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histoire - Page 4

  • On attend quoi pour le virer, cet évêque ?

    19757a-shoah_une_etoile_juive_au_encheres.jpgRichard Williamson, 67 ans, végétait dans sa médiocrité extrêmiste, soldant ses salades au sein de la Fraternité sacerdotale St Pie X, et tout allait très bien. Mais voilà que Benoît XVI a trouvé urgent, par un décret du 24 janvier, de lever l’excommunication de cet imbécile heureux. Pas de chance, on rappelle au Pape fatigué que Williamson est un négationniste forcené, et que ça fait désordre. Gros désordre…

    Car le négationniste intégriste a au moins le mérite de la franchise. Alors que le décret papal était dans les tuyaux, il avait déclaré à une télévision suédoise le 22 janvier : « Je crois qu’il n’y a pas eu de chambres à gaz (…) Je pense que 200.000 à 300.000 Juifs ont péri dans les camps de concentration mais pas un seul dans les chambres à gaz. »

    Pas de soucis, tranche Benoît XVI, notre brave ami va nier son négationnisme, et après un bon coup de goupillon derrière les oreilles, tout va rentrer dans l’ordre. inacceptable-526f2_1211262205.jpg

    Problème. Williamson ne lâche pas l’affaire, et dans une interview à l’hebdomadaire Der Spiegel de ce jour, le dés-excommunié y va de plus belle : « Il s’agit de preuves historiques, pas d’émotions. Et si je trouve des preuves alors je rectifierai mes propos. Mais cela va prendre du temps». Il affirme avoir « fait des recherches dans les années 1980 » sur ce sujet et être « pour cette raison convaincu de l’exactitude » des positions qu’il défend. « Je dois tout réexaminer encore une fois et voir les preuves ». Et d’ajouter: « Toute ma vie, j’ai toujours cherché la vérité ». L’inverse serait grave, l’abbé !

    Au passage, relevons les scandaleux propos tenus par la grenouille de bénitier Christine Boutin, dont je n’aurais strictement rien à fiche si elle n’exerçait les fonctions  de ministre de la République, chargée du logement, expliquant qu’ « il ne faut pas regarder cette question-là avec le petit bout de la lorgnette ». Christine, regardez bien par le petit bout de la lorgnette : vous y verrez 6 millions de morts.

    merkel.jpgJ’approuve donc pleinement les propos d’Angela Merkel : « La question ne concerne pas seulement les communautés chrétienne, catholique et juive en Allemagne, mais il faut que, de la part du pape et du Vatican, il soit clairement établi qu’on ne peut pas nier l’Holocauste. »  Une  protestation  parmi des milliers d’autres, émanant du monde catholique.

    Je dois avouer que je n’ai jamais été bien convaincu par les propos du Pape Benoit XVI, respecté comme un grand théologien. Appréciation personnelle qui n’est d’aucun intérêt, j’en conviens, car il s’agit d’histoires dont je n’ai pas à me mêler, et surtout pas ici. Mais le Pape est aussi une autorité publique, qui tient des propos s’adressant à toute la population, et qui soigne sa communication. Une voie d’autorité dans un monde qui se morcelle, il y aurait grand tort de s’en priver.

    Oui, mais voilà. Le décret du 24 janvier, qui était plus que discutable, est devenu un scandale qui rattrape celui qui l’a signé. Alors, la seule solution est un re-excommunication. Dare dare et sans finasser.

    Quant à Boutin, ses propos méritent, en droit, la correctionnelle, c’est évident. Je ne vois pas ce que l’immunité aurait à voir avec un tel propos d'illuminée, et le minimum serait qu’elle se prenne un bonne remontée de bretelles par celui qui l’a nommée. Un seul mot : inacceptable.

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  • Faut-il enterrer les commémorations ?

    images.jpg« Touche pas à ma commémoration ! » Il y a trop de commémorations, partielles et circonstancielles, et ça ne veut plus rien dire. Le rapport de l’historien André Kaspi a le grand mérite de poser les questions qui fâchent.

