thèmes à la mode, ça n’a pas un petit air d’échec, ces histoires ?

     

    Pas le temps de s’arrêter à ces détails : l’essentiel est de réactiver les cellules souches sécuritaires qui sommeillent chez de vieux électeurs. Une piqûre de rappel à quinze jours du scrutin, ça a toujours marché, alors pourquoi s’en priver. Avec une majorité écrasante au Parlement, le gouvernement peine à faire voter ses lois. Alors, les appliquer… un autre monde. Peu importe, seul compte le discours et les deux points à grappiller dans les sondages pour repasser de 26 à 28%. en11873.jpg

     

    Un petit exemple : les chiffres pour dire que rien en va depuis trois mois. Comme le relève Le Nouvel Obs, les chiffres du ministère de l’Intérieur ne sont pas en ce sens. Mais il est bien préférable d’inverser des chiffres pour vendre la bimbeloterie des arguments. Autre exemple : « Aucune rue, aucune cave, aucune cage d’escalier ne doit être abandonnée aux voyous. » Quel dommage de ne pas s’en être préoccupé plus tôt. Et rendez vous dans six mois pour mesurer le résultat ! On continue : « Les établissements scolaires doivent être sanctuarisés, à l’abri de toute forme de violence. C’est une priorité absolue pour les autorités de l’Etat ». Parfait, sauf qu’il y a treize ans le même s’insurgeait contre cette idée de sanctuarisation lors d’une émission de France 2, expliquant que la violence était dans l’environnement, qu’il était illusoire de penser une école coupée du monde, et que c’était une faute de surmédiatiser cette violence-là. Il est vrai qu’à l’époque, c’était Bayrou qui avait dit vouloir sanctuariser… ceci expliquant cela.

     

    Mais ce grand moment ne serait rien sans le couplet final : l’ennemi est intérieur, intérieur à vos consciences, et l’ennemi c’est l’angélisme.

     

    Admirez la hauteur de vue et la profondeur de la pensée de Papy Sarko : «  Alors pendant des décennies, l’idéologie dominante était fondée sur l’idée que la misère engendre naturellement la criminalité qui ne peut donc être traitée que par des mesures sociales. Cet angélisme continue d’ailleurs d’imprégner le discours d’une partie des élites françaises. Je dis exactement le contraire : c’est la criminalité qui favorise la misère en aggravant l’exclusion, et la stigmatisation d’une partie de la société française. (…) Ne vous laissez donc pas intimider par la dictature des bons sentiments, par la pensée unique qui voudrait excuser les auteurs de violence et chercher à culpabiliser les défenseurs de l’ordre républicain. »

     

    Après une démonstration aussi puissante, nous y voyons plus clair. Sarko a gardé le flair, et il a déniché le coupable. Le coupable est une coupable : c’est Angélique, qui voulait supplanter Marianne.

     

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    Angélique, la marquise des anges

    Michèle Mercier

  • Comment le Conseil d’Etat a annulé les municipales de Perpignan

    Les électeurs de Perpignan ont le sens de la famille. Depuis 50 ans, la mairie est une affaire Alduy : Paul, le père, jusqu’en 1993, puis Jean-Paul, le fils, jusqu’en 2009. L’arrêt rendu par le Conseil  d’Etat ce 22 avril met fin à cette love story. Les élections de mars 2008 sont annulées, et le préfet des Pyrénées-Orientales va nommer une commission municipale, avec de nouvelles élections dans deux mois. Les électeurs pourront donc reconduire Jean-Paul, mais là, ça deviendrait de l’amour aveugle. Parce que l’embrouille sanctionnée par le Conseil d’Etat n’est pas banale.

    1. Quelle était l’équation pour ce second tour des élections municipales ?

     

    affaire-chaussettes-perpignan.jpgAvec 69 382 électeurs inscrits et  41 938 suffrages exprimés, le dépouillement, à partir des 66 bureaux de vote, a donné le résultat suivant :  

    - Jean-Paul Alduy (UMP) : 19 072 voix, soit 45,48%

    - Jacqueline Amiel-Donat (PS), 18 498 voix, soit 44,11%

    - Louis Aliot (FN)  4 368 voix, soit 10,42%

    574 voix d’avance, Jean-Paul est réélu.

     

    Mais hier, le Conseil d’Etat, confirmant le jugement rendu par le tribunal administratif de Montpellier, a annulé l’élection. Une motivation très intéressante, car l’annulation n’allait pas de soit.

