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Politique dans les pays étrangers

  • La vérité sur Lula, par Ricardo Amaral

    Lula condamné (il a fait appel) à neuf ans et demi pour des affaires de corruption, ça me parle, car Lula et le Parti des Travailleurs, c’est de la vraie politique. Alors, condamné, mais par qui, pour quoi, et comment ? Difficile de trouver de l’info, c’est-à-dire de lire le jugement.

    A défaut de l’accès au document, voici un texte intéressant de Ricardo Amaral, publié sir le Blog des invités de Médiapart. Ricardo Amaral n’est pas un auteur neutre : il a été membre du cabinet de Lula. Cela rend son texte d’autant plus intéressant. Il décrit le contexte, analyse les principales articulations du jugement, et il cite plusieurs avis autorisés. C’est une lecture politique, ce qui pour moi n’a rien de péjoratif, à l’heure où notre esprit critique est  menacé par l’invasion des « experts de la société civile », laissez-moi rire.  

    Sur le terrain, Lula et le Parti des Travailleurs poursuivent le travail, et préparent les présidentielles de 2018. Alors, affaire à suivre, et de près.

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    La vérité sur Lula, par Ricardo Amaral

    Les médias internationaux ont répandu l’information que l’ex-président Lula a été condamné à neuf ans et demi de réclusion pour des crimes de corruption et blanchiment d’argent, mais la plupart des reportages ne révèle pas que cette décision, prise par un juge singulièrement et manifestement partial, n’est pas basée sur des preuves, ni sur la loi brésilienne, ni sur la vérité des faits. C’est une condamnation politique et une aberration juridique, selon des juristes indépendants, qui devrait être annulée par les instances supérieures.

    Cette sentence est la conséquence de la longue persécution contre Lula menée par le juge Sergio Moro et par un groupe de procureurs de la-dite opération Lava Jato. Depuis que le Parti des Travailleurs (le PT), a vaincu pour la quatrième fois consécutive les élections présidentielles, en 2014, Moro et ses promoteurs – avec la complicité du réseau Globo de Télévision, le plus grand réseau de média au Brésil – essayent d’associer Lula aux déviations de Petrobras investiguées par l’opération Lava Jato.

    En mars 2016, la police a envahi la maison de l’ex-président et a confisqué des papiers, des agendas, des téléphones portables, des ordinateurs et même les tablets de ses petits-enfants. Ils ont conduit Lula, de force, à témoigner, sans raison légitime et légale. Ils ont violé les comptes bancaires et la comptabilité de Lula et de ses familiers, de son institut, de l’entreprise qui s’occupe de ses conférences et intercepté ses communications téléphoniques.

    On n’a jamais trouvé d’illégalité commise par Lula, ni de comptes secrets ou d’entreprise off-shore ; et encore moins quelque chose qui puisse le lier aux détournements de Petrobras, ou qui prouve qu’il a reçu un pot-de-vin sous la forme d’un appartement comme prétend la thèse de l’accusation. Mais ils ont laissé illégalement diffuser par la presse des enregistrements de ses communications téléphoniques, des messages, des documents et des témoignages choisis de façon à condamner Lula par l’opinion publique au moyen de titres à sensation, comme dans une reprise des erreurs de l’opération italienne Mani Pulite (Mains propres), inspiration de l’opération Lava Jato au Brésil.

    La présentation de la dénonciation contre Lula, en septembre 2016, c’était un spectacle médiatique très gênant pour le monde juridique. Sans avoir de preuves de corruption contre Lula, les promoteurs se sont servis de thèses de probabilité afin de l’accuser d’être le chef d’une organisation criminelle. Pour initier l’action pénale, le juge Moro a dû corriger plusieurs aspects de la fragile dénonciation, jouant le rôle d’un vrai accusateur, ce qui confirme son parti-pris.

    Dans un dernier effort pour fabriquer une preuve dans le procès, le juge Moro a décidé d’écouter une deuxième fois l’industriel et coupable Léo Pinheiro, qui avait déjà déclaré l’innocence de Lula, à exemple des 72 autres témoins du procès. Condamné à 23 ans de prison dans une autre affaire, Pinheiro a changé sa version dans le but d’obtenir la réduction de sa peine. La parole isolée de ce coupable, qui a témoigné sans le souci de dire la vérité, est le seul fondement de la sentence contre Lula.

    Le juge a ignoré les témoignages favorables à Lula et écarté la preuve d’innocence produite par la défense. Les documents démontrent que l’appartement a toujours été enregistré au nom de l’entreprise OAS Empreendimentos. Les droits économiques de ce bien immeuble ont même été placés par l’OAS dans un fonds de financement d’une grande banque, la caisse Caixa Econômica Federal. Lula est resté seulement pendant deux heures dans l’appartement, pour évaluer s’il allait l’acheter avec ses propres ressources. 

    Le juge Moro, avec la complicité du Réseau Globo, qui censure toute critique à ses contradicteurs, veut convaincre que Lula aurait attendu jusqu’à 2014 pour recevoir un bien immeuble évalué à US$ 300 mil, comme une soi-disant avance pour des contrats millionnaires de 2008 et 2009, dans lesquels il n’a eu aucune participation. Ensuite, le juge prolonge la peine sous prétexte qu’il y a eu crime de blanchiment d’argent dans une affaire où il n’y a pas eu de transaction financière.

    En 2016, les grossières violations de Lava Jato contre Lula ont été portés dans un communiqué individuel au Comité des Droits de l’Homme de l’O.N.U. Les procès contre Lula a toutes les caractéristiques d’un lawfare, c’est à dire la manipulation d’un procès judiciaire afin d’incriminer l’ennemi, en l’occurrence le leader politique le plus populaire de l’histoire brésilienne.

    Quoiqu’indigné par l’injustice dont il a été victime, l’ex-président Lula affirme que Sergio Moro et l’opération Lava Jato étaient « condamnés à le condamner », parce qu’ils ont mené toute une campagne de mensonges dans les moyens de communications. « Après avoir menti tant de temps, à tout le pays, ils ne pouvaient pas revenir en arrière, même s’ils n’avaient trouvé aucun acte illégal de ma part, car la mascarade serait devenue évidente », affirme Lula.

    L’objectif de la sentence est très évident : empêcher Lula de participer aux élections présidentielles. Cela ne peut se faire que si la sentence de Moro parvient à être confirmée par les instances supérieures, qui commencent déjà à recevoir des pressions pour le faire avant les élections. « Ils ont fait un coup d’état parlementaire pour écarter le PT du gouvernement, mais le coup ne sera pas définitif si j’ai la possibilité de redevenir président par le vote. Et ils ne peuvent pas l’admettre. » 

    Une sentence et 7 aberrations 

    Les aberrations de la sentence sont nombreuses, à commencer par le fait que le juge a adopté des thèses différentes de celles indiquées par l’accusation :

    1 - Les promoteurs ont dit que la société OAS aurait fait le transfert de l’appartement de Lula en octobre 2009, en tant qu'avance pour une soi-disant faveur prêtée sur 3 contrats signés avec Petrobras. Le juge a dû reconnaître qu’il n’y a pas de preuves du transfert de l’appartement, ni de la participation de Lula aux détournements de Petrobras, mais il l’a quand même condamné par acte inexistant de corruption passive. 

    2 - Moro dit que l’appartement a été « attribué » à Lula, en lui passant la « propriété de fait », chose qui n’existe pas dans le Droit. Moro affirme que la preuve documentaire de la propriété de l’appartement « n’a pas d’importance » pour le procès pénal. Il se sert d’une expression abstraite pour affirmer sa conviction arbitraire. 

    3 - Face à la preuve de la défense, Moro a reconnu que la construction de l’immeuble a été financée par un fonds de la Caixa Econômica Federal, qu’il a appelé lors d’une « opération normale du marché immobilier ». De façon contradictoire, dans un autre point de la sentence, il affirme que les travaux ont été payés avec les ressources d’un pot-de-vin, et se sert de cette thèse pour condamner Lula.

    4 - L’accusation n’a pas présenté les actes d’office de Lula, relativement aux contrats entre OAS et Petrobras pour expliquer sa thèse comme cela est exigé par la loi brésilienne. Il n’est même pas parvenu à montrer des détournements dans les contrats. La défense de Lula a sollicité des expertises techniques afin d’éclaicir cet aspect, mais le juge a nié la production de cette preuve.

    5 - En dépit de la loi, le juge Moro a décidé que l’existence des actes d’office ne serait pas important pour caractériser la corruption de l’agent public : « pour cette configuration il suffit que les paiements soient effectués en raison du poste quoiqu’en échange d’actes d’office indeterminés, à être pratiqués dès que l’occasion se présente », a-t-il décidé. 

    6 - Dans des décisions précédentes, Moro avait acquitté deux coupables parce que le lien entre leurs biens déclarés illicites et les détournements de Petrobras n’avait pas été prouvé. Mais dans le cas de Lula, il a décidé que la loi n’importait pas, car du fait de sa condition de Président de la république, Lula serait le responsable de tous les détournements supposés, et non seulement de ceux de Petrobras.

    7 - Le juge Sergio Moro a aussi condamné Lula pour un soi-disant blanchiment d’argent. Il a décidé que le fait de maintenir l’immatriculation de l’appartement au nom d’OAS avait été le moyen d’oculter la « propriété de fait » et le mouvement des valeurs entre les parties. C’est une sentence kafkaïenne : un crime inexistant de blanchiment d’argent expliquerait la condamnation de l’accusé d’actes de corruption qu’il n’a pas pratiqués.

    Cette sentence est une honte pour la Justice brésilienne

    La sentence illégale, non-juridique et arbitraire du juge Moro a provoqué la réaction de nombreux juristes et acteurs du droit au Brésil et à l’étranger. Les critiques adressées au juge sont censurées sur le Réseau Globo de communication et dans la plupart des médias. Nous présentons ici quelques unes de ces manifestations, qui ne visent pas exclusivement à soutenir l’innocence de Lula, mais aussi à défendre l’Etat de droit et le procès légal, menacés par l’arbitraire de l’opération Lava Jato.

    « Jugement ou farce ? Là où finit le jugement de l’accusé, commence le jugement du jugement et du juge lui-même. (...) En fin de comptes, quand un juge rend au malin son âme de magistrat, il n’enregistre pas ce fait chez le notaire, simplement il rend sa toge, laissant voir la partialité, l’ambition, l’opportunisme et la recherche de la célébrité. Et ils savent bien ce qu’ils échangent. Ils n’ont pas besoin de papiers. Il suffit une mutuelle conviction. » Álvaro Augusto Ribeiro Costa, ex-avocat général de l’Union, sous-procureur de la République, retraité.

    « Surréel : Lula a été condamné pour avoir reçu ce qu’il n’a pas reçu et pour avoir blanchi l’argent qui ne lui a pas été donné... C’est dire que son patrimoine n’a pas crû même d’un seul centime !!! Il n’a reçu aucun bénéfice patrimonial, et pour cela même il n’avait rien à « blanchir »... On peut affirmer, sans crainte d’erreur, que l’ex-président Lula n’a pas un procès pénal juste, et il a été condamné de façon absolument injuste. On l’avait d’abord déclaré criminel, maintenant, aprés coup, ils déclarent avoir trouvé ses crimes. Le tribunal de seconde instance doit absoudre le meilleur président de la République de toute l’histoire de ce pays, mais l’histoire n’absoudra pas ses accusateurs... » Afranio Silva Jardim, maître en Droit Processuel à l’Université de l’État de Rio de Janeiro.

    « Cette décision est une absurdité. C’est un procès pénal d’exception, contenant des vices évidents, et qui caractérisent son objectif politique et non l’application de l’ordre juridique. Les droits fondamentaux et la démocratie sont en train d’être renversés. » Pedro Estevam Serrano, professeur de Droit Institutionnel à la Pontifícia Universidade Católica de São Paulo.

    « Nous sommes devant une phase générale de crises dans nos démocraties, qui se manifeste des manières les plus diverses. Mais celle-ci est une crise singulière, qui devrait susciter la clameur, à commencer par les libéraux. On est aussi devant des formes plus qu’intolérables d’exibitionisme du protagonisme judiciaire, qui comptent sur le consensus public pour légitimer ses actions. Il y a une forme horrible de populisme, qui n’est pas le populisme politique, mais le populisme judiciaire. Et celui-ci (celui de Lava Jato) peut représenter un danger à la culture juridique, qui doit être attentive de manière alarmante afin de protéger sa propre juridiction et la crédibilité même du droit. » Luigi Ferrajoli, en conférence au Parlement italien.

    « Il s’agit d’éliminer de toute dispute électorale, par la voie judiciaire, tout et n’importe quel leader ou dirigeant populaire capable de gagner une élection concurrant contre les candidats des corporations ou autre genre semblable de traitres de la nation engagés à nous endetter à une vitesse singulière, jamais vue auparavant. Pour autant, il suffit de quelques juges, dont les motivations sont passibles d’être manipulées par les services d’intelligence et les gérants des corporations, spécialement celles des médias ; motivations qui peuvent être, par exemple, la peur, le servilisme, des avantages, des promesses ou espoirs de promotions, comodités, aspirations politiques ou le simple désir de célébrité. » Eugenio Raúl Zaffaroni.

    « Cette sentence était plus que prévisible, parce que celui qui s’est positionné à plusieurs reprises comme l’opposant de l’accusé, n’aurait pas pu décider différemment ; ce qui est triste, car on peut voir qu’on a envoyé en l’air la garantie constitutionnelle de l’impartialité de celui qui juge dans le système judiciaire brésilien. » Bruno Galindo, professeur de Droit Constitutionnel.

    « Ce que l’on note dans cette décision, en plusieurs passages, c’est la prévalence d’une vision inadéquate à un juge équilibré et impartial, surtout sur le point où il fait des critiques à la défense, en affirmant qu’elle « a adopté des tactiques assez questionnables, comme celles, dit-il, d’intimidation... », ce qui montre le protagonisme du magistrat, au détriment de l’équidistance qui doit être respectée entre les parties dans les demandes de nature pénale ou de n’importe quel autre branche du droit. Personne n’est au-dessus de la loi, ni l’accusé, ni l’accusateur, et encore moins le magistrat. » Nélio Machado, avocat, membre de l’Institut Brésilien de Sciences Criminelles.

     

  • Venezuela : C’est quoi « l’opposition » ?

    Grace à l’excellent Le Monde (Occidental), vous avez tous bien compris que Maduro est un méchant dictateur aux mains ensanglantées (qui pousse la dictature jusqu’à faire voter le peuple à un référendum constitutionnel…) et l’opposition de merveilleux et courageux combattants de la liberté. Jamais un mot sur le grand problème du pays à savoir que Chavez, puis Maduto, au pouvoir pour avoir gagné les élections, ont entrepris des politiques de redistribution de la richesse sans pouvoir s’assurer le contrôle de la production, et donc du monde économique. Et que la caste qui tient le monde économique fait tout pour casser le pouvoir de Maduro. Notamment quand les gentils manifestant lynchent des blacks ou lancent des grenades explosives sur la garde nationale. Dans une presse très monocolore sur le sujet, voici une intéressante interview Christophe Ventura, chercheur à l’Iris, publiée dans Le Nouvel Obs.

