Avertir le modérateur

Droit international

  • Syrie et armes chimiques : à propos du rapport des services secrets français, par le Professeur Nicolas Boeglin

    n_boeglin_3.pngVoici un texte de notre ami Nicolas Boeglin, Professeur de Droit International Public, Faculté de Droit, Université du Costa Rica (UCR).

    Ce 26 avril, la presse française a annoncé le contenu d´un rapport des services de renseignement français confirmant l´usage d´armes chimiques en Syrie le 4 avril dernier (voir le texte complet du rapport inclu dans cette note du Huffingthon Post). On lit (voir article de Le Monde) que "Les preuves recueillies par les services français complètent celles des Américains et des Britanniques. Elles sont accablantes pour Bachar Al-Assad, même si elles ne démontrent pas un ordre direct du dictateur syrien, seul véritable patron d’un arsenal chimique qui n’a donc pas été totalement détruit malgré ses engagements". La réaction prévisible de la Syrie s´est entendue 24 heures plus tard (voir note de l´Express). On remarquera que l´annonce de "preuves irréfutables contre la Syrie" par la France a été faite quelques jours avant le premier tour des élections (voir déclarations du chef de la diplomatie du 19 avril 2017 dans cette note de Le Parisien).

    Une légère sensation de déjà vu

    On rappelera également que dans un livre publié en France en 2014 par deux journalistes, "Les chemins de Damas", il y était precisé comment sont parfois rédigés certains rapports sur la Syrie de la part des services de renseignements: "Les informateurs avaient soulevé plusieurs questions dans leurs rapports concernant des événements qu’ils n’avaient pas pu vérifier comme l’utilisation de gaz sarin. Une des hypothèses faite par les informateurs dans leurs rapports était la suivante : "Il est possible que des bombardements classiques de l’armée syrienne sur un laboratoire clandestin des rebelles ait provoqué une fuite de gaz." Mais cette conclusion a été "purement et simplement coupée" du texte du rapport final" (voir note de presse de Sabah Ayoub publiée dans Le Grand Soir). Dans un commentaire sur cette publication, l´auteur commence en indiquant que: " Le livre français, les chemins de Damas, publié il y a quelques jours, provoque un scandale en révélant des éléments secrets sur la manière dont la présidence française a forcé le corps diplomatique et les services secrets français à se soumettre à la décision politique de renverser Assad, ainsi qu’à manipuler les rapports sur les armes chimiques et la réelle puissance du régime syrien".

    On notera aussi que, plus récemment, les services israéliens et français de renseignements ont affiché une coopération fort étroite concernant les armes chimiques en Syrie, comme l´opération dite "Ratafia" dévoilée par Le Monde au mois de mars 2017 (voir note parue dans Le Monde).

    La certitude des États-Unis, fondement d´une frappe aérienne illégale au regard du droit international

    Comme on le sait, en représailles à l’explosion de substances chimiques survenue à Khan Cheikhoun du 4 avril dernier, ayant causé la mort de 87 personnes, les États-Unis ont ordonné deux jours plus tard le bombardement de la base d’Al-Chayrat, d’où étaient partis, selon le Département d´État, le ou les avions de l´armée syrienne responsables. Cette opération militaire des États-Unis constitue une violation flagrante de la Charte des Nations Unies. Pour une analyse strictement juridique, nous renvoyons à celle du Professeur Marko Milanovic (Université of Nottingham) intitulée: "The Clearly Illegal US Missile Strike in Syria" publiée sur by EJIL Talk. On lit dans une analyse plus récente publiée en Belgique que le droit international:

    "... ne reconnaît pas de « droit » unilatéral d’intervention humanitaire. De même, la « responsabilité de protéger », consacrée par les membres des Nations unies en 2005, n’autorise pas un État à bombarder le territoire d’un autre État sans l’autorisation du Conseil de sécurité, même si ces bombardements sont conduits à des fins de protection de populations civiles menacées par leur propre gouvernement. Les frappes du 6 avril n’ont donc, en l’état, aucun fondement en droit international. Elles doivent donc être considérées comme illégales" (voir article de Nabil Hajjami, Maître de conférences à l’Université Paris Nanterre (CEDIN), intitulé "Les frappes militaires américaines en Syrie du 6 avril 2017 – Quelles incidences en droit international ? ", disponible ici).

    Une analyse récente précise les risques de dérive concernant les interventions unilatérales dites "humanitaires":

    "Article 2(4) is under great strain in the post-9/11 world and further exceptions would only further endanger international peace and stability. One only needs to consider how President Putin drew on NATO’s action in Kosovo as a precedent for intervention in Ukraine, stating that it was a ‘humanitarian mission’. This shows the dangers of setting precedents of humanitarian intervention and the risk of this ‘right’ being used as a pretext for aggressive and unlawful behaviour. It should not therefore be called upon to fill an enforceability or accountability gap. Responding to a breach of one cardinal international rule with a breach of another would be a retrograde step in the development of international law" (voir l´analyse du chercheur Chris O'Meara, intitulée "United States’ Missile Strikes in Syria: Should International Law Permit Unilateral Force to Protect Human Rights?"publiée par EJIL-Talk, disponible ici)

    L´absence de condamnation catégorique de la part des alliés des Etats-Unis concernant cette décision unilatérale du Président Donald Trump est une donnée à prendre en compte. Lors de son intervention devant le Conseil de Sécurité, le représentant de la France a même jugé utile d´affirmer que: "Cette opération américaine a constitué une réponse légitime face à un crime de masse qui ne pouvait rester impuni. Bashar Al-Assad, nous l’avons dit et répété, porte l’entière responsabilité de ce développement" (voir texte complet du compte rendu de la séance du 12 avril 2017, S7PV.7922, p. 4).

    Comme on le sait, "punir" et éviter que des crimes puissent "rester impunis" sont des termes propres du droit pénal international, qui prévoit un certain nombre de mécanismes à ce sujet. Concernant les violations au droit international humanitaire et aux normes relatives aux droits de l´homme commises en Syrie, un mécanisme spécial a été créé en vertu d´une résolution adoptée par l´Assemblée Générale le 21 décembre 2016 (voir notre note sur le sujet). Ce nouveau mécanisme s´ajoute à celui créé par le Conseil des Droits de l´Homme des Nations Unies en 2011 (voir site officiel de la Commission Internationale Indépendante sur la Syrie).

    Dans toutes nos belles facultés de droit, on enseigne que le droit international public exclut l´usage unilatéral et "punitif" de la force armée par un État contre un autre État, et ce depuis 1945. Nonobstant, il semblerait que pour l´occasion, les États-Unis et la France considèrent que les choses ont quelque peu changé depuis la signature de la Charte des Nations Unies. A ce sujet, nous avions eu l´occasion de signaler l´étrange rapprochement de vues entre les États-Unis et la France, lors de l´adoption de la résolution 2249 en novembre 2015 par le Conseil de Sécurité, suite aux attentats de Paris, concluant que: "La stratégie nord-américaine dans sa « guerre contre le terrorisme » semble donc avoir de nouveaux adeptes en France, même si ses échecs sont largement connus. Sur ce point précis, le rapprochement n´est pas seulement une simple vue de l´esprit: le premier diplomate étranger à s´être rendu personnellement au Palais de l´Elysée suite aux attentats de Paris fut le Secrétaire d´État américain John Kerry, le 17 novembre; la première destination à l´étranger du Président François Hollande suite aux attentats fut la visite rendue le 24 novembre 2015 à son homologue à Washington" (voir notre note, "Attentats à Paris: remarques critiques au sujet de la résolution 2249 du Conseil de Sécurité des Nations Unies", Sentinelle-SFDI, Bulletin 454 du 29 novembre 2015, disponible ici).

    La discussion au sein du Conseil de Sécurité: de la certitude de certains à l´incertitude collective

    Malgré les affirmations catégoriques entendues de la part du représentant de la France concernant l´implication directe des autorités syriennes, on notera que lors de la même réunion du Conseil de Sécurité du 12 avril, la France (avec les États-Unis et le Royaume Uni) avait présenté un projet de résolution condamnant l´usage "qui aurait été fait" d´armes chimiques en Syrie (voir texte du projet de résolution qui n´a obtenu que dix votes pour, deux contre (dont celui de la Russie) et trois abstentions (dont celle de la Chine). La nuance mérite d´être signalée. On peut d´ailleurs s´interroger sur le nombre de votes réunis en faveur du texte si il avait été aussi catégorique dans son premier paragraphe que ses trois auteurs dans leurs interventions respectives. Le malaise de certains représentants, tel celui de l´Uruguay, ayant voté pour sans grande conviction, se laisse entrevoir lorsqu´il explique que: "Les privilèges qui distinguent les différents membres du Conseil font penser à une expression figurant dans le roman de George Orwell, intitulé « La Ferme des animaux », selon laquelle certains animaux sont plus égaux que d’autres. Ce déséquilibre légal mais illégitime, fait que de nombreux membres se trouvent dans une situation où ils sont obligés de choisir le moindre des deux maux parmi les options qui leur sont présentées" (voir compte rendu de séance S/PV.7922, p. 11).

    Nous renvoyons le lecteur à notre note parue dans Ius360 (en espagnol) relative à la position des deux Etats d´Amérique Latine membres du Conseil de Sécurité lors du débat sur la Syrie: les annexes du texte renvoient au projet de résolution russe et aux projets dénommés "E-10" et "P-3" (version anglaise) ayant circulé au sein du Conseil de Sécurité le 5 avril 2017, lors d´une séance urgente sur la Syrie. Peu de commentateurs se sont intéressés au texte russe, et la différence de ton par rapport aux projets "E-10" (présenté par les Etats élus Membres du Conseil) et "P-3 " (présenté par les Etats-Unis, la France et le Royaume Uni). La principale différence entre ces deux derniers tient au Paragraphe 5 exigeant à la Syrie des informations militaires qu´un Etat rarement partage avec d´autres Etats.

    Concernant le texte finalement présenté et soumis au vote lors de la séance du 12 avril (correspondant à une version à peine remaniée du projet "P-3" du 5 avril) on est d´ailleurs en droit de se demander si il est habituel de voir le Conseil de Sécurité des Nations Unies condamner "avec la plus grande fermeté l’emploi qui aurait été fait d’armes chimiques" (Paragraphe 1); et, plus généralement, condamner des actions "qui auraient été" menées. Sur ce point, une recherche rapide sur la toile de cette expression par le Conseil de Sécurité renvoie au seul projet de résolution présenté le 12 avril précité, mais le doute est permis. Nous remercions d´avance nos lecteurs et chercheurs de référer à une quelconque résolution précédente du Conseil de Sécurité condamnant "avec la plus grande fermeté" des choses qui auraient été faites.

