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  • Entretien avec Renaud Girard (3) : La Chine ; Les relations US-Chine

    Troisième et dernière partie de l’entretien donné par Renaud Girard au Figaro… avec je l’espère, envie de retrouver l’ami Renaud via ses livres, sa chronique du mardi dans Le Figaro, et ses grandes interview.

    Petit retour sur celle-là, qui date du 25 mars dernier. Je cite ce passage sur la Palestine : « Sur le conflit israélo-palestinien, mettre le Hamas sur la liste des organisations terroristes sous Chirac a été une erreur. Ce mouvement islamiste a été élu démocratiquement en 2006 ; il a une assise populaire en Palestine. Mais depuis, les diplomates français n'ont pas le droit d'aller sur le territoire de Gaza ; cette absence de lien direct nous empêche de jouer un rôle de médiateur entre Israéliens et Palestiniens. Jamais la France n'acceptera que la sécurité d'Israël soit mise en cause, comme l'a redit de Gaulle en 1967. Elle lui a même fourni la bombe atomique. Mais pour autant, sa position doit être mesurée : elle n'a pas à accepter la colonisation illégale des territoires palestiniens ». 

     

    La troisième partie de l’entretien traite de la position internationale de la Chine, et des relations US-Chine. Passionnant… Bonne lecture à toutes et à tous !

     

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    « En Mer de Chine méridionale, une guerre totale pourrait éclater »

     

    Entretien d’Alexis Feertchak avec Renaud Girard

     

     

    A force de parler de la menace russe et du chaos moyen-oriental, n'a-t-on pas tendance à oublier l'Asie? Après qu'en juillet la Cour Permanente d'Arbitrage de La Haye a donné tort à la Chine, la crise en Mer de Chine méridionale risque-t-elle de s’envenimer ?

     

    Nous sommes aujourd'hui confrontés à des guerres de basse intensité. La guerre que nous fait l'Etat islamique est même une guerre de très basse intensité. La moyenne des pertes françaises, lissées sur quatre ans, pendant la Première Guerre mondiale, est de 1000 morts par jour. Au plus fort de la bataille de la Marne en 1914, c'est 20 000 morts en une seule journée.

     

    Le plus grand danger qui soit aujourd'hui, ce serait le retour à une guerre totale à grande échelle, du type de la guerre de 14-18. Je ne crois pas qu'une telle guerre puisse venir de la Russie, parce que Vladimir Poutine a montré finalement en Ukraine qu'il était raisonnable. Il aurait tout à fait pu prendre le port de Marioupol pour établir ensuite une continuité territoriale entre le territoire russe et la presqu'île de la Crimée. Il ne l'a fait pas. Vladimir Poutine teste plutôt notre résolution : c'est pour ça qu'il envoie des bombardiers et des sous-marins un peu partout jusque dans la Manche, et surtout dans la Mer baltique près des Pays baltes. Il faut alors lui montrer qu'on est là - en amis sûrs de notre droit, pas en ennemis - car c'est ce qu'il attend, et qu'il nous respectera davantage. Il faut lui montrer que nous avons des chasseurs Rafale et des sous-marins nucléaires d'attaque. Il faut lui montrer que l'Otan ne transigera pas avec la souveraineté territoriale de ses membres.

     

    En revanche, en Asie, l'expansionnisme maritime chinois est extrêmement préoccupant. Il peut déboucher sur une guerre d'un type que nous ne connaissions plus, c'est-à-dire une guerre totale à haute intensité. Il y a un mépris chinois évident pour tout droit international et pour toute négociation multilatérale sur ce dossier. Le mépris chinois pour la décision du Tribunal arbitral de La Haye est l'événement qui m'a le plus inquiété géopolitiquement au cours de cette année 2016.

     

    Les Chinois renversent l'argument en expliquant qu'ils souhaitent négocier, mais que les Philippins n'ont pas voulu de telles négociations et qu'ils sont allés directement devant la Cour Permanente d'Arbitrage de La Haye...

