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  • Afghanistan : Une bombe terrifiante

    Pas trop d’information ce jeudi soir, mais c’est vraiment à suivre de près. Les Etats-Unis viennent de larguer une bombe dévastatrice, surnommée la « mère de toutes les bombes » sur une série de grottes dans la province de Nangarhar, à l'est de l'Afghanistan et près de la frontière pakistanaise, une zone tenue par Daech.

    La bombe s’appelle Massive Ordnance Air Blast Bomb (Moab), qui signifie bombe de destruction massive par souffle.

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    Le général John Nicholson, chef des Forces armées en Afghanistan explique : «Alors que leurs pertes augmentent, les djihadistes ont recours à des bunkers et tunnels pour renforcer leur défense. Cette bombe est la bonne munition pour venir à bout de ces obstacles et maintenir l'élan de notre campagne contre le groupe Etat islamique en Afghanistan ». Sean Spicer , le porte-parole de Trump, ajoute : « Nous devons leur dénier leur liberté de mouvement et c'est ce que nous avons fait ».

    1/ La bombe utilisée, dernier seuil avant le nucléaire, est à proprement parler une arme de destruction massive, incapable de viser un objectif précis, et acceptant de tuer toute personne passant par là. Pour ce qui est du bilan réel, nous devrons attendre bien longtemps avant de savoir, mais il est impossible d’admettre le recours à des armes qui frappe de manière indéterminée, et donc font des populations civiles des cibles de guerre.

    2/ Nous sommes en territoire afghan, et la présence militaire internationale ne peut se faire que par la base d’accords. En décembre 2014, la coalition internationale et le gouvernement afghan ont conclu un accord qui marquait la reprise des affaires par le gouvernement : les forces militaires étasuniennes n’avaient plus de capacité d’ouvrir le feu, sauf dans des conditions strictement défensives. Ce bombardement, qui est un initiative secrète US, montre que le gouvernement afghan n’est plus souverain sur son territoire, une humiliation qui détruit tout solution durable. La guerre va donc se poursuivre, et c’est bon pour le business.

    3/ Qui peut croire qu’on gagne une guerre avec un bombardement ? Pouvez-vous me donner un seul exemple ? Les guerres se gagnent par la combinaison d’une maîtrise militaire et d’une solution politique. Où est la solution politique en Afghanistan ? Et comment pouvez-vous comprendre les succès de la résistance armée en Afghanistan depuis quinze ans, s’il n’y avait pas dans la population un rejet viscéral du leadership US et un soutien populaire effectif aux Talibans et à leurs succursales ? Soutien populaire qui sera renforcé par le recours à cette bombe.

    4/ Une telle puissance armée pour détruire des réseaux existant entre des grottes ? Difficile à croire… La vraie cible, ce n’est pas les groupes armés du coin, mais nous. Il s’agit de nous convaincre que les armes de destructions massives sont au service de la démocratie et de nos libertés.

    Là, chères amies et chers amis, il y a de quoi flipper.

  • Le peuple palestinien : La résistance à la force militaire est la seule voie

    «Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent »... Netanyahou découvre soudain les préceptes du philosophe Henri Queuille. Et, au passage, grosse piqûre pour ceux qui considèrent Trump comme une brute ignorante : sous-estimer l’interlocuteur n’est jamais gage d’avenir.

    Voici le communiqué de Trump : « Si la colonisation n'est pas un obstacle à paix, la construction de nouvelles implantations ou l'expansion d'implantations existantes au-delà de leurs limites actuelles pourrait ne pas aider à résoudre le conflit au Proche-Orient ». La première partie de la phrase, c’est de l’empapaoutage de communicant, pour mieux souligner la seconde partie, qui est nette et propre. Netanyahou et ses collègues allumés sont sèchement remis au carré.

    Trump élu, les sionistes se sont lâchés, autorisant la construction de 566 logements à Jérusalem-Est, et de 5500 en Cisjordanie, donc dans les deux cas, en territoire palestinien militairement occupé, au sens de la IVème Convention de Genève.

    - Donc, le soldat n’est pas chez lui ?

    - Oui, et jamais.

    Surtout, dans les tuyaux, un projet de loi visant à annexer la colonie de Maale Adumim, à l'est de Jérusalem, ce qui casserait la continuité territoriale entre les villes palestiniennes du nord et du sud. Une telle loi, ce serait une rupture : on ne parle plus d’occupation militaire, mais d’annexion.

    Nétanyahou s’est beaucoup engagé sur ce texte,… mais il a accepté de différer le passage en commission interministérielle, pour ne rien faire avant sa première visite à Washington, le 15 février.

    Et là, ce sera a priori plus compliqué que l’imaginaient les dirigeants israéliens, fantasmant déjà de l’ambassade US à Jérusalem. Une autre promesse de campagne électorale…

    Jeudi, Trump, après avoir reçu le matin le roi Abdallah II de Jordanie, a dans la soirée expliqué que « le désir des États-Unis d'aboutir à la paix entre Israéliens et Palestiniens reste inchangé depuis cinquante ans ».

    - Cinquante ans ? Pourquoi cinquante ans ? Notre droit sur cette terre est éternel.

    - Cinquante ans, parce que pour le monde entier – Trump y compris – les conquêtes de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie et de Gaza en juin 1967 sont illégales.  C’est une occupation militaire, qui ne peut en aucun cas parvenir à une annexion, et qui, tôt ou tard, devra prendre fin.

    Selon les bases les plus essentielles du droit international, la paix dans le monde repose sur la coexistence des peuples, dans le respect de leurs frontières, et celui qui par la force armée veut acquérir des territoires relevant d’une autre souveraineté est destiné d’abord à l’isolement diplomatique, puis à la défaite, quelle que soit sa puissance militaire. C’est une réalité inexorable.

    Gloire et honneur au si résistant peuple palestinien.

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  • La fausse accusation de Trump à Obama ? par Manlio Dinucci

    Le gentil Obama critiqué par le méchant Trump parce qu’il aurait financé l’effort militaire US sans assez de contreparties pour les US… Pas du tout, répond le New York Times, le porte-parole d’Obama, on les a mis à genoux, et ça nous rapporte un max. Merci Manlio…

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    La fausse accusation de Trump à Obama ?

    par Manlio Dinucci

    Face à l’accusation du président nouvel élu Trump contre l’administration Obama, parce qu’elle n’aurait à peu près rien obtenu des alliés en échange de la « défense » que les États-Unis leur assurent, le New York Times est descendu dans l’arène. Il a publié le 16 janvier une documentation, fondée sur des données officielles, pour démontrer ce qu’a fait l’administration Obama pour « défendre les intérêts des USA à l’étranger ».

    Ont été conclus avec plus de 30 pays des traités qui « contribuent à apporter de la stabilité dans les régions économiquement et politiquement les plus importantes pour les Etats-Unis ». A cet effet les USA ont déployé en permanence outremer plus de 210 000 militaires.

    En Europe, ils maintiennent environ 80 000 militaires, plus la Sixième Flotte basée en Italie, pour « défendre les alliés Otan » et comme «dissuasion contre la Russie ». En échange, ils ont obtenu l’engagement des alliés Otan de « défendre les États-Unis » et la possibilité de garder leurs propres bases militaires proches de Russie, Moyen-Orient et Afrique, dont le coût est assumé pour 34% par les alliés. Ce qui permet aux USA d’avoir l’Ue comme plus grand partenaire commercial.

    Au Moyen-Orient, les États-Unis maintiennent 28 000 militaires dans les monarchies du Golfe, plus la Cinquième Flotte basée à Bahrein, pour « défendre le libre flux de pétrole et gaz et, en même temps, les alliés contre l’Iran ». En échange ils ont obtenu l’accès à 34% des exportations mondiales de pétrole et à 16% de celles de gaz naturel, et la possibilité de maintenir leurs propres bases militaires contre l’Iran, dont le coût est assumé pour 60% par les monarchies du Golfe.

    En Asie orientale, les États-Unis maintiennent plus de 28 000 militaires en Corée du Sud et 45 000 au Japon, plus la Septième Flotte basée à Yokosuka, pour « contrecarrer l’influence de la Chine et soutenir les alliés contre la Corée du Nord ». En échange ils ont obtenu la possibilité de maintenir leurs propres « bases militaires près de la Chine et de la Corée du Nord », dont le coût est assumé par les alliés dans la proportion de 40% en Corée du Sud et de 75% au Japon. Cela permet aux USA d’avoir le Japon et la Corée du Sud comme importants partenaires commerciaux.

    En Asie du Sud-Est, les États-Unis maintiennent un nombre variable de militaires, de l’ordre de plusieurs milliers, pour soutenir la Thaïlande et les Philippines avec l’Australie dans le Pacifique. C’est dans ce cadre qu’entrent « les exercices militaires pour la liberté de navigation en Mer de Chine Méridionale », où passe 30% du commerce maritime mondial. En échange les États-Unis ont obtenu la possibilité de « protéger » un commerce maritime d’une valeur de plus de 5 000 milliards de dollars annuels. En même temps ils ont obtenu « une région plus amie des États-Unis et plus en mesure de s’unir contre la Chine ». On oublie dans cette liste le fait que le Pentagone, pendant l’administration Obama, a commencé à déployer contre la Chine, à bord de navires de guerre, le système Aegis analogue à celui déjà déployé en Europe contre la Russie ; système en capacité de lancer non seulement des missiles anti-missiles, mais aussi des missiles de croisière armables de têtes nucléaires.

    Elle est donc infondée, la critique de Trump à Obama, lequel a démontré dans les faits ce qu’il affirme dans son dernier message sur l’État de l’Union : « L’Amérique est la plus forte nation sur la Terre. Nous dépensons pour le militaire plus que ne dépensent ensemble les huit nations suivantes. Nos troupes constituent la meilleure force combattante dans l’histoire du monde ».

    Voilà quel est l’héritage laissé par le président « bon ». Que fera maintenant le « méchant » ?

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  • Bientôt la fin de la maison Clinton ?

    Si on résume, Donald Trump est un fou furieux, ignorant la politique, un affairiste frelaté doublé d’un pervers sexuel, et pour le flinguer, on trouve l’appareil sur-financé du Parti démocrate, et les trois plus grand médias : New York Times, Washington Post et CNN. Le Parti républicain, fatigué de ses saillies véreuses, a pris ses distances, ce alors que les veilles mamies xénophobes, à commencer par le Ku Klux Klan, lui apportent leur soutien.

    - Donc, le mec est carbonisé, KO technique ?

    Et bien non. Dans les sondages nationaux, les candidats sont au même niveau, et pour ces derniers jours de campagne – on vote le 8 – la dynamique est du côté de Trump.

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    Les sondages nationaux montrent les tendances, à savoir qu’il n’y a plus de favori, mais la victoire va dépendre du vote dans les fameux « Swing States ». Pour les présidentielles, le vote est comptabilisé dans chacun des 50 Etats, et le camp victorieux envoie un certain nombre de délégués à un «Collège électoral» de 538 personnes, qui désignera le vainqueur, à la majorité de 270 voix. Un certain nombre d’Etat sont stables, avec un équilibre des deux camps. La Californie, qui compte 55 délégués, vote démocrate, alors que le Texas, avec 38 délégués, est acquis aux Républicains. Tout se joue donc dans les « Swing States », ces Etats qui peuvent basculer, et on surveille en particulier la Floride, avec 29 délégués et l’Ohio, qui en compte 18.

    Trump est hors norme, et joue avec fracas son côté antisystème. Il a su gagner la primaire, mais il y a en lui trop d’excès, d’outrance, d’incompétence, et il est loin d’être populaire. Le mec est spécial, oui, mais le pouvoir est au Congrès, pas à la Présidence,… et la Cour suprême peut calmer les furies de Trump. Sur le plan extérieur, le type s’annonce comme bien moins interventionniste que Clinton.

    Du côté de Clinton, c’est la misère. Elle s’était faite sérieusement accrocher par Sanders, et malgré l’armada du Parti démocrate, ça patauge. La maison Clinton sent la magouille, l’enrichissement familial via l’action publique, notamment avec cette si douteuse Fondation Clinton : action désintéressée,… mais pas pour tout le monde. Avec les Clinton, c’est toujours limite.

    Le Directeur du FBI – la police fédérale, celle des grands bandits – a annoncé avoir rouvert l’enquête sur les e-mails de Clinton, cette secrétaire d’Etat – ministre des affaires étrangères contrôlant 40% des dépense militaires du monde – qui refusait de passer par les messageries de l’Etat et utilisait son propre serveur pour être tranquille. James Comey, directeur du FBI, avait conclu que c’était d’une grande légèreté, mais avait classé. Mais voilà qu’on retrouve des milliers d’e-mails de Clinton sur le portable de l’ex de sa conseillère Huma Abedin, un mec sexuellement dépravé. James Comey a annoncé la découverte – comment pouvait-il faire autrement ? – et il a obtenu un mandat judiciaire pour saisir ces e-mails…

    Pour les jours qui viennent, ça va y aller tous azimuts. Les candidats n’ont rien à dire sur le fond, alors c’est tout sur le dézingage personnel.

    Obama, qui part avec un bilan maigrichon, fait campagne pour Clinton, car Trump balaierait tout en quelques semaines. Comme il y a péril en la demeure, on va sans doute prévoir un grand show avec la très populaire Michelle Obama,… ce qui en fait ne fait que souligner l’incapacité de Clinton.

    Alors, nous allons continuer à suivre. Il y aura un vainqueur, oui,… mais le fruit d’une construction artificielle.  

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    Mécanisme d'entraînement à vis sans fin

  • Manlio Dinucci : Le rôle USA et Otan dans le rapport de l’UE avec la Chine

    Excellent texte de Manlio Dinucci dans Mondialisation.ca, offrant une vision large des rapports de force qui vont façonner le monde. Il s’agit de l’intervention de l’ami Manlio à l’Académie de marxisme près l’Académie chinoise de sciences sociales, Association politico-culturelle Marx XXI, Forum Européen 2016 / La « Voie Chinoise » et le contexte international, Rome, 15 octobre 2016.

    Texte à lire et à débattre, on n’est pas obligé d’être d’accord sur tout… du moment où l’on est d’accord pour chercher à comprendre.

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    Je vais tout de suite au nœud de la question. Je pense qu’on ne peut pas parler de relations entre Union européenne et Chine indépendamment de l’influence que les Etats-Unis exercent sur l’Union européenne, directement et par l’intermédiaire de l’Otan.

    Aujourd’hui 22 des 28 pays de l’Ue (21 sur 27 après la sortie de la Grande-Bretagne de l’Ue), avec plus de 90% de la population de l’Union, font partie de l’Otan, reconnue par l’Ue comme « fondement de la défense collective ». Et l’Otan est sous commandement USA : le Commandant suprême allié en Europe est toujours nommé par le Président des Etats-Unis d’Amérique et tous les autres commandements clé sont aux mains des USA. La politique étrangère et militaire de l’Union européenne est ainsi fondamentalement subordonnée à la stratégie étasunienne, sur laquelle convergent les plus grandes puissances européennes.

    Cette stratégie, clairement énoncée dans les documents officiels, est tracée au moment historique où la situation mondiale change à la suite de la désagrégation de l’URSS. En 1991 la Maison Blanche déclare dans la National Security Strategy of the United States : « Les Etats-Unis demeurent le seul Etat avec une force, une portée et une influence en toute dimension – politique, économique et militaire – réellement globales. Il n’existe aucun substitut au leadership américain ». En 1992, dans la Defense Planning Guidance, le Pentagone souligne : « Notre premier objectif est d’empêcher qu’une quelconque puissance domine une région dont les ressources seraient suffisantes pour engendrer une puissance mondiale. Ces régions comprennent l’Europe occidentale, l’Asie orientale, le territoire de l’ex Union Soviétique et l’Asie sud-occidentale ». En 2001, dans le rapport Quadrennial Defense Review, – publié une semaine avant la guerre USA/Otan en Afghanistan, aire de première importance géostratégique à l’égard de Russie et Chine- le Pentagone annonce : « La possibilité existe qu’émerge dans la région un rival militaire avec une formidable base de ressources. Nos forces armées doivent conserver la capacité d’imposer la volonté des États-Unis à n’importe quel adversaire, y compris États et entités non-étatiques, de façon à changer le régime d’un État adverse ou occuper un territoire étranger jusqu’à ce que les objectifs stratégiques états-uniens soient réalisés ».

    Sur la base de cette stratégie, l’Otan sous commandement USA a lancé son offensive sur le front oriental : après avoir démoli par la guerre la Fédération Yougoslave, de 1999 à aujourd’hui elle a englobé tous les pays de l’ex Pacte de Varsovie, trois de l’ex Yougoslavie, trois de l’ex URSS, et sous peu elle en englobera d’autres (à commencer par la Géorgie et l’Ukraine, cette dernière de fait déjà dans l’Otan), en déplaçant bases et forces, y compris nucléaires, toujours plus près de la Russie. En même temps, sur le front méridional étroitement relié à celui oriental, l’Otan sous commandement USA a démoli par la guerre l’Etat libyen et a essayé d’en faire autant avec celui de la Syrie.

    USA et Otan ont fait exploser la crise ukrainienne et, accusant la Russie de « déstabiliser la sécurité européenne », ils ont entraîné l’Europe dans une nouvelle guerre froide, voulue surtout par Washington (aux dépens des économies européennes à qui les sanctions et contre-sanctions ont porté préjudice) pour casser les rapports économiques et politiques Russie-Ue néfastes aux intérêts étasuniens. C’est dans la même stratégie qu’entre le déplacement croissant de forces militaires étasuniennes dans la région Asie/Pacifique dans une fonction anti-chinoise. La U.S. Navy a annoncé qu’en 2020 elle concentrera dans cette région 60% de ses forces navales et aériennes.

    La stratégie étasunienne est focalisée sur la Mer de Chine Méridionale, dont l’amiral Harris, chef du Commandement USA pour le Pacifique, souligne l’importance : c’est là que passe un commerce maritime d’une valeur annuelle de plus de 5 mille milliards de dollars, dont 25% de l’export mondial de pétrole et 50% de celui du gaz naturel. Les USA veulent contrôler cette voie maritime au nom de celle que l’amiral Harris définit comme «liberté de naviguer fondamentale pour notre système de vie ici aux Etats-Unis », en accusant la Chine d’«actions agressives en Mer Chinoise Méridionale, analogues à celles de la Russie en Crimée ». Pour cela la U.S Navy « patrouille » la Mer de Chine Méridionale. Dans le sillage des Etats-Unis arrivent les plus grandes puissances européennes : en juillet dernier la France a sollicité l’Union européenne pour « coordonner la patrouille navale de la Mer Chinoise Méridionale afin d’assurer une présence régulière et visible dans ces eaux illégalement réclamées par la Chine ». Et tandis que les Etats-Unis installent en Corée du Sud des systèmes « anti-missiles » mais en mesure de lancer aussi des missiles nucléaires, analogues à ceux installés contre la Russie en Roumanie et bientôt en Pologne, en plus de ceux qui sont embarqués sur des navires de guerre en Méditerranée, le secrétaire général de l’Otan Stoltenberg reçoit le 6 octobre à Bruxelles le ministre des affaires étrangères sud-coréen, pour « renforcer le partenariat de l’Otan avec Séoul ».

    Ces faits et d’autres encore démontrent qu’en Europe et en Asie la même stratégie est à l’œuvre. C’est la tentative extrême des Etats-Unis et des autres puissances occidentales de maintenir la suprématie économique, politique et militaire, dans un monde en forte transformation, dans lequel émergent de nouveaux sujets étatiques et sociaux. L’Organisation de Shanghai pour la coopération, née de l’accord stratégique cino-russe, dispose de ressources et de capacités de travail capables d’en faire la plus grande aire économique intégrée du monde. L’Organisation de Shanghai et les Brics sont en mesure, avec leurs organismes financiers, de supplanter en grande partie la Banque mondiale et le Fonds monétaire international qui, pendant plus de 70 ans, ont permis aux USA et aux plus grandes puissances occidentales de dominer l’économie mondiale à travers les prêts usuraires aux pays endettés et d’autres instruments financiers. Les nouveaux organismes peuvent en même temps réaliser la dédollarisation des échanges commerciaux, en ôtant aux Etats-Unis la capacité de décharger leur dette sur d’autres pays par l’impression de papier monnaie utilisé comme devise internationale dominante.

    Pour maintenir leur suprématie, toujours plus vacillante, les Etats-Unis utilisent non seulement la force des armes, mais d’autres armes souvent plus efficaces que celles proprement dites.

