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Actualités du droit - Page 2

  • Enfin un candidat sympathique : Bienvenue à Jean Lassalle

    Un don du ciel,… ou plutôt des élus qui lui ont assuré les parrainages ! En attendant, ouf, mille fois ouf, nous avons un candidat authentiquement sympathique,  avec Jean Lassalle.

    Nous attendons maintenant une campagne strictement égalitaire entre tous les candidats, reconnus par le Conseil constitutionnel. Or, la campagne s’engage avec un avantage donné « aux favoris », et notamment à ceux qui méprisent la justice – notre bien commun – à savoir les repris de justesse Le Pen et Fillon.  Une vraie ségrégation médiatique !

    C'est tout à fait anormal, et scandaleux. Mais nous sommes tellement idiots qu’il ne faut pas que nous écoutions les candidats minoritaires, car cela pourrait nous détourner du droit chemin… Et bien sûr, ni Mélenchon, ni Macron, ni Hamon, ni Le Pen, ni Fillon ne protesteront contre cette démocratie sélective. Ce qui facilite notre jugement.

    présidentielles 2017

  • Important : Fillon n’a pas fait appel de sa mise en examen !

    Green-Yes-I-agree-button-300x300.jpgLors de son invraisemblable déclaration du 1er mars, à réception d’une convocation pour une éventuelle mise en examen, Fillon était entré en situation de résistance face aux juges, dénonçant une enquête partielle, partiale, des nullités de procédure, des violations de la séparation des pouvoirs, bref une horreur judiciaire. Il avait même expliqué qu’il avait saisi la chambre de l’instruction de la masse de ces irrégularités, et que celle-ci avait refusé de se prononcer, ce qui était l’injustice suprême. Il attendait la mise en examen de pied ferme parce qu’il était pressé de s’expliquer devant les juges pour dire la vérité et leur démontrer que le dossier était vide.

    Bon.

    Il y a un débat dans la presse, mais depuis quand un juge d’instruction devrait-il répondre aux articles de presse avant d’avancer dans la procédure ? N’importe quoi. Et ce recours qui aurait été rejeté par la chambre d’instruction, alors qu’avant la mise en examen, les personnes concernées ont le statut de témoin, et la loi ne leur offre aucune voie de recours vu que, justement, il ne leur est fait aucun grief.

    C’est ainsi : plus c’est gros plus ça passe.

    Sauf que la mise en examen a eu lieu, et on observe depuis de choses toutes simples, mais qui en disent long sur le personnage.

    Contrairement à ce qu’il avait annoncé, Fillon ne s’est pas expliqué devant les juges pour prouver que le dossier vide. Il a fait une déclaration, ce dont les juges n’ont strictement rien à battre. Ce qui signifie 1) qu’il avait dit n’importe quoi et que 2) l’accusation est solide vu qu’il a renoncé à s’expliquer sans une étude approfondie du dossier.

    - Donc, les trucs du genre « il n’y a rien dans le dossier, tout est bidon, on m’accuse parce que j’ai gagné la primaire », c’est du foin pour les ânes d’électeurs ?

    - Oui, tout à fait.

    Ensuite, encore plus fort, Fillon a renoncé à faire appel de la mise en examen. Et oui ! La mise en examen signifie qu’il existe « des indices graves ou concordants » d’avoir commis diverses infractions dont notamment le « détournement de fonds publics ». Aussi, la loi donne à la personne mise en examen la possibilité de faire appel devant la chambre de l’instruction, si elle estime qu’il n’existe pas de tels indices à son encontre. Donc, Fillon n’a pas fait appel devant la chambre d’instruction car il admet qu’il y a des indices graves et concordants de détournement de fonds publics (Il lui reste quelques jours, mais aucune déclaration pour dire qu’il fait appel).

    Le droit est une matière complexe et subtile, mais il y a des rendez-vous simples, après chaque décision de justice : appel ou non. Ce qui signifie aussi que si vous ne faites pas appel, c’est que vous êtes d’accord, ou que le jeu n'en vaut pas la chandelle.

    Là, on ne rigole plus. Il est grave de la part d’une personne qui a été parlementaire, premier ministre, et qui candidate à la présidence de la République, c’est-à-dire la haute fonction, garante de l’indépendance de la justice, de maintenir sa candidature quand elle reconnait qu’il y a à son encontre des indices graves ou concordants d’avoir commis une infraction aussi infamante que le détournement de fonds publics.

    - Tu veux dire que le candidat est marron ?

    - Je dis simplement qu’il n’a pas fait appel, et que donc, il accepte.

    - Quand même, les juges doivent sourire du décalage entre les déclarations insensées du 1er mars, et de l’acceptation de la mise en examen.

    - Sourire… Je pense qu’est c’est un degré au-dessus !

     

  • Alors, Mélenchon ?

    daniel_bryan___no__by_fuckward-d5c3vm5.pngIl y aura du monde samedi Place de la Bastille, pour la manif’ de soutien à Mélenchon, et parmi eux, vraiment beaucoup d’amis.

    Dans le bazar ambiant à gauche, avec le triste spectacle de Hamon qui passe son temps accro à sa calculette, la grosse masse des cadres du PS, opposants farouches de Hamon, mais condamnés à rester dans le parti pour sauver leurs investitures futures et engager la prochaine bataille du congrès, et les petits lascars qui vont rejoindre le candidat de droite Macron, Mélenchon fait figure de pôle de stabilité, avec des pratiques politiques correctes et des propositions qui parlent. Il a un programme et une équipe, avec des personnalités intéressantes, et c’est déjà beaucoup dans le contexte actuel. Oui, en politique étrangère, il y a des inflexions intéressantes.

    Mais pour ma part, c’est No, no, no.

    Nous ne sommes pas prisonniers du passé, mais quand même, il faut savoir en tenir compte, surtout quand les méthodes ne changent pas. Le long pedigree de Mélenchon au Parti Socialiste ne plaide pas pour lui. Pendant 20 ans, il a été Monsieur Grande Gueule, avec son courant «  Gauche socialiste » qu’il animait avec Dray, et ça n'allait pas loin : systématiquement les accents les plus irréalistes sur le ton de « Nous, la gauche… », ce pour sauvegarder son petit pourcentage qui lui permettait de maintenir sa carrière d’apparatchik. Avec pour mémoire le congrès de Brest de 1997, où il nous avait tant fait rire : il s’était ramassé avec 8%... et pleurnichait parce que Hollande lui avait promis de bidouiller les chiffres pour lui donner 15 %, mais n’avait pas tenu sa promesse : quel leader !

    Longue carrière au PS, et toujours planqué à la proportionnelle, ce qui fait qu’on ne le retrouvait que dans ce haut-lieu des luttes sociales qu’est le Sénat, ou au Parlement européen, où il était l’un des plus absent. Pas sérieux.

    Après il quitte le PS, très bien,… mais c’est pour taper sur le PS, en disant : « Voilà ce qu’il ne faut pas faire, le PS est nul ! » Bon. S’enorgueillir de ses propres erreurs pour faire la leçon aux autres, franchement, ce n’est pas le premier, mais ça me laisse plutôt froid. Surtout qu’il a maintenu son discours de soi-disant « gauche de la gauche », entendu depuis 30 ans, et déconnecté des réalités sociales et du monde du travail. Quand il se permet de dire à un cheminot qu’il « use sa vie pour défendre ses droits »… Quand même !... De la part d’une personne qui n’a jamais travaillé en entreprise… Je note d’ailleurs que la CGT, sauf exception, ne sera pas présente au rassemblement de samedi. Mais après tout…

    Ensuite, ça coince gravement avec le modèle de sa compagne. J’ai souvent dénoncé l’élection présidentielle, du fait de son simplisme et de sa brutalité. Cette élection a peut-être été utile dans les années 60 et 70, mais actuellement, elle est destructrice, car elle conduit à tout miser sur quelques personnalités. Bien sûr, cela donne une tribune, une visibilité, mais ce n’est pas avec une tribune qu’on va aller loin. Il faut passer par la présidentielle, sans doute, mais la condition indispensable est de lancer cette candidature à partir d’une coalition de partis politiques, avec une idéologie partagée et de vrais candidats dans l’ensemble du pays. Là, Mélenchon est complètement à côté de la plaque. Profitant de son aura médiatique, il a foncé sur le modèle gaulliste : « Moi, homme libre, je m’adresse au peuple sans intermédiaire ». Il ne sert à rien de nous faire des discours sur la VIème République, si la pratique est le parfait modèle du pouvoir personnel de la Vème. Dans ces conditions, faire un score aux présidentielles n’amène à rien de solide, et ne fait que conforter cette Ve République à bout de souffle qui détruit notre vie démocratique. Je m’intéresserai donc à l’action d’un leader politique français quand il aura une pratique en rupture avec l’élection du chef gaulois.

    Et puis, il y a l’Europe, qui ne va pas trop bien, certes. Regardons cela.

    L’Europe, ce n’est pas que la méchante et mercantile Union européenne, c’est aussi le magnifique Conseil de l’Europe, qui regroupe 48 Etats, dont la Russie et la Turquie, qui permet au plus grand groupe de populations du monde, 820 millions de personnes tellement diverses, de se retrouver dans une structure collective, avec l’adhésion commune à un texte, la Convention européenne de sauvegarde de l’Homme, et le respect d’une juridiction, la Cour européenne des droits de l’Homme. Au sein du Conseil de l’Europe, existe également le plein d’avenir Comité européen des droits sociaux. Loin des discours, nous nous servons tous les jours de ces instances, qui rapprochent les peuples, pour conforter les libertés fondamentales et les droits sociaux des personnes. Question : quel est le programme de Mélenchon pour le Conseil de l’Europe ? Zéro.

    Ensuite, l’Union européenne et la Commission, la banque centrale et l’euro… Il y a mille raisons de se méfier de ces technostructures lointaines, qui produisent leurs théories et leurs règles, et qui s’organisent pour échapper au contrôle démocratique. Nous sommes d’accord. L’histoire se construit à partir des peuples, et encore à ce jour en Europe, la vie démocratique et la solidarité se créent au sein des Etats. Je suis donc opposé à tout projet fédéral, qui en l’état actuel serait déstructurant, mais je dis que la soi-disante surpuissance européenne n’est que la conséquence de la faiblesse des pouvoirs politiques nationaux.

    Avant d’affubler l’Union européenne de tous les maux, commençons par nous interroger sur les faiblesses structurelles des Etats. Est-ce la faute des technocrates de Bruxelles si nous avons une présidentielle nulle à ce point ? En quoi l’Union européenne interdit-elle à un parti politique de dégager un programme pertinent et créer l’adhésion populaire ? S'il y avait des pouvoirs de gauche solidaire partout en Europe, la démocratique Union européenne serait elle-même de gauche solidaire, vu qu’elle est le reflet politique des États. Et comment expliquer, par l’argument, l’insupportable poids européen… alors que le budget de l’UE s’élève 1% du revenu national brut des 28 États de l’UE ? Respectons les faits au lieu de chercher des boucs émissaires, ça ira mieux.

    Sur la banque et la monnaie, je n’en dirai rien, car je n’ai aucune compétence économique. En revanche, dans la pratique des affaires européennes, j’ai appris à distinguer le pouvoir dirigeant en Europe et les mécanismes du droit européen, qui permettent de se situer au juste niveau pour résoudre nombre de questions, et qui au final, après bien des discussions et des bagarres, parviennent à dégager des solutions sous l’égide du droit. L’Union européenne mérite le plus grand respect car des États ont accepté de mettre en commun des parts de souveraineté, pour un projet collectif, et dans le cadre d’une communauté de droit. Cela ne se fait pas tout seul, il y a beaucoup de choses qui coincent, et des groupes puissants y développent leurs intérêts. Mais c’est par le travail ajusté et opiniâtre au sein des structures que l’on peut progresser. On n’ira pas loin avec que les histoires de plan A et de plan B, illusoires comme l’explique très bien un grand syndicaliste, devenu authentique parlementaire européen, José Bové.

  • L’extrême-droite se prend une nouvelle gamelle aux Pays-Bas

    index.jpgEt une de plus… Une fois de plus, nous avons eu droit à tous les plans catastrophiques sur l’arrivée de l’extrême droite à la tête d’un pays européen, et une fois de plus c’est une gamelle mémorable. L’allumé mondain Geert Wilders rejeté par les tripes du peuple…

    Prochaine sur la liste, Marine la fille héritière de son héritier de papa, tous deux n’ayant jamais travaillé de leur vie mais vivant dans le luxe, soi-disant fâchés mais se partageant la même maison, pataugeant dans les magouilles financières, avec un seul objectif : garder tout l’argent sans travailler.

    Je déplore fondamentalement le mythe entretenu du risque de l’extrême droite, qui permet toutes les simplifications politiques, et même toutes les annihilations de la pensée : « je suis nul, je n’ai rien à dire, je n’ai aucun programme, je n’ai personne avec moi, mais j’ai une bonne bouille et je suis le seul à pouvoir faire rempart à Le Pen ». Tu parles : rempart à une illusion, et instrumentalisation vicieuse de la peur.

    Pour gagner le pouvoir en France, même De Gaulle ou Mitterrand passaient par une coalition….Et vous imaginez ce simili parti, tenu par quatre personnes qui se haïssent, sans aucun leader régional ou local, sans aucun spécialiste national reconnu sur telle ou telle question, qui puisse prendre le pouvoir en France : mais arrêtez le délire !

    Alors que l’UMP était enseveli dans l’affaire Bygmalion et que le PS sombrait du fait des amours ombrageux de Hollande et El Blanco, Tata et sa nièce se sont gaufrées aux élections régionales, qui sont pourtant les moins politisées. Alors nous saouler avec Le Pen présidente, c’est stop. Et admettons un instant l’incident : vous imaginez la tronche de la majorité parlementaire, avec la kyrielle des élus FN crotteux et incultes ?

    Sur ce plan, je les rejette tous, car ils sont tous sur le même schéma. Mélenchon, Hamon, Macron, Fillon : s’ils font de la politique, c’est uniquement pour faire barrage à Le Pen. Merci de ne pas nous prendre que pour des imbéciles.

    Ceci dit, c’est grave deux raisons.

    La première est que ces soi-disant leaders nationaux popularisent l’idée qu’il peut y avoir une majorité d’extrême-droite en France, ce qui est foncièrement faux, et n’a aucun antécédent historique. Le corps social français n’est pas d’extrême-droite. Le Pen, père et fille sont des marginaux en France. Ils savent coaliser un vote de mécontentement, illusoire, mais sur le vote d’adhésion, ça n’avance pas.

    La seconde raison est que, avec leur trouille insensée, nos pseudo-leaders dénient la réalité de la force de l’État de droit. Par des efforts incessants depuis 1946, la France et la géniale Europe, mais également l’ONU, ont construit de très efficaces systèmes de protection des droits fondamentaux, capables de bloquer les lubies de tel ou tel gouvernement d’extrême droite (ou d’extrême centre). Vu la force du droit fondamental et les garanties européennes, un pouvoir d’extrême-droite en Europe se fracasserait en six mois sur les forces du droit, qui briseraient ses politiques discriminatoires ou liberticides.

    Je ne sais pas très bien ce qu’on fait les politiques,… ou du moins j’en ai une petite idée. Mais pour ce qui est des juristes, je peux vous dire que le travail est fait : toute loi qui ne respecterait pas les principes du droit se ferait casser les pattes illico presto.  

    - Jean-Luc, Benoit, Brigitte, François : lâchez-nous les baskets avec la famille Le Pen. Ne parlez pas de la peur, parlez de vous.

    En attendant, pour fêter la raclée Geert Wilders, je vous propose un must, une dégustation de gamelles de morilles.

  • Hamon, Mélenchon et l’Europe : le jeu des sept différences

    L’Europe et la gauche… Quelle Europe ? Quelle Gauche ? Nous allosn essayer d’en parler, et pour donner des bases, je reprends cet article de Libé, rédigé par Kim Hullot-Guiot, qui me parait très bien. En ajoutant que je ne suis d’accord sur rien.

    *   *   *

    Hamon, Mélenchon et l’Europe : le jeu des sept différences

    Par Kim Hullot-Guiot 

    51G0V9Hl9HL._SY445_QL70_.jpg« A cinquante jours du premier tour, il n’est pas possible de régler la différence qui par exemple nous sépare sur la question essentielle de l’Europe.» Par ces mots Jean-Luc Mélenchon expliquait, le 27 février sur Facebook, trois jours après le dîner partagé avec Benoît Hamon à Ménilmontant (Paris XXe), pourquoi une alliance avec le candidat socialiste était impossible : sur les options européennes, les deux anciens partisans du «non» au référendum de 2005 ne s’entendent plus. Passage en revue de leurs points de désaccord.

    Créer une «assemblée parlementaire» pour remplacer l’Eurogroupe ? Hamon est enthousiaste, Mélenchon dubitatif

    Tous les deux veulent renégocier les traités européens. Mais pas exactement dans le même sens, ni avec la même méthode. Du côté de Benoît Hamon, conseillé par les économistes Thomas Piketty et Julia Cagé, il s’agit de proposer «un nouveau traité de démocratisation de la gouvernance économique de la zone euro», lequel, déjà rédigé, viendrait compléter et non remplacer les traités. Il reposerait sur l’idée que «les grandes décisions doivent être prises en transparence et soumises à un contrôle démocratique plein et entier». Ce traité «mettra en place une Assemblée parlementaire qui remplacera l’Eurogroupe [la réunion mensuelle des ministres des Finances de la zone euro, ndlr]». Et d’enfoncer le clou dans un entretien au Monde le 9 mars : «On ne peut pas en rester à la situation actuelle, où la réunion des ministres des finances de la zone euro et ses décisions échappent totalement au contrôle des traités, des Parlements et des citoyens européens.»

    Jean-Luc Mélenchon, lui, s’est montré à plusieurs reprises dubitatif sur cette idée, par exemple sur son blog le 22 février : «Les problèmes de la gouvernance de la zone euro demeurent inchangés. Car nul ne demande, pas même Benoît Hamon, de revenir sur l’indépendance de la Banque centrale européenne ni sur son statut. Et personne ne parle de placer le marché unique et ses règles sous le contrôle parlementaire. Ce sont là les points clés de blocage pour que les Etats ou les citoyens puissent avoir une quelconque influence sur la politique monétaire de la zone euro. Dès lors, je vois bien qu’il ne s’agit pas non plus de mettre en cause les orientations économiques actuelles de l’Union mais juste d’en légitimer la forme de prise de décisions», écrivait-il. Dans son programme, l’Avenir en commun, le candidat de la France insoumise consacre un chapitre entier à la sortie des traités. Et entend, dès son arrivée à l’Elysée, «s’exonérer du pacte de stabilité et des règles européennes encadrant les déficits [et] cesser d’appliquer unilatéralement la directive sur le détachement des travailleurs en France ».

    Des plans d’action aux styles distincts : suspension immédiate des textes contre négociation progressive

    « Pour appliquer notre programme, il nous faudra désobéir aux traités dès notre arrivée au pouvoir.» «Je veux convaincre les Français qu’il existe un chemin pour réorienter l’Europe […] Je m’en donne les moyens en mettant sur la table un ensemble de propositions concrètes qui forment la base des négociations à venir avec nos partenaires européens.» La première phrase figure à la page 81 du programme de Jean-Luc Mélenchon. La deuxième, sur le site internet de Benoît Hamon.

    En fait, Mélenchon envisage deux plans : le A, dans lequel est prévue une «sortie concertée» des traités européens par l’abandon de certaines règles par les pays qui le souhaitent (suivi d’une négociation pour définir de nouvelles règles, validées par référendum), mais surtout le B, plus radical, qui prévoit que la France sorte unilatéralement des traités. Dans le deuxième cas, la France arrêterait de verser 22 milliards d’euros annuels à l’UE, la banque de France serait réquisitionnée pour faire de l’euro «une monnaie commune et non plus unique», et un contrôle des capitaux et marchandises aux frontières serait mis en place. La France serait ensuite libre de négocier d’autres formes de «collaborations» avec les pays européens.

    Hamon préfère lui proposer une feuille de route plus sage dans l’attente de nouvelles négociations et revoir dans le même temps les directives qui lui déplaisent, comme celle sur les travailleurs détachés. Le candidat socialiste entend également aller vers plus d’intégration européenne, en proposant par exemple la mise en place d’un salaire minimum européen («Je proposerai un processus de convergence sociale qui débutera par un salaire minimum par pays à hauteur de 60% du salaire moyen», indique son site) et plus d’harmonisation fiscale (une proposition similaire figure dans le plan A de Mélenchon). Quant au pacte de stabilité, que Mélenchon entend dénoncer, là encore, Hamon préfère la concertation et propose de lancer un moratoire européen pour le réformer – c’est du moins ce qu’indique son site, même si le candidat n’évoque plus l’idée publiquement. Il n’y a guère que sur le Ceta, le traité de libre-échange passé avec le Canada, que les deux militants de gauche s’entendent pour une suspension provisoire.

    La menace du «Frexit» : Hamon est contre, Mélenchon est pour

    Surtout, alors que le Parlement britannique vient de donner son feu vert au lancement des négociations entre la Grande-Bretagne et Bruxelles en vue du «Brexit», c’est sur la menace d’un «Frexit» que Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ne sont pas d’accord. Le premier la refuse catégoriquement («Tandis que certains prennent le risque d’achever le travail de dislocation ouvert par le vote du Brexit, je suis du parti de l’espérance», affirme-t-il sur son site) tandis que le second y voit un moyen de faire pression sur l’Union européenne – et surtout sur l’Allemagne. Cette arme a selon lui fait défaut à Aléxis Tsípras, rappelle Mediapart

    Le rôle de la banque centrale européenne : Mélenchon veut le modifier, Hamon se montre imprécis

    Dans l’exposé de son «plan A», Jean-Luc Mélenchon explique vouloir «mettre fin à l’indépendance de la Banque centrale européenne, modifier ses missions et statuts, autoriser le rachat de la dette publique directement aux Etats, interdire à la BCE de couper les liquidités à un Etat membre». Il indique également que l’euro devra être dévalué afin d’arriver à parité avec le dollar. Du côté de Hamon, il est question d’œuvrer «pour faire évoluer les statuts de la BCE et faciliter le financement direct de la dette des Etats.», sans plus de précision.

    Les dettes souveraines : quasiment d’accord mais Hamon va plus loin

    Voilà un point où les deux hommes pourraient tomber d’accord. Jean-Luc Mélenchon, qui proposait en 2014 que la BCE puisse racheter les dettes souveraines des Etats, estime aujourd’hui qu’il faudrait organiser une conférence européenne sur le sujet, laquelle pourrait déboucher sur des moratoires, des annulations partielles ou des rééchelonnements. Benoît Hamon, une fois n’est pas coutume, va plus loin : il demande l’annulation de la dette détenue par les Etats membres et accumulée depuis 2008 par les Etats membres les plus en difficulté. Et milite même pour une mutualisation des dettes des pays européens où elles dépassent 60% du PIB, souhaitant notamment que les pays membres se portent caution les uns des autres.

    Aller vers une défense européenne ? Hamon dit oui, Mélenchon dit non

    Pour Benoît Hamon, la défense, dont il souhaite augmenter la part dans le PIB (à 3% si l’on inclut aussi la sécurité), doit aller vers plus d’intégration au cadre européen. Il propose ainsi de lancer «une véritable stratégie de coopération européenne dans le domaine de la défense. Celle-ci comprendra une amélioration du hub européen afin que nos partenaires accentuent leur soutien logistique et financier aux opérations extérieures faites par la France. Les états-majors européens et les brigades binationales seront renforcés. Enfin, nos moyens de renseignement seront progressivement mutualisés avec la mise en place de task forces multilatérales pour aboutir à une agence de renseignement européenne.» En cela, Benoît Hamon s’inscrit dans la continuité du mandat de François Hollande, qui s’est déclaré, avant un mini-sommet européen début mars, favorable à la relance des efforts de construction d’une défense européenne.

    Au contraire, pour Jean-Luc Mélenchon, l’Europe de la défense, c’est non. «Penser que l’on va relancer l’Europe par l’Europe de la défense, c’est une vision terrible. On n’a pas fait l’Europe pour ça mais pour faire la paix», a-t-il déclaré face à la presse la semaine dernière. L’«Europe de la défense a la caractéristique de ne jamais dire contre qui elle a l’intention de se défendre. C’est en réalité l’Europe de la guerre», a encore dit le chef de file des Insoumis, qui craint notamment qu’une Europe de la défense ne mène au conflit avec la Russie ou qu’elle se montre trop atlantiste. D’autre part, puisque Jean-Luc Mélenchon veut s’affranchir de la règle des 3% de déficit, on ne peut affirmer qu’il est ou non d’accord avec la proposition du candidat socialiste d’exclure «le budget de la défense du calcul du déficit au sens des critères de Maastricht».

    Maintenir le déficit à 3% du PIB ? Mélenchon refuse, Hamon rentre dans le rang

    On l’a dit : Jean-Luc Mélenchon souhaite, dès son entrée en fonction, «s’exonérer du pacte de stabilité et des règles européennes encadrant les déficits». A commencer par les critères de convergence du Traité de Maastricht, selon lesquels il est interdit «d’avoir un déficit public annuel supérieur à 3% du PIB». Sur le sujet, le leader des «insoumis» est constant. On ne peut en dire autant de Benoît Hamon, dont la position a un peu évolué depuis le début de la campagne. Fin février, il a estimé sur France Inter que la règle des 3% de déficit maximum était «un non-sens»«qui ne répond pas aux besoins d’une économie comme la nôtre». Et d’enfoncer le clou : «En matière de dette et de déficit il faut regarder ce que nous pourrons rembourser, ce que nous ne pourrons pas rembourser.» Côté programme, le candidat avait toutefois pris soin de ne pas aller trop loin : sur son site, il est seulement fait mention du budget de la défense, qui doit être exclu du calcul du déficit.

    La semaine dernière, le candidat s’est finalement engagé à respecter ces critères de Maastricht sur le déficit : «Je souhaite des politiques de relance qui se concentrent sur la transition écologique, sur les investissements dans l’avenir et sur la mise en oeuvre du revenu universel d’existence, les Européens souhaitent que nous ayons une trajectoire des finances publiques qui tendent vers les moins de 3%, je m’engage à ce que les deux objectifs puissent être tenus», a-t-il dit face à la presse, alors qu’il présentait son projet européen.

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