     

    Pour être parfaitement exact, les Chinois ne veulent jamais négocier multilatéralement. Ils ne sortent jamais du cadre bilatéral des négociations. On imagine bien que dans une négociation entre la Chine et le Brunei, Pékin serait très légèrement avantagé… C'est très dangereux. En mer de Chine méridionale, Pékin a eu une politique de fait accompli, en s'emparant de récifs qu'on appelle en droit international des terra nullius, des rochers qui n'ont jamais appartenu à quiconque. Voici que les Chinois veulent construire une «muraille de sable» en transformant les îlots Paracels et Spartleys en autant de bases aériennes. Par une stratégie de construction de grandes îles artificielles, la Chine s'est dotée de bases militaires, aériennes et navales, qui sont beaucoup plus proches des Philippines ou du Vietnam que de ses propres côtes… Elle prétend interdire à 12 milles marins des côtes autour de ces récifs l'accès aux navires étrangers et bénéficier de la zone économique exclusive à 200 milles des côtes qui accompagne un territoire.

     

    Aujourd'hui, les Chinois sont extrêmement violents contre les pêcheurs vietnamiens qui s'aventurent dans le prétendu espace économique chinois.

     

    L'appétit territorial de Pékin en Mer de Chine méridionale sur les archipels des Paracels et des Spratleys est proprement hallucinant - en mer de Chine orientale, il y a le problème des îles Senkaku avec le Japon, qui est tout aussi préoccupant. Les tensions sont encore gérées, mais vous ne pouvez pas exclure que Xi Jinping dérape un jour gravement. D'abord parce qu'il a davantage de pouvoirs qu’auparavant : il est moins contrôlé qu'il ne l'était avant par les six autres membres du comité permanent du bureau politique. Le pouvoir collégial chinois au sein du comité permanent est moins collégial qu'avant. Il y a un retour au culte de la personnalité et à un homme fort à la tête de l'Etat. L'économie, qui se tasse aujourd'hui, peut demain faiblir sévèrement, du fait notamment d'un système bancaire complètement opaque, qui peut s'écrouler. Vous ne pouvez pas exclure malheureusement que, à cause de telles insatisfactions internes en Chine, Xi Jinping fasse appel au nationalisme pour ressouder le peuple et que vous ayez ensuite un engrenage infernal.

     

    Il ne faut pas oublier que les Etats-Unis d'Amérique ont des accords stratégiques dans la région, notamment avec les Philippines, le Japon et la Corée du Sud. Les Etats-Unis d'Amérique ont même levé l'embargo des armes à l'égard du Vietnam! C'est extraordinaire, alors que l'embargo militaire américain et européen contre la Chine tient toujours depuis Tienanmen! En réalité, la Guerre de 1914 a commencé sur une situation de départ beaucoup moins explosive. Vous ne pouvez pas exclure un engrenage infernal suite à des incidents navals, etc. qui seraient possibles dans le cadre d'une Chine chauffée à blanc par le nationalisme. Ceci est déjà arrivé dans l'histoire récente, avec des pays évidemment moins importants, comme les dictateurs argentins qui ont tenté de ressouder le peuple en prenant de force les Malouines en 1982.41TAkxBVREL._SX317_BO1,204,203,200_.jpg

     

    Quelle est la stratégie américaine adoptée face à cet expansionnisme maritime chinois ?

     

    Les Etats-Unis d'Amérique ont réalisé leur changement stratégique de «Pivot towards Asia» (pivot vers l'Asie) et se désintéressent du Moyen-Orient, comme le montre la politique de «rule from behind» (gouverner par derrière) du président Obama au Levant. Ce n'est pas pour rien que les Etats-Unis cherchent aujourd'hui un compromis en Syrie avec les Russes, qui ont pris l'avantage.

     

    Comme l'a illustré la récente visite de Barack Obama au Vietnam (21-24 mai) puis au Japon (24-28 mai), les Américains ont un intérêt très clair pour l'Asie et l'Océan pacifique. Leur objectif est de maintenir coûte que coûte la liberté des mers. Washington ne peut accepter, dans ce cadre, l'appropriation des Paracels et des Spartleys par la Chine. Le pivot américain est clair au regard des forces navales américaines : plus de 60% de l'US Navy, qui est de très loin la première force navale du monde, est maintenant dans cette zone. Elle correspond avec la montée en puissance exponentielle de la flotte chinoise. Un signe de cette course aux armements est particulièrement éclatant. Jamais l'Australie, qui est un pays rationnel et non belliqueux, n'aurait acheté pour 34 milliards d'euros douze sous-marins au Français DCNS si le pays n'était pas extrêmement inquiet par la menace chinoise.

