Avertir le modérateur

Politique dans les pays étrangers

  • Allemagne : Merkel bien partie pour rempiler, la droite nationaliste dans les choux...

    Autant, en France, la politique est insaisissable voire évanescente, sans un seul candidat qui fasse la maille, autant elle est solide et maîtrisée en Allemagne, et c’est vraiment une excellente nouvelle pour vous. La Grande-Bretagne engage le processus long, complexe et incertain du Brexit, l’Italie et l’Espagne ne sont pas trop en forme… Bref, nous comptons de plus en plus sur l’Allemagne comme pilier de l’Europe et premier protecteur de la France... qui va être en live pendant cinq ans avec un président pantin et une majorité parlementaire insaisissable.

    Hier, des élections avaient lieu dans la Sarre. Pas une affaire majeure, car la Sarre est le deuxième plus petit Land d'Allemagne, ancienne région minière de moins d’un million d'habitants, mais un test important alors qu’on annonçait l’écroulement de la CDU et de Merkel, la montée irréversible de la droite nationaliste, et le renouveau de SPD, qui vient se donner un nouveau leader avec Martin Schulz. Un vrai vote, donc l'équivalent de 100 sondages, et ce à 6 mois de l'élection fédérale du 24 septembre, qui est notre vrai rendez-vous politique. Plus important que la présidentielle, je me permets de souligner.

    Le résultat est clair. La CDU l'emporte nettement, renforçant son score de 5%, pour arriver à 40,7%. Alors que la pression était forte pour ce scrutin, Merkel a laissé la leader locale Annegret Kramp-Karrenbauer mener les affaires. Elle est venue uniquement une fois, la dernière semaine, pour un meeting de soutien. C’est donc du solide.

    Pour le SPD, ce n’est pas une bonne opération. Le score du parti est en recul de un point, à 29,6%. Encouragé par des sondages gaillards, le SPD visait le renversement de majorité, en passant un accord politique avec la gauche radicale de Die Linke,… laquelle se retrouve également en repli, à 12,9%. Il manque deux sièges à la CDU pour atteindre la majorité, et on va donc vers une coalition CDU/ SPD… Pas vraiment le schéma pour s’élancer pour septembre prochain.

    La droite nationaliste de l’AfD fait son entrée dans le Parlement de Sarre, avec 6,2%, mais ce score est en recul sur les élections et sondages de la dernière période. On n’a même pas encore eu la baudruche,… et ça se dégonfle déjà.

    Chères amies, chers amis, ne perdons pas espoir. Il reste encore parfaitement possible en Europe de conduire des politiques à long terme, avec des leaders responsables, qui créent l’adhésion populaire autour de leurs projets et savent conduire des coalitions gouvernementales, avec un bilan simple : l’économie est en ordre, et l’extrême droite se fait niquer.

    - Dis donc, Annegret, toi qui parles si bien le français, ça te dirait pas de te présenter en France ?  

    annegret-kramp-karrenbauer-saarland-waere-ohne-grenzenloses-europa-undenkbar.jpg

  • Des nouvelles de Dilma, ma petite chérie : Objectif 2018

    Une pause dans le feuilleton de nos héros politiques locaux s'agitant dans leur bac à sable institutionnel : retour au sérieux, voici de la vraie politique avec une interview de Dilma, ma petite chérie, à l’excellent Le Temps. Dilma casse les tabous, et appelle à regarder la réalité telle qu’elle est : «  Je ne pense pas que la corruption au Brésil soit plus élevée qu’ailleurs. Ce sont les institutions qui sont plus fragiles. L’impunité produit la corruption ». Offert par Dilma à un éventuel candidat à la présidentielle qui serait mis en examen – indices graves ou concordants – pour détournement de fonds publics, complicité et recel de détournement de fonds publics, complicité et recel d'abus de biens sociaux, manquements aux obligations de déclarations à la haute autorité de la vie publique, escroquerie aggravée, faux et usage de faux.

    - Là, tu parles de moi ?

    - Oui.

    Le soi-disant mouvement social au Brésil en 2016 a été d’abord et avant tout une manip’ géante de la droite revancharde et pourrie. Ça n’aurait pas marché sans les échecs du Parti des Travailleurs  et ses méthodes, certes, mais ce n’était qu’une entourloupe, avec les US qui tiraient les ficelles. Lisez ce qu’en dit Dilma.

    Désormais, sont en ligne de mire les élections de 2018, avec la volonté du Parti des Travailleurs de renverser la mécanique, et Lula reprend du service. Un Lula qui a fait des choses, et qui a des choses à dire. En un an, le bilan de la droite est tel que le Parti des Travailleurs a repris des couleurs, mais il faudra changer beaucoup de choses dans le Parti pour créer le mouvement dégageant une majorité parlementaire enfin stable, ce qui est la grande faiblesse institutionnelle du Brésil : cette proportionnelle qui a conduit à un multipartisme exacerbé, et au marécage des coalitions. Il faudra aussi éviter un excès de zèle des juges, alors qu’il y a des précédents qui inquiètent.

    lainfo.es-10643-pt_bannertop_militancia.jpg

    «Il est fondamental que Lula se porte candidat en 2018»

    Dilma Rousseff, Entretien avec Frédéric Koller, journal Le Temps

    – Votre Parti des travailleurs (PT) s’est battu pour les droits économiques et sociaux des plus pauvres. Sont-ils aujourd’hui remis en question ?

    – En 2014, le Brésil a quitté la carte de la faim dressée par l’ONU. Il l’a fait en définissant une politique de lutte contre la pauvreté extrême. Nous étions le dernier pays à avoir mis fin à l’esclavage, en 1888, il a pourtant subsisté dans les faits, c’était la logique du privilège. Voilà pourquoi la pauvreté a persisté. Comment l’éliminer? Nous avons combiné un ensemble de politiques. D’abord, en augmentant le travail formel de 20 % qui permet une meilleure protection des travailleurs et d’élargir les cotisations à la protection sociale.

    Ensuite, nous nous sommes concentrés sur l’agriculture familiale. La population rurale pauvre ne disposait pas de l’électricité quand Lula est arrivé au pouvoir en 2003. Nous avons universalisé l’accès à l’électricité. Puis nous avons réalisé un programme d’achat des récoltes destiné notamment à l’alimentation en milieu scolaires: 43 millions d’enfants en bénéficient. Enfin, il y a eu les allocations familiales (bolsa familia) destinées aux jeunes familles qui a mis en avant le rôle des femmes. Les enfants sont désormais enregistrés, doivent aller à l’école, être vaccinés, les femmes enceintes bénéficient de trois examens prénataux. 33 millions de Brésiliens sont ainsi sortis de la pauvreté. Lorsque mon gouvernement a été écarté, nous étions sortis de la misère. Je suis ici pour en témoigner. Mais je viens aussi dire ici que tout cela est menacé.

    – La semaine dernière, le Brésil faisait son retour comme membre du Conseil des droits de l’homme avec ce message: la démocratie fonctionne, les institutions fonctionnent. Qu’en pensez-vous ?

    – Je ne suis pas d’accord. Nous avons un régime présidentiel. Pour pouvoir écarter un président, il faut qu’il ait commis un «crime de responsabilité»: trahison, corruption ou empêcher l’alimentation du pays, bref un crime grave qui déclenchent un processus de destitution. Dans mon cas, comme il n’y avait pas de tel crime, on m’a accusé de crime budgétaire. C’est ridicule. Les trois décrets qu’on me reproche d’avoir passé représentent 0,01 % du budget. On m’accuse d’un plan de financement de l’agriculture qui existe depuis 1994. Comme les taux d’intérêt au Brésil sont très élevés, le gouvernement a créé un taux bonifié et payait la différence entre ces deux taux. Depuis le début du XXe siècle, c’était la Banque du Brésil, une banque publique, qui s’occupait du crédit agricole. A partir de 1994, tout cela a été réglementé. En 2015, on m’a reproché un décalage dans les paiements, mais cela toujours été le cas. Cette fois-ci on m’a dit que j’en étais responsable. Au nom de quoi? Parce que j’étais présidente de la République. Mais le président n’intervient pas dans ce mécanisme. 

    Tout est organisé par la loi. Le Parquet a finalement déclaré que soit tous les présidents depuis 1994 ont commis un crime, soit la présidente de la République n’en a pas commis. Que s’est-il passé de spécial en 2015? Rien, sauf une chose: nous avions gagné la quatrième élection de suite. Pour l’opposition il était clair que nos programmes continueraient. Certaines personnes attribuent cette destitution aux manœuvres du PMDB. Sur l’enregistrement de la conversation de l’un des sénateurs, responsable du coup d’État, avec un collègue du PMDB, on peut l’entendre dire: «il faut virer la présidente du gouvernement parce qu’elle ne va pas s’opposer aux enquêtes sur la corruption du «lava jato» (ndlr, une vaste affaire de corruption en faveur de personnalités politiques impliquant l’entreprise pétrolière d’État Petrobras). Le saignement va continuer et cela va arriver jusqu’à nous.» Mais la vraie raison, c’est qu’en 2003 nous avons interrompu le processus de privatisation néolibéral pour réduire le rôle de l’État et le peu de protection sociale qui existait à l’époque. Notre projet de redistribution des revenus était gênant. Le renforcement de la position géopolitique du Brésil, appuyant les organisations régionales et l’indépendance du pays, était aussi devenu gênant.

    – Ce lundi devrait être publiée une liste de 77 noms liée au scandale de financement des partis par le groupe de construction Odebrecht. Si le nom de Michel Temer devait apparaître dans ce système de corruption, comme l’indique la presse, est-ce que vous appelleriez à sa démission ?

    – Les documents dont on parle représentent un dossier de deux terabytes qu’un juge de la cour suprême a remis à la presse. De quoi s’agit-il? Du contenu de dénonciations échangées contre des diminutions de peine. De qui parle-t-on? Je crois qu’il s’agit seulement de dénonciateurs de l’entreprise Odebrecht. Les autres entreprises, qui ont aussi signé de tels accords, ne sont pas incluses dans ce dossier. Le trésorier de ma campagne électorale de 2014, Edhino Silva, a pour sa part été dénoncé par Otavio Azevedo, le CEO d’une grande entreprise de BTP du nom d’Andrade Gutierres, pour avoir exercé des pressions afin d’obtenir des contributions légales, et d’autres contributions illégales, selon des fuites lors de l’instruction. Lorsque le dossier est arrivé devant la justice, elle a convoqué Otavio Azevedo qui a tout confirmé. Mais lorsque l’avocat de mon trésorier a voulu vérifier, on n’a rien trouvé.

    A la date évoquée par Otavio Azevedo, on sait par contre qu’un chèque a été déposé pour la campagne du PMDB au nom de Michel Temer. Le dénonciateur a du coup été une nouvelle fois convoqué par le juge. C’est un crime de mentir devant le juge. Otavio Azevedo a alors expliqué que c’était «une erreur», qu’il s’était «trompé», qu’il ne s’agissait pas d’un dessous de table. Vous comprenez ? Quand on nous incrimine nous, c’est un dessous de table. Quand c’est le PMDB, ce n’est plus un crime. C’est pourquoi il faut regarder de très près ces dénonciations, les examiner. Je vous le dis très calmement: mon pays n’a jamais enquêté sur la corruption. Disons-le clairement: jamais une personne riche n’est allée en prison. Avant l’arrivée au pouvoir du Parti des travailleurs, le procureur général de la République avait la réputation de mettre tous ses dossiers dans des tiroirs. Nous avons fait voter plusieurs lois pour lutter contre la corruption, la dernière, en 2013, inclus des réductions de peines en échange d’informations. C’est moi qui ait envoyé ce projet de loi au parlement. Il ne devrait pas être possible de faire un usage politique de la lutte contre la corruption. C’est pourtant ce qui s’est produit.

    Depuis un mois et demi, alors que l’enquête commence à atteindre une partie importante du gouvernement illégitime en place, on entend tout à coup parler de fuites illégales. C’est vrai, mais voilà deux ans que cela dure. Quand je me battais contre la violation du secret de l’instruction, on m’accusait de vouloir en finir avec l’enquête. Aujourd’hui, je ne me permettrai donc pas de commenter une procédure judiciaire en cours, même si la personne mise en cause est celle qui a opéré un coup d’État contre moi. On ne peut pas condamner quelqu’un sans un droit de défense. Pas moi. Je ne peux pas me permettre d’agir comme la reine d’Alice au pays des merveilles et dire «coupez-lui la tête !». C’est au tribunal de juger.

    – Deux de vos conseillers, Antonio Palloci, votre ancien ministre des finances, et Joao Santana, sont emprisonnés sous l’accusation de corruption en lien avec l’entreprise Petrobras. Des comptes en Suisse ont été bloqués par la justice. Comment expliquez-vous que votre parti ait été associé à une telle corruption ?

    – Antonio Palloci a été député fédéral du PT, et a été membre de mon gouvernement durant six mois. Joao Santana est un spécialiste du marketing politique qui a fait des campagnes dans toute l’Amérique latine. J’ai payé légalement M. Santana pour ses services (ndlr, lors de la campagne de 2014), au Brésil. S’il a reçu de l’argent hors du Brésil, c’est à lui de l’expliquer. Qu’a-t-il fait de son argent? Je n’en sait rien.

    – Mais on parle de rétrocession, à savoir de l’argent de Petrobras, une entreprise publique, qui verse de l’argent pour financer des partis politiques.

    – Je ne suis pas en mesure de vous dire si cela a été le cas, même la police n’en sait rien.

    - Vous étiez pourtant présidente de l’État et présidente du conseil d’administration de Petrobras.

    – Et alors, on peut être le président Bush ou Obama et ne pas savoir ce qui se passait dans ses banques. Pourquoi ne demandez-vous pas à vos gouvernements comment s’est produite la crise financière de 2008-2009, alors qu’il y avait de la corruption partout ? Comment voudriez-vous que je sache? La corruption se caractérise par le fait qu’elle est cachée. Oui, j’étais présidente du Conseil de Petrobras. Mais les banques centrales étaient-elles au courant de ce qui se passait dans les banques privées, les agences de régulations? Croyez-vous que le conseil d’administration soit au courant de tout ce que fait la direction d’une entreprise? N’est-il pas notoire qu’il y a une asymétrie d’information?

    – Préparez-vous le retour au pouvoir de M. Lula ?

    – C’est le Parti des travailleurs qui est responsable. Mais Lula est beaucoup plus grand que le PT. Il est fondamental qu’il se porte candidat en 2018 pour éviter une répétition de ce qui se passe aujourd’hui.

    La première mesure prise par ce gouvernement illégitime a été d’approuver un amendement constitutionnel qui gèle pour vingt ans toutes les dépenses de l’éducation, de la santé, de l’assistance sociale, des sciences et technologie, tout en libérant les dépenses financières, notamment le paiement de l’intérêt sur la dette. Nous avons un programme «ma maison, ma vie» de logement populaire pour l’accès des plus pauvres à l’habitat. Le programme du gouvernement illégitime de Michel Temer c’est «mon château, ma vie»: il ne prête qu’aux plus riches. Tous nos programmes avaient un point commun: commencer par les plus fragiles.

    – Comment lutter contre la corruption généralisée de la politique au Brésil ?

    – Je ne pense pas que la corruption au Brésil soit plus élevée qu’ailleurs. Ce sont les institutions qui sont plus fragiles. L’impunité produit la corruption. Je ne suis pas pour un Etat policier, mais je veux des institutions fortes, qui ne puissent pas être l'instrument du politique. C’est par contre une vision réductrice de dire que les partis politiques sont responsables de la corruption. Si vous dites cela, vous verrez émerger des sauveurs de la patrie, des fascistes.

  • Le feuilleton de la présidentielle : Le cas Fillon reste central

    Hier, le Parti Socialiste a désigné son candidat, mais le feuilleton de la présidentielle reste focalisé sur le cas Fillon, avec cette question simple : va-t-il pouvoir rester candidat ?

    Penelopegate

    Lors du meeting d’hier après-midi, tous les boss de la Droite étaient bien gentils. La déflagration serait fatale pour le premier qui ferait un pas de travers. En attendant que la justice progresse et mette – ou non – Fillon à terre, c’est le concours des hypocrites, qui en sous-main travaillent tous à un plan B.

    L’enquête a bien progressé depuis mercredi, et il y aura des étapes importantes dans la semaine à venir. Pour ce qui est du travail d’assistant parlementaire, on verra, mais de toutes les informations qui viennent les volets La Revue des deux mondes et suppléant sont cramoisis de chez cramoisi.

    Du 2 mai 2012 au mois de décembre 2013, Fillon Penelope été rémunérée 5 000 € brut par mois, soit 100 000 €. Commentaire de Michel Crépu, le directeur de la rédaction de l'époque : « J'ai découvert comme vous, l'existence de ce poste. Je n’ai jamais rencontré Penelope Fillon, je ne lui ai jamais parlé, je ne l’ai jamais vue ». Il ajoute : « Marc Ladreit de Lacharrière m'a téléphoné une fois pour me dire : 'Pourriez-vous me transmettre des livres qu'on pourrait donner à traiter à Mme Fillon qui s’ennuie ?'". Marianne a retrouvé les deux notes de lectures signées par « Pauline Camille ». Vous pouvez apprécier… Au total, deux pages pour 100.000 €. C’est mal barré.

    Mal barré aussi le travail est d’assistant parlementaire pour le suppléant devenu député. Fillon François explique que Fillon Penelope travaillait pour lui ardemment… mais quelles explications et quelles preuves pour le travail apporté au suppléant, avec une rémunération de 8.000 € par mois ?

    Par hypothèse charitable, admettons que le volet « assistant parlementaire de Fillon François ne soit pas retenu », et alors notre ami peut rester candidat. Mais il y a des fortes probabilités pour que ce soit bien chaud pour Fillon Pénélope à propos des deux autres volets. Alors, une question : peut-on rester candidat à la présidentielle quand son épouse est convoquée en correctionnelle ? Ceux qui applaudissaient Fillon François au meeting d’hier avaient tous ces questions en tête, ce d’autant plus qu’au-delà de la procédure pénale, l’impact médiatique de cette affaire rend inaudible la campagne du candidat. Le mec qui voulait sabrer dans les effectifs publics…

    Dans ce monde politique sans idéologie, sans programme et sans personnalité, les sondages qui vont dicter la solution. Rendez-vous au troisième sondage qui donnera un deuxième tour Macron – Le Pen…, et là, on verra.

    heurto10.jpg

    Hamon,… et le rassemblement de quoi ?

    Hamon a gagné, mais notre joie est la défaite d’El Blanco. Une immense satisfaction. Le blog a contesté dès le premier jour sa nomination sinistre de l’Intérieur… une responsabilité de Hollande d’avoir promu ce sarkozyste. Cela dit, la défaite d’hier résultait du premier tour, et c’est juste une confirmation.

    Beaucoup ont voté pour faire perdre El Blanco, ce qui était un impératif catégorique. Mais Hamon va-t-il conserver ce mouvement ascendant ? Pas évident. Le vote contre El Blanco n'est pas un vote pour Hamon. Hamon est un vieil apparatchik du parti, qui avait toujours fait des scores minables. Il a su créer de la sympathie, c’est une chose, mais l’opportunité a été pour beaucoup de payer un euro pour se débarrasser d’El Blanco.

    Quoi qu’il en soit, Hamon se retrouve avec l’appareil et la finance du PS, ce qui n’est pas rien. Mais il doit maintenant « rassembler ».

    S’il se situe dans une perspective présidentielle, il doit d’abord reprendre contact avec les supporters d’El Blanco, et c’est pas gagné, car on retrouve le match « les frondeurs contre la majorité molle du PS ». Hier, El Blanco a fermé la porte, en disant en substance que l’histoire avait été injuste et qu’elle lui rendra raison. Donc, pas facile. Mais à supposer que Hamon arrive à stabiliser les soutiens d’El Blanco, il lui faudrait ensuite convaincre les aficionados de Macron, et là c’est une autre paire de manches. On est dans l’irréalisme complet avec ce type qui n’a toujours pas de programme mais qui engrange…, et qui est d’autant moins enclin à faire des concessions à Gauche que Fillon patauge.

    Aussi, Hamon, constatant que la présidentielle est fichue, peut prendre une autre option, à savoir siphonner l’électorat de Mélenchon, un phraseur qui n’est pas si fort que ça. Alors que c’est un vieux de la vieille, qui comme Mélenchon doit toute sa carrière au PS, Hamon se présente comme un personnage moins lunatique, et il offre une alternative crédible au discours sur la révolution et l’insoumission. Il va laisser filer un Macron hors d’atteinte, pour viser l’électorat de Mélenchon, avec pour perspective de reprendre un PS à sa main.

    home-sweet-home-ceramic-tile-root-1paj4634_1470_1-500x500.jpg

  • Le blog publie le rapport que Trump ne veut pas voir publié

    Combien de temps va durer Trump ? Au premier abord, on peut dire qu’il va tenir quatre ans, vu la sacralisation de la fonction présidentielle aux Etats-Unis (Amérique du Nord, territoire indien occupé), mais il ne faut pas écarter que notre ami, idole des masses populaires en perdition, se fasse dégager prématurément, car ce lunaire - obligé de dealer avec le Parti Républicain - a choisi comme vice-président Mike Pence, qui est jugé très honorable dans cette maison.

    Bref, le jour de l’investiture de Trump, se trouve diffusé sur Internet, à partir du site BuzzFeed, un drôle de document. Il s’agit d’une compilation de mémos anonymes et informels, sur 35 pages, rédigés sans citer les sources et sans preuves. C'est au lecteur d'apprécier la valeur probatoire au regard de la cohérence du récit. Pas d’en tête, ni de signature, donc pas la peine de s’y arrêter, la pente glissante des coups tordus des services étant ingérable.

    Sauf que.... Sauf que ces mémos, attribués à un ancien agent du M16, le renseignement british, ont été jugés dignes d'intérêt par les quatre boss du renseignement US, à savoir le directeur de la National Intelligence James Clapper, le directeur du FBI James Comey, le directeur de la CIA John Brennan, and et le directeur du NSA Mike Rogers. A tel point que la semaine dernière, ces gentils garçons ont soumis ce document à Obama, à Trump et à quelques chefs à plumes parlementaires.

    Et pas de chance, les voici sur Internet le jour de l’investiture.

    Trump est furieux de cette publication, et je ne peux donc faire moins que de la relayer. Voici donc le document.

    On y lit quoi ?

    1/ Des histoires sur les relations entre Trump et la Russie, rien de neuf, et en fait, rien de délictueux. Le staff du Parti démocrate déconnait, et des petits malins l’ont fait savoir. Rien de plus.

    2/ Une sordide histoire de cul, selon laquelle Trump aurait réservé la suite d’un grand hôtel de Moscou, qu’avait occupé le couple Obama, pour y organiser une partouze avec des prostituées, qui lui urinaient dessus, et le tout étant filmé par les services, qui contrôlent ce genre d’établissement.

    Réponse de Trump : « je n’aurais jamais rien fait ça dans ce genre de chambre d’hôtel, car je sais qu’on y est filmé ».

    - Imbécile, c’est presque un aveu…

    - Ben arrête, tout le monde sait que je ne suis pas professeur de philosophie…

    Alors, ce qui s’est passé ?

    Il y a le côté virtuel, c’est-à-dire la véracité, si vivement contestée, de ces allégations. Nous aurons bien le temps de voir, le feuilleton ne fait que commencer.

    Mais il y a le côté réel, celui d’une démocratie étasunienne, véreuse jusqu’à l’os. Ce qui fait aussi partie du bilan d’Obama. Comment ce type peut-il dire : ce qui se passe maintenant n’est pas mon fait ?

    En attendant, installez-vous, respirez bien, et prenez tout votre temps : vous allez en direct live assister au naufrage de cet Etat voyou et vérolé qui depuis cinquante ans – la guerre du Vietnam – sème la guerre dans un monde qui n’aspire qu’à la paix. Et ça, c’est objectivement une bonne nouvelle.

    RC Moscow 0444_1.jpeg

    La chambre de la suite machin chose du Ritz Carlton de Moscou,

    sous l’œil des caméras

  • Assassinat de l’ambassadeur russe : Des failles dans la sécurité qui en disent long

    L’assassinat d’un ambassadeur est un fait d’une immense gravité : nommé à Ankara, l’ambassadeur était une relation directe de Poutine.

    Ce crime met en lumières des failles considérables. La galerie d'art où ont eu lieu les faits se trouve dans le quartier des ambassades, au cœur d'une capitale. Un quartier marqué par plusieurs attentats meurtriers, et mardi, des coups feu ont été tirés devant l’ambassade étasunienne, amenant les États-Unis a fermer leurs représentations en Turquie. L’auteur du crime est rien de moins qu’un agent de la police anti-émeutes, âgé de 22 ans, en fonction depuis deux ans et demi. Il avait annoncé à sa hiérarchie un arrêt-maladie, et il a réussi à passer la sécurité de la galerie avec son arme, en présentant son badge de police. Sur des photos, on le voit rester bien du temps, debout devant la victime mourante, proclamant ses slogans, une durée désespérante avant que la police n’intervienne. Les failles sont toujours possibles, mais le plan de reprise des services engagé par Erdogan après le coup d’Etat parait bien à côté de la plaque.  

    L’auteur et ses commanditaires voulaient enfoncer un coin entre la Turquie et la Russie, mais c’est raté. Alors qu’on peut redouter une déstabilisation de la Turquie, Poutine agira pour sa stabilité, mais il faudra faire des choix. La présidence russe va jouer la coopération et le soutien à Erdogan, placé dans une fragilité qui devient constitutive à propos du dossier syrien. Alors que plus personne n’évoque le départ d’El Assad, oui, il va falloir choisir… et ça va finir par se voir…

    Je reproduis ci-dessous l’entretien d’un très bon connaisseur de la Turquie Jean Marcou, professeur à Sciences Po Grenoble, Feriel Alouti dans Le Monde

     

    Assassinat à Ankara : « Les purges ont cassé l’esprit de corps dans l’Etat turc »

     

    Pour et spécialiste de la Turquie, cet assassinat relance la question du recrutement des fonctionnaires dans une administration victime d’une purge sans précédent.

    L’assassinat de l’ambassadeur russe par un policier traduit-il la fragilité de l’appareil sécuritaire turc ?

    Cet assassinat amène en tout cas à se poser de sérieuses questions. L’auteur du meurtre était un jeune policier recruté en 2014 à l’académie de police d’Izmir. La presse gouvernementale l’accuse déjà d’être un guléniste patenté [du nom de Fethullah Gülen, un imam turc exilé aux Etats-Unis qu’Ankara accuse d’avoir fomenté le coup d’Etat raté du 15 juillet 2016]. Quoi qu’il en soit, cet assassinat ne peut que renforcer les doutes concernant l’administration turque et ses recrutements. Elle apparaît aussi comme une attaque d’un genre nouveau, car partie de l’intérieur même d’une instance publique.

    Réputée pour sa fiabilité, l’administration turque a été bouleversée au cours des dernières années. Car les purges ne datent pas de 2016. Dès la fin 2013, elles ont commencé, en particulier, après l’affaire du 17 décembre 2013, qui avait révélé au grand jour le conflit opposant l’AKP [le parti islamiste conservateur au pouvoir] au mouvement Gülen. En 2014, on disait déjà qu’il n’y avait jamais eu autant de purges dans le pays.

    Un Etat dans lequel il y a une telle épuration, ça casse l’esprit de corps, le professionnalisme et les traditions, qui ont longtemps caractérisé l’Etat turc et son administration. Avec ces purges, l’administration n’est plus en état de fonctionner, y compris dans l’aviation militaire qui a joué un rôle important lors de la tentative de coup d’Etat. Pour pallier les besoins, le gouvernement a même proposé de recruter des pilotes de la compagnie aérienne Turkish Airlines.

    Cette attaque est aussi assez spectaculaire et inquiétante car elle s’est produite à Ankara, au cœur du quartier des ambassades, qui est ultra-sécurisé, et c’est la fonction de policier du tueur qui lui a permis de passer les barrages.

    Depuis le coup d’Etat manqué et les purges qui ont suivi, les méthodes de recrutement des fonctionnaires sont-elles remises en cause ?

    Oui, il y a eu beaucoup de polémiques. Le parti kémaliste [principal parti d’opposition] a notamment plusieurs fois posé la question des recrutements hâtifs, pour faire face à de subites pénuries de personnels. Il y a tellement eu de limogeages que l’administration avait, si je puis dire, le couteau sous la gorge. On n’a pas beaucoup parlé de la police. Mais dans l’enseignement, par exemple, l’administration a quand même dû réintégrer des professeurs limogés après le coup d’Etat. Dans le secteur de la justice, il y a eu cet été 3 000 juges recrutés, ce qui a relancé le débat : sur quels critères ont-ils été sélectionnés ? Avaient-ils les compétences requises ? Ce qu’aujourd’hui on peut craindre, c’est qu’il y ait dans la police turque d’autres Mevlüt Mert Altintas.

    Traditionnellement, quelle est la relation entre la police et l’Etat turc ?

    A la différence de l’armée, l’institution policière ne fait pas partie de l’establishment national séculier et laïc. Elle a été pénétrée très tôt par des tendances multiples. Dans les années 1970, le leader du parti islamiste Necmettin Erbakan a peuplé la police de gens pas toujours recommandables. Dans les années 1990, il y a aussi eu le scandale Susurluk, qui commence par un accident de voiture. Parmi les victimes, il y a un mafieux des Loups gris [un groupe ultranationaliste], un député proche du pouvoir et un chef des gardes de village, une milice kurde pro-gouvernementale. Cette affaire va mettre au jour les liens que ces personnes entretenaient avec la police. Mehmet Agar, ancien chef de la police et ancien ministre de l’intérieur, sera d’ailleurs condamné en 2011.

     

    Contrairement à la police, chaque année, l’armée virait de ses académies des tas de gens suspects du point de vue religieux, même si c’est vrai que cela n’a pas empêché que l’on y découvre des éléments gulénistes. Mais avant le coup d’Etat, l’armée constituait un véritable Etat dans l’Etat. Dans les années 1980, les militaires vivaient même dans des quartiers à part afin d’instaurer une étanchéité plus forte avec le reste de la population. Les jeunes cadets faisaient toute leur carrière dans l’armée, ils étaient étroitement sélectionnés et partageaient l’idéologie laïque, ce qui n’était pas le cas de la police.

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu