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20/05/2016

Palestine : La France organise sa prochaine humiliation

François Hollande, le seul chef d’État du monde à avoir approuvé Netanyahou lors de l’opération militaire contre la population de Gaza lors de l’été 2014 – « Faites ce qui est nécessaire pour votre sécurité » – celui qui a renoncé à ce qu’était la politique arabe de la France, celui qui, avec une fidélité absolue, approuve la politique d’Israël et de l’Arabie Saoudite, a décidé d’inclure dans son calendrier de campagne électorale pour 2017 une conférence sur le conflit israélo-palestinien. La France, qui ne vaut plus un clou dans la région – au point de se trouver éjectée de notre cher Liban – va organiser ce cirque… sans aucune préoccupation pour les populations concernées, mais seulement pour parler à son opinion intérieure.

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Le but du jeu est bien entendu de faire comprendre qu’il y a des solutions mais que les Palestiniens les refusent. Pour mémoire, notre électoraliste gouvernement avait affirmé dans un premier temps que si sa géniale conférence n’était pas conclue par un succès, la France reconnaîtrait la Palestine comme État. Les promesses… Netanyahou a froncé un sourcil, et Hollande s’est calmé.

La réunion est tellement importante qu’elle va se tenir sur… un jour (le 3 juin) ! On annonce 20 délégations, qui auront au plus cinq minutes pour s’exprimer… On peut donc en rester là : l’essentiel est que le jité passe de jolies images.

La France encouragerait donc une solution à deux Etats ? Ah bon ? Regardons un peu cela.

- Personne n’imagine un État qui soit mité par des localités et des routes dépendant d’un État étranger. Donc pour qu’il y ait deux Etats, il faut supprimer les colonies israéliennes existantes en Cisjordanie.

- Non. C’est une raison de sécurité. Il n’y a pas de discussion possible sur ce plan.

- Personne n’imagine un État qui ne dispose pas d’une capitale, et il faut donc que Jérusalem, au moins Jérusalem-Est, soit capitale de l’État palestinien.

- Non. C’est une raison de sécurité. Il n’y a pas de discussion possible sur ce plan.

- Personne n’imagine un État qui ne dispose pas de la continuité territoriale, il faut donc que les habitants de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza puissent circuler librement chaque jour.

- Non. C’est une raison de sécurité. Il n’y a pas de discussion possible sur ce plan.

- Personne n’imagine un État qui puisse être soumis au blocus militaire d’un autre, ce en violation de toutes les conventions internationales car il s’agit de la punition collective d’un peuple.

- Non. C’est une raison de sécurité. Il n’y a pas de discussion possible sur ce plan.

- Personne n’imagine que les ressortissants d’un Etat, donc que des Palestiniens, ne puissent revenir, même avec un visa de touriste, sur la terre de leurs aïeuls et donc retrouver la maison dans laquelle ont vécu leurs parents.

- Non. C’est une raison de sécurité. Il n’y a pas de discussion possible sur ce plan.

- Bon, je vois que c’est compliqué. Mais personne ne peut imaginer un État où il n’y a pas un territoire, une population et un gouvernement disposant de toutes les prérogatives de l’Etat.

- Non. C’est une raison de sécurité. Il n’y a pas de discussion possible sur ce plan.

- Alors la réunion du 3 juin, c’est un grand dîner des cons ?

- Oui. Il n’y a pas de discussion possible sur ce plan. 

17/05/2016

C’est la CIA qui a envoyé Mandela en prison pour 28 ans

Un agent de la CIA planqué en consul qui livre un militant démocratique à un régime pourri et sanguinaire. Un complot, un vrai, et c’est comme ça qu’a été arrêté Nelson Mandela. Désolé pour ceux qui croient que la CIA est une sorte de centre social et philosophique.

En 1962, l’apartheid vivait sa vie heureuse en Afrique du Sud, et le monde occidental – le monde des valeurs –soutenait ce bon régime qui combattait les antiracistes du Congrès national africain, l’ANC.

