Avertir le modérateur

Arche de Zoë

  • Arche de Zoe: La grâce et la pantalonnade

    La grâce et la pantalonnade. Demander grâce au président Deby, après l’avoir injurié : c’est le grand écart que nous offre la lumineuse défense de l’Arche de Zoe, sur fond d’assistance militaire à un Deby en sursis. Quand l’idéal rejoint le contingent…

    La grâce présidentielle, c’est l’article 17 de la Constitution du 4 octobre 1958 : « Le Président de la République a le droit de faire grâce ». Comme Saint-Louis sous son chêne, le Président rend la justice, en défaisant les jugements rendus, sans avoir à motiver sa décision. Et le modèle est universel.

    On accorde souvent à ce droit de grâce une origine de droit divin…  Mais ce n’est là qu’une résultante. Les régimes anciens avaient les plus grandes difficultés à s’extirper de leurs racines religieuses, et tout ce qui était essentiel l’était « par la grâce de Dieu ».

    Dans son principe, la grâce n’a rien de religieux. Elle est l’une des expressions les plus justes du pouvoir. Et elle justifie alors son nom, comme représentation de la grâce dans la vie politique.

    Dans la Clémence d’Auguste, Pierre Corneille donne à l'impératrice Livie, exhortant Auguste triomphateur d'une conjuration d’accorder grâce, les mots de la grandeur : « Qu'il peut, en faisant grâce, affermir son pouvoir, Et qu'enfin la clémence est la plus belle marque, Qui fasse à l'univers connaître un vrai monarque ». Savoir gracier, c’est sublimer l’autorité, en affirmant le juste pouvoir, celui qui est fondé sur la vertu de la magnanimité. Le juste pouvoir n’a rien à voir avec l’autoritarisme ; il discerne ce qui permettra le mieux de construire l’avenir. La mesure de grâce est au dessus de la justice, car elle repose sur une hauteur de vue ignorée des juges, qui n’appliquent que la loi.

    C’est dire, s’agissant de la grâce annoncée, nous sommes loin de ces vertus.

    D’abord, notre président, qui avait annoncé qu’il ne pratiquerait ni l’amnistie, ni la grâce, décrite comme des survivances des temps anciens. L’argument : la séparation des pouvoirs et le respect de la justice. Les détenus qui se sont vus refuser, et avec quelle énergie, la grâce du 14 juillet qui était devenue coutumière, apprécieront au plus haut niveau la demande collective qui sera transmise par l’Elysée au chef d’Etat tchadien.

    Ensuite la joyeuse équipe de l’arche de Zoe, avocats en tête, qui après avoir traité la justice et les autorités tchadiennes  de tous les noms, vient aujourd’hui demander sa grâce. Une mention spéciale à l’excellent Gilbert Collard, qui le 14 janvier, sur France Info, avait comparé le président Tchadien à Amin Dada, et qui devant le tribunal de Créteil stigmatisait « une décision rendue en violation de tout ce qui fait notre honneur ». Et un accessit très méritoire à Mario Stasi, ancien bâtonnier du Barreau de Paris, ci-devant membre du Comité Consultatif National d’Ethique, qui, après avoir accordé son approbation silencieuse aux éructations de Gilbert Collard, avait ponctué sa plaidoirie de Créteil en mettant au défi les juges : « Nous attendons votre courage.» Rien de moins !

    Et enfin, le bon président Deby. Cette affaire devait être l’occasion pour la justice africaine de s’imposer. « Je suis prêt à leur pardonner », a affirmé sur Europe 1 le grand homme. Et comme le soulignent les dépêches, M. Deby a ensuite salué l'aide apportée par la France à son régime, en termes notamment de renseignements, face à l'alliance rebelle qui avait attaqué N'Djamena. Mais bien entendu, les deux aspects sont indifférents !

     

    La grâce, expression sublime de la magnanimité en prend un sacré coup. Après tout, il faut s’habituer aux temps nouveaux. Sur la scène, c’est un curieux spectacle de danse qui va remplacer Corneille, avec Gilbert Collard comme maître de ballet et Eric Breteau en danseur étoile.

  • Arche de Zoë: S'enfuir avec des enfants volés

     

    L’Arche de Zoë est une affaire grave. Je ne saurais que trop encourager à lire, entre les lignes, les comptes-rendus du procès qui se tient actuellement devant la Cour criminelle de N'Djamena.

     

     

    On en sait beaucoup, notamment par les déclarations des premiers intéressés, qui depuis leur prison, donnaient des conférences de presse. Le tout est accablant, et la décontraction avec laquelle les faits sont revendiqués, sidère. Eric Breteau persiste et signe : j’avais raison, et je suis prêt à recommencer. Et les comités de soutien, béats d’admiration, applaudissent… Je ne suis pas sûr que cela suffise à convaincre les juges… En attendant, on trouve dans la presse, à commencer par Libération, sous la plume de Somaria Malagardis, des commentaires ahurissants, sur le thème « il se débrouille bien le Breteau, et il est finalement assez sympa ». Syndrome de Stockholm ?

     

     

    Je passe sur les données générales, qui sentent déjà très mauvais :

     

    Un chef absolu, que la présidence de la Fédération française d’automobiles tout-terrain prédestinait à l’action humanitaire, et qui assoit son pouvoir par la maîtrise de l’information. Il est le seul savoir, et ne dit aux autres que ce qui l’arrange.

     

    Un ensemble de freins qui n’ont pas joué, depuis les ministères jusqu’à la conscience des membres de l’équipe, en passant par les militaires français peu soucieux d’être renseignés.

     

    Un immense mépris pour les Africains, sur le mode du colonialisme le plus décontracté : « Nous allons faire leur bonheur malgré eux. »

     

     

     

    S’agissant des faits, deux points sont accablants.

    Le premier est la question des intermédiaires, Mahamat Eritero et Souleïmane Ibrahim. Libération y voit le retournement du procès, qui accrédite la thèse d’Eric Breteau : ils reconnaissent avoir désignés 70 enfants sans savoir s’ils étaient orphelins. Victoire crie Libé ! Mais victoire de quoi ? Ce sont là les méthodes de l’action humanitaire ? Pour trouver des enfants orphelins, adressez-vous à un vieux marabout et un ancien colonel devenu chauffeur, mais surtout pas aux autorités ou aux proches ! Si des fois les orphelins ne l’étaient pas, c’est tout le rêve de la gentille équipe des blancs qui s’écroulait !

    Le second est le mensonge sur la destination. A aucun intermédiaire africain, et surtout pas à ses recruteurs d’orphelins, Eric Breteau n’a annoncé la vraie destination, à savoir la France aux fins d’adoption. Il parlait d’une structure d’accueil sur place. Voilà la réalité du projet : s’enfuir avec des enfants volés à leur famille et à leur terre.

    Alors quand le même se présente comme un des derniers défenseurs de la « Convention de Genève », il y vraiment de quoi se taper le cul par terre ! Les associations humanitaires, les vraies, qui ont de justes méthodes de travail, observent un silence gêné, comme s’il ne faillait nuire à un collègue dans la mouise. C’est à elles qui ce silence nuira, car il va instaurer le doute. Durablement. 

    Les thèses de la naïveté ou du coup médiatique ne valent pas tripette. La réalité est celle d’une activité délinquante, animée par le mépris profond des réalités africaines et de la vie des noirs. La condamnation est déjà dealée. Le seul vrai rendez-vous est celui des faits. Et la principale difficulté du procès est que n’existe pas la qualification qui conviendrait le mieux, à savoir le vol d’enfants.

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu