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nazisme - Page 2

  • Ce que nous devons aux combattants russes de Stalingrad

    Je ne suis pas accro aux commémorations et aux institutions mémorielles qui, par excès, finissent par produire l’inverse de l’effet recherché, mais il y a des trous dans la doxa mémorielle qui ne cessent de m’interroger, et parmi eux, l’occultation  du rôle de l’armée russe dans la victoire sur le nazisme, et en particulier la bataille qui a marqué le début du recul nazi, la bataille de Stalingrad.

    Sans être historien, je m’intéresse à l’histoire, et c’est un devoir. Tout confirme l’importance du 2 février 1943, avec la capitulation des troupes nazies désobéissant aux ordres d’Hitler. Tout progressait jusque-là pour le nazisme, et tout va reculer à partir de cette date. 

    Après il y a la politique, le partage du monde, la guerre des idéologies, la force dramatique des évènements historiques. Oui, les débats sont immenses, et je suis bien incapable de le conduire ici.  Mais ce silence face à l’héroïsme et au sacrifice des soldats, et de la population, russes est insupportable, et notre pays devrait être, 70 ans plus tard, en mesure de conduire une autocritique. Je crains que ça ne soit pas pour demain.

    Pour aborder ce sujet essentiel, je vous livre ce texte d’Annie Lacroix-Riz, professeur émérite, de l’université Paris 7, écrit pour ce 70° anniversaire de la victoire de Stalingrad.

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    Annie Lacroix-Riz, professeur émérite, université Paris 7

    La capitulation de l’armée de von Paulus à Stalingrad, le 2 février 1943, marqua, pour l’opinion publique mondiale, un tournant militaire décisif, mais qui ne fut pas le premier.

    Cette victoire trouve son origine dans les préparatifs de l’URSS à la guerre allemande jugée inévitable : le dernier attaché militaire français en URSS, Palasse les estima à leur juste valeur. Contre son ministère (de la Guerre), acharné à faire barrage aux alliances franco-soviétique et tripartite (Moscou, Paris, Londres) qui eussent contraint le Reich à une guerre sur deux fronts, cet observateur de l’économie de guerre soviétique, de l’armée rouge et de l’état d’esprit de la population affirma dès 1938 que l’URSS, dotée d’« une confiance inébranlable dans sa force défensive », infligerait une sévère défaite à tout agresseur. Les revers japonais dans les affrontements à la frontière URSS-Chine-Corée en 1938-1939 (où Joukov se fit déjà remarquer) confirmèrent Palasse dans son avis : ils expliquent que Tokyo ait prudemment signé à Moscou le 13 avril 1941 le « pacte de neutralité » qui épargna à l’URSS la guerre sur deux fronts.

    1.

    Après l’attaque allemande du 22 juin 1941, le premier tournant militaire de la guerre fut la mort immédiate du Blitzkrieg. Le général Paul Doyen, délégué de Vichy à la commission d’armistice, l’annonça ainsi à Pétain le 16 juillet 1941 : « Si le IIIème Reich remporte en Russie des succès stratégiques certains, le tour pris par les opérations ne répond pas néanmoins à l’idée que s’étaient faite ses dirigeants. Ceux-ci n’avaient pas prévu une résistance aussi farouche du soldat russe, un fanatisme aussi passionné de la population, une guérilla aussi épuisante sur les arrières, des pertes aussi sérieuses, un vide aussi complet devant l’envahisseur, des difficultés aussi considérables de ravitaillement et de communications. Sans souci de sa nourriture de demain, le Russe incendie au lance-flamme ses récoltes, fait sauter ses villages, détruit son matériel roulant, sabote ses exploitations ». Ce général vichyste jugea la guerre allemande si gravement compromise qu’il prôna ce jour-là transition de la France du tuteur allemand (jugé encore nécessaire) au tuteur américain, puisque, écrivit-il, « quoi qu’il arrive, le monde devra, dans les prochaines décades, se soumettre à la volonté des États-Unis. » Le Vatican, meilleure agence de renseignement du monde, s’alarma début septembre 1941 des difficultés « des Allemands » et d’une issue « telle que Staline serait appelé à organiser la paix de concert avec Churchill et Roosevelt ».

    2.

    Le second tournant militaire de la guerre fut l’arrêt de la Wehrmacht devant Moscou, en novembre-décembre 1941, qui consacra la capacité politique et militaire de l’URSS, symbolisée par Staline et Joukov. Les États-Unis n’étaient pas encore officiellement entrés en guerre. Le Reich mena contre l’URSS une guerre d’extermination, inexpiable jusqu’à sa retraite générale à l’Est, mais l’armée rouge se montra capable de faire échouer les offensives de la Wehrmacht, en particulier celle de l’été 1942 qui prétendait gagner le pétrole (caucasien). Les historiens militaires sérieux, anglo-américains notamment, jamais traduits et donc ignorés en France, travaillent plus que jamais aujourd’hui sur ce qui a conduit à la victoire soviétique, au terme de l’affrontement commencé en juillet 1942, entre « deux armées de plus d’un million d’hommes ». Contre la Wehrmacht, l’Armée rouge gagna cette « bataille acharnée », suivie au jour le jour par les peuples de l’Europe occupée et du monde, qui « dépassa en violence toutes celles de la Première Guerre mondiale, pour chaque maison, chaque château d’eau, chaque cave, chaque morceau de ruine ». Cette victoire qui, a écrit l’historien britannique John Erickson, « mit l’URSS sur la voie de la puissance mondiale », comme celle « de Poltava en 1709 [contre la Suède] avait transformé la Russie en puissance européenne ».

    3.

    La victoire soviétique de Stalingrad, troisième tournant militaire soviétique, fut comprise par les populations comme le tournant de la guerre, si flagrant que la propagande nazie ne parvint plus à le dissimuler. L’événement posa surtout directement la question de l’après-guerre, préparé par les États-Unis enrichis par le conflit, contre l’URSS dont les pertes furent considérables jusqu’au 8 mai 1945. La statistique générale des morts de la Deuxième Guerre mondiale témoigne de sa contribution à l’effort militaire général et de la part qu’elle représenta dans les souffrances de cette guerre d’attrition : de 26 à 28 millions de morts soviétiques (les chiffres ne cessent d’être réévalués) sur environ 50, dont plus de la moitié de civils. Il y eut moins de 300 000 morts américains, tous militaires, sur les fronts japonais et européen. Ce n’est pas faire injure à l’histoire que de noter que les États-Unis, riches et puissants, maîtres des lendemains de guerre, ne purent vaincre l’Allemagne et gagner la paix que parce que l’URSS avait infligé une défaite écrasante à la Wehrmacht. Ce n’est pas « le général Hiver » qui l’avait vaincue, lui qui n’avait pas empêché la Reichswehr de rester en 1917-1918 victorieuse à l’Est.

    4.

    La France a confirmé la russophobie, obsessionnelle depuis 1917, qui lui a valu, entre autres, la Débâcle de mai-juin 1940, en omettant d’honorer la Russie lors du 60e anniversaire du débarquement en Normandie du 6 juin 1944. Le thème du sauvetage américain de « l’Europe » s’est imposé au fil des années de célébration dudit débarquement. Les plus vieux d’entre nous savent, même quand ils ne sont pas historiens, que Stalingrad a donné aux peuples l’espoir de sortir de la barbarie hitlérienne. À compter de cette victoire, « l’espoir changea de camp, le combat changea d’âme. » Ce n’est qu’en raison d’un matraquage idéologique obsédant que les jeunes générations l’ignorent.

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    Bibliographie :

    John Erickson, 2 vol., The Road to Stalingrad: Stalin’s War with Germany; The Road to Berlin: Stalin’ War with Germany, 1e édition 1983, Londres; réédition, New Haven & London, Yale University Press, 1999

    Geoffrey Roberts, Stalin’s Wars: From World War to Cold War, 1939-1953. New Haven & London,Yale University Press, 2006; Stalin’s general: the life of Georgy Zhukov, London, Icon Books, 2012

    David Glantz et Jonathan M. House, Armageddon in Stalingrad: September-November1942 (The Stalingrad Trilogy, vol. 2, Modern War Studies, Lawrence, Kansas, University Press of Kansas, 2009.

    Alexander Werth, La Russie en guerre, Paris, Stock, 1964

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  • La "Principauté" de Monaco : une farce née du crime

    ubu_roi.jpgQu’ils s’appellent Charlène et Albert, ou Gertrude et Alphonse, s’ils s’aiment, qu’ils se marient, et qu’ils soient heureux. Mais que les merdias nous en fassent des tonnes, et que les images envahissent les écrans, c’est tout simplement insupportable. Je précise : pour ceux qui ont un cerveau viable dans le crâne, et ne relèvent pas du droit vétérinaire. Par rapport à Monaco, Ubu était un amateur.

    La principauté de Monaco…

    Quelle blague,... mais quelle blague puante.

    Depuis 1419, Monaco était une grosse ferme, dont le fermier s’appelait Grimaldi. En 1939, Monaco était au RMI. Miracle : en 1945, la ferme était opulente. Un mystère ? Non, les nazis avaient fait un gros bisou sur la bouche du sbire Grimaldi de l’époque, et cette principauté de mes deux vit encore des dividendes.

    Comme tous les dictateurs, les nazis étaient des voleurs : l’idéologie pour donner une dimension à l’appât du gain. Je n’ai jamais vu un dictateur pauvre : ils ne savent rien faire, alors ils volent les biens des autres.

    Le prince pourade du moment a craint que Mussolini le croque, et il a fait des mamours au traitre Pétain, embauchant son aide de camp, et appliquant le droit pétainiste, dont le statut des juifs. A partir de 1942, les Allemands sont là-bas chez eux. L’argent afflue avec l’installation du siège des sociétés nazies, et la Grimaldi connexion crée Radio-Monte-Carlo pour vanter les mérites du nazisme européen, avec comme vedette Maurice Chevalier, cet enfoiré mondain.

    Les nazis volaient tout ce qu’ils pouvaient. Pour la France, par exemple, c’était un racket, légitimé par Pétain : entretien de l’armée d’occupation à prix d’or, contrôle des secteurs vitaux de l’économie, détournement de tout ce qui arrangerait les nazis. Le fric affluait. Plein de fric, mais comment le recycler alors que les banques avaient conservé leur personnel, qui savait toujours établir une comptabilité en deux colonnes.

    La première machine à laver l’argent a été la Suisse, c’est  bien connu, et la seconde a été la Principauté de mes deux, c’est moins connu.

    Le 5 mai 1944, quand le nazisme reculait devant les glorieuses armées soviétiques, Monaco est devenu un ami de Berlin : rayé de la liste des ennemis du Reich. 350PX-~1.JPG

    Le 21 juillet 1944, soit plus d'un mois après le débarquement du 6 juin en Normandie, le « prince » Grimaldi régnant, Louis II, a autorisé le banquier nazi Karl-Anton Schaeffer à créer la banque Charles, du nom de Johannes Charles, un financier suisse mandaté par le Reich. C’était la panique, car il fallait récupérer tout les avoirs nazis possibles, planquer ce qui pouvait l’être via l’immobilier et les casinos, et en évacuer une part vers la bienveillante Espagne de Franco.

    Personne n’a autant profité des crimes nazis que Monaco. Lors de la Libération, on a séquestré sur Monaco autant d’argent nazi que sur l’ensemble du territoire français. Trafics d’armes, marché noir, spoliation des juifs, pillage des entreprises : les banques de Monaco étaient un nirvana criminel. Une course, pour récupérer l’argent et le filer chez Franco.

    Et malgré tous les efforts des traites pro-nazis de Monaco pour vider les comptes des derniers jours, il restait dans les banques de Monaco autant d’argent volé que pour toute la France. Surtout, le fermier Grimaldi avait pris sa part. Aujourd’hui, il en vit encore des dividendes de l’argent nazi. Répugnant.

    Depuis, c’est l’émerveillement devant course des abrutis – le grand prix auto – les soirées de charité et la chronique de la famille du fermier.

    Pour la nationalité, Monaco pratique le droit du sang, matinée de la culture de l’apartheid : le Prince de mes deux, par décision souveraine – merci de ne pas rire – peut vous accorder la naturalisation, si vous êtes assez riche. Avec à la clé un joli régime en noir et blanc : la principauté pourade compte environ 32 000  habitants, mais les citoyens Monégasques ne sont qu’environ 7 000. Ils sont les seuls à disposer du droit de vote et sont dispensés d'impôts directs.

    Il y a longtemps que cette farce grotesque aurait du prendre fin.

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  • Le Pape et les Jeunesses hitlériennes

    pape-sida-capote-1240575543.jpgQue le Pape n’ait pas besoin de ce blog pour se défendre ne fait pas de doute. Et soyons francs, je ne crois pas que le Pape y ait songé. Soyons encore plus francs : dans la mesure où la cause n’est pas en péril et que les défenseurs de cœur et d’âme se précipiteraient, je n’ai pas trop à me poser la question de cette défense, ce qui m’arrange bien car, en tout seigneur tout honneur, je confesse que je n’ai pas d’atomes crochus avec ce Pape, du moins à travers la seule chose qui m’intéresse, ses déclarations publiques.

    Je n’ai rien à dire de son érudition et de ce qu’il peut apporter aux fidèles. Mais vu depuis la rive du citoyen, ça coince vraiment. La dernière série, ce sont au mieux des cafouillages, au pire le signe d’un truc qui est parti en vrille. L’histoire de l’évêque révisionniste Richard Williamson ou les déclarations sur le préservatif, non, ça ne passe pas. Et pire, cette jeune fille de 9 ans, enceinte de deux jumeaux à la suite d’un viol, excommuniée pour avoir avortée ; excommunication annulée… mais maintenue pour les médecins qui avaient réalisé l’avortement. Je sais que c’est l’Eglise du Brésil et qu’elle n’a pas demandé l’autorisation à Rome. Mais je sais aussi que je n’ai rien entendu de Rome de bien pertinent. Bon, alors voilà,… Et puis un contexte. Bref, une série de rendez-vous manqués. pimpf.jpg

    C’est dire que le Pape ne m’inspire pas une sympathie particulière. Je peux dire toute ma déception sur les aspects de vie sociale, car le Pape s’adresse à tous.

    Donc, il y a tout ça. Et bien malgré tout ça, je trouve déplorable la manière dont on cherche à  l’embrouiller avec ses années de jeunesse. Jeunesses hitlériennes, vous m’avez compris.

    Là encore, le Pape n’aide pas. La version d’hier, c'est celle du révérend Frederico Lombardi, porte-parole du Vatican : « Le Pape n'a jamais fait partie des Jeunesses hitlériennes, jamais, jamais, jamais ».

    Bon. Sauf que, comme le rapporte Rue 89, c’est plus compliqué. Le site du Vatican fait référence à trois biographies, dont « Le Sel de la Terre », écrit le journaliste allemand Peter Seewald : « Joseph Ratzinger, né en 1927, et son frère Georg, âgé de trois ans de plus, n'étaient d'abord pas allés aux Jeunesses hitlériennes, a-t-il raconté. Lorsqu'elles sont devenues obligatoires en 1941, son frère y a adhéré. Lui était trop jeune. Mais, du séminaire où il était, il a ensuite été inscrit contre son gré. » Fait alors confirmé par le Pape : « Dès que j'ai quitté le séminaire, je ne suis plus allé aux Jeunesses hitlériennes. Et cela a été difficile car la réduction des frais de scolarité, dont j'avais besoin, était liée à l'attestation de visite des Jeunesses hitlériennes. »

    Contacté par Rue 89, Peter Seewald se dit surpris : « Je m'étonne que le Vatican nie ce fait, mais je n'ai pas le communiqué sous les yeux et je n'ai rien entendu de tel… Car nous en avons parlé dans le livre d'entretien “Le Sel de la Terre” publié en 1996. »

    TN2-25682-t-es-ou-.gifPour ma part, je mettrais bien par parenthèses les déclarations zélées du porte-parole pour en rester à celles du premier intéressé. Et après, ça change quoi ? En 1941, le jeune Joseph Ratzinger était âgé de 14 ans, et à partir de 1939, l’inscription aux Jeunesses hitlériennes avait été rendue obligatoire. A l’époque, 8 millions de membres. Hans-Dietrich Genscher, futur ministre de l’Intérieur et des Affaires étrangères dans les années 70/80, en fut lui aussi, et fit même partie des dernières troupes à défendre Hitler, en 1945, lors de la bataille de Berlin.

    Alors franchement, imputer le côté réactionnaire des déclarations publiques ou le manque d’empathie pour l’Holocauste à un « passé nazi », c’est parfaitement idiot. C’est oublier l’histoire, oublier que c’était l’histoire d’un peuple et d’une jeunesse soumise à la pire bande de criminels.

    Hier, John Demjanjuk, l’ancien gardien présumé de camps nazis, âgé de 89 ans, est arrivé en Allemagne pour être jugé pour son implication dans la mort de 29.000 Juifs. Faut-il juger ce vieillard ? Moralement, vous pouvez en penser ce que vous voulez. Mais, n’omettez pas dans votre raisonnement, un élément, la loi. La loi permet la procédure, et selon les règles, les juges, éclairés par les avis des médecins, diront si le procès est possible au regard de l’état de santé de l’accusé.

    Mais, de grâce – si je puis me permettre – il n’existe pas de loi imprescriptible pour juger l’attitude d’un enfant de 14 ans en 1941. Il n’existe pas de loi pour dire qu’un enfant est responsable des lois votées par les pires des dictateurs. Et à supposer même que cet enfant de 14 ans ait pu faire mieux, au nom de quoi vouloir aujourd’hui le juger ?  

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