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libertés - Page 4

  • De l’Etat de droit à l’Etat de sécurité, un texte remarquable de Giorgio Agamben

    « L’état d’urgence met en péril les libertés ? Je n’ai pas vu de changement dans ma vie,… ni un peu plus loin », me piquait l’autre jour un ami, et j’avais promis de lui répondre. Je me dérobe pas,… et nous aurons tout le temps d’y revenir car, hélas, la « politique de la peur » va être le jeu dominant pendant de longs mois… au moins jusqu’à mai 2017. Mais aujourd’hui, je n’ai rien de mieux à faire que de renvoyer à l’excellent texte du philosophe Giorgio Agamben, publié dans Le Monde, De l’Etat de droit à l’Etat de sécurité.

    La grande chance est que ce texte n’a pas été écrit par un juriste. L’esprit libre s’imprègne des principes du droit,… mais il laisse à la cave la boîte à malices de la jurisprudence de juges qui ne sont pas toujours des sages, avec ses pseudos-certitudes et ses pseudos-interrogations, ses syllogismes fumeux, et ses revirements d’inconstant.

    Comme juristes, nous savons qu’il n'a jamais été question d’obéir à la loi, comme le soutiennent pourtant des crétins fatigués et fatiguants, mais de construire un raisonnement libre à partir de la connaissance du droit. Mais, la faiblesse est dans la force, et je vois que souvent nous manquons de souffle, car la connaissance juridique nous cortique un chouïa de trop.

    Aussi, venons-en aux choses sérieuses, avec des philosophes qui ont les pieds sur terre. Mesdames et messieurs, merci d’applaudir l'arrivée sur la piste du blog notre ami Giorgio l’équilibriste, pour un numéro qui va vous couper le souffle.

    *   *   *

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    De l’Etat de droit à l’Etat de sécurité, par Giorgio Agamben

    On ne comprend pas l’enjeu véritable de la prolongation de l’état d’urgence [jusqu’à la fin février] en France, si on ne le situe pas dans le contexte d’une transformation radicale du modèle étatique qui nous est familier. Il faut avant tout démentir le propos des femmes et hommes politiques irresponsables, selon lesquels l’état d’urgence serait un bouclier pour la démocratie.

    Les historiens savent parfaitement que c’est le contraire qui est vrai. L’état d’urgence est justement le dispositif par lequel les pouvoirs totalitaires se sont installés en Europe. Ainsi, dans les années qui ont précédé la prise du pouvoir par Hitler, les gouvernements sociaux-démocrates de Weimar avaient eu si souvent recours à l’état d’urgence (état d’exception, comme on le nomme en allemand), qu’on a pu dire que l’Allemagne avait déjà cessé, avant 1933, d’être une démocratie parlementaire.

    Or le premier acte d’Hitler, après sa nomination, a été de proclamer un état d’urgence, qui n’a jamais été révoqué. Lorsqu’on s’étonne des crimes qui ont pu être commis impunément en Allemagne par les nazis, on oublie que ces actes étaient parfaitement légaux, car le pays était soumis à l’état d’exception et que les libertés individuelles étaient suspendues.

    On ne voit pas pourquoi un pareil scénario ne pourrait pas se répéter en France  : on imagine sans difficulté un gouvernement d’extrême droite se servir à ses fins d’un état d’urgence auquel les gouvernements socialistes ont désormais habitué les citoyens. Dans un pays qui vit dans un état d’urgence prolongé, et dans lequel les opérations de police se substituent progressivement au pouvoir judiciaire, il faut s’attendre à une dégradation rapide et irréversible des institutions publiques.

    Entretenir la peur

    Cela est d’autant plus vrai que l’état d’urgence s’inscrit, aujourd’hui, dans le processus qui est en train de faire évoluer les démocraties occidentales vers quelque chose qu’il faut, d’ores et déjà, appeler Etat de sécurité (« Security State », comme disent les politologues américains). Le mot « sécurité » est tellement entré dans le discours politique que l’on peut dire, sans crainte de se tromper, que les « raisons de sécurité » ont pris la place de ce qu’on appelait, autrefois, la « raison d’Etat ». Une analyse de cette nouvelle forme de gouvernement fait, cependant, défaut. Comme l’Etat de sécurité ne relève ni de l’Etat de droit ni de ce que Michel Foucault appelait les « sociétés de discipline », il convient de poser ici quelques jalons en vue d’une possible définition.

