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Fourniret

  • Fourniret : La cruauté et nous

    Fourniret : La cruauté et nous. Alors que s’ouvre devant la Cour d’Assises des Ardennes le procès du tueur en série présumé Michel Fourniret et de son épouse Monique Olivier, une question se pose d’évidence : pourquoi tout ça ?

     

    D’abord, pourquoi un tel procès, deux mois, alors que tout semble réglé d’avance. L’interview des avocats ne laisse pas beaucoup de doute. Tous disent que se sera la peine maximale pour Fourniret, et, sans doute pour son épouse. L’un des enjeux est de savoir si Michel Fourniret cherchera à adoucir le sort de son épouse, ou au contraire à la maintenir au cœur du pacte criminel qui les lie depuis l’origine. Michel Fourniret depuis sa prison où il finissait de purger une peine, écrit à Monique Olivier « Nous nous marierons devant les hommes et, unis par des liens distants des conventions, nous ne serons jamais les meilleurs amants que nous aurions pu être si la confiance avait pu abolir toute barrière au risque de se reconnaître comme deux monstres, mais si infiniment, tendrement épris l’un pour l’autre ». Et la future épouse de répondre « Tu sais c’est avec plaisir que j’exécuterai tes ordres (…) Non je ne suis pas une petite bourgeoise, je veux travailler auprès de mon fauve, le seconder ».

     

    Les faits sont largement établis par les éléments matériels et les déclarations. Pas de doute là-dessus non plus. Alors deux mois de procès … Oui deux mois, car il est nécessaire de comprendre. La justice doit s’entourer de la procédure la plus prudente. Car ce procès, c’est le viol et l’assassinat de 7 jeunes filles : Isabelle Laville 17 ans, Fabienne Leroy 20 ans, Jeanne-Marie Desramault 21 ans, Elizabeth Brichet 12 ans, Natacha Danaïs 13 ans, Céline Saison 18 ans, Mananya Thumpong 13 ans.

     

    Viennent alors les vraies questions : Pourquoi ces faits ? Comment ce comportement ? Et il y a deux manières de répondre.

     

    La première est le rejet de ces monstres. Des prédateurs sexuels, criminels sans conscience. Ils représentent l’envers de ce qu’est l’humanité. La seule solution est de les rejeter le plus loin possible et de les écarter d’une communauté humaine dans laquelle ils n’ont aucune place. De fait, si la justice confirme les accusations, la réponse sera la réclusion. Et vu l’âge de Michel Fourniret, 66 ans, ce sera une fin de vie en prison.

     

    La seconde est une interrogation sur la place de la cruauté dans le comportement humain.

     

    Dans cette affaire, la cruauté est quasiment parfaite. Elle est liée à une préméditation méthodique et alliée au plaisir. L’assassinat doit être, dans ce rituel criminel, précédé du viol de ce que les jeunes filles ont de plus intime, leur virginité. Deux morts en une seule mort. Tout serait simple si nous pouvions simplement rejeter la cruauté comme étant extérieure à l’homme. Or, personne n’a mieux posé le problème que Freud dans Malaise dans la culture : « Il n’y aurait aucun sens, ni aucune nécessité d’interdire le meurtre si l’homme n’y aspirait pas fortement. La passion pour le meurtre est première. La morale est une construction historique secondaire ». L’homme bon par nature, distribuant au mieux sa générosité pour un monde meilleur ... Non, c’est le fruit d’une construction morale. D’ailleurs, pendant très longtemps, la justice rendue aux noms des hommes ne se comprenait pas sans la cruauté, par la torture et des peines très violentes. Avec un raffinement, la peine de mort.

     

    L’un des plus grands criminels de l’histoire, que Nietzsche dans Généalogie de la morale appelait « la figure du maître », est Gilles de Rais. Un noble : petit neveu de Bertrand Du Guesclin, héros de la Guerre de Cent Ans, riche et fastueux … Mais, un noble non civilisé, qui poursuivait sa domination par l’asservissement des enfants. Combien de viols et d’assassinats pour Gilles de Rais ? Peut-être 140 victimes et en tout cas 50 ossements retrouvés. Et lorsque son juge Pierre de l’Hôpital interrogeait Gille de Rais celui-ci répondait que c’était seulement pour son plaisir et sa délectation charnelle.

     

    La société et la morale ont permis de dépasser cet état sauvage. Il n’en reste pas moins que la cruauté est au cœur des démarches humaines. Et le procès est l’occasion de se poser la question : où en sommes-nous avec la cruauté ?

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