    La certitude étasunienne passée au crible

    Un rapport des services de renseignements des États-Unis afin de justifier cette action militaire contre la Syrie (voir texte complet) a été analysé par un spécialiste, Theodore Postol, Professeur au MIT (Massachusets). On peut lire dans son analyse (voir texte publié par GlobalResearch que : "We again have a situation where the White House has issued an obviously false, misleading and amateurish intelligence report".

    Dans un Addendum du 13 avril (voir texte), le scientifique conclut son analyse ainsi: "I therefore conclude that there needs to be a comprehensive investigation of these events that have either misled people in the White House, or worse yet, been perpetrated by people seeking to force decisions that were not justified by the cited intelligence. This is a serious matter and should not be allowed to continue".

    A noter qu´en 2013, un rapport "dérangeant" du MIT avait également mis en doute les certitudes des Etats-Unis et de la France, et Laurent Fabius, alors Ministre des Affaires Etrangères, avait soigneusement évité de répondre à une question tout aussi "dérangeante" d´un étudiant apparemment fort bien informé (voir article dans Le Point).

    Pour revenir à l´explosion de substances chimiques en Syrie le 4 avril dernier, il sied de rappeler qu´Israël, par la voix de son Ministre de la Défense, affirma immédiatement être "100% certain" de l´implication directe des plus hautes autorités syriennes (voir note de Haaretz).

    L´OIAC pressée de déclarer, avant toute enquête in situ

    Les enquêteurs de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) ont conclu, le 19 avril dernier 2017, et ce sans procéder à l´envoi d´une mission sur place (réclamé depuis le 5 avril par la Russie dans son projet de résolution), à l’emploi « irréfutable » de gaz sarin ou d’une substance similaire. Sur cette épisode récent de l´OIAC, inhabituel dans la mesure ou l´OIAC prend plusieurs mois afin de mener une enquête en Syrie, nous renvoyons a notre note intitulée "Without any in situ inspection, OPCW confirms sarin exposure during the explosion that took place in Syria on 4th April" publiée sur le site de Pressenza.

    Or, dans un rapport daté du 24 avril 2017 - et qui n´a fait l´objet d´aucun communiqué de presse - on lit de, la part de l´OIAC, qu´une Fact Finding Mission (FFM) a été mise en place: "The FFM is currently continuing the process of interviews, evidence management, and sample acquisition. A first interim report is expected to be completed in the coming weeks, at which time it will be submitted for the consideration of the States Parties and shared with the JIM" (voir rapport, point 18).

    Indices, informations, doutes, pistes, hypothèses ou certitudes des uns doivent se traduire au sein d´un mécanisme de vérification international sur place pouvant établir avec précision le type de substances chimiques, leur origine exacte, et le mécanisme activé lors de l´explosion. Il s´agit d´un travail de longue haleine, et l´on peut rester surpris par la vitesse avec laquelle le Directeur Général de l´OIAC a communiqué les résultats préliminaires le 19 avril dernier (date qui coïncide avec l´annonce de "preuves irréfutables" par le chef de la diplomatie française sus-mentionée concernant l´implication des autorités syriennes).

    Il faut savoir que les enquêtes menées en Syrie par l´OIAC prennent normalement un certain temps: par exemple le dernier rapport qui a été remis au Conseil de Sécurité concernant l´usage prétendu d´armes chimiques en Syrie date de janvier 2017: voir lettre de décembre 2016 et le rapport de la mission d’établissement des faits menée par l’OIAC en Syrie sur un incident du 2 août 2016, disponibles ici. On y lit (point 18 des conclusions du rapport) que: "Conclusions 18. Aucun des produits chimiques identifiés n'est susceptible d'être la cause du décès des victimes dans l'incident. La méthyldiéthanolamine est un précurseur de l'ypérite à l'azote, mais elle est également présente dans certains détergents commerciaux. Les signes d'exposition à l'ypérite à l'azote n'étaient pas visibles chez les victimes".

    Une enquête de l´OIAC a été ordonnée concernant l´usage du gaz moutarde durant la bataille d´Alep au mois de novembre dernier, dont les résultats sont toujours attendus. Traduire des indices en preuve au sens d´une procédure de vérification internationale, et, ensuite, passer de preuves à l'imputabilité n´est pas toujours chose aisée.

    Une fois identifiée une ou plusieurs substances chimiques et leur origine, les éléments de preuve permettant d´attribuer leur usage constituent un point sur lequel les difficultés sont majeures. Nombreuses sont les possibilités d´usage de substances chimiques de la part des divers acteurs qui participent direct ou indirectement au conflit en Syrie. Il est bon de rappeler que l´OIAC a été créée en vertu de la "Convention sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l'emploi des armes chimiques et sur leur destruction", signée à Paris en 1993, et qui est entrée en vigueur en 1997. Cette convention multilatérale a été ratifiée par 192 Etats (dont la Syrie, qui l´a ratifiée en 2013). En 2014, les équipes de l´OIAC ont conclu leur travail en Syrie, les stocks d´armes chimiques possédés par l´armée syrienne ayant été officiellement détruits. Nous renvoyons le lecteur au site officiel de l´OIAC concernant son travail en Syrie, où sont mis en ligne les divers rapports, demandes, documents officiels divers et communiqués de presse depuis 2013. A noter que le seul État Membre des Nations-Unies à ne pas être partie à cette convention est Israël (voir liste officielle sur l´état des signatures et ratifications).

    En guise de conclusion

    Le rapport des services de renseignements de la France, rendu public trois jours après le premier tour du scrutin, attribue directement aux autorités syriennes l´usage de substances chimiques contre les groupes rebelles à Idlib le 4 avril dernier, et écarte toute autre hypothèse. Admettre un instant que les autorités syriennes ne soient pas directement responsables de cette explosion aurait évidemment jeté un froid, au vu de l´insistance avec laquelle la France affirme depuis le 4 avril l´implication directe des autorités syriennes.

    Comme on le sait bien, les rapports des services de renseignements ne sont pas des documents publics. Lorsqu´ils sont rendus publics, c´est bien souvent pour justifier la position d´un État. Au vu de la qualité relative du rapport des services de renseignements des États-Unis, on est en droit de penser que celui produit par la France cherche aussi à venir en aide au Président Donald Trump.

  • « Pourquoi nous sommes en grève de la faim dans les prisons d’Israël », par Marwan Barghouti

    Voici la traduction (personnelle, et donc à améliorer, merci d’avance) du texte de Marwan Barghouti, publié dans le New York Times de ce 16 avril, « Why We Are on Hunger Strike in Israel’s Prisons ».

    marwan_barghouti_051009.jpg

    Hadarim Prison, Israël - Ayant passé les 15 dernières années dans une prison israélienne, j'ai été à la fois témoin et victime du système illégal des arrestations arbitraires massives et des mauvais traitements des prisonniers palestiniens commis par Israël. Après avoir épuisé toutes les autres options, j'ai décidé qu'il n'y avait pas d'autre choix que de résister à ces abus en faisant une grève de la faim.

    Quelque 1000 prisonniers palestiniens ont décidé de prendre part à cette grève de la faim, qui commence aujourd'hui, le jour que nous observons ici comme la « Journée des prisonniers ». La grève de la faim est la plus pacifique des formes de résistance disponible. Elle inflige la douleur uniquement à ceux qui s’y soumettent et à leurs proches, dans l'espoir que leurs estomacs vides et leur sacrifice aideront à ce que leur message résonne au-delà des limites de leurs sombres cellules.

    Des décennies d'expérience ont prouvé que le système inhumain israélien de l'occupation coloniale et militaire vise à briser l'esprit des prisonniers et de la nation à laquelle ils appartiennent, en infligeant des souffrances à leur corps, en les séparant de leurs familles et de leurs communautés, en utilisant des mesures humiliantes pour amener au renoncement. Malgré ce traitement, nous n’abandonnerons rien.

    Israël, puissance occupante, a violé le droit international de multiples façons depuis près de 70 ans, et se voit encore garantir d'impunité pour ses actions. Israël a commis de graves violations des Conventions de Genève contre le peuple palestinien ;  les prisonniers, y compris les hommes, les femmes et les enfants ne font pas exception.

    Je n'avais que 15 ans lorsque j'ai été emprisonné la première fois. J'avais à peine 18 ans quand un interrogateur israélien m'a forcé à écarter les jambes pendant que je restais nu dans la salle d'interrogatoire, avant de frapper mes organes génitaux. Je me suis évanoui sous la douleur, et la chute qui en a suivi a laissé une cicatrice éternelle sur mon front. L'interrogateur se moquait de moi, disant que je ne pourrais plus procréer parce que les gens comme moi ne donnent naissance qu'à des terroristes et des assassins.

    Quelques années plus tard, j’étais à nouveau dans une prison israélienne, menant une grève de la faim, quand mon premier fils est né. Au lieu des bonbons que nous distribuons généralement pour ces évènements, je distribuais du sel aux autres prisonniers. Quand il avait à peine 18 ans, il a à son tour a été arrêté et il a passé quatre ans dans les prisons israéliennes.

    L'aîné de mes quatre enfants est maintenant un homme âgé de 31 ans. Pourtant, ici, je suis encore là, poursuivant cette lutte pour la liberté, comme des milliers de prisonniers, des millions de Palestiniens et avec le soutien de tant de personnes dans le monde entier. L'arrogance de l'occupant et oppresseur, et de ses bailleurs de fonds, le rend sourd à cette vérité simple :  nos chaînes seront brisées alors que nous serons toujours là, parce qu'il est dans la nature humaine de répondre à l'appel à la liberté, quel que soit le coût.

    Israël a construit presque toutes ses prisons l’intérieur de son territoire, plutôt que dans les territoires occupés. Ce faisant il a, illégalement et par la force, transféré des civils palestiniens qui étaient détenus, et il utilise cette situation pour limiter les visites familiales et infliger des souffrances aux prisonniers par de longs transports, dans des conditions cruelles. Cela tourne le dos aux droits fondamentaux qui doivent être garantis en vertu du droit international - y compris certains obtenus péniblement par d’autres grèves de la faim – et qui ont été confiés à son service pénitentiaire, qui décide de nous les accorder ou de nous en priver.

    Les prisonniers et détenus palestiniens ont souffert de la torture, des traitements inhumains et dégradants, et la négligence médicale. Certains ont été tués en détention. Selon le dernier décompte du Club des prisonniers palestiniens, environ 200 prisonniers palestiniens sont morts depuis 1967 pour ces motifs. Les prisonniers palestiniens et leurs familles restent ainsi une cible principale de la politique israélienne dans le but d’imposer des punitions collectives.

    Grâce à notre grève de la faim, nous cherchons à mettre fin à ces abus.

    Au cours des cinq dernières décennies, selon le groupe de droits de l' homme Addameer , plus de 800.000 Palestiniens ont été emprisonnés ou détenus par Israël, ce qui équivaut à environ 40 % de la population masculine des territoires palestiniens. Aujourd'hui, environ 6.500 sont toujours emprisonnés, et parmi eux, certains ont la distinction déplorable du record du monde pour les plus longues périodes de détention infligées à des prisonniers politiques. Il n'y a pas une seule famille en Palestine qui n'ait pas subi les souffrances causées par l'emprisonnement d'un ou plusieurs de ses membres.

    Comment expliquer cet état incroyable de choses ?

    Israël a mis en place un régime juridique double, une forme d'apartheid judiciaire, qui fournit une quasi-impunité pour les Israéliens qui commettent des crimes contre les Palestiniens, tout en criminalisant la présence et la résistance palestinienne. Les tribunaux d'Israël sont une mascarade de la justice, clairement des instruments de l'occupation coloniale et militaire. Selon le Département d'Etat , le taux de condamnation pour les Palestiniens devant les tribunaux militaires est près de 90 %.

    Parmi les centaines de milliers de Palestiniens qu'Israël a privé de liberté, figurent des enfants, des femmes, des parlementaires, des militants, des journalistes, des défenseurs des droits de l'homme, des universitaires, des personnalités politiques, des militants, de simples passants, des membres de la famille des prisonniers. Et tout ceci avec un seul objectif : enterrer les aspirations légitimes d'une nation entière.

    Au lieu de cela, les prisons d'Israël sont devenues le berceau d'un mouvement durable pour l'autodétermination palestinienne. Cette nouvelle grève de la faim démontrera une fois de plus que le mouvement des prisonniers est la boussole qui guide notre lutte, la lutte pour la Liberté et la Dignité, le nom que nous avons choisi pour cette nouvelle étape dans notre longue marche vers la liberté.

    Israël a essayé de tous nous qualifier de terroristes pour légitimer ses violations du droit, notamment par les arrestations massives et arbitraires, la torture, les mesures punitives et les restrictions sévères du quotidien. Dans le cadre de l'effort d'Israël pour saper la lutte palestinienne pour la liberté, un tribunal israélien m'a condamné à cinq peines à perpétuité et 40 ans de prison dans un procès politique spectacle, qui a été dénoncé par les observateurs internationaux.

    Israël n'est pas la première puissance occupante ou coloniale à recourir à des expédients. Chaque mouvement de libération nationale, dans l'histoire, peut rappeler des pratiques similaires. Voilà pourquoi tant de gens qui ont lutté contre l’oppression, le colonialisme et l’apartheid sont avec nous. La campagne internationale pour la libération de Marwan Barghouti et de tous les prisonniers palestiniens que l’icône anti-apartheid Ahmed Kathrada et mon épouse, Fadwa, ont lancé en 2013 depuis l’ancienne cellule à Robben Island de Nelson Mandela a bénéficié du soutien de huit lauréats du prix Nobel de la paix, de 120 gouvernements et de centaines de dirigeants, de parlementaires, d’artistes et d’universitaires du monde entier.

    Leur solidarité met en lumière l'échec moral et politique d'Israël. Les droits ne sont pas accordés par un oppresseur. La liberté et la dignité sont des droits universels qui sont inhérents à l'humanité, qui doivent bénéficier à toutes les nations et tous les êtres humains. Les Palestiniens ne seront pas une exception. Seule la fin de l'occupation mettra fin à cette injustice et marquera la naissance de la paix.

  • Afghanistan : Une bombe terrifiante

    Pas trop d’information ce jeudi soir, mais c’est vraiment à suivre de près. Les Etats-Unis viennent de larguer une bombe dévastatrice, surnommée la « mère de toutes les bombes » sur une série de grottes dans la province de Nangarhar, à l'est de l'Afghanistan et près de la frontière pakistanaise, une zone tenue par Daech.

    La bombe s’appelle Massive Ordnance Air Blast Bomb (Moab), qui signifie bombe de destruction massive par souffle.

    12198764.jpg

    Le général John Nicholson, chef des Forces armées en Afghanistan explique : «Alors que leurs pertes augmentent, les djihadistes ont recours à des bunkers et tunnels pour renforcer leur défense. Cette bombe est la bonne munition pour venir à bout de ces obstacles et maintenir l'élan de notre campagne contre le groupe Etat islamique en Afghanistan ». Sean Spicer , le porte-parole de Trump, ajoute : « Nous devons leur dénier leur liberté de mouvement et c'est ce que nous avons fait ».

    1/ La bombe utilisée, dernier seuil avant le nucléaire, est à proprement parler une arme de destruction massive, incapable de viser un objectif précis, et acceptant de tuer toute personne passant par là. Pour ce qui est du bilan réel, nous devrons attendre bien longtemps avant de savoir, mais il est impossible d’admettre le recours à des armes qui frappe de manière indéterminée, et donc font des populations civiles des cibles de guerre.

    2/ Nous sommes en territoire afghan, et la présence militaire internationale ne peut se faire que par la base d’accords. En décembre 2014, la coalition internationale et le gouvernement afghan ont conclu un accord qui marquait la reprise des affaires par le gouvernement : les forces militaires étasuniennes n’avaient plus de capacité d’ouvrir le feu, sauf dans des conditions strictement défensives. Ce bombardement, qui est un initiative secrète US, montre que le gouvernement afghan n’est plus souverain sur son territoire, une humiliation qui détruit tout solution durable. La guerre va donc se poursuivre, et c’est bon pour le business.

    3/ Qui peut croire qu’on gagne une guerre avec un bombardement ? Pouvez-vous me donner un seul exemple ? Les guerres se gagnent par la combinaison d’une maîtrise militaire et d’une solution politique. Où est la solution politique en Afghanistan ? Et comment pouvez-vous comprendre les succès de la résistance armée en Afghanistan depuis quinze ans, s’il n’y avait pas dans la population un rejet viscéral du leadership US et un soutien populaire effectif aux Talibans et à leurs succursales ? Soutien populaire qui sera renforcé par le recours à cette bombe.

    4/ Une telle puissance armée pour détruire des réseaux existant entre des grottes ? Difficile à croire… La vraie cible, ce n’est pas les groupes armés du coin, mais nous. Il s’agit de nous convaincre que les armes de destructions massives sont au service de la démocratie et de nos libertés.

    Là, chères amies et chers amis, il y a de quoi flipper.

  • Tragédie syrienne : Droit international ou loi de la jungle, par Michel Raimbaud

    La France n’est rien sans le monde, et définir une politique internationale devrait être, dans notre environnement actuel, un thème central de la campagne des présidentielles. Avec au moins ce point qui devrait faire consensus : « nous avons des divergences de vue, mais nous sommes tous pour l’application du droit international, seul garant de la paix ». Donc le respect de la souveraineté et des frontières, et aucun recours international à la force armée sans un mandat de l’ONU. Hélas, rappeler ces règles, qui fondent le droit de l’ONU et la paix, est devenu suspect dans notre pays.

    Tous les efforts pour ramener vers le droit sont louables, et voici un excellent texte, publié sur Afrique Asie,  de Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France, Ancien directeur de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et auteur de nombreux ouvrages : « Il serait sage de chercher les racines du mal là où elles sont de toute évidence : c’est la débâcle du droit international sous les coups de boutoir prodigués depuis un quart de siècle par l’Occident arrogant, dominateur et sûr de lui, qui a débouché sur ce monde chaotique, immoral et dangereux dans lequel nous vivons désormais, ce monde que nous risquons de léguer à nos enfants ».

     maxresdefault.jpg

    Tragédie syrienne : Droit international ou loi de la jungle

    par Michel Raimbaud

     

    La tragédie de Syrie est entrée dans sa septième année. S Incrustée dans l’actualité, elle fait partie du paysage. Mais ses 400 000 morts, ses 2 millions de blessés ou d’handicapés, ses 14 ou 15 millions de réfugiés, déplacés ou exilés, son territoire dévasté à plus de 60% et son économie ruinée par les pillages, les sanctions, les embargos, ne suscitent pas d’émotion permanente.

    En effet, vus de nos « grandes démocraties » dont les langues sont mondiales, les valeurs universelles, la vocation planétaire et les deuils transnationaux, et qui se considèrent comme l’essence de l’humanité ou le nec plus ultra de sa conscience, les conflits de l’Orient compliqué sont lassants quand ils ne sont pas franchement hermétiques.

    Pour aviver la flamme de la compassion, il faut l’un de ces énormes mensonges dont se gavent intellectuels, médias et politiques de l’Occident bien-pensant. Quinze ans après l’Irak, le truc des gaz chimiques marche toujours très fort : Colin Powell, l’entubeur de 2003, doit être content…Le camp de la guerre et ses fourriers, y compris les escrocs de l’humanitaire, sont en tout cas ravis. Jamais deux sans trois : 2003, 2013, 2017. La manipulation, le « false flag » paraissent encore efficaces…

    Nos « élites » délitées ont réussi ce tour de force d’ancrer notre pays en première ligne en Libye, puis en Syrie, aux côtés des islamistes, des terroristes et des faucons atlantistes du parti de la guerre, sans demander l’avis des Français, parvenant même, à force de matraquage médiatique, à recueillir l’adhésion de certains pans de l’opinion. La douce France est repartie de plus belle dans ses tristes épopées coloniales. Vive le Père Bugeaud, vive François Georges Picot et ses accords en douce, vive Jules Ferry et la foutue mission civilisatrice, vive le Mollet à la triste figure, et les va-t-en-guerre actuels. Nos intellectuels qui rêvent d’en découdre avec la Syrie légale, cet Etat rebelle qui ose tenir tête à l’Occident, nos médias qui dissertent jusqu’à plus soif sur l’urgence de bombarder Damas ou « Bachar », nos politiques suspendus comme des désespérés aux mamelles de l’atlantisme et de ses succursales, peuvent se rassurer. En se donnant un Président « imprévisible » qui se disait non-interventionniste, sinon pacifiste, leur maître américain leur avait donné des frayeurs. Elu du « pays profond », Trump n’aura pas résisté longtemps aux pulsions de « l’Etat profond »: voilà un président qui bombarde comme les autres…Ouf…

    Cet atroce conflit s’inscrira en énormes lettres rouges dans le guinness de la honte et les porte-étendards de la soi-disant « communauté internationale » de ce début de millénaire figureront au palmarès de l’indignité, entre deux Nobels de la Paix. Ces gens sans foi ni loi ni vergogne, qui n’ont d’autre horizon que celui de leur improbable élection, s’en moquent éperdument, mais c’est dans les poubelles de l’Histoire que l’on retrouvera trace de leur mémoire.

    La tragédie syrienne est l’épicentre de la confrontation quimenace la paix du monde. Au lieu de disserter sur les subtilités de la politique US, les angoisses de l’Occident hypocrite et les martiales déclarations de nos piètres dirigeants, il serait sage de chercher les racines du mal là où elles sont de toute évidence : c’est la débâcle du droit international sous les coups de boutoir prodigués depuis un quart de siècle par l’Occident arrogant, dominateur et sûr de lui, qui a débouché sur ce monde chaotique, immoral et dangereux dans lequel nous vivons désormais, ce monde que nous risquons de léguer à nos enfants.

    Le moment unipolaire américain (1991/2011) a permis à « l’Empire le plus puissant ayant jamais existé à la surface de la Terre » de détruire les bases de la légalité internationale en établissant le nouvel ordre mondial voulu par les faucons de Washington. Ce qui se traduira en un temps record par l’abandon des principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies : souveraineté, non-ingérence, droit des peuples à l’autodétermination, droit de tout Etat à choisir librement son régime politique hors de toute ingérence étrangère, obligation de négocier en cas de conflit avant de recourir à l’usage ou à la menace d’usage de la force. La « communauté internationale » atlantique trouvera sa lampe d’Aladin dans un concept miraculeux, la Responsabilité de Protéger (R2P), version relookée du droit d’ingérence à connotation trop colonialiste. Les Nations-Unies seront instrumentalisées, voire ignorées lorsque le moteur unipolaire connaîtra ses premiers ratés : on fera grand cas des délibérations du Conseil de Sécurité lorsqu’il dit « oui-oui-oui », mais on passera outre lorsqu’il dit non.

    Confrontés à des Etats qualifiés de « voyous », souvent arabo-musulmans, ou perçus comme crypto-voyous comme la Chine et la Russie, l’Amérique et ses alliés s’érigeront en « communauté internationale », centre « civilisé » du nouvel ordre mondial. En fait, c’est la loi de la jungle qui s’installera sur les ruines de la légalité internationale, le monde extra-atlantique voyant son statut réduit à celui d’une zone de non-droit. Sur leur vaste terrain d’aventure, les neocons joueront au « chaos créateur » et s’amuseront à terroriser les « ennemis » selon les recettes de la « théorie du fou » de Nixon (l’Amérique doit projeter l’impression que ses dirigeants sont imprévisibles). Les résultats seront impressionnants, non pas bien sûr en termes de « démocratisation », mais en ce qui concerne la mise au pas voire la destruction des Etats républicains, séculiers (« laïcs ») et nationalistes.

    La guerre qui fait rage actuellement en Syrie est bien universelle, tant sont nombreux et divers les acteurs, les enjeux, les arrière-pensées, les intérêts. Pourtant, ce n’est pas une confrontation classique : officiellement on ne peut parler d’un état de guerre, puisque personne n’a déclaré la guerre à la Syrie, comme le voudraient les normes des lois de la guerre et/ou les pratiques diplomatiques.

    A Moscou, on évoque « les Etats qui se sont fourvoyés dans le soutien du terrorisme, continuent de le faire et méritent d’être jugés par un tribunal international similaire à celui qui a jugé le nazisme ». Or la Syrie est depuis le printemps 2011 la victime d’une « guerre d’agression », la sorte de guerre qualifiée dans un autrefois de nuit et de brouillard par le Tribunal de Nuremberg de « crime international suprême » :« lancer une guerre d’agression n’est pas seulement un crime international ; c’est le crime international suprême, ne différant des autres crimes de guerreque parce qu’il contient en lui-même le mal accumulé de tous les autres» C’est le crime par excellence. Et dans le cas d’espèce, un crime avec préméditation, planifié par les « stratèges ».

    Comme l’Irak, la Libye, la Somalie, la Palestine, etc…la Syrie est l’objet d’une tentative de « politicide », qui est à l’égard d’un Etat ce qu’un meurtre est à l’encontre d’un être humain, les institutions, l’administration, la souveraineté, l’intégrité, les autorités politiques, les marques emblématiques ou régaliennes, les forces armées, les ressources, les bases, les infrastructures de l’économie, l’identité du dit Etat étant ciblées individuellement et dans leur ensemble.

    Les opérations peuvent se décliner en démantèlement, partition, dépeçage de l’Etat-nation. Les attaques s’exercent tous azimuts : politiques (déstabilisation, changement de régime),humanitaires(Responsabilité de Protéger, projets de zone d’exclusion, de corridors), militaires (frappes, bombardements, provocations, agressions, coups de main),psychologiques et médiatiques (mensonge, manipulation, « faux pavillon », intoxication, lavage de cerveaux).

    Dans le même temps, le peuple syrien est la cible d’un « ethnocide », terme qualifiant l’entreprise de déconstruction et de désintégration qui le vise. L’objectif global est de briser sa cohésion, qui n’est pas le produit des trente ans de mandat français, ni même des quatre siècles d’Empire ottoman, mais le résultat d’une histoire plurimillénaire, par-delà même la venue du christianisme et de l’islam.

    Les sanctions sont autant d’armes de destruction massive qui visent à ébranler une société civilisée et industrieuse. Tous les moyens sont d’ailleurs utilisés : il faut pousser les Syriens à fuir leur pays, contraindre les minorités à l’exode, provoquer une hémorragie des élites, afin d’empêcher toute reconstruction ultérieure du tissu national.

    La « mise à mort du peuple syrien » et la destruction de la Syrie, « mère de notre civilisation » et « seconde patrie de tout homme civilisé » sont bien partie intégrante du crime par excellence.

    Finalement, il convient d’appeler les choses par leur nom : les agresseurs de la Syrie légale, qui agissent en violation du droit international sont des voyous et des criminels. Ce sont en outre des menteurs effrontés, indignes de gouverner ou de prétendre gouverner. Les frappes sur la base d’Al Chuairat ne constituent pas un « message fort » de Washington, comme le dit tel ou tel esthète, mais un crime supplémentaire.

    Il est temps que la « Grande Nation » se réveille et que des dirigeants plus dignes reprennent en main son destin politique, son indépendance, que la France renoue avec l’exception qui faisait notre fierté. Il est temps que ses intellectuels renouent avec la tradition de leurs grands ancêtres. Il est temps, il est même urgent de redresser la barre de cette embarcation folle et déboussolée qu’est devenue la France, tant sont grands et impitoyables les périls de notre monde.

    J’allais dire, il est temps que les diplomates, dont le droit international devrait être la Bible, et dont le métier est de faire la paix, renoncent à squatter comme des coucous le nid des faucons.

    Il faut dire non et non et non à la guerre que des petits grands de ce monde présentent comme une option banale, blottis bien au chaud dans leurs privilèges, leurs certitudes et leur arrogance ordinaire. Il faut que la France retrouve le chemin de la légalité internationale et du droit onusien… Notre paix est à ce prix

  • Syrie : Le reniement français

    Depuis cinq ans, la politique française en Syrie se lisait avec un seul objectif : le départ de Bachar el-Assad, comme condition préalable. Un objectif qui ne se discutait pas, sauf à vite basculer dans la traîtrise nationale.

     

    Soutenir qu’un pouvoir d’État a le droit de recourir à l’armée nationale pour défendre son territoire contre des groupes armés, qu’une coalition armée internationale n’a aucun droit pour renverser un pouvoir d’État, qu’il y avait aucune solution de rechange, et que l’arrivée des djihadistes à Damas signifierait l’embrasement de la région : tout ceci était inententable. Fabius avait évoqué l’élimination physique de Bachar el-Assad. En 2012, Poutine avait pourtant donné l’explication à Hollande.

    syrie, terrorisme

    Cinq ans plus tard, on fait le bilan, et il est assez simple : Hollande dégage, alors que Bachar el-Assad reste au pouvoir.

     

    Mais comme si ça ne suffit pas, la diplomatie française vient en plus de se renier : la priorité n’est plus le départ de Bachar el-Assad, mais la lutte contre les djihadistes.

     

    En début de semaine, Trump a confirmé qu’il assumait la rupture commencée par Obama, et consommée par la défaite de Clinton la guerrière : le départ du président syrien n’est plus la priorité, parce qu’il s’agit de trouver un accord politique de sortie de crise. Alors que la Turquie est méchamment renvoyée dans ses frontières, se met en place une restructuration du Moyen Orient à partir d’un grand pôle de stabilité construit à partir de Téhéran et de Moscou, qui inclut l’Irak et la Syrie.

     

    - Mais c’est pile l’inverse de ce que voulaient les US ?

    - Oui, et une fois de plus.

     

    Devant la réalité du rapport de forces, Trump doit admettre qu’il a mieux à faire ailleurs, et il va falloir qu’il explique à son allié israélien que, maître au Sud-Liban, le Hezbollah est l’un des garants de la stabilité.

     

    En moins de 24 heures, la France s’est alignée sur la position étasunienne, avec cette déclaration de Ayrault : « ‘Est-ce que l'on garde Assad ou est-ce que l'on ne garde pas Assad’, ce n'est pas comme cela que la question se pose. La question est celle de savoir si la communauté internationale respecte ses propres engagements ». De la semoule trop cuite cuisinée par une guimauve…

     

    Sauf qu’entre-temps un pays et sa population ont été détruit.

     

    - Alors, ceux qui, là-bas, avaient cru aux positions étasunienne et française sont trahis ?

    - Oui, et abandonnés sur le champ de bataille.

    - Mais ces djihadistes vont avoir un ressentiment lourd contre la France, c’est chaud.

    - Oui, ça s’appelle l’importation du terrorisme.

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu