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Europe

  • L’extrême-droite se prend une nouvelle gamelle aux Pays-Bas

    index.jpgEt une de plus… Une fois de plus, nous avons eu droit à tous les plans catastrophiques sur l’arrivée de l’extrême droite à la tête d’un pays européen, et une fois de plus c’est une gamelle mémorable. L’allumé mondain Geert Wilders rejeté par les tripes du peuple…

    Prochaine sur la liste, Marine la fille héritière de son héritier de papa, tous deux n’ayant jamais travaillé de leur vie mais vivant dans le luxe, soi-disant fâchés mais se partageant la même maison, pataugeant dans les magouilles financières, avec un seul objectif : garder tout l’argent sans travailler.

    Je déplore fondamentalement le mythe entretenu du risque de l’extrême droite, qui permet toutes les simplifications politiques, et même toutes les annihilations de la pensée : « je suis nul, je n’ai rien à dire, je n’ai aucun programme, je n’ai personne avec moi, mais j’ai une bonne bouille et je suis le seul à pouvoir faire rempart à Le Pen ». Tu parles : rempart à une illusion, et instrumentalisation vicieuse de la peur.

    Pour gagner le pouvoir en France, même De Gaulle ou Mitterrand passaient par une coalition….Et vous imaginez ce simili parti, tenu par quatre personnes qui se haïssent, sans aucun leader régional ou local, sans aucun spécialiste national reconnu sur telle ou telle question, qui puisse prendre le pouvoir en France : mais arrêtez le délire !

    Alors que l’UMP était enseveli dans l’affaire Bygmalion et que le PS sombrait du fait des amours ombrageux de Hollande et El Blanco, Tata et sa nièce se sont gaufrées aux élections régionales, qui sont pourtant les moins politisées. Alors nous saouler avec Le Pen présidente, c’est stop. Et admettons un instant l’incident : vous imaginez la tronche de la majorité parlementaire, avec la kyrielle des élus FN crotteux et incultes ?

    Sur ce plan, je les rejette tous, car ils sont tous sur le même schéma. Mélenchon, Hamon, Macron, Fillon : s’ils font de la politique, c’est uniquement pour faire barrage à Le Pen. Merci de ne pas nous prendre que pour des imbéciles.

    Ceci dit, c’est grave deux raisons.

    La première est que ces soi-disant leaders nationaux popularisent l’idée qu’il peut y avoir une majorité d’extrême-droite en France, ce qui est foncièrement faux, et n’a aucun antécédent historique. Le corps social français n’est pas d’extrême-droite. Le Pen, père et fille sont des marginaux en France. Ils savent coaliser un vote de mécontentement, illusoire, mais sur le vote d’adhésion, ça n’avance pas.

    La seconde raison est que, avec leur trouille insensée, nos pseudo-leaders dénient la réalité de la force de l’État de droit. Par des efforts incessants depuis 1946, la France et la géniale Europe, mais également l’ONU, ont construit de très efficaces systèmes de protection des droits fondamentaux, capables de bloquer les lubies de tel ou tel gouvernement d’extrême droite (ou d’extrême centre). Vu la force du droit fondamental et les garanties européennes, un pouvoir d’extrême-droite en Europe se fracasserait en six mois sur les forces du droit, qui briseraient ses politiques discriminatoires ou liberticides.

    Je ne sais pas très bien ce qu’on fait les politiques,… ou du moins j’en ai une petite idée. Mais pour ce qui est des juristes, je peux vous dire que le travail est fait : toute loi qui ne respecterait pas les principes du droit se ferait casser les pattes illico presto.  

    - Jean-Luc, Benoit, Brigitte, François : lâchez-nous les baskets avec la famille Le Pen. Ne parlez pas de la peur, parlez de vous.

    En attendant, pour fêter la raclée Geert Wilders, je vous propose un must, une dégustation de gamelles de morilles.

  • Hamon, Mélenchon et l’Europe : le jeu des sept différences

    L’Europe et la gauche… Quelle Europe ? Quelle Gauche ? Nous allosn essayer d’en parler, et pour donner des bases, je reprends cet article de Libé, rédigé par Kim Hullot-Guiot, qui me parait très bien. En ajoutant que je ne suis d’accord sur rien.

    *   *   *

    Hamon, Mélenchon et l’Europe : le jeu des sept différences

    Par Kim Hullot-Guiot 

    51G0V9Hl9HL._SY445_QL70_.jpg« A cinquante jours du premier tour, il n’est pas possible de régler la différence qui par exemple nous sépare sur la question essentielle de l’Europe.» Par ces mots Jean-Luc Mélenchon expliquait, le 27 février sur Facebook, trois jours après le dîner partagé avec Benoît Hamon à Ménilmontant (Paris XXe), pourquoi une alliance avec le candidat socialiste était impossible : sur les options européennes, les deux anciens partisans du «non» au référendum de 2005 ne s’entendent plus. Passage en revue de leurs points de désaccord.

    Créer une «assemblée parlementaire» pour remplacer l’Eurogroupe ? Hamon est enthousiaste, Mélenchon dubitatif

    Tous les deux veulent renégocier les traités européens. Mais pas exactement dans le même sens, ni avec la même méthode. Du côté de Benoît Hamon, conseillé par les économistes Thomas Piketty et Julia Cagé, il s’agit de proposer «un nouveau traité de démocratisation de la gouvernance économique de la zone euro», lequel, déjà rédigé, viendrait compléter et non remplacer les traités. Il reposerait sur l’idée que «les grandes décisions doivent être prises en transparence et soumises à un contrôle démocratique plein et entier». Ce traité «mettra en place une Assemblée parlementaire qui remplacera l’Eurogroupe [la réunion mensuelle des ministres des Finances de la zone euro, ndlr]». Et d’enfoncer le clou dans un entretien au Monde le 9 mars : «On ne peut pas en rester à la situation actuelle, où la réunion des ministres des finances de la zone euro et ses décisions échappent totalement au contrôle des traités, des Parlements et des citoyens européens.»

    Jean-Luc Mélenchon, lui, s’est montré à plusieurs reprises dubitatif sur cette idée, par exemple sur son blog le 22 février : «Les problèmes de la gouvernance de la zone euro demeurent inchangés. Car nul ne demande, pas même Benoît Hamon, de revenir sur l’indépendance de la Banque centrale européenne ni sur son statut. Et personne ne parle de placer le marché unique et ses règles sous le contrôle parlementaire. Ce sont là les points clés de blocage pour que les Etats ou les citoyens puissent avoir une quelconque influence sur la politique monétaire de la zone euro. Dès lors, je vois bien qu’il ne s’agit pas non plus de mettre en cause les orientations économiques actuelles de l’Union mais juste d’en légitimer la forme de prise de décisions», écrivait-il. Dans son programme, l’Avenir en commun, le candidat de la France insoumise consacre un chapitre entier à la sortie des traités. Et entend, dès son arrivée à l’Elysée, «s’exonérer du pacte de stabilité et des règles européennes encadrant les déficits [et] cesser d’appliquer unilatéralement la directive sur le détachement des travailleurs en France ».

    Des plans d’action aux styles distincts : suspension immédiate des textes contre négociation progressive

    « Pour appliquer notre programme, il nous faudra désobéir aux traités dès notre arrivée au pouvoir.» «Je veux convaincre les Français qu’il existe un chemin pour réorienter l’Europe […] Je m’en donne les moyens en mettant sur la table un ensemble de propositions concrètes qui forment la base des négociations à venir avec nos partenaires européens.» La première phrase figure à la page 81 du programme de Jean-Luc Mélenchon. La deuxième, sur le site internet de Benoît Hamon.

    En fait, Mélenchon envisage deux plans : le A, dans lequel est prévue une «sortie concertée» des traités européens par l’abandon de certaines règles par les pays qui le souhaitent (suivi d’une négociation pour définir de nouvelles règles, validées par référendum), mais surtout le B, plus radical, qui prévoit que la France sorte unilatéralement des traités. Dans le deuxième cas, la France arrêterait de verser 22 milliards d’euros annuels à l’UE, la banque de France serait réquisitionnée pour faire de l’euro «une monnaie commune et non plus unique», et un contrôle des capitaux et marchandises aux frontières serait mis en place. La France serait ensuite libre de négocier d’autres formes de «collaborations» avec les pays européens.

    Hamon préfère lui proposer une feuille de route plus sage dans l’attente de nouvelles négociations et revoir dans le même temps les directives qui lui déplaisent, comme celle sur les travailleurs détachés. Le candidat socialiste entend également aller vers plus d’intégration européenne, en proposant par exemple la mise en place d’un salaire minimum européen («Je proposerai un processus de convergence sociale qui débutera par un salaire minimum par pays à hauteur de 60% du salaire moyen», indique son site) et plus d’harmonisation fiscale (une proposition similaire figure dans le plan A de Mélenchon). Quant au pacte de stabilité, que Mélenchon entend dénoncer, là encore, Hamon préfère la concertation et propose de lancer un moratoire européen pour le réformer – c’est du moins ce qu’indique son site, même si le candidat n’évoque plus l’idée publiquement. Il n’y a guère que sur le Ceta, le traité de libre-échange passé avec le Canada, que les deux militants de gauche s’entendent pour une suspension provisoire.

    La menace du «Frexit» : Hamon est contre, Mélenchon est pour

    Surtout, alors que le Parlement britannique vient de donner son feu vert au lancement des négociations entre la Grande-Bretagne et Bruxelles en vue du «Brexit», c’est sur la menace d’un «Frexit» que Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ne sont pas d’accord. Le premier la refuse catégoriquement («Tandis que certains prennent le risque d’achever le travail de dislocation ouvert par le vote du Brexit, je suis du parti de l’espérance», affirme-t-il sur son site) tandis que le second y voit un moyen de faire pression sur l’Union européenne – et surtout sur l’Allemagne. Cette arme a selon lui fait défaut à Aléxis Tsípras, rappelle Mediapart

    Le rôle de la banque centrale européenne : Mélenchon veut le modifier, Hamon se montre imprécis

    Dans l’exposé de son «plan A», Jean-Luc Mélenchon explique vouloir «mettre fin à l’indépendance de la Banque centrale européenne, modifier ses missions et statuts, autoriser le rachat de la dette publique directement aux Etats, interdire à la BCE de couper les liquidités à un Etat membre». Il indique également que l’euro devra être dévalué afin d’arriver à parité avec le dollar. Du côté de Hamon, il est question d’œuvrer «pour faire évoluer les statuts de la BCE et faciliter le financement direct de la dette des Etats.», sans plus de précision.

    Les dettes souveraines : quasiment d’accord mais Hamon va plus loin

    Voilà un point où les deux hommes pourraient tomber d’accord. Jean-Luc Mélenchon, qui proposait en 2014 que la BCE puisse racheter les dettes souveraines des Etats, estime aujourd’hui qu’il faudrait organiser une conférence européenne sur le sujet, laquelle pourrait déboucher sur des moratoires, des annulations partielles ou des rééchelonnements. Benoît Hamon, une fois n’est pas coutume, va plus loin : il demande l’annulation de la dette détenue par les Etats membres et accumulée depuis 2008 par les Etats membres les plus en difficulté. Et milite même pour une mutualisation des dettes des pays européens où elles dépassent 60% du PIB, souhaitant notamment que les pays membres se portent caution les uns des autres.

    Aller vers une défense européenne ? Hamon dit oui, Mélenchon dit non

    Pour Benoît Hamon, la défense, dont il souhaite augmenter la part dans le PIB (à 3% si l’on inclut aussi la sécurité), doit aller vers plus d’intégration au cadre européen. Il propose ainsi de lancer «une véritable stratégie de coopération européenne dans le domaine de la défense. Celle-ci comprendra une amélioration du hub européen afin que nos partenaires accentuent leur soutien logistique et financier aux opérations extérieures faites par la France. Les états-majors européens et les brigades binationales seront renforcés. Enfin, nos moyens de renseignement seront progressivement mutualisés avec la mise en place de task forces multilatérales pour aboutir à une agence de renseignement européenne.» En cela, Benoît Hamon s’inscrit dans la continuité du mandat de François Hollande, qui s’est déclaré, avant un mini-sommet européen début mars, favorable à la relance des efforts de construction d’une défense européenne.