     

    1. Les commémorations et la loi

    D’abord le plus simple : commémorons, commémorons à tour de bras, comme des fous, la loi n’a rien à redire. A l’inverse des lois mémorielles, qui prétendent définir les concours de l’histoire légale et de l’histoire illégale, les commémorations ne posent pas de problème en droit. Un Etat, qui entend faire vivre une communauté de femmes et d’hommes, doit prévoir des éléments symboliques d’identification : devise, drapeau, hymne national… Toutes choses si sérieuses qu’elles figurent dans la constitution, à l’article 2 :

    "L'emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge.

    "L'hymne national est la Marseillaise.

    "La devise de la République est Liberté, Égalité, Fraternité."DZ6Y0CAG0ELV1CAAUC24FCAP0P9XBCARI118WCA1415VDCAWQB7JTCAIEMQNUCA2IM9LJCAZC0S28CA75KZWICAKEQXNCCABYSQSPCAI3GJ1YCAXIK1IOCA19HA3SCAGDCJH4CA4PZ27SCATPXUE2.jpg

    Quant à la fête nationale du 14 juillet, elle résulte d’une loi du 6 juillet 1880.

    La question s’est posée en jurisprudence de savoir si ces commémorations nationales, défendant le plus solennellement qu’il soit, des évènements restés source d’opinion très divergentes ne constituait pas une atteinte à la liberté d’opinion. Pas du tout a répandu la Cour européenne des droits de l’homme dans une affaire Valsamis c. Grèce (No.74/1995/580/666) jugée 18 décembre 1996. Etait en cause la fête nationale grecque qui imposait aux élèves la participation à un défilé. La Cour a estimé que cette obligation ne constituait pas une ingérence dans son droit à la liberté de pensée et de religion.

    Donc, commémorons, mes amis ! La commémoration est un produit d’abondance. Le problème est de savoir le sens que tout ça peut avoir.

     

    2. Les commémorations et notre pays

    Z4SBTCAS2JXHRCA45RHZBCA6PMLCHCAL2PF12CA3KP8FACAOVHEWDCAA42Q50CAH5U1X1CAVEOKHYCALLA8TMCAI5I17ACAA19FM6CAGP5OZHCABLF9RLCAMZTPZXCAS6KTZ4CAQETMTWCAQQ4BXB.jpgLe problème est simple : de 1995 à 2007, le nombre de commémorations nationales a doublé, pour atteindre le chiffre de douze. Une journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français et d'hommage aux Justes de France, une journée nationale des mémoires de la traite de l'esclavage et de leurs abolitions, deux journées nationales d'hommage aux «morts pour la France» en Indochine et en Algérie et une journée nationale d'hommage aux harkis.

    Une pente glissante. J’avais apprécié que Nicolas Sarkozy dise que c’était trop et qu’il fallait sortir de l’esprit de perpétuelle de repentance.HB6KJCA87NKV2CAZFRH6QCA2OOHXGCAVV0UJ7CAPTW5Z3CA1U06L1CALGWEZTCANRCQO0CA40FMPNCAOOI50ACAZQ05GVCA8EX695CAGZDY7CCAEGPZ7TCA8JKA67CADZVMD0CA5M94DCCAJYERER.jpg C’était à Caen, le 9 mars 2007 : « La mode de la repentance est une mode exécrable. »

    En continuité, a été créé à la demande de l'Élysée en décembre 2007, la commission «sur l'avenir et la modernisation des commémorations publiques», présidée par l'historien André Kaspi. Quelques jours avant le dépôt officiel, des fuites nous ont appris que le rapport préconise de réduire les commémorations de douze à trois - le 8 Mai, le 14 Juillet et le 11 Novembre, tous trois fériés. Le rapport ne conclut pas à la suppression des autres commémorations, proposant de «procéder avec tact », notamment en leur accordant un caractère «local ou régional».

    Et le rapport n’y va pas de main morte : «Il n'est pas sain qu'en l'espace d'un demi-siècle, le nombre de commémorations ait doublé. Il n'est pas admissible que la nation cède aux intérêts communautaristes et que l'on multiplie les journées de repentance pour satisfaire un groupe de victimes.»

    Oulla là la grave affaire ! Et nous revoici plongé dans une de ces polémiques aussi ardente qu’invraisemblable. Plus chaud que le plan contre la crise financière...

    0PCIUCA3IVUOGCA8WUC97CAU2TJ4CCAPBAE2YCA2FDWW4CAHHYVY3CAJ9DVP1CAA9G8ITCA1KBAD8CAU0559KCAD519D4CAM171H1CAEFU8NTCA5QFV3XCAEWINBNCA1028CLCA60IICZCADS8NWC.jpgJe serais à titre personnel partisan d’un grand coup de balais, car cette commémorationite aigüe n’apporte rien à la cohésion du pays, si ce n’est des illusions faites de fraternité à la noix. Les causes sont importantes, c’est l’évidence, et rien que la mémoire de ces morts justifie que l’on sache faire une pause dans le fracas du quotidien. Mais ces commémorations fractionnées sont en train, bien logiquement, de fractionner l’histoire, et de confier de trop grandes parts aux marchands du temple. Chacun son secteur. L’insertion dans la loi n’a pas été un signe de force, mais de faiblesse.

    Cette inflation des commémorations est un cadeau empoisonné. Il faut le traiter radicalement, ne serait ce que pour redonner un peu de lustre à ces causes, alors que certaines de ces journées nationales ont un écho si faible qu’elles vont bientôt relever du Samu social. L’idée, à débattre, de Kaspi, est de ne garder que quelques dates, et de regrouper les thèmes : on devrait pouvoir parler de ça de manière raisonnée, et pas la peine d’agiter désespérément le principe de dignité, qui lui aussi, supporte mal les abus. Un peu de confiance dans l'avenir peut aider.

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  • Loi sur l'histoire : c'est reparti !

    PMQWDCAXG3LTDCAUR72TOCAZ2VVCTCAQKWYTRCAUVPIPECA0MGMI8CAF8Q3J9CAVF1UO1CA94WIWQCA8TSABECA7SQ7HACAO7KDVNCAQB8MODCAXV9A43CAE5J22QCAV6CLXNCA1YRVITCA761MHV.jpgLoi sur l’histoire : c’est reparti !  Xavier Darcos rallume le feu : l’histoire sera plus belle quand elle sera légale. Catastrophe de la pensée.

    Tout démarre avec l’affaire Barbie. En 1986, la Cour d’assises du Rhône condamne Klaus Barbie, le « boucher de Lyon », chef local de la gestapo pendant les années noires, à la manœuvre dans la mort de Jean Moulin, des enfants d’Izieu et de tant d’autres. Un vrai procès, mais aussi l’arrivée d’un troisième fleuve à Lyon, à coté du Rhône et de la Saône : la bonne conscience.7T4FTCAC6A3RMCAQCUJQ0CANN23D7CA1EJXXKCAYELZ1QCA1NW1ARCA7RWOKWCAG3O6GDCACXVTQLCAEK131KCA2TAWKRCAR2OXGXCAEDRNBFCAYKN3D0CA8YBUL7CA7D8J4WCA1IJGXQCAYMWHSW.jpg

    Après les déclarations d’une bande de crétins, vient la réponse par loi Gayssot de 1990 : sanction du négationnisme, le fait de nier ce qui a été jugé à Nuremberg. Avec un Nuremberg pierre angulaire de la défense des droits de l’homme, la loi est crédible, malgré les fragilités du jugement, à commencer par le massacre de Katyn. La loi renforçait l’autorité de la chose jugée, mais au risque de la sacraliser en sanctionnant par son article 9 la « contestation». Débat venimeux. Très franchement, ceux qui ont été condamnés en application de cette loi le méritaient. Enfin, ils méritaient au moins un coup de pied au cul. Remettre en cause les bases d’un des plus grands crimes, bien étudié, pas si mal jugé, renvoie à des élucubrations qui ont des rapports si éloignés avec l’organisation d’une pensée, que la Cour européenne des droits de l’homme a donné son onction.

    K7DWPCACZLS4DCAR79020CA3XV9CLCAKS5FJICANSQ3DKCATR9D00CA2STZSGCA4MMDRACAL3TCNDCAGXZHLQCA4ETXXHCATZJDPNCAGOMDSRCAIJG2ZYCAM0VTQQCAQ0XBOGCAN3KFCNCANVRST1.jpgMais, notre coq législatif à béret s’est emballé.

    Avec la réforme du code pénal de 1992, ont été introduites deux nouvelles catégories de crimes, le « génocide » et le « crime contre l'humanité », plus larges que la définition de 1945. Ont suivi, en 2001, la loi « reconnaissant le génocide arménien de 1915 », loi sans sanction, un cas unique dans les annales, et la loi dite Taubira sur l’esclavage. Toujours plus avec la loi Mekachera de 2005, portant « reconnaissance de la nation en faveur des Français rapatriés » et ornée du fameux article sur « le rôle positif de la présence française outre-mer », disposition finalement annulé en 2006, après une grande crise gastrique nationale. Et s’enclenchent les demandes sur la pénalisation de la loi de 2001 sur le génocide arménien, le génocide ukrainien de 1932, le génocide vendéen de 1793…

    En 2007, la France parvient à faire adopter en première lecture par le parlement européen un projet de décision-cadre déposé en 2001 prévoyant pour tous les « génocides, crimes de guerre à caractère raciste et crimes contre l'humanité », un délit de « banalisation grossière », et même de « complicité de banalisation » passibles de peines d'emprisonnement, quelle que soit l'époque des crimes.  Ne nous privons pas, c’est pas cher ! Il faut dire qu’un vote en première lecture par le parlement européen, hélas,  n’impressionne que ceux qui ont envie d’être impressionnés.2HT3BCAYO1FYJCA9HRDUNCACSY1KKCA3L6VZQCA1RQ2ZGCACE060PCA92OXY5CALQI8GMCA9BFWFJCAAAHWO2CAZ3OHAFCA03LLXACA3EWF9WCATYFSSVCATN8E2CCA50SBT7CAPRKZL6CAYL959O.jpg

    Après l’élection de Nicolas Sarkozy, ça repart de plus belle : la lecture de la lettre de Guy Môquet, un produit de la sous-culture historique, tombé en désuétude en un an, puis le parrainage par les élèves d’un enfant juif mort en déportation, idée saugrenue qui n’a pas tenu une semaine.

    Mais il fallait sauver la face, et on s’est orienté vers une mission parlementaire, c’est-à-dire pas tout-à-fait une commission, la « mission d'information sur les questions mémorielles. » Genre lot de consolation pour parlementaires déprimés.

    C’est devant cette auguste instance que Xavier Darcos remet le couvert, ce 28 octobre : « Est-ce qu'il ne faudrait pas qu'une bonne fois pour toutes ce que nous considérons comme devant être enseigné aux élèves soit prescrit par la représentation nationale ? Nous n'aurions pas ces questions. Evidemment on ne peut pas rentrer dans tous les détails. Mais on aurait au moins des grands sujets qui seraient reconnus une bonne fois pour toutes. Je pense que pour ce qui est de l'histoire en particulier, je me demande même si ça ne s'impose pas. C'est moins important pour des enseignements de disciplines qui ont un caractère scientifique et répétitif plus marqué. Mais peut-être que pour l'histoire ce serait nécessaire. Je pense que nous réglerions une partie de nos difficultés - parce qu'on voit bien qu'on est en difficulté au fond, derrière tout cela il y a des questions politiques (...) il y a des débats profonds - et peut-être un vrai débat public devrait se passer au parlement».

    Voilà. Ce n’est juste qu’une déclaration devant la mission machin-chose, mais avec un groupe UMP le doigt sur la couture du pantalon, on peut craindre le pire.

    Alors, j’ai juste deux choses à dire.

    RDDYHCAVUA43CCAMUJ94UCATJ0V14CAOZUU9ECAUUGW7ICAIQZ6L2CAEMWF6ECANNC8PQCA9FG7DHCA41XJENCADHNQKTCAP7OM45CAOC215NCA7Y1TJTCAEYCXNYCAVZ01MXCASO75U2CASQ1NZI.jpgToute loi rétroactive est un poison. Ce qui a du être accepté en 1945, face aux crimes du nazisme, doit rester une exception qui s’explique par les données historiques. Aujourd’hui, la sentence aide à raisonner, c’est bien assez. Sauf à rependre l’histoire depuis l’origine de l’humanité, il faut refuser toute application rétroactive de la notion de crime contre l’humanité.

    Il n’existe pas d’histoire légale, pas plus qu’il n'existe d’histoire illégale. La paix internationale se construit sur la sérénité des Etats-nations, et les Etats disposent d’outils rituels, de l’hymne à la fête nationale, en passant par les commémorations (dont la France est friande). Mais dans un Etat libre, aucun organe de pouvoir n’est légitime à définir la vérité historique. Les lois peuvent sanctionner les crétins sans qu’il soit besoin de proclamer un histoire officielle. Et pour les historiens qui s’échappent de méthodes de la recherche, les devoirs professionnels sont des repères suffisants.

    Oh, Xavier, tu reprendras bien un petit verre de liberté ?

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  • Qu’est-ce qu’on fiche encore avec de Gaulle ?

    XMR8OCATGLND8CAF3EXJ6CA05E2MKCA11HFIICALKV9VFCAJ2LWETCAJWJQ9CCAGSAVFHCAQ5FI03CAQIG4XACAPMTW34CACD1Z5KCA5O3FXSCA22A2O2CAWM7BLYCAVGF540CAZHRKEBCAC867WA.jpgQu’est-ce qu’on fiche encore avec de Gaulle ? Après les avenues et les giratoires, voici le Mémorial. Et 4000 m² s’il vous plait ! Il ne manque que le jumelage avec Vercingétorix.

    La France n’arrivera-t-elle jamais à se débarrasser de la tutelle du général de brigade à titre temporaire Charles de Gaulle ? Très franchement, cette religion républicaine reste une curiosité.

    Je vous rassure. Il m’est arrivé de lire des livres d’histoire, et je n’ignore pas tout de ce qui s’est passé autour du général de Gaulle à Londres, à partir de la mi-juin 1940. Je sais aussi deux ou trois choses sur les réussites du gouvernement de la France, après 1958. Figurez-vous qu’il m’est même arrivé de lire la constitution, et d’en apprécier les vertus. Oui, mais il n’est pas la peine d’insister, car ces choses sont très bien vantées, et les plumes flatteuses bataillent encore par légion entière. 6D79QCA1SYNEJCA2MG5B6CA34PP28CAA2CKXXCAO3GSQBCAA4QQ9CCAHR8V3VCAVMEH28CA3M8HVQCA6VLH95CA16IJZYCAOAFS94CADM0HVQCAH64Y6MCAXDXY81CA2111J0CA62FSJICAGEAFVO.jpg

    Ce qui me gêne davantage, ce sont les bilans faits d’une seule colonne. Ce que je déplore, c’est l’instrumentalisation glorieuse d’une histoire, pour masquer les misères. Ce qui me peine, c’est la stagnation de la pensée politique qui entend, à partir de cette fiction entretenue, marquer une spécificité française devant le monde. L’avenir par une pensée de droite assumée ? Pourquoi pas, et pourquoi pas non plus, par une pensée de gauche sereine ? Mais qu’avons-nous à faire de ces falbalas d’un destin gaulliste de la France ?

    Prenons le plus fameux. Tout ne m’émerveille pas dans l’action de de Gaulle depuis Londres. Loin de là. A commencer par cette volonté de refuser autour de lui toutes les personnalités qui traduisaient une continuité républicaine, et notamment Jean de Kerillis. Par ce choix de n’avoir rien entrepris pour libérer les célèbres prisonniers politiques de Pétain : Jean Zay, Georges Mandel, Paul Reynaud. Et puis, il y a cette réécriture de l’histoire sur son propre sort, dans les Mémoires de Guerre, en affirmant avoir été condamné à mort en août 1940 suite aux initiatives du ministre de la justice Raphael Alibert, alors que c’était sur le fondement de nouvelles poursuites engagées par le maréchal Pétain, le lendemain de sa prise de pouvoir. Epargner Pétain, en mentant avec les faits... Et les pratiques du pouvoir pour reprendre pied à Alger, et s’imposer. Bien sûr c’était la guerre, et la période était rude. Mais quand même ! Mystification ensuite d’une Libération qui devait tant aux Alliés, lesquels furent vite décrits comme des amis menaçants. Quel dommage.

    FKOR4CABHCMETCAXQRTECCAH09MLOCAYLRQSXCAIF2N2QCANZ0G73CATLU4D3CAEM0WPCCA4ASMYUCADNQELECA1IIL3FCANI7RFRCA7FCNRXCADOQ6D1CA31ZA7GCAZ6T6KRCAGE29NOCA2FR4QT.jpgLa gloire politique ? Les chemins les plus sombres, oui. Rejeté en 1946 du fait de son insupportable autoritarisme, le grand homme eut pour seul but d’organiser sa revanche, multipliant les coups bas contre la IV République, à partir ce cette arme qu’était le RPF, Rassemblement du Peuple Français. La cible première étaient les instituions en place : une grande aide pour un pays confronté à la reconstruction et la Guerre froide. Merveilleux esprit républicain aussi, par l’instrumentalisation de la cause algérienne. Ceci pour revenir – enfin – au pouvoir, en 1958, et en repartir onze ans plus tard, laissant le pays sans réponse après les traumatismes mis en lumière par Mai 68. Visionnaire de la décolonisation ? Mais la France est-elle le seul pays à avoir géré pendant cette période la fin d’un Empire ? Et d’autres n’ont-ils pas choisi des voies aussi méritoires, et plus efficaces à long terme ? 8M0DPCA25JGXVCA0M41M6CAO2ILDJCA30F0UZCASB76KKCAZEZPNNCA48XLALCASQXAG3CASN3A3XCAHONQXUCAXYGE75CAQG2DBVCA9IOP06CA5KIEEACAJLBW50CAONRPRDCAFNEME2CAGZKUJZ.jpg

    Le fait n’est pas dire qu’il n’y auarait eu que des erreurs et des échecs. Ce serait parfaitement idiot. Mais la gloriole du moment s’est transformée depuis en glorification, et là, ça tourne au ridicule. Il existerait ainsi une vision gaulliste du pouvoir. Comme cela, unique au monde, et rien pour nous, français de légende. Cette idée entretenue d’une France au dessus du lot est une catastrophe. Elle nourrit, encore, un nombrilisme pitoyable et redoutable dans ses effets, tant il empêche de voir le monde tel qu’il est. Notre histoire vaut celle des autres, arrêtons la fanfaronnade.

    Ce qui est le plus affligeant, c’est la religiosité actuelle autour des reliques. Pour affronter les défis de 2008, ceux d’un monde ouvert aux quatre vents, mobile, réactif, la droite garde la référence à l’homme de la centralisation et du pouvoir personnel, à celui qui faisait rêver d’une France faite d’un trait depuis les gaulois, blindée dans ses frontières, et regardant l’Europe de haut.

     Après une grosse intervention, un malade ne peut marcher sans ses béquilles. Soixante ans après, il peut remiser ses béquilles à la cave.images.jpg

     

  • Karajan s'est nourri du nazisme

    Karajan s’est nourri du nazisme. Il en reste empêtré. Sa carrière n’aurait pas été la même sans le nazisme. C’est un fait, et cela n’empêche pas d’écouter ses disques.

    Le critique britannique de l'Evening Standard Norman Lebrecht, l’a qualifié de nazi impénitent, dénonçant « les poses de spiritualité simulée, le commercialisme rampant, la culture rétrograde et la nullité morale». Voyons voir.

     

    C’est en 1935 que l’ambitieux Herbert a adhéré au Parti nazi, et il en resta membre jusqu’à la fin, en 1945. Dans la main de ces manipulateurs criminels, il ne maîtrisait pas grand-chose, mais tout de même suffisamment pour assoir sa carrière sur l’élimination des autres, frappés par le gouvernement ou fuyant à l’étranger. Le grand Herbert, qui laissa après sa mort, une fortune de 500 millions de dollars essentiellement planquée au Liechtenstein, n’était pas indifférent à la défense de ses intérêts.

     

    Les aventures d’Herbert, l’icône de Deutsche Grammophon, chez les nazis sont désormais bien connues, même si le chef s’orchestre, qui aimait tant les médias, se montrait discret sur le sujet. En gros, Karajan était le pion de Goebbels, alors que Goering jouait la carte Furtwängler, lequel détestait Karajan, et l’appelait « le petit K ». Mais Hitler le trouvait fantasque, et avait une préférence pour Furtwängler. Et lorsqu’en 1942, Herbert épousa la chanteuse Anita Gutermann, qui avait du sang juif, cela chagrina le Führer, et la carrière d’Herbert patina quelque peu. Trafics d’influence et coups bas en tous genre.

     

    Karajan, à la demande d’Hitler, fit la tournée des popotes, je veux dire des capitales gagnées par les soldats nazis : Amsterdam, Copenhague, Bucarest… A noter la belle prestation du maestro, dirigeant en 1941 à l’Opéra de Paris, Tristan und Isolde, avec la soprano française Germaine Lubin dans le rôle d'Isolde. Et Alfred Cortot faisait antichambre à Vichy. Grande compagnie que les gens de culture.

    Karajan nazi ? Il fallut en 1945 deux ans pour conduire son procès en dénazification, avant de tourner la page. Légalement. Car Karajan n’a jamais exprimé de regret, n’a jamais rien dit sur la Shoah, et des musiciens tels qu’Isaac Stern ou Itzhak Perlman ont toujours refusé de le côtoyer. Ce silence sur 10 années noires, qui sont au cœur de sa carrière, pèse plus encore que les années elles-mêmes.

     

    Le choix de Karajan était moins d’adhésion que de carrière. Mais tout de même… quelle responsabilité ! Pour les nazis, le projet culturel était au cœur des ambitions politiques. Il en était la légitimation : il existait une culture allemande, car il existait un peuple allemand. C’était une vision profondément nationaliste de la culture, comme élément d’identification du peuple allemand mythique, celui qui était destiné à dominer l’Europe et le monde. Pour le ministre de la propagande et de l’information, Joseph Goebbels, un artiste servile et intéressé comme Karajan, c’était du pain béni. La culture était une compétence du ministère de la propagande, détail qui ne pouvait échapper à personne. Et « le petit K » devint une pièce du dispositif, alors que dès 1933, des artistes étaient bannis, condamnés ou devaient prendre la fuite. Alors que dès 1933, avaient eu lieu les grands autodafés de milliers de livres jugés subversifs.

     

    Ces choix n’étaient pas obligés. Tiens, deux contemporains, devenus Prix Nobel de la Paix.

     

    Willy Brandt, né en 1913, quitta l’Allemagne en 1933, pour rejoindre la Norvège, et fut arrêté mais non reconnu lorsque les Allemands envahirent la Norvège. Le 7 décembre 1970, devenu chancelier, il s’agenouillait devant le monument commémorant le soulèvement du ghetto de Varsovie en 1943, demandant pardon au nom du peuple allemand pour les horreurs commises.

     

    Carl von Ossietzky, né à Hambourg en 1889, éditeur du journal La Scène Mondiale, avait déjà gouté de la prison pour avoir dénoncé le réarmement allemand dès 1931. A son arrivée au pouvoir en 1933, Hitler le fit interner dans le camp de concentration  de Papenbourg.  En 1936, le prix Nobel de la Paix lui fut discerné, mais Hitler l’empêcha de se rendre en Norvège. Car von Ossietzky quitta ce camp en mai 1938, pour être transporté çà l’hôpital et mourir de la tuberculose qu’il avait contractée.

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