Avertir le modérateur

guerre - Page 4

  • Ban Ki-moon fait une leçon de droit international à Obama

    Alors que Barack et François s’apprêtent à mettre leur treillis pour punir Bachar, Ban Ki-moon a rencontré la presse au siège de l’ONU pour dire que cette « punition » serait une grave violation du droit international. Un rappel de base, mais les bandits internationaux se croient les plus forts… Or, si les armes gagnent les batailles, aucune victoire n’est durable sans le droit. Toute l’histoire le prouve.

    189289136.jpg


    1/ L’ONU est le gardien du droit international

    Si on parle de droit international, il n’est pas de meilleure source que le droit de l’ONU, et le respect du droit s’apprécie de manière simple : par le respect des textes.

    Les Etats-Unis (Amérique du Nord) peuvent-ils se revendiquer du droit international ? Non, et pour une bonne raison : ils n’acceptent aucun traité contraignant. Ils refusent de ratifier le protocole du Pacte de 1966 sur les droits civils et politiques qui permet aux personnes contestant leur jugement de saisi le Comité des Droits de l’Homme de l’ONU, le statut de la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme, et le statut de la Cour Pénale Internationale.

    Sur le plan technique, c’est ce refus de la confrontation aux principes du droit international qui est la cause de la galère des détenus de Guantanamo : ils n’ont de recours que devant le juge national, la Cour suprême (bien blanche), qui cautionne la violation des droits et réinvente les principes du droit pour un usage domestique. Un peu comme si on supprimait la CEDH, cette très efficace cour à laquelle se soumet la Russie.

    Aussi, désolé si ça fait déprimer les fins penseurs du Monde (Occidental), mais la Russie se place sous le contrôle du droit international, et peut donc en parler, alors que les Etats-Unis refusent ce contrôle, qui conduirait à des cascades de procès pour les exactions commises.

    Obama parle d’un « pays leader », qui aurait donc plus de droit que les autres, et qui pourrait notamment agresser la Syrie pour la « punir ». Sur cette affaire, Obama peut d’autant moins se revendiquer du monde du droit qu’il n’a pas les cuisses propres : on peut lui rappeler des ravages de l’agent orange au Vietnam. Les victimes attendent toujours une indemnisation.


    2/ Le seul processus valable, par l’ONU

    Refus de la « punition »

    Hier, Ban Ki-moon a demandé à Obama de se calmer… en termes diplomatiques. Ban ne veut protéger personne. Il explique juste que l’utilisation massive d’armes chimique est particulièrement grave, et qu’il faut une enquête du plus haut niveau.  

    Avant de partir pour Saint-Pétersbourg, au Sommet du G20, il lancé un appel aux membres du Conseil de sécurité, pour « réfléchir à une réponse appropriée en cas de vérification des allégations d'utilisation d'armes chimiques ». Réponse appropriée, ce n’est pas que les bombes…

    Ecoutons la diplomatique leçon : « Je prends note de l'argument en faveur d'une action pour prévenir de nouvelles attaques à l'arme chimique. En même temps, nous devons prendre en considération l'impact que pourrait avoir toute mesure punitive sur les efforts en cours pour empêcher de nouvelles effusions de sang et faciliter la résolution politique du conflit. » Et il a rappelé que toute décision doit être prise dans le cadre prévu par la Charte des Nations Unies : « L'usage de la force est seulement légal en situation de légitime défense, conformément à l'article 51 de la Charte et après approbation du Conseil de sécurité ».

    Respecter le travail, très complexe, des enquêteurs

    Ban n’est pas impressionné par les preuves « certaines » que nous vendent les marchands de mensonges que sont les services secrets, et il demande que soit respecté le travail des experts, dirigé par le scientifique Åke Sellström. Depuis samedi, l’équipe a préparé les matériaux collectés en Syrie, et les échantillons biomédicaux et environnementaux seront transmis aux laboratoires d'analyse demain.

    Ban a demandé qu’on laisse le temps à l'équipe de l'ONU de s'acquitter de son mandat, notant qu'elle « est dans une position unique pour établir de manière objective et impartiale les faits et conduire ses travaux dans le respect le plus strict des normes internationales pertinentes ».

    Et attention : « Le mandat de cette équipe est de déterminer si des armes chimiques ont été utilisées ou non. Il ne s'agit pas d'établir qui les a utilisées contre qui. Nous n'avons pas ce type de mandat à ce moment précis ».

    Une fois les analyses des échantillons terminées, un rapport sera communiqué aux 193 États Membres des Nations Unies et aux 15 membres du Conseil de sécurité.

    Si l’usage des armes chimiques est avéré, il y aura alors une enquête, et la Haute Représentante des Nations Unies pour les affaires de désarmement, Angela Kane, cherchera le meilleur cadre pour faire toute la lumière et le proposera aux Etats, qui décideront.

    On est loin de l’abrupte « punition ». Abrupte ? Non, criminelle.


    3/ La « punition » est une agression, soit une violation grave du droit international

    Ban n'invente rien : il rappelle les bases du droit.

    La justice tribale étatsunienne se satisfait des exécutions sommaires. Quand l’armée US est allée en terre étrangère assassiner Ben-Laden dans son sommeil, avant de le jeter en mer, Obama a déclaré « Justice has been done », et aucune enquête n’a été ouverte sur ce crime revendiqué. On remplace le droit et la justice par les armes, et on tue. C’est la « punition » en mode mafia.

    On retrouve exactement cette conception avec l’idée « il faut punir Assad », à savoir : Les Etats-Unis et le laquais François vont lancer une opération de guerre sur un Etat souverain, sans mandat de l’ONU et hors du contexte de la légitime défense. Simplifions : un Etat en attaque un autre.

    Ce fait est bien connu, et il est d’une gravité exceptionnelle : il s’agit du premier crime de droit international. Selon les termes du Tribunal de Nuremberg, « l’inculpation selon laquelle les accusés auraient préparé et poursuivi des guerres d’agression (article 6 a) du statut)est capitale. La guerre est un mal dont les conséquences ne se limitent pas aux seuls Etats belligérants, mais affectent le monde tout entier. Déclencher une guerre d’agression n’est donc pas seulement un crime international : c’est le crime international suprême, ne différant des autres crimes de guerre que du fait qu’il les contient tous » (Jugement, p. 197).

    Le crime de guerre ou le crime contre l’humanité concernent les méthodes de la guerre. Là, c’est le principe de l’agression qui est en cause. En 1945, on parlait de « crime contre la paix » dont on s’accorde à dire qu’il correspond de nos jours au crime d’agression.

    Dans le cadre du procès de Nuremberg, 11 personnes ont été condamnées pour ce crime contre la paix, avec sept condamnations à mort, trois peines d’emprisonnement à vie et une peine de 15 ans. Le Tribunal Militaire de Tokyo prononcera 24 condamnations pour ce crime.

    Depuis, le droit a précisé la notion.


    4/ L’agression reconnue comme un crime

    Les Etats, sous l’égide de l’ONU, ont poursuivi leurs efforts pour parvenir à faire connaitre cette violation du droit comme un crime, et cela s’est fait en deux temps.

    1974 : la résolution 3314 (XXIX)

    Cette résolution du 14 décembre 1974, ponctuant d’importants travaux, a adopté le premier vrai régime de l'agression demandant ( § 3) « à tous les Etats de s'abstenir de tous actes d'agression et autres emplois de la force contraires à la Charte des Nations Unies et à la Déclaration relative aux principes du droit international touchant les relations amicales et la coopération entre les Etats conformément à la Charte des Nations Unies ».

    Rappelant que seul le Conseil de sécurité, après avoir constaté une menace contre la paix, peut autoriser le recours à la force armée, la résolution souligne que l'agression est la forme la plus grave et la plus dangereuse de l'emploi illicite de la force car elle renferme, étant donné l'existence de tous les types d'armes de destruction massive, le risque d’extension des conflits.

    La résolution est claire : « le territoire d'un Etat est inviolable » et ne peut être l'objet « même temporairement » de mesures de force prises par un autre Etat.

    Vient la définition : « L'agression est l'emploi de la force armée par un Etat contre la souveraineté, l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique d'un autre Etat, ou de toute autre manière incompatible avec la Charte des Nations Unies »,

    L’article 3 liste une série actes qualifié d’agression, dont au § b) « le bombardement, par les forces années d'un Etat, du territoire d'un autre Etat, ou l'emploi de toutes armes par un Etat contre le territoire d'un autre Etat ».

    L’article 5 conclut avec le caractère impératif de ces règles :

    « 1. Aucune considération de quelque nature que ce soit, politique, économique, militaire ou autre, ne saurait justifier une agression.

    « 2. Une guerre d'agression est un crime contre la paix internationale. L'agression donne lieu à responsabilité internationale ».

    T’as pigé, Obama ?

    2010 : un crime de droit international, selon le statut de la CPI

    Le statut de la CPI, signé à Rome en 1998, prévoyait sa compétence pour juger le crime d’agression, mais en l’absence de consensus, la question est restée en attente. Un accord a été trouvé lors de la Conférence de Kampala en 2010, avec un article 8 bis qui définit le crime d’agression, par référence à la résolution 3314 (XXIX).

    On entend par crime d’agression « la planification, la préparation, le lancement ou l’exécution par une personne effectivement en mesure de contrôler ou de diriger l’action politique ou militaire d’un État, d’un acte d’agression qui, par sa nature, sa gravité et son ampleur, constitue une violation manifeste de la Charte des Nations Unies ».

    Parmi les actes qualifiés, on retrouve au b) « le bombardement par les forces armées d’un État du territoire d’un autre État, ou l’utilisation d’une arme quelconque par un État contre le territoire d’un autre État ».

    Un défi pour le Parlement français

    Je vous rassure : le texte n’est pas immédiatement applicable, et François Hollande, le chef des armées, ne risque pas un mandat d’arrêt pour rejoindre Gbagbo à la Haye, car ce texte ne sera applicable, au mieux, qu’en 2017.

    Mais le problème est bien différent, et ce devrait être un défi pour le Parlement français s’il se mettait à réfléchir, ce qui est une hypothèse d’école.

    La France est un Etat qui a beaucoup fait pour l’instauration de la CPI, et s’est tout à son honneur. La qualité du droit en France doit beaucoup à la vigueur des garanties internationales : CEDH, Comité des Droits de l’Homme de l’ONU et CPI. Bravo.

    Vient la question, simple et redoutable.

    Bientôt, le Parlement français sera amené à se prononcer sur la ratification de l’amendement issu de la conférence de Kampala, introduisant le crime d’agression dans le statut de la CPI. La France, état fondateur de la CPI, pourrait-elle refuser de ratifier le texte sur l’agression, qualifiée par le Tribunal de Nuremberg de « crime international suprême »? Difficile, assurément, car ce serait sortir du club des Etats respectueux du droit. Elle devra ratifier, ou ce ne serait plus la France.

    Mais alors, comment est-il possible de commettre aujourd’hui ce qui sera reconnu demain comme un crime ? 

  • Opération de guerre : Si, la Constitution permet un vote

    Alors j’apprends qu’un débat suivi d’un vote serait impossible avant de lancer une opération militaire en Syrie, parce qu’il faudrait changer la Constitution ? Allons, allons, ce débat est tout-à-fait possible et il existe un précédent : le 16 janvier 1991 pour la guerre du Golfe, avant l’envoi des soldats au feu.

    124229.jpg

    Une compétence de l’exécutif

    Il est certain que le texte de la Constitution, rédigé sous les consignes du général de brigade à titre temporaire De Gaulle Charles, laisse peu de place au Parlement. 

    Deux textes sont décisifs.

    L’article 5 alinéa 2 sur la fonction du Président de la République : « Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités ».

    L’article 15, qui est opératoire : « Le Président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et comités supérieurs de la Défense nationale ».

    L’article 21 indique que le Premier ministre est « responsable de la Défense nationale », ce qui est une formulation assez ambiguë compte tenu du poids des articles 5 et 15.

    Pour le Parlement, tout se trouve avec l’article 35, que voici :

    « La déclaration de guerre est autorisée par le Parlement.

    « Le Gouvernement informe le Parlement de sa décision de faire intervenir les forces armées à l’étranger, au plus tard trois jours après le début de l’intervention. Il précise les objectifs poursuivis. Cette information peut donner lieu à un débat qui n’est suivi d’aucun vote.

    « Lorsque la durée de l’intervention excède quatre mois, le Gouvernement soumet sa prolongation à l’autorisation du Parlement. Il peut demander à l’Assemblée nationale de décider en dernier ressort.

    « Si le Parlement n’est pas en session à l’expiration du délai de quatre mois, il se prononce à l’ouverture de la session suivante ».

    En principe, le premier alinéa de l’article 35 devrait jouer, car « l’intégrité du territoire », qui assoit la compétence du Président par l’article 5 n’est pas en jeu. Mais un consensus s’est dégagé pour marginaliser ce texte…  De fait, il n’en a jamais été fait usage depuis le début de la V° République, et du fait d’une pratique devenue coutumière que tout passe par le canal de l’article 5.

    La réforme de 2008

    La situation était donc intenable, par son incohérence et la faiblesse insigne du Parlement, et des correctifs ont été introduits par la loi constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juillet 2008, votée sous Sarko.

    Ce régime qui reste encore bien faible : une information du Parlement au plus tard trois jours après le début de l’intervention, avec un débat qui n’est suivi d’aucun vote. Si l’intervention excède quatre mois, le Gouvernement doit obtenir une prolongation par le Parlement, et après c’est sans limitation de durée.

    L’Assemblée s’est prononcée trois fois dans ce cadre : le 22 septembre 2008, pour l’Afghanistan ; le 28 janvier 2009 pour le Tchad, la République centrafricaine, la Côte-d’Ivoire, le Liban et le Kosovo, et le 22 avril 2013 pour le Mali.

    Saisi dans le cadre de l’article 35, le Parlement débat donc sans vote et alors que la décision du Président a déjà été prise.

    Alors, pas de vote du Parlement ?

    1527663808_small.jpg

    Le précédent de 1991, pour la guerre du Golfe

    Il existe un précédent, pour la guerre du Golfe, lorsque l’Irak de Saddam Hussein avait envahi le Koweït. La France allait engager des troupes dans le cadre d’une coalition, en exécution d’un mandat donné par le Conseil de sécurité. Avant d’agir, le président de la République François Mitterrand avait demandé au premier ministre Michel Rocard d’engager la responsabilité du gouvernement sur une déclaration de politique générale, par application de l’article 49-1 de Constitution. Cette procédure permet au gouvernement d'organiser un débat et un vote, et si la déclaration est rejetée, le gouvernement démissionne.

    Le débat avait été précédé de la lecture d’un texte de Mitterrand, sur les enjeux de cette opération de guerre, qui se concluait en appelant à l’unité de la nation :

    « Mesdames, messieurs, je ne doute pas que le Parlement de la République saura exprimer l'unité profonde de la nation dans cette épreuve.

    « A nos soldats, ainsi qu'à leurs familles qui vont en supporter l'essentiel de la charge, j'adresse, au nom de la France ».

    Michel Rocard avait développé la déclaration de politique générale, ainsi synthétisée :

    « Les résolutions du Conseil de sécurité sur l'évacuation du Koweït devant être appliquées, la France est-elle fondée à y contribuer par tous les moyens envisagés par les Nations unies, y compris des moyens militaires en cas d'impossibilité avérée de toute autre solution ? C’est sur cela, et sur cela seulement, qu'il vous est demandé de vous prononcer. […] Naturellement ceux qui voteront «pour» ne seront en aucun cas présumés soutenir la politique générale du Gouvernement. Ils auront simplement signifié leur approbation du texte et de l'esprit des résolutions de l'ONU, et des conséquences qui en résultent directement pour la France, dans le cadre de ses engagements internationaux.

    Après de longs débats – 19 pages au JO – le scrutin avait dégagé une nette majorité de 523 voix pour et 43 contre.

    L'article 50-1 rationalise cette procédure, en permettant un vote sans engagement de responsabilité... mais avec un résultat qui serait proche, car un désaveu serait lourd de conséquences. 

    Aussi, pour avoir un débat et un vote avant l’engagement de l’opération militaire en Syrie, il suffit d’utiliser ces procédures, qui respectent « la lettre et l’esprit de la Constitution ».  

  • Londres grandiose : Le recours aux armes dépend du Parlement et doit respecter le droit international

    Le va-t’en guerre David Cameron se rappellera de l’affaire syrienne car elle va briser sa vie politique, et ça ne m'attriste pas. Lâché par son propre camp, le chef du gouvernement a subi une défaite historique : il ne peut désormais y avoir d’action militaire britannique qu’avec l’accord du Parlement, et cet accord ne peut être donné que si l’action militaire respecte la légalité internationale. Les années qui viennent permettront de mesurer la pérennité de ce vote, mais c’est un immense pas en avant pour la démocratie et la légalité internationale.

    commons.png

    Un signe aurait dû retenir l’attention de Cameron : la Pologne, l’un des plus fidèles soutiens des Etats-Unis (Amérique du Nord) avait très vite fait savoir qu’elle ne participerait pas à une aventure syrienne. Mais dès qu’Obama bronche, Cameron se dresse comme Rantanplan, le chien de Lucky Luke, qui  se tapait souvent le crâne, oubliant qu’il dormait sous une table. Cameron avait donc déjà fait l’enquête, trouvé le criminel, dépassé le Conseil de Sécurité, et envoyé les premiers avions à Chypre. Il lui restait juste à emballer le vote des Communes…

    Il s’agissait d’obtenir un vote de principe, et Cameron dispose d’une confortable majorité. La majorité, soit 326, est assurée par les conservateurs pour 303 et des libéraux-démocrates pour 56. En face, 255 élus du Parti travailliste, et 37 divers.

    gchoc2011_hoc_plan-f.gif

    Lorsqu’il ouvre les débats, Cameron se démarque de l’Irak de 2003 : « Nous n’envahissons pas un pays, nous ne cherchons pas d’armes de destruction massive. » Le but est de conforter « le tabou de l’usage des armes chimiques », mais pas intervenir dans le conflit, ni d’armer les rebelles. D’après lui, les preuves résultent des vidéos, qui ont été visionnées, et des renseignements des services. Il reconnait qu’il n’y a pas de certitudes mais explique qu'il a assez d’éléments pour se faire un jugement. Et tant pis s’il faut se passer d’un mandat du Conseil de sécurité.

    C’est Ed Miliband, le leader du Labour, qui a apporté la réplique en posant deux principes simples et intangibles : pas d’action militaire tant qu’il n’est pas prouvé que les armes chimiques ont été utilisées et que les tirs ont été ordonnés par Bachar el-Assad ; pas d’implication de l’armée britannique sans un cadre juridique sûr, à savoir un mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, pour conclure : « Je suis déterminé à tenir compte des leçons du passé, y compris l’Irak. Il ne faut pas se faire d’illusion, notre rapport au conflit syrien changera si nous intervenons. Il faut ouvrir les yeux sur l’impact que cela aura. »

    Les débats ont duré huit heures, et se sont ouverts aux implications d’une intervention militaire dans cette région stratégique, et alors que le conflit syrien, avec l’armement des milices anti-Assad, est devenu un affrontement entre l’Iran et l’Arabie Saoudite. Choisir un camp ? Sur quelles bases ? Pour quel but ? Quel avenir, sachant que d’éventuelles frappes ne modifieraient pas substantiellement les forces armées syriennes ? Quelles relations avec la Russie ? Quel précédent à agir sur le fondement de la « punition », qui est une donnée nouvelle et immaîtrisable ? Comment ne pas être sélectif dans les « punitions » ? Le député du Labour Gerald Kaufman a rappelé l’usage par Israël des bombes au phosphore blanc, sur la population de Gaza en janvier 2009, sans qu'on agite les lignes rouges...

    Dix ans après l’attaque illégale de l’Irak, la chambre des Commune désavoue Blair et félicite Chirac pour son choix de la résistance et du droit : une guerre sans fondement juridique, des mensonges pour la justifier, l’annonce de la protection de la population pour en fait renverser le pouvoir, un pays divisé, fracassé, meurtri, et des nombreuses victimes dans les troupes britanniques : au nom de quoi, et pour quel but ?  

    Il y a eu aussi la Libye, et Ed Miliband comme nombre de travaillistes avaient voté pour cette guerre, tout aussi illégale. Mais ils constatent ce qu’a donné cette intervention militaire faite sans plan politique, sans compréhension du peuple. Sur une population de 6 millions, deux millions de Libyens vivent réfugiés à l’étranger (Tunisie, Egypte essentiellement) et la Libye est devenue un centre du trafic d’armes et du recrutement de mercenaires pour toute la région.

    Vient le vote, et la motion du gouvernement est rejetée par 285 voix contre 272. Soixante-dix députés conservateurs ont voté contre Cameron.

    Regardez les vidéos : Cameron est hébété, comprenant en un instant tout ce qui vient de se jouer, avec une Grande-Bretagne qui rompt avec les Etats-Unis, et renonce pour des années aux aventures guerrières. Cameron victime collatérale du conflit syrien. Quelle revanche des faits...

    Mais Ed Miliband pousse son avantage, et s’adresse à son adversaire groggy : il lui demande de s’engager à suivre l’avis de la Chambre des communes, alors qu’en droit, le premier ministre dispose des pouvoirs pour, lui seul, engager l’armée. La direction de la force armée appartient à la Reine, qui l’a confié au Premier ministre et celui-ci peut l’exercer comme une prérogative royale. Mais Cameron n’a aucune autre possibilité que de s’incliner : « Il est clair pour moi que la chambre n’ayant pas passé la motion, le Parlement britannique, reflétant la vision du peuple britannique, ne veut pas voir d’action militaire britannique. Je l’ai compris et le gouvernement agira en conséquence ».

    Ce pouvoir de la chambre des Communes, qui était fort, devient un cadenas : la Grande-Bretagne est une vraie démocratie, et l’acte politique le plus lourd, l’engagement de l’armée, ne peut intervenir qu’après un vote favorable du Parlement.

    La Royauté britannique respecte le droit mieux que la République française.  

    130830dailytelegraph.jpg


  • Vietnam : Cinquante ans après, toujours l’agent orange

    Pour les questions de santé publique, mieux vaut ne pas être victime de guerre. C’est vraiment l’impression qui se dégage quand je relis les publications sur l’utilisation de « l’agent orange » au Vietnam, par l’armée US, entre 1961 et 1971. Un débat relancé par l’engagement des travaux de décontamination sur l’aéroport de Danang… plus de cinquant ans plus tard.

    33127464-BF39-4E31-A033-05471441DEDE_mw1024_n_s.jpg

    L’agent orange, c’est un défoliant chimique, chargé de dioxine, mis au point par les grandes firmes de la chimie, Monsanto et Dow Chemical en tête, et utilisé par l’armée étasunienne pendant la guerre du Vietnam, avec le feu vert de J.F. Kennedy, le grand ami des civilisations.

    Le but était aussi simple que brutal : dégager la végétation dans les zones tenues par les patriotes vietnamiens. Les autorités s’accordent sur le chiffre de 80 millions de litres déversés durant 10 ans, mais c’est sans doute bien plus. Les chiffres sont impressionnants : ont été atteints 20% des forets, soit trois millions d'hectares, dont 400 000 hectares de terres agricoles. 30 000 villages ont été contaminés, avec des concentrations en substances toxiques de 20 à 60 fois la dose normale utilisée dans le pesticide... La Food and Drug Administration n’a interdit le produit, du fait de ses dangers pour la santé, qu’en avril 1970.

    Depuis 1961, le nombre des personnes victimes est de trois millions. Le Monde vient de publier un reportage montrant que les effets se font ressentir à long terme. Les parents ont été exposés, mais ce sont les enfants, nés bien après la guerre, qui subissent les ravages : malformations graves, leucémies, cancers, atteintes cardio-pumonaires, ravages dermatologiques… Parfois de troisième génération.

    Voici, parmi bien d’autres, l’histoire de Nguyen Van Dung, 43 ans, et sa femme, Luu Thi Thu, 41 ans, qui vivent près de Danang, zone particulièrement contaminée, qui était le grand aéroport militaire US pendant la guerre.

    « Depuis des années, l'homme travaille comme égoutier aux abords des pistes de l'aéroport de Danang. Tout près de l'endroit où furent longtemps stockés les fûts orange. Il a eu une première fille en 1995. Parfaitement normale. Un an plus tard, il est embauché à l'aéroport. Sa deuxième fille naît en 2000. Atteinte d'une leucémie, elle meurt à l'âge de 7 ans.

    « En 2006, Luu attend son troisième enfant. C'est un fils, Twan Tu. L'enfant est un garçonnet au front démesurément bombé, aux grands yeux d'aveugle, gémissant, incapable de se mouvoir, poussant de petits cris, l'oreille collée à la sonnerie d'un téléphone portable qu'il écoute inlassablement.

    « Twan Tu est atteint d'une maladie rare, une ostéogenèse imparfaite, plus connue sous le nom de "maladie des os de verre", qui se caractérise par une extrême fragilité osseuse. "Les médecins disent qu'il n'a plus que trois mois à vivre", glisse Dung. Il ajoute : "Quand ma première fille est morte, j'ai cru que c'était le hasard. Mais quand mon fils est né dans cet état, j'ai compris que ce n'était pas normal. En 1996, quand j'ai commencé à travailler à l'aéroport, on ne savait pas que cette zone était dangereuse."

    Alors, responsabilité évidente avec obligation de décontamination et d’indemnisation des victimes ? Des prunes ! Les standards de santé publique, ce n’est pas pour tout le monde.

    agent_orange_vet.jpg

    Les procès intentés devant les juridictions US se sont révélés être des échecs. Les actions judiciaires les plus efficaces ont été conduites par des soldats US, eux aussi victimes, et comme la procédure tournait au détriment des firmes, un protocole d’indemnisation a été mise en place en 1984.

    En 2005, la justice US a rejeté les recours engagés par des associations de victimes vietnamiennes au motif que l’agent orange, au moment où il a été utilisé, était un herbicide et non un poison… et que la preuve scientifique des contaminations n’était pas rapportée !

    Vis-à-vis du Vietnam, les Etats-Unis veulent bien faire quelque chose, mais sans reconnaissance de responsabilité, et d’une ampleur minimale. C’est seulement l’an dernier qu’a été votée la première loi prévoyant un programme de décontamination... uniquement du site de l’aéroport de Danang, où les concentrations sont démesurées. Un programme évalué entre 30 et 40 millions de dollars. Une goutte d’eau...

    C’est assez désespérant. 

    agent_orange.jpg

  • Mali : Non, la guerre, ce n’est pas la France (Villepin, invité du blog)

    Vous êtes au gouvernement et les affaires vont mal ? Alors, rien ne vaut une bonne guerre contre le terrorisme. Donc, installez-vous devant une tenture bleu foncé, avec un drapeau pas trop loin, mais un peu en vrac, comme si on était sous un bivouac, et prenez un ton grave pour dire « terrorisme », avec une tête fatiguée comme si vous reveniez du front. Dans la phrase suivante, dites « islamistes », d’un air accablé et en regardant la caméra droit dans les yeux. C’est essentiel. Ensuite, annoncez que vous relevez d’un cran le Plan Vigipirate. Si avec ça vous ne prenez par 5 points dans les sondages, c’est à désespérer.

    Hier, il y a eu une centaine de morts dans la bataille - presque égalitaire - entre les bombardements aériens et les 4x4 des djihadistes, et si tout continue à de rythme, on considérera dans quelques jours Monsieur Hollande François comme un chef de guerre... Chacun ses critères, chacun ses choix.

    Ma réponse est simple : c’est non ! Ils nous prennent pour des bugnes, mais voyez-vous, on n’est pas obligé de solder son cerveau.  

    Ceux qui ces jours-ci sont pourchassés au Nord du Mali sont des crapules, et ils ont signé leur programme : violence, désespoir et partition des Etats. Aucun projet, à part foutre la merde,… et en s’en prenant au Mali, l'un des plus faibles de la région. 200 000 personnes ont fui le Nord du Mali. Oki. Mais qui a instauté leur pouvoir ? 

    Pour commencer, un petit coup d'oeil à la carte du Mali...

     

    mali,libye,guerre,colonisation

     

    Placé sur la carte de l'Afrique 

    mali,libye,guerre,colonisation

    Connaissez-vous un pays avec des frontières aussi aberrantes, issues de la décolonisation ?

    Depuis des années, la crainte était que cet immense Nord devienne incontrôlable, alors que tant de facteurs – climat, population, économie, chasses gardées politiques – le distingue du Sud.

    Lors de la très illégale guerre occidentale en Libye, on redoutait que les largages d’armes et le financement des milices armées, conduisent à l’éclatement de la Libye, ou atteignent l’Algérie ou le Niger. Ces pays ont tenus, et les mercenaires sont allés au plus simple : le Nord du Mali. C’est dire qu’on sait d’où ils viennent et qui les a financés. C'est dire qu’ils sont la création des mêmes qui nous chantent aujourd’hui « la guerre contre le terrorisme ». 

    La France de Foccart avait adorré le crapuleux Moussa Traoré, de 1968 à 1991, avant de s’accommoder d’Amadou Toumani Touré, vanté comme héros de la démocratie, et aujourd’hui planqué bienheureux avec son trésor au Sénégal. Des pouvoirs soutenus avec ferveur par la France, pour la défense de ses intérets, et peu importe s'ils enselevissaient le pays. 

    Aujourd'hui, on reste dans cette lignée. Monsieur Hollande François, qui a fait de beaux discours sur la fin de la Francafrique, a tout avalé en trente secondes pour faire le beau, et voler au secours d’un gouvernement malien en déconfiture. Le jeu sinistre continue.

    On ne me piégera pas sur le thème : « Tu aurais préféré les US, les Chinois ou le triomphe des djihadistes ? » Non, je préférerais que la coalition US-GB-France n’ait pas fait le choix de déstabiliser l’Afrique du Nord-Est pour dégager Kadhafi en vue de s’assurer le contrôle du pétrole libyen. Je préfèrerais qu’on respecte les peuples, au lieu d’imposer un ordre venu de l’extérieur, et qui engendre toujours la destruction des sociétés. C'est une leçon permanente, et rapellée dans l’histoire récente depuis le Vietnam. Respecter les peuples, tout le monde sait le faire. Le seul problème, c’est qu’il n’y a pas que de l’eau dans le sous-sol libyen,… alors la vie des peuples devient secondaire.

    Sur un sujet qui fait 90% de consensus dans les sondages et alors que nos soldats sont engagés, il ne faut pas attendre la moindre analyse sincère des hommes politiques dans le bain. Mais pour ceux qui sont sortis du bain, ça devient plus intéressant. Et quand il s’agit du premier ministre qui avait signé avec notre ami Chirac le dernier acte fort de la politique étrangère française, en refusant de participer à la guerre en Irak, ça devient très intéressant.

    Voici ce texte, publié hier par Dominique de Villepin dans le JDD.

    mali,libye,guerre,colonisation

     

    Non, la guerre, ce n’est pas la France

    Le Mali, pays ami, s’effondre. Les djihadistes avancent vers le sud, l’urgence est là.

    Mais ne cédons pas au réflexe de la guerre pour la guerre. L’unanimisme des va-t-en-guerre, la précipitation apparente, le déjà-vu des arguments de la "guerre contre le terrorisme"  m’inquiètent. Ce n’est pas la France. Tirons les leçons de la décennie des guerres perdues, en Afghanistan, en Irak, en Libye.

    Jamais ces guerres n’ont bâti un Etat solide et démocratique. Au contraire, elles favorisent les séparatismes, les Etats faillis, la loi d’airain des milices armées.

    Jamais ces guerres n’ont permis de venir à bout de terroristes essaimant dans la région. Au contraire, elles légitiment les plus radicaux.

    Jamais ces guerres n’ont permis la paix régionale. Au contraire, l’intervention occidentale permet à chacun de se défausser de ses responsabilités.

    Pire encore, ces guerres sont un engrenage. Chacune crée les conditions de la suivante. Elles sont les batailles d’une seule et même guerre qui fait tache d’huile, de l’Irak vers la Libye et la Syrie, de la Libye vers le Mali en inondant le Sahara d’armes de contrebande. Il faut en finir.

    Au Mali, aucune des conditions de la réussite n’est réunie.

    Nous nous battrons à l’aveuglette, faute de but de guerre. Arrêter la progression des djihadistes vers le sud, reconquérir le nord du pays, éradiquer les bases d’AQMI sont autant de guerres différentes.

    Nous nous battrons seuls, faute de partenaire malien solide. Eviction du président en mars et du premier ministre en décembre, effondrement d’une armée malienne divisée, défaillance générale de l’Etat, sur qui nous appuierons-nous?

    Nous nous battrons dans le vide, faute  d’appui régional solide. La Communauté des Etats de l’Afrique Occidentale reste en arrière de la main et l’Algérie a marqué ses réticences.

    Un processus politique est seul capable d’amener la paix au Mali.

    Il faut une dynamique nationale pour reconstruire l’Etat malien. Misons sur l’union nationale, les pressions sur la junte militaire et un processus de garanties démocratiques et de l’Etat de droit à travers des politiques de coopération fortes.

    Il faut aussi une dynamique régionale, en  mobilisant l’acteur central qu’est l’Algérie et la CEDEAO en faveur d’un plan de stabilisation du Sahel.

    Il faut enfin une dynamique politique pour négocier en isolant les islamistes en ralliant les touaregs à une solution raisonnable.

    Comment le virus néoconservateur a-t-il pu gagner ainsi tous les esprits? Non, la guerre ce n’est pas la France. Il est temps d’en finir avec une décennie de guerres perdues. Il y a dix ans, presque jour pour jour, nous étions réunis à l’ONU pour intensifier la lutte contre le terrorisme. Deux mois plus tard commençait l’intervention en Irak. Je n’ai depuis jamais cessé de m’engager pour la résolution politique des crises et contre le cercle vicieux de la force. Aujourd’hui notre pays peut ouvrir la voie pour sortir de l’impasse guerrière, si elle invente un nouveau modèle d’engagement, fondé sur les réalités de l’histoire, sur les aspirations des peuples et le respect des identités.  Telle est la responsabilité de la France devant l’histoire.

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu