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  • S’il veut sauver son quinquennat, le Prince a encore le temps de renoncer à la réforme du Code du Travail

    Pour connaître la France sociale du XXIeme, il n’est pas mauvais d’aller faire un tour aux audiences des Conseils de Prudhommes, là où les salariés lésés tentent de faire valoir leurs droits. Pour quel constat ? la flexibilité et ses ravages. Des CDD en pagaille, avec des salariés qui galèrent pour récupérer leur paye ; des licenciements causés par trois fois rien, pour des CDI de moins de deux ans d’ancienneté, là où le licenciement ne coûte rien. On trouve des licenciements après cinq ans d’ancienneté, mais cela devient marginal. Des plans sociaux ? Quelques-uns par an, parfois jamais. Le lot quotidien, c’est la déferlante de la précarité, qui montre l’injustice sociale, la fragilité des petites entreprises et le cynisme des grandes.

    C’est déjà beaucoup. Mais le Code du travail, c’est plus, car c’est la construction de la société civile. Au temps du dictateur Naboléon, on ne connaissait que le Code civil : stricte égalité entre les personnes, ce qui permettait de conserver toutes les inégalités. Le Code du travail s’est construit pour rééquilibrer cette injustice économique et sociale, en permettant à des personnes qui n’avaient rien d’acquérir quelque chose. Bien sûr, le Prince n’envisage pas de revenir à Naboléon. Mais pour aider les grands groupes, il met le cap sur la fragilisation du corps social, ce qui va déséquilibrer le pays, et accessoirement causer sa perte, irrévocable. Il finira moins populaire que Hollande.

    Le Code du travail, c’est le code social de la société. Et la grande force de la France, c’est la conjugaison de l’économique et du social, qu’il faut toujours équilibrer, en préservant la vie des familles.

    La flexibilité n’intéresse que les très grands groupes qui, drogués par la recherche du profit à court terme, veulent embaucher et licencier en fonction de l’évolution instantanée des marchés, en sachant que le chômage de masse leur garantit une main-d’œuvre toujours disponible. Donc, surtout ne jamais résorber le chômage.

    Mais démontrer qu’un employeur, un vrai de vrai, qui investit dans son entreprise, embauche en fonction des facilités de licenciement, c’est aberrant.

    - Salut, ça va ?

    - C'est le dilemme de ma vie. Nous avons de très bons produits, et je viens de récupérer de magnifiques marchés en interne et à l’exportation.

    - Ben alors ?

    - Je vais pouvoir développer l’entreprise, exploser mon chiffre d’affaires et nous allons nous stabiliser un très bon niveau.

    - Ben alors ?

    - C’est dramatique parce que je vais embaucher des salariés que je rêve déjà de licencier…

    - Mais, t’es malade ? Tu auras besoin de salariés, et tes salariés seront fidèles au projet, même s’ils adhèrent plus ou moins, car le travail, c’est la vie de leur famille. Et si tu n’as plus le marché, tu feras un licenciement économique…

    - Oui, mais il me faut une loi pour les licencier encore plus facilement, faute de quoi je préfère renoncer à ces marchés, ne pas développer l’entreprise, perdre beaucoup d’argent et m’apprêter à déposer le bilan pour un chiffre d’affaires insuffisant.

    - Dis donc, y’a plus de psy dans ton bled ?

    Dernière observation : nous avons actuellement un droit du travail sans doute complexe, mais bien connu par les praticiens, avec une blinde d’arrêts de la Cour de cassation pour interpréter le Code du travail. Donc, un patron raisonnable sait parfaitement où il met les pieds.

    Si demain les radicalisés bouleversent tout, ce sera un grand plongeon dans l’incertitude juridique, car toute la jurisprudence sera obsolète, et il faudra une dizaine d’années pour créer une jurisprudence stable, et recréer la sécurité juridique. En sachant que la loi n’est plus seule maître du jeu, car elle doit composer avec la protection internationale des droits des salariés, en droit européen et international. Bref, imaginer que parce que tu changes le texte de loi, tu as changé le droit, c’est ne pas être entré dans le XXIeme siècle, et c’est ouvrir une phase d’instabilité qui n’aura qu’un seul gagnant : mes amis avocats spécialistes de droit du travail.

    Le Prince sait qu’en cette rentrée de septembre 2017, il n’a pas d’opposition politique à l’Assemblée, et il rêve de toiser la CGT. Oki. Mais le lendemain du vote de ratification des ordonnances, il aura rendez-vous avec la société française, et là, ce sera une autre paire de manches.

    Vous trouverez ci-dessous l’excellente interview d’Anne Eydoux, interrogé par l’excellente Philippine Donnelly dans l’excellent La Croix, le plus lisible de tous les quotidiens.

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    « Flexibiliser l’emploi peut ralentir la croissance »

    Anne Eydoux, économiste au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam),

    membre des économistes atterrés.

    La Croix : La flexibilité du marché du travail est-elle toujours une priorité, alors que la reprise économique s’amorce en France ?

    Anne Eydoux : Les réformes pour flexibiliser le marché du travail ne créent pas d’emploi. L’OCDE, qui a pourtant longtemps prôné ces mesures, l’admet dans de nombreux travaux depuis 2004.

    Non seulement il est établi que la dérégulation de l’emploi ne permet pas de réduire le chômage, mais plusieurs études montrent qu’elle a des effets négatifs sur la productivité du travail. C’est en particulier le cas en France.

    L’exemple italien est instructif. Les réformes ont laissé croire aux entreprises qu’elles pouvaient compter sur la flexibilité et la baisse du coût du travail pour retrouver leur compétitivité, sans avoir à innover. Cela s’est fait au détriment de la productivité.

    Dans l’ensemble, miser sur la baisse du coût du travail en Europe est absurde. On sera toujours perdants face à la Chine. Surtout, la croissance européenne est tirée par les salaires. Or, ces réformes alimentent la précarité et pèsent sur les salaires. Elles peuvent donc ralentir la croissance économique à long terme.

    La Croix : Il n’y a donc pas de réforme à entreprendre ?

    Anne Eydoux : Il faut d’abord abandonner l’idée reçue selon laquelle le marché du travail français serait rigide. Ce n’est absolument pas le cas. La part des CDD est élevée, les durées de contrat sont courtes et les employeurs disposent de nombreux outils pour rompre un contrat de travail.

    Une récente étude de l’Insee a montré qu’aux yeux des employeurs l’incertitude économique constitue le premier frein à l’embauche. Le coût du travail arrive en troisième position et la réglementation du marché du travail est bonne dernière.

    Les réformateurs se focalisent sur la flexibilité externe, notamment les règles du licenciement. Pourtant, il existe une autre forme de flexibilité, la flexibilité interne. Elle permet d’adapter le temps de travail sans licencier, et peut avoir un effet bénéfique sur l’emploi.

    C’est en partie grâce à cela que l’Allemagne a bien résisté à la crise de 2008. Les industries allemandes, très touchées par la récession, ont massivement recouru au chômage partiel et à d’autres formes de réduction du temps de travail.

    Le dialogue social et la cogestion ont favorisé ce choix, qui a permis d’amortir le choc avec assez peu de licenciements. Quand les exportations ont repris, les salariés étaient à leur poste.

    La Croix : La France peut-elle sortir du chômage de masse ?

    Anne Eydoux : Pour créer durablement de l’emploi, il faut une dynamique économique et politique d’ensemble. Le contexte d’austérité européen rend difficile la mise en place de politiques économiques, sociales et industrielles ambitieuses, à même de créer des emplois en nombre suffisant. Pourtant, les besoins existent. La transition écologique, notamment, serait très créatrice d’emplois.

    La réduction du temps de travail fait partie de l’équation : en France, les 35 heures ont créé des emplois sans peser sur la compétitivité des entreprises et à un coût raisonnable pour les finances publiques.

    À l’inverse, miser sur la course au moins-disant social pour booster la compétitivité des entreprises et l’emploi en Europe est une erreur économique majeure. D’autant plus grave qu’elle a des conséquences sociales dramatiques.

  • Corbyn fait flipper notre Prince

    9782011561237-001-G.jpegSi j’en lis la presse officielle, le Prince serait confronté au défi majeur qu’est Bayrou. Belle plaisanterie : le moralisateur ne vaut plus en rond avec son parti financé par l’argent public européen. Il dégagera la première occasion, ce d’autant plus que le Prince, vu le nombre de ses députés En Marche ! - qui tous ont signé une déclaration d’obéissance - n’a plus besoin de s’embarrasser des machins-choses du MoDem.

    En revanche, je constate que Corbyn est un véritable problème.

    Le Prince n’a d’avenir que s’il a éradiqué la gauche. Le PS est en lambeaux.

    Mais tout le problème, c’est Corbyn. Un vieux militant, réélu depuis plus de 20 ans dans sa circonscription de la banlieue de Londres, qui sait pas faire un discours sans défendre les services publics, le rééquilibrage des richesses par l’impôt, et la solidarité, à commencer par son soutien à la résistance du peuple palestinien. Bref, la Gauche d’un autre temps.

    Sauf que chez nos amis britanniques, cette Gauche est vivante, et pleine d’avenir. Quand il est parvenu à la tête du Labour, toute la bonne presse a expliqué que c’était un coup d’humeur de la jeunesse. Vu le soutien affiché à la cause palestinienne, le PS, sioniste dans l’âme, n’a pas bronché une oreille, restant callé sur le ligne Blair, qui conduit à El Blanco et Macron.

    Corbyn a fait ensuite l’objet d’attaques insensées des anciens dirigeants du parti, qui sont allés en justice pour le destituer, et qui ont perdu, lamentablement.

    May, persuadée de la nullité de Corbyn, avait choisi de provoquer des élections anticipées, pour conforter sa majorité absolue. Elle a perdu cette majorité absolue, et doit composer avec un groupe de minoritaire d’allumés, pour tenter de faire une majorité. C’est dire qu’elle n’a plus aucune marge de manœuvre pour négocier le Brexit, car aux premières difficultés – la facture, la remise en cause des droits des Britanniques expatriés, les études, le déménagement des grandes banques… – son gouvernement sautera.

    Qelle est la réaction de la France, à cette défaite lamentable de May, qui hypothèque le Brexit ?

    Rien,… en fait pile l’inverse.

    La rencontre du 13 juin rentre May et le Prince a été joyeuse et détendue, avec une rencontre, un dîner de travail, et un match de football. Rien sur le fond, donc le Brexit et l’impasse dans laquelle s’enfoncent les conservateurs britanniques. Le grand sujet a été « la lutte contre le terrorisme » avec un « plan d’action très concret » de lutte contre la propagande terroriste en ligne qui va être éradiquée garce à un contrôle d’Internet. Une question maintes fois traitée, blindée de textes. May et le Prince n’ont rien abordé de précis, et il n’y a rien à faire de plus que ficher la paix aux flics pour qu’ils puissent travailler.

    En réalité, pour défendre l’Europe, la seule ligne logique était de dire à May qu’elle s’était gauffrée, et qu’elle avait plus une légitimité à zéro pour négocier le Brexit. Mais dire cela – simple constant des faits – c’est reconnaître la victoire de Corbyn et de sa joyeuse équipe, ce qui est radicalement impossible.

    En Macronie, il est de priorité nationale de soutenir la Gauche n’existe plus, ce en assimilant la Gauche et le Parti socialiste, ce qui est une escroquerie intellectuelle majeure.

    Désormais la tendance de soutenir le Brexit, en priant pour que May parvienne à rester au pouvoir, et ne laisse surtout la place à Corbyn. Une Gauche puissante en Grande-Bretagne peut contaminer la France, et c’est un gros souci pour notre Prince.

    Pour tant pis pour le Brexit, c’est une question secondaire, la seule chose qui compte est que Corbyn n’accède jamais au pouvoir.

  • Père Pedro, le combat contre la pauvreté : Qui est le pauvre ?

    Père Pedro, un lazariste, a créé en 1989 l’association Akamasoa qui œuvre à Madagascar pour aider les personnes vivant dans la décharge d’Andralanitra, à dix kilomètres d’Antananarivo. En un quart de siècle, son association a construit 18 villages et est venue en aide à plus de 500 000 Malgaches en leur donnant des soins, des vêtements ou un repas. Elle héberge chaque jour 25 000 personnes.  Il vient de publier Insurgez-vous !, aux Éditions du Rocher. Nom de Dieu…

    Voici ses propos recueillis par Laureline Savoye et Pierre Ledipi, dans l’excellent Le Monde.

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    Père Pedro :

    « L’extrême pauvreté est une prison qui tue l’âme et le corps »

    Dans mon livre, je m’insurge contre l’égoïsme, l’indifférence et l’injustice qu’on voit tous les jours. Je ne peux pas m’habituer à voir l’extrême pauvreté, à voir des enfants qui ont la faim au ventre. Je ne peux pas m’habituer à voir une famille vivre dans la rue. On ne peut pas accepter cela. L’extrême pauvreté est comme une prison qui tue l’âme et le corps…

    Ma mère disait : “Si un pauvre frappe à ta porte, tu dois l’aider.” Elle était la bonté, le partage. Mon père m’a appris le travail et l’honnêteté. Vers 15-16 ans, j’ai eu envie de suivre Jésus, l’ami des pauvres.

    Il y a toujours une place pour un pauvre à Akamasoa. On n’a jamais demandé à quelqu’un sa religion, sa race, son origine. Si vous êtes pauvre, que vous aimez vos enfants et que vous voulez sortir de la rue… alors venez : vous avez votre place chez nous ! 

    J’ai vu des enfants se battre avec des animaux

    Lorsque je suis arrivé sur la décharge la première fois, j’ai vu des enfants se battre avec des animaux pour trouver quelque chose à manger. Le soir, je n’ai pas pu dormir et j’ai demandé à Dieu de m’aider. Mais je n’avais pas d’argent… J’y suis retourné le lendemain. Au milieu d’une cabane faite de cartons et de plastiques est née Akamasoa. Je savais qu’il fallait privilégier l’éducation des enfants et surtout leur alimentation. On a coutume de dire qu’un sac vide ne tient pas debout. »

    Sur la décharge, j’ai vu des anges. Comment peut-on laisser des anges au milieu des ordures ? Il y avait 800 familles qui vivaient là et tout autour. Dans chacune, il y avait de un à sept enfants morts. Alors, nous avons pris les mères par la main et leur avons dit : “S’il te reste encore un enfant, on va tout faire pour que tu vieillisses à côté de lui.” 

    Assister un pauvre, c’est le dominer davantage

    J’ai rassemblé quelques exclus parmi les plus motivés de la décharge et leur ai dit : “Je ne viens pas vous assister car j’ai trop de respect pour vous.” Assister un pauvre, c’est le dominer davantage. La pauvreté n’est pas une fatalité. Ce sont les hommes, les politiques, les élus et tous ceux qui ont des responsabilités dans la communauté qui l’ont créée. Ce sont des humains qui n’ont pas fait leur rôle et qui ont fait que la société a commencé à se décomposer, à se déchirer et à faire en sorte que tous les liens de solidarité s’effritent, surtout dans les grandes villes. On a perdu la sagesse des ancêtres. 

    A Akamasoa, les adultes doivent accepter de travailler s’ils veulent rester. Nous avons créé des carrières qui accueillent jusqu’à un millier de personnes. Quand j’ai vu le courage de ces gens-là, j’ai été ébloui.

    Tout commence par un lien de confiance

    Vingt règles ont été décidées pour vivre ensemble et la première est de ne pas voler. Parce que, quand on se vole les uns les autres, on se décourage et plus personne ne souhaite travailler. Les autres règles concernent la vie en commun comme l’interdiction de drogue, des insultes… 

    Les villageois m’ont donné un pouvoir qui est basé sur la confiance. Quand vous faites le bien autour de vous et que les gens voient que vous êtes honnête, authentique et que vous tenez vos promesses, alors ils sont prêts à vous suivre partout, jusqu’à la mort. Tout commence par un lien de confiance.

    Il faut agir plus vite que le FMI

    Les aides qui viennent de l’extérieur sont trop lentes. Les grands organismes tels que la Banque mondiale, l'Union Européenne ou le FMI [Fonds monétaire international] aident les populations. Mais si aujourd’hui on commence à discuter avec eux, c’est dans trois ans que l’aide sera débloquée. En trois ans, combien de gens vont mourir ? Il faut agir plus vite. A Akamasoa, nous construisons chaque année quinze nouvelles salles de classe, parce que chaque année il y a 500 nouveaux élèves. Il faut oser, se lancer, se risquer à faire le bien. Nous faisons une société où les gens s’entraident, se font confiance et où la ville est propre.

    La messe doit être joyeuse, sinon on s’endort

    Dieu est amour et il est vivant. Alors on ne doit pas être triste ! Lors de la messe le dimanche matin, on est près de 10 000 pour chanter, danser. Si on était triste, on s’endormirait. Nous avons créé une liturgie où tout le monde participe, les parents, les enfants, les ouvriers. Ce n’est pas un spectacle, mais une célébration de la vie, de l’amour de Dieu, et elle nous donne la force pour la semaine qui vient.

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  • Quatre millions de personnes non ou mal logées

    Incroyable mais vrai : il n’y a pas que les riches qui ont des problèmes ! Les pauvres, aussi, à commencer par le logement, et là rien de fictif, comme l’explique le rapport de la Fondation Abbé Pierre.  Le rapport est aussi complet, instructif et accablant. Voici les chiffres des 4 millions de personnes non ou mal logées.

    896 000 personnes privées de logement personnel

    D’abord le chiffre le plus lourd : 143 000 personnes sont sans domicile, et vivent en situation d’hébergement, en CADA, en abri de fortune, à l’hôtel ou à la rue. Ça correspond à des villes comme Grenoble, ou Angers ou Dijon.

    643 000 personnes sont hébergées chez des tiers de manière très contrainte :

    - 69 000 personnes de 17 à 59 ans hébergées par des personnes sans lien de parenté direct ;

    - 339 000 personnes de plus de 25 ans contraints, après une période de logement autonome, de revenir habiter chez leurs parents ou grands-parents faute de logement autonome ;

    - 153 000 majeurs de plus de 25 ans chez leurs parents incapables de décohabiter pour raisons financières ;

    - 83 000 personnes de plus de 60 ans hébergées chez un tiers sans lien de parenté direct.

     

    2 819 000 personnes vivent dans des conditions de logement très difficiles.

    Le rapport explique la situation à partir de trois grands critères :

    - 2 090 000 sont privées de confort, car leur logement ne possède pas d’eau courante, de WC intérieurs, de douche, de moyen de chauffage ou de coin cuisine, ou leur façade est très dégradée, avec des fissures profondes, avec tout ce que cela entraine pour l’humidité, les perditions d’énergie et l’hygiène ;

    - 934 000 personnes vivent en surpeuplement dit « accentué », c’est-à-dire qu’il leur manque deux pièces par rapport à la norme de peuplement.

    - 206 600 personnes en habitat mobile vivent dans de mauvaises conditions, faute d’accès à une offre d’habitat adapté, à savoir terrain familial locatif, logement social adapté, terrain privé pour installer des caravanes.

    *   *   *

    C’est dommage que nous ne soyons pas en période de campagne pour les présidentielles, car je suis sûr que cette préoccupation essentielle pour les personnes passionnerait les candidats, qui rivalisent d’audace pour combattre cette tragédie, indigne de notre pays.

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  • Le modèle social président

    Fillon était lundi soir au jité de France 2. Pour triompher de sa jolie victoire ? Non,… pour défendre la Sécurité sociale : « Je le dis ce soir, je prends l'engagement de faire en sorte que toutes les personnes qui doivent être protégées, qui ont des revenus modestes ou moyens, ne seront pas moins remboursées demain qu'aujourd'hui. L'objectif, c'est de regarder s'il n'y a pas, sur certains types de soins, des personnes qui ont des revenus convenables qui peuvent participer un peu plus».

    - Wahou, Fillon, t’as rejoint le Parti communiste, et tu veux faire payer les riches... Fais gaffe à nos lèvres gercées, t’es trop drôle.

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    En 2001, séguiniste défroqué et insipide, Fillon est recruté par Raffarin comme ministre des Affaires sociales. Un bilan plus que moyen, et une branlée aux régionales de 2004,… mais Raffarin lui offre une bouée de sauvetage comme ministre de l'Éducation nationale. Va suivre une réforme Fillon que tout le monde a oublié, sauf lui. Arrive le référendum européen, en mai 2005, pour lequel Fillon soutient le « oui », trahissant Séguin, avec le résultat que l’on sait. Raffarin démissionne et laisse la place au bellâtre Villepin, qui reprend Sarko au gouvernement, mais vire l’inutile Fillon. Lequel vexé comme un pouls explique que « on ne souviendra de rien du mandat de Chirac, sauf de mes réformes ». Ah bon ?

    Quand Sarko se déclare contre Villepin, il prend comme collaborateur ce rescapé. Collaborateur qui va tout approuver et tout signer pendant une campagne et un quinquennat, même sa propre humiliation. 

    Et on se retrouve en 2016. Tricard dans les sondages, il a besoin d'un positionnement marketing. Toutes les places enviables étant prises, il se résout à l’incarnation de Thatcher, avec une déclaration d’amour à la Manif pour tous.

    La semaine dernière encore, Fillon voulait redéfinir les rôles respectifs de l’assurance maladie et de l’assurance privée, expliquant que les remboursements de l'assurance maladie allaient être réservés aux « affections graves ou de longue durée », le reste devant être financé par l'assurance privée. Et comme si ça ne suffisait pas, le mec annonçait la purge des patients « par l’introduction d’une franchise maladie universelle ». Donc tu payes, et on te soigne après.

    C’était samedi. Lundi, c’est déjà l’inverse. La France, c’est ça : un modèle social. Tu piges ? Quand tu es malade, on te soigne sans que tu paies, car tu as fait l’effort par tes cotisations, toi, tes parents, tes enfants ou tes amis. Loin des slogans aussi triomphateurs qu'avachis, la Sécu, c'est la forme vivante de la solidarité, et ça, c'est notre vie.

    Fillon est une mise bien incertaine... et on verra ce qu'il pèse face à un Hollande qui va se présenter,... sans passer par la primaire, j'en fais le pari. 

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