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  • Les empafés du PAF, vus du Quai de la Pêcherie

    bouquiniste-quai-de-saone.jpgQuelle misère ! Thierry Ardisson fait un procès à Eric Zemmour, et Étienne Mougeotte renonce à licencier Eric Zemmour. Pendant ce temps, Eric Besson veut faire un procès à Stéphane Guillon, alors que Nicolas Demorand fait rempart de son corps devant Jean-Luc Hees, cornaqué par Philippe Val, le retraité de Charlie Hebdo. Laurent Guerra et Nicolas Canteloup sont appelés comme témoins de moralité. Et sur le palier d’en face, Patrick Sébastien, à peine sorti d’une cure de sevrage de l’UMP, crée son mouvement politique, le « Droit Au Respect et à la Dignité » (Dîtes le DARD, et gloussez de rire, c’est recommandé). Laurent Ruquier, assis sur son tabouret géant du service public, s’interroge. C’est le grand retour des intellectuels...

    Mais quelle glue, mes amies et mes amis ! Ces polémiques à deux balles, non à zéro balle, me filent le bourdon autant que les 52% d’abstention.

    Comment imaginer qu’une polémique née sur le plateau du bouffon absolu Ardisson puisse valoir l’occasion du moindre débat ? Je suis absolument sidéré de l’impact de ces brochettes d’incontinents bavards, qui entretiennent entre eux, comme un potage qui n’a jamais fini de cuire, leurs polémiques nulardes, vides de sens et décalées du réel. L’imbécile X pense une chose, donc il dit la chose. Celui qui est en face ne sait rien de la chose, ce qui est logique car la chose est creuse et vide, mais il est là en service commandé pour dire l’inverse du premier en faisant des grands mouvements avec ses petits bras et en prenant l’air de l’offensé. Quand survient un troisième, qui file un coup de gourdin sur l’auguste pensée des deux premiers, sous les rires du public esbaudit, alors qu’un quatrième s’apprête à retirer le tapis sur lequel les trois sont plantés, et qu’un cinquième actionne un lance d’incendie vengeresque, sans savoir qu’un sixième est entrain de couper l’eau. Paris, ville Lumière…terreaux29.jpg

    Cela fait des années que le Syndicat des Empafés du Paf (SEP) sévit. C’est le piquet de grève permanent, celui que ne bloque pas les RER mais les trains de la pensée. Leurs ennemis ? Tout raisonnement construit, toute phrase de plus de 8 mots, toute idée dérangeante, ou pire minoritaire, toute remise en question, tout effort. Coté France Inter, c’est plus grave encore, car le syndicat se pare des plumes de celui qui sait. C’est un grand malin, qui connait le truc caché, que toi tu ne connais pas. Depuis le poste radio, on voit leur chevilles qui enflent. Mais pour qui se prennent-ils ?

    Alors, franchement, leurs petites querelles de familles, d’ascenseurs qu’on se renvoie, m’indiffèrent. Des braillards, comme au fond de la classe, comme sur le marché, sauf qu’ils squattent la télé et la radio. Ce qui fait qu’ils ne m’indifférent pas vraiment, car je reste scandalisé que ces farfadets détruisent ainsi l’esprit critique et le plaisir de la connaissance.

    2300535480_725be50170.jpgDéçu, oui, et souhaitant les virer, oui. Mais ce n’est pas la cata, car le bonheur des idées reste à portée de main. Dans notre bonne ville de Lyon, les bonnes adresses pullulent. C’est un jardin au printemps, et c’est le printemps toute l’année !

    A partir du moment où vous évitez le supermarché de la FNAC, tout est bon. Gibert et Privat sont aussi tristes que l’ambiance à la mairie de Lyon. Tant pis pour eux. Mais c’est déjà le lupanar avec le géant Decitre, sur la Place Bellecour. Enchaînez avec des classiques, l’excellente Librairie Le Passage, tout près du bureau (et comme ça on pourra discuter un coup), ou la Librairie du Tramway, en face du Palais de Justice, la convivialité snobant le conflit. Revenez dans le centre, et trouvez La Musardine, Rue Neuve, qui drague Le Bal des Ardents, et à quelques dizaines de mètres Musicalame, des livres qui parlent comme de la musique. Un petit tour rue Royale pour Etat d’Esprit, un must pour la culture homo, avant de foncer rue Auguste Comte pour la somptueuse Librairie Descours, maître des livres d’art. Vous pouvez alors vous reposer Place Bellecour chez Badiane, la librairie qui célèbre la cuisine. Tout va bien ? Attention, vous n’avez fait là que la partie paisible du parcours.

    Et oui, il faut ouvrir le chapitre « bouquinistes »… Commencez par la Librairie des Terreaux, et la un peu iconoclaste mais très utile La Bourse, rue Lanterne. Traversez la Saône pour La Parchemine, à l’ombre de la cour d’appel. Juste à côté, un très dangereux lieu de perdition, avec Diogène, rue Saint-Jean, toute la littérature et tous les livres dans un désordre bordélique, généreux et génial. En forme ? Alors carapatez vous à L'Epigraphe, rue de Cuire, sur la colline de la Croix-Rousse. Et ce n’est pas fini. Il y en aurait une grosse dizaine d’autres à citer, mais vous devez garder un peu de sous en poche pour mon premier fournisseur… J’ai bien sûr nommé le marché des bouquinistes du Quai de la Pêcherie, le meilleur du monde, the best of the world, chères amies et chers amis. Sur les bords de Saône et sous les platanes, avec la Renaissance italienne d’un côté, l’humanisme constructeur de la presqu’île de l’autre, et la colline des Canuts qui veille. Tous les week-ends, les livres envahissent cet espace merveilleux, et c’est l’enchantement.

    Alors, oui, qu’ils sont loin les petits cafards du petit écran…

     

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  • Un gigolo pas rigolo

    51xl4r3MWxL._SL500_AA240_.jpgVent de scandale en Allemagne avec un drôle de Suisse  – surnommé le gigolo suisse – qui comparaissait hier pour un procès pas banal, à Munich.

    Le type s’appelle Helg Sgarbi. Un quadragénaire bien instruit, tiré à quatre épingle, malin comme un singe. Et de quoi, semble-t-il, faire chavirer le cœur de ses dames. N’étant pas expert, je ne m’aventure pas sur le subjectivisme des effets. J’en reste à l’objectivisme des résultats, et constate. En précisant que la presse allemande  et la justice ont également constaté.

    Ce que la justice allemande reproche à  Helg Sgarbi, c’est d’avoir soutiré 9,4 millions d'euros à quatre femmes fortunées, plus âgées que lui, rencontrées et séduites dans des hôtels de luxe. Problème : c’était glamour d’un coté, et caméra cachée de l’autre... D’où une issue peu banale à ces escapades fournicoteuses : "mesdames, envoyez la monnaie si vous ne voulez pas que ces belles images viennent troubler la quiétude vos vies familiales et relationnelles".60_9568_max.jpg

    Mais le gigolo - option maître chanteur - est tombé sur bec, si je puis m’exprimer ainsi, avec une des ses fortunées et infortunées conquêtes, à savoir Susanne Klatten, la femme la plus riche d'Allemagne, héritière de BMW et contrôlant plusieurs grandes entreprises. Susanne Klatten, mère d’une famille de trois enfants, et très investie dans la vie de ses entreprise, gardait un peu de temps pour elle, ce qui est recommandé, mais pour le partager aussi avec le délicieux Helg Sgarbi, ce qui est moins recommandé, vous en conviendrez.

    L’escroc a amorcé la pompe – à finances – au prétexte de dépanner un ami dans la mouise. Puis, il est devenu  plus gourmand, exigeant 49 millions d’euros pour ne pas divulguer les vidéos trash.

    Susanne Klatten a préféré affronter le réel. Elle a dénoncé le maître chanteur, sachant que l’affaire serait publiée, et de fait, la presse allemande s’est penchée – je dirais même allongée – sur le sujet. Le gigolo a été arrêté, mais au passage, il avait mis de côté 7 millions d’euros. Plus deux autres à ses trois autres victimes, soit 9,4 millions. Et si les faits ont été mis en lumière, et reconnus par Helg Sgarbi, celui-ci n’a pas dit où se trouvent les vidéos et les 9,4 millions, manifestement placés sous escorte.

    Hier, débutait le procès, prévu pour durer 5 jours. Mais le gigolo a plaidé coupable. Il a reconnu les faits, mais n’a rien dit ni des histoires de fesse, ni de l’emplacement de la tire-lire aux 9 millions. Pour qui ou avec qui travaillait le faux gigolo ? Quels réseaux le protége, et qui cache cet argent ? La reconnaissance des faits a évité les comparutions des victimes, mais l'affaire reste avec ses mystères. Le procès n’a pas duré plus longtemps qu’une escapade amoureuse à l’hôtel, et le soir, le gigolo plein aux as et entouré de ses secrets a été condamné à 6 ans de prison, contre neuf requis par le procureur. 

    Tout parait simple, mais pas facile d’y voir clair…

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  • Milan Kundera: Le passé présent

    RH21OCA6G5GNMCA9QMR6ACAD8EHMTCA0XTXI6CAF61POTCAY43515CA5PTHF8CA75R61CCA5G20ETCAEZZ9MVCA44XQUYCAUKF8RGCAOBJ561CA1N6ZHACA6CI0ESCA4VFAIPCAWHYH3WCA6UHI6Q.jpgMilan Kundera : Le passé présent. « L'optimisme est l'opium du genre humain ! L'esprit sain pue la connerie ! Vive Trotski ! » C’était le libellé d’un carte postale adressée par Ludvik Jahn, un étudiant membre du Parti communiste tchèque. Malheur… la carte est interceptée. L’étudiant est envoyé six ans dans les mines, avec ceux qu’on appelle alors « les noirs », c’est-à-dire les déviants politiques. Détendez-vous. Ce n’est pas de l’actu, mais le thème de La Plaisanterie, le célèbre roman de Milan Kundera, publié en 1967, un an avant le printemps de Prague. S3VE4CASG2LU2CAPUNS3PCAIHICLPCAV5BCSGCADGBHSECA46GQCACA86OJE4CA9TSMJTCAQW8C6LCAYC2UGKCAZKGXJKCALL036DCAWJTMVPCA1B77BGCAMFKEBNCAZIDWYZCANS92KMCAIPRFN1.jpg 

    Aujourd’hui aussi, Milan Kundera est sali, et c’est l’air de La Plaisanterie qui ressurgit.  

     

    C’est le magazine Respekt qui a porté l’accusation. Un article détaillé, écrit par le journaliste Adam Hradilek, qui explique qu’il mène une enquête depuis plusieurs années à l'Institut des Régimes Totalitaires. Et cet institut, comme Respekt, sont connus pour des travaux de qualité.

    Respekt accuse Milan Kundera d’avoir dénoncé à la police secrète communiste, en 1950 – deux ans après la prise du pouvoir par les communistes – Miroslav Dvoracek, un jeune homme 21 ans, élève pilote déserteur qui avait fui en Allemagne, avant d’être recruté par les Américains, et qui étaient revenu à Prague comme contact pour les US. Miroslav Dvoracek a été arrêté, condamné pour espionnage à vingt-deux ans de prison et de travail forcé dans les mines d’uranium. Il n’a été libéré que quatorze ans plus tard. Il vit aujourd’hui en Suède, mais n’avait jamais rien su sur la dénonciation qui lui avait valu son arrestation.

    YLSQDCA07G0KQCAFZ2X85CA34CU5RCAPF4UTHCADFJQ7NCAR401D0CACGJKUBCA7F56HWCA3GJB24CAN06XKMCAD2X61JCAVQQBQDCAHYK4GUCAB1SJMQCAW36948CA08GMJDCA5IV1CBCA4G5G9C.jpgLa preuve apportée  par Respekt est un rapport de police  624/1950 du 14 mars 1950 : «Aujourd’hui vers 16 heures, un étudiant, Milan Kundera, né le 1er avril 1929 à Brno, résidant à Prague VII, Cité universitaire, rue Roi George VI, s’est présenté dans ce département et a rapporté qu’une étudiante, Iva Militka, résidant dans la même cité universitaire, avait indiqué à l’étudiant Dlask de la même cité universitaire qu’elle avait rencontré […] un certain Miroslav Dvoracek qu’elle connaissait. Après consultation de la liste des personnes recherchées, il a été constaté que ce dernier était recherché pour arrestation par le KVNB (commandement régional de la sécurité nationale), section IV à Pilsen, sous le numéro de dossier 2434/49-IV. Sur la base de cette information, les organes cités ci-dessus sont restés dans la cité universitaire pour surveiller la chambre de ladite Militka. Vers 20 heures, Dvoracek s’est effectivement rendu dans cette chambre et a été arrêté.»

    Milan Kundera, aujourd’hui âgé de 80 ans, a démenti et demandé au magazine de publier des excuses. Le journal Respekt n’a pas encore répondu. A suivre.

     

    Pour ma part, je voudrais souligner la distinction entre deux types de réactions, issues des milieux intellectuels français et tchèques.

    Alain-Gérard Slama, dans Le Figaro, et Bernard-Henri Levy, dans Le Point se déchaînent. Horreur absolue, les crétins des ombres s’en XE723CA2A12LDCA17MLLCCAQE14V7CAP6KTYGCAY8R4MXCA2E6EZ3CAN8WHU3CAR27B5FCAVIY26XCA2RBSF4CAHZPM5OCAJ9UPV0CANSJ89MCAC383CPCAR19W23CAR8DW6ECAVUBBB6CADDU16Q.jpgprennent à un écrivain ! Pour Slama, c’est la dictature de la transparence. Et dans un souffle d’asthmatique, notre roi de la chronique fait le lien entre les crimes du communisme et l’enquête sur DSK. « La transparence n'est autre chose que la réduction de l'être au paraître, en sorte que le comble de l'impudeur se trouve confondu avec le comble de la sincérité. »

    BHL lui a tout compris. Milan Kundera est admirable, et dans ces temps de médiocrité, il est interdit d’admirer : « J'observe cette très basse époque qui a fait de « Défense d'admirer ! » son slogan le plus sonore et où règnent l'esprit de vengeance, le ressentiment, la haine infantile des écrivains et, au-delà, de tout ce qui est grand. « 

    Ce qui me semble surtout, c’est que nos deux amis ont une grande difficulté à analyser le réel en dehors des codes fameux de leurs lumineuses pensées.

     

    ages.jpgLisons plutôt Vaclav Havel. Entre Kundera et Havel, les deux figures de la culture tchèque, ce n’est pas le grand amour. L’un qui tourne la page de tout, explique que la littérature des dissidents glissent inévitablement vers la propagande, et ne veut exister qu’à travers ses romans. L’autre, qui s’engage, dans la dissidence et le post-communisme, défend la place de la culture dans l’action politique, gagne les élections,  et conquiert la présidence.

    Vaclav Havel déplore cette publication, et apporte tout son soutien à Milan Kundera, par une très intéressante tribune dans Respekt. On lit entre autres :

    «Je pense que cela n'a pas eu lieu et n'a pas pu avoir lieu de manière aussi stupide. Même si Kundera est vraiment allé à la police pour annoncer qu'il y avait un espion quelque part, ce qui n'a pas eu lieu à mon avis, il faut essayer - au moins essayer - de le voir dans le contexte de l'époque». Rappelant qu’alors, beaucoup de dénonciations étaient motivées par la peur, il ajoute :  « Un individu n'avait pas besoin d'être un communiste fanatique et passionné pour œuvrer pour un monde meilleur en toute bonne foi. Il lui suffisait de redouter qu'on tende un piège, à lui ou à l'un de ses proches. » Et de conclure « Chers jeunes historiens, soyez prudents dans votre appréciation de l'histoire. Vous vous exposez sinon, malgré votre bonne volonté, à plus de dommages que de profits, à l'instar de vos prédécesseurs (communistes). Milan, restez au-dessus de tout ça ! Comme vous le savez sûrement, il arrive à l'homme dans sa vie des choses plus graves que des diffamations dans un journal. »

    Dans la même veine, celle de la raison, la réaction de l’écrivain Pavel Kohout  qui souligne que « personne ne peut comprendre l’atrocité de cette époque s’il ne la pas connu », même s’il ajoute  que lui « s’efforce depuis 40 ans de parler et d’écrire sur son passé communiste, ce que Milan Kundera n’a jamais fait ».

    Franchement, celui qui est né en 1956 en France, a bien de la chance de n’avoir pas été confronté aux périodes noires de l’histoire, ce qui doit le rendre modeste. Mais les analyses en noir et blanc, genre Slama ou BHL, c’est nul, et ce même pour Milan Kundera. Le bien et le mal, oui, mais en chacun, et très entremêlés.

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  • Italie: La mafia menace un écrivain

    images.jpgItalie : La mafia menace un écrivain. Parce qu’il est un écrivain libre, courageux comme la liberté, Roberto Saviano, menacé par la mafia, doit quitter une Italie qui s’endort.

    La mafia, c’est un truc comme ça, qui sent l’Italie qui ne sent pas bon, mais qui fait un peu partie du paysage. Marchés truqués, racket des entreprises, trafics de drogue, proxénétisme institutionnalisé et mainmise sur les politiques véreux d’un côté. De l’autre, une législation spéciale, des magistrats et des flics en mission, très protégés, les déclarations grandiloquentes des gouvernements qui se succèdent, et un opinion qui semble aussi lassée qu’indifférente. Une sorte d’atavisme, secoué de temps à autre par des règlements de compte sanglants, et par des procès retentissants, nourris par les infos venues de repentis.

    C’est ce sentiment d’une mafia devenue partie intégrante de l’Italie que s’est attelé à dépeindre, sous la lumière la plus crue, l’écrivain italien Roberto Saviano, dans son livre Gomorra. Un grand talent, et une bonne dose de courage, c’est devenu une arme, une arme de l’intelligence.YR2VHCAMM8OJ0CADEKU53CAY2JALVCA3AT3Q3CAC8KD6XCASE7JN2CAWP5RDGCA0DC85HCA9WJGN0CA3F3F7YCAJGAP17CA8A5NB2CABFMOFUCANSOWV7CATRQOABCAKDKMSTCAR4T3AUCAILBYTC.jpg

    Le propos de Roberto Salviano, c’était de débarrasser la mafia de ses caches-sexe plus ou moins folkloriques, pour montrer, dans les termes de ce début du troisième millénaire, une mafia qui avance à la vitesse où l’Etat recule, et qui ne connait qu’un guide : le plus de fric possible, et le plus vite possible. Ce qui l’amène à s’intéresser à tout les marchés, des ordures ménagères aux trafics d’organes.

    Le malheur de Roberto Saviano a été l’immense succès de son livre, publié en 2006 : 1,2 millions d’exemplaires vendus, et je ne compte pas les exemplaires volés. A moins que les nombreux mafieux qui ont lu le livre l’aient acheté, ce qui serait déjà un progrès. Car ce livre a fait bouger les consciences y compris dans les rangs des mafieux. Oui, dans les rangs des mafieux, provoquant des désertions pour rejoindre le statut de repenti. Et ce à tel point qu’un des plus puissants clans camorristes de Caserte a rendu l’écrivain responsable de la condamnation à perpétuité de certains de ses membres, ce qui équivaut à une condamnation à mort.

    Aussi, depuis deux ans, Roberto Saviano vit sous protection policière. Sans domicile, toujours planqué. Mais l’écrivain s’est accroché. Son livre est devenu un film, réalisé par Matteo Garrone, qui a remporté le Prix du Jury au Festival de Cannes 2008. Il a été choisi pour représenter l'Italie aux Oscars. L’aventure continue, et avec elle les pires menaces. Des arrestations ont conduit à de nouvelles révélations. Cette fois-ci c’est le clan des Casalesi qui projetait d'assassiner Roberto Saviano avant Noël. Les procureurs anti-mafia de Naples ont confirmé ces menaces.

    98WQUCAV9YLWQCAD8JL8LCAQBNUUFCAMWGM8MCAQF5SWACA2HEW7FCACYMEHNCAMBZBIRCA3BYR4LCAHCY1ZSCAMQ5KY2CA0A1X7WCAFZ2NLTCARW0ELCCAKZ1S77CARVMX41CATR51UDCAKEUUS5.jpgDans le quotidien de gauche La Reppublica, où il publie régulièrement, l’écrivain avait laisser exploser son amertume le 22 septembre dernier, dans une longue Lettre à Gomorra : « Les responsables ont des noms. Ils ont des visages. Ils ont peut être une âme. Ou peut être pas. (…) Dans n'importe quel autre pays, la liberté d'action laissée à une telle meute de tueurs aurait suscité un débat, une polémique, des réflexions. Au contraire, ici, on traite ce cas comme si ces crimes étaient liés à la nature d'une province considérée comme le trou du cul de l'Italie. »

    Roberto Salviano a tenu un mois de plus. Cette semaine, il annonce amèrement son intention de fuir l’Italie : « La bulle de solitude qui m'enserre m'a rendu mauvais, soupçonneux, inquiet. »

    Salman Rushdie lui avait apporté son soutien. Hier, ce sont six prix Nobel, qui dans une tribune publiée à la une de La Repubblica en appellent à l'Etat : Orhan Pamuk, Mikhaïl Gorbatchev, Desmond Tutu, Günter Grass, Dario Fo et Rita Levi Montalcini : «L'Etat doit faire tous les efforts possibles pour le protéger et vaincre la camorra. Mais le cas Saviano n'est pas seulement une affaire de police. C'est un problème de démocratie. La liberté de Saviano nous concerne tous, comme citoyens».

    Lisez Roberto Saviano. Pour le meilleur goût de la liberté.

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  • Le nègre fondamental n'est pas mort

    Le nègre fondamental n’est pas mort. Aimé Césaire, toi qui t’était qualifié de nègre fondamental, tu nous salues depuis Fort-de-France. Episode dans une histoire d’amour. Car il faut être bien crédule pour gober ces dépêches nous annonçant que tu serais mort à Fort-de-France à l’âge de 94 ans.

     

    Parce que le propre d’un nègre fondamental est de ne pas mourir. Et nous devons être d’autant plus méfiant qu’en voici plus d’un qui s’approche déjà pour t’embaumer. J’ai même vu la grande prêtresse du chabichou qui avait déjà déclenché sa machine à communiqués pour demander un transfert au Panthéon. Des communiqués pour un poète ! Où allons nous mes enfant !… J’ai aussi vu le roi des Ray-Ban et de la Rolex réunies qui lisait lui aussi un communiqué, en faisant des grands gestes avec les bras. Mais qui les calmera ? La prochaine fois, je vote pour celui qui a une bibliothèque chez lui. Je crois que c’est le seul critère pertinent.

     

    Il peuvent tout faire, mais il ne savent rien faire puisqu’ils ne savent pas lire et parler. Aimé Césaire, tu es un nègre fondamental. Gamin martiniquais, tu ridiculisais dans ta tête les colons de l’entre deux guerres en comparant leur pratiques de voyous blanchis aux méthodes de la pensée grecque. Projeté du lycée Victor Schœlcher de Fort-de-France à Louis-le-Grand de Paris, en passant par l’Ecole Normale, tu reviens prof’ au lycée Victor Schœlcher. Fondamentalement nègre et alors gravement communiste, et tu écris dans Cahier d’un retour au pays natal, en 1939 :  « Je serais un homme-juif, un homme-cafre, un homme-hindou-de-Calcutta, un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas, l’homme-famine, l’homme-insulte, l’homme-torture, on pouvait à n’importe quel moment le saisir le rouer de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir de compte à rendre à personne sans avoir d’excuses à présenter à personne… ».

     

    Mais dans le même poème, tu ajoutes: « ô lumière amicale
    « ô fraîche source de la lumière
    « ceux qui n'ont inventé ni la poudre ni la boussole
    « ceux qui n'ont jamais su dompter la vapeur ni l'électricité
    « ceux qui n'ont exploré ni les mers ni le ciel
    « mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre
    « gibbosité d'autant plus bienfaisante que la terre déserte
    « davantage la terre
    « silo où se préserve et mûrit ce que la terre a de plus terre
    « ma négritude n'est pas une pierre, sa surdité ruée contre la clameur du jour
    « ma négritude n'est pas une taie d'eau morte sur l'œil mort de la terre
    « ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale

    « elle plonge dans la chair rouge du sol
    « elle plonge dans la chair ardente du ciel
    « elle troue l'accablement opaque de sa droite patience. »

    Voilà, cher Aimé, on se retrouve avec cette négritude. Et bien, vois tu, je ne suis pas convaincu. Le débat n’est pas d’aujourd’hui, et tu as très bien défendu le mot. Moi, je ne suis qu’un apprenti, qu’un visiteur des mots. Mais négritude, c’est quoi aujourd’hui ? Culture noire ? Culture africaine ? Qu’en est-il aujourd’hui de cette fierté triste ? Méfie-toi, Aimé, car ils vont te la blanchir, te la polir, cette négritude. 2008 et 1949, ce sont deux mondes, et l’emballement à utiliser négritude quand les Noirs et l’Afrique restent si sous- estimés, rend le mot désormais suspect.

     

    Tu n’as jamais dit « fondamentalement nègre » : terriblement réducteur. Non. Mais « nègre fondamental », ça a de l’allure. C’est dire qu’il y a des racines indestructibles, une part en toi, de l’histoire nègre, de ceux que « l’on peut tuer - parfaitement le tuer - sans avoir de compte à rendre à personne sans avoir d’excuses à présenter à personne ». Du fondamental, ce sur quoi tu fondes. Une part commune d’identité,… et que tu dépasses.

     

    Ce que l’on sait aujourd’hui, c’est qu’il n’y a pas besoin d’être noir pour être « nègre fondamental ». J’aimerais bien que tu me dises ce que tu en penses. Amitiés, Cher Aimé.

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