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Droit international

  • La Syrie, le plus grand fiasco de la CIA?, par Maxime Chaix

    Voici un intéressant article, précis et documenté, publié dans Le Devoir de ce 2 août, sous la signature de  Maxime Chaix. Le genre de texte que vous ne verrez jamais dans Le Journal officiel du Quai d’Orsay, encore appelé Le Monde. Heureusement, nous avons la presse canadienne.

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    La Syrie, le plus grand fiasco de la CIA?, par Maxime Chaix

    Récemment, le Washington Post a annoncé la fin du soutien des rebelles « modérés » par la CIA, confirmant qu’ils menaçaient de renverser Bachar al-Assad en 2015, mais que cette issue chaotique fut empêchée par l’intervention militaire directe de la Russie cette même année.

    Chaotique, car le chroniqueur du Post David Ignatus vient de souligner dans ce même journal que Washington et ses alliés ne pouvaient proposer de solution politique viable, démocrate et modérée pour remplacer le gouvernement syrien. D’après le spécialiste de la Syrie Charles Lister, qui regrette ouvertement la fin de cette guerre secrète coordonnée par la CIA, l’Agence aurait constitué une force de 45 000 combattants à travers cette opération, dont nous savons depuis janvier 2016 qu’elle a pour nom de code Timber Sycamore.

    Or, comme le rappelle l’universitaire américain Joshua Landis, ces rebelles « modérés » appuyés par la CIA et ses partenaires ont combattu jusqu’en janvier 2014 aux côtés de la milice terroriste qui allait devenir le groupe « État islamique » (EI) six mois plus tard, lors de la proclamation du « califat » par Abou Bakr al-Baghdadi. Ce fait est confirmé par l’expert de la Syrie Fabrice Balanche, qui souligne que « les rebelles n’ont combattu Daech [autre nom du groupe EI] qu’à partir de l’hiver 2013-2014. Avant cette période, ils étaient main dans la main avec cette organisation ».

    Depuis qu’ils ont rompu avec le groupe EI, ces groupes soutenus par la CIA et ses alliés se sont majoritairement coordonnés avec la branche d’al-Qaïda en Syrie, qui s’est appelée le Front al-Nosra jusqu’en juillet 2016, avant de changer de nom et de rompre superficiellement son allégeance au réseau de feu Oussama ben Laden.

    Comme le New York Times le soulignait en octobre dernier, « monsieur Lister et d’autres experts ont déclaré que la vaste majorité des factions rebelles approuvées par les États-Unis à Alep combattaient en pleine ville, et qu’ils pilonnaient massivement les troupes du gouvernement syrien en appui des combattants affiliés à al-Qaïda, qui se chargeaient de l’essentiel des combats sur la ligne de front ».

    Armements

    Plusieurs éléments troublants sont à relever dans cette opération. Tout d’abord, sachant que les États-Unis se revendiquent en guerre contre le terrorisme depuis septembre 2001, appuyer pendant près de cinq ans des groupes qui combattent aux côtés d’al-Qaïda n’a pas semblé poser problème aux décideurs américains et à leurs alliés occidentaux — ce qui est pour le moins déroutant. Et comme l’a pertinemment souligné Joshua Landis, le gouvernement des États-Unis savait depuis le milieu de l’année 2012 que les armes livrées massivement par la CIA et une quinzaine de services spéciaux depuis la Turquie et la Jordanie équipaient principalement des groupes djihadistes, un processus dévoilé par le New York Times en octobre 2012.

    Comme l’auteur de ces lignes avait eu l’occasion de le défendre, le réseau qui a majoritairement bénéficié de ces milliers de tonnes d’armements a été le Front al-Nosra ; ce fut d’ailleurs le cas jusqu’à récemment dans le gouvernorat d’Idleb, dont la capitale vient d’être prise par cette organisation, aujourd’hui rebaptisée Hayat Tahrir al-Cham.

    Ces graves dérives ont été notamment confirmées par le journaliste Gareth Porter, dans un article intitulé « Comment les États-Unis ont armé des terroristes en Syrie ».Comme ce grand reporter l’a souligné, « cet afflux massif d’armes [coordonné par la CIA] vers le territoire syrien, ainsi que l’entrée de 20 000 combattants étrangers dans ce pays —, et ce, principalement depuis la Turquie —, a largement défini la nature de cette guerre », Gareth Porter se référant au vaste réseau de trafic d’armes mis en place par la CIA et ses alliés depuis les Balkans et la Libye, de même qu’à l’acquisition de 15 000 missiles TOW made in USA par l’Arabie saoudite.

    Fabriqués par Raytheon, ces missiles antichars ont été introduits en masse dans ce conflit à partir de 2014, et les pertes infligées aux forces syriennes avec ces armements auraient été le principal facteur de l’intervention russe au début de l’automne 2015.

    Dans cet article, Gareth Porter ajoute que « les armes [injectées par la CIA et ses partenaires dans le conflit syrien] ont contribué à faire de la branche d’al-Qaïda en Syrie […] et de ses proches alliés la plus puissante des forces anti-Assad dans ce pays — et elles ont aussi permis l’émergence de Daech ». Rappelons qu’à l’origine, le Front al-Nosra et le futur groupe État islamique ne faisaient qu’un avant leur scission du printemps 2013, qui déboucha sur une guerre fratricide entre ces deux factions.

    Scission

    En réalité, les combattants majoritairement irakiens de ce qui était alors appelé le « groupe État islamique d’Irak » (EII) ont fondé, à partir de l’été 2011, la milice qui allait devenir le Front al-Nosra en janvier 2012. D’après Foreign Policy, lors de cette scission d’avril 2013, « une large majorité de commandants et de combattants d’al-Nosra en Syrie ne suivirent pas [leur chef Mohammed al-Joulani] » et prêtèrent allégeance au futur « calife » Al-Baghdadi, ce qui aurait représenté « jusqu’à 15 000 combattants sur environ 20 000 », d’après une estimation du chercheur Fabrice Balanche.

    Toujours selon Foreign Policy, « partout dans le nord de la Syrie, Daech s’empara des quartiers généraux d’al-Nosra, des caches de munitions et des dépôts d’armes » durant cette séparation. En d’autres termes, le gigantesque trafic d’armes et de munitions organisé par la CIA pour équiper les rebelles en Syrie a, directement ou non, favorisé la montée en puissance du groupe EI dès janvier 2012.

    Même conséquence pour le versant « formation militaire » de cette opération clandestine de l’Agence et de ses alliés, qui a conduit les Forces spéciales détachées auprès de la CIA à entraîner malgré elles une forte proportion de djihadistes officieusement affiliés à al-Nosra ou à Daech — selon des sources anonymes du SOCOM et de l’Agence impliquées dans ce programme.

    En clair, de nombreux mercenaires anti-Assad recrutés par la CIA ont dissimulé leur appartenance à ces groupes terroristes (ou leur attrait pour ceux-ci), le processus de sélection des combattants étant particulièrement laxiste.

    Bien qu’indiscutablement condamnable, le gouvernement Assad a bénéficié d’un soutien populaire indéniable contre la rébellion, et il s’est maintenu grâce à l’intervention décisive de la Russie, ce qui n’avait pas été anticipé par les stratèges d’Obama. Censées être en guerre contre le djihadisme depuis l’automne 2001, les puissances occidentales ont fait le pari cynique de couvrir et d’aider leurs alliés régionaux dans leur soutien envers des groupes extrémistes éprouvant la même détestation à l’égard de notre modèle démocratique qu’envers l’État syrien laïque et ses alliés russes et chiites.

    Provoquant un véritable désastre humanitaire, la fulgurante montée en puissance du groupe EI en 2014 est en bonne partie la conséquence de cette politique inconsciente et court-termiste, dont l’Arabie saoudite a été le principal financeur — le rôle de nos « alliés » turcs et pétromonarchiques dans l’essor du djihad armé dans cette région (et au-delà) n’ayant d’ailleurs jamais fait l’objet d’une quelconque protestation officielle de la part d’États occidentaux pourtant frappés par le terrorisme.

    Finalement, au regard des conséquences dramatiques de cette ultime guerre secrète de la CIA — que le Washington Post avait décrite en juin 2015 comme étant « l’une [de ses] plus vastes opérations clandestines » —, il n’est pas impossible que les historiens la considèrent un jour comme le plus grand fiasco de l’Agence.

  • Christophe Oberlin revient de Gaza avec une interview du Ministre de la Santé

    Christophe Oberlin, chirurgien et professeur de médecine, se rend régulièrement à Gaza dans le cadre de son activité professionnelle, pour pratiquer la chirurgie et l’enseignement. Depuis 2001, il effectue là-bas trois séjours par an, et disons qu’il connaît un peu son sujet ce qui nous permet de bénéficier de ses écrits et de ses interventions.

    Cette fin juillet, de retour d’une mission, il est revenu avec une interview du Docteur Bassem Naïm, ministre de la santé à Gaza. Voici ce document, publié sur son blog, un tableau saisissant des capacités et des difficultés qui sont le quotidien du peuple palestinien.

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    Quatre questions au Ministre de la santé de Gaza

     

    Le docteur Bassem Naïm a repris la fonction de Ministre de la santé qu'il occupait déjà il y a dix ans à Gaza. L'occasion de faire un bilan et aussi de pousser un cri d'alarme. Il est interrogé le 9 juillet 2017.

    Christophe Oberlin : Pouvez-vous vous présenter ?

    Bassem Naïm : J’ai 55 ans. Après des études de médecine en Allemagne débutées en 1982, j’ai été diplômé en chirurgie générale en Jordanie puis chirurgien à Gaza pendant dix ans, de 1996 à 2006, puis Ministre de la santé de 2006 à 2012. J’ai ensuite été pendant deux ans et demi Conseiller pour les affaires internationales. J’ai quitté le gouvernement lorsque s’est constitué un gouvernement d’union nationale. Depuis mars 2017 je suis à nouveau en charge de la santé, des affaires sociales et de l’environnement.  

    Si vous comparez le niveau de la santé publique lorsque vous étiez ministre il y a 10 ans et maintenant quels sont les points noirs et les aspects positifs ?

    Le point négatif le plus important est lié au siège. En principe nous avons un bon système de santé dont la mise en place a couté des milliards de dollars, infrastructure, formation des médecins et du personnel paramédical, formation continue… Nous avons aussi un personnel très impliqué qui aime son métier, au service de la famille et de la population. Il y a dix ans, sans l’investissement de son personnel le secteur santé aurait implosé. Mais à cause du siège, le résultat n’atteint pas ce que nous attendons.  Nous avons néanmoins été capables d’envoyer plus de 150 médecins compléter leur formation en Égypte, en Jordanie, au Qatar, en Turquie, au Soudan et certains aussi en Europe. Ils sont revenus et ceci a eu un impact très positif. Nous avons aussi été très fortement soutenu par la venue régulière d’une expertise étrangère dans le cadre de services très spécifiques. Et ceci a été l’occasion d’un grand progrès : cardiologie, chirurgie cardiaque, urologie, chirurgie des nerfs périphériques. Nous avons aussi beaucoup progressé dans la collecte des données et dans leur analyse, dans le système d’évaluation. Nous avons aussi fait de grands progrès dans la transparence des financements et le contrôle de la corruption.  

    Malgré le siège nous avons été capables d’augmenter le nombre de lits d’hospitalisation, le nombre de membres du personnel, le nombre et la qualité des services, l’offre de soins en général. En 2006 je crois que nous n’avions qu’un seul scanner aujourd’hui nous en avons plusieurs dizaines, des I.R.M. le cathétérisme cardiaque etc. La chose la plus importante, nous avons été capables de maintenir le système de santé primaire. La couverture vaccinale, par exemple, est de de 99,6 %, comparable à celle de certains pays européens.  

    On sait que Ramallah approvisionne Gaza par des donations régulières de médicaments, de matériel à usage unique, d’équipements etc. Constatez-vous aujourd’hui des modifications ?

    L’Autorité Palestinienne avant 2006 était basée à Gaza, elle est maintenant à Ramallah et responsable de la totalité du territoire palestinien. Avant 2006 l’Autorité Palestinienne fournissait tout ce qui était nécessaire au système de santé, y compris le personnel, dans une proportion de 40 % pour Gaza et 60 % pour la Cisjordanie. À partir de 2006 elle a restreint progressivement les relations avec Gaza. Ainsi à partir de 2007 aucun nouvel employé n’a été recruté par l’intermédiaire de Ramallah. Ils ont payé beaucoup d’entre eux à condition qu’ils quittent leur travail et restent à la maison. Et nous parlons ici de milliers de fonctionnaires de l’administration et en particulier du secteur de santé. Ils touchent leur salaire maintenant depuis plus de 10 ans sans travailler. Plus récemment, depuis le début 2017 une action très agressive a été entreprise à l’encontre de Gaza. L’approvisionnement de Gaza en fioul nécessaire à l’unique centrale de production d’électricité a été stoppé. Gaza n’a plus que trois à quatre heures d’électricité par jour.

    Les dotations ont été réduites dans tous les secteurs, incluant les médicaments, le matériel jetable, et même le lait pour les nouveau-nés ! L’interruption est totale depuis le début du mois de mars. À cause de ces restrictions des milliers de patients doivent être transférées en Cisjordanie, à Jérusalem, en Israël parfois, en Égypte, pour être traités. Nous envoyons ordinairement les demandes de transfert à Ramallah pour accord de financement. Et ensuite nous envoyons la demande aux Israéliens pour l’accord de leurs services de sécurité. Habituellement cela prenait du temps, des semaines avant d’avoir le permis israélien. Beaucoup de patients sont morts en attendant ce permis. Aujourd’hui même nous ne recevons plus aucun accord financier de Ramallah et nous avons plus de 2500 patients en attente. Nous avons documenté le décès de douzaines de patients en attente, y compris des enfants, des patients atteints de cancer. Au cours de ces derniers jours Ramallah a décidé d’envoyer des milliers d’employés du secteur de l’éducation et de la santé en retraite anticipée. Hier il y a eu un nouveau paquet de 6145 mises en retraite anticipée dans les deux secteurs de la santé et de l’éducation. Nous parlons ici des employés qui reçoivent leur salaire de Ramallah, dépendant du ministère de la santé il y en a 3500. Toute personne qui a plus de 50 ans, ou a travaillé plus de 20 ans : ils envoient en retraite des gens relativement jeunes, 45 ans parfois, les plus expérimentés des médecins, des infirmières et des techniciens. Ils sont menacés : s’ils continuent à travailler leur revenu sera coupé complètement.

    Pendant la guerre de 2014 vous avez envoyé un appel depuis Gaza à la suite de l’attaque de l’hôpital de rééducation el Wafa qui a finalement été complètement détruit par les bombardements.  Quelle est la situation aujourd’hui, l’hôpital a-t-il été reconstruit, qu’en est-il du personnel, des médecins des kinésithérapeutes et finalement des patients ?

    Cet hôpital était le seul hôpital spécialisé en rééducation de la bande de Gaza. Les patients étaient des victimes de guerre, des blessés crâniens ou médullaires. C’était l’un des meilleurs hôpitaux de la région, qui répondait à un besoin très important.  Cet hôpital a été détruit en 2014 en dépit de tous les appels, de toutes les interventions comme celle de la Croix-Rouge Internationale. Maintenant nous avons loué un petit bâtiment dans le centre de Gaza mais avec une capacité réduite et des services limités. L’Hôpital el Wafa avait fait l’objet de millions de dollars d’investissements, non seulement dans l’équipement, le matériel, des piscines de rééducation, différentes pièces pour différents types de rééducation. Ce que nous avons aujourd’hui est beaucoup plus simple, une rééducation courante, avec un personnel limité. La possibilité d’y placer des patients a été réduite car le coût de cette structure, privée, est élevé. Il y avait par le passé une importante aide humanitaire en provenance des pays arabes et d’autres pays étrangers, qui a chuté de manière dramatique.  Aucun des patients n’est en mesure de payer son hospitalisation, environ 100 $ par jour. Ce n’est à la portée d’aucun habitant de Gaza, même relativement riche. Les durées d’hospitalisation sont souvent longues : un mois, six mois, voire davantage. Ce n’est pas facile pour les familles de prendre certains patients très lourds à la maison. C’est un dilemme, même pour moi comme Ministre de la santé. Que faire ? Ils ne peuvent pas être renvoyés à la maison et nous ne pourrons pas payer pendant des années.  J’espère que nous allons pouvoir trouver des donateurs ou des fondations qui pourraient soutenir l’hôpital el Wafa et lui redonner le rôle qu’il a tenu par le passé.

  • Mossoul: Un bilan terrifiant, le fruit de crimes de guerre

    Guerre contre le terrorisme, tout est possible quand les troupes sont sous commandement US, même les crimes de guerre. Le chiffre réaliste est de 40 000 morts, massivement des civils, pour cette attaque de 9 mois.

    En juillet 2004, après une guerre éclair, les terroristes de Daech avaient pris la grande ville de Mossoul, où Abou Bakr al-Baghadi avait proclamé le califat. La coalition avait mis du temps à sa former, mais une fois lancée, l’issue de l’offensive sur Mossoul ne faisait pas de doute : une alliance des forces occidentales, irakiennes, kurdes et de milices chiites, avec une supériorité aérienne et de surveillance totale. Le drame redouté était une avancée aveugle des troupes, alors que les djihadistes de l’État islamique avaient pour unique objectif que de tenir, en se protégeant de la société civile.

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    La semaine dernière, Le Temps, l’un des rares journaux à parler du bilan, écrivait : « Tragiquement, l’État islamique a réussi son dessein apocalyptique. Personne ne se risque à un bilan. Des milliers d’habitants ont sans doute été tués sous le déluge de feu déclenché par l’armada anti-djihadiste. Les déplacés se comptent par centaines de milliers et rien ne dit qu’ils rentreront un jour chez eux ».

    Le 12 juillet, Amnesty International avait lancé l’alerte, en publiant un rapport intitulé «At any cost: The civilian catastrophe in West Mosul, Iraq», sur les coMbats entre janvier à la mi-mai 2017, le communiqué de presse résumant : « Ce document expose la manière dont le groupe qui se désigne comme l’État islamique (EI) a déplacé des civils des villages voisins vers les zones de combats de Mossoul-Ouest, les a pris au piège dans leurs maisons et empêchés de s’enfuir, les utilisant comme des boucliers humains. Les forces irakiennes et celles de la coalition n’ont pas pris de mesures appropriées pour protéger les civils qu’ils ont, au contraire, soumis à un déluge de feu terrifiant venant d’armes qui n’auraient jamais dû être utilisées dans des zones civiles densément peuplées ». Le rapport analyse avec une précision remarquable une série d’attaques s menées par les forces irakiennes et celles de la coalition menée par les États-Unis, et conclut : «L’ampleur et la gravité des pertes civiles durant l’opération militaire pour la reconquête de Mossoul doivent être immédiatement reconnues au plus haut niveau par le gouvernement irakien et par les autorités des États membres de la coalition menée par les États-Unis». Le rapport affirme : «Les horreurs dont la population de Mossoul a été le témoin, et le mépris de toutes les parties au conflit pour la vie humaine ne doivent pas rester impunis. Des familles entières ont été décimées et beaucoup sont toujours ensevelies sous les décombres. La population de Mossoul mérite que son gouvernement lui dise que justice sera rendue et que des réparations seront accordées afin que l’impact dévastateur de cette opération soit dûment pris en compte.

    Je souligne l’importance de ce rapport, resté bien inaperçu.

    Comme l’EI obligeait les civils à aller vers les zones de combat et les empêchait de s’enfuir, les zones qu’il contrôlait à Mossoul-Ouest se sont de plus en plus remplies de civils alors que les combats faisaient rage. Les forces irakiennes et celles de la coalition menée par les États-Unis n’ont pas adapté leur tactique à cette réalité et elles ont continué à utiliser des armes explosives et imprécises à large champ d’action dans des zones urbaines densément peuplées.

    «L’utilisation par l’EI des habitants comme boucliers humains n'amoindrit pas l’obligation légale des forces pro-gouvernementales de protéger les civils», a déclaré Lynn Maalouf, responsable d’Amnesty. Les planificateurs militaires auraient dû prendre des précautions supplémentaires en utilisant leurs armes de manière à veiller à ce que ces attaques ne soient pas illégales.»

    Amnesty International a recensé une série d’attaques dans lesquelles les forces irakiennes et celles de la coalition menée par les États-Unis « ne semblent pas avoir atteint les cibles militaires visées, mais au contraire avoir tué et blessé des civils et détruit ou endommagé des biens civils ». Dans certains cas, « la mort de civils ou les blessures qui leur ont été infligées semblent avoir résulté d’un choix d’armes inadaptées aux circonstances ou de l’absence de précautions nécessaires pour vérifier que la cible était bien un objectif militaire ».

    Même dans les attaques qui semblent avoir atteint la cible militaire visée, « l’utilisation injustifiée d’armes puissantes ou l’absence de précautions nécessaires ont entraîné des pertes inutiles en vies humaines ». C’est ainsi que « le 17 mars 2017, une frappe aérienne américaine sur le quartier d’Al Jadida, à Mossoul, qui avait pour but de neutraliser deux tireurs embusqués de l’EI, a tué au moins 105 civils. Que des explosions secondaires aient ou non eu lieu – ainsi que le ministère américain de la Défense l’a affirmé – il aurait dû être évident pour les responsables que le risque encouru par les civils du fait de l’utilisation d’une bombe de 500 livres était manifestement excessif par rapport à l’avantage militaire escompté ».

    Et ainsi de suite. Ce sont des crimes de guerre : « En utilisant des armes explosives à large champ d’action et en procédant à des frappes aériennes disproportionnées contre des zones civiles densément peuplées, les forces irakiennes et les membres de la coalition dirigée par les États-Unis n'ont pas adapté correctement leur stratégie à la réalité sur le terrain. Il ne fait aucun doute que des centaines, voire des milliers, de victimes civiles auraient pu être évitées dans l'ouest de Mossoul, si leur priorité avait été la protection des civils, comme l'exige le droit international humanitaire. » 

    Dans The Independant, publie un très documenté article de Patrick Cockburn : « Pourquoi le monde n’est-il pas outragé les morts massives de civils à Mossoul ? » D’après Patrick Cockburn, qui a suivi tous les évènements, les services secrets, repris par les autorités, estiment le nombre de morts civils à 40.000. Lisez son article, et suivez les liens. C’est effarant, et cela prépare quoi ?

    Pour le moment, nous en resterons au constat de ses morts civiles.  

  • L’avenir paysan était à Bilbao

    Un congrès magnifique, sympathique chaleureux et engagé, j’ai adoré, franchement il se passe de belles choses sous notre soleil… C’était à Bilbao, avec La Via Campesina, ce superbe mouvement international qui rassemble 200 millions « de paysannes et de paysans, de petits et de moyens producteurs, de sans terre, de femmes et de jeunes du monde rural, d’indigènes, de migrants et de travailleurs agricoles… ». La Via Campesina regroupe 164 organisations locales et nationales dans 73 pays d’Afrique, d’Asie, d’Europe et des Amériques. Fondée sur les principes d’unité du monde paysan et de solidarité, La Via Campesina défend l’agriculture paysanne et la souveraineté alimentaire comme moyen pour promouvoir la justice sociale et la dignité, et elle combat ces fléaux que sont l’agriculture industrielle et les entreprises multinationales, qui détruisent les relations sociales et l’environnement.

    Le thème de congrès était « : « Nous nourrissons nos peuples et construisons le mouvement pour changer le monde ». Bien sûr, aucun écho dans notre noble presse française, qui préfère développer de puissantes analyses sur les interactions entre la durée des poignées de mains diplomatiques et le réchauffement climatique. En effet…

    Belles rencontres, discussions passionnantes, partage d’expériences, bouffe délicieuse et bon vin : tout était pilepoil ! Prochain congrès dans 4 ans, ça va être long…

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    Voici la présentation de La Via Campesina – Europe

    1/ Combien y a-t-il de paysan-ne-s en Europe?

    En Europe, un total de 12 248 000 fermes travaillent quelques 174 millions de terres arables où travaillent près de 25 millions de personnes dans des activités agricoles. Les petit-e-s paysan-ne-s sont la majorité. Seuls 2,7% des exploitations sont des grandes fermes de plus de 100 hectares. Environ 97%, soit 11 885 000 des fermes, ont moins de 100 ha. 75% des fermes moins de 10 ha et 69% moins de 5 ha. Les terres sont contrôlées par les fermes industrielles. Les fermes industrielles (2,7%) de plus 100 ha contrôlent 50% du total des terres arables en Europe. Cela signifie que 336 000 fermes contrôlent 91 millions d'hectares. Les 50% restants des terres arables sont partagées par 97% des paysan-ne-s européen-ne-s (presque 12 millions de fermes).

    2/ Les petites fermes nourrissent le peuple en Europe.

    Avec en leur possession seulement 30 à 50% des terres arables, les petits paysan-ne-s nourrissent les peuples d'Europe. En effet, ils produisent plus par unité de terre que les grands exploitants. Les données d'Eurostat démontrent ainsi que ces derniers ne produisent que 11% de la production agricole. « Dans 21 pays, les petits paysans ont une plus grande Marge brute standard (différence entre prix de vente et coût de revient) par hectare que les grandes exploitations. Dans neuf de ces pays (Bulgarie, Grèce, Espagne, Italie, Pays-Bas, Autriche, Portugal, Roumanie et Royaume-Uni), la marge par hectare des petites exploitations est deux fois supérieure à celle des grandes. »

    3/ Les petites fermes créent de l'emploi.

    Dans l'Europe des 27, les grandes exploitations ne génèrent que 5% du total de l'emploi agricole. Cela montre clairement que les paysan-ne-s et leurs familles sont décisifs dans le processus de création d'emploi. Pour produire un million de kg de lait, une ferme industrielle (de grande échelle, à forte capitalisation et basée sur l'expansion) nécessite 1,9 unité de travail alors qu'au sein de « l'économie agricole paysanne », la même quantité de lait en requiert 3,3. C'est 74% de plus que le modèle de fermes industrielles mais cela augmente en même temps l'efficacité des plus petits investissements de capitaux.

    4/ L'agriculture agroécologique paysanne utilise beaucoup moins de ressources.

    Les petites fermes sont moins intenses en ressources. Elles utilisent beaucoup moins d'énergies fossiles pour la production et la distribution. La production d'1kg de bœuf requiert 8000 Kcal sur une petite ferme et plus de 10 000 sur une exploitation industrielle. « La production bovine nourrie à l'herbe consomme 50 % d'énergie fossile en moins que les systèmes conventionnels de bovins nourris au grain. »

    5/ Les politiques publiques profitent aux grandes exploitations industrielles et favorisent une agriculture tournée vers l’exportation.

    La politique agricole commune (PAC) est l’une des principales politiques publiques en Europe. La PAC 2014-2020 équivaut à 400 milliards d’euros et représente près de 40% du budget total de l’UE. Avec 22 millions d’agriculteurs et 44 millions de producteurs qui nourrissent plus de 500 millions d’Européens, le secteur agricole est le deuxième plus grand employeur dans le secteur industriel dans l’UE. Mais le modèle actuel montre clairement un déséquilibre dans la distribution de l’aide. Les principaux bénéficiaires de la PAC sont les grands propriétaires terriens et l’agro-industrie, pas les petits agriculteurs paysans. Près de 80% des aides agricoles sont versées à environ 20% des agriculteurs de l’UE, ceux qui ont les plus grandes exploitations. En 2011, 1,5% des exploitations accaparaient 1/3 des subventions de la PAC. En 2011, l’Europe de l’Ouest avec 44% des exploitations recevait 80% des subventions de la PAC. L’Europe de l’Est, avec 56% des exploitations, recevait seulement 20%.

    6/ Qui sont les perdants de l’aide publique?

    Au cours des années, la PAC a changé de direction, passant de subventions sur les produits à une subvention sur la production, ce qui a eu des répercussions directes et profondes en termes fonciers et de concentration des terres. En 2000, les subventions sur les produits représentaient 26,6 milliards d’euros, contre seulement 4,7 milliards d’euros en 2011. Au contraire, les chiffres des subventions sur la production ont grimpé de 2 milliards d’euros pour atteindre 50,9 milliards d’euro au cours de la même période. Ce revirement est directement lié aux tendances catastrophiques de concentration de la terre au sein de l’UE durant cette même période (1/3 des exploitations ont disparu). Les subventions massives aux exportations de agro-industrie ont porté atteinte aux paysans en Europe et dans le monde durant un demi-siècle. C’est également une sérieuse menace pour la sécurité alimentaire.

    7/ Les paysan-ne-s disparaissent et la terre est concentrée dans les mains de quelques-uns.

    Entre 2000 et 2012, 4,8 Millions d'emplois équivalent temps plein ont été perdus dans l'agriculture de l'UE. L'Europe a perdu un tiers de ses petites fermes de 2003 (12 millions de fermes) à 2013 (8 millions de fermes). Dans le même temps, de plus en plus de terres sont détenues par les grandes exploitations. La terre est aussi de plus en plus utilisée pour des activités non agricoles liées à l'urbanisation, aux industries d'extraction comme les mines, le pétrole ou le gaz, aux investissements dans certaines énergies renouvelables, aux transports, au tourisme, à des centres commerciaux, etc.

    8/ Le revenu des paysan-ne-s s'effondre alors que l'industrie des intrants et la grande distribution s'enrichissent grâce à l'argent public.

    Les marges agricoles sont usurpées par l'industrie des intrants agricoles et par l'industrie de la distribution. En prenant une période suffisamment longue, de 2000 à 2016, on observe que les prix payés au agriculteur-trice-s pour leurs produits ont augmenté dans la majorité. Mais dans le même temps, les prix des intrants agricoles (fertilisants, semences, énergie et alimentation animale) ont augmenté de plus du double, comparé au prix payé aux petit-e-s producteur-trice-s pour leurs produits. Les paysan-ne-s se retrouvent coincés entre l'industrie des intrants et le secteur de la distribution et leur revenu baisse. Un tiers des petites fermes ont disparu dans la dernière décennie car il était impossible de survivre. En 2016, le revenu agricole a baissé de 0,4 % en Europe. Plus une ferme est industrialisée et intense en capital, plus elle est dépendante de l'industrie des intrants. Sur 100kg de céréales produites par une ferme allemande, 75 sont utilisés pour payés l'industrie des intrants. La valeur qui demeure ne permet pas de garantir un revenu ou une viabilité économique. Une intervention publique (européenne et étatique) est donc nécessaire. Les subventions publiques peuvent couvrir jusqu'à 50 % du revenu d'une ferme. L'agriculture industrielle survit grâce à la location des terres et aux aides de l'UE et des états. Le manque d'autonomie, associé aux coûts de production, rend l'agriculture industrielle extrêmement fragile. Sa profitabilité est en réalité la conséquence de l'intervention publique (directe ou indirecte). Dans les faits, l'intervention publique est largement dirigée pour soutenir les entreprises industrielles en amont, ainsi que l'industrie agroalimentaire et le secteur de la distribution en aval grâce aux prix réduits payés pour la production.

    9/ Les travailleur-se-s salarié-e-s, les migrant-e-s, les femmes et les jeunes sont celles et ceux qui sont le plus sévèrement impacté-e-s par les politiques agricoles négatives.

    « Les femmes en particulier possèdent moins de 20 % des exploitations, ce qui signifie qu'elles profitent encore moins d'égalité [en Espagne] que les femmes au Lesotho ou au Malawi […]. De plus, les femmes sont responsables de 98 % du travail de soins, faisant partie de la force de travail domestique et familiale invisible, ce qui fait qu'il est plus difficile pour elles d'obtenir un travail et d'acquérir l'indépendance économique » Les travailleur-se-s salarié-e-s représentent une part importante du secteur agricole et doivent aussi être considéré-e-s comme des producteur-trice-s de nourriture. Chaque année, le secteur agricole emploie dans l'Union européenne pas loin d'un demi million de travailleur-se-s saisonnier-ère-s venant de pays non-membres de l'UE. Par exemple, les travaileur-ses migrant-e-s représentent 80 % de la force de travail agricole en Espagne, la plupart venant d'Europe centrale et orientale, d'Afrique du nord et d'Amérique latine. En Allemagne, 90 % des travailleur-se-s saisonnier-ère-s sont des migrant-e-s, venant principalement de Pologne et de Roumanie. « Le femmes travailleuses migrantes sont particulièrement vulnérables. Elles sont victimes de discriminations à fois en tant que femmes et en tant que migrantes »”. Dans le secteur agricole italien, environ 430 000 travailleur-se-s sont employé-e-s chaque année via des intermédiaires illégaux (caporali). Au moins un quart d'entre eux-elles souffrent d'exploitation grave. La grande majorité sont des travailleur-se-s migrant-e-s venant d'Afrique, d'Europe de l'Est, des Balkans, d'Inde et du Pakistan.

    10/ Contre ces tendances, les paysan-ne-s et leurs alliés se battent à travers l'Europe.

    En 1969, Sicco Mansholt, Commissaire européen pour l'agriculture et pionnier de la PAC avait lancé le plan pour « moderniser » l'agriculture européenne et avait prédit que les petites fermes allaient bientôt disparaître. En 2017, les paysan-nes d'Europe sont unies au delà des classes, genres, races et au-delà des frontières. Ces nouvelles convergences des peuples a impliqué une fusion des questions et politiques agraires, sociales et environnementales. Elles ont donné lieu à de nouvelles formes de luttes et de solidarité à travers l'Europe et le monde.

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  • Tous unis dans la lutte contre le terrorisme

    La lutte contre terrorisme, c’est-à-dire le recours à la violence armée par des groupes minoritaires ayant des plans pour s’imposer contre les peuples par la commission de crimes, est le premier de nos combats. Un défi aux civilisations... Solidarité sans faille avec ceux qui combattent pour défendre la liberté depuis 1492, car leur liberté, c’est la nôtre.

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