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  • Florence Woerth embauchée par Lies Hebbadj !

    Pinocchio1-0ec0e.jpgEric Woerth n’a pas dit la vérité. Sa Florence quitte Bettencourt pour Hebbadj. Nous changeons d’époque…

    Cet homme prévenant a décidé de faire démissionner d’office sa tendre et chère, voire très chère, de son emploi où elle gérait les dividendes de l’Oréal qu’elle versait à la veuve d’un ancien ministre du général de Gaulle, Madame Bettencourt. Où est le problème ?

    Tout le monde a compris que Florence s’emmerdait comme une souris morte chez Bettencourt. Vu la masse de fric planquée dans des puits à pognon entre la Suisse et les Seychelles, il n’y avait plus grand chose à gérer, c’est-à-dire de quoi faire de la saine évasion fiscale. Evasion qu’il ne faut pas confondre avec la fraude. C’est l’exercice qui consiste à utiliser tous les chausse-trappes de la loi fiscale, assortis de leur petite harissa européenne, pour en toute légalité payer le moins possible. Comme le dit mon copain Jérôme, grand avocat fiscaliste devant l’éternel, ce n’est pas très moral, mais ça nourrit son homme.

    Au cas présent, ça nourrit sa femme. Sa femme de l’homme parce que vous avez lu comme moi : c’est l’homme qui recommande d’embaucher sa femme, c’est l’homme qui engage le procès pour sa femme, et c’est l’homme qui décide de la démission d’office de sa femme. Rien d’anormal, nous sommes en Sarkozie. mario-ceroli-pinocchio.jpgMais bien sur, dans la plus grande probité.

    Car en réalité, c’est en lisant la presse qu’Eric Woerth a appris qu’il était marié, qu’il était ministre du budget, que Liliane Bettencourt était la première contribuable du pays, qu’il avait sollicité l’embauche de sa femme par icelle première contribuable, que son épouse était payée pour appliquer dans l’après-midi les astuces fiscales de la loi qu’il avait fait voter le matin, qu’il avait reçu de l’argent de la Dame, que le conseiller justice de l’Elysée gérait à distance le procès de la Dame, et que la Dame pratiquait la fraude fiscale à grande échelle, de quoi ringardiser le bouclier fiscal. Ça, maintenant, tout le monde est courant. Certes, mais je suis en mesure de vous dire qu’Eric Woerth n’a pas dit la vérité.

    Eh oui, heureusement pour la République, il y a mon blog. Pour savoir ce qui se passe dans le monde, et aussi juste à côté de chez vous, il n’y a qu’une seule solution : lire mon blog. Une lecture tellement essentielle qu’elle remplace toutes les autres. Je présente aussi mes sincères condoléances à tous les journaux, qui comme de braves Bleus de base, risquent tous les jours la pérénnité de leurs adducteurs, écartelés entre leur devoir et les exigences des sponsors. In memoriam la presse. Il reste mon blog ! D’ailleurs mon copain Nicolas - Sarkozy pas Anelka ! -  a prévu de supprimer la loi sur la presse pour la remplacer par une loi sur mon blog. La lecture de mon blog sera comme le pinard de Coluche : obligatoire.

    Pinocchio.jpgMes équipes de journalistes ont travaillé dur, ce d’autant plus que le siège social de mon blog est installé à Gaza, avec un salaire de 1€ par jour. Et je suis aujourd’hui en mesure de vous révéler toute la vérité sur cette affaire.

    Oui, le gouvernement du bouclier fiscal et du sevrage des allocations familiales pour les familles en difficultés est honnête, foncièrement honnête. S’il fait tout pour les riches et rien pour les pauvres, c’est uniquement pour stimuler les pauvres, et les conduire vers le bonheur. Sinon, ils ne s’en sortiront jamais.

    Non, Florence Woerth n’a pas démissionné d’office. Elle quitté son job pourave chez la mère Bettencourt parce que le père Hebbadj, patron de la Hebbadj International Very Limited Compagny, lui a fait un pont d’or. Il s’agit de gérer les masses monétaires qui résultent des allocs de parents isolés de ses copines, qui semblent-ils ne sont pas si isolées que ça. Hebbadj a besoin de conseils avisés, car il a en perspective d’acquérir sur une île des Seychelles un arbre assez grand pour, sous son ombre, faire la sieste avec ses quatre copines. De plus, il envisage de planquer une journée de recettes de la boucherie hallal en Chuisse. Je viens de l’avoir au téléphone, et si tout se passe bien, il est oki pour intégrer le club des donateurs de l’UMP, et faire le nécessaire.

    Lies Hebbadj avait songé à embaucher la compagne du ministre du budget, qui transitaire heureuse à Las Vegas, avait soudain pensé qu’il serait bon de déclarer ses revenus auprès des services de son gentil compagnon, dit François-le-Minet. Mais Hebbadj s’est ravisé : s’agissant des allocs, l’épouse du ministre des affaires sociales, c’est bien mieux.

    Profitons du spectacle, chères amies et chers amis. Il y a longtemps que nous n’avions pas été " gouvernés " par des rigolos de cet acabit. 

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    Eric Woerth expliquant la réforme des retraites au Présidant la République
    Sarkozie Antérieure, début du XXI°
    Musée du Caire
  • Ordre des infirmiers : Le début de la fin

    39_5.jpgGrand moment d’hypocrisie dans le monde infirmier : l’Ordre des infirmiers va se faire cramoisir, mais c’est silence radio, genre « je suis bien triste, mais je n’y suis pour rien ». Tu parles : un rejet franc et massif par la profession, que vient d’entériner le parlement et le ministère.

    Je comprends l'amertume de tous les amis de bonne volonté qui se sont investis dans cette aventure, qui restera comme un modèle de belle gouvernance : sur proposition de parlementaires UMP assoiffés de voix, le ministre Xavier Bertrand, contre son ministère, valide la création de l’Ordre en décembre 2006. Moins de quatre ans plus tard, sur proposition de parlementaires UMP assoiffés de voix, la ministre Bachelot, avec son ministère, valide la dissolution de l’Ordre des infirmiers. Entre temps, des réunions à n’en plus finir, des élections qui ont coûté la peau du cul pour obtenir 13% de votants à partir d’une liste électorale hallucinante, et à peine 10% d’infirmiers versant leur cotisation, selon une procédure tellement irrégulière qu’ils peuvent tous en demander le remboursement. Et demain tchao.

    Pas d’accord a dit le Conseil national en réponse: nous allons de l'avant ! Petit problème... Vu le mode de fonctionnement choisi, l’Ordre doit tout à la loi. Alors, si la loi dit « c’est fini » et bien ça sera fini. Sec. Et c’est ce qui s’est dit vendredi à l’Assemblée. Les propos sont nets et précis. Il suffit de lire. J’ai juste enlevé les interruptions. Voici la question du parlementaire et la réponse du ministre.

    La question de Yves Bur (UMP) ...

    la-rue-sans-issue-affiche_170393_11429.jpgJe souhaite vous interroger, madame la ministre de la santé et des sports, au sujet de l’Ordre infirmier.

    Les infirmiers, dans leur très grande majorité, ne veulent pas de cette organisation. Les élections de 2008 ont révélé une abstention massive, de près de 80 % des professionnels.

    Cette structure est coûteuse et inutile, en tout cas pour les infirmiers salariés, qui représentent, rappelons-le, 80 % des effectifs.

    Le code de la santé publique, le code pénal, la loi portant droits et obligations du fonctionnaire définissent un cadre juridique tout à fait suffisant pour garantir la déontologie des infirmiers. Dans les établissements hospitaliers publics, les instances disciplinaires fonctionnent très bien, et depuis bien longtemps. Il n’y a pas besoin d’un niveau disciplinaire supplémentaire. Enfin, la mission de recenser la population infirmière est dévolue depuis longtemps aux DDASS et aux DRASS et elle l’est aujourd’hui aux ARS.

    De plus, cette structure est très coûteuse, avec un budget de fonctionnement de 37 millions d’euros. En dépit de vos efforts, en dépit de ceux des parlementaires qui ont conduit une mission de médiation, en dépit de nos interventions répétées, le conseil national de l’Ordre infirmier refuse de réexaminer le montant de la cotisation de 75 euros réglée par chaque infirmier. Ainsi, chaque infirmier salarié va recevoir cette année un appel de cotisation de 150 euros pour 2009 et 2010, ce qui me paraît inacceptable. L’Ordre relance les hôpitaux, fait pression sur les infirmiers. Jusqu’où ira-t-on ? Doit-on attendre que les huissiers aillent récupérer ces cotisations ?

    Je souhaite donc connaître votre position sur la proposition de dispenser les infirmiers exerçant à titre salarié, soit 80 % des infirmiers, de s’inscrire à l’Ordre.

    ... et la réponse de Roselyne Bachelot

    rue_sans_issue,8.jpgQuand je suis arrivée au ministère de la santé, monsieur le député, j’ai trouvé cette loi d’initiative parlementaire créant un Ordre infirmier.

    J’ai immédiatement indiqué à l’Ordre infirmier qu’il ne me paraissait pas convenable d’imposer aux infirmiers salariés une cotisation supérieure à environ vingt euros. À l’initiative du président Pierre Méhaignerie, avec Richard Mallié et Bérengère Poletti, vous-même avez mené une opération de médiation, qui s’est elle aussi révélée infructueuse. J’ai déposé dans la loi « Hôpital, patients, santé, territoires » une disposition législative permettant de moduler la cotisation. Rien n’y a fait, les instances ordinales n’ont pas voulu obéir à ces conseils de bon sens.

    Je ne laisserai pas intimider les infirmiers salariés par une demande de 150 euros !

    Je ne laisserai pas exposer les employeurs d’infirmiers salariés au risque d’être poursuivis pour complicité d’exercice illégal de la profession d’infirmier, d’autant que, comme vous l’avez souligné, les instances disciplinaires fonctionnent bien et la protection est bien assurée par le haut conseil des professions paramédicales, auquel je veux rendre hommage.

    Notre système de santé a besoin de cohésion, il n’a pas besoin d’un double pilotage. C’est la raison pour laquelle je soutiendrai votre proposition de loi afin que ne soient obligés d’adhérer à l’Ordre que les infirmiers libéraux, auxquels il est très utile. Les infirmiers salariés pourront le faire de manière volontaire.

     

    Mais l'Ordre n'imprime pas !

    SANS_ISSUE.jpgEt côté de l’Ordre ? Tout va bien. Juste un communiqué pour dénoncer ces atteintes contre un Ordre voulu par la loi, et stigmatiser une déclaration « improvisée » de la ministre. Sourd et aveugle, le Conseil national. Pourtant, il n'est pas besoin d'être grand expert en politique pour comprendre que l'échange à l'Assemblée est de nature définitive.

    Sur le site, l’éditorial de la présidente claironne : « Depuis plus d’un an, l’Ordre National des Infirmiers est devenu une réalité. Il a été créé pour nous rassembler autour de notre engagement soignant, de la richesse de nos pratiques et, bien sûr, de notre déontologie. Dans le système de santé, notre profession a la force du nombre, mais seul notre Ordre la représente enfin tout entière. Il recueille déjà, en France comme au dehors, l’écoute des pouvoirs publics et de ses partenaires ». S’en serait presque drôle. La dérive institutionnelle en moins d’un an…

    Le pari avait été fait d’un Ordre qui n’existait que par la loi, sans aucune préparation, ni assise autonome. La loi rendrait l’Ordre obligatoire, et la cotisation avec, dont tout suivrait. On voit le résultat de cette ignorance des bases de la sociologie du droit.

    La loi va donc être votée limitant l’Ordre aux libéraux. Il faudra refaire des élections, et repartir à zéro. Non, à bien moins que zéro. Que ce soit triste, c’est une chose, qui n’empêche pas de faire le constat d’un échec cinglant. En attendant d’inventer une nouvelle vie.

    1405279503.jpg
  • L’Académie des mes deux

    academicien.jpgL’Académie française des guignols femmophobes. Une bande de zouaves empapahoutés, dans leur costume vert, vert comme les fruits qui ne muriront jamais.  

    Thermomètre de l’identité nationale des entrailles, l’Académie entend conserver la langue et ses traditions. Fondée en 1635 par le divin, quoiqu’un peu terrestre, Cardinal de Richelieu. Un brave gars qui avait joué la santé de ses adducteurs sur le thème du grand écart entre la sphère publique et la sphère privée, et autres salades associées.

    Que ce club de quarante déjantés s’amuse à jouer aux billes, à coup sûr, m’indiffère au plus haut point. En habit vert, ils sont bien mignons, un peu petits pois, un peu sapins de Noël enguirlandés. Mais c’est surtout l’entourage qui fait rire.

    Le premier truc, très drôle, c’est le décalage avec le monde vivant. Nos prosateurs ne se mouchent pas du coude : « Veiller sur la langue française ». Filiation inavouée du Cardinal : ils croient encore que le pouvoir vient d’en haut. « L’Académie a travaillé dans le passé à fixer la langue, pour en faire un patrimoine commun à tous les Français et à tous ceux qui pratiquent notre langue. Aujourd’hui, elle agit pour en maintenir les qualités et en suivre les évolutions nécessaires. Elle en définit le bon usage ». La prétention en guise de pensée fondatrice.

    De tous cotés la langue française se diversifie, s’enrichit de mille apports, et de l’autre elleK123_Just_for_you_flowers.gif périclite. Non, elle a périclité. L’anglais est langue du monde, la langue de l’avenir, la langue de la liberté. Et bon vent pour cette langue, libérée de cet ectoplasme mortifère qu’est le miasmique académisme. L’anglais a gagné la partie, et je m’en félicite. C’est la plus simple, la plus souple, la plus vivante des langues. Je constate et j’admire : l’anglais, c’est un traité de paix. Débarquez dans n’importe quel coin du monde et, grâce à l’anglais, vous commencez les plans. Bien sûr, j’ai mille plaisirs à lire les écrits de langue française, comme un délice. Je recommande "Le dictionnaire amoreux des langues" de Claude Hagège (Plon), ou "Les langages de l'humanité", de Michel Malberbe (Bouquins). Mais le match n’est pas le même.

    Après la plaisanterie s’amplifie, avec l’incroyable cirque qui entoure ce cénacle vert et moulu. Les adorateurs de l’Académie... Cette semaine, c’est à notre président que la docte Académie a donné le tourbillon. Mardi à 9 h, il se sait trop occupé pour être libre à 15h. Mais le même mardi à 11 h, il se rend compte que finalement il est disponible pour 15 h. Danse du ventre très rock’n roll, mais au final pas très académique.

    Dernier stade de la blague, avec Mamie Nova, qui s’était insurgée il y a quinze jours à l’encontre des nominations trop masculines au Conseil constitutionnel,… et avec raison : que des mecs ! D’où le sourire épanoui de la même : l’Académie, c’est un haut lieu de la parité. 36 garçons et 4 filles ! Et depuis 1635, seules six filles ont été élues à l’Académie des lumières : Marguerite Yourcenar, en 1980, Jacqueline de Romilly, en 1988, Hélène Carrère d’Encausse, en l’an 1990, Florence Delay, en l’an 2000, Assia Djebar en 2005 et Mamie Nova en 2010.

    Ah, si seulement ce frigo de la pensée ne se prenait pas au sérieux…

    20060916213133-189.jpg
    Une candidate désolée de n'avoir pas été élue à l'Académie française
    "Mais pourquoi n'ont-ils pas voulu de moi ?"
  • Comment le Conseil d’Etat a annulé les municipales de Perpignan

    Les électeurs de Perpignan ont le sens de la famille. Depuis 50 ans, la mairie est une affaire Alduy : Paul, le père, jusqu’en 1993, puis Jean-Paul, le fils, jusqu’en 2009. L’arrêt rendu par le Conseil  d’Etat ce 22 avril met fin à cette love story. Les élections de mars 2008 sont annulées, et le préfet des Pyrénées-Orientales va nommer une commission municipale, avec de nouvelles élections dans deux mois. Les électeurs pourront donc reconduire Jean-Paul, mais là, ça deviendrait de l’amour aveugle. Parce que l’embrouille sanctionnée par le Conseil d’Etat n’est pas banale.

    1. Quelle était l’équation pour ce second tour des élections municipales ?

     

    affaire-chaussettes-perpignan.jpgAvec 69 382 électeurs inscrits et  41 938 suffrages exprimés, le dépouillement, à partir des 66 bureaux de vote, a donné le résultat suivant :  

    - Jean-Paul Alduy (UMP) : 19 072 voix, soit 45,48%

    - Jacqueline Amiel-Donat (PS), 18 498 voix, soit 44,11%

    - Louis Aliot (FN)  4 368 voix, soit 10,42%

    574 voix d’avance, Jean-Paul est réélu.

     

    Mais hier, le Conseil d’Etat, confirmant le jugement rendu par le tribunal administratif de Montpellier, a annulé l’élection. Une motivation très intéressante, car l’annulation n’allait pas de soit.

     

    2. Quels sont les faits ?

     

    170308_perpignan_chaussette01.jpg« Il résulte de l’instruction que dans le bureau de vote n° 4, le président du bureau a été surpris, à 19 heures, alors que commençait le dépouillement de la septième enveloppe de centaine, en possession de bulletins de vote en faveur de la liste de M. Alduy susceptibles d’être substitués à d’autres bulletins de vote ; il a, à la suite de cet incident, à nouveau été surpris alors qu’il tentait de faire disparaître des enveloppes contenant des bulletins de vote en faveur des listes de M. Jean-Paul Alduy et de Mme Jacqueline Amiel-Donat qu’il détenait sur lui ; cette manœuvre a donné lieu à l’interruption des opérations de dépouillement jusqu’à 20 heures 45, à l’intervention sur place des services de police et du procureur de la République ainsi qu’à l’engagement d’une procédure pénale pour fraude électorale. »

     

    Donc :

    -          Le président du bureau de vote est chopé alors qu’il est porteur d’un lot d’enveloppes favorables à Jean-Paul, ce qui n’est pas bien, mais les enveloppes ont été interceptées, et n’ont pas perturbé les résultats. 

    -          Le même président du bureau de vote, très en forme, est re-chopé quelques minutes plus tard, alors qu’il est entrain d’embarquer un lot d’enveloppes (planquées dans ses chaussettes), cette fois-ci avec des bulletins au nom de Jean-Paul et de Jaqueline, ce qui laisse penser qu’il a retiré un paquet d’enveloppes des urnes, pour le remplacer par un lot plus favorable à son très dévoué Jean-Paul. Cette fois-ci, tout laisse penser que le résultat du bureau de vote a bien été altéré.

     

    3. Comment le Conseil d’Etat analyse-t-il la fraude ?

     

    N1GE04D_20080319_apx_470__w_ouestfrance_.jpg« Ainsi et sans qu’il soit besoin de prescrire une enquête sur ces faits, il résulte de l’instruction,

    -          - d’une part, qu’eu égard à sa gravité et à la fonction des personnes concernées, à savoir deux personnalités locales liées au candidat arrivé en tête à l’issue du scrutin, respectivement président et deuxième présidente du bureau de vote, et une employée par la municipalité dont ce candidat était le maire sortant, secrétaire du bureau, qui avaient pour charge d’organiser les opérations de dépouillement,

    -          - d’autre part, au stade auquel elle a été découverte, une heure après le début des opérations de dépouillement, opérées au surplus irrégulièrement sur des tables contiguës,

    « Cette manœuvre frauduleuse est, dans les circonstances de l’espèce, de nature à entacher d’irrégularité l’ensemble des opérations de dépouillement qui ont eu lieu dans le bureau de vote n° 4, dont la sincérité ne saurait être reconnue. »

     

    Ce qui s’est réellement passé sera l’affaire du tribunal correctionnel. Le juge administratif se préoccupe lui uniquement de la sincérité du scrutin. C’est pour cela que le Conseil d’Etat refuse de procéder à une enquête approfondie sur ces faits, et n’attend pas que le juge pénal fasse toute la lumière sur l’affaire. Non, le scrutin sur ce bureau est irrégulier : les trois personnes chargées de la régularité du scrutin (président, vice-président, et employé de mairie) sont liées dans la manœuvre, et les faits sont survenus pendant que les opérations de dépouillement étaient en cours. Impossible donc ce dire que le résultat du bureau de vote n° 4 est régulier. 

     

    4. Quel lien entre une fraude et l’annulation d’un scrutin ?

     

    chaussette-5219e.jpg« Lorsque le juge de l’élection constate qu’a eu lieu dans un bureau de vote une fraude massive dont il résulte de l’instruction qu’elle a été organisée pour favoriser une liste ou un candidat donnés, il lui appartient de rechercher si les résultats de l’élection pourraient être regardés comme acquis de façon certaine quels que soient les résultats des opérations de vote dans ce bureau ; dans le cas où cette certitude n’est pas établie, l’ensemble des opérations électorales doit être annulé. »

     

    Voilà la règle de droit. Toute fraude engage la condamnation pénale des auteurs, mais la fraude n’entraîne l’annulation du scrutin que si elle remet en doute le résultat global. Il peut y avoir une fraude traduisant des comportements délinquants, mais si l’on est certain que cette fraude n’a pas modifiée le résultat, alors l’élection est confirmée.

     

    C’est la question posée au cas de Perpignan : est-on certain, au vu de cette fraude, que le résultat est sincère ?

     

    5. D’un bureau de vote à l’élection globale

     

    h-20-1287344-1223913331.jpg« A l’issue du dépouillement dans les 65 autres bureaux de vote de la commune de Perpignan, la liste conduite par M. Alduy  a obtenu 553 voix d’avance sur celle de Mme Amiel-Donat. »

     

    Le Conseil d’Etat rappelle les chiffres : sur les 65 autres bureau, on trouve 553 voix d’avance pour Jean-Paul. Or il n’y pas de fraude sur ces bureaux, et donc Jean-Paul serait élu qu’il n’y avait que ces bureaux. La question se précise : la magouille sur un bureau va-t-elle remettre en cause tout l’élection, alors que l’avance de Jean-Paul est assez nette, avec 553 voix ?

     

    « Eu égard à cet écart de voix et en raison du caractère exceptionnel de la fraude qui s’est déroulée au profit de la liste de M. Alduy au bureau de vote n° 4, qui comptait 1 286 inscrits et où ont été exprimés 825 suffrages, il n’est pas possible d’établir avec certitude que la liste de M. Alduy aurait conservé une avance sur la liste de Mme Amiel-Donat quels qu’aient été les résultats dans le bureau litigieux. »

     

    Ce bureau de vote compte 1286 inscrits, et 825 se sont exprimés. Deux chiffres incontestables, et très proches de la moyenne générale : 69 382 inscrits, et 41 938 suffrages exprimés. Les 65 autres bureaux de vote, soit 41 113 exprimés, donnaient un rapport à un peu plus de 45 % pour Jean-Paul, un peu plus de 44% pour Jacqueline, et environ 10 pour le FN. Pour que Jacqueline puisse gagner, il aurait fallu qu’elle récupère 554 voix sur ce bureau, soit un score d’environ 70%, peu réaliste, alors que sur les bureaux sincères, le score est de 44%. On voit déjà Jean-Paul signant son nouveau bail de six ans : la magouille n’ait pas triste, mais elle n’a rien changé. C’était un luxe inutile, car il est impensable que sur ce seul bureau de vote, Jacqueline refasse son retard.

     

    Donc, le calcul à partir de l’écart de voix ne suffit pas, et le Conseil d’Etat retient le « caractère exceptionnel de la fraude » pour conclure « qu’il n’est pas possible d’établir avec certitude que la liste de M. Alduy aurait conservé une avance sur la liste de Mme Amiel-Donat ». Comprenez : la fraude du bureau n° 4 établit que ces gens là sont capables de tout, et peut être même de faits non établis ailleurs. Un résultat assez serré et la preuve d’une telle fraude pourrissent tout le résultat. Lisez bien la suite :

     

    « Par suite, il n’est pas établi de façon certaine que la liste conduite par M. A. aurait, en l’absence de fraude, obtenu sur l’ensemble de la commune la majorité nécessaire à sa proclamation. »

     

    6. Deux commentaires pas tristes

    th-340x255-170308_perpignan_chaussette12.jpgLe premier, en tout seigneur tout honneur, est de notre excellent Jean-Paul, relevant que le Conseil d'Etat « n'a mis en cause aucun élu » : une scandaleuse fraude commise à l’insu de son plein gré. Pas mal non plus, il estime « particulièrement injuste d'être condamné au bénéfice du doute ». Gros malin, mon Jean-Paul ! Il échappe a priori au pénal « au bénéfice du doute », mais la validité du scrutin, c’est justement qu’il n’y ait pas de doute sur la sincérité. Jean-Paul, toujours sénateur, peut rédiger une proposition de loi pour défendre la solution inverse, ça ne  manquerait pas de piquant.

    Mais la palme du grand nigaud revient au secrétaire d'Etat à l'Intérieur Alain Marleix (UMP). Il s'est « étonné » de l'annulation, qui selon lui « introduit un risque d'innombrables contentieux pour l'avenir », car « on généralise à l'échelle d'une ville des incidents qui se sont produits dans un bureau seulement ». Premier point, le joyeux Alain, celui là même qui est entrain de redessiner la carte électorale, aurait souhaité que l’élection de Perpignan soit considérée comme sincère et valable : ça se confirme tous les jours, nous sommes bien gouvernés. Ensuite, je veux rassurer le secrétaire d’Etat : il n’y aura pas « d'innombrables contentieux », car des magouilles comme ça, c’est rarissime, et heureusement.

    Finalement, le Conseil d’Etat s’est inspiré de la sagesse chinoise : le poisson pourrit par la tête.

    Version simplifiée de l'arrêt du Conseil d'Etat

  • Dakar sur Seine

    moulin_a_paroles.gifPardon pour notre petit monde politique en solde... Quel cinéma, ce « pardon » de Ségo aux africains, présenté comme une flèche politique majeure, voire une attaque insupportable contre l’auguste personne de notre Président, ou une faute dramatique pour avoir discrédité la politique de la France depuis une terre étrangère. Et dans le même temps, je vois hier un long sujet de Canal+ nous présentant l’affaire comme une grande opération politique, un amour scellé pour trois générations avec l’Afrique noire et une campagne présidentielle déjà sur les rails après un si bon coup.

    Bon. Le problème est que, après quatre heures vol et le plaisir de retrouver famille et amis, il est bien difficile d’avoir le moindre écho à Dakar de ce discours,… qui pourtant, a changé la nature des relations franco-africaines, nous dit-on. Je ne sais pas ce qu’il en est pour l’Afrique noire, je ne sais pas ce qu’il en est pour l’Afrique francophone, je ne sais pas ce qu’il en est pour le Sénégal, mais je puis vous assurer qu’à Dakar, à part une poignée d’aficionados, personne n’en a rien à fiche du discours rédempteur de la présidente de la région Poitou-Charentes.

    Quelques jours après l’affaire, il est bien difficile d’en trouver la moindre trace dans la presse, et ceux qui ont entendu parler du « pardon »… sont les habitués des chaînes françaises. Notre vaillante Ségo aurait donc pu aller faire son discours depuis une salle du 93, remplie de militants socialistes, et agrémentée de la caméra de Canal+. Ca n’aurait coûté qu’un ticket de RER, et l’effet aurait été le même. Du moins en Afrique.ticket-new.jpg

    J’ai tout de même cherché à savoir comment Ségo est parvenue à faire salle comble à Dakar, alors que Martine ne réunit que quatre pèlerins au  Zénith. Et là, ça devient moins historique, et même franchement nul : le grand discours se tenait au siège du Parti socialiste sénégalais. Avec pour lancer le débat, Ousmane Tanor Dieng, le premier secrétaire du PS sénégalais, ségolèniste convaincu, et pour applaudir, le ban et l’arrière ban des militants, priés de venir faire la clap’. Genre risque minimum.

    Il n’empêche que le discours était historique et qu’il replace Ségo dans la course aux présidentielles : vive la politique française qui sait entrer dans l'histoire ! Quand à l’Afrique, n’en doutez-pas, elle est en rose d’émotion… Tout va bien.

    desimpossibles.jpg
    Illusion d'optique
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