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Démocratie

  • Le blog publie le rapport que Trump ne veut pas voir publié

    Combien de temps va durer Trump ? Au premier abord, on peut dire qu’il va tenir quatre ans, vu la sacralisation de la fonction présidentielle aux Etats-Unis (Amérique du Nord, territoire indien occupé), mais il ne faut pas écarter que notre ami, idole des masses populaires en perdition, se fasse dégager prématurément, car ce lunaire - obligé de dealer avec le Parti Républicain - a choisi comme vice-président Mike Pence, qui est jugé très honorable dans cette maison.

    Bref, le jour de l’investiture de Trump, se trouve diffusé sur Internet, à partir du site BuzzFeed, un drôle de document. Il s’agit d’une compilation de mémos anonymes et informels, sur 35 pages, rédigés sans citer les sources et sans preuves. C'est au lecteur d'apprécier la valeur probatoire au regard de la cohérence du récit. Pas d’en tête, ni de signature, donc pas la peine de s’y arrêter, la pente glissante des coups tordus des services étant ingérable.

    Sauf que.... Sauf que ces mémos, attribués à un ancien agent du M16, le renseignement british, ont été jugés dignes d'intérêt par les quatre boss du renseignement US, à savoir le directeur de la National Intelligence James Clapper, le directeur du FBI James Comey, le directeur de la CIA John Brennan, and et le directeur du NSA Mike Rogers. A tel point que la semaine dernière, ces gentils garçons ont soumis ce document à Obama, à Trump et à quelques chefs à plumes parlementaires.

    Et pas de chance, les voici sur Internet le jour de l’investiture.

    Trump est furieux de cette publication, et je ne peux donc faire moins que de la relayer. Voici donc le document.

    On y lit quoi ?

    1/ Des histoires sur les relations entre Trump et la Russie, rien de neuf, et en fait, rien de délictueux. Le staff du Parti démocrate déconnait, et des petits malins l’ont fait savoir. Rien de plus.

    2/ Une sordide histoire de cul, selon laquelle Trump aurait réservé la suite d’un grand hôtel de Moscou, qu’avait occupé le couple Obama, pour y organiser une partouze avec des prostituées, qui lui urinaient dessus, et le tout étant filmé par les services, qui contrôlent ce genre d’établissement.

    Réponse de Trump : « je n’aurais jamais rien fait ça dans ce genre de chambre d’hôtel, car je sais qu’on y est filmé ».

    - Imbécile, c’est presque un aveu…

    - Ben arrête, tout le monde sait que je ne suis pas professeur de philosophie…

    Alors, ce qui s’est passé ?

    Il y a le côté virtuel, c’est-à-dire la véracité, si vivement contestée, de ces allégations. Nous aurons bien le temps de voir, le feuilleton ne fait que commencer.

    Mais il y a le côté réel, celui d’une démocratie étasunienne, véreuse jusqu’à l’os. Ce qui fait aussi partie du bilan d’Obama. Comment ce type peut-il dire : ce qui se passe maintenant n’est pas mon fait ?

    En attendant, installez-vous, respirez bien, et prenez tout votre temps : vous allez en direct live assister au naufrage de cet Etat voyou et vérolé qui depuis cinquante ans – la guerre du Vietnam – sème la guerre dans un monde qui n’aspire qu’à la paix. Et ça, c’est objectivement une bonne nouvelle.

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    La chambre de la suite machin chose du Ritz Carlton de Moscou,

    sous l’œil des caméras

  • Turquie : Le pouvoir attaqué

    Ce 16 juillet, peu après minuit, le coup d’État engagé en Turquie en début de soirée semble prendre une ampleur considérable. En moins de quatre heures, l’armée contrôle la chaîne de télévision d’État TRT, les grands axes de circulation et les bâtiments stratégiques à Istanbul, Ankara et Izmir, et les bâtiments sièges du parti pouvoir l’AKP. On évoque des tirs par hélicoptère à Ankara, et à minuit, l’information circule d'un Parlement entouré par les chars. Le chef de l’état-major, le général Hulusi Akar, a été isolé, et l’armée turque a établi un « Conseil de paix » qui a annoncé la prise du pouvoir pour sauver la démocratie et les droits de l’homme, et dans l’immédiat la suspension de la constitution, l'instauration de la loi martiale et du couvre-feu. L'armée s'autorise l'usage des armes en cas de manifestation. Les avions et les hélicoptères montrent qu’ils maîtrisent l’espace aérien, et l'aéroport Ataturk a été fermé, et placé sous contrôle militaire.

    Erdogan, qui était en congé, donnait tous les signes qu’il était pris de vitesse, au moins dans cette première phase. Alors que l’on attendait une intervention télévisée officielle, il est apparu sur le smartphone d’une journaliste de la CNN Turque, via Facetime, dénonçant l’action d’un groupe putschiste, au service de Fethullah Gulen, l’ennemi de l’ombre.

    Les amis sur place font preuve de la plus grande inquiétude, redoutant la perte des libertés individuelles, et surtout des risques d’affrontements dans le pays. Les deux inquiétudes se conjuguent. Les informations sont à ce moment trop partielles, mais l’action de l’armée semble puissante, il apparaîtrait qu’une partie de la police a suivi. Erdogan a appelé ses proches à descendre dans la rue, et l’AKP a de très forts réseaux, mais ce sont des heures très sombres qui attendent le peuple turc. La journée de demain nous dira beaucoup.

    Mais leur inquiétude est très vive parce que la situation politique, intérieure et extérieure, de la Turquie est en ébullition, avec 800 km de frontière commune avec la Syrie, la question Daesh, les opérations militaires conduites contre les Kurdes et les 2 millions de réfugiés. Trop isolé, Erdogan vient de se rapprocher de la Russie et d’Israël. Et me revient cette phase prémonitoire d’un ami tuc : « La Syrie et la Turquie ont les mêmes structures de population, mais si elle dure la déstabilisation de la Syrie entraînera celle de la Turquie ».

    Les événements en cours sont de première importance. Où conduiront-ils ?

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    A 10 heures

    La nuit a été violente, très violente, les premiers bilans évoquent une centaine de morts. Des bâtiments officiels ont été attaqués à l’arme lourde, et notamment le Parlement. Erdogan a su réagir, en rentrant à Istanbul et appelant la population à descendre dans la rue. Malgré la présence militaire, la population s'est regroupée autour de l'aéroport Atatürk où allait arriver Erdogan, et par dizaine milliers, a envahi la sclère place Taksim, plus que jamais le lieu névralgique de la Turquie, et devant les ponts du Bosphore. Les informations parlent de tirs des militaires sur les manifestants. A dix heures, on a appris que le chef d'état major a été libéré, et que des groupes entiers de militaires se rendent aux autorités. 

    turquie,démocratie

  • Brésil : Dilma, un projet politique face aux usurpateurs

    Hier soir dans la rue, bien des Brésiliens faisaient la fête, et plus à l’écart, les tenants de l’ancienne dictature se frotaient les mains. Bien sûr que le Parti des travailleurs a commis des fautes. Evidemment que Dilma, trop sûre d’elle, a négligé le jeu politique. Mais attention, les bases sont lourdes. La situation économique est mauvaise, l’endémique corruption mine le système, le régime du financement politique renforce les caciques et la Constitution conduit à la recherche d’invraisemblables coalitions, ce qui mine l’autorité politique. Dilma a gagné la présidentielle, mais le Parti des Travailleurs est resté très minoritaire au Congrès des députés. Un pays de 200 millions d’habitants, puissance économique émergente, gouverné par des coalitions parlementaires. Imaginez qu’on fasse le test en France...

    Le vote d’hier au Congrès des députés a été tranché, avec une majorité nette au-dessus deux tiers. Alors un grand moment démocratique ? Toute la presse qui scrute, entre la morgue et le délice, la chute de l’ancienne guérillera, se garde bien de parler d’une victoire démocratique. Car dans cette victoire, tout est pourri.

    Le grand manœuvrier est Eduardo Cunha, le président du Congrès, du parti centriste PMDB, un ultraconservateur, à droite de la Droite. Il est inculpé pour « corruption et blanchiment d’argent » dans l’affaire Petrobras, avec 5 millions de dollars planqués sur des comptes en Suisse.

    Le grand bénéficiaire est le vice-président Michel Temer, dirigeant du PMDB, la marionnette d’Eduardo Cunha. Il n’est pas encore inculpé, mais il est cité et récité dans le dossier. Temer s’est engagé auprès de Dilma pour être nommé vice-président, et il l’a aussitôt trahie en organisant la guerre contre elle… parce que si Dilma est suspendue, c’est lui qui hérite du pouvoir. Dilma est impopulaire, oki ; mais lui est à 1% dans l’opinion.

    Les fantassins sont les députés membres de la Commission spéciale qui ont approuvé le rapport préconisant l’ouverture du procès en destitution de Dilma. Sur les 65 membres de cette Commission, 36 sont inculpés ou ont déjà été condamnés pour des infractions pénales.

    Oki ? Ce en rappelant que Dilma n’est pas poursuivie pour corruption, et qu’elle n’est ni citée, ni inquiétée dans l’affaire Petrobras, et qu’on lui reproche juste d’avoir financé une dépense fiscale par un emprunt transitoire, sans aucun surcout.

    Aussi on comprend que notre presse molle, qui s’amuse du spectacle d’une Dilma en difficulté, n’arrive pas trouver les mots pour saluer cette victoire.

    Et maintenant

    Le dossier va maintenant passer au Sénat, qui regroupe 80 membres, pour un vote qui doit avoir lieu avant le 11 mai. S’il se dégage une majorité simple, de 41 voix, Dilma sera suspendue, et Michel Temer assumera la présidence. Il formera un gouvernement, et ce qui sera un joyeux spectacle vu que tout a été promis et à tout le monde. Mais il y aura un consensus, car la priorité de ce gouvernement est d’adopter des lois restreignant les pouvoirs de juges, que le Parti des Travailleurs avait libérés, car les gagnants d’hier ont besoin d’une justice muselée pour sauver leur peau.

    Il y a aura ensuite un vote aux deux tiers par le Sénat, puis si le vote est favorable, le dossier sera transmis à la Cour Suprême. Là, Dilma retrouvera les droits de la défense, notamment celui de soutenir que le fait reproché - l’habillage momentané d’une dépense fiscale par un prêt - n’est pas un crime de responsabilité permettant la destitution. C’est dire qu’en toute hypothèse, l’affaire n’est pas pliée, et nous pouvons compter sur Dilma pour résister, et l’emporter, car ses adversaires violent le droit et n’ont d’autre projet politique que la revanche.

    Le sort de Dilma est-il scellé devant le Sénat ? Les analyses sont contradictoires. Pour les unes, le Sénat est conservateur, son président, Renan Calheiros, est membre du PMDB, celui de Cunha et Temer, et le vote à la majorité simple sera une formalité. Pour les autres, Dilma bénéficie en réalité du soutien du président du Sénat, qui saura se montrer légaliste et refuser ce qui n’est rien d’autre qu’une remise en cause du vote démocratique issu des élections de l’an dernier. Le Sénat redouterait aussi de se trouver désavoué ensuite par la Cour Suprême.

    Alors, on verra, et on suivra de près. Quoi qu’il en soit, chacun comprend que l’issue est ailleurs, et qu’un gouvernement rafistolé et corrompu conduit Nemer n’ira pas loin. Aussi, il s’agit de savoir qui gagnera les prochaines élections, et donc comment s’organisent les forces politiques et sociales.

    Hier soir, Dilma a pris la parole, et voici ses principales déclarations :

    « J'ai reçu 54 millions de voix et je me sens indignée par cette décision, victime d'une profonde injustice. Mais je ne me laisserai pas abattre, le combat ne fait que commencer. J'ai le courage, la force nécessaire pour affronter cette injustice.

    « La pratique budgétaire qui m’est reprochée a été pratiquée par tous les présidents avant moi, et avait été considérée légale. On me réserve un traitement qui n'a été réservé à personne. Il ne pèse sur moi aucune accusation d'enrichissement illicite. Moi, je n'ai pas de comptes à l'étranger.

    « Il est très étrange et révélateur aussi de voir un vice-président en exercice conspirer ouvertement contre une présidente. Dans aucune démocratie au monde une personne qui ferait cela serait respectée.

    « Dans ma jeunesse j'ai affronté la dictature par conviction. J'affronte aujourd'hui dans ma maturité un coup d’État, pas un coup d’État traditionnel comme ceux de ma jeunesse, mais un coup d’État avec l'apparence d'un processus légal. Aujourd’hui nous vivons dans une démocratie, on ne torture plus, on ne tue plus comme sous la dictature, mais d'une certaine forme mes rêves sont torturés ».

    Pour poursuivre, voici un entretien au Nouvel Obs avec Laurent Delcourt, historien, auteur du livre "Le Brésil de Lula : un bilan contrasté" et chargé d’étude au CETRI (Centre tricontinental, Louvain-la-Neuve, Belgique). Propos recueillis par Sevin Rey-Sahin.

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    Brésil : "Ce sont 300 voleurs qui ont voté la destitution" 

    Entretien avec avec Laurent Delcourt

    Etes-vous surpris par l’issue du vote de dimanche soir ?Haut du formulaireBas du formulaire

    - Je ne suis absolument pas surpris étant donné que le vote émanait d’un parlement qui n’a jamais été aussi conservateur et qui est composé des forces politiques les plus rétrogrades du pays. On dit d’ailleurs que le congrès est dominé par le lobby du BBB pour "Boi, Biblia e Bala", c’est-à-dire "propriétaires terrien, Bible, et défenseurs des armes à feu".

    Le parlement a voté la destitution de Dilma pour prendre le pouvoir qu’ils n’ont pas réussi à obtenir par la voie électorale. Cependant, je m’attendais à plus d’abstention. Certains députés avaient annoncé qu’ils allaient s’abstenir et ont changé d’avis à la dernière minute. On les accuse d’avoir été payés par des entreprises. Il y a sûrement eu des formes d’achat de vote, c’est très classique au Brésil.

    Quelles sont les chances de Rousseff lors du vote au Sénat au mois de mai ?

    - Le vote au Sénat m’apparaît comme une simple formalité : ils vont accepter la destitution parce que le Sénat est dominé par le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), c’est-à-dire les mêmes qui sont à la chambre des députés.

    Les partisans de Dilma Rousseff parlent d’un coup d’Etat. Cette tentative de destitution est-elle comparable aux autres coups d’Etat qu’a connu le Brésil ?

    - Oui, il s’agit bien d’un coup d’Etat. La plupart des organisations de défense des droits de l’homme qui agissent en Amérique latine le disent comme Luis Almagro, le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains.

    Il s’agit là du mode opératoire du courant réactionnaire qu’on retrouve à plusieurs reprises dans l’histoire du Brésil. En 1954, Getulio Vargas, qu’on appelait le père des pauvres, a été évincé par l’armée. Dix ans plus tard, Joao Goulart a été écarté par une junte militaire en raison de ses politiques sociales. Aujourd’hui, il s’agit d’un coup d’Etat institutionnel.

    Quels sont les enjeux derrière cette destitution ?

    - Les véritables enjeux sont la suppression des acquis du lulisme, la diminution des aides à la sante et à l’éducation, l'étouffement de certaines affaires de corruption et, un enjeu dont on parle très peu, celui de la privatisation des ressources pétrolières brésilienne en haute mer. C’est la raison pour laquelle les marchés réagissent très bien aux annonces de destitution. C’est aussi pour cette raison que la Fédération patronale des industries de Sao Paulo (FIESP) a soutenu les manifestants pro-impeachment. Les gros canards en plastique utilisés lors des manifestations sont le symbole de cette fédération patronale.

    Quelles sont les accusations portées contre la présidente ?

    - On veut destituer Dilma Rousseff pour une affaire presque anodine : on lui reproche le "pédalage fiscal". Il s’agit d’un recours passager à l’emprunt auprès d’institutions publiques pour financer les dépenses publiques notamment les dépenses sociales et le report de l’enregistrement de ces dépenses. C’est une pratique courante de tous les gouvernements depuis les années 90 et la pratique est toujours utilisée par certains Etats brésiliens. Et aujourd’hui, c’est devenu un prétexte pour destituer la présidente.

    Il faut savoir que Dilma Rousseff n’a jamais été inquiétée dans les affaires de corruption ou de détournement. Quand elle est arrivée au pouvoir en 2011, elle a elle-même destitué sept de ses ministres soupçonnés de corruption. En revanche, sur les 65 membres de la commission parlementaire chargée d’autoriser le vote sur la destitution, 36 avaient été inquiétés pour des affaires de malversation.

    Plus de 300 membres sur les 513 que compte le congrès brésilien font l’objet d’une enquête ou ont déjà été condamnés pour corruption, fraude électorale, utilisation de travailleurs forcés dans des plantations de soja et même de kidnapping ou de meurtre. Ce sont donc 300 voleurs qui ont voté la destitution d’une présidente plutôt honnête. Et ce sont eux qui vont reprendre les rênes du pays pour échapper à la justice.

    On fait donc au Brésil en ce moment le procès de l’honnêteté plutôt que celui de la corruption ?

    - Non, parce que le Parti des Travailleurs (PT) a été inquiété dans l’affaire Petrobras. A son arrivée au pouvoir, le parti de Lula était le centre de l’éthique et de la lutte anti-corruption face à un congrès de voleurs, et finalement il a fini par tomber à son tour dans ce travers. Cependant, quand on examine les accusations dans l’affaire Petrobras, on se rend compte que le PT est un acteur mineur par rapport aux autres partis.

    Comment expliquez l’impopularité de Dilma Rousseff ?

     - Dilma Rousseff n’est soutenue que par 10% de la population brésilienne ; c’est une présidente très impopulaire qui passe mal dans les médias. Elle est cassante et n’a pas hésité à exclure certains ministres. Dilma Rousseff a laissé travailler la justice dans les affaires de corruption alors que ses prédécesseurs l’ont toujours entravé. C’est aussi une personne qui n’a pas le talent de négociation de Lula. En revanche, le vice-président Temer, son probable successeur, n’a même pas 1% d’opinions favorables, et le président du Congrès des députés, Eduardo Cunha, qui mène la bataille contre la présidente est soupçonné d’avoir détourné des millions. Son nom est d'ailleurs cité dans les Panama Papers.

    Quelle est actuellement la position de l’opinion publique brésilienne ?

    - Il y a une grande division de classes dans la société brésilienne. La plupart des pauvres de régions comme le Nordeste, qui ont beaucoup profité des politiques sociales mises en place par Lula et Rousseff, sont contre la destitution. Pour eux, même si Lula a volé, il a amélioré les conditions des pauvres.

    Ceux qui défilent dans la rue sont issus des classes moyennes supérieures, ont des diplômes universitaires et des revenus au-delà de dix salaires minimums. Ils appartiennent à l’élite. Parmi eux, il y a un ras le bol généralisé des affaires de corruption mais aussi le refus des politiques de redistribution. Dans leurs slogans, on retrouve le rejet de l’impôt et des propos haineux à l’encontre des pauvres accusés d’avoir été entretenus par le PT.

    En cas de destitution, peut-on s’attendre à d’autres révoltes de la part des populations défavorisées ?

    - Tout dépend des politiques qu’on va mener. Michel Telmer a déjà négocié un programme politique nommé "Pont vers le futur" qui remet en cause certains acquis sociaux de Lula, notamment les budgets destinés à la santé et à l’éducation. Pour l’instant, les réactions de la part des partisans du PT sont assez contenues. Mais la société brésilienne s’est fortement fracturée ces derniers temps. Le Brésil va probablement basculer dans une période de chaos politique suivie de beaucoup d’autres manifestations.

    Comment jugez-vous la couverture de cette crise dans les médias européens ?

    - Les médias européens se sont tous alignés sur les grands titres de la presse brésilienne. Ils ont repris les unes des journaux brésiliens sans distance politique. Depuis un an, les médias brésiliens n’ont pas ménagé leurs efforts pour aiguiller l’opinion publique contre Dilma Rousseff. Ils sont complètement silencieux par rapport aux affaires de corruption de certains députés qui ont voté la destitution. Il faut savoir que 117 parlementaires au Brésil sont liés directement ou indirectement à des entreprises de presse.

    Seuls les journaux "Der Spiegel" et le "New York Times" ont fait un travail critique et ont parlé des dangers représentés par cette destitution pour la démocratie brésilienne. Les autres ont présenté cette crise comme l’indignation de tout un peuple contre la corruption alors qu’elle n’était qu’un prétexte.

    Propos recueillis par Sevin Rey-Sahin 

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  • « Coup d'État de velours » au Brésil : Réponse dimanche

    C’est ce dimanche que se tiendra le vote crucial dans la procédure d’impeachment qui vise à renverser Dilma Rousseff, la présidente démocratiquement élue il y a eu an.

    La démocratie, c’est le respect des règles, et quand les tractations politiques conduisent à renverser ces règles, c’est un coup d’Etat. Le modèle basique du coup d’Etat, c’est l’armée qui s’empare des lieux du pouvoir et destitue par la violence le pouvoir légitime. Ça se voit encore, mais c’est un trop visible, alors les complotistes jouent plus malin. Comme l’égyptien Al Sissi qui en juillet 2013 a organisé en sous-main de grandes manifs, pour paralyser le pays et se dire obligé de répondre à l’appel du peuple.

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    C’est un scénario à l’égyptienne que tente la droite brésilienne. Il y a un an, la Droite a perdu les élections, et bien perdu, et les sondages d’aujourd’hui montre que, pour la suite, c’est Lula qui ressort en tête, avant la Droite, n’en déplaise aux énervés.    

    Il est clair que le Brésil est miné par deux maux : la crise économique et la corruption. Battue dans les urnes, la Droite a attisé le mécontentement – pas trop difficile – pour mettre la pression par de grandes manifs. Puis est venue l’idée d’une procédure d’impeachment contre Dilma Rousseff, la présidente démocratiquement élue.

    L’impeachment, ce n’est pas une motion de censure à l’assemblée pour renverser le gouvernement… Non, c’est reprocher au chef de l’Etat une faute d’une gravité telle qu’il doit être déchu du pouvoir que lui a donné le peuple. D’une manière ou d’une autre, cette procédure existe dans tous les Etats,… et dans tous les Etats elle est réservée aux faits les plus graves, du registre de la trahison.

    Au Brésil on appelle cela « crime de responsabilité ». Quel est donc le crime commis par Dilma Rousseff ? On imagine une implication lourde dans le scandale Petrobras… Ca ne risque pas : il n’existe aucun acte de procédure, ni aucune preuve judiciaire mettant en cause Dilma dans l’affaire Petrobras. Aucune. Rien. Rien à part les caviardages d’autres corrompus de Droite, joyeusement montés en épingle par la presse.

    Le « crime » est d’avoir, lors du dernier exercice comptable, fait financer transitoirement des dépenses sociales par un prêt bancaire, remboursé depuis et sans dommage pour le Trésor public. C’est ça le « crime » ! Et c’est aussi cela le coup d’Etat : utiliser la procédure en dehors de son cadre constitutionnel, pour dédire le vote populaire de l’an dernier. La démocratie, c’est la force de l’expression populaire, et comment peut-on admettre qu’un an après une élection présidentielle, les parlementaires puissent organiser la destitution du président pour avoir financé pendant six mois des dépenses sociales par un prêt…

    Hier, une commission parlementaire, par une décision attendue, a officiellement ouvert la première phase de la destitution, avec comme grande étape un vote devant la chambre des députés du Brésil se prononcera dimanche à 14H00, soit 19H00 à Paris. Chaque député sera appelé par son nom et devra se lever pour aller annoncer son vote au micro.  Le résultat devrait être connu en fin de soirée.

    Pour que la procédure se poursuive, il faudra un vote de deux tiers des députés (342 sur 513). Si le chiffre n’est pas atteint, ce sera fini.

    Si le seuil est atteint, l’affaire ira au Sénat, qui devra approuver à la majorité simple la mise en accusation de la présidente. En cas de vote favorable, Dilma Rousseff sera alors écartée du pouvoir pendant un délai maximum de 180 jours, en attendant un vote définitif du Sénat sur sa destitution, prononcée aux deux tiers des suffrages des sénateurs.

    Pronostic ? Il y a un courant ascendant pour la destitution, depuis que le grand parti centriste PMDB a annoncé rejoindre la Droite. Des convictions profondes : le parti espère pouvoir installer à la place de Rousseff son insipide leader, Michel Temer,… qui à ce jour est le vice-président de Rousseff. Un drôle de gus qui s’est enregistré sur son téléphone portable à essayer un discours d’investiture… et qui a fait fuiter ce document en l’adressant à des amis… «Je confesse qu'après, quand j'ai voulu envoyer l'enregistrement à un ami, c'est parti à un groupe et le message s'est diffusé». Commentaire de Rousseff : «Nous vivons des moments étranges de coup d'Etat, de farce et de trahison ».  

    Alors, l’ascendant est favorable, mais la chambre, c’est 25 partis, et les tractations sont intenses ces jours-ci. Et puis le réflexe légaliste – refuser cette procédure car le fait reproché n’est pas un crime – peut jouer pour quelques-uns.  

    Si elle prospère, la procédure de destitution « restera dans l'Histoire comme le coup d'Etat d'avril 2016 », a mis en garde dans la matinée l'avocat général du gouvernement, José Eduardo Cardozo. Et Lula en écho : « Je n'aurais jamais imaginé que ma génération verrait des putschistes en train d'essayer de renverser une présidente démocratiquement élue».

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  • Dilma Rousseff tient le cap et défend l’État de droit

    Ce qui est insupportable avec les procès médiatiques, sur fond de manipulation des foules, c’est bien sûr l’approximation de l’argumentaire, avec des tonnes de mots juste pour accabler, mais c’est autant l’incapacité à permettre au point de vue opposé de s’exprimer. Des milliers d’articles, des pages et des pages, pour nous expliquer que Dilma et Lula sont en perdition… mais pas une ligne pour leur laisser la parole. J’avais donc fait le constat que le Parti des Travailleurs avait été trop honnête en refusant de se donner les moyens de contrôler des organes de presse mainstream. 

    Nous avons enfin un début de réplique, avec une interview donnée par Dilma à plusieurs organes de presse, dont Le Monde (occidental). J’imagine que l’entretien a été très conséquent, avec un recalibrage sérieux pour la publication… c'est la loi du genre… mais c'est dommage. Je m’amuse aussi à lire le titre du Monde : « La défense de Dilma Rousseff »… Pour ce journal englué dans le néo-colonialisme, Dilma est définitivement en position d’accusée. Impossible d’admettre qu’elle soit la présidente du Brésil, réélue il y a à peine un an, et qui résiste avec les moyens de l'Etat de droit à une flambée réactionnaire. 

    Malgré ces réserves, ces déclarations de Dilma font beaucoup de bien. Elles illustrent ce que veut dire assumer la responsabilité du pouvoir d’État.

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    Dilma Rousseff : « Pour m’ôter le pouvoir, il faudra des preuves »

     

    Évoquant la procédure d’impeachment dont vous faites l’objet vous parlez d’un « coup d’État ». Est-ce approprié ?

    En Amérique latine, nous avons vécu des coups d’État militaires. Nous vivons aujourd’hui dans un système démocratique, et les coups d’État ont changé de nature. Un coup d’État aujourd’hui correspond à la violation de la Constitution, qui garantit les droits individuels, institutionnels, l’indépendance des pouvoirs et le respect des droits de l’homme. La loi est claire : pour qu’il y ait impeachment, il faut qu’il y ait un crime de responsabilité. La motivation de la procédure en cours est fragile : on me reproche le pédalage fiscal (recours passager à l’emprunt pour financer des dépenses sociales, permettant ainsi un décalage de trésorerie). Un procédé que, jusqu’à mon premier mandat, tous les présidents ont utilisé.

    Une procédure de destitution sans base légale constitue un coup d’État institutionnel. C’est dangereux. La population brésilienne manifeste. Je suis favorable aux manifestations. Je suis d’une génération où, quand on ouvrait la bouche, on allait en prison. Il faut écouter la rue, mais la clameur de la rue ne peut être utilisée pour contraindre des députés, des ministres. Ce ne sont pas des méthodes démocratiques. Ce sont des méthodes fascistes.

    Si la procédure de destitution venait à aboutir, quelle serait votre réaction ?

    Dans une démocratie, on se doit de réagir démocratiquement. Nous aurons donc recours à tous les instruments légaux en notre pouvoir pour mettre en évidence ce coup d’Etat. Si on ne répond pas à ces violations constitutionnelles, la vie politique en gardera des cicatrices profondes. Nous devons réagir, répondre à l’ordre intimé par les manifestants : « Nao vai ter golpe » (Il n’y aura pas de coup d’Etat). Notre démocratie est née de luttes, de morts, de tortures, de tentatives, d’erreurs, de succès… Nous ne devons pas l’affaiblir.

    La nomination de l’ex-président Lula comme ministre de la « Casa Civil », sorte de premier ministre ou chef de cabinet, a été vu comme une manœuvre pour lui éviter la prison…

    Tout est fait pour fragiliser mon gouvernement. La venue de Lula me renforcerait. Lula n’est pas seulement un habile négociateur, il connaît très bien les problèmes du Brésil. Il est sans l’ombre d’un doute le meilleur leader depuis Getulio Vargas. Nous avons travaillé ensemble, bâti une série de programmes sociaux comme « Minha Casa Minha Vida » (Ma maison, ma vie pour l’accès à la propriété). Supposer que l’ex-président viendrait au gouvernement pour se protéger ne peut naître que dans l’esprit de quelqu’un qui cherche des problèmes.

    Quelle protection étrange ! Un ministre n’échappe pas aux poursuites. Il dépend de la Cour suprême, que personne ne peut contester. La question n’est pas d’être jugé ou pas, mais par qui. Supposer que la Cour suprême est plus légère révèle une méconnaissance du droit pénal brésilien. L’affaire du « Mensalao » (scandale d’achat de voix au Congrès en 2005) a été jugée par la Cour suprême. Quoi qu’il advienne, Lula viendra m’épauler, et si ce n’est en tant que ministre, ce sera en tant que conseiller.

    Pourquoi ne pas s’en tenir à ce rôle ?

    Lula n’a jamais cessé d’être mon conseiller. Je l’ai convié au gouvernement depuis le début de mon second mandat. Voyant la crise s’installer, il a fini par l’accepter.

    Que répondre à ceux qui vous suggèrent de démissionner ?

    Pourquoi démissionner ? Car je suis une femme fragile, pour éviter de m’obliger à partir pour de faux motifs ? On dit « elle doit être épuisée ». Ce n’est pas le cas. J’ai été emprisonnée trois ans sous la dictature militaire. La lutte pour la démocratie de mon pays me donne la force. Je ne suis pas déprimée. Je dors bien. Pour m’ôter le pouvoir, il faudra des preuves.

    Convoquer Lula comme premier ministre, n’est-ce pas une forme de renoncement ?

    Lula est mon partenaire. J’ai aidé Lula lorsqu’il était confronté à l’adversité. En 2005, j’ai été son ministre de la Casa Civil en pleine crise du « Mensalao ». J’ai la certitude qu’elle m’aidera aussi. En aucun cas il ne s’agit d’une démission, c’est l’union des forces.

    Les scandales de corruption ont conduit à une défiance généralisée des politiques. Comment restaurer la confiance ?

    Quand on commence à remettre en question les dirigeants politiques, surgit la quête d’un « sauveur de la patrie » mais qui peut mener à la tentation autoritaire. Le système brésilien tel qu’il est mènera régulièrement à des crises. Un gouvernement a besoin de trois partis, cinq au maximum. Au Brésil, il en faut une douzaine. Il faut conclure un pacte pour dessiner l’issue démocratique de cette crise. Nous pouvons modifier les choses, mêler le présidentialisme au parlementarisme, approfondir le présidentialisme… Mais ceci ne peut être fait sans un accord. Il faut un dialogue. Prendre son temps. Les conquêtes se font à cheval, gouverner se fait à pied.

    Que dire de l’économie ?

    Nous avons dû mener une cure d’austérité, non pas pour cesser les programmes sociaux, mais pour les maintenir. Pour cela, il nous fallait des recettes supplémentaires. Mais il y a eu cette attitude démagogique consistant à bloquer les lois visant à les obtenir. Il faut en finir avec ça. Nous avons les moyens de sortir de la crise cette année. Le mode de pensée de l’opposition qui consiste à dire « le pire pour le gouvernement sera le mieux pour nous » est pervers.

    Craignez-vous une explosion sociale ?

    Le Brésil n’est pas un pays en insurrection. Mais je déplore la montée de l’intolérance politique, la confrontation entre les deux camps. Des amis, des familles se battent, ce n’est pas une bonne base pour la démocratie. À la veille des manifestations du 13 mars deux (réclamant l’impeachment), j’ai parlé à la télévision pour rappeler le droit de manifester, pas d’être violent. Mais je crois en l’esprit pacifique du peuple brésilien.

    Des soupçons planent sur vos campagnes électorales. Avez-vous bénéficié de financements illégaux ?

    Non. Toutes mes campagnes ont été approuvées par la Cour des Comptes. Toutes. Mais j’aimerais savoir où sont les financements illégaux. Joao Santana (publicitaire de sa campagne, soupçonné dans le cadre de l’enquête Lava Jato) et sa femme n’ont rien à confesser à ce sujet.

    En tant que ministre de l’énergie vous étiez au conseil d’administration de Petrobras. Comment pouvez-vous ignorer le scandale ?

    Il y a une différence entre directeur exécutif et conseil d’administration. Le conseil reçoit ces informations du directeur exécutif. Je n’étais pas seule membre du conseil d’administration. Nous étions un groupe. Aucun de nous n’a jamais rien su de ce scandale.

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