Nelson Mandela, 44 ans, était leur leader, très précisément le dirigeant de la branche militaire de l’ANC. Car la lutte pour les droits de l’homme peut passer par la lutte armée. Mandela expliquait que c’est l’oppresseur, par ses méthodes, qui désigne les armes que doit utiliser la résistance. Relaxé en 1961 lors d’un long procès médiatisé, Mandela avait ensuite choisi la clandestinité, sous le nom de David Motsamayi, exerçant comme chauffeur d’un éthiopien blanc. Leader redouté d’une lutte implacable, il s’était mis à l’abri.

Tout a basculé le 5 août 1962, quand Mandela a été arrêté à un barrage de la police, près de Durban. Direction la prison, pour en sortir vingt-huit ans plus tard.

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Une dénonciation ? Oui,… mais de qui ? Qui avait bien pu le livrer aux patrons de l’apartheid ?

Tout le monde pensait que c’était une réalisation des Etats-Unis (Amérique du Nord, territoire indien occupé), qui étaient le soutien number one du régime d’apartheid, par haine du communisme et amour de l’uranium.

Alors qui ?

L’info vient du réalisateur britannique John Irvin, via une interview au Sunday Times. John Irvin, dans le cadre de la préparation d’un film Mandela's gun – la vie de Mandela armé – avait reçu les confidences l’ex-vice-consul à Durban, Donald Rickard, peu avant sa mort. Un agent de la CIA planqué en vice-consul, qui a reconnu être l’auteur de la dénonciation.

« J’ai découvert quand il venait à Durban, et comment il venait... C’est à partir de là que j’ai été impliqué et que Mandela a été attrapé », a confié Rickard. Il explique que, pour ses patrons, « Mandela était le plus dangereux des communistes hors URSS ». Dès lors, pas de scrupule pour le livrer aux chiens : « Il aurait pu déclencher une guerre en Afrique du Sud. Les Etats-Unis y auraient été impliqués contre leur gré et les choses auraient pu tourner au désastre. Nous dansions au bord du gouffre et il fallait que ça cesse, et donc que Mandela soit arrêté. J'ai mis un terme à cela ».  

L’interview est d’autant plus intéressante qu’elle confirme des soupçons. En 1978, à la fin de sa mission en Afrique du Sud, le mec avait raconté à des proches sa fierté d’avoir fait tomber Mandela. En 1990, juste après la libération de Mandela, l'agence Cox News avait rapporté le propos du patron de la CIA à Pretoria, Paul Eckel : « Nous avons livré Mandela à la branche sécurité sud-africaine. Nous leur avons donné tous les détails : comment il serait habillé, l’heure de la journée, où il serait exactement. Ils l’ont ramassé. C’est un de nos plus beaux coups ».

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D’autant plus crédible, que le pouvoir US, qui a envoyé le Guignol Obama en mission pour chouigner dans la cellule de Mandela, s’illustre par son hostilité au nouveau régime d’Afrique du Sud. La pourriture est tenace. 

Le Congrès étasunien n’a adopté de législation anti-apartheid, accompagnée de sanctions économiques, qu’en 1986. Mandela, libéré en 1990, président d’Afrique du Sud entre 1994 et 1999,… est resté sur la liste US des personnes soupçonnées de terrorisme jusqu'en 2008...

Plusieurs activistes de la liberté d’information ont demandé la déclassification des archives concernant Mandela. Rien, refus total, et la CIA a trop de travail pour faire ces recherches. Ce mois de mars, un juge fédéral a considéré que les demandes étaient légitimes et que l'argument de la surcharge de travail n'était pas recevable. Mais rien n’a suivi.

Selon le porte-parole de l’ANC, Zizi Kodwa, le combat que la CIA a engagé avec l'ANC n'est pas terminé. La CIA continue de collaborer avec les partisans d’un changement de régime : « Les révélations du Sunday Times confirment ce que nous avons toujours su : qu’ils travaillent contre nous, et c’est encore le cas aujourd’hui. Nous observons ces temps-ci que des efforts sont faits pour saper le gouvernement démocratiquement élu de l’ANC. Il ne s'agit pas d'une théorie du complot, mais d'un motif récurrent à travers l'Histoire ».

Le petit-fils de Nelson Mandela, Mandla Mandela, évoque «une trahison». Il demande à Obama, de s’excuser et de divulguer le détail des événements qui ont conduit à l’arrestation de son grand-père.

- Oh, fiston, je crois que tu manques encore un peu de lecture. Etudie l’histoire, avant de mendier la vérité aux criminels.

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03/05/2016

Le médecin pakistanais qui a permis l’assassinat de Ben Laden croupit en prison

url1.jpegOn se rappelle de la formule d’Obama après l’exécution d’Oussama Ben Laden à Abbottabad, le 2 mai 2011 : « Justice has been done ». Sauf que c’était tout, sauf la justice. Il s’agissait d’un assassinat – exécution d’un homme qui dort et qui n’avait pas été jugé, même par contumace – et d’une violation grave de la souveraineté pakistanaise, car le commando US n’avait aucun droit pour conduire une opération militaire sur une terre qui n’était pas la sienne. Et ces invraisemblables scènes de liesse à New York...

Précision. Je rappelle qu’on se contrefiche de Ben Laden, qui ne pensait qu’à sa gueule, a causé des ravages dans le monde musulman, et n’a jamais su que la question palestinienne existait. Fin de la précision.

Le sort des personnes, dès lors qu’elles ne sont pas « américaines », Obama s’en contrefiche. Au cours de son premier mandat, il a ordonné 4.700 exécutions – trois par jour – et on doit en être actuellement à 8 ou 9000. Le mec si cool qui dépasse l’Iran et l’Arabie Saoudite à lui tout seul...

Pour l’assassinat de Ben Laden, vu le bénéfice politique à en tirer, les US ont joué leur carte perso à 100%, abandonnant leurs meilleurs alliés. Voici l’histoire du Dr Afridi, un médecin pakistanais.

Début 2011, les services US étaient persuadés que la grande maison d’Abbottabad était occupée par des dignitaires d’Al-Qaïda. Mais pour vérifier qui y logeait, impossible de passer par les services pakistanais, car les US ne jouent que pour eux.

L’idée de la CIA a été de mener une fausse campagne de vaccination contre l'hépatite B dans la ville, histoire d’entrer dans les maisons et de récupérer des souches ADN. Un complot ? Un vrai de vrai, ma chérie.

Par manigances, la CIA a recruté un toubib, le Docteur Shakeel Afridi, qui exerçait loin de là, dans la région de Khyber, près de la frontière afghane. Le Docteur Afidri est arrivé à Abbottabad en mars 2011, payé pour être l’organisateur d’une fausse campagne de vaccination contre l’hépatite B.. Pour faire vrai, on avait disposé des affiches dans la ville, et les habitants des quartiers pauvres avaient été vaccinés en mars. Puis, en avril, le docteur et ses infirmières ont continué leur campagne à Bilal Town, le quartier résidentiel où Oussama Ben Laden vivait. Des gens plein d’oseille à qui on propose des vaccinations gratuites ? Ah tout ce que l’on peut faire avec de si jolies ONG humanitaires…20182376.jpg

Grace à des démarches présentées comme systématiques, une des infirmières de la campagne est parvenue à se rendre dans la maison de Ben Laden, pour prélever des échantillons afin de recueillir de l’ADN permettant d'identifier Ben Laden. Les prises ont été transmises chez l’Oncle Sam, qui a fait le rapprochement car des membres de la famille Ben Laden avaient été soignées aux US. Secret professionnel, va te faire voir, c’est la guerre contre le terrorisme.

Tout était open, et Obama a donné l’ordre d’assassiner.  

