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Droit international

  • Libye : Sarko, Cameron et BHL en route vers la CPI ?

    La lutte contre les djihadistes est notre priorité, et les djihadistes sont nés de la destruction des Etats. Actuellement, nos regards se tournent vers la Libye, que l’on découvre si proche de nous. Sauf que pour la France, le bilan est accablant, et il faut maintenant mettre en accusation les responsables de ce terrorisme importé.  

    La France a été initiatrice, manipulatrice, et coordinatrice de la destruction de la Libye. Cette destruction a conduit à l’expansion du djihadisme au Nord du Mali, qui a justifié l’intervention de la France, et hypothèque l’avenir du Mali. Et ces derniers temps, la France se permet encore de soutenir le pouvoir rebelle en Libye, « au nom de la lutte contre le terrorisme », bien sûr. Cette irresponsabilité internationale est parfaitement tolérée par la classe politique compte-tenu des petits profits internes que chacun pense en tirer. Quant à la vie des Libyens, est-ce vraiment une question pertinente ?

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    Ce massacre organisé en Libye était visible dès les premiers jours, avec l’activisme insensé de ce cinglé de BHL, et ses amours fugaces avec Sarko. À l’époque, Martine Aubry, première secrétaire du PS, approuvait cette réussite… El Blanco en était tout excité… En effet, le but était, selon la propagande, de chasser un dictateur et d'établir la démocratie... avec quelques inévitables petits inconvénients secondaires. Air connu…

    Devant le désastre, la France a organisé une commission parlementaire afin d’identifier l’ensemble des responsabilités politiques… Non rassurez-vous, la France n’a rien fait. Le consensus national est total pour, quoi qu’il arrive, légitimer ce que fait la France pour garder sa place en Afrique, son empire jamais décolonisé.

    Il n’y a donc eu aucune commission parlementaire, et ce pour une raison simple : c’est parce que c’est un sujet sérieux, et en cherchant des responsabilités, on risque de les trouver. Non, il faut mieux exciter les foules sur les trois burkinis de Nice, et les insensés discours sur la peur.

    C’est la Grande-Bretagne qui a mis en place une commission parlementaire, laquelle vient de déposer son rapport sur l’intervention de 2011.

    Pour le rapport, cette intervention était fondée « sur des suppositions erronées et une compréhension incomplète du pays et de la situation ». Les décisions ont été prises en exagérant la menace contre les civils de Bengazi – une opération militaire minimale stoppée en 24 heures – et en ignorant que les plus actifs de la rébellion étaient les islamistes. Les conclusions sont claires : la campagne de bombardements a causé l’effondrement politique et économique de la Libye.

    Selon, Sidney Blumenthal, conseiller d’Hillary Clinton, les objectifs de Sarko étaient de cinq ordres :

    - Obtenir une plus grande part de la production de pétrole libyenne ;

    - Accroître l’influence française en Afrique du Nord ; 

    - Permettre aux armées françaises de réaffirmer leur position dans le monde; 

    - Répondre aux projets de Kadhafi de supplanter la France en Afrique francophone ;

    - Améliorer sa situation politique en France.

    Les parlementaires soulignent que quatre de ces cinq facteurs correspondaient à l’intérêt de la France, alors que le cinquième « représentait l’intérêt politique personnel du président Sarkozy », un an avant la présidentielle de 2012, dans « une attitude proactive en Méditerranée censée répondre aux préoccupations des électeurs en matière d’immigration ».

    Alain Juppé, alors ministre des affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, avait été tout aussi nul et dangereux : « La situation sur le terrain est plus alarmante que jamais. Il nous reste très peu de temps, c’est peut-être une question d’heures. » Ah oui, papy ? Selon le rapport, les menaces pesant sur les habitants de Benghazi «ont été grossièrement exagérées ».

    Il reste juste à souhaiter que les populations libyennes s’organisent déposent plainte contre Sarko, Cameron et BHL devant la Cour pénale internationale. La France et la Grande-Bretagne ayant ratifié le traité, ses agents doivent assumer leurs responsabilités lorsqu’ils s’engagent dans un conflit armé international. La loi est la même pour tous, non ? 

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    Trois grands bandits internationaux en route vers La Haye

  • Entretien avec Renaud Girard (3) : La Chine ; Les relations US-Chine

    Troisième et dernière partie de l’entretien donné par Renaud Girard au Figaro… avec je l’espère, envie de retrouver l’ami Renaud via ses livres, sa chronique du mardi dans Le Figaro, et ses grandes interview.

    Petit retour sur celle-là, qui date du 25 mars dernier. Je cite ce passage sur la Palestine : « Sur le conflit israélo-palestinien, mettre le Hamas sur la liste des organisations terroristes sous Chirac a été une erreur. Ce mouvement islamiste a été élu démocratiquement en 2006 ; il a une assise populaire en Palestine. Mais depuis, les diplomates français n'ont pas le droit d'aller sur le territoire de Gaza ; cette absence de lien direct nous empêche de jouer un rôle de médiateur entre Israéliens et Palestiniens. Jamais la France n'acceptera que la sécurité d'Israël soit mise en cause, comme l'a redit de Gaulle en 1967. Elle lui a même fourni la bombe atomique. Mais pour autant, sa position doit être mesurée : elle n'a pas à accepter la colonisation illégale des territoires palestiniens ». 

     

    La troisième partie de l’entretien traite de la position internationale de la Chine, et des relations US-Chine. Passionnant… Bonne lecture à toutes et à tous !

     

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    « En Mer de Chine méridionale, une guerre totale pourrait éclater »

     

    Entretien d’Alexis Feertchak avec Renaud Girard

     

     

    A force de parler de la menace russe et du chaos moyen-oriental, n'a-t-on pas tendance à oublier l'Asie? Après qu'en juillet la Cour Permanente d'Arbitrage de La Haye a donné tort à la Chine, la crise en Mer de Chine méridionale risque-t-elle de s’envenimer ?

     

    Nous sommes aujourd'hui confrontés à des guerres de basse intensité. La guerre que nous fait l'Etat islamique est même une guerre de très basse intensité. La moyenne des pertes françaises, lissées sur quatre ans, pendant la Première Guerre mondiale, est de 1000 morts par jour. Au plus fort de la bataille de la Marne en 1914, c'est 20 000 morts en une seule journée.

     

    Le plus grand danger qui soit aujourd'hui, ce serait le retour à une guerre totale à grande échelle, du type de la guerre de 14-18. Je ne crois pas qu'une telle guerre puisse venir de la Russie, parce que Vladimir Poutine a montré finalement en Ukraine qu'il était raisonnable. Il aurait tout à fait pu prendre le port de Marioupol pour établir ensuite une continuité territoriale entre le territoire russe et la presqu'île de la Crimée. Il ne l'a fait pas. Vladimir Poutine teste plutôt notre résolution : c'est pour ça qu'il envoie des bombardiers et des sous-marins un peu partout jusque dans la Manche, et surtout dans la Mer baltique près des Pays baltes. Il faut alors lui montrer qu'on est là - en amis sûrs de notre droit, pas en ennemis - car c'est ce qu'il attend, et qu'il nous respectera davantage. Il faut lui montrer que nous avons des chasseurs Rafale et des sous-marins nucléaires d'attaque. Il faut lui montrer que l'Otan ne transigera pas avec la souveraineté territoriale de ses membres.