     

    2. Quels sont les faits ?

     

    170308_perpignan_chaussette01.jpg« Il résulte de l’instruction que dans le bureau de vote n° 4, le président du bureau a été surpris, à 19 heures, alors que commençait le dépouillement de la septième enveloppe de centaine, en possession de bulletins de vote en faveur de la liste de M. Alduy susceptibles d’être substitués à d’autres bulletins de vote ; il a, à la suite de cet incident, à nouveau été surpris alors qu’il tentait de faire disparaître des enveloppes contenant des bulletins de vote en faveur des listes de M. Jean-Paul Alduy et de Mme Jacqueline Amiel-Donat qu’il détenait sur lui ; cette manœuvre a donné lieu à l’interruption des opérations de dépouillement jusqu’à 20 heures 45, à l’intervention sur place des services de police et du procureur de la République ainsi qu’à l’engagement d’une procédure pénale pour fraude électorale. »

     

    Donc :

    -          Le président du bureau de vote est chopé alors qu’il est porteur d’un lot d’enveloppes favorables à Jean-Paul, ce qui n’est pas bien, mais les enveloppes ont été interceptées, et n’ont pas perturbé les résultats. 

    -          Le même président du bureau de vote, très en forme, est re-chopé quelques minutes plus tard, alors qu’il est entrain d’embarquer un lot d’enveloppes (planquées dans ses chaussettes), cette fois-ci avec des bulletins au nom de Jean-Paul et de Jaqueline, ce qui laisse penser qu’il a retiré un paquet d’enveloppes des urnes, pour le remplacer par un lot plus favorable à son très dévoué Jean-Paul. Cette fois-ci, tout laisse penser que le résultat du bureau de vote a bien été altéré.

     

    3. Comment le Conseil d’Etat analyse-t-il la fraude ?

     

    N1GE04D_20080319_apx_470__w_ouestfrance_.jpg« Ainsi et sans qu’il soit besoin de prescrire une enquête sur ces faits, il résulte de l’instruction,

    -          - d’une part, qu’eu égard à sa gravité et à la fonction des personnes concernées, à savoir deux personnalités locales liées au candidat arrivé en tête à l’issue du scrutin, respectivement président et deuxième présidente du bureau de vote, et une employée par la municipalité dont ce candidat était le maire sortant, secrétaire du bureau, qui avaient pour charge d’organiser les opérations de dépouillement,

    -          - d’autre part, au stade auquel elle a été découverte, une heure après le début des opérations de dépouillement, opérées au surplus irrégulièrement sur des tables contiguës,

    « Cette manœuvre frauduleuse est, dans les circonstances de l’espèce, de nature à entacher d’irrégularité l’ensemble des opérations de dépouillement qui ont eu lieu dans le bureau de vote n° 4, dont la sincérité ne saurait être reconnue. »

     

    Ce qui s’est réellement passé sera l’affaire du tribunal correctionnel. Le juge administratif se préoccupe lui uniquement de la sincérité du scrutin. C’est pour cela que le Conseil d’Etat refuse de procéder à une enquête approfondie sur ces faits, et n’attend pas que le juge pénal fasse toute la lumière sur l’affaire. Non, le scrutin sur ce bureau est irrégulier : les trois personnes chargées de la régularité du scrutin (président, vice-président, et employé de mairie) sont liées dans la manœuvre, et les faits sont survenus pendant que les opérations de dépouillement étaient en cours. Impossible donc ce dire que le résultat du bureau de vote n° 4 est régulier. 

     

    4. Quel lien entre une fraude et l’annulation d’un scrutin ?

     

    chaussette-5219e.jpg« Lorsque le juge de l’élection constate qu’a eu lieu dans un bureau de vote une fraude massive dont il résulte de l’instruction qu’elle a été organisée pour favoriser une liste ou un candidat donnés, il lui appartient de rechercher si les résultats de l’élection pourraient être regardés comme acquis de façon certaine quels que soient les résultats des opérations de vote dans ce bureau ; dans le cas où cette certitude n’est pas établie, l’ensemble des opérations électorales doit être annulé. »

     

    Voilà la règle de droit. Toute fraude engage la condamnation pénale des auteurs, mais la fraude n’entraîne l’annulation du scrutin que si elle remet en doute le résultat global. Il peut y avoir une fraude traduisant des comportements délinquants, mais si l’on est certain que cette fraude n’a pas modifiée le résultat, alors l’élection est confirmée.

     

    C’est la question posée au cas de Perpignan : est-on certain, au vu de cette fraude, que le résultat est sincère ?

     

    5. D’un bureau de vote à l’élection globale

     

    h-20-1287344-1223913331.jpg« A l’issue du dépouillement dans les 65 autres bureaux de vote de la commune de Perpignan, la liste conduite par M. Alduy  a obtenu 553 voix d’avance sur celle de Mme Amiel-Donat. »

     

    Le Conseil d’Etat rappelle les chiffres : sur les 65 autres bureau, on trouve 553 voix d’avance pour Jean-Paul. Or il n’y pas de fraude sur ces bureaux, et donc Jean-Paul serait élu qu’il n’y avait que ces bureaux. La question se précise : la magouille sur un bureau va-t-elle remettre en cause tout l’élection, alors que l’avance de Jean-Paul est assez nette, avec 553 voix ?

     

    « Eu égard à cet écart de voix et en raison du caractère exceptionnel de la fraude qui s’est déroulée au profit de la liste de M. Alduy au bureau de vote n° 4, qui comptait 1 286 inscrits et où ont été exprimés 825 suffrages, il n’est pas possible d’établir avec certitude que la liste de M. Alduy aurait conservé une avance sur la liste de Mme Amiel-Donat quels qu’aient été les résultats dans le bureau litigieux. »

     

    Ce bureau de vote compte 1286 inscrits, et 825 se sont exprimés. Deux chiffres incontestables, et très proches de la moyenne générale : 69 382 inscrits, et 41 938 suffrages exprimés. Les 65 autres bureaux de vote, soit 41 113 exprimés, donnaient un rapport à un peu plus de 45 % pour Jean-Paul, un peu plus de 44% pour Jacqueline, et environ 10 pour le FN. Pour que Jacqueline puisse gagner, il aurait fallu qu’elle récupère 554 voix sur ce bureau, soit un score d’environ 70%, peu réaliste, alors que sur les bureaux sincères, le score est de 44%. On voit déjà Jean-Paul signant son nouveau bail de six ans : la magouille n’ait pas triste, mais elle n’a rien changé. C’était un luxe inutile, car il est impensable que sur ce seul bureau de vote, Jacqueline refasse son retard.

     

    Donc, le calcul à partir de l’écart de voix ne suffit pas, et le Conseil d’Etat retient le « caractère exceptionnel de la fraude » pour conclure « qu’il n’est pas possible d’établir avec certitude que la liste de M. Alduy aurait conservé une avance sur la liste de Mme Amiel-Donat ». Comprenez : la fraude du bureau n° 4 établit que ces gens là sont capables de tout, et peut être même de faits non établis ailleurs. Un résultat assez serré et la preuve d’une telle fraude pourrissent tout le résultat. Lisez bien la suite :

     

    « Par suite, il n’est pas établi de façon certaine que la liste conduite par M. A. aurait, en l’absence de fraude, obtenu sur l’ensemble de la commune la majorité nécessaire à sa proclamation. »

     

    6. Deux commentaires pas tristes

    th-340x255-170308_perpignan_chaussette12.jpgLe premier, en tout seigneur tout honneur, est de notre excellent Jean-Paul, relevant que le Conseil d'Etat « n'a mis en cause aucun élu » : une scandaleuse fraude commise à l’insu de son plein gré. Pas mal non plus, il estime « particulièrement injuste d'être condamné au bénéfice du doute ». Gros malin, mon Jean-Paul ! Il échappe a priori au pénal « au bénéfice du doute », mais la validité du scrutin, c’est justement qu’il n’y ait pas de doute sur la sincérité. Jean-Paul, toujours sénateur, peut rédiger une proposition de loi pour défendre la solution inverse, ça ne  manquerait pas de piquant.

    Mais la palme du grand nigaud revient au secrétaire d'Etat à l'Intérieur Alain Marleix (UMP). Il s'est « étonné » de l'annulation, qui selon lui « introduit un risque d'innombrables contentieux pour l'avenir », car « on généralise à l'échelle d'une ville des incidents qui se sont produits dans un bureau seulement ». Premier point, le joyeux Alain, celui là même qui est entrain de redessiner la carte électorale, aurait souhaité que l’élection de Perpignan soit considérée comme sincère et valable : ça se confirme tous les jours, nous sommes bien gouvernés. Ensuite, je veux rassurer le secrétaire d’Etat : il n’y aura pas « d'innombrables contentieux », car des magouilles comme ça, c’est rarissime, et heureusement.

    Finalement, le Conseil d’Etat s’est inspiré de la sagesse chinoise : le poisson pourrit par la tête.

    Version simplifiée de l'arrêt du Conseil d'Etat

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