Le Docteur Afidri a été arrêté lendemain du raid. Le 23 mai 2012, il a été condamné à trente-trois ans de prison pour des liens avec un groupe islamiste armé, un coup tordu pour lui faire payer d'avoir secrètement aidé les Etats-Unis. En 2014, sa peine a été ramenée à 24 ans. Le fait de collaborer avec un Etat tiers, qui va violer la souveraineté de votre pays pour une opération militaire, est de la trahison. Et une humiliation.

Cette manip’ a eu des effets délétères. Les campagnes de vaccinations ont été dénoncées comme des procédés d’espionnage, et fin 2012, les attaques contre des employés des services de santé, notamment ceux vaccinant contre la polio, avaient fait au moins 78 morts. Oki ?

Leon Panetta, qui était alors secrétaire à la Défense des États-Unis, a confirmé le rôle du Dr Afridi, et expliqué que poursuivre une personne qui avait contribué à l’arrestation d’un «terroriste» était «une véritable erreur». Donc, Dr Afridi, je pense bien à toi.

Sauf que maintenant, la question pour les US, c’est les pourparlers avec les talibans afghans, et pour ce faire, il faut dealer avec le Pakistan.

Alors, le Dr Afridi peut bien croupir en prison. Obama est passé à autre chose, et puis, il été tellement drôle l’autre soir au dîner annuel des corres­pon­dants à la Maison Blanche. Si le Dr Afridi a la télé dans sa cellule, il a dû apprécier.

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30/04/2016

Hôpital de Kunduz : MSF doit s’expliquer sur son attitude

Quand les médecins font de la médecine, nous n’avons rien à en dire, mais tout change quand il s’agit de médecine humanitaire car cet exercice est intimement lié au droit.

En cause, l’affaire de l’attaque par l’aviation étasunienne, dans la nuit du 3 au 4 octobre 2015, de l’hôpital de Kunduz en Afghanistan, géré par Médecins sans frontières (MSF).

En deux mots…

La grande ville de Kunduz venait de passer aux mains des Talibans, une très grosse prise. L’attaque avait été fulgurante, et très vite le calme avait été rétabli. Au moment de l’attaque, la ville était tombée depuis quelques jours, et il n’y avait aucune activité militaire. 

L’hôpital de Kunduz était le seul crédible de la région, parfaitement connu, ses coordonnées GPS étant enregistrées depuis des lustres par les armées afghanes et étasuniennes.  Un avion étasunien, un AC-130, après plusieurs survols, a bombardé le bâtiment central de l’hôpital par une série de rotations entre 2 h 08 et 3 h 15. MSF a donné l’alerte dès le premier tir, mais en vain. Bilan : 42 morts, et l’hôpital détruit. Motif : les US avaient repéré des appels téléphoniques d’un chef taliban soigné dans l’hôpital.

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Et ensuite ?

MSF réclame une enquête internationale… ce qui ne veut absolument rien dire et laisse donc toute opportunité aux États-Unis de faire la lumière sur propres méfaits.

Conclusion ce vendredi par le général Joseph Votel, patron du commandement de l'armée américaine pour le Moyen-Orient et l'Afghanistan (Centcom). C’est-à-dire que ce n’est pas un service d’instruction un peu autonome qui enquête, mais le commandement lui-même. Et bien le résultat est absolument surprenant : il y a eu des « erreurs » et des « ratés », mais rien qui ressemble à un crime de guerre. Joseph Votel adopte la ligne de défense de Sven Mary : les cadres militaires de l’aviation US sont des petits cons, qui ont l’intelligence d’un cendrier vide. Des buses, incapables de commettre un tel crime.

Évidemment, ces conclusions étaient totalement attendues, et elles n’apportent donc rien. En revanche, ce qui est sidérant, c’est l’attitude de MSF.

