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Edgar Morin

  • Politique de civilisation? Banco !

    Sur le moment, j’ai cru que Sarko avait embauché Ségo. « Politique de civilisation » venait comme un écho à « combat pour les valeurs », « ordre juste », ou autre « démocratie participative ». Encore une formule à l’emporte pièce… Je commençais vraiment à regretter le temps de Cécilia.

     

    Et puis à la réflexion, quand Droite et Gauche patinent devant les déficits publics et la construction de l’Europe, ça peut avoir de l’allure, cette politique de civilisation. Tout dépend du contenu, et de la méthode.

     

    Bien sûr, la donnée a des relents peu sympathiques : « Notre politique – la seule qui est bonne – construit la civilisation, à savoir la vôtre ». La politique vient diriger les consciences : une théocratie non-religieuse. Les régimes socialistes de la belle époque tendent la main à notre vieux Pétain : « C’est à un redressement intellectuel et moral que je vous convie ». D’accord : l’horreur. Pas la peine d’insister.

     

    Mais, la question s’est renouvelée. C’est Edgar Morin, l’auteur de « Terre Patrie » qui a relancé le thème, avec la publication, en 2002 chez Arléa, de « Pour une politique de civilisation », chez X. L’idée est finalement assez simple.

     

    Le constat de départ est la perversion de ce qui a été le moteur du progrès : l’individualisme dérive vers l’atomisation et mine les solidarités ; la technique, qui a transféré la charge des hommes aux machines, asservit la société aux contraintes socio-économiques de la production ; l’industrie, qui permet de répondre aux besoins du nombre, menace la biosphère. En contrepoint, Edgar Morin identifie des forces qui ont dépassé cette perversion du progrès, qu’il appelle « des contre-tendances » et « des résistances ». Il s’agit de  les réunir, les stimuler et les intégrer dans une « politique de civilisation ».

     

    Sarko va-t-il si loin ? Franchement, ce n’est pas gagné, car son discours avait la substance d’un potage allégé, rehaussé par un yaourt nature à 0%. Il faudra attendre pour en savoir plus.

     

    Dans l’immédiat, on peut proposer un « politique de civilisation » qui n’est en rien ambivalente de celle d’Edgar Morin : la civilisation du droit. Le droit, ce n’est pas un amoncellement de règles, ni un instrument dans la main du pouvoir pour rendre légal ce qui est injuste. Le droit est une œuvre de civilisation. C’est La civilisation. Vaste programme, qui trouve une source inégalée avec le texte de Victor Hugo « Le droit et la loi », que vous trouverez dans « Recueil des écrits politiques » du grand homme, publié dans la série Bouquins, chez Laffont.

     

    La parole est à Victor Hugo.

     

    « Le droit et la loi, telles sont les deux forces ; de leur accord nait l’ordre, de leur antagonisme naissent les catastrophes. Le droit parle et commande du sommet des vérités ; la loi réplique du fond des réalités. Le droit se meut dans le juste, la loi se meut dans le possible. Le droit est divin, la loi est terrestre.

     

    « Ainsi, la liberté, c’est le droit ; la société, c’est la loi. De là deux tribunes : l’une où sont les hommes de l’idée, l’autre où sont les hommes du fait. L’une est l’absolu, l’autre est le relatif.

     

    « De ces deux tribunes, la première est nécessaire, la seconde utile. De l’une à l’autre, il y a la fluctuation des consciences. L’harmonie n’est pas faite encore entre ce deux puissances ; l’une immuable, l’autre variable, l’une sereine, l’autre passionnée. La loi découle du droit, mais comme le fleuve découle de la source, acceptant toutes les torsions et toutes les impuretés des rives. 

     

    « L’inviolabilité de la vie humaine, la liberté, la paix ; rien d’indissoluble, rien d’irrévocable, rien d’irréparable ; tel est le droit. L’échafaud, le glaive et le sceptre, la guerre, toutes les variétés de joug, depuis le mariage sans le divorce dans la famille jusqu’à l’état de siège dans le cité, telle est la loi.

     

    « Le droit : aller et venir, acheter, vendre, échanger ; la loi : douane, octroi, frontière.

     

    « Le droit : l’instruction gratuite et obligatoire, sans empiétement sur la conscience de l’homme, embryonnaire dans l’enfant, c’est-à-dire l’instruction laïque ; la loi : les ignorantins.

     

    « Le droit : la croyance libre ; la loi : les religions d’Etat.

     

    « Le suffrage universel, le jury universel, c’est le droit ; le suffrage restreint, le jury trié, c’est la loi.

     

    « La chose jugée, c’est la loi ; la justice, c’est le droit.

     

    « Mesurez l’intervalle.

     

    « La loi a la crue, la mobilité, l’envahissement et l’anarchie de l’eau, souvent trouble. Mais le droit est insubmersible. Pour tout soit sauvé, il suffit que le droit surnage dans une conscience.

     

    « On n’engloutit pas Dieu. La persistance du droit contre l’obstination de la loi : toute l’agitation sociale vient de là. »

     *   *   *

    "Pour que tout soit sauvé, il suffit que le droit surnage dans une conscience..."  Victor, reviens!

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