    Au contraire, pour Jean-Luc Mélenchon, l’Europe de la défense, c’est non. «Penser que l’on va relancer l’Europe par l’Europe de la défense, c’est une vision terrible. On n’a pas fait l’Europe pour ça mais pour faire la paix», a-t-il déclaré face à la presse la semaine dernière. L’«Europe de la défense a la caractéristique de ne jamais dire contre qui elle a l’intention de se défendre. C’est en réalité l’Europe de la guerre», a encore dit le chef de file des Insoumis, qui craint notamment qu’une Europe de la défense ne mène au conflit avec la Russie ou qu’elle se montre trop atlantiste. D’autre part, puisque Jean-Luc Mélenchon veut s’affranchir de la règle des 3% de déficit, on ne peut affirmer qu’il est ou non d’accord avec la proposition du candidat socialiste d’exclure «le budget de la défense du calcul du déficit au sens des critères de Maastricht».

    Maintenir le déficit à 3% du PIB ? Mélenchon refuse, Hamon rentre dans le rang

    On l’a dit : Jean-Luc Mélenchon souhaite, dès son entrée en fonction, «s’exonérer du pacte de stabilité et des règles européennes encadrant les déficits». A commencer par les critères de convergence du Traité de Maastricht, selon lesquels il est interdit «d’avoir un déficit public annuel supérieur à 3% du PIB». Sur le sujet, le leader des «insoumis» est constant. On ne peut en dire autant de Benoît Hamon, dont la position a un peu évolué depuis le début de la campagne. Fin février, il a estimé sur France Inter que la règle des 3% de déficit maximum était «un non-sens»«qui ne répond pas aux besoins d’une économie comme la nôtre». Et d’enfoncer le clou : «En matière de dette et de déficit il faut regarder ce que nous pourrons rembourser, ce que nous ne pourrons pas rembourser.» Côté programme, le candidat avait toutefois pris soin de ne pas aller trop loin : sur son site, il est seulement fait mention du budget de la défense, qui doit être exclu du calcul du déficit.

    La semaine dernière, le candidat s’est finalement engagé à respecter ces critères de Maastricht sur le déficit : «Je souhaite des politiques de relance qui se concentrent sur la transition écologique, sur les investissements dans l’avenir et sur la mise en oeuvre du revenu universel d’existence, les Européens souhaitent que nous ayons une trajectoire des finances publiques qui tendent vers les moins de 3%, je m’engage à ce que les deux objectifs puissent être tenus», a-t-il dit face à la presse, alors qu’il présentait son projet européen.

  • Moribond en 2014, PSA va racheter Opel

    De quoi parle-t-on ? Que vaut le discours ambiant ? L’une des bases du consensus est l’écroulement de l’industrie française, menacée par le jeu européen et international. Bon.

    En économie, mes connaissances sont celles d’un brave débutant de première année, aussi je ne m’aventure guère. Ceci étant, je suis capable d’ouvrir les pages économiques de la presse et de me renseigner.

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    Quelle n’a pas été ma surprise en découvrant hier que le PSA, l’un des meilleurs représentants de ce qu’est la tradition de l’industrie française, qui dans ma tête était, après le plan de sauvetage de 2014, une entreprise moribonde ou souffreteuse, a en trois ans remboursé ses dettes nuisibles, dégagé un max de cash, et s’apprête à acheter deux fleurons de l’industrie allemande, Opel et Vauxhall, des filiales de General Motors. Pour ce qui est d’Opel, il y a une coopération avec Peugeot depuis cinq ans, et c’est le moment de confirmer. Et Vauxhall, c’est la première victime du Brexit : les entreprises ont besoin de stabilité.  

    - Attends, tu es en train de raconter qu’une entreprise familiale de Sochaux rachète de grandes entreprises allemandes, en les arrachant à l’empire US ?

    - Oui, c’est exactement ça !

    - Mais les jérémiades incessantes sur l’Europe et la mondialisation qui détruisent nos grandes industries, c’est du bidon ?

    - Ben, on dirait.

    - Et l’autre crétin et sa marinière ?

     - Requiescat in pace.  

    Avec cette opération, qui d’après la presse est financée, Peugeot va devenir le numéro deux en Europe, après Volkswagen, et va rejoindre le club des grands mondiaux, qui vendent plus de 10 millions de voitures par an : Volkswagen, Toyota, General Motors, Renault-Nissan.

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    Je précise que le siège social de PSA est en France, et celui de Opel en Allemagne, deux terres européennes où on paie un max de charges, mais où on trouve des facteurs incroyables de développement, en commençant sur le plan humain.

    Rien n’est simple, et tout se complique comme disait Sempé. Mais, regardons nos vraies capacités : nous avons toute notre place dans l’avenir, il suffit juste d’être réaliste. Comme vous, j’étudie, je m’interroge, j’essaye de traquer les fake : le plus difficile est de parvenir à voir la réalité telle qu’elle est. De ce point de vue, dans notre actualité, l’Europe reste un lieu béni pour le développement économique et le respect des droits.

    - Ben, c'est sûr. Les deux sont liés. 

    - Ah bon ?

    industrie,europe

    Prêt à conquérir le monde

  • Fraudes à l’impôt : La Commission recadre sévèrement Apple

    A nouveau du très bon travail de la part de Margrethe Vestager, la Danoise commissaire européenne à la Concurrence. Un p’tit coup de main fiscal à une PME sympathique, pourquoi pas, mais une exemption d’impôt pour les mastodontes étasuniens de l’économie mondiale qui pillent les marchés, faut pas charrier.   

    La Commission européenne a hier sommé Apple de rembourser à l'Irlande plus de 13 milliards € au titre de ces passe-droits fiscaux. Pour mémoire, la capitalisation boursière d’Apple est proche de 600 milliards de dollars, et le groupe a réalisé l'an passé 234 milliards de dollars de chiffre d'affaires. Ici vous trouvez le très précis communiqué de la commission.

    Depuis une vingtaine d’années Irlande a fait le choix d’une fiscalité basse, à 12,5% sur les bénéfices des entreprises. Pas de problème, c’est la souveraineté des Etats. Le problème est qu’ensuite la législation est détournée.

    Alors comment a marché le système Apple, depuis 1991 ?

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    D’abord, les bénéfices pratiqués en Europe ne sont enregistrés qu'en Irlande ; ensuite, l'Etat irlandais admet que seule une partie infime de ces bénéfices est soumise à l’impôt à 12,5%, car l’essentiel des sommes ne fait que transiter vers des « sièges » d’Apple situé hors du pays et hors impôt. Or, c’est du pur bidon : dans ces sièges, pas de salariés, pas de locaux et rien pour avoir une quelconque activité. De temps en temps, une réunion d’administrateurs, et basta.

    Des chiffres ? En 2011, Apple Sales International a dégagé 16 milliards d'euros de bénéfices, mais seuls 50 millions ont été considérés comme imposables, et l’impôt a été inférieur à 10 millions d'euros, soit 0,05% de ses bénéfices totaux ! En 2014, on est arrivé à 0,005%... Donc, les mecs échappent à l’impôt, et après nous font la leçon en gestion…

    Josh Earnest, porte-parole d’Obama a aussitôt réagi pour dénoncer une « approche unilatérale qui menace de saper les progrès que nous avons fait ensemble, avec les Européens, pour un système fiscal international juste ». C’est vrai que si c’est la Commission européenne qui s’occupe de l’imposition en Europe, où va-t-on ?

    Réponse du tac au tac de Margrethe Vestager, soulignant le caractère légal de la démarche de la Commission et affirmant « qu'elle partageait le même objectif que les USA d'une imposition mondiale juste et équitable ».

    Depuis sa prise en fonction en novembre 2014, Margrethe Vestager applique fermement les principes de droit européen contre les aides illicites et les abus de position dominante : Google,  Amazon, Gazprom, Fiat, McDonald's, Starbucks, cartel des camions, et maintenant Apple... Femme politique appréciée au Danemark, elle avait annoncé la couleur devant le Parlement européen avant sa nomination : « Nous devons nous montrer aussi durs que peuvent l'être les entreprises ».

    Pour le reste, c’est juste dommage que les responsables politiques qui passent leur temps à discréditer l’Europe de Bruxelles n’aient pas l’honnêteté de saluer cet excellent travail, pour le respect de l’égalité devant l’impôt et la lutte contre les abus de la domination économique étasunienne.

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  • Ça se confirme : Erdogan a été sauvé par les généraux kémalistes

    Combien de temps faut-il pour être informé des réalités d’un coup d’Etat ? Beaucoup, et nous avançons prudemment. Pourtant, petit à petit, des réalités se dessinent. Je rappelle que toute contre-info est bienvenue.

     

    Les bases du putsch se confirment

     

    Le premier point est une incroyable carence du service de renseignement, le MIT, pourtant sur les charbons ardents avec ce qui se passe sur la frontière syrienne. Les premiers actes internes de l’armée ont eu lieu vers 16 heures, mais Erdogan a été avisé par son beau-frère dans la soirée, vers 20 heures, et s’est trouvé dans l’incapacité de joindre alors le patron du MIT.

     

    Ensuite, s’il y a dans ce coup d’Etat une improvisation qui surprend – notamment, pourquoi commencer les opérations publiques un vendredi soir d’été à 21 heures, quand toute la population est dans la rue ? – le commando qui était en route pour s’occuper d’Erdogan avait pour mission de le descendre, et ça s’est joué à un quart d’heure près. Le genre de truc qui vous fait réfléchir, et qui laisse des traces.

     

    Enfin, si Erdogan a pu quitter sa résidence, et rejoindre l’aéroport Atatürk à Istanbul, c’est parce que des généraux kémalistes ont pris sur eux d’assurer sa sécurité aérienne, alors que des avions putschistes étaient dans le ciel.

     

    Alors Gülen ?

     

    Le chef d'état-major, Hulusi Akar, a été placé sous surveillance militaire, avec contrainte physique et menacé armée, pendant 20 heures pour signer une déclaration indiquant que les putschistes annonçaient avoir pris le pouvoir, mais il a refusé. C’est lui qui explique que les généraux putschistes voulaient le mettre en lien avec Fethullah Gülen.

     

    Au sens judiciaire, nous n’avons pas les preuves. Mais nous devons constater que :

    (1) la déclaration d’un chef d’état-major ce n’est pas rien,

    (2) la répression actuelle, brutale, vise essentiellement les réseaux Gülen, et non l'opposition de gauche et kurde;

    (3) pour le moment, Gülen n’oppose pas grand-chose pour contredire Erdogan.

     

    L’Occident ?

     

    Erdogan a eu la vie sauvée de justesse grâce à l’armée, et ce vécu l’oblige à de solides remises en cause.

     

    Le plus évident est que des pans entiers de l’appareil d’Etat, sur lesquels il comptait, parce qu’islamistes, ont lâché, alors que les piliers de l’armée kémaliste ont tenu bon. Ça, ça change beaucoup de choses. 

     

    Le régime a aussi mesuré à la loupe les réactions des Etats le temps du putsch. Cela a amené Erdogan à reconnaître que son ennemi El Assad avait immédiatement condamné le putsch, quand tant d’autres « alliés » attendaient prudemment que ça se passe, visiblement prêts à accepter beaucoup pour tourner la page Erdogan. Celui-ci dénonce désormais : « Malheureusement, l'Occident soutient le terrorisme et se range aux côtés des putschistes. Ceux que nous imaginions être nos amis prennent le parti des putschistes et des terroristes ».

     

    Le poids des alliances

     

    Les options diplomatiques d’Ankara donnent le tournis, alors que se profile une visite d’Erdogan en Russie, pour rencontrer Poutine. Il se dit que la Russie serait intervenue de manière très utile lors des heures brûlantes, et meurtrières, du coup d’Etat.

     

    Bon. Mais dans le même temps, la Turquie d’Erdogan veut tout faire pour obtenir le renversement du régime de Bachar,… et s’opposer au territoire kurde indépendant, que soutiennent les Etats-Unis et la France. Elle dit aider la résistance palestinienne, alors qu’elle affiche le rétablissement de ses relations diplomatiques avec Israël, dans un grand deal tripartite avec l’Arabie Saoudite. Et surtout, la Turquie reste un pilier de l’OTAN.

     

    Dans cette région du monde, il est impossible de faire sans la Turquie, ce grand Etat de 75 millions d’habitants, à l'emplacement stratégique, et les Etats occidentaux tournent en rond, avec des taux d’hypocrisie pathologiques. Aussi, la vraie réponse ne peut venir que de Turquie : soit elle revient à sa politique étrangère de zero problem avec les voisins, quels qu’ils soient - ce qui veut dire faire des concessions à tous et ne jouer que dans ses frontières - soit elle maintient sa volonté d’être puissance dominante. Mais il lui faudra assumer les critiques contre les pays occidentaux, et alors prendre ses distances vis-à-vis des boss de l’OTAN. Ce qui semblait impensable avant le coup d’Etat.

     

    Ce serait un bouleversement, et ça ne peut se jouer que par petites touches. Attendons la rencontre Erdogan – Poutine de ce début aout, et surveillons les infos.  

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