     

    Comment Barack Obama parvient-il à constituer un équilibre avec Pékin ? Cet équilibre régional est-il durable ?

     

    Les Chinois expliquent que les Etats-Unis n'ont rien à faire dans cette région. Ils ne manquent pas de rappeler que leur implication dans cette région a toujours été catastrophique, en faisant bien sûr allusion à la guerre du Vietnam. Pourtant, aujourd'hui, mêmes les premiers concernés de ces errances américaines passées, les Vietnamiens eux-mêmes, ont changé d'avis. Ce sont les Chinois, par leur maladresse, qui se sont aliénés tous les pays asiatiques alors qu'ils étaient plutôt bien vus au départ dans la région. Le retour triomphal des Etats-Unis en Asie n'est pas dû à une implication politique américaine impérialiste. Ils ont bien davantage répondu à la panique des autres pays face à la Chine. N'oublions pas que le précédent président philippin a comparé Xi Jinping à Hitler.

     

    Les Américains sont donc revenus en force, mais ils ont eu avec Barack Obama une politique assez balancée. Cela signifie que sur le fond l'affaire - par exemple les revendications de souveraineté en Mer de Chine méridionale - Washington ne se prononce pas. Les Américains acceptent en fait la première partie de la dialectique chinoise aux termes de laquelle Washington n'aurait rien à faire en Asie. Les Américains se placent non d'un point de vue asiatique, mais seulement du côté du droit international maritime dont ils veillent au respect. Les Américains n'ont pas à départager le Japon et la Chine sur la souveraineté des îles Senkaku ou la Chine et les Philippines sur celles des Spratleys. Ils n'ont pas davantage à déterminer comment les pays frontaliers pourraient répartir entre eux les richesses halieutiques et géologiques de la mer de Chine méridionale, etc. Au contraire, Barack Obama précise bien que c'est aux pays concernés de mener des conférences multilatérales pour gérer ensemble ces richesses marines.

     

    Il est certain que nous ne pouvons pas accepter la politique du fait accompli de Pékin. Les Chinois mènent en Mer de Chine méridionale une politique de force inadmissible. Toutes les puissances asiatiques, ainsi que l'Australie, sont inquiètes par la Chine. Jusqu'à maintenant, les choses sont contrôlées grâce au dialogue stratégique qui se tient chaque année au plus haut niveau entre les Etats-Unis et la Chine. La diplomatie fait tout à fait son ouvrage dans la mesure où Barack Obama accorde de la considération à la Chine, tout en étant ferme sur les principes de la liberté de navigation. C'est dans ce cadre qu'il donne régulièrement l'ordre aux destroyers de l'US Navy de longer les Spratleys et les Paracels à deux milles des côtes et non à douze, et sans demander l'autorisation aux Chinois.

     

    Pour l'instant, Donald Trump n'a pas pris la peine de décrire les contours précis de sa politique étrangère. Mais le fait qu'il privilégie l'intuition à la réflexion est loin d'être un bon signe. Inversement, on peut faire confiance à Hillary Clinton pour s'opposer avec fermeté au dangereux expansionnisme maritime chinois. Mais la candidate démocrate, si elle est élue, aura à gérer un dossier chinois beaucoup plus complexe que celui d'Obama car la Chine actuelle est beaucoup plus agressive que celle des Jeux Olympiques de 2008.

     

    Il demeure donc que le principal risque de guerre à grande échelle, demain ou plutôt après-demain, provient de cette région asiatique car on ne voit pour l'instant aucun début de solution globale se mettre en place. Et un engrenage des alliances et des représailles serait fatidique sur fond d'une population chinoise chauffée à blanc dans son nationalisme par un pouvoir autoritaire, qui n'arriverait pas à la maintenir tranquille par toujours plus de consommation.

     

  • Ça se confirme : Erdogan a été sauvé par les généraux kémalistes

    Combien de temps faut-il pour être informé des réalités d’un coup d’Etat ? Beaucoup, et nous avançons prudemment. Pourtant, petit à petit, des réalités se dessinent. Je rappelle que toute contre-info est bienvenue.

     

    Les bases du putsch se confirment

     

    Le premier point est une incroyable carence du service de renseignement, le MIT, pourtant sur les charbons ardents avec ce qui se passe sur la frontière syrienne. Les premiers actes internes de l’armée ont eu lieu vers 16 heures, mais Erdogan a été avisé par son beau-frère dans la soirée, vers 20 heures, et s’est trouvé dans l’incapacité de joindre alors le patron du MIT.