L’ONG réaffirme qu’il s’agissait bien d’un crime de guerre et « exige » l'ouverture d'une enquête « indépendante et impartiale » qui serait conduite par une « commission internationale humanitaire » afin d'établir les faits. Le tout entouré d’une logorrhée verbeuse, qui permet à une presse assoupie de parler de l’intransigeance de MSF. Sauf que dans ce que dit MSF, tout est bidon.

MSF « exige »… mais auprès de qui ? et en fonction de quel texte ? quel cadre juridique ?  Ce n’est pas une exigence, mais un caprice. De plus, quel statut et quel pouvoir pour cette « commission internationale humanitaire » ? Le droit sans procédure ? C’est de la pure illusion, un spectacle de maniement des mots,… alors qu’il existe un moyen très simple d’avoir recours à une vraie justice, reposant sur de vrais textes, et pour prononcer de vraies sanctions.

L’Afghanistan a ratifié le traité de la Cour pénale internationale (CPI), et tout crime de guerre commis sur le territoire peut être jugé par la CPI. Il suffit de déposer plainte. Le gouvernement afghan ne le fera jamais car il en a pris l’engagement auprès des États-Unis, conditions imposées pour que les troupes US restent sur place. En revanche, une ONG peut parfaitement déposer plainte.

Donc c’est très clair :

- soit MSF dépose plainte devant la Cour pénale internationale, il y aura alors une enquête internationale visant l’application du droit ;

- soit MSF ne le fait pas, et se contente de ses discours verbeux, et chacun comprendra que l’ « ONG » (ie : non gouvernementale) est tellement liée au système occidental qu’elle ne peut rien faire contre les États-Unis. Dont acte.

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27/04/2016

Terrorisme, guerre : Chercher à comprendre, avec Gérard Chaliand

Dès qu’il entend le mot « terrorisme », le citoyen pavlovien doit aussitôt se lever, l’air, comme un soldat sur ressort pour s’écrier « guerre contre le terrorisme », et « il ne faut pas chercher à comprendre ». Bon,… et ça marche. L’exercice a aussi ses limites, et ça fait du bien de réfléchir, pour faire naitre de vrais désaccords.

Voici deux interviews de Gérard Chaliand, données à l’occasion de la publication de « Pourquoi perd-on la guerre ? Un nouvel art occidental », aux éditions Odile Jacob, que je recommande vivement. 

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« L'impact du terrorisme est surévalué »

Entretien avec Jean Guisnel, Le Point

Le Point.fr : Vous évoquez dans votre livre un « phénomène terroriste surévalué ». Pourquoi « surévalué » ?

Gérard Chaliand : Si on se reporte en 2001, Oussama Ben Laden avait promis l'apocalypse pour l'Occident. Nous avons connu des attaques en Espagne en 2004, Londres en 2005. En France, il ne s'est rien passé entre 1996 et 2011. Et depuis, nous déplorons deux tragédies à Paris en 2015, Charlie Hebdo et le 13 novembre. Puis Bruxelles, le 22 mars dernier. Statistiquement, depuis 2001, l'Occident au sens large a subi 2 % des attentats mondiaux. C'est la raison pour laquelle je parle de surévaluation. Le terrorisme a beaucoup tué en Asie et en Afrique. Mais beaucoup moins que la drogue. C'est pourquoi, notamment, je pense qu'il s'agit d'un phénomène mineur. Largement amplifié par les réseaux sociaux, mais aussi par la propagande des groupes djihadistes, ces enfants d'Hollywood qui nous connaissent parfaitement. Nos médias relaient leur propagande à gogo, en relayant l'angoisse et en participant allègrement à la psychose.