     

    En revanche, en Asie, l'expansionnisme maritime chinois est extrêmement préoccupant. Il peut déboucher sur une guerre d'un type que nous ne connaissions plus, c'est-à-dire une guerre totale à haute intensité. Il y a un mépris chinois évident pour tout droit international et pour toute négociation multilatérale sur ce dossier. Le mépris chinois pour la décision du Tribunal arbitral de La Haye est l'événement qui m'a le plus inquiété géopolitiquement au cours de cette année 2016.

     

    Les Chinois renversent l'argument en expliquant qu'ils souhaitent négocier, mais que les Philippins n'ont pas voulu de telles négociations et qu'ils sont allés directement devant la Cour Permanente d'Arbitrage de La Haye...

     

    Pour être parfaitement exact, les Chinois ne veulent jamais négocier multilatéralement. Ils ne sortent jamais du cadre bilatéral des négociations. On imagine bien que dans une négociation entre la Chine et le Brunei, Pékin serait très légèrement avantagé… C'est très dangereux. En mer de Chine méridionale, Pékin a eu une politique de fait accompli, en s'emparant de récifs qu'on appelle en droit international des terra nullius, des rochers qui n'ont jamais appartenu à quiconque. Voici que les Chinois veulent construire une «muraille de sable» en transformant les îlots Paracels et Spartleys en autant de bases aériennes. Par une stratégie de construction de grandes îles artificielles, la Chine s'est dotée de bases militaires, aériennes et navales, qui sont beaucoup plus proches des Philippines ou du Vietnam que de ses propres côtes… Elle prétend interdire à 12 milles marins des côtes autour de ces récifs l'accès aux navires étrangers et bénéficier de la zone économique exclusive à 200 milles des côtes qui accompagne un territoire.

     

    Aujourd'hui, les Chinois sont extrêmement violents contre les pêcheurs vietnamiens qui s'aventurent dans le prétendu espace économique chinois.

     

    L'appétit territorial de Pékin en Mer de Chine méridionale sur les archipels des Paracels et des Spratleys est proprement hallucinant - en mer de Chine orientale, il y a le problème des îles Senkaku avec le Japon, qui est tout aussi préoccupant. Les tensions sont encore gérées, mais vous ne pouvez pas exclure que Xi Jinping dérape un jour gravement. D'abord parce qu'il a davantage de pouvoirs qu’auparavant : il est moins contrôlé qu'il ne l'était avant par les six autres membres du comité permanent du bureau politique. Le pouvoir collégial chinois au sein du comité permanent est moins collégial qu'avant. Il y a un retour au culte de la personnalité et à un homme fort à la tête de l'Etat. L'économie, qui se tasse aujourd'hui, peut demain faiblir sévèrement, du fait notamment d'un système bancaire complètement opaque, qui peut s'écrouler. Vous ne pouvez pas exclure malheureusement que, à cause de telles insatisfactions internes en Chine, Xi Jinping fasse appel au nationalisme pour ressouder le peuple et que vous ayez ensuite un engrenage infernal.

     

    Il ne faut pas oublier que les Etats-Unis d'Amérique ont des accords stratégiques dans la région, notamment avec les Philippines, le Japon et la Corée du Sud. Les Etats-Unis d'Amérique ont même levé l'embargo des armes à l'égard du Vietnam! C'est extraordinaire, alors que l'embargo militaire américain et européen contre la Chine tient toujours depuis Tienanmen! En réalité, la Guerre de 1914 a commencé sur une situation de départ beaucoup moins explosive. Vous ne pouvez pas exclure un engrenage infernal suite à des incidents navals, etc. qui seraient possibles dans le cadre d'une Chine chauffée à blanc par le nationalisme. Ceci est déjà arrivé dans l'histoire récente, avec des pays évidemment moins importants, comme les dictateurs argentins qui ont tenté de ressouder le peuple en prenant de force les Malouines en 1982.41TAkxBVREL._SX317_BO1,204,203,200_.jpg

     

    Quelle est la stratégie américaine adoptée face à cet expansionnisme maritime chinois ?

     

    Les Etats-Unis d'Amérique ont réalisé leur changement stratégique de «Pivot towards Asia» (pivot vers l'Asie) et se désintéressent du Moyen-Orient, comme le montre la politique de «rule from behind» (gouverner par derrière) du président Obama au Levant. Ce n'est pas pour rien que les Etats-Unis cherchent aujourd'hui un compromis en Syrie avec les Russes, qui ont pris l'avantage.

     

    Comme l'a illustré la récente visite de Barack Obama au Vietnam (21-24 mai) puis au Japon (24-28 mai), les Américains ont un intérêt très clair pour l'Asie et l'Océan pacifique. Leur objectif est de maintenir coûte que coûte la liberté des mers. Washington ne peut accepter, dans ce cadre, l'appropriation des Paracels et des Spartleys par la Chine. Le pivot américain est clair au regard des forces navales américaines : plus de 60% de l'US Navy, qui est de très loin la première force navale du monde, est maintenant dans cette zone. Elle correspond avec la montée en puissance exponentielle de la flotte chinoise. Un signe de cette course aux armements est particulièrement éclatant. Jamais l'Australie, qui est un pays rationnel et non belliqueux, n'aurait acheté pour 34 milliards d'euros douze sous-marins au Français DCNS si le pays n'était pas extrêmement inquiet par la menace chinoise.

     

    Comment Barack Obama parvient-il à constituer un équilibre avec Pékin ? Cet équilibre régional est-il durable ?

     

    Les Chinois expliquent que les Etats-Unis n'ont rien à faire dans cette région. Ils ne manquent pas de rappeler que leur implication dans cette région a toujours été catastrophique, en faisant bien sûr allusion à la guerre du Vietnam. Pourtant, aujourd'hui, mêmes les premiers concernés de ces errances américaines passées, les Vietnamiens eux-mêmes, ont changé d'avis. Ce sont les Chinois, par leur maladresse, qui se sont aliénés tous les pays asiatiques alors qu'ils étaient plutôt bien vus au départ dans la région. Le retour triomphal des Etats-Unis en Asie n'est pas dû à une implication politique américaine impérialiste. Ils ont bien davantage répondu à la panique des autres pays face à la Chine. N'oublions pas que le précédent président philippin a comparé Xi Jinping à Hitler.

     

    Les Américains sont donc revenus en force, mais ils ont eu avec Barack Obama une politique assez balancée. Cela signifie que sur le fond l'affaire - par exemple les revendications de souveraineté en Mer de Chine méridionale - Washington ne se prononce pas. Les Américains acceptent en fait la première partie de la dialectique chinoise aux termes de laquelle Washington n'aurait rien à faire en Asie. Les Américains se placent non d'un point de vue asiatique, mais seulement du côté du droit international maritime dont ils veillent au respect. Les Américains n'ont pas à départager le Japon et la Chine sur la souveraineté des îles Senkaku ou la Chine et les Philippines sur celles des Spratleys. Ils n'ont pas davantage à déterminer comment les pays frontaliers pourraient répartir entre eux les richesses halieutiques et géologiques de la mer de Chine méridionale, etc. Au contraire, Barack Obama précise bien que c'est aux pays concernés de mener des conférences multilatérales pour gérer ensemble ces richesses marines.

     

    Il est certain que nous ne pouvons pas accepter la politique du fait accompli de Pékin. Les Chinois mènent en Mer de Chine méridionale une politique de force inadmissible. Toutes les puissances asiatiques, ainsi que l'Australie, sont inquiètes par la Chine. Jusqu'à maintenant, les choses sont contrôlées grâce au dialogue stratégique qui se tient chaque année au plus haut niveau entre les Etats-Unis et la Chine. La diplomatie fait tout à fait son ouvrage dans la mesure où Barack Obama accorde de la considération à la Chine, tout en étant ferme sur les principes de la liberté de navigation. C'est dans ce cadre qu'il donne régulièrement l'ordre aux destroyers de l'US Navy de longer les Spratleys et les Paracels à deux milles des côtes et non à douze, et sans demander l'autorisation aux Chinois.

     

    Pour l'instant, Donald Trump n'a pas pris la peine de décrire les contours précis de sa politique étrangère. Mais le fait qu'il privilégie l'intuition à la réflexion est loin d'être un bon signe. Inversement, on peut faire confiance à Hillary Clinton pour s'opposer avec fermeté au dangereux expansionnisme maritime chinois. Mais la candidate démocrate, si elle est élue, aura à gérer un dossier chinois beaucoup plus complexe que celui d'Obama car la Chine actuelle est beaucoup plus agressive que celle des Jeux Olympiques de 2008.

     

    Il demeure donc que le principal risque de guerre à grande échelle, demain ou plutôt après-demain, provient de cette région asiatique car on ne voit pour l'instant aucun début de solution globale se mettre en place. Et un engrenage des alliances et des représailles serait fatidique sur fond d'une population chinoise chauffée à blanc dans son nationalisme par un pouvoir autoritaire, qui n'arriverait pas à la maintenir tranquille par toujours plus de consommation.

     

  • Entretien avec Renaud Girard (2) : Les élections US ; la France, les Etats-Unis et la Russie

    Deuxième partie de l’entretien donné par Renaud Girard au Figaro, poursuivant ce vaste panorama des enjeux géopolitiques. Aujourd’hui, les élections aux Etats-Unis, les relations de la France avec les Etats-Unis et avec la Russie. Bonne lecture à toutes et à tous !

     

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    « Trump ou Clinton, l'élection américaine 2016 ne sera pas un bon cru »

     

    Entretien d’Alexis Feertchak avec Renaud Girard

     

    FIGAROVOX. - En politique étrangère, Hillary Clinton semble se placer sur une ligne plus dure que celle de Barack Obama. Comment qualifier sa politique étrangère ?

     

    Renaud GIRARD. - L'entourage diplomatique d'Hillary Clinton est constitué de néoconservateurs. Elle est elle-même proche des thèses néo-conservatrices. Je vais vous en donner trois preuves. La première concerne l'invasion de l'Irak en 2003. A la différence de Barack Obama, qui était contre, Hillary Clinton était en faveur de cette intervention militaire. Fin 2002, elle a voté au Sénat en faveur de l'invasion. Elle a ensuite eu un rôle extrêmement important dans l'affaire libyenne. En mars 2011, elle est venue à Paris pour rencontrer Nicolas Sarkozy et les rebelles libyens que Bernard-Henri Lévy avait réunis. Elle a réussi à convaincre Barack Obama de participer à cette intervention, qui était souhaitée par les Britanniques et les Français alors que le président américain était réticent. Les Libyens et les Américains s'étaient complètement réconciliés. Mouammar Kadhafi avait en effet renoncé à toute ambition et avait même dénoncé le trafic du docteur Abdul Qadeer Khan, le père de la bombe atomique pakistanaise, qui menait le plus grand trafic d'armes nucléaires au monde. Barack Obama a d'ailleurs reconnu depuis que cette intervention était une erreur, mais il s'est laissé faire par Hillary Clinton. La troisième erreur néoconservatrice d'Hillary Clinton a été de militer, comme secrétaire d'Etat, pour le retrait précipité d'Irak en 2010, lequel constitue selon moi une erreur stratégique aussi importante que l'invasion inutile de 2003.

     

    Les néoconservateurs sont à la réalité politique de la planète ce que sont nos enfants aux programmes télévisés. Ce sont des zappeurs. Ils crient très fort contre un tyran. Une fois qu'ils ont acquis le soutien des médias, ils obtiennent l'intervention militaire, défont le tyran, se congratulent, tirent un feu d'artifice et … s'en vont, sans la moindre considération pour la situation de la population qu'ils étaient prétendument venus «libérer». Le néoconservatisme, c'est le culte fou de la démocratie privilégiée à la paix. En Irak, ils ont installé en principe la démocratie - ils ont mise en œuvre des scrutins - sans vouloir reconnaître que ces scrutins ont seulement eu pour effet de diviser la société irakienne sur des lignes confessionnelles et ethniques. Les Américains ont apporté une idée de démocratie, mais une idée seulement. La réalité, c'est que l'Irak n'est en rien une vraie démocratie, un vrai Etat de droit. Le néoconservateur préfère toujours ses idées aux populations qu'il prétend protéger. En Libye, les Occidentaux ont détruit l'administration de Kadhafi. Par respect élémentaire de la population civile, ils auraient dû en mettre une autre au pouvoir, et vérifier sur place qu'elle fonctionnait. Vous ne pouvez pas détruire les structures d'un Etat puis partir en vous désintéressant des conséquences de votre action militaire.

     

    Les médias crient haro sur Donald Trump. N'y-a-t-il pas un risque à masquer le danger néoconservateur que représente Hillary Clinton ?

     

    Les médias américains sont biaisés, il n'y a pas de vrai débat. Par exemple, les sept derniers OpEd (tribunes ndlr.) du New York Times sont anti-Trump et pro-Clinton. Le débat n'est pas balancé, il existe objectivement un matraquage de la classe intellectuelle et médiatique contre Donald Trump.

     

    Hillary Clinton vient du système et elle va laisser la technostructure gérer le pays. C'est une personne dont le comportement ne fait pas peur parce qu'elle garde en toutes circonstances un comportement réfléchi, même si l'on peut juger négativement ses positions diplomatiques. C'est une personne qui est capable de discuter et de traiter les crises internationales avec sang-froid.

     

    A l'inverse, Donald Trump est une candidature rafraichissante. Il a parfois de bonnes idées, mais, à mon avis, il a un caractère trop dangereux pour devenir président du plus puissant pays du monde. Il a montré, dans sa campagne des primaires, six traits de caractère qui ne nous disent rien de bon pour diriger la plus puissante armée de la planète: sensibilité à la flatterie ; tendance à sur-réagir face à la moindre contrariété ; intuition préférée à la réflexion ; faible capacité d'écoute des autres en raison d'un ego surdimensionné ; mépris des faits ; incapacité à changer d'opinion sur un dossier en fonction d'informations nouvelles. Bref, Trump présente pour nous un risque de sécurité. Il est peut-être faible, mais c'est un risque que nous n'avons pas envie de prendre.

     

    Clinton ne présente pas un tel caractère dangereux. C'est un peu comme si Laurent Fabius devenait président de la République. La diplomatie ne serait pas géniale, il ne réformerait pas la société (puisqu'il avait déjà promis de le faire quand il était Premier ministre et il ne l'a jamais fait). Mais ce ne serait pas une catastrophe, parce qu'il a un comportement rationnel, appuyé sur la technostructure. Je préfère voir Hillary à la Maison Blanche, parce que je n'ai pas envie, en tant que Français, de prendre le risque de voir Trump diriger les Etats-Unis. J'espère qu'elle sera une bonne présidente, j'espère qu'elle sera pro-française, mais je n'en suis hélas pas du tout sûr. Dans tous les cas, pour nous, Européens, l'élection américaine 2016 ne sera pas un bon cru.

     

    Vous qualifiez régulièrement la France de caniche des Etats-Unis. Comment analysez-vous la nature de l'alliance entre Paris et Washington ?liv-6986-que-reste-t-il-de-l-occident.jpg

     

    Il existe une alliance historique entre les Etats-Unis d'Amérique et la France et c'est très bien, parce que nous partageons les mêmes racines chrétiennes, parce que nous sommes les mêmes enfants politiques de Montesquieu, parce que nous sommes attachés à l'Etat de droit. En revanche, l'amitié franco-américaine ne signifie pas que Paris doive s'aligner sur Washington. L'alliance historique entre les Etats-Unis et la France avait déjà été très malmenée entre 1920 et 1940. Le Sénat américain n'a pas ratifié le traité de Versailles après la Première guerre mondiale, alors que c'est le président Wilson qui l'avait en grande partie négocié. Quand le président Paul Reynaud a demandé en 1940 à l'Amérique de nous aider contre le nazisme, Washington a refusé. C'est une brèche importante, qu'on oublie trop souvent dans les cours d'histoire. On oublie aussi qu'il a fallu que ce soit l'Allemagne nazie qui déclare la guerre à l'Amérique, qui ne l'aurait peut-être pas fait sans cela. Quand Roosevelt fait son discours «God Bless America» de décembre 1941 après l'attaque japonaise sur Pearl Harbour, les mots «Allemagne» et «nazisme» ne sont pas prononcés. Il reste que la France ne peut pas oublier l'aide de 1917, le Débarquement de Normandie et le plan Marshall. Cette alliance est forte parce que fondée historiquement et culturellement, parce que nourrie des mêmes racines chrétiennes, du même héritage des Lumières.

     

    Etait-ce aussi le cas par le passé de l'alliance entre la France et la Russie ?

     

    L'alliance entre la France et la Russie est plutôt une alliance de circonstance, que je ne mets pas du tout au même niveau que celle entre les Etats-Unis d'Amérique et la France. L'alliance franco-russe telle qu'elle est célébrée par le pont Alexandre III à Paris doit se comprendre par rapport à la montée en puissance de l'Allemagne au 19e siècle. La France du président Sadi Carnot s'allie avec la Russie en 1894 pour contrer Berlin. Après s'être alliés au Tsar pour battre Bonaparte, les Anglais vont quant à eux rester profondément antirusses tout au long du 19e siècle, de 1815 à 1907, très exactement. Quand il va au Congrès de Vienne en 1815, Lord Castlereagh, qui représente la diplomatie britanniques, passe par Paris ; il voit dans les cafés tous ces cosaques attablés qui crient «bistro, bistro» (vite en russe) et s’exclame : «Les Russes à Paris, c'est trop !». Toute la politique anglaise jusqu'en 1907 sera une politique de containment contre la Russie, comme l'illustrent la guerre de Crimée ou le Grand Jeu en Afghanistan. A l'inverse, la France a une revanche à prendre sur l'Allemagne parce qu'elle n'a pas digéré en 1871 que celle-ci lui ait arraché l'Alsace-Lorraine - Bismarck aurait dû se contenter de l'indemnité en francs-or! En 1935 et 1936, les gouvernements Laval et Sarraut auraient dû redynamiser cette alliance franco-russe car il était clair que la France était à nouveau menacée par l'Allemagne, que les Américains avaient lâché Paris par isolationnisme, et que les Anglais étaient plus intéressés par leur empire colonial que par les violations du Traité de Versailles sur le continent.

     

    La Russie et les Etats européens semblent évoluer lentement vers une normalisation de leurs relations, mais la méfiance semble aussi demeurer très forte depuis 2014 et la Guerre en Ukraine. Utiliseriez-vous la formule suivante : « Poutine a gagné la Crimée et perdu l'Ukraine » ?

     

    Oui, très clairement. Le chiffon rouge et l'obsession de Poutine demeurent les révolutions de couleur dans les ex-Républiques soviétiques, qu'il croit toujours activées de l'extérieur alors qu'en fait, elles ont toujours un terreau local. Elles peuvent être ensuite entretenues et nourries depuis l'Amérique, mais leur naissance est toujours locale. Ce n'est jamais la CIA qui provoque ex nihilo une révolution de couleur ! L'obsession des révolutions de couleur a pu faire commettre des erreurs à Vladimir Poutine, qui a peut-être perdu son sang-froid lors de l'affaire de Maïdan en Ukraine. Avec la désorganisation qui a eu lieu en Ukraine, Kiev serait revenue d'un mouvement naturel du côté du frère russe. L'intervention russe dans le Donbass a empêché ce retour. La Crimée a donné une énorme popularité à Poutine en Russie. Il pouvait d'ailleurs vendre cette «prise» à l'Occident comme la monnaie de la pièce du Kosovo : les Occidentaux ont pris illégalement le Kosovo à la Serbie, la Russie arrache la Crimée à l'Ukraine. Il y a eu des référendums dans les deux cas. Mais l'intervention de Poutine dans le Donbass est une erreur stratégique parce qu'il a inutilement braqué l'Occident contre lui sans lui obtenir le moindre atout stratégique supplémentaire. Dans le Donbass, en humiliant deux fois l'armée ukrainienne (été 2014 puis janvier 2015), Poutine a braqué les Ukrainiens et a fortifié un nationalisme ukrainien antirusse sans nécessité aucune. La population de Crimée est très prorusse alors que celle du Donbass est plus partagée. Surtout, l'annexion de la Crimée s'est faite sans effusion de sang, avec un référendum. Il fallait que Poutine s'arrête là. Le Donbass ne rapporte rien à Moscou, alors que la Crimée a une importance stratégique en Mer noire et, plus largement, le peuple russe lui est attaché sentimentalement. Nous sommes et resterons dans ce cadre conflictuel et méfiant tant qu'une solution n'aura pas été trouvée pour l'Ukraine.

     

    Quelle pourrait être la politique de la France dans ce contexte de méfiance entre l'Europe occidentale et la Russie ?

     

    La première chose serait de reconnaître nos erreurs. Les sanctions contre la Russie sont doublement néfastes. Premièrement, elles n'apportent pas d'efficacité politique. La politique du gouvernement russe n'a pas changé dans le sens que nous souhaitions. Croire que l'on peut faire changer par des sanctions économiques la politique d'un pays qui a pu souffrir pendant mille jours le siège de Léningrad est un peu présomptueux… Deuxièmement, ces sanctions pénalisent notre agriculture et notre industrie. On ne voit vraiment pas pourquoi, nous Français, serions pénalisés pour des sanctions qui n'ont aucune chance d'être efficaces. En plus, nous avons compromis l'indépendance et le prestige de notre industrie d'armement, qui reste le dernier secteur où nous sommes technologiquement un des leaders mondiaux. La vente de sous-marins nucléaires de DCNS à l'Australie l'a montré : nous sommes dans le peloton de tête. En ne livrant pas les Mistral à la Russie, nous avons commis une erreur. D'abord parce que les Russes ont récupéré toute la technologie : ils avaient les plans. Ensuite, le fait que la France ait tourné casaque pour des considérations politiques peut effrayer des puissances non-alignées, comme l'Inde.

     

    Lever les sanctions ne signifie pas qu'il ne faut pas être ferme vis-à-vis de la Russie. Je pense qu'il faut une grande fermeté militaire, en soutenant nos alliés au sein de l'OTAN, notamment dans les Pays baltes. Les mesures qui ont consisté à envoyer des avions de chasse étaient nécessaires. Nous sommes membres d'une alliance militaire, nous avons même - peut-être ne fallait-il pas le faire, mais nous l'avons fait - réintégré le commandement intégré de l'OTAN. Il faut dès lors être conséquent.

     

    En ce qui concerne l'Ukraine, la bonne solution serait la finlandisation : ni à l'ouest, ni à l'est. Rappelons que l'intégrité territoriale de l'Ukraine a été garantie par le mémorandum de Budapest de décembre 1994, signé par le président Eltsine. Vous pouvez considérer, par réalisme politique, que la Crimée ne doit plus empoisonner les relations franco-russes et qu'effectivement, cette presqu'île n'est pas un problème dirimant, dans la mesure où nous avons fait la même chose au Kosovo. Mais on ne peut pas accepter les ingérences militaires russes dans le Donbass.

     

    Je crois que Poutine attend de nous clarté, fermeté et équité. Il nous respectera d'autant plus. Je n'ai aucun problème avec l'idée que notre flotte aille croiser en Mer baltique et dans le Golfe de Finlande, le long des Pays baltes, afin de répondre aux bombardiers russes qui se promènent jusque dans la Manche. Il faut bien comprendre que l'article 5 de l'Otan jouera : Poutine ne peut pas attaquer les Pays baltes, sinon ce sera la guerre, et il la perdra.

     

    Comment analysez-vous ces relents de Guerre froide ?

     

    Prenons le bouclier anti-missile de l'OTAN. C'est une provocation qui relance la Guerre froide inutilement. Nous n'avons pas su faire de bonne diplomatie avec les Russes.

     

    Quand nous avons proposé un accord commercial à l'Ukraine en 2013, au lieu de laisser cette affaire être gérée par des bureaucrates inconnus de Bruxelles, il fallait qu'un dirigeant français ou allemand fasse un grand discours - comme Charles de Gaulle à Varsovie sur «l'Europe de l'Atlantique à l'Oural» - pour dire publiquement que l'Europe offrait un accord équivalent à ses amis russes. Est-ce que cet accord aurait empêché par ailleurs qu'il y ait une sphère eurasiatique de développement autour de la Russie ? Assurément non. La Turquie a un accord d'association avec l'Europe et un accord d'association avec d'autres pays, notamment en Asie centrale. Ces partenariats commerciaux ne sont pas exclusifs. Il faut se souvenir que le président Truman, quand il a présenté le plan Marshall, l'a proposé à Staline et aux pays de l'Est. Ces derniers ont refusé, mais il l'a proposé publiquement. Il fallait faire ça pour éviter que la Russie se sente humiliée.

     

    Cela a été une erreur monumentale que Hollande n'assiste pas au défilé du 9 mai 2015 à Moscou. Il fallait mettre une gerbe pour Normandie-Niemen. C'était de même une erreur diplomatique du président français de ne pas être allé à l'inauguration des jeux olympiques d'hiver de Sotchi en 2014. Poutine voulait montrer la manière dont il avait développé le Caucase. Il aurait fallu témoigner alors de la considération et même de l'amitié à la grande puissance qu'est la Russie, tout en étant très ferme sur l'Ukraine alors que la crise de Maïdan était à son plus fort. En revanche j'approuve entièrement et je salue l'initiative Hollande du format Normandie : avoir mis autour de la même table, le 6 juin 2014, les leaders russe et ukrainien, avec les leaders français et allemand comme parrains de leur dialogue. De même, j'approuve chez Hollande le processus des Accords de Minsk pour régler la crise ukrainienne. Mais tout cela a été tardif. Si les ministres Fabius et Steinmeier s'étaient rendus le soir même à Moscou après l'accord ukrainien parrainé par le France et par l'Allemagne du 21 février 2014 et qu'ils avaient formellement expliqué à Vladimir Poutine que Sébastopol resterait un port russe, que l'Ukraine ne rentrerait jamais dans l'OTAN et que le russe y serait toujours parlé, le président russe aurait certainement accepté le deal. Ce geste d'impatience de Fabius, qui est allé en Chine (au lieu de se rendre à Moscou) sans même attendre la signature de l'accord à Kiev, sera enseigné dans les écoles diplomatiques comme une erreur cardinale.

     

    Sur quels fondements repose l'amitié entre l'Europe et la Russie ?

     

    La Russie est bien notre amie et elle a toute sa place en Europe depuis toujours. Pourquoi ? Parce que notre culture intègre la culture russe. Un Français cultivé a lu Tchekhov, Dostoïevski, Tolstoï, Tourgueniev, Gogol, au lycée. En revanche, il n'a pas lu les auteurs chinois. C'est dommage, mais c'est comme ça ! La musique - Moussorgski, Tchaïkovski, Prokofiev, etc. - fait aussi partie de notre culture. C'est la même chose pour les Russes : notre culture fait partie de leur culture. Souvenez-vous des Encyclopédistes que faisait venir Catherine II à Moscou !

     

    Nous préférerions que les Russes appliquent un Etat de droit chez eux, mais ce n'est pas à nous de leur donner des leçons. Je regrette que Poutine n'ait pas choisi cette voie pour son pays, mais notre devoir à nous Français, ce n'est pas de donner des leçons à Poutine, mais de faire en sorte que notre Etat de droit, chez nous, soit exemplaire, pour que cela donne envie aux Russes de nous imiter.

  • Entretien avec Renaud Girard (1) : Le Moyen-Orient et la crise syrienne

    A la mi-août, il ne se passe rien dans la presse… Si, en cherchant un peu... Le Figaro publie un passionnant entretien-fleuve d’Alexis Feertchak avec Renaud Girard, en trois volets : Le Moyen-Orient et les enjeux de la crise syrienne, les élections aux Etats-Unis et l’évolution des grands équilibres Est/Ouest, et ce que nous ne suivons pas  assez, bien à tort, la géopolitique en Asie, centrée sur la Mer de Chine.

    Ne me dites pas que c’est long et que vous êtes débordés par le travail : prenez le temps le lire, d’étudier et de discuter ce texte, et surtout, dès que vous voyez une librairie dans les environs, foncez pour acheter le livre que vient de publier Renaud Girard, Le Monde en guerre (Ed. Montparnasse, 2016). Pas besoin d’être d’accord sur tout, bien sûr, mais il faut argumenter face à des textes à lire un stylo à la main.

     

    Premier épisode : Le Moyen-Orient, la crise syrienne, le grand jeu Turquie/Russie et le naufrage de la diplomatie française, avec ses implications pour la sécurité du pays.

     

     

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    « Erdogan est une menace spécifique pour l'Europe »

     

    Entretien d’Alexis Feertchak avec Renaud Girard

     

    FIGAROVOX. - Cette semaine a été marquée par le rapprochement entre Vladimir Poutine et Recep Erdogan à Saint-Pétersbourg. Mettriez-vous ces deux «régimes autoritaires» sur le même plan ou diriez-vous que la synthèse entre nationalisme et islamisme réalisée par Erdogan est une menace spécifique?

     

    Renaud GIRARD. - Non, je ne mettrai pas ces deux régimes sur le même plan. Erdogan est un Frère musulman, il a pour ambition de balayer ce qui reste de cette Turquie laïque et pro-occidentale héritée d'Atatürk, afin de faire de son pays une authentique république islamique. Vladimir Poutine est au Kremlin comme un tsar des plus classiques. Il n'a pas envie de bouleverser la Russie de Gorbatchev ou d'Eltsine, mais souhaite simplement lui redonner sa grandeur. Il n'a pas envie de changer la société russe de la même manière qu'Erdogan veut bouleverser la société turque.

     

    Pour les Européens, Erdogan est une menace spécifique parce que, contrairement à Mustapha Kemal, il n'a ni admiration ni affection pour la culture occidentale. Nous l'avons vu lorsqu'il s'est déplacé à Strasbourg le 4 octobre 2015. Alors qu'il s'exprimait devant les Turcs d'Europe, les femmes et les hommes avaient été séparés dans le grand amphithéâtre. C'était clairement une volonté de marquer sa différence tant à l'égard du kémalisme que du pays hôte qui l'accueillait. Erdogan n'a pas de considération pour ce qui fait l'Europe, c'est-à-dire ses racines chrétiennes et l'influence des Lumières. C'est cela qui fait l'Europe. En revanche, Vladimir Poutine, qui dirige certes un régime autoritaire, partage avec Catherine II cette admiration de la culture occidentale et nous reproche d'ailleurs de la perdre. Il y a une deuxième différence de taille. Par le passé, Vladimir Poutine n'a pas aidé des mouvements politiques qui ont tué les Français. Même s'il le regrette probablement aujourd'hui, Erdogan a soutenu l'Etat islamique par le passé.

     

    Peut-on parler d'alliance de circonstances entre Moscou et Ankara ou celle-ci peut-elle devenir un partenariat stratégique et durable?

     

    Comme indiqué dans le communiqué qui a été rendu public après la conférence de presse commune que les deux présidents ont tenue, il s'agit de remettre les relations russo-turques au niveau où elles étaient avant l'incident de l'avion russe abattu en novembre 2015. Ni plus, ni moins. C'est un rapprochement qui s'est fait à la demande d'Erdogan. Le président turc a compris qu'il n'arriverait pas à devenir le sultan néo-ottoman qu'il a rêvé de devenir à la faveur des Printemps arabes, mal guidé qu'il était par le ministre des Affaires étrangères puis Premier ministre Ahmet Davutoglu. Aujourd'hui, Erdogan s'est séparé de Davutoglu, qui avait fait preuve d'une extrême arrogance et de peu de bon sens. Recep Erdogan est un peu comme Staline par rapport à Trotski, Trotski étant le Calife Ibrahim régnant sur l'Etat islamique de Raqqa et Mossoul. Staline a préféré faire le communisme en un seul pays, aujourd'hui Recep Erdogan préfère faire l'islamisme dans un seul pays. Il a compris qu'il n'avait pas d'autre option. De manière réaliste et pragmatique, il a décidé avec son nouveau Premier ministre de se réconcilier avec les deux pays dont l'armée et les services secrets sont les plus efficaces au Moyen-Orient, les Russes et les Israéliens.Ca ne fait pas de lui un amoureux transi des sionistes, mais il suit la ligne de conduite du communisme dans un seul pays. Souvenons-nous de la chaleur des relations qui ont pu exister à un moment entre Staline et Roosevelt.

     

    Erdogan a par ailleurs une obsession, une sorte de chiffon rouge. C'est son ancien ami Fethullah Gülen. Cette obsession le conduit à un changement radical de la politique étrangère turque, dans un mouvement d'éloignement vis-à-vis des Etats-Unis d'Amérique. Erdogan montre qu'il ne connaît pas très bien l'Occident. Croire que la justice américaine va accepter d'extrader Fethullah Gülen est d'une naïveté incroyable. Comme il s'éloigne des Etats-Unis, Recep Erdogan a compris qu'il partageait avec Vladimir Poutine un adversaire commun, les Etats-Unis. Les Etats-Unis du Parti démocrate - ce serait très différent avec Donald Trump - n'aiment pas les Etats autoritaires et prêchent les droits de l'homme urbi et orbi. Erdogan et Poutine partagent une hostilité commune à l'Amérique.

     

    Par ailleurs, ils sont aussi quasiment voisins de sorte que l'économie joue un très grand rôle. Du côté turc, il y a la volonté de permettre aux entrepreneurs de continuer leur travail en Russie, qui était considérable avant la crise, et la volonté de retrouver le tourisme russe qui était également très important. Du côté russe, en plus des projets de centrales nucléaires, il y a bien sûr le projet de gazoduc nommé Turkish Stream. Par lui, Vladimir Poutine souhaite doubler le gazoduc Northstream qui passe en mer du Nord pour ainsi disposer de deux gazoducs qui abreuvent l'Europe, l'un au Nord, l'autre au Sud.

     

    Pour répondre à votre question, je crois qu'il s'agit dès lors davantage d'une alliance de circonstance fondée sur des intérêts convergents. Ce n'est pas une alliance stratégique durable car ils ne partagent pas une culture commune. L'histoire entre l'Empire russe et l'Empire ottoman est d'ailleurs émaillée de dizaines de guerres frontalières.

     

    La crise de 2015 entre Moscou et Ankara s'est cristallisée autour de la question syrienne. Avant sa rencontre avec Poutine, Erdogan a déclaré : «la Russie est un acteur clef, très important pour l'instauration de la paix en Syrie». La Turquie a-t-elle abandonné son rêve de destruction du régime de Bachar al-Assad en Syrie ?1507-1.jpg

     

    Il y a eu une déclaration très importante du Premier ministre turc qui a expliqué qu'il fallait songer un jour à normaliser les relations entre la Turquie et la Syrie. Et la Syrie est clairement, et pour longtemps encore, gouvernée par Bachar al-Assad… Erdogan a abandonné son rêve de briser le régime de Bachar al-Assad, son rêve de se présenter comme le sauveur du monde sunnite contre le «tyran alaouite», lequel était pourtant naguère son ami. Lors de la rencontre Saint-Pétersbourg, il y a eu deux moments. Le premier a duré deux heures en tête à tête entre Erdogan et Poutine. Le second, de même durée, a eu lieu avec les principaux ministres concernés. Je pense que, dans l'entretien en tête à tête, les deux présidents ont parlé de la Syrie. Le communiqué final n'en fait pas état. Les Russes avaient seulement constaté avant la réunion qu'ils avaient avec Ankara des vues tout à fait divergentes sur la Syrie. On ne peut faire dès lors que des supputations puisqu'il n'y a pas eu de communiqué commun sur ce point.