    Dans le modèle du Britannique Thomas Hobbes, qui a si profondément influencé notre philosophie politique, le contrat qui transfère les pouvoirs au souverain présuppose la peur réciproque et la guerre de tous contre tous : l’Etat est ce qui vient justement mettre fin à la peur. Dans l’Etat de sécurité, ce schéma se renverse : l’Etat se fonde durablement sur la peur et doit, à tout prix, l’entretenir, car il tire d’elle sa fonction essentielle et sa légitimité.

    Foucault avait déjà montré que, lorsque le mot « sécurité » apparaît pour la première fois en France dans le discours politique avec les gouvernements physiocrates avant la Révolution, il ne s’agissait pas de prévenir les catastrophes et les famines, mais de les laisser advenir pour pouvoir ensuite les gouverner et les orienter dans une direction qu’on estimait profitable.

    Aucun sens juridique

    De même, la sécurité dont il est question aujourd’hui ne vise pas à prévenir les actes de terrorisme (ce qui est d’ailleurs extrêmement difficile, sinon impossible, puisque les mesures de sécurité ne sont efficaces qu’après coup, et que le terrorisme est, par définition, une série des premiers coups), mais à établir une nouvelle relation avec les hommes, qui est celle d’un contrôle généralisé et sans limites – d’où l’insistance particulière sur les dispositifs qui permettent le contrôle total des données informatiques et communicationnelles des citoyens, y compris le prélèvement intégral du contenu des ordinateurs.

    Le risque, le premier que nous relevons, est la dérive vers la création d’une relation systémique entre terrorisme et Etat de sécurité : si l’Etat a besoin de la peur pour se légitimer, il faut alors, à la limite, produire la terreur ou, au moins, ne pas empêcher qu’elle se produise. On voit ainsi les pays poursuivre une politique étrangère qui alimente le terrorisme qu’on doit combattre à l’intérieur et entretenir des relations cordiales et même vendre des armes à des Etats dont on sait qu’ils financent les organisations terroristes.

    Dans un pays qui vit dans un état d’urgence prolongé, et dans lequel les opérations de police se substituent progressivement au pouvoir judiciaire, il faut s’attendre à une dégradation rapide et irréversible des institutions publiques

    Un deuxième point, qu’il est important de saisir, est le changement du statut politique des citoyens et du peuple, qui était censé être le titulaire de la souveraineté. Dans l’Etat de sécurité, on voit se produire une tendance irrépressible vers ce qu’il faut bien appeler une dépolitisation progressive des citoyens, dont la participation à la vie politique se réduit aux sondages électoraux. Cette tendance est d’autant plus inquiétante qu’elle avait été théorisée par les juristes nazis, qui définissent le peuple comme un élément essentiellement impolitique, dont l’Etat doit assurer la protection et la croissance.

    Or, selon ces juristes, il y a une seule façon de rendre politique cet élément impolitique : par l’égalité de souche et de race, qui va le distinguer de l’étranger et de l’ennemi. Il ne s’agit pas ici de confondre l’Etat nazi et l’Etat de sécurité contemporain : ce qu’il faut comprendre, c’est que, si on dépolitise les citoyens, ils ne peuvent sortir de leur passivité que si on les mobilise par la peur contre un ennemi étranger qui ne leur soit pas seulement extérieur (c’étaient les juifs en Allemagne, ce sont les musulmans en France aujourd’hui).

    Incertitude et terreur

    C’est dans ce cadre qu’il faut considérer le sinistre projet de déchéance de la nationalité pour les citoyens binationaux, qui rappelle la loi fasciste de 1926 sur la dénationalisation des « citoyens indignes de la citoyenneté italienne » et les lois nazies sur la dénationalisation des juifs.

    Un troisième point, dont il ne faut pas sous-évaluer l’importance, est la transformation radicale des critères qui établissent la vérité et la certitude dans la sphère publique. Ce qui frappe avant tout un observateur attentif dans les comptes rendus des crimes terroristes, c’est le renoncement intégral à l’établissement de la certitude judiciaire.

    Alors qu’il est entendu dans un Etat de droit qu’un crime ne peut être certifié que par une enquête judiciaire, sous le paradigme sécuritaire, on doit se contenter de ce qu’en disent la police et les médias qui en dépendent – c’est-à-dire deux instances qui ont toujours été considérées comme peu fiables. D’où le vague incroyable et les contradictions patentes dans les reconstructions hâtives des événements, qui éludent sciemment toute possibilité de vérification et de falsification et qui ressemblent davantage à des commérages qu’à des enquêtes. Cela signifie que l’Etat de sécurité a intérêt à ce que les citoyens – dont il doit assurer la protection – restent dans l’incertitude sur ce qui les menace, car l’incertitude et la terreur vont de pair.

    C’est la même incertitude que l’on retrouve dans le texte de la loi du 20 novembre sur l’état d’urgence, qui se réfère à « toute personne à l’égard de laquelle il existe de sérieuses raisons de penser que son comportement constitue une menace pour l’ordre public et la sécurité ». Il est tout à fait évident que la formule « sérieuses raisons de penser » n’a aucun sens juridique et, en tant qu’elle renvoie à l’arbitraire de celui qui « pense », peut s’appliquer à tout moment à n’importe qui. Or, dans l’Etat de sécurité, ces formules indéterminées, qui ont toujours été considérées par les juristes comme contraires au principe de la certitude du droit, deviennent la norme.

    Dépolitisation des citoyens

    La même imprécision et les mêmes équivoques reviennent dans les déclarations des femmes et hommes politiques, selon lesquelles la France serait en guerre contre le terrorisme. Une guerre contre le terrorisme est une contradiction dans les termes, car l’état de guerre se définit précisément par la possibilité d’identifier de façon certaine l’ennemi qu’on doit combattre. Dans la perspective sécuritaire, l’ennemi doit – au contraire – rester dans le vague, pour que n’importe qui – à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur – puisse être identifié en tant que tel.

    Maintien d’un état de peur généralisé, dépolitisation des citoyens, renoncement à toute certitude du droit : voilà trois caractères de l’Etat de sécurité, qui ont de quoi troubler les esprits. Car cela signifie, d’une part, que l’Etat de sécurité dans lequel nous sommes en train de glisser fait le contraire de ce qu’il promet, puisque – si sécurité veut dire absence de souci (sine cura) – il entretient, en revanche, la peur et la terreur. L’Etat de sécurité est, d’autre part, un Etat policier, car, par l’éclipse du pouvoir judiciaire, il généralise la marge discrétionnaire de la police qui, dans un état d’urgence devenu normal, agit de plus en plus en souverain.

    Par la dépolitisation progressive du citoyen, devenu en quelque sorte un terroriste en puissance, l’Etat de sécurité sort enfin du domaine connu de la politique, pour se diriger vers une zone incertaine, où le public et le privé se confondent, et dont on a du mal à définir les frontières.

  • Déchéance de nationalité : Le coitus interruptus pétainiste de Hollande

    L’article 8 de la réforme de la Constitution votée en 2008 sous Sarko a permis à Hollande de prendre la parole devant les assemblées réunies en Congrès à Versailles, le 16 novembre, à trois jours des attentats. Un discours qualifié de remarquable avec standing ovation, mais qui était nul, reposant sur des analyses fausses – « La France est en guerre » – et basculant sans aucune retenue vers la gabegie sécuritaire. Le genre de plan qui ne fait pas avancer d’un centimètre dans l’action contre le terrorisme dès lors que le diagnostic n’était pas posé. La seule réussite, et effective, était la frénésie émotionnelle, et l’ouverture vers le rêve : entrer dans la société du contrôle et de l’asservissement. Désormais, un brave citoyen n’est pas celui qui réfléchit, mais celui qui obéit.arton2446.png

    Dans la vie de la République, un discours du chef de l’Etat devant le Congrès, c’est du sérieux, alors c’est avec sérieux que j’avais lu ce paragraphe consternant.

    « La révision de la Constitution doit s’accompagner d’autres mesures. Il en va de la déchéance de nationalité. La déchéance de nationalité ne doit pas avoir pour résultat de rendre quelqu’un apatride, mais nous devons pouvoir déchoir de sa nationalité française un individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou un acte de terrorisme, même s’il est né français, je dis bien "même s’il est né français" dès lors qu’il bénéficie d’une autre nationalité. »

    Consternant car cela créait deux types de Français, même parmi ceux nés en France : les vrais et les bi-nationaux. Donc, introduction de l’inégalité dans l’identité, avec un bloc de Français de seconde zone, environ 4 millions. Et comme ceci est rigoureusement anticonstitutionnel, eh bien on change la Constitution. C’est le socialisme tendance Ubu.

    Consternant aussi parce qu’on mesure l’efficacité dans la lutte contre le terrorisme : le mec qui va se faire sauter et qui soudain y renonce parce qu’il risque de perdre sa nationalité… Consternant encore parce que bi-national déchu de sa nationalité peut être expulsé, et s'il est vraiment dangereux, il repart dans la nature pour organiser sa revanche sur des compatriotes…

    Les sondages étaient flatteurs pour cette mesure revendiquée par la FN, puis recyclée par Sarko dans son discours de Grenoble de juillet 2010 qui identifiait le lien entre la délinquance et la population étrangère. Pas mal pour un gouvernement « de Gauche ». Votez Hollande pour barrer Sarko…

    En moins d’un mois, le beau discours du Congrès apparaît pour ce qu’il était : de la com’, et un plan de relance de la politique de la peur. Aujourd’hui, le Conseil des ministres va dire qu’il renonce à ce funeste projet de casse de la société française, et il enrobera cela de belles formules pseudo-guerrières pour habiller son échec. Ce recul est une bonne nouvelle, mais on gardera un œil, car il devrait a priori y avoir l’annonce d’une réforme de la Constitution pour institutionnaliser le régime d’exception qu’est l’état d’urgence. Une nouvelle victoire pour ces pieds nickelés de terroristes.

    Dans l’immédiat, prenons le temps d’apprécier ce coitus interruptus pétainiste de Hollande, et j’offre à notre-bien-aimé-de-sa-Dame chef de l’Etat la lecture de ce décret de déchéance de nationalité signé par l’un de ses illustres prédécesseurs.

    *   *   *

    Décret du 8 décembre 1940, publié au Journal officiel du 10 décembre 1940, page 6043

    "Nous, Maréchal de France, chef de l'Etat français,

    "Sur rapport du garde des sceaux, ministre secrétaire d'Etat à la justice

    "Vu l'article 1° de la loi du 23 juillet 1940 portant que tout Français qui a quitté le territoire français métropolitain entre le 10 mai et le 30 juin 1940 pour se rendre à l'étranger, sans ordre de mission régulier émanant de l'autorité compétente ou sans motif légitime, sera regardé comme ayant entendu se soustraire aux charges et devoirs qui incombent aux membres de la communauté nationale et, par suite, avoir renoncé à la nationalité française, qu'il sera en conséquence déchu de cette nationalité par décret rendu sur rapport du garde des sceaux, ministre secrétaire d'Etat à la justice, et que cette mesure prendra effet à partir du jour fixé par le décret,

    "Décrétons :

    "Art. 1°. – Est déchu de la nationalité française, à dater du 2 août 1940 :

       - de Gaulle (Charles André Joseph Marie), né le 22 novembre 1890 à Lille (Nord).

    Maréchal Pétain

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  • Etat d’urgence : De premiers bilans pitoyables

    Dénoncé dès l’origine comme un abus, car l’état du droit existant ne justifiait en rien d’entrer dans ce régime d’exeption, l’état d’urgence devrait être levé depuis longtemps : l’état de droit est fort, car il repose sur le ciment des libertés, et la remise en cause institutionnelle de l’état de droit qu’est l’état d’urgence est une erreur fondamentale, et le consensus qui a suivi l’adoption de cette mesure est une défaite collective de la pensée.

    Mais en plus, l’état d’urgence n’apporte aucun résultat tangible dans la lutte contre les réseaux terroristes, car le gouvernement est totalement à côté de la plaque dans ses analyses. En cherchant ce qui n’existe pas… il ne trouve rien, ce que montrent les premiers bilans.

    Je reproduis ici un bilan très complet fait par Libération, et au préalable, je vous invite à litre sur le site du Monde cette incroyable histoire des mesures prises contre un « salafiste catholique »… Etre obligé de justifier de sa religion pour retrouver ses libertés… Une catastrophe signée par la SFIO.

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    «Libération» dresse un premier bilan – entre perquisitions, assignations à résidence abusives, manifestations interdites, ciblage des militants… – de cette mesure décrétée dès le soir des attentats du 13 Novembre, puis prolongée pour trois mois.

    L'état d'urgence, un mois après

    Le 13 novembre au soir, quelques minutes avant minuit, au moment où des attentats ensanglantent Paris et Saint-Denis, le président de la République, François Hollande, décrète l’état d’urgence. Ce dernier élargit sensiblement les pouvoirs des préfets de police, qui peuvent notamment procéder à des perquisitions nuit et jour sans autorisation d’un juge. Ils peuvent aussi établir un couvre-feu, prononcer des interdictions de séjour et des assignations à résidence, et interdire les rassemblements sur la voie publique, comme les manifestations.

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    Un mois plus tard, et alors que cet état d’urgence a été prolongé pour trois mois – jusqu’à fin février –, quel en est le bilan ?

    Des nombres

    Le ministère de l’Intérieur publie régulièrement un bilan des perquisitions administratives effectuées dans le cadre de l’état d’urgence. Selon le dernier bilan, daté du mardi 15 décembre, ont été effectuées depuis le 13 novembre :

    - 2 700 perquisitions administratives

    - 360 assignations à résidence

    - 34 personnes interpellées, dont 287 placées en garde à vue

    - 431 armes saisies, dont 41 «armes de guerre»

    Le tout pour un total de deux enquêtes préliminaires ouvertes. La Place Beauvau ne donne aucun détail par département. La presse locale, en revanche, se fait souvent l’écho des perquisitions. La Quadrature du Net a ouvert un Wiki collaboratif quasi exhaustif des articles parus, notamment dans la presse quotidienne régionale (PQR).

    Perquisitions à tout va

    «Chou blanc» : c’est le mot qui revient régulièrement dans la presse locale quand elle rapporte des perquisitions nocturnes. A Nancy (Meurthe-et-Moselle), par exemple, dans la soirée du 20 novembre, un homme soupçonné d’avoir des liens avec les milieux islamistes radicaux a été perquisitionné, sans que les gendarmes découvrent quoi que ce soit chez lui ou dans le box attenant à son domicile, ni dans ses ordinateurs ou ses téléphones, rapportait l’Est Républicain. Un cas d’une terrible banalité, pris quasiment au hasard, tant ils sont nombreux.

    «On ne fait pas mouche à tous les coups, loin de là. Le principe de ces perquisitions, c’est de taper large», admettait le 23 novembre un préfet à Libération. L’état d’urgence «permet d’aller voir chez des dealers repérés depuis longtemps», reconnaissait quelques jours plus tard un agent de la brigade des stupéfiants. Des dealers, et pas seulement : dans le cadre de la COP 21, ont été particulièrement visés les militants écologistes (nous y revenons plus bas), mais aussi principalement musulmans, dont les éventuels liens avec les milieux jihadistes étaient loin d’être avérés. Plusieurs individus perquisitionnés affirment pratiquer un islam modéré et dénoncent fermement les attentats du 13 Novembre, comme cet homme, trésorier d’une association musulmane et éducateur sportif dans la Sarthe. Dans certains cas, comme celui de ce sexagénaire d’origine marocaine placé en garde à vuepour une soi-disant photo de la préfecture d’Arras, le délit de faciès semble évident.

    On ne compte plus non plus les articles qui relatent, photos à l’appui, les dégâts matériels causés par les opérations de police : portes défoncées, meubles renversés, matelas tailladés ou même ampoules cassées. Le 2 décembre, un article de Rue89 Strasbourg relatait qu’une descente de police chez un Strasbourgeois de 80 ans avait rendu son appartement inhabitable. L’homme était visé parce que deux membres de sa famille avaient été contrôlés au faciès, transportant du bicarbonate de sodium, que les autorités ont pris pour de la drogue… Là encore, le cas est loin d’être exceptionnel. «Le serrurier nous l’a bien dit : "En ce moment, on n’arrête pas !"» racontait le 9 décembre au Monde.fr une femme visée par une perquisition, alors, une nouvelle fois, que rien ne pouvait être retenu contre elle.

    Il n’y a pas que des domiciles : des mosquées, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), Brest (Finistère) ou encore Montpellier (Hérault), mais aussi des associations musulmanes ainsi que des restaurants-kebab ou des établissements halal sont aussi concernés. A Pontarlier (Doubs), la police a certes trouvé dans un restaurant-kebab quelques grammes de shit et une petite arme de poing. Mais le propriétaire, loin d’être proche des terroristes, pratiquait le tir sportif… et distribuait des tracts contre l’Etat islamique dans son établissement. Le soir du samedi 21 novembre, une quarantaine de policiers ont débarqué au Pepper Grill de Saint-Ouen-l’Aumône, dans le Val-d’Oise, fouillant l’établissement halal à la recherche d’une «salle de prière clandestine»… qui ne l’était pas.

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    Insultes et violences

    Plusieurs personnes visées par des perquisitions racontent aussi avoir été victimes de violences, mises à genou, allongés au sol, voire menacées d’une arme, et avoir subi des humiliations et des remarques islamophobes ou sexistes. «C’est du gâchis [de porter le voile]. Vous êtes jeune, belle et bien gaulée», se serait entendu dire lors d’une perquisition une jeune pensionnaire d’un foyer pour femmes à Argenteuil. Dans le XIXarrondissement de Paris, un homme de 73 ans a été blessé à l’arcade sourcilière, aux jambes et à l’abdomen lors de la perquisition du domicile de son fils. A Nice, c’est une fillette de 6 ans qui a été blessée à la tête par des éclats de bois lors d’une perquisition du Raid. Magnanime, la police a admis «une erreur rare», rapporte Nice Matin.

    Sur Rue89, un article a beaucoup circulé : une succession de témoignages de violences policières, d’abord sur un homme dans la rue Affre, dans le XVIIIe, puis sur un couple qui est intervenu, et a été interpellé au motif que les policiers l’ont entendu dire «Daech».

    Autre manifestation de l’arbitraire policier qui ne passe pas : les menottes, utilisées très couramment à des fins «préventives» alors que le code de procédure pénale ne prévoit d’y recourir que si l’individu concerné est «considéré soit comme dangereux pour autrui ou pour lui-même, soit comme susceptible de tenter de prendre la fuite», rappelle leMonde.fr.

    Le 25 novembre, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a adressé une circulaire à l’ensemble des préfets pour leur rappeler que les perquisitions administratives doivent être effectuées «dans le respect du droit».

    Assignations à résidence

    Plusieurs centaines d’assignations à résidence, qui s’accompagnent généralement de l’obligation d’aller pointer plusieurs fois par jour au poste de police, ont également été prononcées. Là aussi, sont souvent visées des personnes soupçonnées de «radicalisation» sans que rien de concret ne soit produit contre elles. Libération a recueilli les témoignages de plusieurs assignés à résidence, dont, par exemple, Ahmed (son prénom a été modifié), bagagiste de Roissy qui a dû s’engager dans un parcours du combattant pour récupérer son badge et donc continuer à travailler. Des avocats ont dénoncé des assignations infondées et ont déposé des recours.

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    Au bout de l’absurde, on trouve l’histoire, rapportée par leMonde.fr, d’un homme qui devait traverser la capitale quatre fois par jour pour pointer au commissariat du XVIIIarrondissement. Le 8 décembre, un tribunal de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise) examinait son référé liberté contre l’assignation : impossible d’y assister en respectant ses obligations de pointage ; il a été placé en garde à vue en arrivant au commissariat avec quarante minutes de retard. Un autre homme, domicilié à Marnaz (Haute-Savoie) a été condamné à cinq mois de prison ferme pour avoir raté son pointage car il se rendait à sa formation à Chambéry : «Si je ne fais pas mes stages, je jette par la fenêtre mes deux années d’études»,avait-il expliqué auparavant, cité par le Dauphiné libéré.

    COP 21 : les militants écologistes visés

    Instauré deux semaines avant le début de la conférence sur le climat à Paris, l’état d’urgence a également permis à l’Etat de viser directement les militants écologistes.

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    L’exemple le plus spectaculaire en a été donné le 29 novembre, place de la République à Paris : une manifestation pour le climat et contre l’état d’urgence a terminé dans les lacrymos et les coups de matraque, avec en prime une polémique sur le mémorial de fleurs et bougies installé autour de la statue, au centre de la place : des manifestants se sont emparés de certains de ces objets pour les jeter sur des CRS, mais ces derniers ont également piétiné le lieu, a-t-on pu constater sur plusieurs vidéos. Un montage vidéo d’une vingtaine de minutes, vu plus de 3 millions de fois sur Facebook et 80 000 fois sur YouTube, montrait également des policiers s’en prendre à des manifestants ne représentant de menace directe pour personne.

    Ce soir-là, les policiers ont procédé à 341 interpellations, dont 317 se sont soldées par des gardes à vue. Des condamnations à de la prison avec sursis ont été prononcées à l’encontre de quelques manifestants, pour des jets de cannette ou la simple participation à cette manifestation interdite.

    Des violences policières ont également été rapportées lors d’une manifestation le 4 décembre à Nantes. Parmi les absurdités commises envers des écolos depuis le début de l’état d’urgence, citons par ailleursune altermondialiste belge placée en rétention pendant deux jours ainsi qu’une ferme bio perquisitionnée en Dordogne.

    Vers l’état d’urgence permanent ?

    Et après ? Prolongé quasi unanimement par le Parlement pour trois mois, l’état d’urgence court donc jusqu’au 26 février. L’instauration puis la prolongation ont été critiquées tant bien que mal par des défenseurs des libertés, mais aussi par la présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’homme. La commission des lois de l’Assemblée nationale doit aussi tenter de contrôler l’application de l’état d’urgence.

    En attendant, la France a informé le Conseil de l’Europe, le 25 novembre, qu’elle allait «déroger à la Convention européenne des droits de l’homme», une procédure pour se prémunir d’éventuelles condamnations devant la CEDH. Et le président de la République a annoncé dès le 16 novembre son intention d’inscrire l’état d’urgence dans la Constitution, en plus de la déchéance de nationalité pour les personnes ayant acquis la nationalité française à la naissance.

  • Etat d’urgence : Pas pour les braquages devant l'Elysée ?

    Avec l’état d’urgence, les malfrats ne font plus les malins, et surtout ceux susceptibles de récupérer du fric permettant de financer des réseaux. La police gouverne, nous sommes tranquilles…

    Sauf qu’à l’évidence, l’état d’urgence, ça ne marche pas. Du côté du droit, le so comic Conseil d’Etat, pour faire genre, fait semblant de s’interroger sur la loi, alors qu’il l’a validée. Mais l'essentiel vient du terrain: toutes les informations montrent qu'en réalité, le bilan est dramatiquement nul. Comme l'explique Mediapart, les 2 500 perquisitions administratives effectuées n'ont provoqué l'ouverture que de deux enquêtes préliminaires, sans garde à vue, par le pôle antiterroriste du parquet de Paris…

    De plus, pour qui a le cerveau encore branché, il y a lieu de s’interroger sur l’efficacité réelle de cette archi-visibilité policière devant le braquage de la bijouterie Chopard, au 72 rue du Faubourg-Saint-Honoré (Ier), soit à 50 m de l’entrée du palais de l’Élysée et 90 m de la place Beauvau.

    Vers 11 heures, un malfaiteur a braqué la bijouterie, récupérant un butin estimé à 1 million d’euros, avant de prendre tranquillement la fuite… dans ce secteur « ultra-sensible » de la capitale.

    La gentille presse nous explique aussitôt que grâce à l’exploitation des images des « multiples caméras disposées autour de l’Elysée » on va vite en savoir plus… et arrêter le malfrat. Ah, le bonheur de la surveillance...

    De tels faits à cet endroit du pays posent de sérieuses questions. Et de vous à moi, j’espère que les « multiples caméras disposées autour de l’Elysée » ne mettront pas en évidence un poil de barbe salafiste,... parce que les mecs qui viendraient se financer par des braquages devant l’Élysée et la place Beauvau, en période d’état d’urgence…

    - Dis François, pourquoi tu tousses ?  

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  • Peut-on faire confiance à ceux qui ont fait tant de mal au pays pour le redresser ?

    Dimanche soir, le FN fêtera des résultats électoraux toujours en hausse,… et on verra les politiques – qui sont les responsables de cette déliquescence – nous expliquer doctement que maintenant ils vont redresser la barre. Non, il est impossible de leur faire confiance, et leur prétention est d’une insupportable irresponsabilité. De tous côtés, ils ont perdu : ce sont des gens du passé, dépassés… Ils ne comprennent pas le pays. Qu’ils dégagent.3344354816.jpg

    François Hollande a été élu en mai 2012, sans enthousiasme, mais un mandat clair : combattre le chômage, qui mine la société ; redresser l’endettement de la France car cette dette, qui nous place sous la tutelle des banques, est un fardeau pour nos enfants ; mettre fin aux dérives de Sarkozy en matière de droits et libertés.

    Les premiers pas du gouvernement avaient montré qu’il n’y aurait pas de rupture, et que le risque était de voir l’odieux discours moral de la Gauche utilisé pour aller plus loin que n’oserait le faire la Droite.

    À ce jour, le bilan est clair.

    1/ C’est un échec patent pour le dossier numéro un c’est-à-dire l’emploi. En cette fin du troisième trimestre 2015, le taux de chômage atteint 10,6 % de la population active, soit 3 millions de personnes, en accroissement constant depuis trois ans. Aucune perspective de redressement, dans un modèle économique fondé sur la croissance, croissance qui reste atone.

    2/ S’agissant de la dette publique française, c’est une pure catastrophe. Cette dette représentait 16 % du PIB en 1974. Elle est passée en 1995 à 55 %, puis à 67% en 2005, 90 % en 2012, 95 % en 2014, et 97,6% en mi-2015. Le chiffre va s’amplifier, car au prétexte du « pacte de sécurité » la France renonce à ses engagements économiques internationaux.

    3/ Sur le plan des libertés, le constat est que Hollande est allé plus loin que Sarko dans les atteintes aux droits fondamentaux. Sur le plan international, la France viole la résolution du Conseil de sécurité en bombardant en Syrie, et Hollande a été le seul chef d’État du monde à soutenir Netanyahou pour l’agression militaire criminelle contre la population de Gaza en juillet 2014. Sur le plan interne, le bilan est carbonisé : la persécution des Roms « qui ont vocation à rentrer chez eux », la fermeture des frontières aux réfugiés, la misère endémique pour les étrangers à Calais, l’interdiction de manifestations pour la Palestine, la loi sur le renseignement, les déchéances de nationalité… la liste est longue, et elle avait commencé par les renoncements à modifier les lois pénales de Sarko.

    JG-PDP-B.JPGMais le pire est cet état d’urgence, combiné à la suspension de la Convention européenne des droits de l’homme, rendue inefficace pour toutes les questions sensibles. Nous pouvions vivre sereins en attendant les lois liberticides d’un pouvoir autoritaire – quel qu’il soit : PS, Les Rep, ou FN – car la France, État de droit, se plaçait sous l’autorité d’une juridiction internationale, la Cour européenne des droits de l’homme. L’histoire nous a appris qu’un pays démocratique peut se laisser aveugler, et adopter des lois contraires aux droits fondamentaux, d’où la garantie essentielle du contrôle international.

    Or, en un discours, Hollande a fracassé cette protection : il va désormais suffire d’invoquer le combat contre Daech - qui va durer des années - pour se placer sous le régime de l'état d'urgence, porter des atteintes aux droits des populations les plus vulnérables, et avec la perte d'un recours effectif en droit européen.

    Ainsi, qu’il s’agisse du chômage, de l’endettement, des droits fondamentaux, le bilan du gouvernement socialiste est une catastrophe. Et s'ajoute l'importation du terrorisme. El Blanco la semaine dernière expliquait qu’il fallait reconstruire des pans entiers de la République. Donc acte sur le constat,… mais une question : comment imaginer que l’on puisse confier cette reconstruction à ceux qui ont exercé le pouvoir ces vingt dernières années, et qui sont eux les responsables de la destruction ? Ce serait l’histoire d’un médecin, passé à côté du diagnostic, n’ayant prescrit que de la poudre de perlimpinpin, et qui devant la découverte d’une aggravation de l’état de santé, soutient qu’il est le plus compétent pour l’opération chirurgicale… On lui demanderait simplement de dégager.

    Dimanche ce sont les régionales, et si vous avez un candidat sympathique, ayant réuni une équipe honnête, surtout n’hésitez pas.

    Mais ensuite, vont commencer les choses sérieuses, avec un vrai cas de conscience pour nous citoyens : impossible de confier l’avenir du pays à ceux qui l’ont amené si bas, et impossible de s’en remettre à la SARL Le Pen, et son programme d’enfermement et de « purification » de la France. Voter pour faire barrage au pire, et se retrouver avec le PS qui adopte les propositions du FN, c'est non.

    Aussi, et pour être clair, y aura-t-il une autre solution que l’abstention ? En l’état, je ne vois pas laquelle. Mais ce ne sera pas l’inaction : penser une doctrine, agir par le social, défendre les droits… mais voter pour « le moins pire », c’est fini. Ils sont prisonniers de leur passé, et nous devons construire l’avenir sans eux.

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