     

    Ensuite, s’il y a dans ce coup d’Etat une improvisation qui surprend – notamment, pourquoi commencer les opérations publiques un vendredi soir d’été à 21 heures, quand toute la population est dans la rue ? – le commando qui était en route pour s’occuper d’Erdogan avait pour mission de le descendre, et ça s’est joué à un quart d’heure près. Le genre de truc qui vous fait réfléchir, et qui laisse des traces.

     

    Enfin, si Erdogan a pu quitter sa résidence, et rejoindre l’aéroport Atatürk à Istanbul, c’est parce que des généraux kémalistes ont pris sur eux d’assurer sa sécurité aérienne, alors que des avions putschistes étaient dans le ciel.

     

    Alors Gülen ?

     

    Le chef d'état-major, Hulusi Akar, a été placé sous surveillance militaire, avec contrainte physique et menacé armée, pendant 20 heures pour signer une déclaration indiquant que les putschistes annonçaient avoir pris le pouvoir, mais il a refusé. C’est lui qui explique que les généraux putschistes voulaient le mettre en lien avec Fethullah Gülen.

     

    Au sens judiciaire, nous n’avons pas les preuves. Mais nous devons constater que :

    (1) la déclaration d’un chef d’état-major ce n’est pas rien,

    (2) la répression actuelle, brutale, vise essentiellement les réseaux Gülen, et non l'opposition de gauche et kurde;

    (3) pour le moment, Gülen n’oppose pas grand-chose pour contredire Erdogan.

     

    L’Occident ?

     

    Erdogan a eu la vie sauvée de justesse grâce à l’armée, et ce vécu l’oblige à de solides remises en cause.

     

    Le plus évident est que des pans entiers de l’appareil d’Etat, sur lesquels il comptait, parce qu’islamistes, ont lâché, alors que les piliers de l’armée kémaliste ont tenu bon. Ça, ça change beaucoup de choses. 

     

    Le régime a aussi mesuré à la loupe les réactions des Etats le temps du putsch. Cela a amené Erdogan à reconnaître que son ennemi El Assad avait immédiatement condamné le putsch, quand tant d’autres « alliés » attendaient prudemment que ça se passe, visiblement prêts à accepter beaucoup pour tourner la page Erdogan. Celui-ci dénonce désormais : « Malheureusement, l'Occident soutient le terrorisme et se range aux côtés des putschistes. Ceux que nous imaginions être nos amis prennent le parti des putschistes et des terroristes ».

     

    Le poids des alliances

     

    Les options diplomatiques d’Ankara donnent le tournis, alors que se profile une visite d’Erdogan en Russie, pour rencontrer Poutine. Il se dit que la Russie serait intervenue de manière très utile lors des heures brûlantes, et meurtrières, du coup d’Etat.

     

    Bon. Mais dans le même temps, la Turquie d’Erdogan veut tout faire pour obtenir le renversement du régime de Bachar,… et s’opposer au territoire kurde indépendant, que soutiennent les Etats-Unis et la France. Elle dit aider la résistance palestinienne, alors qu’elle affiche le rétablissement de ses relations diplomatiques avec Israël, dans un grand deal tripartite avec l’Arabie Saoudite. Et surtout, la Turquie reste un pilier de l’OTAN.

     

    Dans cette région du monde, il est impossible de faire sans la Turquie, ce grand Etat de 75 millions d’habitants, à l'emplacement stratégique, et les Etats occidentaux tournent en rond, avec des taux d’hypocrisie pathologiques. Aussi, la vraie réponse ne peut venir que de Turquie : soit elle revient à sa politique étrangère de zero problem avec les voisins, quels qu’ils soient - ce qui veut dire faire des concessions à tous et ne jouer que dans ses frontières - soit elle maintient sa volonté d’être puissance dominante. Mais il lui faudra assumer les critiques contre les pays occidentaux, et alors prendre ses distances vis-à-vis des boss de l’OTAN. Ce qui semblait impensable avant le coup d’Etat.

     

    Ce serait un bouleversement, et ça ne peut se jouer que par petites touches. Attendons la rencontre Erdogan – Poutine de ce début aout, et surveillons les infos.  

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  • Trump favori

    La presse mainstream s’était amusée de ce Trump hors norme, qui allait nécessairement se ramasser aux primaires, puis elle avait prophétisé qu’il se ferait virer lors de la Convention du Parti républicain, et sur le même ton, elle nous explique maintenant que Trump va se faire balayer par Hillary. Sauf que c’est lui le favori.

     

    La vraie campagne commence, et nous allons suivre ça avec intérêt. Je rappelle que dans la mesure où les États-Unis (Amérique du Nord, territoire indien occupé) se mêlent de notre vie sans retenue, nous avons le devoir citoyen de nous immiscer dans cette élection, qui aura beaucoup d’influence sur notre existence.

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    L’Irak

     

    Hillary Clinton est addict à l’interventionnisme US à travers le monde, et elle avait approuvé l’agression de George W. Bush contre l’Irak, avec les mensonges et les massacres associés. Quand on parle impunément de « guerre contre le terrorisme », il faut se rappeler que cette équipe-là a fait 200 000 morts en Irak, essentiellement des civils, et que les Irakiens sont des êtres humains comme les autres, même si cela ne semble pas toujours évident. Donc, Madame approuve le terrorisme, quand c’est le sien. Je le note, ça m’intéresse.

     

    Pour nombre d’électeurs de gauche US, c’est une marque indélébile, car non seulement car le choix d’origine a été dramatique, mais Hillary Clinton n’a jamais eu le moindre remord, même après la démonstration des mensonges d’État.

     

    Madame la femme

     

    Mais le gros problème, c’est son impopularité, qui doit tant à cette posture : « Je suis une femme, et donc je dois être élue ». Bref, le triomphe du féminisme est de profiter de la notoriété de son mari et des réseaux qu’il a su créer.

    - Oki, Hillary. Mais tes idées ?

    - La ferme, je suis une femme.  

     

    Lors de la convention, Hillary Clinton, qui se sait très mal dans l’opinion, a commis une vraie faute stratégique : comme c’est la grande messe du parti, elle devait s’imposer en tant que leader, trouvant un discours pour parler au peuple. Or rien de cela. Elle est restée en coulisse, attendant d’être adoubée par Michelle Obama, Bill Clinton – qui a deux ou trois choses à se faire pardonner – et le grand frère Barack Obama. C’est la reproduction du modèle, en mode féminin : une catastrophe.

    Alors que la société étasunienne est minée par des problèmes économiques et sociaux, et que l’interventionnisme US est devenu illisible, Hillary Clinton fonce comme si de rien n’était. Obama a gagné parce qu’il était black,… alors je vais gagner parce que je suis femme, et celui qui me pose une question est un antiféministe.

     

    Bernie Sanders, méprisé lui-aussi comme anecdotique, a apporté le seul dynamisme de la campagne démocrate, et ses partisans vont plus que traîner les pieds pour faire campagne pour une personne qu’ils ressentent autoritaire et malhonnête.

    - Encore les mails ?

    - Oui, et le financement.

    - OK, mais tu es ouf, on ne va quand même pas voter Trump ?

    - Et pourquoi pas ? Le mandat de Obama a bien montré que le centre de pouvoir était au Congrès et dans les cercles dirigeants de l’industrie de l’armement. Alors pas de quoi se traumatiser avec ce vote secondaire…

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  • Robot tueur : Un problème éthique ?

    C’est passé comme une lettre à la poste. A Dallas (Amérique du Nord, territoire indien occupé) la police a envoyé contre un délinquant un robot tueur chargé d’explosifs, pour faire péter le mec. Et c’est exactement ce qui s’est passé. Donc, dans une des plus grandes villes des Etats-Unis (1,3 millions d’habitants), le chef de la police renonce à maîtriser une situation, et fait exploser un concitoyen.

    - L’enquête progresse ?

    - Fous nous la paix avec ton enquête. Notre robot a liquidé le mec.9782080700575.jpg

    Et des commentaires hallucinants : Oui, mais bon,… ça pose un problème éthique. Ethique ? Non, strictement juridique : un assassinat (meurtre avec préméditation) commis par le chef de la police ! Spinoza, reviens, ils sont devenus fous…

    Je me garde bien de parler de la police de Dallas, dont je ne sais rien, et qui a priori rend des comptes assez sérieux sur son action.

    La question posée, c’est le fait d’avoir le 8 juillet 2016 lâché contre Micah Johnson, un jeune retraité de la guerre en Afghanistan, 25 ans, un robot guidé pour faire exploser une bombe et tuer.

    David Brown, le chef de la police, n’a pas été trop loquace, expliquant que remplir sa mission – arrêter les délinquants et les présenter à un juge – « aurait fait courir un grand danger aux policiers ». Certes. Mais ça ne va pas suffire à nos cerveaux rationnels.

    Le robot tueur est une arme. Dans un Etat de droit, les armes confiées à la police sont listées par les textes. Première question : quelle loi ou quel décret décrit les caractéristiques de cette arme ? Qui décide de l’acquisition de telles armes ? Les robots sont utilisés en temps de guerre, sur le théâtre des opérations. Comment une arme de guerre peut-elle se retrouver dans les mains de la police ?

    Tuer avec intention est un crime. David Brown affirme que c’était la seule solution possible. Qui a pris la décision, et comment ? Y-a-t-il une réunion de staff ? Il y a sûrement une concertation avant de constater que la police est impuissante à tel point que la seule solution est d’envoyer une bombe sur le type. Alors ça se discute où, le choix de tuer ? A partir de quelles infos ? De quelles lois ? De quels critères ? Y-a-t-il le contrôle d’un juge ? D’un procureur ? L’ordre est-il écrit ? Qui a accès au compte rendu ? Mike Rawlings, le maire de Dallas, a approuvé. Mais le maire a-t-il des pouvoirs judiciaires ? Et il a quelles infos pour se prononcer ? Il sait quoi de l’arme ? La police a-t-elle violé le secret en lui donnant des informations confidentielles ?

    C’est quand même sidérant : un robot tueur a largué une bombe sur un concitoyen, et il n’y a pas le moindre contrôle judiciaire. J’espère vivement que la famille de Micah Johnson va déposer plainte, pour que l’on sache dans quel cadre juridique et en fonction de quelles décisions humaines un robot peut tuer.

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  • CIA : La médecine tortionnaire

    Voici une saine lecture pour qui s’intéresse aux valeurs de l’Occident, quand elles sont mises en œuvre par la sympathique CIA : «Guide de l’équipe médicale sur le soutien médical et psychologique à l’extradition, l’interrogatoire et la détention de détenus». Une lecture effroyable. 35 pages pour expliquer le rôle de nos médecins des valeurs dans la pratique des traitements inhumains et dégradants, bref la torture, parmi d’autres documents tout aussi accablants que la CIA a été obligée de déclassifier, suite aux actions des activistes étasuniens, my friends... Prenez le temps de lire. Là, c'est du vrai de vrai, les documents à l'état brut. 

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    «Les terroristes capturés transmis à la CIA pour interrogatoire peuvent être soumis à un large éventail de techniques autorisées par la loi, toutes utilisées par l’armée américaine dans leur programme d’entrainement. Elles visent à "disloquer" psychologiquement le détenu, maximisant sa sensation de vulnérabilité et d’impuissance et réduisant ou éliminant sa volonté à résister à nos efforts pour obtenir des renseignements essentiels. Elles incluent : le rasage, le déshabillage, l’aveuglement, l’isolement, le bruit de fond ou la musique forte (à un niveau de décibels élevé sans endommager l’audition), la lumière ou l’obscurité continue, l'atmosphère inconfortable, le changement des habitudes alimentaires, l'entravement, la privation de sommeil, les coups sur le visage, les coups sur les abdominaux, les jets d’eau, les positions inconfortables, le walling [méthode consistant à pousser violemment un détenu contre un mur], le confinement étroit et la simulation de noyade.»

    Le Guardian explique le rôle décisif des médecins pour permettre de pousser au plus loin ces méthodes. Dans le «guide», les médecins reconnaissent que la simulation de noyade «comporte des risques potentiels, particulièrement lorsque la procédure est répétée » mais ils autorisaient des sessions s'étalant sur deux heures, jusqu'à deux fois par jour.

    C’est l’une des règles les plus sûres du droit international : la torture, en toute circonstance, est un crime. Vivement qu’on colle ces salopards – les médecins et leurs commanditaires – au trou. Ces salopards qui faisaient même de l’expérimentation humaine… Des crimes d'une extrême gravité.

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