     

    Que supposez-vous de ce possible échange sur la Syrie entre Erdogan et Poutine ?

     

    Ce ne sont que des conjectures. Erdogan a dû accepter que la «Syrie utile» restât comme elle est. Cette Syrie utile comprend notamment la base navale russe de Tartous et la base aérienne russe de Lattaquié. En contrepartie, j'imagine que le président turc a dû plaider pour l'établissement d'un Sunnistan en Syrie voire en Irak. En effet, ni Moscou, ni Ankara ne sont follement attachés à l'intégrité territoriale de l'Irak.

     

    La discussion est-elle allée plus en détail ? Je ne le crois pas. On peut penser aussi qu'ils se sont mis d'accord sur une Syrie qui resterait officiellement unitaire, mais dans les faits, la Russie préférerait sans doute que des lignes de cessez-le-feu soient établies sur le terrain. Vladimir Poutine ne veut certainement pas se lancer dans une opération de reconquête de l'ensemble du territoire de la Syrie. La Syrie utile lui est stratégiquement suffisante. Il ne s'agit donc pas de faire le Sunnistan immédiatement, mais de laisser de facto les Sunnites tranquillement à l'Est et au Sud de la Syrie, ce qui pourrait arriver ensuite dans le triangle sunnite en Irak. C'est une concession qui ressemblerait à celle qu'Erdogan a été capable de faire sur Israël. La Turquie ne renonce pas à aider ses amis Frères musulmans du Hamas à Gaza, mais l'aide humanitaire n'est pas directe, elle passe par les ports israéliens. C'est ainsi que, début juillet, un cargo d'aide humanitaire turc à destination de Gaza est arrivé dans le port d'Ashdod, au Sud d'Israël.

     

    Ce tournant réaliste qui semble être pris sur le dossier syrien, même chez un Recep Erdogan qui fut le pire ennemi de Bachar al-Assad depuis 2011, est très loin des positions que la France exprime depuis le début du conflit. Jean-Marc Ayrault semble en retrait. Où est la France dans ce nouvel espace politique au Levant ?

     

    La France, par son incompréhension de ce qui se passait en Syrie est complètement hors-jeu. Les leaders français ont cru, gauche et droite confondues, que Bachar al-Assad n'en avait que pour quelques semaines en 2011. La stratégie de la France sur le dossier syrien depuis 2011 a été un mélange d'ignorance historique, de manichéisme politique et de wishful thinking diplomatique. Personne ne s'intéresse plus au point de vue de Paris concernant le dossier syrien, alors même que la France est l'ancienne puissance mandataire. Il ne fallait pas sortir de notre neutralité. Il fallait conserver des relations diplomatiques avec Damas. La diplomatie, cela sert à parler avec les gens qui ne sont pas vos amis. Nous avons beaucoup surestimé l'importance d'une opposition modérée à l'occidentale en Syrie. En fait, l’opposition la plus virulente et la mieux enracinée dans le pays, a toujours été islamiste. Les Français sont allés très loin dans leur folie : ils ont livré, sur ordre du président Hollande, des armes à la pseudo-Armée syrienne libre (ASL), soit disant modérée (car elle ne se prive pas de commettre elle aussi des exactions). Devant des caméras, l'ASL a récemment sacrifié un gosse palestinien de onze ans qui avait commis je ne sais quelle faute. L'ASL a eu des armes grâce à la France, armes qui se sont immédiatement retrouvées soit saisies par les unités islamistes, soit simplement vendues.

     

    Comment a-t-on pu commettre une telle erreur ?

     

    C'est une erreur d'appréciation grave du président Hollande et de son ministre Fabius. L'erreur fondamentale a été de faire du wishful thinking. En diplomatie, il faut prendre les réalités telles qu'elles sont. Fabius souhaitait voir en Syrie un méchant - Bachar el-Assad - qui massacrait des gentils, ces rebelles qui ne demandaient qu'à appliquer les droits de l'homme en Syrie. Un méchant contre des gentils, cela fait un dossier diplomatique facile à traiter ! La réalité était tout autre et il faut le dire. Si l'Armée russe n'était pas intervenue au début de l'automne 2015, Damas serait probablement tombée aux mains des islamistes. Ils auraient alors commis un immédiat génocide des alaouites et des druzes, et, dans le meilleur des cas, les Chrétiens auraient été chassés vers le Liban. Quant aux églises de Damas, elles auraient brulé puisque, même sous la protection de nos troupes au Kosovo, il y a eu plus d'une centaine d'églises détruites. Ce sont les réalités. Hollande et Fabius ont préféré le schéma intellectuel qu'ils avaient construit. L'opposition démocratique était certes très forte sur les plateaux de télévision à Paris, mais elle ne représentait que peu de chose sur le terrain !

     

    Ces erreurs se répètent. Quand nous avons aidé les rebelles anti-Kadhafi en parachutant des armes au printemps 2011 au Djebel Nefoussa au Nord-Ouest de la Libye, un nombre significatif de ces armes ont été retrouvées ensuite aux mains de Boko Haram ! Mais aujourd'hui, l'échelle des détournements d'armes en Syrie est bien plus importante.

     

    Nous avons donc perdu en Syrie ?

     

    Nous avons perdu parce que notre diagnostic de départ ne correspondait pas aux réalités internationales. Mais il y a pis. Nous avons été ridiculisés ! Quand, à l'été 2013, François Hollande a annoncé qu'il fallait bombarder Damas et renverser Bachar al-Assad parce que celui-ci avait utilisé des armes chimiques, le président de la République a émis un jugement moral qui engageait la France. Quand nos amis anglais et américains ont fait marche arrière, la France a reculé elle aussi, comme si l'obligation morale de bombarder Damas était tombée de ce seul fait. Alors, de deux choses l'une, soit la France est tellement faible militairement qu'elle n'a pas les moyens de bombarder seule la Syrie - ce qui est assez grave -, soit la position de la France n'est pas indépendante. La réalité est que nous adoptons volontairement la position de caniche des Américains. Sur l'usage des armes chimiques, il y a ensuite eu un accord Lavrov-Kerry à Genève, auquel nous n'avons même pas été invités ! Cet accord a été appliqué avec succès. Les Russes ont forcé l'Armée syrienne à rendre ses armes chimiques, que les Américains ont ensuite détruites. Cet accord est le résultat d'une volonté russo-américaine de régler un problème concret. Le danger pour nous, ce n'était évidemment pas que Bachar utilisât ces armes contre nous, mais que ces armes chimiques tombassent dans les mains des islamistes et qu'elles se retrouvassent un peu plus tard dans le métro de Paris, de Londres ou de New York.

     

    Nous avons été ridiculisés une seconde fois dans le dossier syrien quand nous avons commencé à avoir des problèmes sérieux avec nos terroristes islamistes sur notre territoire national. Nos services secrets sont allés à Damas demander des renseignements aux services syriens qu'ils connaissaient bien. Il y avait toujours eu une très forte coopération policière entre la France et la Syrie. Les Syriens nous ont alors demandé de rouvrir d'abord notre ambassade ! En coupant nos relations diplomatiques avec Damas en mars 2012, nous avons laissé entièrement la Syrie dans les mains des Iraniens et des Russes, une Syrie pour laquelle nous avions déjà diplomatiquement beaucoup investi. Peut-être trop d'ailleurs, mais c'était un fait, puisque nous l'avions invitée au défilé du 14 juillet 2008. Il faut qu'il y ait une constance minimum de la politique étrangère française. Sans constance, aucune politique étrangère ne peut être prise au sérieux dans le monde. Notre diplomatie s'est fourvoyée pour n'avoir pas su désigner à temps quel était notre ennemi principal. Notre ennemi principal, celui qui tue des Français, c'est l'Etat islamique. Bachar al-Assad est tout sauf un ange, mais ce n'est pas l'ennemi de la France !

     

    Dans ce dossier, parmi les acteurs non-régionaux, il reste donc les Américains et les Russes ? Les Américains sont-ils lassés du conflit en Syrie ?

     

    Les Anglais ne comptent pas, ils n'ont plus de politique moyen-orientale, tellement ils ont été traumatisés par leur expérience irakienne de 2003. Il reste donc les Américains et les Russes, qui aujourd'hui travaillent parfois ensemble, avec les Kurdes syriens du PYD notamment, qui sont les Kurdes qui combattent l'Etat islamique au sol avec le plus d'efficacité.

     

    Washington ne soutient plus le front Al-Nosra, c'est-à-dire Al-Qaïda (même si par manipulation et pour enrayer la coopération russo-américaine, Al-Nosra a été renommé et s'est faussement détaché de son mentor terroriste). Les Américains savent qu'ils sont allés trop loin en soutenant les islamistes et savent pertinemment qu'ils ont perdu militairement cette carte. Ils commencent à changer à propos de Bachar el-Assad : ils acceptent que celui-ci demeure à la tête de l'Etat syrien à court terme, même s'ils refusent d'envisager qu'il reste encore longtemps au pouvoir. Ils sont ainsi beaucoup moins intransigeants que les Français. L'Amérique au Moyen-Orient est un chien loup redoutable, mais qui a cessé d'aboyer. La France est un roquet, qui ne fait peur à personne quand il aboie. Et quand il aboie beaucoup, il est un peu ridicule.

     

    Les Américains acceptent que les Russes aient pris une position supérieure à la leur dans le Levant. Depuis plusieurs années déjà, Barack Obama a adopté la stratégie de rule from behind (gouverner depuis l'arrière). Les Russes gouvernent en allant sur le terrain en Syrie ! Avec le rule from behind américain, les potentats sunnites de la région ont moins confiance en Washington, alors que les Saoudiens respectent Poutine, même s'ils ne partagent pas les mêmes intérêts dans la région. Les Américains n'ont pas changé l'équilibre stratégique au Moyen-Orient. A l'inverse, les Russes ont clairement changé la donne stratégique en sauvant le régime de Bachar el-Assad. Les Français, quant à eux, ont hélas disparu de ce théâtre international.

  • Alep aux mains d’al-Qaïda ?

    Pour nourrir le débat sur les enjeux de la bataille d’Alep, je vous propose cet entretien avec Frédéric Pichon, publié dans Le Figaro.  Frédéric Pichon est un universitaire, bon connaisseur de la Syrie, et en 2014, la publication de son livre « Syrie : pourquoi l’Occident s’est trompé » était prémonitoire.

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    «Alep aux mains d'al-Qaïda pourrait

    devenir la capitale d'un émirat rival de Daech»

    Entretien d’Alexis Feertchak avec Frédéric Pichon

    *   *   *

    FIGAROVOX. - On parle beaucoup d'encerclement dans le cadre de la bataille d'Alep. Qui encerclent qui aujourd'hui entre les «rebelles» et l'armée syrienne?

    Frédéric PICHON. - La situation à Alep est beaucoup plus compliquée que la manière dont les médias occidentaux l'ont rapportée depuis 2011. La partie orientale d'Alep dont se sont emparés en 2012 les rebelles en en chassant la plupart des habitants vers l'ouest a été coupée de ses lignes d'approvisionnement grâce au contrôle d'une artère (Castello Road) par l'armée et ses alliés, ainsi que par les Kurdes. En réalisant cela, ils ont pu réduire considérablement les attaques aveugles qui visaient les quartiers loyalistes et kurdes et qui faisaient des dizaines de morts chaque semaine. La rebellion unifiée sous la bannière d'al-Qaïda (Jabhat al-Fatah al-Cham, ex-Front al-Nosra) a tenté de se dégager de cette étreinte en lançant avec succès une contre-offensive pour briser le siège.

    Derrière l'appellation de rebelles, de qui s'agit-il?

    Comme annoncé depuis plusieurs mois, les djihadistes et les salafistes dominent de façon écrasante la «rébellion», en particulier à Alep. C'est le résultat des facilités accordées par le passé par la Turquie à tous les éléments les plus radicaux venus combattre en Syrie, alimentés par les fonds du Golfe et formatés par la propagande salafiste de ces mêmes pays.

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    Alep, dominé par l'ex front al-Nosra, pourrait devenir une capitale de cet émirat rival de Daech. C'est donc un enjeu crucial, y compris pour Damas qui perdrait aussi ce qui fut jadis le poumon économique du pays.

    Si l'ensemble d'Alep tombait aux mains des rebelles, quelles seraient les conséquences pour les minorités, notamment les alaouites et les chrétiens?

    Comme partout en Syrie, les Alaouites seraient très exposés. Il faut d'ailleurs se rappeler que la contre-offensive rebelle a été baptisée du nom d'un officier, Ibrahim Youssef, qui ordonna l'exécution de 80 cadets alaouites à Alep en 1979. Cela fait partie de la stratégie de terreur utilisée par les rebelles: en cas de victoire, il n'y aura pas de pitié pour les loyalistes, en particulier alaouites.

    Du coup l'enthousiasme de certains analystes pour la rébellion sonne étrangement comme un blanc-seing accordé à ces groupes terroristes que l'on continue à présenter comme des «révolutionnaires». Certains de ces analystes ou de ces responsables politiques assument clairement leur choix de soutenir Al-Qaïda contre Assad. Au moins, c'est clair. D'autres plus naïfs comptent sur leur déradicalisation automatique. Tout se passe comme si les leçons de l'Afghanistan n'avaient toujours pas été tirées.

    Les États-Unis et la Russie ont passé récemment un accord de coopération militaire. Comment se positionnent aujourd'hui Moscou et Washington dans la bataille d'Alep?

    Toute la stratégie de Moscou est de faire accepter à Washington l'idée que Al-Nosra, même rebaptisé, doit être combattu conjointement. Washington hésite car cela viendrait heurter ses alliances dans le Golfe. Mais Obama qui n'a aucune confiance dans ces pays pourrait bien trouver un arrangement avec Poutine d'ici la fin de son mandat. En attendant, la Syrie se vide de ses forces et constitue un terreau fertile pour les attaques terroristes à venir en Occident. 2017 sera une année cruciale, mais aussi malheureusement tragique pour l'Europe, ventre mou de cette lutte titanesque, avec un risque de recrudescence d'attaques terroristes tant qu'elle n'aura pas choisi son camp.

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