    Première arme : les dits « accords de libre-échange », comme le « Partenariat transatlantique sur le commerce et les investissements » (TTIP) entre USA et Ue et le « Partenariat Trans-Pacifique » (TPP) dont le but n’est pas seulement économique mais géopolitique et géostratégique. C’est pour cela que Hillary Clinton qualifie le partenariat USA-Ue de « plus grand objectif stratégique de notre alliance transatlantique », en projetant une « Otan économique » qui intègre celle politique et militaire. Le projet est clair : former un bloc politique, économique et militaire USA-Ue, toujours sous commandement étasunien, qui s’oppose à l’aire eurasiatique en ascension, basée sur la coopération entre Chine et Russie ; qui s’oppose aux Brics, à l’Iran et à tout autre pays qui se soustraie à la domination de l’Occident. Comme les négociations sur le TTIP ont du mal à avancer à cause de divergences d’intérêt et d’une vaste opposition en Europe, l’obstacle est pour le moment contourné avec l’ « Accord économique et commercial global» (CETA) entre Canada et Ue : un TTIP camouflé étant donné que le Canada fait partie du NAFTA avec les USA. Le CETA sera probablement signé par l’UE le 27 octobre prochain, pendant la visite du premier ministre canadien Trudeau à Bruxelles.

    Seconde arme : la pénétration dans les pays cible pour les désagréger de l’intérieur. En s’appuyant sur les points faibles qu’a tout pays en mesure diverse : la corruption, l’avidité d’argent, l’arrivisme politique, le sécessionnisme fomenté par des groupes de pouvoir locaux, le fanatisme religieux, la vulnérabilité de vastes masses à la démagogie politique. En s’appuyant aussi, dans certains cas, sur un mécontentement populaire justifié quant à la conduite de leur gouvernement. Instruments de la pénétration : les soi-disant « organisations non gouvernementales » qui sont en réalité la main longue du Département d’état et de la Cia. Celles qui, dotées d’énormes moyens financiers, ont organisé les « révolutions colorées » dans l’Est européen, et ont tenté la même opération avec la soi-disant « Umbrella Revolution » à Hong Kong : qui visait à fomenter des mouvements analogues dans d’autres zones de la Chine habitées par des minorités nationales. Les mêmes organisations qui opèrent en Amérique Latine, avec l’objectif premier de subvertir les institutions démocratiques du Brésil, en minant ainsi les Brics de l’intérieur. Instruments de la même stratégie : les groupes terroristes, type ceux armés et infiltrés en Libye et en Syrie pour semer le chaos, en contribuant à la démolition d’Etats entiers attaqués en même temps de l’extérieur.

    Troisième arme : les « Psyops » (Opérations psychologiques), lancées à travers les chaînes médiatiques mondiales, qui sont définies ainsi par le Pentagone : « Opérations planifiées pour influencer à travers des informations déterminées les émotions et motivations et donc le comportement de l’opinion publique, d’organisations et de gouvernements étrangers, afin d’induire ou renforcer des attitudes favorables aux objectifs préfixés ». Avec ces opérations, qui préparent l’opinion publique à l’escalade guerrière, on fait apparaître la Russie comme responsable des tensions en Europe et la Chine comme responsable des tensions en Asie, en les accusant en même temps de « violation des droits humains ».

    Une dernière considération : ayant travaillé à Pékin avec ma femme dans les années Soixante, contribuant l’un et l’autre à la publication de la première revue chinoise en langue italienne, j’ai vécu une expérience formatrice fondamentale au moment où la Chine – libérée depuis à peine quinze ans de la condition coloniale, semi-coloniale et semi-féodale- était complètement isolée et non reconnue par l’Occident ni par les Nations Unies comme Etat souverain. De cette période restent imprimées en moi la capacité de résistance et la conscience de ce peuple, à l’époque 600 millions de personnes, engagé sous la conduite du Parti communiste à construire une société sur des bases économiques et culturelles complètement nouvelles. Je pense que cette capacité est également nécessaire aujourd’hui pour que la Chine contemporaine, qui est en train de développer ses énormes potentialités, puisse résister aux nouveaux plans de domination impériale, en contribuant à la lutte décisive pour l’avenir de l’humanité : la lutte pour un monde sans plus de guerres dans lequel triomphe la paix indissolublement liée à la justice sociale.

    Manlio Dinucci

    Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

    La source originale de cet article est Mondialisation.ca

    Copyright © Manlio Dinucci, Mondialisation.ca, 2016

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