Vous écrivez que l'Afghanistan, l'Irak, la Libye sont des guerres « sans victoire ». Pourtant, depuis 2001, toutes les armées justifient leurs missions par ce type d'opérations…9782738134059.jpg

Certaines guerres ne doivent pas être menées. Celle de 2003 en Irak s'est faite sans la France et l'Allemagne qui, très intelligemment, n'y ont pas consenti. Les néoconservateurs se sont crus omnipotents et se sont lancés dans cette aventure sans préparation ni connaissance du terrain, contrairement à Bush senior qui, en 1991, s'était bien gardé de déloger Saddam Hussein. Les Américains ont ensuite voulu tordre le bras de Bachar el-Assad pour qu'il cesse d'aider le Hamas et le Hezbollah, pensant ainsi rendre service à leur allié principal, Israël. Ils n'auraient donc pas dû faire cette guerre en 2003, ou bien alors la préparer de façon intelligente. En Irak, c'est une caricature. Paul Bremer, qui ne connaissait rien au dossier irakien, a multiplié les bêtises. Le seul qui avait compris quelque chose, c'est le général David Petraeus, nommé trop tard. Quant à la Libye, l'ONU était d'accord pour protéger la population de Benghazi, mais c'est une guerre pour un changement de régime qui a été conduite. Il a fallu sept mois pour venir à bout d'un dictateur de troisième ordre et il faudrait que ce soit un succès ? Si les Russes avaient agi ainsi, on aurait hurlé au scandale, nous l'avons fait la main sur le cœur. En Afghanistan, j'ai très bien compris l'opération punitive après le coup du 11 septembre. Mais à partir de 2002, on a laissé les Pakistanais renforcer les talibans… Obama a été élu pour se dégager de ces bourbiers. Nous restons militairement excellents pour les guerres classiques. Pour les guerres irrégulières, c'est moins vrai.

Pourquoi écrivez-vous que l'État islamique est un « mouvement révolutionnaire condamné à perdre » ?

En Syrie, ce mouvement implanté à l'extrême est, à Raqqa, demeure marginal. Tous ses cadres importants sont irakiens et tous les volontaires qui l'ont rejoint depuis l'été 2014 sont des étrangers. Ce ne sont pas des Syriens, ils ne parlent pas la langue et s'il est possible de les utiliser pour faire la guerre, c'est impossible pour la mobilisation et le travail politique. C'est une autre paire de manches en Irak, il sera difficile de les déloger de la zone sunnite avec des troupes kurdes, donc pas arabes, et des chiites dont on sait très bien qu'ils n'ont cessé depuis dix ans de brider les sunnites. Leur problème, c'est qu'ils ont trop d'adversaires. Les bombardements les ont initialement contenus, mais ils les font désormais reculer.

Vous n'êtes pas seul à penser que la France n'est pas « en guerre » contre l'État islamique, ce serait leur faire « trop d'honneur ». Dès lors qu'elle répond aux attaques avec des moyens militaires et ses forces armées, ne jouez-vous pas sur les mots ?

Nous sommes partie intégrante d'un conflit qui nous concerne fort peu. Si nous étions en guerre, connaissant le fabuleux impact psychologique du terrorisme, la France suggérerait aux moyens d'information continue de se censurer. Que les chaînes d'information permanente arrêtent de relayer sans arrêt la propagande de l'autre ! La guerre imposerait une mobilisation, alors que la nôtre est nulle, inexistante. Nous avons une nuisance face à nous, c'est certes désagréable, mais nous ne sommes pas en danger. Les risques de mort par attentat terroriste sont inférieurs à un sur un million. C'est plus dangereux de traverser la rue. Le phénomène de la drogue sur le plan économique et social est autrement important que celui du terrorisme ! Sauf dans sa dimension psychologique, son impact est tout à fait mineur.

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« Pourquoi perd-on la guerre ? »

Entretien avec Pascal Bonniface, IRIS

En forte infériorité numérique, les Occidentaux ont néanmoins gagné la guerre durant la colonisation et, en supériorité technologique et numérique, ils les ont toutes perdues dans la période récente. Comment expliquer ce paradoxe ? 

Ce paradoxe apparent s’explique historiquement. Au XIXe siècle, la Révolution industrielle permet un bond en avant des Européens, qui est incompréhensible pour les sociétés afro-asiatiques, d’autant plus que celle-ci est préparée par le mouvement des idées depuis le XVIIIe siècle. Les sociétés asiatiques, bien que plus avancées, sont subjuguées par l’irruption brutale de l’Europe, origine du véritable choc de civilisations de l’époque contemporaine. Celles-ci tendent à se réfugier comme recours dans le religieux (comme les musulmans) ou la morale (comme les confucéens), mais elles sont divisées, sans cohésion nationale (cette idée nouvelle étant inconnue) et, du point de vue militaire, sans sanctuaire et sans soutien extérieur, deux facteurs indispensables dans le cadre des guérillas. 

Par la suite, les élites urbaines qui parlent peu ou prou la langue du colonisateur ou de l’adversaire, cherchent à imiter les institutions de celui-ci (parti, parlement, constitution, république, révolution jeune turque 1908, république chinoise 1910). En vain. Il faudra s’emparer de l’idée nationale et la retourner contre les Européens. Ce processus a lieu entre la Première et la Seconde Guerre mondiale, notamment « grâce » aux défaites infligées par les Japonais en 1942-43 en Asie aux Européens et à l’idéologie marxiste-léniniste très mobilisatrice. Ce processus avait été entamé en Chine par Mao qui transforme la guérilla en véritable guerre révolutionnaire dont le but est de s’emparer du pouvoir à travers la mobilisation des populations par les cadres, via la persuasion et/ou la coercition. Cet exemple est suivi par les Vietnamiens et l’aide extérieure est souvent fournie par l’Union soviétique.

En réalité, le prestige des Européens est perdu lors des occupations japonaises et l’esprit du temps se modifie de façon décisive. Le racisme ne peut plus être défendu (défaite de l’Allemagne hitlérienne), le droit à l’auto-détermination est accordé (1948), le colonialisme des Européens est condamné (les Américains y sont hostiles) et les luttes de libérations se multiplient. La France, pour sa part, livre en Indochine et en Algérie des combats retardateurs.

41yltBy-ZAL._SX327_BO1,204,203,200_.jpgLes troupes coloniales étaient immergées dans la population locale. Les troupes actuelles sont « bunkerisées ». Est-ce la raison de ce changement ? 

Bien sûr, les troupes coloniales étaient immergées dans les pays dominés. Les officiers - comme les troupes - restaient présents des années et connaissaient le terrain et les coutumes locales, sinon les cultures.

Aujourd’hui, la rotation des troupes est « au mieux » d’une année depuis la guerre du Vietnam, souvent moins pour les forces spéciales ,avec pour souci premier de ne pas avoir de pertes, ce qui tend à créer une mentalité de « bunker ». En dehors des opérations « coup de poing » on est plus gibier que chasseur. Et il faut noter que l’asymétrie la plus importante est non pas dans les armes ou la technologie mais dans l'idéologie. C’est l’Autre qui est intensément motivé.

Faut-il, dès lors, éviter toute intervention militaire occidentale sur des théâtres extérieurs ?

Les modifications dans les rapports démographiques dont nous n’avons pas encore pleinement pris conscience ; jouent leur rôle dans le paradoxal « zéro mort ». Il ne faut pas intervenir à tort et à travers sans connaissance du milieu concerné et sans une perspective politique destinée à créer une solution favorable justifiant l’investissement militaire.

À cet égard, la guerre d’Irak (2003), qui était une guerre de choix destinée à remodeler le « Grand Moyen-Orient », s’est révélée un fiasco, dû aux erreurs des néo-conservateurs qui s’imaginaient être omnipotents. « L’État islamique » est en grande partie le résultat de cette guerre de choix à laquelle étaient opposés bien des secteurs de l’establishment, notamment au Département d’État.

Que dire du désastre du conflit libyen dont les dégâts collatéraux dans la zone sahélo-saharienne sont essentiellement à la charge de la France ? Un engagement militaire est en principe destiné à déboucher sur une paix favorable.

 
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