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palestine - Page 3

  • Israël détruit les maisons palestiniennes financées par l’Europe : Les citoyens européens doivent réagir

    L’info vient d’un excellent reportage de Cyrille Louis, envoyé spécial du Figaro en Cisjordanie, territoire palestinien occupé. Voici donc ce texte, et je ferai après quelques commentaires juridiques.

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    Cisjordanie : Israël détruit une dizaine d'habitations financées par l'UE

    Par Cyrille Louis

    Le hameau palestinien de Jinba, posé au bout d'une piste accidentée qui s'étire à l'extrême-sud de la Cisjordanie, semble avoir été balayé par un tremblement de terre. Ses habitants, hagards, s'affairent autour de leurs maisons éventrées et tentent de sauver ce qui peut l'être encore. Mardi matin, l'armée israélienne a détruit quinze préfabriqués dans lesquels résidaient une soixantaine de personnes, dont trente-huit mineurs, ainsi que plusieurs latrines et des panneaux solaires. Sept autres habitations ont été démontées dans le village voisin de Khirbet Halaweh, laissant une vingtaine de personnes sans abri. «Il s'agit clairement d'une des plus vastes opérations de démolitions menées ces dernières années», constate, navré, un diplomate européen.

    Des tentatives de médiation infructueuses

    Pour les habitants de Jinba, l'arrivée matinale des buldozeurs ne fut pas totalement une surprise. Voici en effet plus de vingt-cinq ans que l'armée israélienne cherche à aménager dans les collines situées au sud d'Hébron une «zone de tir» vierge de toute présence humaine. En novembre 1999, quelque 700 résidents palestiniens furent évacués par la force d'une douzaine de villages situés dans cette zone aride et vaste de 3.000 hectares. Mais la cour suprême autorisa la population semi-nomade à regagner temporairement les lieux. Plusieurs tentatives de médiation se sont depuis succédé sans résultats tangibles, jusqu'à ce que le gouvernement israélien décide, lundi 1er février, de sonner la fin de la partie. «Quelques heures après, des soldats se sont présentés à Jinba pour marquer une quarantaine de structures condamnées à la démolition au motif qu'elles ont été édifiées sans permis de construire», se désole Yehuda Shaul, de l'ONG israélienne «Rompre le silence».

    Lundi, sitôt les militaires repartis, les adultes du hameau ont commencé à reconstituer des abris de fortune tandis que leurs enfants emmenaient paître les moutons comme si de rien n'était. «Que voulez-vous qu'on fasse d'autre?», interroge Khaled Hussein Jabarin, tandis que d'autres villageois inspectent les multiples grottes qui mitent la colline à la recherche d'un abri pour les prochaines nuits. «Cette terre nous appartient et nous n'avons nulle part où aller», rebondit Mahmoud Ahmed Issa, 30 ans, dont la maison n'est plus qu'un amas de pierres et de parpaings. «Mon grand-père et mon père sont nés ici, alors nous allons faire le dos rond en attendant de pouvoir reconstruire nos maisons…»

    Des milliers d'habitations menacées

    L'administration civile israélienne, qui contrôle 60% de la Cisjordanie (zone C) en vertu des accords d'Oslo, ne voit pas les choses de la même façon. Aiguillonnée par l'aile ultranationaliste de la coalition gouvernementale, elle se targue de faire appliquer le droit en imposant la démolition d'un nombre croissant de structures édifiées sans autorisation. Un vaste programme, dans la mesure où l'immense majorité des demandes de permis de construire formulées par des Palestiniens établis en zone C se soldent par une réponse négative. «Des milliers d'habitations palestiniennes en Cisjordanie risquent d'être démolies en raison d'obstacles qui peuvent être légalement fondés, mais qui sont discriminatoires en pratique», s'est alarmé lundi le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, dans les colonnes du New York Times.

    La situation de ces communautés palestiniennes établies en zone C donne lieu, depuis plusieurs mois, à un bras de fer feutré entre Israël et l'Europe. Invoquant le droit humanitaire, l'UE finance l'installation de structures provisoires destinées à des populations menacées de déplacement forcé. Mais l'État hébreu, qui entend défendre ses revendications sur le territoire palestinien, n'hésite désormais plus à s'attaquer à ces constructions. Selon un premier décompte, une dizaine des préfabriqués démolis lundi matin dans le sud d'Hébron avaient d'ailleurs été financés par le service humanitaire de la Commission. Chacun d'entre eux avait coûté entre 2.000 et 3.000 euros aux contribuables européens.

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    Merci Cyrille, voici maintenant quelques remarques.

    1/ L’occupant fait un bras d’honneur aux contribuables européens

    Dix maisons détruites, c’est 30.000 € financés par les contribuables européens explique l'article. Raisonnablement, il faut alourdir la note pour tenir compte des frais de transport et d’administration générale, car il faut des heures et des heures pour réaliser ce type de programme. Je précise que c’est juste un début alors qu’environ 1000 habitants sont concernés par ce « programme » de l’occupant. Donc, payez vos impôts dans la joie et la bonne humeur, la puissance occupante en Palestine vous gratifie d'un bras d’honneur.

    2/ Une violation flagrante du droit

    La « seule démocratie du Proche-Orient » s’est spécialisée dans la destruction de maisons lorsque l’un des membres de la famille a été qualifié de « terroriste » par ces tribunaux qui n’ont de tribunal que le nom, et en fonction de lois qui n’ont de loi que le nom.

    Là, c’est une autre variante. Du fait des merveilleux accords d’Oslo, on est en zone C, donc 60 % de la Cisjordanie, placée sous le contrôle de l’occupant qui refuse de permis de construire aux Palestiniens, présents sur cette terre depuis des millénaires. La situation est tellement grotesque que l’Union européenne finance des constructions de maisons. Une personne vivant sur son sol a le droit de construire une maison pour y vivre et protéger sa famille, non? Je me trompe ?

    L’occupant réplique par d’invraisemblables procédures, toutes validées par l’invraisemblable Cour suprême d’Israël, qui n'est que la Cour suprême de la colonisation. Abusant de la force armée, la puissance occupante ne cesse de conquérir par la force de nouveaux territoires, avec pour but de changer la structure des populations. Se prétendre puissant alors que l’on ne fait que voler des terres fertiles… Comme les cow-boys…

    3/ Tout ceci relève de la Cour pénale internationale

    Tout ceci relève de la Cour pénale internationale, mais hélas, l’Autorité palestinienne a décidé de ne rien faire à part des discours, et elle refuse obstinément de déposer plainte devant la Cour. Elle entretient la culture de l’impunité, préférant gérer les subventions européennes que défendre la souveraineté palestinienne...

    4/ L’Europe est en dessous de tout

    Les responsables européens voient bien qu’il y a un problème sérieux… mais ils ne font rien de sérieux en réponse, alors que les facilités permanentes qu’ils accordent à la puissance occupante en Palestine engagent leur responsabilité sur le plan international. L’Europe a de temps à autres un petit remord, mais en réalité, elle accorde tout à la politique colonialiste de la puissance occupante. Spécialement par son scandaleux avis du 12 novembre 2015, qui donne un statut par « étiquetage spécial » aux produits de la colonisation, cherchant à assurer une sécurité juridique aux colonisateurs.

    5/ Les règles budgétaires européennes

    L’Union européenne fonctionne grâce un budget, qui répond à un certain nombre de principes :

    - Principe d’équilibre : les prévisions de recettes doivent être égales à celles des dépenses ;

    - Principe de spécialité des dépenses : elles sont destinées à un but spécifique et ne peuvent être utilisées à d'autres fins.

    - Principe de bonne gestion financière : Des objectifs vérifiables sont mis en œuvre selon des principes d'efficacité, d'économie et d'efficience.

    - Principe de transparence : L'établissement, l'exécution du budget et la reddition des comptes doivent respecter le principe de transparence.

    L'Union européenne ne prélève elle-même aucun impôt. Ses recettes sont composées de ressources propres et d’une TVA communautaire, mais le gros morceau est le prélèvement sur revenu national brut (RNB) des Etats membres de l'Union européenne, qui représente environ 75 % des recettes.

    Donc, c’est doublement ton pognon : par des dépenses budgétaires gaspillées, et par des prélèvements qui sortent bel et bien de ta poche. Toutes ces principe doivent à être respecté, et le citoyen européen doit entrer en action car il ne peut accepter que l’argent public soit ainsi dilapidé et que les instances européennes ferment les yeux sur les violations commises par la puissance occupante en Palestine, au point qu’il s’agit de véritables provocations. Dans l’affaire Kadi et Al Barakaat, du 3 septembre 2008, la Cour de Justice de l’Union Européenne a posé le principe de la primauté du droit dans l’ensemble de l’espace européen.

    6/ Suspendre l’accord UE/Israël

    L’accord d’association conclu entre l’Union européenne et Israël est conditionné par le respect de l’article 2 : « Les relations entre les parties, ainsi que toutes les dispositions de l'accord lui-même, doivent être fondées sur le respect des droits de l'homme et des principes démocratiques, qui inspire leurs politiques interne et internationale, et constitue un élément essentiel de cet accord ».

    Cet accord doit donc être suspendu :

    - avec ces destructions de maisons, la puissance occupante en Palestine viole les droits fondamentaux, bafouant l’article 2 qui est la condition d’application de l’accord ;

    - ces destructions lèsent directement les droits des contribuables européens, qui bénéficient d’un droit établi à la meilleure utilisation des fonds publics, de telle sorte que l’inaction des instances européennes serait cas de responsabilité.

    Or, ces instances se contentent de faire des ronds dans l’eau, tout en reconnaissant la réalité du problème. Il revient donc aux citoyens et aux groupes militants de prendre le relais, en Europe comme en Palestine, d’une part en faisant pression sur les parlementaires, et d’autre part en agissant directement devant les tribunaux pour rendre effectives les dispositions de l’article 2. Dès maintenant, il faut exiger que l'Union européenne introduise une clause de réserve de propriété lorsqu'elle finance de tels équipements, pour qu'elle puisse agir elle-même en remboursement en cas de destruction. 

    De même, les sociétés livrant des engins qui procèdent à ces destructions criminelles doivent être attaquées en justice pour complicité, et Volvo est le premier sur la liste :  

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    La loi doit être la même pour tous : il faudra bien s’habituer !

  • L'inacceptable impunité d'Israel et ses causes

    Devant le Conseil de Sécurité, notre ami Ban Ki-moon a presque failli se fâcher à propos de la situation en Palestine… C’est dire… Des propos plus que mesurés qui ont mis en transe les Israéliens, pendant que les Etats-Unis approuvent, et que les Palestiniens tirent contre leur camp… ce qui est le vrai problème.

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    Ban a condamné les attaques menées depuis plusieurs mois par des Palestiniens contre des civils israéliens mais a ajouté qu’il était « dans la nature humaine de réagir face à l’occupation qui sert d’incubateur à la haine et à l’extrémisme », ajoutant : « Les mesures sécuritaires ne pourront pas réduire à elles seules les violences. Elles ne peuvent pas résoudre le profond sentiment d'aliénation et de désespoir ressenti par certains Palestiniens - en particulier les jeunes. La force de la loi doit être exercée sur tous ceux qui commettent des crimes - avec une justice s'appliquant de manière égale aussi bien à l'encontre des Israéliens qu'à l'encontre des Palestiniens. La frustration palestinienne grandit sous le poids d’un demi-siècle d’occupation et la paralysie du processus de paix. »

    Le secrétaire général s'est ensuite déclaré « profondément inquiet » de nouveaux projets israéliens de construction de logements en Cisjordanie : « Ces initiatives provocatrices ne peuvent que faire monter encore la tension et nuire à toute perspective de règlement politique ». Et Ban a souligné : « Pour faire des progrès vers la paix il faut un gel de l'entreprise de colonisation. La poursuite des implantations est un affront fait à la population palestinienne et à la communauté internationale et soulève des questions fondamentales sur l'engagement d'Israël envers une solution à deux Etats. Les parties doivent agir, et agir immédiatement, pour éviter que la solution à deux Etats ne disparaisse pour toujours. Mettre en œuvre cette vision – deux Etats vivant côte à côte dans la paix et la sécurité - offre le seul moyen à Israël de conserver à la fois sa majorité juive et son statut démocratique. Alors que l'ensemble du Moyen-Orient continue d'être en proie à une vague incessante de terreur extrémiste, Israéliens et Palestiniens ont l'occasion de redonner espoir à une région déchirée par l'intolérance et la cruauté. Je leur demande instamment d'accepter ce défi historique ».

    Ban n’a pas oublié les réalités palestino-palestiniennes : « Je continue à penser que les conditions à Gaza posent une menace grave pour la paix et la sécurité sur le long terme dans la région ».

    Ce texte n’est pas un exploit, mais le service minimum du rappel des réalités, et il faut prendre cinq minutes pour rappeler les responsabilités vis-à-vis du peuple palestinien.

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    La première est celle de l’ONU, qui en 1947 a adopté un plan de partage de la Palestine. Or, l’ONU - celle d’avant la décolonisation qui était le club des puissances impérialistes - n’avait aucun droit pour donner ce qui ne lui appartenait pas et elle ne pouvait donner ni la terre de Palestine, ni la souveraineté du peuple palestinien. Jusqu’à preuve du contraire, on ne partage que ce qui existe, et il est bien évident que la Palestine existait, une Palestine de toutes les religions. Cette recommandation a donc conduit à la violence, la Nakba, et n’a jamais pris fin.

    La seconde est celle d’Israël, avec son armée professionnelle du crime de guerre.

    La troisième est celle des puissances occidentales qui soutiennent les yeux fermés la politique annexionniste de l’État d’Israël, quels qu’en soient les méthodes, quel qu’en soit le coût. Pour en rester à 1967, il ne serait pas difficile pour les Etats européens de condamner la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, reconnue comme violation flagrante du droit international par le Conseil de sécurité, non par des jolis mots mais par des mesures efficaces, en poursuivant toutes les entreprises européennes impliquées et en refusant tout statut aux produits issus de ce crime de colonisation.

    La quatrième est celle des dirigeants palestiniens qui se sont laissés engluer dans des négociations-reddition, conduisant au dépeçage de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, et à la marginalisation de Gaza, la plus grande prison à ciel ouvert : 1,8 millions de personnes. Après des évènements qui ont brassé toute la société palestinienne et tant de fausses pistes, déserteur de la justice, Abbas s’est finalement résolu à ratifier le Traité de la Cour Pénale Internationale, mais en renonçant à déposer plainte contre Israël, et en dissimulant cette énième rouerie par des déclarations de perroquet énervé. La CPI peut agir demain: il suffit d’un fax de Ramallah déposant plainte.

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  • Rohani et Hollande : Quel avenir ?

    La diplomatie, ce sont les relations d’Etat à Etat, les sourires sans la sympathie, et la diplomatie compte surtout quand les Etats ne sont pas d’accord entre eux. De ce point de vue, la visite du président Hassan Rohani à Paris, ce week-end, ce sera un grand moment tant il existe entre les points de vue français et iraniens des désaccords majeurs, reposant sur des conceptions fondamentalement différentes du droit international.

    Le président iranien, à l'approche de cette visite, a donné une interview à Europe 1 et France 2, et sur deux questions au cœur de la politique étrangère française, il développe – sans surprise – le point de vue iranien, mais avec une assurance qui devient un défi à Hollande.

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    D’abord, Israël

    C’est le point de vue établi de l’Iran, mais à trois jours d’une réception officielle à l’Elysée, ça pèse.

    «Nous pensons que toutes les personnes qui étaient d'origine palestinienne et qui sont en errance à l'étranger doivent pouvoir tous revenir sur leurs terres. Il faut qu'il y ait des élections publiques sous la supervision des Nations unies et, quels qu'en soient les résultats, nous les accepterons ». Invité à préciser sa pensée, M. Rohani a déclaré qu'il ne parlait pas de deux États (un israélien et un palestinien), mais « d'un seul ».

    « Nous disons que tout le monde doit se réunir pour voter sur l'ensemble du territoire palestinien tel qu'il était dans ses frontières d'avant 1948. Nous disons que tous les juifs, tous les musulmans, tous les chrétiens et toutes les personnes qui sont originaires de la Palestine et qui sont en errance doivent pouvoir revenir en Palestine ».

    Interrogé sur la légitimité d’Israël, Rohani poursuit : « L'État actuel d'Israël n'est pas légitime. C'est pourquoi nous n'avons pas de relations avec eux car nous ne considérons pas cet État comme légitime ».

    Un chef d’Etat sera donc reçu à l’Elysée, après cette déclaration, et la réitérera manifestement si un journaliste lui pose la question.

    Ensuite, la Syrie

    La politique française est bien connue : la nécessité inconditionnelle du départ de Bachar El-Assad.  

    Là encore, Rohani défend la ligne de l'Iran, mais les termes choisis s’adressent à Hollande :

    « Je pense que nous devons changer la manière de poser la question, ce n'est pas une question de personnes mais du peuple syrien, il est question de stabilité et de sécurité. Certaines personnes essaient de détourner le débat, nous devons éradiquer le terrorisme en Syrie ».

    « Pensez-vous qu'on puisse lutter contre le terrorisme sans un état légitime à Damas? Quel pays peut lutter contre le terrorisme sans un état fort ? On n'a pas le droit de décider pour un pays qui doit être candidat et qui ne doit pas l'être, c'est au peuple syrien de décider ».

    Alors, Hollande ?

    Hollande,…et la classe politique ? Car il y a en France un large consensus sur ces questions. Et bien hier, aucun écho ou presque, alors que si un citoyen français se risquait à tenir de tels propos sur Israël, ce serait la correctionnelle.

    Donc, on suivra à la loupe la rencontre entre Rohani et Hollande. Bien sûr, Hollande défendra ses choix politiques, … et ses analyses juridiques. Avec comme alliés-pivots Israël et l’Arabie-saoudite, et rejetant la Russie, la Turquie, l’Iran et la Syrie.

    Tout le problème est que les rapports de force ont profondément changé au Proche-Orient. Il ne reste rien des discours ambitieux d’Obama, qui désormais laisse filer. La Russie et l’Iran tiennent la corde pour résoudre la crise syrienne, et toute la région va s’en trouver transformée. Alors un clash avec l’Iran, pourquoi pas, mais quels moyens se donne la France garder un poids politique au Proche-Orient ?

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  • Palestine : Que dit le droit international du droit à la résistance ?

    Voici une interview de votre serviteur par Hanan Ben Rhouma, pour Saphirnews, publiée le 23 Octobre 2015

    « Résistance, résistance, c’est la voix de l’existence ! » Un slogan souvent entendu et répété dans les manifestations organisées en faveur de la cause palestinienne. Aux yeux de bon nombre de Palestiniens, la résistance armée est l'option la plus adéquate pour se libérer de l’occupation israélienne. Le droit international légitime-t-il le droit à la résistance ? Dans quelles circonstances ? Eclairage de Gilles Devers, avocat au Barreau de Lyon spécialisé dans le droit pénal international.

    Saphirnews : Que dit le droit international sur le droit à la résistance ?

    SaphirNews-480x363.pngGilles Devers : Le droit international ne définit pas explicitement un droit à la résistance, mais ce droit se déduit des principes les plus fondamentaux. La base de tout est la souveraineté des peuples, et donc de l’intégrité des territoires. La vie internationale s’organise à partir des peuples souverains, qui ont le droit vivre en paix sur leur territoire, et tous les Etats sont égaux en droit. Cela signifie qu’un Etat ne peut s’immiscer dans les affaires d’un autre peuple souverain. 

    Ensuite, viennent trois données complémentaires. La première est la défense. Un gouvernement dispose de la force armée pour défendre sa population et son territoire. Il s’agit bien d’une fonction de défense, c’est-à-dire de protection, car le droit international interdit les guerres de conquête, qui seraient une fonction d’attaque. En droit, une armée n’agit en dehors de son territoire que dans deux hypothèses : pour répondre à la demande de soutien d’un gouvernement ami, ou pour prévenir, ou contenir, une opération militaire adverse. 

    Dans ce dernier cas, l’armée peut s’engager en dehors de son territoire car c’est la seule solution pour défendre son pays, et il y aura alors une « occupation militaire ». Ainsi, l’occupation militaire n’est pas illicite en droit international : c’est le cas d’une armée présente sur un territoire étranger, le temps de conclure la paix. Il le devient illicite lorsqu’il ne s’agit plus de gérer une phase transitoire, mais de s’installer durablement pour prendre le contrôle du territoire par la force armée. L’occupation devient une forme lente de la guerre de conquête. Cette occupation, qui est illicite, justifie la résistance armée. 

    Il faut ajouter que cette notion de résistance n’est pas propre au droit international. Ainsi, la Déclaration des droits de l’homme de 1789, qui est partie intégrante de notre Constitution, proclame en son article 2 que la « résistance à l’oppression » est un droit fondamental.

    Dans quelles circonstances le droit à la résistance peut-il s'exercer et quelles sont les limites qui sont fixées ?

    Gilles Devers : La résistance armée s’analyse comme la conduite d’une opération militaire, et elle doit respecter les bases de ce qu’on appelait le droit de la guerre, et qui s’appelle désormais le droit international humanitaire. Ce droit repose sur trois principes cardinaux : un commandement, la distinction des civils et des combattants, et la proportionnalité dans l’attaque. 

    Le commandement est indispensable, car la résistance repose sur la souveraineté d’un peuple. Quand les circonstances sont très dures, la résistance peut se trouver éclatée en plusieurs groupes, parfois divisés. L’unité est toujours préférable, mais il faut pour cela bien de discussions… pas toujours possibles avec la présence d’une armée étrangère sur le terrain. Les groupes résistants doivent organiser un commandement, car l’acte individuel qui ne peut se revendiquer d’une autorité sera plus difficile à justifier, la résistance reposant sur un but politique. 

    La distinction des civils et des miliaires est incontournable. La question de la proportion ne joue que dans l’organisation de l’attaque, et pas pour la protection des civils contrairement à ce que l’on entend trop souvent. Aussi, la résistance doit viser des cibles militaires, ce qui inclut le commandement politique. 

    Enfin, conduire une opération militaire vise à l’emporter par la force des armes, et le but recherché est de frapper mieux et plus fort que l’adversaire. Donc, on ne cherche pas l’égalité des armes, seulement un certain registre de proportion. Mandela l’avait parfaitement expliqué, quand il avait fallu faire le choix de la lutte armée : c’est l’oppresseur, par ses méthodes, qui désigne à la résistance les armes qu’elle doit utiliser. 

    Comme professionnels du droit, la principale difficulté est souvent la connaissance des faits. Il ne s’agit pas d’une enquête pénale classique, mais d’une enquête en temps de guerre, dans le cadre d’opérations militaires. Réunir les informations et les preuves permettant de bien comprendre l’affaire et de déterminer les responsabilités est un travail complexe

    Quelle analyse posez-vous sur la situation actuelle dans les Territoires occupés palestiniens ?

    Gilles Devers : Selon le droit international, l’ensemble des territoires palestiniens – Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est – sont sous le régime de l’occupation militaire, depuis 1967. Cette notion est réaffirmée même par le Conseil de sécurité. Il ne s’agit pas de l’occupation de bon aloi, solution temporaire destinée à conclure la paix, mais de l’occupation illicite, qui a pour but la conquête de territoire par la force armée, et l’expression la plus claire est la colonisation. Cette occupation légitime la résistance armée, c’est une évidence, de telle sorte que la résistance doit s’organiser et respecter le droit international. 

    Une partie du pouvoir palestinien a choisi la négociation, mais cela ne condamne pas le maintien d’une résistance dès lors que celle-ci est organisée, et bénéficie d’un soutien dans la population. Le président de l’Autorité palestinienne (Mahmoud Abbas, ndlr) vient d’ailleurs de déclarer devant l’Assemblée générale de l’ONU qu’il voulait se dégager du processus des accords d’Oslo

    Enfin, il faut rappeler que l’été 2014, tous les leaders de la résistance armée ont donné leur accord pour que la Palestine ratifie le traité de la Cour pénale internationale (CPI), ce qui signifie qu’ils demandent l’application entière et globale du droit international à tous les acteurs du conflit israélo-palestinien.

    L’application du droit international se fait attendre pour les Palestiniens. Vous avez déposé une plainte auprès de la CPI pour des crimes de guerre commis par Israël en 2014 à Gaza. Où en est la procédure ? Quelles sont les chances pour que la CPI finisse un jour par inculper Israël ?

    The-International-_2166929b.jpgGilles Devers : En juillet 2014, mandaté par le Ministre de la justice du gouvernement de Palestine, j’ai déposé une plainte devant le procureur de la CPI pour l’ensemble des crimes commis pendant l'opération militaire contre la population de Gaza l’été 2014. 

    Il y avait alors un débat sur la compétence de la CPI vis-à-vis de la Palestine, auquel nous avions les moyens de répondre. Une autre option été choisie, très intéressante, qui consistait à chercher un consensus politique en Palestine, pour ensuite ratifier le traité. C’est ce qui a été fait le 31 décembre 2014, et la Palestine est officiellement membre de la CPI depuis le 1er avril 2015, avec un effet rétroactif à juin 2014. Il n’y a donc plus aucun débat sur la compétence. 

    Donc, le procureur a tout pour enquêter… en fait, presque tout. En effet, le gouvernement palestinien s’est ensuite ressaisi de la question, et c’est à lui qu’il revient désormais de déposer plainte. Or, malgré maintes déclarations, le gouvernement de Palestine n’a pas déposé plainte. Il n’a d’ailleurs toujours pas désigné un interlocuteur valable pour la CPI, car c’est le ministre des Affaires étrangères qui fait encore des démarches auprès du procureur, et ces démarches ne sont pas judiciaires. 

    Aussi, l’on peut comprendre la réticence du procureur à ouvrir l’enquête, alors que manifestement le gouvernement de Palestine n’en veut pas pour le moment. La société civile peut prendre des initiatives, et elle le fait. Mais le procureur hésite à s’engager car, pour qu’une enquête progresse, il faudra la collaboration effective du gouvernement de Palestine. Je suis avocat et je n’ai pas à prendre position sur les options politiques retenues par le gouvernement. Simplement, j’explique qu’à ce jour, l’obstacle n’est pas juridique mais politique.

  • Sabra, Chatila, et ma Barbie

    Le café amer, c'est le blog d'une amie, qui a des choses à dire, et qui sait les dire. Une amie palestinienne,... en autre !  Voici un petit délice d'un café amer...

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    Sabra, Chatila, et ma Barbie

    Je me souviens assez bien de ces jours de septembre 1982. J’avais 10 ans. 

    Je vivais dans un royaume, enfant comblée et aimée, née de l’amour improbable d’un beau couple exilé, expatrié, mixé, moderne. La sidération avait été si grande qu’on avait oublié d’éteindre la télé. Je me souviens donc de quelques images qui défilaient, assez confuses. Et du mot massacre qui revenait souvent. Et aussi Phalangistes, Liban, Palestiniens. 

    Je ne me souviens pas qu’on ait beaucoup, à ce moment-là, parlé de l’Occupant qui avait éclairé les meurtriers enragés. Ce n’est que bien après que j’ai lu l’enquête d’Amnon Kapeliouk, sans doute mon premier livre politique. 

    C’est donc un jour de septembre 1982 que je suis née palestinienne. Je savais déjà que mon père était palestinien. Mais c’est ce jour-là, devant la télé, que je le suis devenue à mon tour. 

    Ce jour-là, j’ai été connectée aux Palestiniens, ils sont entrés dans ma vie et ils n’en sont plus jamais ressortis.

    Je ne sais pas ce qui fait l’identité. Je ne sais même pas si c’est l’identité qui fait l’engagement. Je n’en sais pas beaucoup plus sur la conscience. 

    J'étais une enfant, qui s'amusait encore à tremper les cheveux de ses poupées Barbie dans le flacon d'Opium de sa maman. Cela donnait une odeur étrange, les épices de l'Orient markettisé se mêlant aux phtalates de l'icône des fillettes.  Je ne sais pas ce qui fait qu'à ce moment précis, une petite voix ne m'a pas dit de fermer les écoutilles, de fuir cette conscience et de continuer à gâcher des parfums chers avec les cheveux synthétiques de mes poupées. Car d'instinct, je savais que j'allais dorénavant m'aventurer dans des abîmes d'injustice et de douleur. D'instinct, je savais que le temps de l'insouciance était terminé. Que bien sûr, la vie continuerait de me gâter, mais que Sabra et Chatila étaient entrés en moi, qu'ils allaient dorénavant définir beaucoup de ce que j'allais être, et que çà n'allait pas être si facile. Je n'ai jamais entendu la petite voix qui disait de fuir, ou alors elle était si fluette, le vacarme de la barbarie l'avait étouffée.

    Je me souviens très précisément de l'odeur de ce jour de septembre 1982. Un drôle de parfum de plastique opulent. Et puis, "l'odeur blanche et épaisse de la mort."

     

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