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30/04/2013

Afghanistan : La CIA prise la main dans le sac

La CIA se promène partout dans le monde avec son argent, pour déstabiliser les régimes et manipuler les opinions, dans le seul intérêt de la maison mère, les US, ce petit peuple de 300 millions d’habitants qui veut imposer sa loi aux six milliards d’êtres humains que compte la planète. On le sait, mais quand on fait un flag’, c’est toujours mieux.

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Le flag’, c’est l’oeuvre du New York Times qui a publié une excellente enquête expliquant comment, en Afghanistan et depuis 10 ans, la CIA abreuve ses contacts d’argent liquide… Tous ceux qui comptent sont graissés. Le renseignement, ça se paie,… et les coups tordus qui marquent l’opinion ne viennent pas de l’opération du Saint Esprit...

Mardi dernier, Bernard Bajolet, qui vient d’être nommé patron de la DGSE, avait quitté l’ambassade de France à Kaboul par un discours dénonçant la corruption, comme premier défi pour le pays, une corruption notamment « due au fait qu'une grande partie de l'élite a perdu foi dans l'avenir de son propre pays », ajoutant qu’« il n'y aura pas de souveraineté effective tant que l'Afghanistan sera dépendant financièrement ».

L’article du New York Times donne un bon écho à Bajolet, citant un responsable US, qui a reconnu les versements d’argent : «Les Etats-Unis ont été la plus grande source de corruption en Afghanistan». Comme ça, c’est clair.

Ainsi, à côté des envois massifs d’argent fait pour consolider ce « pouvoir ami », il y avait l’argent mafieux de la CIA. Tout en espèces, l’argent arrivait planqué dans des sacs à dos ou des bagages, et était remis au Conseil de Sécurité National, soit le conseil de guerre de Karzaï. Des millions de dollars, et de manière continue pendant dix ans.

Le prétexte avait été de lutter contre l’influence iranienne, l’Iran ayant apporté une aide financière, qui elle était gérée par les instances politiques, comme l’explique le New York Times.

Avec l’argent de la CIA, on est passé à autre chose. D’abord par le montant des sommes, la permanence des flux financiers et l’absence de tout contrôle politique officiel sur l’utilisation. Khalil Roman, directeur de cabinet de Karzaï de 2002 à 2005, explique : «Nous appelions cela l'argent fantôme. Il arrivait en secret, il repartait en secret.»

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Le but était simple : garantir le réseau de la CIA.

Première cible, le palais présidentiel à Kaboul. Pas « d’enrichissement personnel », mais de quoi financer tous les serviteurs du Palais.

Abdul Rashid Dostom, de la coalition afghane qui avait combattu les talibans en 2001, a reçu à lui seul près de 100.000 dollars par mois. Voyez ce que représentent ces sommes en Afghanistan.

Ahmed Wali Karzai, le demi-frère Karzai, était payé par la CIA pour diriger la milice Kandahar Strike Force, utilisée pour combattre les patriotes afghans. Il a été assassiné en 2011, et nous avions été invités à pleurer sur la perte d’un défenseur de la liberté.  

Ensuite, venaient les chefs de guerre locaux, indispensables pour tenir le pays, liés pour certains au trafic de drogue, et les versements bénéficiaient aussi à ceux des chefs talibans qui sont en contact avec le gouvernement.

Bref, à côté de l’administration d’Etat, la CIA finançait pour son profit une administration corrompue, et donc dévouée.

Tout ceci pour quel résultat ? Un fiasco, avec la guerre civile qui s’annonce après le retrait des troupes en 2014. Revenons au discours de Bajolet : « Je n'arrive toujours pas à comprendre comment la communauté internationale et le gouvernement afghan sont parvenus à cette situation où tout doit se passer en 2014 : les élections, un nouveau président, les transitions économique et militaire, et tout cela alors que les négociations pour le processus de paix n'ont pas encore vraiment commencé ». 

J'ai toujours appris que la corruption est une infraction, et qu'il faut juger ceux qui commettent des infractions. Il reste à souhaiter qu'un procureur US lise de temps en temps le New York Times, et ouvre une enquête. Ca sera surement fait demain, au nom des valeurs de la démocratie et de la liberté...

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09/03/2013

Hasta pronto, Amigo Chavez

Ils sont peu nombreux les chefs d’Etat, enracinés au sein de leur peuple, capables de défendre la souveraineté nationale et de regarder les chefs de la plus grande milice armée du monde, les US, pour leur dire : « Reste chez toi, bandit international, pays ignorant du droit, et respecte l’indépendance de mon peuple ».

Le Venezuela avait les moyens de cette indépendance, mais la réussite de Chavez a été, contre tous les vents et toutes les marées, de construire une histoire libre.

Chavez avait beaucoup de défauts, peut-être autant que moi, peut-être autant que vous. Mais il a su donner la fierté à son peuple, par des discours splendides qui ont parlé aux plus humbles, par des choix politiques tranchés, désignant les US comme voyou planétaire, par décisions économiques qui ont fondé l’indépendance réelle du Venezuela, et par un engagement constant pour les peuples en lutte contre l’asservissement économique, dont la Palestine.

Alors critiquer Chavez ? Oki, allez-y joyeusement, les thèmes ne manquent pas et les chefs de chorale  -  Le Monde (Occidental), Le Figaro (Opéra bouffe) et Libération (de mon adolescence) - sont mobilisés.

Chavez méritait bien des critiques, mais il était un chef d’Etat démocratiquement élu, qui a fait tout ce qu’il pouvait contre l’ordre économique mondial et qui a transformé la vie de tant de démunis vénézuéliens. C’est une faute difficilement pardonnable.

Tout mon respect et ma considération pour le Venezuela. 

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07/03/2013

Procès Condor : La remarquable Justice argentine

On abuse souvent de l’expression « procès historique », mais là, nous y sommes. Ce 5 mars, s’est ouvert à Buenos Aires le procès de 25 responsables du plan « Condor » – 24 Argentins et un Uruguayen – ce réseau de collaboration des juntes militaires qui dirigeaient dans les années 1970 et 1980 l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, l'Uruguay et le Paraguay. Une belle organisation dirigée en sous-main par la CIA, selon toute la logique politique de l’époque et comme l’ont confirmé des documents depuis déclassifiés. Au final, des dizaines de milliers de morts et de disparus. De la terreur d’Etat. De vrais terroristes, pour le coup.

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Au cœur du procès, l’ancien président Videla, 87 ans, actuellement détenu pour avoir été condamné à cinquante ans de prison pour le vol d'enfants de disparus, et le général Menendez, grand maître des séances de torture. Pendant l'instruction, la justice argentine a demandé en vain l'extradition de deux anciens présidents, le Paraguayen Alfredo Stroessner et le Chilien Augusto Pinochet, décédés depuis. Elle a aussi cherché à obtenir l’audition d’Henry Kissinger, mais toutes les démarches ont été rejetées.

Parmi les victimes, les familles de deux ministres de Salvator Allende - Orlando Letelier, assassiné en 1976 à Washington, et le général Carlos Prats, commandant en chef de l'armée chilienne, tué avec son épouse dans un attentat à la bombe, en 1974, à Buenos Aires - et celle de l'ancien président bolivien Juan José Torres, assassiné en 1976 à Buenos Aires. Une centaine d’autres victimes sont parties à la procédure.

Le procès est parti pour durer deux ans, avec des masses de documents, 450 témoins, et de longs interrogatoires et des confrontations. Il va falloir démontrer publiquement comment fonctionnait cette internationale du terrorisme. On va donc en apprendre de belles, par la mise en lumière de ces criminels encravatés pour qui un homme de Gauche était un ennemi à abattre.

Kissinger, Henry. Secretario de Estado de EE.UU.- Pinochet Ugarte, Augusto. Presidente de Chile (1º plano) 1976.jpg

A l’ouverture du procès, quelques remarques s’imposent.

L’instruction a été longue, 14 ans, et les obstacles à l’intérieur du pays et à l’extérieur n’ont pas manqué. Mais un pays se grandit en rendant la Justice, et j’espère que cette réussite encouragera d’autres pays, alors que tant de belles âmes se précipitent dans ce genre de circonstances pour demander une commission bidon de conciliation… Oui, on soulève le couvercle et on allume les projecteurs. Regarder son passé en face, c’est le mieux pour construire l’avenir. Qui redoute la Justice, à part les mafieux et les criminels ?

Il faut ensuite saluer la réussite collective de la Justice argentine. Rien à voir avec ces maudits juges vedettes qui s’approprient les causes, et conduisent au naufrage par leur suffisance... C’est le système judiciaire et policier qui a répondu, chacun faisant son devoir à son niveau, serviteur convaincu mais modeste d’un idéal, la Justice.

Enfin, comment ne pas voir l’immense bienveillance dont a profité ce terrorisme d’Etat organisé par Washington. 30 000 morts et disparus rien qu’en Argentine ! Il y a une vraie incurie par l’impunité aux US pour que les services qui organisé ce système n'aient jamais été inquiétés par la Justice. Les juges US peuvent s'inspirer du travail de leurs homologues argentins. 

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Les victimes 

27/02/2013

Ouattara et la démocratie ? Non, le crime institutionnalisé !

Amnesty International casse l’ambiance en Côte d’Ivoire…. Qu’ils étaient beaux les discours sur la démocratie avec les mirlitons français attaquant sans mandat de l’ONU le palais de Gbagbo. La Côte d’Ivoire allait renouer avec son histoire, fondée sur le respect du droit. Sauf qu’installer la démocratie au pouvoir par la force armée n’a jamais marché… et qu’on recommence avec obstination… il suffit  de trouver une agence de com’ correcte pour faire de belles images…

Amnesty vient de publier un rapport accablant sur les méthodes de Ouattara. Incapacité à gouverner violations graves du droit, insécurité massive dans le pays,… mais ce Ouattara est tellement docile, souriant et reconnaissant…ouattara-sarkozy1.jpg

Sur le plan de l’ordre public et des libertés, c’est assez simple. Ouattara a vite renoncé à gérer la police et la gendarmerie, considérées comme des places fortes du Gbagbo, et tout passe par ses services propres : les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), donc l’armée, une géniale police militaire, et le soutien de milices, les trois se rendant « responsables de nombreuses violations des droits humains en arrêtant et  détenant des individus en dehors de tout cadre légal sur des bases souvent ethniques et  politiques » écrit Amnesty

« Ces exactions ont été rendues possibles par la prolifération de lieux de détention  non reconnus comme tels où des individus soupçonnés de tentative d’atteinte à la sûreté de  l’État ont été détenus au secret, parfois pendant de longues périodes et dans des conditions  inhumaines et dégradantes. Beaucoup ont été torturés et certains ont été remis en liberté  contre le paiement de rançons ».

Tous ces faits sont connus, mais aucun des auteurs « n’a été traduit en justice ni même  relevé de ses fonctions ». Amnesty poursuit : « Cela illustre l’échec des autorités ivoiriennes à instaurer un état de droit près de deux ans après l’arrivée au pouvoir des nouvelles autorités.

Quant à la justice, « les autorités ont exclusivement ciblé  les partisans avérés ou présumés de l’ancien président Laurent Gbagbo », avec procédures qui bafouent les règles élémentaires du droit. Aucune démarche sérieuse en deux ans d’instruction : « ni confrontation avec des  Victimes, ni aucun élément de preuve matériel communiqué à la défense ».

Je vous laisse ci-dessous le lien pour lire ce rapport accablant, mais voici quelques témoignages qui devraient faire bondir les ministres de la Défense et des Affaires étrangères… s’ils n’étaient pas les premières cautions ! Et puis, il est vrai qu’ils sont très occupés à installer la démocratie au Mali par la force armée…

Arrestations arbitraires, tortures et disparitions

Témoignage d’un jeune homme  sans emploi, âgé de vingt-huit ans, qui a été arrêté le 11 août 2012 par les FRCI.

« Je me rendais sur un chantier vers 14 h pour trouver du travail. Des membres des FRCI  m’ont arrêté, m’ont fouillé et m’ont mis dans le coffre de leur voiture. Je me suis retrouvé au  camp IIAO de Bassam [Institut industriel d’Afrique de l’ouest]. Ils m’ont demandé où étaient  cachées les armes, et m’ont frappé. Ensuite, ils m’ont remis dans le coffre de la voiture et  m’ont emmené en bord de mer. Ils ont menacé de m’exécuter si je ne disais pas la vérité. Ils  m’ont frappé à nouveau, m’ont remis dans le coffre et on est retourné au camp. Ils m’ont  demandé de dénoncer des gens qui auraient fait venir des armes par bateau. »

Mi-août 2012, un détenu, ingénieur de profession, a été violemment frappé par deux  codétenus militaires. Plusieurs témoins ont raconté la scène à Amnesty International. L’un  d’eux a précisé :

« J’ai été arrêté le 17 août [2012] à 6h30 aux Deux Plateaux [quartier d’Abidjan]. Quand je  suis arrivé au Génie militaire, il faisait chaud. Il y avait dans la cellule d’autres prisonniers  dont des militaires qui avaient été punis pour mauvaise conduite. Ces militaires jouissaient  de petits avantages. Ils pouvaient sortir la nuit et c’est eux qui gardaient le peu d’eau qui  nous était destinée. Un jour, un détenu, un ingénieur, avait très soif. Il a réclamé de l’eau à  un militaire détenu avec nous. Celui-ci a refusé. L’ingénieur a insisté en disant qu’il avait  très soif. Le militaire s’est jeté sur lui et l’a frappé. Il lui a donné des coups de pied et des  coups de poing et l’a frappé avec sa ceinture. Un autre militaire a prêté main forte à son  collègue. L’ingénieur est tombé, il s’est évanoui. Les détenus ont frappé à la porte pour  appeler les gardes. Il a été emmené à l’hôpital, il n’est plus revenu. On raconte qu’il est mort  des suites de ces coups. »

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Arrêtant et détenant des individus selon leur bon vouloir et sans rendre compte de leurs actes  à qui que ce soit, les éléments de la police militaire et les FRCI ont également instauré une  « procédure de libération » fondée sur le paiement de rançons. Un grand nombre de détenus  et d’anciens détenus ont indiqué à Amnesty International qu’au Génie militaire, « les gens  sont libérés contre le paiement d’une somme fixée entre le responsable de la police militaire  et les parents des détenus ».  

Témoignage du chef du  personnel d’une société d’Abidjan, arrêté le 27 août 2012 et détenu quelques jours.

« Ils m’ont détenu deux jours et m’ont dit que si je voulais sortir, mes parents devaient payer.

Ils demandaient la somme de 70 000 francs CFA [environ 110 euros]. Ma famille a payé un  premier versement de 50 000 avant ma libération. Le deuxième versement a été effectué  chez moi. Mes geôliers m’ont accompagné à mon domicile pour réclamer la somme restante  mais, une fois sur place, ils ont demandé une somme plus élevée. Ma famille a expliqué  qu’elle n’avait pas d’argent. Finalement, ils se sont fatigués et ils sont partis. »

Arrestation pour motif racial

« Le 10 mars après le service, je suis rentré chez moi. Vers 15 heures, des éléments des  FRCI sont arrivés et m’ont demandé de les accompagner à la Place de la Liberté [un lieu de  détention non reconnu comme tel] car j’étais accusé d’avoir fait un coup d’État. Quand je  suis arrivé, j’ai remarqué qu’il y avait d’autres corps habillés [hommes en uniforme]. Il n’y  avait que des gens comme moi, des Athiés, des Guérés, des Bétés ou des Didas [groupes  ethniques du sud du pays] arrêtés uniquement parce que soupçonnés de soutenir Laurent  Gbagbo. Ils nous reprochaient de nous être battus contre eux après l’élection présidentielle et  nous ont dit : “ Si vous pensez que Laurent Gbagbo va revenir vous vous trompez, il n’a  aucun pouvoir ici ”. Ils nous ont torturés pour nous faire parler et nous avons dû rester  couchés à même le sol, avec des chaînes aux pieds. Nous avons été arrêtés au hasard. La  preuve c’est que, au bout de 55 jours, ils nous ont tous libérés ».

Lieux de détention non officiels

« Le plus terrifiant, ça a été quand ils nous ont emmenés en brousse. C’était la nuit, ils ont  tiré en l’air pour nous effrayer. Ils ont menacé de nous tuer si nous ne disions pas la vérité.  Ils disaient que les Guérés et les Bétés avaient soutenu Laurent Gbagbo et c’est pour cela  qu’ils nous frappaient. Jamais avant ou après, nous n’avons eu une telle impression d’être  des jouets dans la main de nos bourreaux. Puis, on a été emmenés dans la résidence privée  d’un officier des FRCI et ensuite au Génie militaire. On a aussi été torturés là-bas mais la  brousse c’est pire que tout car tout peut vous arriver. »

Un autre témoignage

« Je me suis retrouvé dans un véhicule avec quatre autres personnes. On m’a mis des  menottes attachées derrière le dos. Une cagoule m’a été enfoncée sur le visage, j’ai senti le  bout d’un pistolet automatique contre ma tête. À un moment, j’ai compris qu’on avait quitté  le goudron pour emprunter une piste. Le véhicule s’est arrêté. Quand on a enlevé la cagoule,  j’ai compris qu’on était dans la forêt. On nous a fait descendre et on nous a demandé où  étaient les armes. J’ai répondu que je n’en savais rien. Ils ont tiré des coups de feu d’abord  en l’air puis sur un des détenus. Il est tombé et ils ont abandonné son corps là-bas. »

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« Après m’avoir donné des coups de câbles électriques et des coups de pied avec leurs  rangers [bottes], trois membres des FRCI m’ont tenu par les pieds et m’ont plongé la tête  dans une barrique d’eau. Je ne pouvais pas me débattre parce que j’avais les mains  menottées derrière le dos ».

Plusieurs autres détenus ont affirmé avoir subi des brûlures au plastique fondu et ont montré  aux délégués d’Amnesty International des traces de brûlures sur le dos et le cou. Un détenu a expliqué :

« Arrivé au camp Place de la Liberté, ils m’ont demandé d’enlever mes vêtements, je suis  resté avec mon caleçon et ils ont commencé à m’interroger en me torturant. Ils m’ont attaché  les mains avec des menottes reliées à une barre de fer verticale, ils me donnaient des coups  de matraques et de barres de fer. Ils ont brûlé un sac en plastique et ont fait en sorte que le  plastique fondu tombe sur mon dos pendant que trois personnes me tenaient les pieds. »

Plusieurs détenus ont également affirmé avoir été torturés dans des villas privées :

« J’ai été conduit dans un camp militaire des FRCI non loin de l’arrêt du terminus du bus  N° 17. J’étais au milieu d’un cercle de dix militaires, les coups pleuvaient sur moi. Ils me  donnaient des coups de pied et des coups de poing au visage et à la tête. Quand l’un d’eux  me parlait, un autre me frappait dans le dos. Ils m’empêchaient de parler pour contester  leurs assertions. Ils m’ont ensuite attaché les mains dans le dos, ils m’ont également attaché  les pieds. Ils ont percé deux trous dans un sac en plastique qu’ils ont enfoncé sur ma tête.  Ils m’ont mis dans un coffre de véhicule et m’ont conduit dans une villa privée à Cocody. Ils  m’ont accusé de recevoir de l’argent pour recruter des mercenaires. Ils m’ont fait asseoir sur  une chaise. Régulièrement je recevais des décharges électriques. J’ai uriné et déféqué dans  mon caleçon. »

Mort de détenus des suites de tortures

Amnesty dispose de témoignages concordant sur le mort de Serge  Hervé Kribié, un sergent-chef de police, d’ethnie bétée, arrêté pour motif racial à San  Pedro le 20 août 2012.

« Serge Hervé Kribié a été remis aux FRCI. Il a été déshabillé, attaché  à un poteau et de l’eau a été versée sur lui. Puis il a reçu des  décharges électriques. Moi, j’étais allongé sur la dalle et je me suis  penché pour voir. Il criait, il a évoqué ses enfants…..Il poussait des  cris atroces. Après cela, un de ceux qui donnaient des ordres a  demandé en dioula : “ Est-ce qu’il est mort ? S’il est mort, on va  attacher ses pieds pour le jeter dans la lagune ”. J’ai vu qu’on lui  faisait des massages cardiaques. On ne l’a plus entendu. Quelques  jours après, un militaire que je connais m’a informé que notre collègue  était décédé le jour même de son arrestation ».

*   *   * 

Atterrés par ce rapport d’Amnesty, les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, vont annoncer ce matin qu’ils suspendent l’accord de coopération militaire, et exiger de Ouatarra l’ouverture d’enquêtes  judiciaires sur ces faits. Les grandes entreprises françaises, venues avec Sarko installer Ouattara au pouvoir, vont se voir ordonné de suspendre leurs activités, pour ne pas être le poumon économique de cette violation institutionnalisée du droit. 

C’est que la France ne rigole pas avec la démocratie, surtout en Afrique… 

 

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12/02/2013

La Tunisie a-t-elle les moyens de finir la Révolution ?

On ne peut parler de la Tunisie que la boule au ventre. Le printemps arabe est devenu un slogan frelaté, synonyme de revival light des puissances occidentales dans le monde arabe, mais la révolution tunisienne, elle, est exempte du doute.

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Tout est parti du geste de Mohamed Bouazizi, ce commerçant ambulant, humilié et ruiné par les forces sauvages de Ben Ali, qui s’est  immolé par le feu le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid. A suivi le courage de la population tunisienne qui s’est levée contre les armes de Ben Ali, les instructeurs de Sarkozy et les discours genre Delanoë saluant les réformes et désavouant le mouvement populaire.

Dans la semaine qui a suivi la chute de Ben Ali, les nouveaux dirigeants ont été tétanisés par les injonctions européennes et US, qui étaient simples : « calme-toi, ou on te zigouille ». Avec tout le miasme anti-muslim, à la pelle...

Ben Ali n’était pas un dirigeant politique. C’était un mafieux toxicomane, qui laissait sa délicieuse épouse tout faire, pourvu qu’il ait sa came et son fric. Quand il  est monté dans l’avion pour Ryad, le vrai système de pouvoir est resté, et le discours a été simple : « nous tenons l’économie et nous sommes le vrai pouvoir : soit le système perdure, auquel cas nous ferons un effort ; soit on se casse. Mais alors, l’économie ne tiendra pas, le chômage explosera et vous serez renversés dans un an ».

La coalition honorable issue des élections s’est embarquée dans un projet d’assemblée constituante… qui a fini de geler la prise de décision. Deux ans plus tard, le bilan est navrant : pas de constitution, pas de loi électorale, un gouvernement provisoire qui gère sans programme, aucun plan économique, aucune purge, aucune procédure pour rapatrier les avoirs de Ben Ali, aucune procédure pour obtenir l’extradition de Ben Ali, et un enferment dans le moralisme, avec tous les pièges à la clé. 

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Ministères, services, grandes entreprises… les structures du système ancien perdurent, et les Etats occidentaux maintiennent la pression, persuadés que la Tunisie est trop faible et va lâcher.

Notre « ministre » de l’Intérieur Valls parle de fascisme en Tunisie… Veut-il un rapport sur ce qui se pratique chez son allié qu’est l’Arabie Saoudite ?

Le gouvernement tunisien, c’est-à-dire les trois partis qui le compose, est entièrement responsable. Il n’a rien géré, et a tout laissé faire, des agissements si intéressés de la CIA aux exactions des groupes salafistes dévoyés. La mort de Chokri Belaïd est le fait de ses assassins, mais la responsabilité politique est cette incapacité à assumer le pouvoir. Il lui reste quelques jours pour se ressaisir, ou alors, ce sera la grande bascule.

Pendant trois jours, il était flagrant de voir tout le petit monde anti-tunisien frétiller de bonheur à l’idée d’un gouvernement de technocrates dirigés par un Hamadi Jebali, isolé, soutenu par les plus conservateurs des islamistes, pour redonner le pouvoir aux « technocrates » et donc aux réseaux de l’époque Ben Ali.

Le Congrès pour la République (CPR), de Moncef Marzouki, s’est ressaisi et a dit non. La Tunisie a besoin d’un gouvernement qui assume des choix politiques et qui, tournant la page fumeuse des valeurs, décide enfin de s’attaquer aux vrais problèmes, à savoir l’emploi et le logement, dans l’idée d’une juste redistribution des richesses. C’est la seule voie qui répond aux aspirations des Tunisiens, et il faut des élections pour remettre les compteurs à zéro. Après ces deux ans perdus, c’est loin d’être gagné car le discrédit est immense, et toutes les forces contre-révolutionnaires, toutes, sont à la manœuvre.

Mohamed Abbou, le boss du CPR, a laissé une semaine, pour qu’Ennahda sorte du flou. C’est dire que ça discute enfin. Dans ce schéma, Jebali et les ministres de la justice et des affaires étrangères dégagent. Le troisième parti de la coalition Ettakatol louvoie. Tout le monde redoute la violence des groupes extrémistes.

S’ils n’imposent pas de vraies réformes économiques et sociales, les dirigeants sont cuits. En ont-ils les moyens, après tout ce temps perdu ? Les faits parleront.

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Chokri Belaïd

 
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