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Afrique

  • Sona Jobarteh : « Ecoute l’Afrique quand elle te parle »

    Pour découvrir Sona Jobarteh, vous pouvez vous rendre sur son site officiel, lire cette interview ou aller sur le meilleur site de jazz du monde. Mais, please, commencez par la musique, rien que la musique. On écoute,... et on en parle après. 

    Voici Sona Jobarteh en concert le 1er juillet 2015 à l’Université de Musique Franz Liszt de Weimar, avec Kari Bannermann à la guitare acoustique, Andi McLean à la basse, et Mouhamadou Sarr aux percussions. Je ne dirai qu’un mot : divin, en toute douceur divine

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  • Marzouki : « Le monde arabe de papa, c’est fini »

    Très intéressante interview de Moncef Marzouki, dans L'Orient-Le Jour. Avant de parler des zarabes, on peut commencer par les écouter, non ?

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    Peut-on établir un bilan provisoire de la situation en Tunisie, mais également dans les autres pays arabes, cinq ans après le déclenchement des printemps arabes ?

    Il faut bien comprendre qu'actuellement, c'est un processus de destruction, à la fois de régimes qui sont devenus obsolètes, les régimes dictatoriaux, mais également de l'ordre politique ancien arabe, qui était par exemple orienté autour de l'Égypte comme grande puissance régulatrice, ou par la Ligue arabe. Malheureusement, on est également en train d'assister à la destruction des frontières et peut-être à la naissance de nouvelles frontières. C'est donc tout l'ordre ancien qui est en train d'être détruit, dans un cataclysme de violence, comme cela s'est toujours passé dans l'histoire. Ce qu'on appelle les « printemps arabes », que je préfère personnellement comparer à des volcans, est une phase de destruction-reconstruction. La question est : "Qu'est-ce qui va être reconstruit sur ces décombres ?" Nous sommes en train de payer un lourd tribut dans cette phase de destruction mais elle est nécessaire dans la mesure où on ne pouvait plus continuer avec les anciens régimes. C'est un ordre nouveau qui est en train de naître dans la douleur.

    Qu'est-ce qui a été déterminant durant cette période ? Est-ce qu'il a manqué des réels leaders, des grandes figures ?

    Les grandes nations naissent autour de trois choses fondamentales : Un homme dit "providentiel", des structures fortes et un rêve. À un moment donné, le rêve était l'unité arabe, il y avait Gamal Abdel Nasser, mais il manquait les institutions. Aujourd'hui, nous n'avons ni le grand homme, ni le grand rêve, ni les institutions, donc nous nous trouvons dans une phase de destruction massive. Je pense qu'il va forcément émerger de cela des grandes figures, un rêve quelconque, et probablement, ce que nous appelons la démocratie, c'est-à-dire la volonté de mettre en place des institutions fortes, régies par le droit, régies par l'éthique et non pas régies par la volonté de X ou de Y.

    Est-ce le soutien des Occidentaux qui a manqué également ?

    Oui, bien sûr. Par exemple, si les révolutions en Europe de l'Est ont réussi c'était parce qu'elles avaient reçu un soutien massif de l'Europe. Nous n'avons pas trouvé ce soutien massif. Je me souviens quand j'étais à la tête de l'État, face à la menace terroriste, les Européens et les Américains ont voulu nous vendre des hélicoptères comme à n'importe qui. Ils ne se sont pas dit "C'est une urgence, il faut les aider." Au niveau économique également, alors que tout le monde savait qu'il y avait urgence, nous n'avons été que très peu aidés. Et pire, quand je vois maintenant par exemple les Français revenir en Égypte pour appuyer Abdel Fattah el-Sissi, alors que c'est exactement la même politique qui a consisté à appuyer Hosni Moubarak, en baragouinant un peu timidement sur les droits de l'homme, mais en réalité en appuyant un dictateur corrompu et brutal. J'ai l'impression que les Européens n'ont rien appris.

    Qu'est-ce qui a fait que le monde arabe n'est pas parvenu à réussir sa transition ?

    Quand on regarde du côté des Chinois et des Allemands, quand on examine leur histoire, on constate que les premiers ont mis cent ans pour pouvoir réussir leur transition, les seconds plus de vingt ans, entre la Première et la Seconde Guerre mondiale. Donc on ne peut pas juger la transition arabe en disant qu'elle est ratée. Car ne n'est pas le cas, nous sommes tout simplement en plein processus. Je repense à l'exemple du volcan, qui doit exploser car il y a trop de pressions à l'intérieur et qu'on ne peut rien y faire. Mais une fois qu'il a explosé, il en résulte en général une bonne terre fertile, donc il est tout aussi bien créateur que destructeur, comme le sont ces mouvements aujourd'hui.

    Ce qui peut en ressortir devrait être positif, étant donné que la population arabe est extrêmement jeune, et de plus en plus éduquée...

    Bien sûr. C'est ce que j'ai appelé la « E-generation » dans mon intervention lors de la conférence sur l'État de l'Union. Le monde arabe de papa c'est fini, c'est lui qui est en train de mourir.

    L'une des particularités de la situation en Tunisie est qu'il y a eu un relatif partage du pouvoir entre Ennahda et les forces prorégime. Est-ce qu'on pourrait retrouver cette situation dans un autre pays arabe ?

    Il suffit de le vouloir. Nous l'avons voulu, cela ne nous a pas été imposé. Nous avons vécu dans des cultures de l'exclusion de l'autre où l'on croit que le pays ne peut être gouverné que par un chef et pas par un parti. Aujourd'hui, nous sommes dans une société complexe et plurielle, où le pouvoir doit être partagé, négocié, pas sur des bases confessionnelles comme au Liban, mais sur des bases politiques. On doit se mettre d'accord sur des objectifs et des règles de vie communs. Sur la base d'un contrat social, on le négocie ensemble, on le met en place et on l'applique ensemble. Si les Arabes ne rentrent pas dans cette logique, qui est celle des Européens, et s'ils restent dans cette idée du "c'est moi qui gouverne et c'est toi qui est en prison", on n'en sortira jamais. Il faut apprendre à gouverner au centre et exclure les extrêmes qui sont porteurs de violence et de rejet de l'autre.

    Est-ce que votre expérience personnelle en tant que chef de l'État a été difficile à gérer au niveau humain, avec les différentes forces ?

    Ma première école a été quand j'ai été président de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, dans les années 80. C'était une idée magnifique de la société civile tunisienne, parce que c'est là où j'ai appris à gérer les communistes, les islamistes, les nationalistes arabes... Tout le monde était autour de la même table, et on s'était donné pour mot d'oublier nos différences idéologiques, car nous étions là pour dire non à la torture, non à la violence contre les femmes, etc. Cela nous a appris à composer ensemble. Étant passé par cette école, je n'ai pas eu beaucoup de mal, par la suite, à travailler avec divers groupes politiques. C'est une question d'éducation. Si vous êtes éduqué dans une caserne où vous apprenez à obéir aux ordres ou à en donner, évidemment vous n'avez pas la même attitude que si vous avez été formé dans la société civile.

    Selon vous, quel est le bilan provisoire de votre successeur, l'actuel président Béji Caïd Essebsi ?

    Il a fait toute sa campagne en faisant croire à son électorat qu'il était anti-Ennahda. Mais on a découvert qu'il lui a menti, parce qu'il était en réalité proche de ce parti. J'ai trouvé ça malhonnête de sa part. Ensuite, il a fait des promesses totalement irréalistes aux gens. J'ai également fait une campagne électorale, mais en connaissant les dossiers, la situation économique et la situation internationale, jamais je n'aurai osé faire des promesses, alors que lui en a fait de totalement ridicules et intenables. Par exemple, il a promis 90 000 postes de travail aux gens, ou qu'il débarrasserait le pays des terroristes, mais il n'y a jamais eu autant d'attaques et de victimes que sous sa présidence. Je pense que son bilan est totalement dérisoire et tout le monde le sait. Pendant un an, je ne me suis pas prononcé à son sujet, afin de le laisser faire, car je sais qu'il faut du temps pour gouverner. Ce ne sont pas les 100 premiers jours, mais les 365 jours qui sont décisifs, mais maintenant je suis obligé de dire que c'est quelqu'un qui a complètement raté son mandat et tous les Tunisiens le savent.

    Parlons du conflit israélo-palestinien, grand oublié de ces dernières années. Vous avez été très impliqué en faveur de la Palestine, en participant notamment l'année dernière, le 25 juin 2015, à la Flottille de la Liberté III, prévoyant de briser le blocus de la bande de Gaza. Êtes-vous toujours aussi impliqué?

    Bien sûr. Mais de facto, la question palestinienne n'est plus la plus importante. Aujourd'hui, l'urgence se porte vers la question syrienne et le calvaire du peuple syrien. Mais comme le problème palestinien est à l'origine de tous les conflits, une fois qu'on aura réglé les autres problèmes, on y reviendra forcément.

  • Salif Keita, Würzburg Africa Festival 2013

    Deux petits trucs pour ne pas perdre de temps en géopolitique appliquée : considérer l’Allemagne comme le centre de l’Europe, et voir l’Europe depuis l’Afrique. Faites ce double test, et vous verrez,... après c’est plus simple.

    C’est le pari gagné par des organisateurs de l’Africa Festival de Würzburg, un p’tit bled de Bavière qui chaque année réunit les fantastiques musiciens africains, les plus extraordinaires inventeurs du moment. S’il ne faut garder qu’un festival, c’est Würzburg. L'Afrique dépasse New York, c'est un fait, soyons réalistes.

    Pour ceux qui ne sont pas encore totalement prêts, mais que nous pouvons sauver de la torpeur post-bushiste (la peur a tort, la peur à tort), je propose de faire les premiers pas avec un authentique nègre-blanc, le génial Salif Keita, entouré d’authentiques nègres-noirs.

    Oki… Mais attention chères amies et chers amis ! Je dois être prévenant. Avant d’écouter les quatre premières mesures de ce concert, je vous demande, for psychological security reasons, (1) de prendre vos gouttes, (2) de garder les enfants éveillés pour une grande nuit à danser, (3) d’avertir tous vos voisins dans un rayon de 200 mètres, (4) de prévoir une tenue légère et colorée, (5) de demander à votre ami le préfet d’interner tous les pisse-froids de la secte de la Sécurité Incarnée, (6) de téléphoner à ceux avec qui vous vous êtes fâchés un jour pour les inviter à la maison, (7) de prévoir des fontaines de thé à la menthe ou de Lagavulin 16 ans  d’âge, c'est au choix, (8) de faire signe à votre infirmière préférée pour vous distiller les magnifiques molécules qui vont redonner à vos ligaments la joie de la jeunesse, (9) de virer toute forme de chichonerie car c’est le daube dépressive, (10) de jeter la clé de la maison dans la première rivière à portée de main car une porte n’existe que si elle est ouverte, (11) de rouler les tapis et de ranger les meubles, (12) d’appeler de toute urgence les gosses de votre meilleure amie qui sont des experts en informatique et vont permettre de porter le son de votre chaine hifi à 58.000…

    Là, c’est prêt : bonne fête, vive la nuit, et gagnez le soleil avec Salif Keita ! 

    jazz, Afrique

  • La France devra renoncer à ses lois anti-étranger et anti-Islam

    Ce WE était présenté comme celui de tous les dangers, et comme il ne s’est rien passé, tout le monde veut tourner la page. Pas moi, car l’attitude du « gouvernement » montre que les difficultés sont devant nous. Flag_of_France_svg.png

    Le grand flop du fantasme sécuritaire

    La donnée de base est claire : la communauté musulmane en France, dans son extrême diversité, se contrefiche de Charlie et des cinglés US qui veulent torpiller la campagne d’Obama. Bien sûr, les musulmans voient ce qui se passe, et souhaiteraient qu’il en soit autrement. Mais ils retiendraient volontiers la formule de Jacques Chirac : « Ca m’en touche une,… sans faire bouger l’autre ».

    La communauté musulmane est la plus tranquille qui soit, et cela reste un mystère de savoir ce qu’on lui reproche. De toute l’histoire de la République, on ne connait pas une seule manifestation violente de sa part ! Rien à voir avec les guerres de religion du XVI° siècle qui pendant dix ans, ensanglantèrent la France, avec plus de 100 000 morts. Rien à voir avec les Français de souche, qui sous Pétain, ont envoyé 80 000 Juifs dans les camps de la mort nazis.

    Restons rationnels et factuelsalgerie-drapeau.gif

    Les faits ? Voici une petite liste des affaires qui ont enflammé la France à propos de l’Islam ces deux dernières années, dans ce pays qui compte entre 5 à 7 millions de musulmans :  

    -          une demande d’annulation de mariage pour cause de non-virginité ;

    -          un restaurant Quick servant du hallal à Roubaix, à la satisfaction des clients ;

    -       une supérette Franprix ne vendant que du Hallal et pas d'alcool, à Evry ;

    -          300 femmes portant le niqab, outre celles venues des pays adorés que sont le Qatar et l’Arabie Saoudite, qui font vivre les joailliers de Paris ;

    -          une femme portant la burqa ;

    -          deux rues occupées pour des prières une fois par semaine, une à Marseille et l’autre à Paris ;

    -          des aménagements d’horaires de piscine, réservés à toutes les femmes, dans une poignée de municipalités courageuses ;

    -       une femme cadre administratif dans une créche portant un foulard ; france,afrique,loi,colonisation

    -          trois moniteurs de colonie de vacances pratiquant le ramadan, et sanctionnés pour cela pendant 48 heures ;

    Rien d’autre. Donc, des évènements insignifiants au regard de ce qu’est un grand pays.

    Et pourtant… ça canarde sans relâche

    Cette semaine, cela a été une véritable hystérie gouvernementale. Deux cents amis qui font une prière collective aux Champs-Elysées, et c’était la République en danger !

    Alors que rien ne bouge dans la communauté, a été décidée une interdiction générale de manifester sur tout le territoire, genre état d’urgence ! Dans tous les centres-villes, d’impensables regroupements de forces de police, avec au final pour nos amis les flicmen, des crampes au motif tournage de pouces intensif…

    Et une presse chaud-bouillante, prête à transformer le moindre éternuement en tsunami… Parfois, ils m'inquiètent.

    Consternant.

    Alors ? DrapeauTchad0.jpg

    Je critiquerais volontiers le « gouvernement », mais il faudrait être sûr qu’existe un gouvernement, et ça, ce n’est pas évident. En six mois, ces amateurs, rescapés du rejet du sarkozysme, sont liquéfiés. A ce stade et si vite, c’est du jamais vu.

    Hollande a eu de fortes paroles : « Je rejette ce qui divise et qui oppose ». Niveau : dissertation de 4°. Petit rappel qui a son intérêt : Hollande était venu témoigner en faveur de Charlie Hebdo lors du procès des caricatures.

    Valls ? Maire d’Evry, il regrettait devant une caméra le trop grand nombre d’immigrés sur le marché, et demandait qu’on lui ajoute des white et des blancos. Quel dommage de ne pas l’avoir collé au tribunal correctionnel, on en aurait été débarrassé.

    En réalité, deux approches se conjuguent

    Il y a bien sûr une énorme part de manip’. Après les Roms, se faire les salafistes « purs et durs », c’est du miel pour les sondages, et surtout pour faire oublier les vrais problèmes : récession économique, augmentation du chômage, accord européen de Sarko, saignée de 30 milliards d’euros, qui va finir de tuer l’économie...photo-drapeau-maroc.gif

    Mais, plus grave, il y a une part de sincérité, c’est-à-dire que ces ignorants étaient persuadés que les muslims allaient descendre en masse dans la rue et demander la mort des dessinateurs de Charlie. Quand je vois le nombre de cars de police qui sont restés stationnés tout le samedi vers la place des Terreaux, à Lyon, je me dis que le ministère de l’Intérieur ne sait rien du pays réel.

    Le ministère ne peut faire état d’aucune antériorité. Aucune. Pour les caricatures du Jyllands-Posten, la seule réponse avait été une action en justice... Demander l’application de la loi, est-ce interdit quand on insulte Dieu, juste pour se marrer ? Est-ce violent de saisir la justice, contre une ligne éditoriale de gros beauf raciste ?

    Le ministère de l’Intérieur est totalement décalé.

    Un gros problème de leadershipgabon.jpg

    Les musulmans français ne sont pas mieux servis par leurs représentants officiels quand on entend l’inénarrable Boubakeur Dalil saluer, comme une découverte, la « maturité » de la communauté. Mais, Dalil, cette maturité est acquise depuis des décennies,… notamment quand tu faisais le beau dans la Mosquée de Paris, alors que les musulmans n’avaient pour lieux de culte que les hangars des grandes industries ou les salles communes des foyers SONACOTRA.

    Cette maturité s’est affichée de manière encore plus forte quand la communauté a répondu par l’indifférence à tes déclarations, seul arabe et musulman à avoir reconnu comme juste l’agression d’Israël sur la population de Gaza, en décembre 2008/Janvier 2009, agression constitutive de crimes de guerre avec 1 600 morts, 5 000 blessés graves, des destructions en masse et toutes les mosquées de Gaza frappées par des armes lourdes.

    La réalité est que les autorités françaises sont à la dérive

    Devant le spectacle d’une telle errance gouvernementale, un regard rétrospectif est nécessaire.

    Tout est parti de la loi sur le foulard dans les écoles. Rien de rationnel ne justifiait cette loi. drapeau-Mali.png

    La jurisprudence du Conseil d’Etat était établie, et correspondait à ce qui se pratique dans tous les pays civilisés du monde : la liberté religieuse relève de la conscience, et les manifestations extérieures ne peuvent être sanctionnées que si elles causent un trouble à l’ordre public, en l’occurrence pour les établissements scolaires, le prosélytisme et le refus d’assiduité.

    L’origine de cette loi, qui a tout fait basculer ? Soyons précis. Sarko, ministre de l’Intérieur, s’investissait sur la question musulmane pour ne pas être que le premier flic de France, et Juppé a balancé cette affaire, gratuitement, pour lui nuire. Aucune demande ne venait des écoles. C’était juste une manœuvre interne à l’UMP.

    La Gauche a fait consensus, car sa ligne est SOS Racisme, qui refuse les différences et a pour projet de blanchir les arabes. Houellebecq a vomi son intolérance dans un roman, et tout est devenu possible, car de label intellectuel. Etre anti-Islam était désormais de bon ton.

    Tout a suivi, à coup de lois répressives, la France se crispant sur une identité fantasmée, et cartonnant tout ce qui n’était pas blanc de chez blanc. Des restrictions insensées sur l’accès au statut de réfugié, la nationalité, le travail des étrangers, l’accès aux études supérieures, le refus de vote aux élections locales, les sanctions collectives contre les Roms... Je limite la liste que tout le monde connait. Guéant court après Le Pen, et Valls court après Guéant. La France prend une sale couleur bleu marine. senegal.jpg

    L’ONU condamne désormais régulièrement la France pour des atteintes aux droits fondamentaux, mais la xénophobie d’Etat, pour qui les étrangers et l’Islam sont des problèmes sans autre solution que l'exclusion, s’en moque.   

    Oui, mais la vie réelle…

    Tout le problème est que les faits sont têtus, et que la vie réelle est à des années lumière de la vie politique. Ce fatras de lois ne se trouve qu’en France, comme cette conception hallue de la laïcité,... ce qui devrait éveiller l’attention, mais ils n’entendent rien. Ils foncent. Dans le vide.

    La France qui innove ne se trouve pas dans le XVI° arrondissement de Paris mais dans le 9-3, et pas dans le VI° arrondissement de Lyon mais à Vaulx-en-Velin. De partout, dans les familles, les quartiers, les entreprises, les universités, les réussites sont là, porteuses d’avenir. Aucune loi ne peut rien faire contre cela, car se sont les forces de la vie.

    La France refuse de voir son histoire en face

    Essayons de rester logiques. Toutes les lois et ces pratiques répressives n'ont pas pour objet de régler de vrais problèmes, car la liste faite plus haut montre que cela ne le justifie pas.CAMEROON_drapeau.gif

    Il faut donc revenir à cette évidence : la France refuse d’admettre ce qu’elle doit à l’Afrique. La France de 1789 était esclavagiste et colonialiste. Ce sont les marques de son histoire moderne. Par la violence des armes, la puissance économique et la force de lois injustes, elle s’est imposée sur des terres qui n’étaient pas à elle. Ce grand quart Nord-Ouest de l’Afrique a été pour la France la source de sa richesse et de son influence politique. Quand il ne suffisait pas de contrôler ces trente pays, la France a appelé leurs ressortissants pour venir sur le territoire métropolitain, jouer un rôle irremplaçable pendant les deux guerres mondiales ou pour assurer le salariat des entreprises, pendant les Trente Glorieuses.

    Aujourd'hui, la France dit : « Je ne vous connais pas, restez chez vous ». Mais c’est juste impossible, et je n’ouvre pas ici la question des culpabilités. En deux siècles de cette exploitation, ce sont créés des liens que rien ne peut dissoudre. Allez à Saint-Louis, à la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie, vous y verrez un immense monument. C’est celui dédié aux Sénégalais de cette ville, morts pour la France entre 1914 et 1918. Allez au Chemin des Dames, et vous trouvez leurs frères, morts en 1917. Pitié, arrêtez de nous parler de deuxième génération... nous sommes à la dixième !  

    La répression, pour ne pas voir republique-centrafricaine.jpg

    En voulant cacher ces signes religieux extérieurs qui ne gênent personne, en interdisant l’idée même d’une manifestation musulmane, en fantasmant les violences de la plus paisible des communautés, l’Etat montre qu’il refuse de voir la société telle qu’elle est.  

    Cette politique insensée se blinde par des lois toujours plus dures, toujours plus restrictives, et qui, dans le monde, font de la  France un contre-modèle.

    La France se prive d’alliances qui seraient les plus fructueuses, comme être le pays de toutes les cultures et de toutes les religions, avec des coopérations qui marcheraient car elles conforteraient le sort des peuples. Un seul exemple de ce qu'il ne faut plus faire ? L’accord économique passé entre l’Union européenne et le Maroc, qui fait du Maroc la terre d’élection pour les grands groupes agro-alimentaires français et espagnols, au détriment des agriculteurs des deux rives. La domination est une impasse.

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    Notre histoire commune s’est faite dans la violence et l’injustice. Il reste des ardoises à payer, mais il faut savoir tourner la page. Nous avons tout à faire avec les populations du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest, qui nous sont si proches.

    Le résultat de cette répression légiférée est nul, car l’analyse de départ est fausse. Il faut donc combattre ces lois, méthodiquement, avec les arguments de droit et le respect des faits. La France retrouvera alors la fidélité à son histoire. Nous n’avons rien à redouter du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest, mais tout à en espérer, dans un grand mouvement, simple et efficace : la civilisation du droit.

     

  • Félicitations à la Russie, nouveau membre de l’OMC

    Avec l’actu, on ne s’ennuie jamais : vendredi, la Russie est la honte du monde qui, s’opposant aux sanctions contre la Syrie, est dénoncée comme complice des bains de sang ; lundi, merveille, la Russie est un brave partenaire, nouveau membre de l’OMC. Bienvenue dans le monde libéral, où on ne rigole pas avec les principes...

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    Cela faisait dix-huit années qu’on en causait, et Poutine a signé le protocole hier, après le vote par le Parlement russe les 10 et 18 juillet derniers. La Russie était la dernière grande puissance économique à ne pas être membre l’OMC.

    En devenant le 156° membre, la Russie fait le choix de secouer son économie, en baissant ses droits de douane et en exposant des secteurs protégés à la concurrence internationale. Alexeï Portanski, le directeur du bureau d’information sur l’adhésion de la Russie à l'OMC, explique : « Nous avons épuisé les possibilités de croissance basée sur une hausse importante de la production et l’exportation d’hydrocarbures. Il faut maintenant produire et exporter des produits concurrentiels ».

    Cette arrivée dans l’OMC et les affaires de Syrie, ça fait un joli télescopage dans le calendrier. L’accord des pays membres avait été donné en décembre 2011, et le point de vue de la Russie était déjà bien clair : fin des ingérences US via l’ONU. La Russie était hérissée par l’interventionnisme de ces dernières décennies et l’entourloupe libyenne a fait déborder le vase : on vote pour un blocage de l’espace aérien… et on se retrouve avec un changement de régime ! La Russie défend des intérêts spécifiques en Syrie, certes, mais sa position de principe va au-delà. Elle signifie aux Etats-Unis, et ses acolytes la Grande-Bretagne et la France, l’ouverture d’un temps d’impuissance.

    L’entrée dans l’OMC s’inscrit dans le grand retour de la Russie vers les premières places. Certes, l’OMC n’est pas l’ONU, mais cette arrivée se fait dans la bonne humeur… Les grandes colères occidentales exprimées à New York semblent donc pouvoir être contenues.

    La Chine, elle aussi, bloque tout à l’ONU, pour défendre le principe de non-ingérence. Vendredi, elle a annoncé tout sourire un doublement de ses crédits à l’Afrique, avec 20 milliards de dollars pour les trois ans à venir. La Chine devient le premier bailleur de fonds de l’Afrique.

    Ajoutez la puissance de l'Inde... Personne ne peut se tromper : le centre du monde se déplace vers l'Est.

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