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Institutions

  • La fin de la Vème République ?

    La Ve République, dans sa portée historique, est-elle encore le cadre d’expression de la souveraineté française ?

    À titre personnel, je suis plus que réticent avec cette constitution qui réduit la vie démocratique au choix d’un homme, genre le chef gaulois, ce alors qu’il ne peut y avoir de véritable démocratie que si l’on intègre toutes les diversités du corps social.

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    Dès lors, la seule alternative crédible est de recentrer le pouvoir sur l’élection des parlementaires, avec une forte dose de proportionnelle, permettant aux 25% de compatriotes qui votent FN d’être représentés au Parlement, ce qui est la moindre des choses.

    Depuis 1958, la Constitution de la Ve République laminait la vie parlementaire pour tout focaliser sur la présidentielle, détruisant les partis et les idéologies fondatrices.

    Or, ce que des tonnes de congrès, des masses d’ouvrages, des empilements de mémoires et de thèses n’ont jamais pu réaliser, c’est-à-dire la mise à bas de cette Vème République nourrie du mythe du chef, devient une réalité grâce à nos candidats de huitième zone que sont Mélenchon, Hamon, Macron et Fillon (Je ne parle pas de Le Pen, qui n’est qu’une mauvaise blague). Des comédiens amoureux de la calculette électorale, qui font chauffer leur petite popote politique sur leur petit réchaud, en espérant un peu de bonne soupe pour tenir pendant cinq ans. Ils utilisent les mots de « État » et « République », mais ont-ils la moindre capacité à créer l’adhésion autour de leur conception de l’État et de la République ?

    Bref, avec les simagrées des uns et des autres, nous assistons à rien de moins que l’effondrement de la fonction présidentielle.

    Qui gagnera le tiercé ? On verra, mais l’essentiel est désormais de voir que le pouvoir est en train de passer de l’Elysée au Palais Bourbon. La question n’est plus « qui sera président ? », mais « quelle sera la majorité parlementaire ? »

    Adieu la Vème République : vu le charisme des candidats, le futur président ne représentera pas grand-chose, et tout se jouera avec la future Assemblée nationale. La Vème recentrée sur l’Assemblée, vu la faiblesse des candidats à la présidentielle… Pas banal…

  • Un vieux général réac’ invité sur le blog

    Le blog poursuit joyeusement la publication de textes qui éclairent nos temps obscurs. De bons textes qui permettent d’expliquer et comprendre, ce qui fait trembler notre tremblant El Blanco. Voici puisé dans Le Figaro de Dassault, une longue interview de Vincent Desportes, général à la retraite très active. Un ex-mirliton à étoiles, qui dézingue la politique de défense depuis Le Figaro, c’est suspect… Sauf qu’au même moment, Dassault tresse des louanges à Hollande et de notre Sinistre des Ventes d’Armes… et que le mec n'a pas attendu cet entretien pour dire ce qu'il pense.

    Vincent, qui connait son sujet, passe maints sujets en revue,… et on se régale, car on comprend très bien sa vision. Pas de diplomatie sans force armée, c’est une évidence, mais le dire fait du bien… La France qui s’engage dans des actions qu’elle ne peut consolider parce qu’elle se disperse… Suit une lucide analyse du rôle désastreux de l’OTAN sur notre souveraineté : « Finalement, l'OTAN est devenue une menace pour la sécurité des Européens, car elle les empêche de trouver leur autonomie stratégique. Ils s'en remettent, à tort, aux Américains pour les défendre ». Et puis depuis 2012 la gestion politique du ministère qui a détruit le ministère, avec les directeurs qui remplacent les généraux…

    Général de division et jeune retraité, Vincent est un vieux de la maison : saint-cyrien, ingénieur, docteur en Histoire et ancien directeur de l'Ecole de guerre, professeur associé à Sciences Po Paris, chargé de cours de stratégie à HEC… et piraté sur le blog, qui lui dit merci ! Si ces débats vous intéressent, je recommande son dernier livre « La dernière bataille de France », paru en octobre 2015 aux éditions Gallimard. Je l'ai commencé dans le TGV de retour de Paris, livre passionnant, et pour une fois, j'étais furieux... car le TGV n'avait pas de retard et le temps m'a manqué ! 

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    Général Desportes : «Les intérêts politiciens désorganisent l'armée française»

    LE FIGARO. - Alors que le 11 janvier 2016 marque le troisième anniversaire de l'engagement de l'armée française au Mali, vous estimez que celle-ci est atteinte du «syndrome de Sisyphe guerrier», reconquérant le matin ce qu'elle a abandonné la nuit précédente. Comment expliquer cette surexploitation de l'armée française ?

    Général Vincent DESPORTES. - Ce qui mine l'armée française, c'est la dégradation continue, depuis plus d'un quart de siècle, des moyens budgétaires dont elle dispose… et donc de ses capacités opérationnelles globales. L'évolution qu'a connue l'armée correspond à l'idée fausse que la guerre n'existe plus. L'armée s'est transformée progressivement, par contractions successives, en un kit expéditionnaire dont les résultats sont excellents… mais seulement aux niveaux techniques et tactiques, sur des espaces réduits, sur un temps court, alors qu'elle est déployée sur de vastes espaces (par exemple la zone sahélo-saharienne, plus vaste que l'Europe!) et que la guerre se gagne toujours sur le temps long: en bref, si les armées françaises sont toujours capables de gagner brillamment des batailles, elles peinent à gagner les guerres.

    On se désengage toujours trop tôt, sans avoir eu le temps de transformer les victoires tactiques en résultats stratégiques. De fait, la France s'engage sur un théâtre, puis, beaucoup trop rapidement, elle est obligée de se désengager pour aller s'engager ailleurs. C'est ce que j'appelle le syndrome de Sisyphe guerrier. Ce phénomène est caractéristique des opérations au Mali, puis en Centrafrique, puis dans la bande sahélo-saharienne, l'opération Barkhane. Après avoir brillamment remporté la bataille des Ifoghas au Mali, la France a été obligée de diminuer ses effectifs pour s'engager dans l'opération Sangaris - qui patine aujourd'hui, faute d'effectifs, puisque l'armée, a été obligée de monter l'opération Barkhane. Bref, on déshabille Pierre pour habiller Paul, puis Paul pour habiller Jacques…

    Dans un chapitre sur le mythe du soldat Ryan, vous écrivez que les Européens n'ont jamais autant délaissé leur autonomie stratégique aux Etats-Unis, notamment par le biais de l'OTAN. Comment cet abandon se manifeste-t-il ?

    Notons que la France a été moins frappée que les autres pays européens par ce mythe dangereux. La pensée gaullienne persiste en France, ce qui fait que nous avons, à juste titre, moins tendance que les autres à faire confiance aux Etats-Unis pour la gestion de nos affaires militaires, malgré l'épisode du retour dans le commandement intégré de l'OTAN en 2008 sous Nicolas Sarkozy. Progressivement, les différents pays d'Europe ont profité de l'aubaine qu'était l'OTAN pour faire des économies à bas coût politique sur la défense, en expliquant à leurs citoyens qu'ils étaient défendus dans le cadre de l'OTAN, et que par conséquent, les investissements en matière de défense étaient devenus superflus. Le bilan est terrible : aujourd'hui, l'Europe est largement désarmée - à l'exception de la France, qui a conservé un volume de forces, certes insuffisant, mais bien réel. Finalement, l'OTAN est devenue une menace pour la sécurité des Européens, car elle les empêche de trouver leur autonomie stratégique. Ils s'en remettent, à tort, aux Américains pour les défendre.

    Stratège avisé, de Gaulle avait compris dès la fin des années 1950 que les Américains ne reviendraient plus jamais défendre la «grand-mère patrie» européenne. Les liens entre Européens et Américains se sont distendus au fil des ans. A partir de 2040, la majorité des Etats-Uniens ne sera plus d'origine européenne et «Ramos» ne viendra plus se faire tuer pour nous. Le réflexe naturel de défense de la «grand-mère patrie» n'existera plus. Par ailleurs, il faut rappeler qu'en 1917 et en 1942, les Américains étaient avant tout venus remettre de l'ordre dans leur marché naturel, l'Europe. Aujourd'hui, les intérêts économiques étasuniens ont basculé de l'Atlantique vers le Pacifique. Enfin, les Etats-Unis sont fatigués par leurs guerres : ils ne peuvent que constater que, malgré leur énorme puissance, ils ont perdu toutes leurs guerres depuis un demi-siècle, l'Irak et l'Afghanistan n'étant que les derniers exemples d'une longue série de défaites.

    Le meilleur service que les Américains pourraient rendre aux Européens (et à eux-mêmes !) serait de sortir eux-mêmes de l'OTAN pour nous imposer ainsi notre prise de conscience et notre autonomie stratégique.

    Vous dénoncez également la dérive atlantique mortifère de notre modèle de forces et la transformation à l'américaine des armées de l'OTAN. Quel basculement s'est-il opéré entre le stratégique et le technique ? L'engouement technologique est-il en train de tuer l'armée française ?

    Les armées françaises ont continué à suivre le modèle américain, fondé sur la recherche permanente du meilleur technologique, sans souci de l'efficacité globale des systèmes. Cette logique est compatible avec les budgets militaires américains supérieurs à 600 milliards de dollars par an. Pas avec les budgets européens en général, français en particulier.

    Les Américains réussissent à conserver à la fois le meilleur technologique et les volumes de forces suffisants pour faire face à leurs missions. Mais le surinvestissement technologique français a conduit inexorablement l'armée à réduire ses volumes. La technologie a dévoré les formats, rendant finalement un bien mauvais service aux armées, parce qu'elle ne confère pas le don d'ubiquité. Quand les terrains d'interventions sont multiples, la réduction des formats, «l'échantillonnage» des forces, imposés par la dérive technologiste ne permet plus de faire face à la multiplication des missions. Cette dérive non maîtrisée de la technologie a conduit l'armée française à devenir une «armée coup de poing», incapable de gagner les guerres.

    Ce constat est d’autant plus aberrant que le modèle américain que nous nous acharnons à singer s'est avéré parfaitement inefficace : les Etats-Unis ont perdu toutes leurs guerres depuis cinquante ans.

    Depuis la publication de La France et son armée de Charles de Gaulle en 1938, nul n'ignore que «la France fut faite à coups d'épée» estimez-vous. Y a-t-il un lien spécifique entre la France et son armée ?

    Parce que depuis des siècles nos valeurs se sont répandues dans le monde, nous pensons qu'elles sont naturelles et immortelles, qu'elles se défendent d'elles-mêmes parce qu'elles s'imposent, parce qu'elles sont espérées, ailleurs, par les Autres. Nous nous aveuglons.

    Les valeurs, quelles qu'elles soient, ne valent que par la puissance de l'épée qui les répand ou les défend. La France est la France pour maintes raisons, mais ce sont ses valeurs qui font sa grandeur, sa place éminente dans le monde, souvent démesurée par rapport à sa réalité matérielle. Son histoire, sa vision d'elle-même, lui ont conféré des responsabilités auxquelles elle ne peut moralement échapper. Si la France est encore un acteur majeur des affaires du monde malgré ses difficultés économiques, c'est parce ce qu'elle en est moralement capable, parce qu'elle en a tant bien que mal préservé les moyens, qu'elle a le courage politique - à droite comme à gauche - de s'engager dans les crises et d'y jouer un rôle central.

    Notre place extraordinaire au Conseil de sécurité des Etats-Unis ne va pas de soi aujourd'hui, d'autant que les critères d'hier - démographiques en particulier - ne valent plus. Cette place est chaque jour remise en cause par d'autres postulants. Nul ne conteste la place des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie. En revanche, celles de la Grande-Bretagne et de la France sont fragiles et doivent être défendues. Si Washington se charge personnellement de la Grande-Bretagne, la France est seule pour préserver la sienne. Elle ne peut affirmer sa légitimité qu'en montrant chaque jour sa capacité diplomatique mais surtout militaire à intervenir concrètement dans les affaires du monde et à prendre toute sa place dans leur règlement. Une France incapable d'intervenir militairement dans le règlement des conflits serait une France qui, en quelques mois, devrait laisser sa place à des puissances démographiques ou économiques plus légitimes. Ce que disait Bismarck est toujours vrai : «La diplomatie sans armées, c'est comme un chef d'orchestre sans orchestre !»

    Vous écrivez que «l'européisme militaire est un opium dangereux pour les peuples». Qualifiée d'«impasse conceptuelle» par un rapport du Sénat paru en 2013, la défense européenne est-elle néanmoins envisageable ?

    Notre horizon doit demeurer celui de la mise en place d'une armée européenne. Mais force est de constater que malgré plus de soixante ans d'efforts, cette idée n'a débouché que sur des résultats dérisoires. Tant que l'Europe restera incapable d'assurer la défense des pays européens, chaque pays devra conserver les moyens nécessaires pour assurer la sécurité et la défense de ses citoyens et de son territoire. Ce constat est particulièrement valable pour la France : surexposée stratégiquement, elle est sur-menacée par rapport aux pays qui ne s'engagent pas dans le monde. La France ne peut pas à la fois diplomatiquement prétendre défendre ses valeurs dans le monde, jouer un rôle important dans les relations internationales sans se doter d'une force armée capable de résister aux menaces ou aux risques qu'elle engendre en partie par sa propre posture. C'est une affaire de cohérence d'ensemble et de responsabilité vis-à-vis des citoyens.

    Vous pointez du doigt l'effet pervers de la dissuasion nucléaire. Quels sont les esprits que ce «marchand de sable nucléaire» a endormis ?

    Pour pouvoir réduire le budget des armées sans coût politique, les gouvernements successifs ont sacralisé l'arme nucléaire en expliquant aux Français qu'ils n'avaient rien à craindre: quoiqu'il arrive, ils seraient défendus par l'assurance-vie nucléaire. Les forces conventionnelles ont donc pu être continuellement réduites sans que cela émeuve grand monde ; hélas aujourd'hui, l'évidence de cette tromperie éclate au grand jour. On a ainsi endormi les Français dans un faux sentiment de sécurité en leur faisant croire qu'ils étaient défendus.

    La dissuasion nucléaire n'assure pas la paix et ne dissuade pas de tout ; elle a des angles morts de plus en plus ouverts, pour reprendre l'expression d'Alain Juppé : effectivement la dissuasion nucléaire dissuade l'étatique alors que les menaces sont essentiellement désormais infra-étatiques, le terrorisme par exemple. Ces «angles morts» de la dissuasion se multiplient quand la part budgétaire prise par notre arsenal nucléaire s'accroît. Or, la dissuasion nucléaire ne peut pas fonctionner sans forces conventionnelles robustes : la stratégie atomique suppose une approche intégrale dont les forces conventionnelles ne peuvent être exclues.

    En stratégie de défense - et c'est particulièrement vrai en termes de dissuasion - ce qui compte, c'est l'équilibre d'ensemble plus que la puissance de chacune des composantes. Dans le contexte budgétaire actuel, vouloir à tout prix préserver en l'état notre arsenal nucléaire, c'est altérer sa valeur dissuasive et mettre la France en danger. Stricte suffisance et équilibre global, voilà le véritable objectif ! L'intelligence stratégique ne consiste pas à sacraliser notre arsenal nucléaire, mais à assurer l'équilibre dissuasif entre les deux types de forces, nucléaires et conventionnelles, entre nos capacités de dissuasion et nos capacités d'action. Le coût d'opportunité de la sacralisation du nucléaire, c'est la mort de sa pertinence : sanctuariser la dissuasion, c'est la condamner. C'est cher payé.

    Quelle place le soldat occupe-t-il dans notre société ?

    Pour de multiples raisons, historiques et culturelles, la société française a mis au pas le soldat avant de le rejeter de son monde. Cette spécificité nous vient de la Révolution française qui a fait de l'État le référent suprême. Les armées doivent se plier sans un murmure au pouvoir politique ; c'est un changement complet par rapport aux usages en cours avant la Révolution où un équilibre harmonieux permettait au soldat de tenir toute sa place dans la Nation. Depuis la Première guerre mondiale, la voix des militaires a perdu en légitimité. Deux coups fatals leur ont été portés : la défaite de 1940 - et pourtant c'était la défaite d'un peuple et non pas simplement celle d'une armée - et le putsch des généraux du 21 avril 1961 à Alger. Depuis, l'expression militaire a été considérablement marginalisée et contenue aux problématiques techniques et tactiques. Pourtant, l'expression libre des militaires sur les problèmes stratégiques n'est pas seulement légitime, elle est nécessaire : les restrictions à la liberté d'expression sont les meilleures ennemies de la défense de la France. L'équilibre ne peut s'établir par décret, mais il est sûr que, dans l'intérêt même de la France, l'homme d'Etat doit tout mettre en œuvre pour favoriser l'esprit et l'expression critique dans les armées: or, force est de constater que la tendance est exactement inverse. Les Français doivent en être sûrs, parce qu'ils l'ont payé très cher, en souffrances et en humiliations : la négation des dimensions politique et stratégique du soldat, son cantonnement toujours plus étroit dans ce que l'on baptise à tort son «cœur de métier» constituent une menace directe sur leur sécurité.

    Aujourd'hui, l'image du soldat est rejetée par les nations européennes, qui se veulent «post-modernes», parce qu'il correspond à l'image même d'un monde que l'on souhaite oublier. Nous vivons dans une fausse bulle de sécurité dans laquelle nous voudrions que la violence soit exclue. Mais malheureusement, ce monde exécré existe : il reprend forme aujourd'hui sous ses expressions les plus barbares.

    La pensée stratégique militaire est-elle bâillonnée ?

    Depuis une quinzaine d'années, les officiers ont repris la plume et s'expriment plus fréquemment. Hélas, les publications de la très grande majorité d'entre eux constituent d'excellentes vitrines de leurs propres actions professionnelles au cours des engagements qu'ils vivent au quotidien sur le terrain… et donc d'excellentes vitrines de l'excellence encore maintenue des armées françaises. Mais le propos s'arrête là, parce que l'interdiction faite au militaire de participer au débat stratégique, sauf à exprimer la pensée officielle, a fini par l'écarter de la pensée stratégique qu'il a le devoir d'enrichir mais qu'il n'ose plus exprimer.

    C'est grave. Quand les militaires ne sont pas autorisés à formuler des idées ni à élaborer des stratégies, ils se cantonnent à la pure technicité de leur métier. Ils perdent le goût de la pensée et de son expression, et les meilleurs, ceux dont la France aura besoin aux heures noires ne sont plus attirés par une profession réduite à son rôle technique où ils ne pourront plus faire grandir le meilleur d'eux-mêmes.

    Le problème, c'est que les armées, bien que piliers de la nation, ne sont défendues par personne. Il n'existe pas d'organisme ou de syndicat dont la mission soit la défense des militaires. Le rôle du ministre de la Défense est d'abord d'être loyal vis-à-vis du président, pas de protéger les armées de la France. Depuis trop longtemps, les hommes politiques ont oublié l'intérêt général de la France vite sacrifié sur l'autel des intérêts politiciens ; c'est la première raison de la désorganisation de l'armée française.

    Pourtant les armées françaises ont été profondément réorganisées ?

    Oui, et le résultat est catastrophique car ces réorganisations se sont majoritairement faites au mépris de ce qu'est le soldat et de ce qui fait l'efficacité des armées, leur essence.

    En trois couches successives, au mépris de la spécificité de ce ministère et de sa fonction essentielle, un terrible excès d'interarmisation, de mutualisation mais aussi de civilianisation est venu à bout du bon fonctionnement des armées.

    L'application brutale de la LOLF (Loi organique relative aux lois de finances), en 2006, a constitué un premier coup majeur. Par un double mouvement d'effacement des chefs d'état-major d'armée et de rehaussement des autres grands subordonnés du ministre, le chef d'état-major des armées reste le seul chef militaire en relation directe avec le ministre, à égalité désormais avec le Secrétaire général pour l'administration (SGA) et le Délégué général pour l'armement (DGA). Le ministère oublie définitivement qu'il est le ministère des armées et que les branches administratives sont là pour les soutenir ; le vieux principe militaire «soutenu/soutenant» est oublié.

    La deuxième étape, en 2009, c'est la RGPP ou révision générale des politiques publiques. Le ministère est profondément affaibli par l'application excessive de principes contraires à l'efficacité militaire. Il va se retrouver «matricialisé» - c'est-à-dire «déresponsabilisé», ce qui va produire le désastre du système de solde Louvois ou le scandale du dépôt de munition de Miramas - et «mutualisé», avec l'aberrante création des Bases de défense.

    Le troisième coup, depuis 2012, c'est la soi-disant «nouvelle gouvernance» du ministère, avec de nouveaux pans de responsabilité enlevés aux chefs militaires et attribués désormais aux grands directeurs : le commandement est dépossédé de la politique des ressources humaines, bien que «l'homme ait toujours été l'instrument premier du combat» et de la réflexion stratégique avec la création de la DGRIS. Au dysfonctionnement global s'ajoute hélas la décrédibilisation des chefs militaires qui se retrouvent impuissants à corriger les disfonctionnements et carences matérielles.

    Ignorante d'une histoire qu'elle préfère ignorer, la société oublie que «l'homme est l'outil premier du combat» selon l'expression d'Ardan du Picq. On constate une double banalisation, celle des armées au sein du ministère, et celle du soldat. Mais on ne peut pas traiter un soldat comme un fonctionnaire ordinaire. Lorsqu'il s'engage pour la France, il reçoit une plaque qui symbolise son destin. Cette plaque a une valeur symbolique extrêmement forte ; le nom et le numéro de matricule sont inscrits sur les deux parties de la plaque. S'il meurt au combat, que l'on perd sa trace, on y retrouvera son identité, lorsqu’on le retrouvera plus tard. On coupe alors la plaque en deux, en en laissant une partie sur le cadavre et en conservant l'autre, que l'on ramène à l'arrière. Comme l'a écrit le colonel Michel Goya, pour le militaire, «la mort est la première hypothèse de travail». Le mépris du soldat, de sa spécificité est une très grave erreur politique.

    La morale chrétienne voudrait qu'on protège le muet. Ici, c'est le contraire. On tire profit du silence de la Grande Muette pour l'affaiblir à moindre coût politique et utiliser son budget comme une variable d'ajustement.

    Après les attentats du 13 novembre, des milliers de jeunes Français ont manifesté leur désir de s'engager dans l'armée. L'espoir est-il possible ?

    La France ne s'en sortira que si elle recrée l'État régalien qui a été bradé au profit de l'État providence. Les armées, la police, la justice, la diplomatie sont aujourd'hui dans un état lamentable. La dégradation des armées est un symbole fort de la déliquescence d'un État régalien qu'il faudra impérativement reconstruire.

    En effet, les jeunes Français se pressent à la porte des bureaux de recrutement. Cela s'inscrit dans un phénomène historique : la guerre appelle le soldat. Un état de guerre engendre la mobilisation. Le deuxième phénomène à souligner, c'est que les citoyens français sont désormais en avance sur leurs politiques. Ils sont prêts à entendre un discours fort, ils sentent que leur patrie est à défendre, et ils attendent que leurs politiques les conduisent vers cette France nouvelle à laquelle ils aspirent. L'indispensable prise de conscience du politique devra être à la hauteur du destin français.

  • OTAN : Le gouvernement organise l’abandon de la souveraineté de la France

    Le 4 janvier, à l’initiative du futur président du Conseil constitutionnel, l’heureux Fafa, le Conseil des Sinistres a discrètement adopté un projet de loi qui vend la souveraineté de la France aux États-Unis, via l’OTAN. C’est grave.

    Les mecs nous amusent avec une modification de la Constitution sur les déchéances de nationalité, sujet sans application, ou des débats sur des conceptions ésotériques de la laïcité, alors que dans le même temps ils refourguent en loucedé la souveraineté de la France à l’OTAN. Ce gouvernement est une pure catastrophe.  

    Sur le plan technique, le projet s’appelle : « loi autorisant l’accession de la France au Protocole sur le statut des quartiers généraux internationaux dans les pays de l’Alliance ». Pas de quoi passionner les foules… Et pourtant…

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    Le Protocole

    Ce Protocole, signé à Paris le 28 aout 1952 – un acte d’application du Traité de l’Atlantique Nord – c’est ça. Il définit le cadre juridique du stationnement des quartiers généraux de l’OTAN et de leurs personnels au sein des pays de l’Alliance. C’est en quelque sorte le décret d’application du traité de l’OTAN.

    Le traité de l’OTAN

    Le traité de l’OTAN, c’est la marque de la guerre froide : « Il y a deux blocs, et tu dois choisir ton camp. Si tu viens chez moi, je te protégerai et tu vas limiter tes dépenses militaires. Sinon, tu seras de l’autre camp. »

    La France de la IV° République s’était couchée, comme tant d’autres pays, s’en remettant à l’Oncle Sam (Amérique du Nord, Territoire Indien occupé). Comme si l’Oncle Sam se souciait de l’indépendance des Etats européens, alors que seul l’intéresse ses propres intérêts, lesquels passent par la fidélité de ses valets.

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    De Gaulle 1966

    On doit à de Gaulle d’avoir mis fin à cette domination militaire et diplomatique, le 7 mars 1966, annonçant à Lyndon Johnson le retrait de la France de l'OTAN : « La France considère que les changements accomplis ou en voie de l’être, depuis 1949, en Europe, en Asie et ailleurs, ainsi que l’évolution de sa propre situation et de ses propres forces ne justifient plus, pour ce qui la concerne, les dispositions d’ordre militaire prises après la conclusion de l’Alliance. Aussi, la France se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation habituelle qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements intégrés et de ne plus mettre de forces à la disposition de l’OTAN ».

    La surpuissance US

    Depuis 20 ans, les enjeux sont encore plus forts qu’en 1966. L’écroulement du mur de Berlin a conduit à la surpuissance États-Unis, une démocratie d’opérette dominée par son lobby militaro-industriel.

    Ce petit pays qui ne compte que 5 % des habitants de la planète, une invention qui date d’à peine plus de deux siècles – rien face à l’Iran, la Syrie ou la Palestine, assis sur cinq ou six millénaires de civilisation – assure 45% des dépenses militaires dans le monde, pour causer des guerres dont le but est d’exploser les peuples pour assoir sa puissance économique.

    Tout détruire pour imposer la loi étasunienne, quel que soit le coût pour les populations. La France qui, comme les autres pays européens, subit l’importation du terrorisme, sait ce qu’elle doit aux crimes de guerre commis par les États-Unis pour avoir détruit la Palestine, l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Syrie… Imaginons un instant que tous ces Etats soient restés stables dans leurs frontières…

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    Sarko et Hollande renoncent

    « Entier exercice de sa souveraineté » disait de Gaulle. Les duettistes Sarkozy et Hollande (le roi des faux-culs) ont choisi de renoncer à cette souveraineté. Ces frères de lait admirent le leadership US, et ne voient d’avenir que dans la soumission.

    Sarkozy a assuré la première étape, en réintégrant en 2009 la structure de commandement de l'OTAN. La France a recommencé à accueillir du personnel de l’OTAN dans ses quartiers généraux militaires, qui ne bénéficient toutefois d’aucun statut international.

    Le personnel de l’OTAN en France comme chez lui

    D’où l’idée de rejoindre ce Protocole, pour simplifier et harmoniser des règles et procédures administratives liées à l’accueil de personnel de l’OTAN. Une série de mesures techniques – fiscalité, statut social, liberté d’aller et venir, privilèges et immunités – qui permet une vraie intégration. Les dirigeants et personnels de cette structure internationale sont désormais chez eux en France. Les mecs nous font un cirque sur les fonctionnaires de Bruxelles qui voudraient diriger la France, alors qu'ils installent le personnel de l’OTAN et lui donnent les moyens d’exercer au quotidien.

    Une préparation opaque et mensongère

    Le projet a été engagé au début de l’année 2014 par une discrète consultation interministérielle, et devant le consensus des ministères, la France a alors saisi le Conseil de l’Atlantique Nord d’une demande de ré-adhésion… qui trouve avec ce projet de loi son épilogue. « Mieux vaut co-diriger que subir » : Hollande peut utiliser le vocabulaire de Sarko.

    En toute tranquillité, le projet de loi fait référence à un rapport rédigé par Hubert Védrine en 2012,… à ceci près que le rapport était critique sur ce projet, estimant que voir la France « se fondre » dans la pensée de l’OTAN était « un risque à terme, pas immédiat, mais réel, à prendre en compte ». A force de « s’en remettre » aux structures internationales, l’armée française pourrait perdre « sa capacité propre d’analyse des menaces, de réflexion et de prévision sur les scénarios et même de planification ».

    Certes. Mais, après tout il nous reste les « valeurs de la République… » et la « laïcité à la française » et autres falbalas franchouillards, autant de phares dans un monde troublé…

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  • Corse : Les nationalistes aux commandes

    En écoutant papy Chevènement, réfugié politique à l’OFPRA post-PS qu’est le Bigaro de Dassault, j’ai cru pendant trois secondes que la République était perdue : des corses parlaient en corse. Wahou… Et Valls était tout fâché...

    On se calme. Pour l’installation de la nouvelle assemblée territoriale, Gilles Simeoni, le président du Conseil exécutif, a parlé en français à 99%, et donc tout le monde a compris, alors que Jean-Guy Talamoni, le président de l’Assemblée, a fait son discours en corse,... de telle sorte que personne n’a suivi, en Corse comme ailleurs.

    Alors une catastrophe faisant trembler la République ? Rien du tout, car cette langue, enseignée dans les écoles primaires et co-officialisée par une délibération de l’Assemblée de Corse de 2013 – non-attaquée par l’Etat – n’a concerné que des discours, et pas l'adoption de textes réglementaires. Donc, circulez, y’a rien à voir.

    Alors, on n’a fait que du joke lors de cette assemblée du 17 décembre 2015 de la collectivité territoriale corse ? Certes pas.

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    La base de tout, c’est le FLNC qui a déposé les armes en juin 2014. Pas d’armes dans une démocratie.

    Je veux ensuite saluer tous les amis corses pour avoir filé une véritable rouste au Front National, qui a plafonné au second tour à 9,09% des voix. Bien mieux que les géniaux bretons qui ont limité le FN à 18,87%. Quand on pense que de l’autre côté de la mer, la co-gérante de la SARL Le Pen est à 45 %...  La France comme la Corse, et il n’y aurait plus de problème FN… J’attends avec impatience mon prochain voyage à Bastia pour fêter ça dignement.  

    Après, les psychorigides de la France indivisible doivent se calmer. Parce que la France ne tient son post-empire – de la Guadeloupe à la Nouvelle-Calédonie, en passant par Mayotte – que par l’adaptation de ses législations.

    Enfin, que dit mon excellent confrère Gilles Simeoni, leader de la coalition Pè a Corsica – Pour la Corse » – qui a atteint 35,3 % des voix ?

    « En ma qualité de président du conseil exécutif, je tiens à m’adresser solennellement au gouvernement et à l’Etat. Le peuple Corse existe, il va construire son destin dans la paix et la démocratie. Ce cheminement politique, cette logique d’émancipation passent nécessairement par une relation repensée et reformulée à l’Etat. Un Etat qui ne peut plus être le seul à vouloir échapper à l’évidence : le peuple corse existe et il sera reconnu, parce que cela est conforme à l’Histoire et au Droit.  Notre logique d’émancipation passe nécessairement par une relation repensée et reformulée avec l’Etat. La Corse, territoire insulaire, bénéficiera d’un statut lui conférant un pouvoir législatif, parce que cela s’imposera de façon naturelle et inéluctable. Je dis à Paris, au gouvernement et à l’Etat : prenez la mesure de la révolution démocratique que la Corse vient de vivre. Comprenez enfin que toutes les conditions sont réunies pour que puisse s’ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire de cette île. »

    Il poursuit par le rappel de leurs principales revendications, toutes se heurtant à la loi : libération des « prisonniers politiques », instauration d’un statut de résident, inscription de la Corse dans la Constitution française, reconnaissance d’un pouvoir législatif… « Cette logique d'émancipation passe nécessairement par une relation repensée et reformulée à l'Etat ». Oki, mais cool… Ça parait un peu compliqué pour la puissante Catalogne.

    Alors ? Est-ce une histoire de clans qui succèdent à d’autres clans, ou passe-t-on à autre chose ? Nous verrons, car tout va se jouer là. Dans l’immédiat, et après les beaux discours, Gilles Simeoni va vite se trouver les mains dans le camboui.

    En 1), les difficultés endémiques de la Corse, en termes d’économie et d’emploi. En français ou en corse, tu vas faire quoi, ami Gilles ? A ce stade, les discours ne suffisent pas, il faut agir.

    En 2), il faut prévoir de sérieuses secousses politiques, car juste avant l’assemblée du 17, la police judiciaire a fait au siège de la collectivité des perquisitions pour des affaires curieuses de marchés publics.

    En 3) avant de planer pour l’indépendance, l’assemblée va devoir trouver les voies de consensus pour mettre en place la collectivité territoriale unique prévue par la loi pour 2018 avec la fusion de l’Assemblée de Corse – autonomiste – et les deux départements : la Haute-Corse, à gauche, et la Corse-du-Sud, à la droite.

    Vraiment de quoi rire deux minutes…

    Avec la loi du 7 août 2015, les grands manitous du Ministère de l’Intérieur avaient inventé une collectivité territoriale sur mesure pour couper l’herbe sous les pieds des nationalistes,… et ce sont les nationalistes qui vont mettre en œuvre la loi et s’installer aux commandes.

    Pas de problème, on est bien gouverné, et ça, on le savait… Loi du 7 août 2015 était signée Laurel et Hardy,… euh non, signée Hollande et Vallsde gros malins qui ont donné les manettes de la Corse aux nationalistes.

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    L'excellent Valls gouverne

  • L’état d’urgence décrété

    La guerre, qui a fait tant de ravages, a maintenant frappé Paris. Que tout le monde reste calme et uni, faisons confiance à la police et à la justice, et toutes nos pensées aux victimes.

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    Le président de la République a décrété l’état d’urgence, mettant en œuvre la loi n° 55-385 du 3 avril 1955, plusieurs fois amendée. L’état d’urgence avait été décrété le 8 novembre 2005, lors des émeutes de banlieues, pour 24 départements, et n’avait été levé que le 4 janvier 2006. Il y avait eu des précédents en Algérie en 1955, 1958 et 1961, et en Nouvelle-Calédonie, en 1985. C’est la première fois que l’état d’urgence est décrété sur l’ensemble du territoire national

    Voici notre nouveau régime intérieur.

    Article 1 

    L'état d'urgence peut être déclaré sur tout ou partie du territoire métropolitain, des départements d'outre-mer, des collectivités d'outre-mer régies par l'article 74 de la Constitution et en Nouvelle-Calédonie, soit en cas de péril imminent résultant d'atteintes graves à l'ordre public, soit en cas d'événements présentant, par leur nature et leur gravité, le caractère de calamité publique.

    Article 2

    L'état d'urgence est déclaré par décret en Conseil des ministres. Ce décret détermine la ou les circonscriptions territoriales à l'intérieur desquelles il entre en vigueur.

    Dans la limite de ces circonscriptions, les zones où l'état d'urgence recevra application seront fixées par décret.

    La prorogation de l'état d'urgence au-delà de douze jours ne peut être autorisée que par la loi.

    Article 3

    La loi autorisant la prorogation au-delà de douze jours de l'état d'urgence fixe sa durée définitive.

    Article 4

    La loi portant prorogation de l'état d'urgence est caduque à l'issue d'un délai de quinze jours francs suivant la date de démission du Gouvernement ou de dissolution de l'Assemblée nationale.

    Article 5

    La déclaration de l'état d'urgence donne pouvoir au préfet dont le département se trouve en tout ou partie compris dans une circonscription prévue à l'article 2 :

    1° D'interdire la circulation des personnes ou des véhicules dans les lieux et aux heures fixés par arrêté ;

    2° D'instituer, par arrêté, des zones de protection ou de sécurité où le séjour des personnes est réglementé ;

    3° D'interdire le séjour dans tout ou partie du département à toute personne cherchant à entraver, de quelque manière que ce soit, l'action des pouvoirs publics.

    Article 6 

    Le ministre de l'intérieur dans tous les cas peut prononcer l'assignation à résidence dans une circonscription territoriale ou une localité déterminée de toute personne résidant dans la zone fixée par le décret visé à l'article 2 dont l'activité s'avère dangereuse pour la sécurité et l'ordre publics des circonscriptions territoriales visées audit article.

    L'assignation à résidence doit permettre à ceux qui en sont l'objet de résider dans une agglomération ou à proximité immédiate d'une agglomération.

    En aucun cas, l'assignation à résidence ne pourra avoir pour effet la création de camps où seraient détenues les personnes visées à l'alinéa précédent.

    L'autorité administrative devra prendre toutes dispositions pour assurer la subsistance des personnes astreintes à résidence ainsi que celle de leur famille.

    Article 7

    Toute personne ayant fait l'objet d'une des mesures prises en application de l'article 5 (3°), ou de l'article 6 peut demander le retrait de cette mesure. Sa demande est soumise à une commission consultative comprenant des délégués du conseil départemental désignés par ce dernier.

    La composition, le mode de désignation et les conditions de fonctionnement de la commission seront fixés par un décret en Conseil d'Etat.

    Les mêmes personnes peuvent former un recours pour excès de pouvoir contre la décision visée à l'alinéa 1er ci-dessus devant le tribunal administratif compétent. Celui-ci devra statuer dans le mois du recours. En cas d'appel, la décision du Conseil d'Etat devra, intervenir dans les trois mois de l'appel.

    Faute par les juridictions ci-dessus d'avoir statué dans les délais fixés par l'alinéa précédent, les mesures prises en application de l'article 5 (3°) ou de l'article 6 cesseront de recevoir exécution.

    Article 8 

    Le ministre de l'intérieur, pour l'ensemble du territoire où est institué l'état d'urgence, et le préfet, dans le département, peuvent ordonner la fermeture provisoire des salles de spectacles, débits de boissons et lieux de réunion de toute nature dans les zones déterminées par le décret prévu à l'article 2.

    Peuvent être également interdites, à titre général ou particulier, les réunions de nature à provoquer ou à entretenir le désordre.

    Article 9

    Les autorités désignées à l'article 6 peuvent ordonner la remise des armes de première, quatrième et cinquième catégories définies par le décret du 18 avril 1939.

    Les armes de la cinquième catégorie remises en vertu des dispositions qui précèdent donneront lieu à récépissé. Toutes dispositions seront prises pour qu'elles soient rendues à leur propriétaire en l'état où elles étaient lors de leur dépôt.

    Article 10

    La déclaration de l'état d'urgence s'ajoute aux cas visés à l'article 1er de la loi du 11 juillet 1938 sur l'organisation générale de la nation en temps de guerre pour la mise à exécution de tout ou partie des dispositions de ladite loi en vue de pourvoir aux besoins résultant de circonstances prévues à l'article 1er.

    Article 11 

    Le décret déclarant ou la loi prorogeant l'état d'urgence peuvent, par une disposition expresse :

    1° Conférer aux autorités administratives visées à l'article 8 le pouvoir d'ordonner des perquisitions à domicile de jour et de nuit ;

    2° Habiliter les mêmes autorités à prendre toutes mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature ainsi que celui des émissions radiophoniques, des projections ciné-matographiques et des représentations théâtrales.

    Les dispositions du paragraphe 1° du présent article ne sont applicables que dans les zones fixées par le décret prévu à l'article 2 ci-dessus.

    Article 12 

    Lorsque l'état d'urgence est institué, dans tout ou partie d'un département, un décret pris sur le rapport du garde des sceaux, ministre de la justice, et du ministre de la défense nationale peut autoriser la juridiction militaire à se saisir de crimes, ainsi que des délits qui leur sont connexes, relevant de la cour d'assises de ce département.

    La juridiction de droit commun reste saisie tant que l'autorité militaire ne revendique pas la poursuite et, dans tous les cas, jusqu'à l'ordonnance prévue à l'article 133 du code d'instruction criminelle (1). Si, postérieurement à cette ordonnance, l'autorité militaire compétente pour saisir la juridiction militaire revendique cette poursuite, la procédure se trouve, nonobstant les dispositions de l'article 24, dernier alinéa, du code de justice militaire, portée de plein droit devant la chambre des mises en accusation prévue par l'article 68 du code de la justice militaire, lorsque la chambre de l'instruction saisie n'a pas encore rendu son arrêt, soi t devant la juridiction militaire compétente ratione loci lorsqu'un arrêt de renvoi a été rendu. Dans ce dernier cas, les dispositions de l'alinéa ci-après sont applicables, et il n'y a pas lieu pour la Cour de cassation de statuer avant le jugement sur les pourvois qui ont pu être formés contre cet arrêté. Le tribunal militaire est constitué et statue, dans les conditions fixées aux deux derniers alinéas de l'article 10 du code de la justice militaire.

    Lorsque le décret prévu à l'alinéa du présent article est intervenu, dans les circonscriptions judiciaires précisées audit décret et pour toutes les procédures déférées à la juridiction militaire, il ne pourra être exercé aucune voie de recours contre les décisions des juridictions d'instruction, y compris l'arrêt de renvoi, à l'exception de l'opposition contre les ordonnances statuant sur une demande de mise en liberté provisoire devant la chambre des mises en accusation, qui statuera dans la quinzaine. Une nouvelle opposition ne pourra être élevée que contre une ordonnance rendue plus de deux mois après une précédente décision de rejet de la chambre des mises en accusation.

    Les pourvois en cassation contre les décisions des juridictions d'instruction ne peuvent être formés qu'après jugement statuant au fond et, s'il y a lieu, en même temps que le pourvoi élevé contre celui-ci. Ils sont portés devant un tribunal militaire de cassation établi par décret en se conformant aux articles 126 à 132 du code de justice militaire et statuant dans les conditions de forme et de fond prévues aux articles 133 à 155 dudit code.

    Aucune voie de recours, même en cassation, ne pourra également être exercée contre les décisions des juridictions d'instruction de droit commun statuant sur des faits prévus audit décret à l'exclusion de l'appel devant la chambre des mises en accusation.

    Article 13

    Les infractions aux dispositions des articles 5, 6, 8, 9 et 11 (2°) seront punies d'un emprisonnement de huit jours à deux mois et d'une amende de 11 euros à 3 750 euros ou de l'une de ces deux peines seulement. L'exécution d'office, par l'autorité administrative, des mesures prescrites peut être assurée nonobstant l'existence de ces dispositions pénales.

    Article 14

    Les mesures prises en application de la présente loi cessent d'avoir effet en même temps que prend fin l'état d'urgence.

    Toutefois, après la levée de l'état d'urgence les tribunaux militaires continuent de connaître des crimes et délits dont la poursuite leur avait été déférée.

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