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éthique

  • Parlement/Comité National d’Ethique : De la loi à la morale

    Le personnel politique nous gave,... mais on va voter. C’est dire notre foi républicaine, avec l’idée qu’un p’tit gars peut se révéler un bon soldat quand il se trouve au front et sous l’uniforme. C’est dire que nous attendons des élus qu’ils assument leurs fonctions. Le monde souffre trop d’imbéciles prétendant à des fonctions qu’ils sont dans l’incapacité d’exercer.9782350770338_1_75.jpg

    Au regard de ces critères sains comme l’air du grand large, examinons ce qui se passe avec la loi PMA. Je veux dire PMA tendance gay, car la PMA est  inscrite dans la loi depuis 1994.

    D’un côté le Parlement

    Selon l’article 6 de la Constitution, « La Loi est l'expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation ». Nickel.  

    Les pouvoirs du Parlement sont définis par l’article 24 : « Le Parlement vote la loi. Il contrôle l'action du Gouvernement. Il évalue les politiques publiques ».

    Là, premier problème. Le Parlement voulait vite voter une loi PMA, mais le Gouvernement a imposé un report en fin d’année, si tout va bien. Sous mes yeux ébahis, le Parlement n’a rien contrôlé, et le Gouvernement l’a bien contrôlé. Yurghhh !

    Et pourquoi ce délai ? Pour attendre un avis du Comité consultatif national d'éthique.

    De l’autre, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE)

    Ce comité (Décret n°83-132 du 23 février 1983) dépend des ministres chargé de la recherche et de la santé,... et pas du Parlement. Ouille, ouille, ouille… j’ai mal à mon vote !200906070683_w350.jpg

    Sa mission est donner son avis « sur les problèmes moraux qui sont soulevés par la recherche dans les domaines de la biologie, de la médecine et de la santé ». Donc, la morale à partir des questions de recherche.

    Me voici derechef ébahi, car la loi mariage gay repose sur un principe juridique, l’égalité, et pas sur la morale. Pourquoi bloquer le Parlement pour un arbitrage moral ? Et puis, il n’y a aucune problématique de recherche, la loi visant seulement à étendre un peu le domaine de pratiques de PMA parfaitement connues. Substituer la morale à la loi ? Ah les petits coquins… La loi, c’était donc « la morale pour tous » ?

    Je me suis alors intéressé à la composition de notre arbitre moral.

    Le président du Comité est nommé par décret du Président de la République, pour un mandat de deux ans renouvelable, ce qui lui confère une indépendance totale.

    On trouve ensuite cinq personnalités désignées par le Président de la République « appartenant aux principales familles philosophiques et spirituelles ».

    Re-re-ébahissement : le Gouvernement suspend les travaux du parlement laïc pour recueillir l’avis des religieux ! Les mêmes qui ont manifesté contre le projet de loi… Un véritable attentat contre la laïcité commis par des intégristes laïcards, ah ah ah ! morale.jpg

    Viennent ensuite dix-neuf personnalités « choisies en raison de leur compétence et de leur intérêt pour les problèmes d'éthique », dont seulement un membre de l'Assemblée nationale et un membre du Sénat, puis quinze autres appartenant au secteur de recherche. Les parlementaires sont 2 sur 35. Super.

    Alors, loi ou morale ?

    La décision du Gouvernement est anti-démocratique, car on bloque le processus législatif pour lui substituer un oracle moral. Le Parlement est ce qu’il est, mais au moins il représente le peuple et ses débats sont publics. Avec la CCNE, on entre dans un tunnel de six mois de réflexions secrètes, et le Gouvernement entérinera nécessairement le résultat.

    C’est un renoncement.

    Le pouvoir dispose de solides majorités parlementaires, il est entouré de services ultra-compétents dans les chambres ou les ministères, et il peut consulter maints organismes, genre hauts conseils de ceci ou de cela, qui pullulent. Mais il arrête tout pour attendre la sentence morale des religieux et des scientifiques. Voir le Parlement qui suspend ses travaux pour recevoir une leçon de morale…

    Alors, le socialisme normal est un moralisme, c’est ça ? Tout ça pour ça ? 

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  • Eva Joly se lance dans une carrière d’illusionniste


    dessin-illusion.jpgBonne nouvelle : Eva Joly is still alive. Les équipes d’investigation du blog l’ont retrouvée à Rio. Nous pensions débusquer Eva en Guadeloupe ou à la Martinique entrain de faire du boudin antillais, pour ne pas avoir été nommée ministre de la Justice alors que tout la qualifiait. 

    Mais sûre de son génie, et confortée par l’enthousiasme populaire qu’elle a créé lors de la campagne des présidentielles, Eva Joly laisse comme menue monnaie la politique en France et s’attaque à un challenge enfin à la dimension de son talent : l’éthique internationale.

    Et oui, chères amies et chers amis ! Eva Joly est à Rio pour créer un « Tribunal international éthique ».  Et d’expliquer : « Sur le modèle du tribunal Russell, qui avait fait beaucoup pour arrêter la guerre au Vietnam, il s'attaquera aux crimes contre l'environnement ».

    Moi je trouve qu’Eva Joly a bien raison. Comme elle ne peut se faire élire nulle part et que personne ne veut la nommer  nulle part, elle se crée son tribunal mondial et se nomme présidente. Bien vu,… mais un peu modeste. Tant qu’à faire, elle pourrait ajouter à ses compétences le bonheur absolu et l’amour fou. Ca ferait une somptueuse carte de visite : « Madame Eva Joly, quasi-ministre de la Justice, Présidente duTibunal international de l’éthique, du bonheur absolu et l’amour fou ».

    A part çà, son tribunal bidule, c’est juste une grosse arnaque.

    Cette invention des tribunaux d’opinion date de l’époque où il n’existait aucun système juridique international capable de sanctionner les violations du droit. Alors, on créait une belle asso, on lui donnait le nom de tribunal, et au lieu de tenir un congrès, on organisait un simili procès, comme une pièce de théâtre. Avec de bons relais médiatiques, ça pouvait avoir un impact sur l’opinion.nd7sb4lkry.jpg

    Tout le problème est que désormais on dispose de règles efficaces en droit international, et les relativiser pour préférer des tribunaux de bazar est une faute. Le système a encore plein de défauts et d’insuffisances,… mais la principale faiblesse est que les groupes militants n’ont pas encore compris tout ce que pouvaient apporter  les outils actuels du droit. Ce droit est mésestimé, voire honni, car ressenti comme lié à la mondialisation, alors qu’il est d’une efficacité remarquable dès que l’on s’en sert, non pour faire de beaux discours, mais en soumettant aux tribunaux des bases factuelles sérieuses assises sur les techniques actuelles du contentieux.

    Un seul exemple : la responsabilité des entreprises. Les traités d’investissement qui permettent de faire du business comprennent tous les clauses liées au respect des droits fondamentaux… difficiles à opposer aux Etats, mais faciles à utiliser contre les entreprises. Par priorité, choisissez celles qui ont leur siège en Europe, histoire de se les farcir avec les goûteuses et charnues jurisprudences de la Cour de Justice de l’Union Européenne.

    J’ajoute que quand on en est à dénoncer des « crimes écologiques », parler d’éthique est de la foutaise. Ce qui est en jeu, ce sont les spoliations de biens à grande échelle et les atteintes à la santé, données sur lesquelles on dispose de bons outils juridiques, et ce dès le droit interne.

    Eva Joly a choisi d’amuser les grands groupes industriels avec son « tribunal international éthique ». C’est sûr que ce genre d’annonce, qui détourne des actions juridiques efficaces pour de la guimauve bien-pensante, doit les faire bien rire. 

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  • Une grande réussite du bébé-médicament

    fiv2.jpgAndrès, aujourd’hui âgé de 7 ans, était atteint d’une redoutable forme d’anémie : une bêta-thalassémie majeure, la forme la plus grave de cette anémie génétique due à une anomalie des gènes de l'hémoglobine. Un petit garçon destiné à recevoir des transfusions la vie durant, et une vie pleine de périls. Aujourd’hui, Andrès est guéri. Son médicament ? Un petit frère, Javier, né en octobre 2008, à l'hôpital Virgen del Rocio de Séville. Une première médicale en Espagne.

    Toute une aventure pour Javier. Car ce n’était pas n’importe quel enfant du couple qui pouvait  sauver le grand frère. Il fallait être sûr que cet enfant soit compatible avec ce dessein thérapeutique.

    La manip’ salvatrice, c’est un prélèvement sur le sang du cordon ombilical du nouveau-né, qui est greffé à son frère, pour que ces cellules saines colonisent la moelle osseuse du frère malade et lui permettent à son tour de fabriquer des globules rouges sains. Ce sont les fameuses « cellules souches », contenues dans le cordon ombilical, qui sont les bases de la fabrique du sang. Rien d’évident, mais beaucoup d’espoir dans ces progrès humains.

    Tout commence par une fécondation in vitro (FIV) : stimulation hormonale, prélèvement d’ovules de la mère, fécondation par le espoir.jpgsperme du père dans un laboratoire. S’ouvre alors la phase la plus délicate, scientifiquement et juridiquement : le diagnostic pré-implantatoire : observation des embryons, et tests pour choisir les plus aptes.

    En France, cette technique est légale depuis la loi de bioéthique d’août 2004, et repose sur une étroite collaboration entre les parents, les médecins d’une équipe spécialisée, et l’Agence de biomédecine qui est chargée de délivrer les autorisations au cas par cas.

    Ce qui pose aussi le devenir des embryons non sélectionnés. D’après la loi, il revient aux parents de décider de leur sort, en concertation avec les médecins du centre de procréation médicale : destruction, congélation pour une éventuelle utilisation future ou don à la recherche scientifique.

    Après la naissance, les médecins de Séville ont attendu quelques mois, et le 23 janvier a été effectuée la transplantation, appelée transplantation médullaire, avec des chances de succès estimées entre 70% et 90%.

    Hier, l’équipe médicale a crié victoire. La greffe a été une réussite, et Andrès vient désormais à l’hôpital comme simple visiteur.

    Enthousiasmant, mais pas simple. Rein à voir avec le clonage, certes, mais les questions sont complexes.

    Scientifiquement la technique offre de magnifiques perspectives, mais la réussite n’est pas assurée. Sur un plan éthique, la sélection des « bons » embryons, et le rejet des autres n’est pas rien : la loi donne un cadre, et acceptant de briser le tabou de la « destruction des embryons ». Humainement, de grands enjeux attendent les parents, car il faudra assumer le fait que le petit frère est né avec une mission bien précise, et qu'en incluant cette donnée fondatrice, il reste à créer une vie d’enfant, insouciante, joyeuse et curieuse de tout.

    Naissance du désir - Raphaëlle Giordano

  • Payer pour des ovocytes

    772533361.3.jpgPayer pour les ovocytes. Mère à 59 ans, avec un accouchement prévu à la maternité de Port-Royal à Paris, ça ne pouvait passer inaperçu. L’équipe médicale met tout en œuvre, avec de vraies inquiétudes d’autant plus qu’il s’agit de triplés. Ce qui est sûr, c’est que cette grossesse serait en France illégale. Les lois qui encadrent l’assistance médicale à la procréation en limitent les effets aux personnes en âge de procréer.

    Alors comment, cette maternité ? Par un voyage au Vietnam, pays qui pratique sans réserve le don d’ovocyte. Et si le Vietnam est dans l’abus, manifeste car cette maternité met en danger le vie de la mère, la France, toute parée de ses habits éthiques, est bien à la traine. L’éthique confine à l’hypocrisie d’un confort illusoire, quand il suffit, pour la dépasser, de passer la frontière.

    L’ovocyte, encore appelée ovule, est la cellule reproductrice féminine. Les ovocytes sont normalement bien calés au chaud dans l’ovaire, se préparant pour la visite de l’ami spermatozoïde, et après la douce fusion des noyaux de l’un et de l’autre : et c’est parti pour la grande aventure de l’embryon.

    Très bien, quand tout marche bien. Quand ça va mal, on stimule l’ovulation, puis, avec le sperme du mari, on pratique une fécondation en laboratoire, et on implante l’ovocyte. Mais quand ça ne va plus du tout, la seule solution est d’implanter un embryon, conçu par la fécondation d’un ovocyte donné et du sperme du mari ou du compagnon. Qui donne ces ovocytes ? C’est là que ça se complique.

    Le processus n’a rien d’évident. Il commence par une stimulation des ovaires afin d’obtenir plusieurs ovocytes. 10 à 12 jours avec des injections sous-cutanées quotidiennes, des prises de sang et une échographie ovarienne, pour surveiller au jour le jour l’évolution. Le don est en réalité un prélèvement effectué par voie vaginale, sous anesthésie, et à une heure précise : 35 à 36 heures après la dernière injection. La femme donneuse rentre à la maison le soir, mais bien brassée quand même. Ajoutez des douleurs et quelques saignements. Et pour encourager, le don est anonyme et gratuit…

    Résultat des courses : la carence. Les derniers chiffres données par l’Agence de biomédecine concernent l’année 2006 : un délai d’attende allant jusqu’à cinq ans, 1 100 couples recensés en attente, 228 femmes ayant bénéficié d’un implantation, et une centaine de naissances. La société évoluant, les maternités sont de plus en plus tardives. Le problème est donc devant nous.

    Autre vérité… de l’autre côté des Pyrénées : pour la seule Catalogne, 5 000 dons d'ovocytes ont été effectués en 2006. Les femmes espagnoles seraient-elles animées par un puissant altruisme ? Non, plus prosaïquement, la loi espagnole a levé le tabou de l’argent.

    En France, les dons d’organes ou d’éléments du corps humain sont soumis à de très honorables  principes : consentement, gratuité et anonymat. Personne ne conteste le protection du consentement, très formalisé d’ailleurs. Il n’en est pas de même pour les deux autres points.

    La gratuité repose sur la théorie juridique du corps. Le corps est la personne, et il est donc hors commerce. Je ne peux pas vendre un rein pour payer le solde des impôts : très bien. Mais, comme tous les bons principes, celui-ci est fait avec une bonne dose d’élastique : pas de marché sur le corps, mais une femme peut se faire rémunérer pour dénuder son corps en dansant, ou mettre en œuvre ce corps à la recherche du plaisir tarifé d’autrui.

    L’encadrement rigoureux du don d’organe est légitime car les organes ne sont pas reproductibles. Mais franchement, quel intérêt d’appliquer le même principe à notre joyeux ovocyte qui n’attend que de rencontrer son complice et ami, le spermatozoïde ? Eviter la marchandisation du corps me dit-on… Non, cette belle loi de bioéthique a surtout pour effet de créer un vraie ségrégation par l’argent. Pour une transplantation d’ovocyte, c’est gratuit mais impossible en France,… ou 5 000 € en Espagne.

    Abandon devant le principe de réalité ? Pour ma part, je fais vite le choix. J’ai rappelé le parcours qu’est pour une femme le don d’ovocytes, et la rémunération ne heurte ni le droit, ni la morale. Des étudiantes y verraient un moyen d’aider le financer les études, et en donnant la vie. Où est le drame ?

    Et l’anonymat, pourquoi l’imposer ? Pourquoi ne pas laisser la possibilité à la femme donneuse la possibilité de laisser son identité, et à la femme receveuse de demander à en prendre connaissance ou non. Ce qui, notamment, permettrait d’encourager les dons d’ovocytes entre sœurs. Encore un drame ?

    Les lois de bioéthique doivent être révisées l’an prochain. J’espère qu’elles seront l’occasion de ces évolutions. Nous serions plus à l’aise avec cette si dangereuse maternité de 59 ans si notre droit était plus réaliste.

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