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    Les manifestants de la liberté brûlent un black

     

    Venezuela : "La composante la plus radicale de l'opposition l'a emporté"

    Propos de Christophe Ventura recueillis par Martin Lavielle 

     

    Derrière ce mot chapeau se cachent beaucoup de réalités. L’opposition vénézuélienne est plurielle. D’abord, il y a une opposition présente depuis 1998 et la victoire d’Hugo Chavez. C’est elle qui est à la manœuvre jusqu’à présent. Il existe aussi une autre partie qui n’a rien à voir : une opposition "de gauche" composée de certains partis traditionnellement d’extrême gauche, qui ont toujours été assez critiques du chavisme, ou en tout cas réservés. Ils ne représentent pas forcément grand-chose dans la société civile, mais ils sont actifs politiquement. A cette opposition "de gauche" s’articulent des personnalités du chavisme, qui n’ont pas d’organisation politique mais qui sont des personnalités avec une certaine légitimité, de par leur parcours, comme la procureure générale Luisa Ortega.

    L’opposition qui impose un véritable rapport de force au gouvernement, c’est la première, l’opposition historique. Elle est composée des forces défaites par Chavez, notamment des deux partis COPEI et AD (Action démocratique).

    En fait, Chavez a été élu sur les cendres d’un système politique bipartite, qui dirigeait le Venezuela depuis des décennies dans une alternance entre socio-démocrates et conservateurs. 

    Au fil des ans, avec la polarisation déclenchée par le chavisme, d’autres organisations ont rejoint cette opposition "libérale". Aujourd’hui, de nombreuses mouvances sont réunies dans la Mesa de la unidad democrática (MUD) : une droite dure, des formes d’extrême droite aussi, jusqu’à des forces de centre gauche. Leur point de ralliement est la destitution du gouvernement en place. C’est sans doute leur seul objectif commun, puisqu’il n’existe pas vraiment d’unité programmatique.

    Qui prédomine au sein de cette opposition "historique" ?

    Les deux mouvements principaux sont représentés par deux figures de l’opposition. D’une part, Henrique Capriles et son parti Primero Justicia, classé au centre droit. C’est lui qui avait perdu en 2012 contre Chavez et en 2013 contre Nicolas Maduro. D’autre part, le second pôle vient d’une droite plus dure, autour de Leopoldo Lopez et de son parti, Voluntad Popular. L'une des figures montantes de l'opposition, Freddy Guevara, vice-président de l’Assemblée nationale, est dans son sillage. Cette seconde mouvance représente la fraction dure de l’opposition, celle qui a toujours défendu l’insurrection.

    La situation actuelle de l'opposition  et par extension, celle du Venezuela  a un point de départ l’élection présidentielle de 2013, après la mort d'Hugo Chavez. L’opposition n’a en fait jamais reconnu les résultats et la victoire de Maduro, alors que dans les faits, sa victoire électorale était tout de même prouvée. A partir de ce moment, il y a eu un débat stratégique au sein de l’opposition quant à la tactique à suivre.

    La première solution était de contester le pouvoir en continuant de respecter la Constitution de 1999. La deuxième, celle de Voluntad Popular, était d’aller vers un changement de régime à tout prix, dans une forme de stratégie insurrectionnelle qui encourageait à la mobilisation de rue, aux rébellions…

    C’est cette ligne-là qui a gagné, et qui nous a amené à la crise d’aujourd’hui. Pour le gouvernement, c’est ce qui a justifié l’incarcération de Leopoldo Lopez, qui avait plusieurs fois fait appel à l’insurrection et à la résistance parfois violente. C’est d’ailleurs Luisa Ortega, désormais devenue critique du gouvernement de Maduro, qui l’avait mis en prison dans un premier temps [il a ensuite été placé en résidence surveillée du fait de sa santé physique, NDLR].

    C’est donc l’opposition la plus dure qui l’a emporté ?

    Exactement. Au sein de l’opposition, c’est la composante la plus radicale qui a gagné le leadership. C’est comme ça que Leopoldo Lopez est devenu une sorte de martyr et qu’il a remporté l’hégémonie dans l’opposition. Cela explique que l’on se retrouve dans la situation explosive d’aujourd’hui entre le gouvernement et l’opposition, aucun n’étant prêt à reculer. 

    Cependant, quelques jours avant l’élection de dimanche, il semble que des réunions informelles entre défecteurs de l’opposition et délégations du gouvernement aient eu lieu, sous l’égide de José Zapatero, l’ancien président du gouvernement espagnol. La situation est tellement explosive qu’au sein du gouvernement comme au sein de l’opposition, on a peut-être envie de tester des canaux de communication, parce que les lignes dures sont en train de l’emporter partout.

    Cette opposition "historique" bénéficie-t-elle d’un réel appui populaire ?

    Les chiffres de l’élection de la Constituante de dimanche ont été donnés par le gouvernement, il faut donc les prendre avec précaution. Mais ceux du référendum organisé il y a deux semaines par l’opposition étaient tout aussi informels. On peut malgré tout estimer à 8 millions d’électeurs le nombre de personnes ayant participé à l’élection du 30 juillet, et à un peu plus de 7 millions ceux du référendum de l’opposition. On s’aperçoit alors qu’on retrouve des chiffres similaires à ceux des dernières élections de Chavez : quand le chavisme et l’opposition sont mobilisés, on retombe sur 8 millions (le score de Chavez en 2012) contre 7. Il semble donc y avoir une vraie continuité, une cohérence dans la société vénézuélienne.

    Mais ces deux chiffres recoupent des réalités diverses. L’opposition peut se targuer d’avoir le soutien d’une partie de la population, mais il ne s’agit sûrement pas du peuple "populaire". Principalement, ce sont des classes moyennes, aisées, jusqu’à l’oligarchie locale, tandis que le chavisme s’appuie sur des classes plus populaires, voire pauvres. En fait, le conflit politique qui se joue aujourd’hui cache une sorte de lutte de classe.

    L’opposition a donc un appui populaire en termes de population ; mais pas dans les classes populaires. C’est d’ailleurs un de ses échecs de toujours : ne pas avoir réussi à fédérer les classes les plus défavorisées autour de son projet. 

    Quel est désormais l’avenir de l’opposition, alors que le gouvernement crie victoire depuis les résultats de dimanche ? Fallait-il s’y attendre, l’opposition ayant appelé au boycott de cette élection ?

    Le fait que l’opposition ait appelé au boycott constituait un choix stratégique, mais aussi un risque. Elle a en effet laissé les mains libres au gouvernement, et la forte participation à l’élection a affaibli le discours des opposants. Alors qu’elle n’a eu de cesse de dire que le chavisme ne représentait plus rien dans ce pays, ces résultats viennent la contredire. Si nous ne disposons pas de chiffres précis sur la participation, tous les observateurs s’accordent à dire qu’elle était importante. C'est une victoire pour Maduro, qui n'en était pas assuré.

    Finalement, du côté de l’opposition comme de celui du gouvernement, le choix du boycott et la manière de maintenir cette constituante correspondent à une même logique de renforcement de leur propre légitimité. Ces stratégies ne risquent pas de régler la crise à brève échéance. Au contraire, il y a un vrai risque de se diriger vers l’instauration d’un système à double légitimité, chacun s’enfermant dans son propre mouvement. L’opposition, en nommant un gouvernement d’union nationale, mais également des juges pour faire contrepoids à la Cour suprême, participe de cette logique en constituant des institutions parallèles. 

    Désormais, soit on en reste là, et la vie politique reprend son cours, soit le "gouvernement d’union nationale" songe à prendre unilatéralement des pouvoirs législatifs et exécutifs. L’étape suivante serait alors la recherche d’une reconnaissance internationale, à chercher du côté des Etats qui n’ont pas reconnu les résultats de dimanche, aux premiers rangs desquels les Etats-Unis, l’Argentine et le Pérou. Cette stratégie est possible. C’est une hypothèse, mais le cas échéant, elle serait lourde de conséquences pour la cohésion de la société vénézuélienne.

  • Trump met fin au programme de la CIA en Syrie… Qui n’existait pas ?

    Comme chacun le sait, le mouvement de rébellion de la population syrienne, depuis 2011, contre son gouvernement était totalement sincère et spontané, et quiconque ose émettre une hypothèse contraire, par exemple un jeu d’influences étrangères pour casser un État souverain jugé trop proche de l’Iran, et une armée nationale un peu trop forte face à l’ami Israël, est un complotiste négationniste, affilié à la fachosphère.  Bref un traitre à la patrie, car dans la guerre il faut choisir son camp, et le camp de la France c’est ce mouvement totalement sincère et spontané.

    Très bien, sauf que le Washington Post révèle que Trump a décidé de mettre fin au programme de la CIA d’armement et de formation des rebelles syriens qui combattent le régime… La décision date d'un mois, après un entretien avec le patron de la CIA, Mike Pompeo et le conseiller à la Sécurité nationale, le général H.R. McMaster.

    Donc, vu de France, c’est simple : Trump a mis fin à un programme qui n’existait pas, le mouvement de rébellion étant « totalement sincère et spontané »... L’aveuglement de la France à soutenir les positions saoudiennes, pour y vendre des armes, conduit notre diplomatie dans une impasse qui fait rire le monde, mais qui est dramatique.  

    Ce programme de déstabilisation armée d’un régime reconnu par l’ONU, en violation de toutes les règles de droit international, a été décidé et organisé en 2013 par ce grand bandit qu’est Obama. Des milliers de combattants, de la mouvance El Qaida, ont ainsi été formés et armés, et ils vont désormais se trouver en live… disponibles pour tous les coups tordus, et les plus désespérés. Aussi, je ne doute pas un instant que les US vont aussi financer les programmes de « déradicalisation » de ces djihadistes, la surveillance du retour au pays de ces gentils « rebelles modérés », et aussi abonder le fonds d’indemnisation des victimes des attenants à venir en Europe.

    Vraiment, ces US sont nos amis éternels, et rien ne pourra nous séparer !

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    Complicité de crimes de guerre,

    et association de malfaiteurs ayant un but terroriste

  • Gérard Depardieu parle de l’Algérie

    Tiens, une bonne interview de quelqu’un qui a des choses à dire, à sa manière, entier et sincère, et avec le lot de conneries inévitables s'agissant de Depardieu, et qui parle bien de la si belle Algérie. 

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  • Aux neuneus de la moralisation : La noble pratique portugaise

    Quel lamentable spectacle de voir les 308 « dépités » de En Marche ! voter à main levée pour le candidat unique imposé par le Prince, ce malheureux Ferrand dégagé du gouvernement car embrouillé dans une affaire, et recyclé comme parlementaire. Ça promet ! Cette même équipe de godillots radicalisés s’apprête à voter la loi sur la moralisation de la vie politique, juste avant de déléguer le pouvoir législatif au gouvernement pour réécrire le Code du travail, ce texte protecteur des salariés, qui est la base véritable de la vie familiale. Alors, moralisation…

    A cette belle équipe lunaire, je propose une saine lecture, à savoir le site l’Assemblée de la République portugaise qui, loin du naufrage gluant de la morale, publie sur son site le statut des parlementaires, et trimestre après trimestre, les exactes sommes qu’ils perçoivent, comme rémunération et comme frais.

    Je vous laisse lire, c’est absolument parfait.

    Je pose donc juste cette question à notre brochette de rigolos : pourquoi ne pas laisser tomber la morale, et tout simplement publier les sommes perçues comme revenus et frais, vu que c’est de l’argent public au service de la collectivité ?

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