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  • Baby Loup : Respecter le service public, respecter la liberté de religion

    Dans l’affaire Baby Loup, la Chambre Super-sociale de la Cour de cassation revient aux bases, et ça fait du bien là où ça faisait mal. Cet arrêt est ressenti comme un tremblement de terre laïcarde... En réalité, c’est un rappel des fondamentaux, qui joue comme un break dans un épisode délirant. Je rappelle que la HALDE, puisant dans les antériorités, avait déjà adopté cette solution, avant que Sarko ne parachute la soldate Bougrab Jeannette à la présidence… pour reprendre le dossier et faire adopter une résolution inverse… avec les cantiques du chœur des allumés : Badinter Madame (Philosophe publicitaire, fin du XX°), Ni Putes Ni Soumises, et Valls l’ami des blancos...

    Hier, les allumés de l’intérieur étaient tellement pressés de pleurnicher – comme Le Nouvel Observateur (de mes vieilles peurs) qui parle de coup de poignard à la laïcité… – qu’ils n’ont même pas pris le temps de lire ce qui a été jugé. Prenons ce temps.

    La Cour de cassation n’a pas rendu un arrêt, mais deux, qui se complètent.

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    CPAM de Saint-Denis (Arrêt 537 du 19 mars 2013, n° 12-11.690)

    La première affaire concerne la CPAM de la Seine Saint-Denis qui avait licencié une salariée travaillant comme « technicienne de prestations maladie » parce qu’elle portait le foulard. Cas intéressant, car les caisses sont des organismes privés gérant un service public : but d’intérêt général et mission exercée au nom de l’Etat, avec pour conséquences l’ouverture des mêmes droits à tous et la permanence du service.

    La Cour de cassation, et c’est une première, juge que les principes de neutralité et de laïcité du service public, tels que définis par le Conseil d’Etat, sont alors applicables.

    Les dispositions du code du travail ne disparaissent pas. Mais les salariés des caisses sont soumis à des contraintes spécifiques résultant du fait « qu’ils participent à une mission de service public ». Parmi ces contraintes, l’interdiction posée par le Conseil d’Etat de manifester ses croyances religieuses par des signes extérieurs, en particulier vestimentaires.

    La salariée portait le foulard, et son licenciement est déclaré fondé. C'est ce qu'aurait décidé le Conseil d'Etat pour une administration.

    Ici, cinq remarques.

    1/ De nombreuses structures privées se voient confier des missions de service public, dont notamment bien des établissements de santé. On retrouve alors pour le personnel un statut privé, marqué par la mission de service public. Cette dualité est toujours complexe.

    2/ La Cour de cassation ne se prononce pas sur le principe de neutralité stricte. Elle le considère comme un fait acquis, car relevant de la jurisprudence du Conseil d’Etat. Ce n'est pas illogique.

    3/ Le Conseil d’Etat a, j'en suis persuadé, une vision trop rigide, interdisant tout extériorisation des signes religieux. Cela n’a pas toujours été son analyse, et ce n’est pas celle de la CEDH, reconnaissant dans l’affaire Dahlab que l’interdiction devait s’apprécier au regard de la mission confiée (en l’occurrence une institutrice auprès de jeunes enfants).  

    4/ En prenant pour critère la fonction et non pas le caractère public de l’organisme, la Cour de cassation pousse dans le sens de la CEDH. Elle n’encourage pas à une interdiction de principe, mais à des limites liées à la mission exercée. La juridiction administrative aura à se prononcer sur le statut des allocataires de recherche. Donc, des étudiantes qui doivent se consacrer à leur thèse, sans activé d’enseignement et à qui on prohibe le port du voile car elles sont de statut public. Cet absolutisme n'a pas de sens et ne pourra pas tenir.

    5/ Tôt ou tard, viendra une refondation, car le critère organique du Conseil d’Etat est faible. Des collectivités publiques exercent des missions parfois éloignées du pré-carré du service public, et des structures de droit privé sont de plus en plus impliquées aux côtés du service public. Regardez l’aberration : le directeur d’un théâtre public peut programmer un spectacle très critique sur la religion, mais s’il vient avec une médaille de baptême au cou, il est viré.  

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    Baby Loup (Arrêt 536 du 19 mars 2013, n° 11-28.845)

    Tout part là aussi de la notion de service public. Il s’agit d’une crèche privée qui, en dépit de sa mission d’intérêt général, ne peut être considérée comme gérant un service public. Dans un village, la boulangerie remplit une mission d’intérêt général, mais elle ne devient pas un service public !

    Or, rappelle la Cour de cassation, le principe de laïcité instauré par l’article 1er de la Constitution n’est pas applicable aux salariés des employeurs de droit privé qui ne gèrent pas un service public. A part la chorale délirante des extrémistes laïcards – qui refusent de s’intégrer – personne ne l’a jamais soutenu, et il n’existe pas le moindre argument de droit en ce sens.

    La Cour de cassation poursuit : « Le principe de laïcité ne peut dès lors être invoqué pour priver ces salariés de la protection que leur assurent les dispositions du code du travail ».

    Alors, certes, on ne fait pas tout chez un employeur privé, qui peut fixer des limites à l’exercice des libertés individuelles. Mais il doit le faire en respectant les classiques, à savoir les articles L. 1121-1, L. 1132-1, L. 1133-1 et L. 1321-3 du code du travail intégrant les dispositions de la directive de l’Union européenne du 27 novembre 2000 prohibant les discriminations fondées notamment sur les convictions religieuses.

    Et voici le principe : « Les restrictions à la liberté religieuse doivent être justifiées par la nature de la tâche à accomplir, répondre à une exigence professionnelle essentielle et déterminante et proportionnées au but recherché ». Une belle intramusculaire jurisprudentielle pour notre ami Valls...

    Tel n’était pas le cas de la clause générale de laïcité et de neutralité figurant dans le règlement intérieur de l’association Baby Loup, applicable à tous les emplois de l’entreprise. Une telle clause étant invalide, le licenciement pour faute grave aux motifs que la salariée contrevenait aux dispositions de cette clause du règlement intérieur constitue une discrimination en raison des convictions religieuses et doit être déclaré nul.

    « Discrimination en raison des convictions religieuses… » Pas forts, les charlottes et les charlots… Les mêmes qui donnent tant de leçons aux dirigeants arabes de Tunisie et d'ailleurs...

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    Et la suite ?

    La Cour d’appel de Paris

    L’affaire sera rejugée par la Cour d’appel de Paris, qui n’a plus beaucoup de marge. La lettre de licenciement vise le règlement intérieur, qualifié d’invalide. A ce stade, on ne peut plus substituer de motif, alors l’affaire est carbonisée. Cette très courageuse salariée va percevoir des indemnités. Elle les a bien méritées.

    Le Parlement

    Pas de doute qu’il existe au Parlement une majorité pour voter une loi imbécile imposant la neutralité religieuse absolue dans les crèches privées. Les francs-maçons Radicaux de Gauche veulent faire voter une loi en ce sens pour les nounous… Eh bien qu’ils votent, vu qu’ils aiment bien abuser de leur pouvoir ! Ça sera l’affaire de quelques années, et on cassera la loi devant le Conseil constitutionnel, la Cour de cassation, la CEDH ou le Comité des droits de l’homme, le choix ne manque pas.

    La vraie question

    La vraie question est de savoir pourquoi la religion les fait tant flipper ? Au point qu’ils deviennent irrationnels ?

    Deux facteurs jouent.

    La religion dominante était en France l’Eglise catholique, et le pouvoir républicain s’est historiquement affirmé contre celui de l’Eglise. C’est un fait, qui ne résume pas tout, mais qui est central. Au cours du XX° siècle, l’Eglise catholique a beaucoup perdu de terrain, et plus d’un a pu croire à une fin en pente douce. Il n’y avait donc pas à résoudre la question de la cohabitation. L’indifférence suffisait. Or, voilà un renouveau religieux, qui met à nu cette absence de réflexion. Dans tous les pays du monde, pouvoir et religion se côtoient, trouvant toujours des équilibres évolutifs… C’est notre sort, comme pour les autres… et il faudra bien y arriver.

    Le second point est lié au fait que ce renouveau religieux est d’abord venu de l’Islam, nous amenant à revoir une histoire que tant souhaitaient voir enfouie. Cette histoire, c’est celle de la France « puissance musulmane », comme la glorifiaient les discours prononcés lors de l’inauguration de la Grande Mosquée de Paris en 1926, alors que siégeaient à l’Assemblée nationale nombre de députés musulmans. L’Islam n’est pas de 2° ou 3° génération. Il est de dix générations, depuis le cœur du XIX°.

    La question n’est pas une pièce de tissu qu’on ne veut pas voir, mais une histoire qu’on veut renier. Or, la France ne serait pas la France sans l’Islam. Mettez-vous bien çà dans le crâne, et préparez demain les yeux ouverts, au lieu de vous voiler la face. 

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  • Ce que nous devons aux combattants russes de Stalingrad

    Je ne suis pas accro aux commémorations et aux institutions mémorielles qui, par excès, finissent par produire l’inverse de l’effet recherché, mais il y a des trous dans la doxa mémorielle qui ne cessent de m’interroger, et parmi eux, l’occultation  du rôle de l’armée russe dans la victoire sur le nazisme, et en particulier la bataille qui a marqué le début du recul nazi, la bataille de Stalingrad.

    Sans être historien, je m’intéresse à l’histoire, et c’est un devoir. Tout confirme l’importance du 2 février 1943, avec la capitulation des troupes nazies désobéissant aux ordres d’Hitler. Tout progressait jusque-là pour le nazisme, et tout va reculer à partir de cette date. 

    Après il y a la politique, le partage du monde, la guerre des idéologies, la force dramatique des évènements historiques. Oui, les débats sont immenses, et je suis bien incapable de le conduire ici.  Mais ce silence face à l’héroïsme et au sacrifice des soldats, et de la population, russes est insupportable, et notre pays devrait être, 70 ans plus tard, en mesure de conduire une autocritique. Je crains que ça ne soit pas pour demain.

    Pour aborder ce sujet essentiel, je vous livre ce texte d’Annie Lacroix-Riz, professeur émérite, de l’université Paris 7, écrit pour ce 70° anniversaire de la victoire de Stalingrad.

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    Annie Lacroix-Riz, professeur émérite, université Paris 7

    La capitulation de l’armée de von Paulus à Stalingrad, le 2 février 1943, marqua, pour l’opinion publique mondiale, un tournant militaire décisif, mais qui ne fut pas le premier.

    Cette victoire trouve son origine dans les préparatifs de l’URSS à la guerre allemande jugée inévitable : le dernier attaché militaire français en URSS, Palasse les estima à leur juste valeur. Contre son ministère (de la Guerre), acharné à faire barrage aux alliances franco-soviétique et tripartite (Moscou, Paris, Londres) qui eussent contraint le Reich à une guerre sur deux fronts, cet observateur de l’économie de guerre soviétique, de l’armée rouge et de l’état d’esprit de la population affirma dès 1938 que l’URSS, dotée d’« une confiance inébranlable dans sa force défensive », infligerait une sévère défaite à tout agresseur. Les revers japonais dans les affrontements à la frontière URSS-Chine-Corée en 1938-1939 (où Joukov se fit déjà remarquer) confirmèrent Palasse dans son avis : ils expliquent que Tokyo ait prudemment signé à Moscou le 13 avril 1941 le « pacte de neutralité » qui épargna à l’URSS la guerre sur deux fronts.

    1.

    Après l’attaque allemande du 22 juin 1941, le premier tournant militaire de la guerre fut la mort immédiate du Blitzkrieg. Le général Paul Doyen, délégué de Vichy à la commission d’armistice, l’annonça ainsi à Pétain le 16 juillet 1941 : « Si le IIIème Reich remporte en Russie des succès stratégiques certains, le tour pris par les opérations ne répond pas néanmoins à l’idée que s’étaient faite ses dirigeants. Ceux-ci n’avaient pas prévu une résistance aussi farouche du soldat russe, un fanatisme aussi passionné de la population, une guérilla aussi épuisante sur les arrières, des pertes aussi sérieuses, un vide aussi complet devant l’envahisseur, des difficultés aussi considérables de ravitaillement et de communications. Sans souci de sa nourriture de demain, le Russe incendie au lance-flamme ses récoltes, fait sauter ses villages, détruit son matériel roulant, sabote ses exploitations ». Ce général vichyste jugea la guerre allemande si gravement compromise qu’il prôna ce jour-là transition de la France du tuteur allemand (jugé encore nécessaire) au tuteur américain, puisque, écrivit-il, « quoi qu’il arrive, le monde devra, dans les prochaines décades, se soumettre à la volonté des États-Unis. » Le Vatican, meilleure agence de renseignement du monde, s’alarma début septembre 1941 des difficultés « des Allemands » et d’une issue « telle que Staline serait appelé à organiser la paix de concert avec Churchill et Roosevelt ».

    2.

    Le second tournant militaire de la guerre fut l’arrêt de la Wehrmacht devant Moscou, en novembre-décembre 1941, qui consacra la capacité politique et militaire de l’URSS, symbolisée par Staline et Joukov. Les États-Unis n’étaient pas encore officiellement entrés en guerre. Le Reich mena contre l’URSS une guerre d’extermination, inexpiable jusqu’à sa retraite générale à l’Est, mais l’armée rouge se montra capable de faire échouer les offensives de la Wehrmacht, en particulier celle de l’été 1942 qui prétendait gagner le pétrole (caucasien). Les historiens militaires sérieux, anglo-américains notamment, jamais traduits et donc ignorés en France, travaillent plus que jamais aujourd’hui sur ce qui a conduit à la victoire soviétique, au terme de l’affrontement commencé en juillet 1942, entre « deux armées de plus d’un million d’hommes ». Contre la Wehrmacht, l’Armée rouge gagna cette « bataille acharnée », suivie au jour le jour par les peuples de l’Europe occupée et du monde, qui « dépassa en violence toutes celles de la Première Guerre mondiale, pour chaque maison, chaque château d’eau, chaque cave, chaque morceau de ruine ». Cette victoire qui, a écrit l’historien britannique John Erickson, « mit l’URSS sur la voie de la puissance mondiale », comme celle « de Poltava en 1709 [contre la Suède] avait transformé la Russie en puissance européenne ».

    3.

    La victoire soviétique de Stalingrad, troisième tournant militaire soviétique, fut comprise par les populations comme le tournant de la guerre, si flagrant que la propagande nazie ne parvint plus à le dissimuler. L’événement posa surtout directement la question de l’après-guerre, préparé par les États-Unis enrichis par le conflit, contre l’URSS dont les pertes furent considérables jusqu’au 8 mai 1945. La statistique générale des morts de la Deuxième Guerre mondiale témoigne de sa contribution à l’effort militaire général et de la part qu’elle représenta dans les souffrances de cette guerre d’attrition : de 26 à 28 millions de morts soviétiques (les chiffres ne cessent d’être réévalués) sur environ 50, dont plus de la moitié de civils. Il y eut moins de 300 000 morts américains, tous militaires, sur les fronts japonais et européen. Ce n’est pas faire injure à l’histoire que de noter que les États-Unis, riches et puissants, maîtres des lendemains de guerre, ne purent vaincre l’Allemagne et gagner la paix que parce que l’URSS avait infligé une défaite écrasante à la Wehrmacht. Ce n’est pas « le général Hiver » qui l’avait vaincue, lui qui n’avait pas empêché la Reichswehr de rester en 1917-1918 victorieuse à l’Est.

    4.

    La France a confirmé la russophobie, obsessionnelle depuis 1917, qui lui a valu, entre autres, la Débâcle de mai-juin 1940, en omettant d’honorer la Russie lors du 60e anniversaire du débarquement en Normandie du 6 juin 1944. Le thème du sauvetage américain de « l’Europe » s’est imposé au fil des années de célébration dudit débarquement. Les plus vieux d’entre nous savent, même quand ils ne sont pas historiens, que Stalingrad a donné aux peuples l’espoir de sortir de la barbarie hitlérienne. À compter de cette victoire, « l’espoir changea de camp, le combat changea d’âme. » Ce n’est qu’en raison d’un matraquage idéologique obsédant que les jeunes générations l’ignorent.

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    Bibliographie :

    John Erickson, 2 vol., The Road to Stalingrad: Stalin’s War with Germany; The Road to Berlin: Stalin’ War with Germany, 1e édition 1983, Londres; réédition, New Haven & London, Yale University Press, 1999

    Geoffrey Roberts, Stalin’s Wars: From World War to Cold War, 1939-1953. New Haven & London,Yale University Press, 2006; Stalin’s general: the life of Georgy Zhukov, London, Icon Books, 2012

    David Glantz et Jonathan M. House, Armageddon in Stalingrad: September-November1942 (The Stalingrad Trilogy, vol. 2, Modern War Studies, Lawrence, Kansas, University Press of Kansas, 2009.

    Alexander Werth, La Russie en guerre, Paris, Stock, 1964

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  • Génocide arménien : L’impossible pénalisation

    sans-titre.pngPénalisation de la « négation du génocide »… Et c’est reparti pour un tour. Le 4 mai dernier, ce n’est pas vieux, le Sénat, avait renoncé à ce projet insensé, et tout repart comme si de rien quelques mois plus tard.

    Techniquement, la base est la loi n° 2001-70 du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915, qui ne comprend qu’un article 1 : « La France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915 ». Ses promoteurs en sont très fiers, mais cette loi est nulle. Je veux dire qu’elle est juridiquement nulle.

    Le monde politique peut s’exprimer de maintes manières, et la loi est l’une d’elles. Mais la « loi » dans une « démocratie », ce n’est pas n’importe quoi, contrairement à ce que montrent nos tout petits députés, de Droite et de Gauche. La loi, pour être valable, doit être normative : elle doit fixer une règle et définir une sanction. Au passage, je rappelle que le domaine de la loi est défini par l'article 34 de la Constitution, et que le Parlement n'aucun droit pour imputer des crimes ou définir des culpabilités.

    Ceci montre la nullité  de la loi du 29 janvier 2001. La France reconnaît… La France… L’Etat ? La nation ? Le peuple ? Merci de préciser. L’Etat est une personne morale, qui peut passer des actes juridiques, ce qui ne peuvent faire ni la nation, ni le peuple. Et puis reconnaître une série de faits historiques non jugés, c’est quoi ? Quelle est la norme ? Pauvre loi qui énonce une « reconnaissance », ce qui en droit ne veut rien dire, et refuse de fixer une sanction...

    Non, pas de doute, cette loi est nulle. Alors pourquoi ne pas l’avoir attaquée ? Parce qu’il faudrait le pouvoir… Lorsqu’une loi est sans force normative, elle n'entre pas dans l’ordre juridique. C’est un texte pour la stratosphère.on-liberty.jpg

    Pour la rendre sérieuse, il faut prévoir les sanctions. C’est le projet actuel. Dix ans après...

    Il y a eu entre temps, maintes propositions, et toutes sont tombées devant cette évidence : une majorité de députés allumés peut toujours voter un texte, et l’appeler « loi », mais pour autant,  le texte reste du gaz s’il ne répond pas aux critères d’une loi. Entrons dans l’analyse juridique.

    Première solution : on ajoute un article 2 à la « loi » du 29 janvier 2001.

    De telle sorte, la loi deviendra exécutoire. Mais rendez-vous est donné aux premières procédures…  Le Conseil constitutionnel sera saisi, et sera invoquée la jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, avec deux motifs très forts :

    -          La loi pénale doit répondre au principe de légalité des infractions et donc, et elle doit reposer sur des termes très précis pour assurer la sécurité juridique qui est inhérente à l’action pénale. Or, le génocide arménien n’a pas été établi par les tribunaux, contrairement au génocide juif, qui l’a été comme crime imputé à des personnes par le tribunal de Nuremberg. Le fait qui est censé être protégé par la loi n’est pas juridiquement défini, et le législateur n’a aucune compétence, au regard du principe de la séparation des pouvoirs, et des droits que lui reconnait l'article 34, pour prononcer lui-même des condamnations.

    -          La loi pénale peut apporter des limites à toutes les libertés, et notamment à la liberté d’expression, mais elle doit le faire en respectant les principes du doit : ces limites doivent être précises, absolument nécessaires pour définir un but légitime, et strictement proportionnées à la protection de ce but. Or, il sera bien sûr impossible de répondre à ce critère, dès lors que le fait n’a pas été jugé, et que la recherche des historiens ne peut être que libre.

    782930_2894034.jpgEt pourquoi ce particularisme ? Faut-il à chaque génocide sa loi ? Le Cambodge est entrain de juger des responsables politiques pour génocide. On fera une loi pour le génocide cambodgien ?  Le procureur de la CPI estime que le crime de génocide a été commis au Soudan ? On fait une quatrième loi pour le Soudan ? L’esclavagisme a été, et dans plusieurs pays, de nature génocidaire. Autant de lois ? Un de ces incultes de députés parle des génocides répertoriés par l'ONU... L'ONU est sérieuse, à l'inverse du parlement français, et elle ne s'est jamais aventurée sur cette piste.

    Enfin, si un additif est voté, c’est la loi globalement qui sera attaquée, et ce sera l’occasion de faire tomber cette loi du 29 janvier 2001. Aussi, le gouvernement turc a bien tort de s’agiter… Votez la loi, chers petits députés ; pénalisez la pensée, chers petits députés ; devenez juges en déclarant des culpabilités et des crimes, chers petits députés. Et laissez venir le premier procès, qui mettra à bas toute votre construction infantile.

    Deuxième solution : Sanctionner la négation de tous les génocides

    L'autre proposition serait de sanctionner la négation de tous les génocides. Je comprends donc que le législateur va supprimer la loi Gayssot du13 juillet 1990, qui joue essentiellement comme un renforcement de la chose jugée à Nuremberg. Ce qui reviendrait à dire que le génocide des Juifs en Europe par les nazis est un génocide parmi les autres, sans plus. Ah bon. J’attends de voir les analyses et les réactions.

    Comme alternative, on laisserait la loi Gayssot. Cette loi traiterait d’un cas particulier, et on créait à côté un régime général pour les autres génocides, génocides dont personne n’est en mesure de donner la liste. Quelle cohérence ? Aucune force juridique.

    Au delà de ces aberrations, qui reprennent vigueur cycliquement à l’approche des campagnes électorales, reste l’insupportable prétention de ces nullards de députés à vouloir imposer une pensée légale et une pensée illégale. Ils ont des nouilles à la place du cerveau, ok, mais qu'ils ne généralisent pas leur cas.  

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    Les oiseaux en cage ne peuvent pas voler, Luis Briceno (2000)

     

    (L'Assemblée Nationale en plein travail)

  • 11 novembre : La plaque inaugurée existait déjà !

    attention_manipulation.jpgSarko inaugure une plaque alors qu’il en existe déjà une ! Si dans ce gouvernement ce que nous ne voyons pas marche comme ce que nous voyons, il y a vraiment de quoi s’inquiéter.

    Hier 11 novembre, le président de la République est allé raviver la flamme du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe. Cette guerre des nationalismes a été une telle catastrophe que la cérémonie, près de cent ans plus tard, garde son sens.

    Mais a suivi un événement qui était en réalité le clou de la journée, mis en avant sur le site de l’Elysée, et passant en boucle sur les écrans, à savoir l’hommage rendu aux jeunes étudiants et lycées qui avaient manifesté dans Paris occupé le 11 novembre 1940. La première apparition publique d’une résistance à Paris, par de fiers esprits dont beaucoup étaient mineurs à l’époque, et qui ont pris le risque de la plus sévère des répressions.  A coup sûr, cela valait un grand salut de la République, et j’étais prêt à reconnaitre un acte juste de Sarko réparant un oubli.

    Avec quand même cette question : comment se fait-il qu’en 70 ans, rien n’ait été fait ? Pas un discours sous l’Arc de Triomphe, pas une plaque pour rendre hommage à cet acte de bravoure, qui s’inscrivait dans un mouvement déjà constuit ?  

    Et c’est là que je retrouve le ridicule absolu de notre pauvre Sarko… En effet, il existe déjà une plaque, hommage de la République, installée à 25 mètres de là, sur le bâtiment de l'Ambassade du Qatar, une plaque dévoilée en 1954 par le président René Coty. Le site officiel "chemins de mémoire" raconte cet évènement et l’inauguration de la plaque, ajoutant qu'une cérémonie se tient là chaque 11 novembre.

    http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/page/affichepage.php?idLang=fr&idPage=18566

    Europe 1 a reçu les commentaires avisés de l’historien Alain Monchablon : « Peut-être qu’on ne savait pas qu’il y avait déjà cette plaque. Ou alors c’est vraiment une façon de s’emparer d’un événement historique remarquable pour se l’approprier et en faire un objet politique ».  

    Vous trouverez ici une très intéressante analyse de ces évènements.

     http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mat_0769-3206_2004_num_74_1_977

    Non, notre gouvernement, ce n'est vraiment pas au niveau.

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    La plaque inaugurée par René Coty en 1954
  • L’antiracisme au pays de Tintin

    logo_pacotille_700.gifCette histoire de « Tintin au Congo » commence à me chauffer les neurones. Et voilà notre très représentatif CRAN qui s’en mêle… La lutte des peuples en pacotille !

    Mes petites chéries et mes chères amis, je vais vous dire une vérité totalement ignorée : jusque dans années 1960, le droit international reposait sur la colonisation des peuples par les empires. Incroyable mais vrai : le conflit de civilisation était gravé dans la loi. Par la lutte des esprits libres, nous en sommes sortis. Remerciements éternels aux patriotes algériens, vietnamiens, indonésiens, malaisiens, marocains, tunisiens, congolais, rhodésiens, égyptiens, indiens, pakistanais, cambodgiens, et tous ceux qui ont imposé le principe qui désormais fonde notre droit international, l’autodétermination des peuples, devenu règle de jus cogens : une règle qui ne peut connaître de dérogation.

    Vous ne le saviez pas ? Merci à la glorieuse équipée du CRAN devant le juge de Bruxelles pour poser enfin les bases de l’histoire, grâce à ce procès fait à l’éditeur de « Tintin au Congo ».  1003-pacotille.jpg

    Et comme nous sommes entre z’amis, je vais vous livrer un secret : les dirigeants politiques de ces empires n’étaient pas toujours très gentils avec les populations colonisées. Incroyable. Pire : ils utilisaient parfois les ardeurs des colons pour exécuter leurs basses manœuvres, comme pour notre andouille de Tintin. Accrochez-vous. Les empires ont eu recours, sous prétexte d’inculquer les bonnes façons, à la domination économique, à l’acculturation et au crime… Bon, je ne raisonne pas avec une seule colonne, et quand je me promène dans les rues de Saint-Louis au Sénégal, je retrouve des stigmates bien français. D’ailleurs, trône le majestueux monuments aux morts de la guerre de 1914-1918. Je file à Verdun, sur le Chemin des Dames, et je retrouve les mêmes compatriotes sénégalais. Je repars à Dakar discuter un coup au marché Sandaga avec les vieux combattants de 39-45, qui m’expliquent que leur pension militaire n’est toujours pas versée au même montant que leurs compagnons d’armes français. Je m’arrête au retour à Alger, où tout le monde hallucine de voir le service de communication du ministère de la Défense se fendre d’un communiqué officiel pour dézinguer le scénario d’un film, œuvre de fiction comme son nom l’indique. L’histoire est brûlante, et sa lecture doit savoir poser la question des rapports de domination.

    C’était la colonisation : la soumission des peuples par des impérialismes, et le bilan est lourd. Les britanniques ont tourné la page avec pragmatisme, non sans arrière-pensées. Pour d’autres puissances coloniales, comme la France ou la Belgique, ça a gravement coincé. Aujourd’hui, c’est plus feutré. Le principe est de prêter de l’argent pour le développement, à un niveau dont il est certain que les Etats ne pourront rembourser, pour les tenir ensuite par les cordons de la bourse. Ou des bourses pour être précis.

    Ca s’appelle la violence de l’histoire, et l’histoire, à tout moment, peut devenir tragique.

    C’est dans ce décor que débarque notre crétin à la houppette, Tintin, qui sous la plume de l’insipide Hergé va apprendre à compter sous l'Equateur. Un drame.

    Pacotille-Visuel-BD.jpgSeptante années après, brusque remontée au cerveau de l’antiracisme officiel et bien propre sur lui. Et oui, Grand Dieu, il y avait atteinte aux droits de l’homme dans les propos de Tintin et les aboiements de Milou ! Ces vaillants démocrates, sensible à la portée du ridicule, n’entendent pas demander l’interdiction d’un livre vendu depuis bientôt un siècle. Non, mais ils soutiennent qu’il est désormais indispensable à la survie de l’humanité que toute nouvelle édition du livre soit « assortie d'un bandeau et d'une préface éclairant le lecteur sur la nature d'une œuvre qui affirme une supériorité raciale, celle des Blancs sur les Noirs, et ne devrait donc pas être diffusée sans avertissement, surtout pour les enfants ». Si jamais le lecteur ne s’en apercevait pas lui-même !

    Ras-le-bol. Merci de nous fiche la paix avec votre moralisme de guimauve et votre scandaleuse appropriation des causes, pour pas un rond. Que représente le CRAN ? Combien de cotisants ? Quelles attaches dans la population ? Quelle considération pour la diversité des blacks ? Quel soutien populaire ? Cette auto-proclamation de la représentation est insupportable dans une démocratie. Des marchands du temple, rien de plus.

    Cette procédure, que le juge rejettera, est une perle de ce droit-de-l’hommisme bien pensant et finissant, qui a fait tant de mal. De la bibine médiatique incapable de poser la question du rapport de forces socio-économique.

    Perdez vite procès, et retournez  à vos kermesses.  

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