Avertir le modérateur

étangers

  • Mourir sans-papiers

    Mourir sans-papiers. Baba Traoré, qui vient de mourir à l’âge de 29 ans, avait une sœur Maïmouna. Maïmouna vivait en France et Baba au Mali. Mais il y a de cela trois ans, Maïmouna est tombée très malade, et les médecins lui ont dit que la seule possibilité était la greffe d’un rein. Il fallait faire vite, et la seule solution a été de solliciter Baba. Baba Traoré est donc venu du Mali en France, avec un dossier constitué pour raisons sanitaires, et un titre de séjour provisoire pour trois ans, afin d’assurer le suivi médical soit de 2004 à 2007.

     

    L’opération s’est bien passée. La greffe a été une réussite et Maïmouna Traoré a retrouvé devant elle des années de vie, une vie comme les autres.

     

    Baba Traoré est resté en France, d’abord pour le suivi médical. Puis il a voulu rester auprès de sa sœur et de ses amis, parce qu’il avait pris le goût de vivre en France. La famille, les amis : un truc insensé. Mais impossible d’aller plus loin : la préfecture a refusé de donner suite et a prononcé un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière.

     

    L’histoire a pris fin ce week-end. Alors qu’il sortait d’une station RER à Joinville-le-Pont, avec sa carte Navigo en poche mais pas les précieux papiers, il a pris peur devant un contrôle de police et a cherché à s’enfuir. A suivi une course poursuite et 400 mètres plus tard, Baba Traoré a cherché une dernière issue en sautant dans la Marne depuis un pont. Sans espoir. Il a pu être repêché en état de choc, et est décédé le lendemain. Une histoire d’une infinie tristesse. Nous avons perdu un homme bon.

     

    Une enquête a été confiée à l’Inspection Générale des Services, et nous attendrons d’en savoir plus.

     

    Ce qui pose problème c’est l’indignation sélective. Je fais bien entendu référence aux propos de Luc Chatel, le nouveau porte-parole du gouvernement qui, invité hier du forum Radio-J a exprimé « une pensée pour la famille de ce jeune » avant d’affirmer « Mais nous sommes dans un pays où il y a un état de droit. Il y a des contrôles de police et quand on est un citoyen en règle on se conforme aux contrôles de police ». Ah bon, Monsieur le Ministre ? Vivre sans-papiers, c’est accepter de mourir ?

     

    Un homme quitte le Mali où il ne demandait rien à personne pour donner un rein qui permet à sa sœur de vivre. Son titre de séjour est expiré. La police lui fait tellement peur qu’il prend le risque de mourir. Le seul commentaire de Luc Chatel est de mettre sur le même plan un contrôle de police et la vie d’un homme. Non Luc Chatel, une police qui fait peur c’est un problème en soi. L’autorité, ce n’est pas la création de la peur.

     

    Même s’il avait commis une infraction, cet homme ne devait pas mourir. Mais il n’avait pas commis d’infraction, et sa mort est donc profondément injuste. La France est en train de se perdre avec sa politique d’immigration ? plantée sur cette odieuse culture du résultat. La fermeté peut conduire à l’injustice. Et quelle image pour la France …

     

    Pour ma part, j’aurais bien vu une marche blanche pour le noir, avec Bernard Kouchner et Rama Yade portant une grande banderole : « Un homme est mort car il était sans-papiers – Interrogeons-nous sur nos pratiques ».

     

    Ce soir, j’écouterai Lobi Traore jouer « Mali blues ».

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu