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Interdiction de fumer

  • Interdiction de fumer? oui, mais...

    Je n’ai jamais fumé, mais l’envie m’en vient, car ce décret me reste en travers du gosier. Interdiction de fumer en public. Reste le privé, car le plaisir solitaire est légalement possible. Et l’Etat n’envisage pas d’interdire ce produit, pourtant si dangereux, peut-être parce qu’il est le support de 80% de taxe.

     

    Les dangers du tabagisme ? Pas la peine d’insister. Les chiffres sont éloquents, et il suffit d’avoir un jour fermé les yeux d’un ami fumeur pour enrager : « Mais qu’avait-il à fumer ? Ne lui a-t-on pas assez dit ? »

     

    Le poids et les méthodes des cigarettiers sont bien connus également. Les Marlboro des beaux cow-boys portent la sale empreinte du Ku Klux Klan. Cela tout le mode le sait.

     

    Alors, la lutte contre le tabagisme, la dénonciation du tabagisme passif, le sort peu enviable réservé aux salariés, enfumés contre leur gré, des discothèques et des bars. Un vrai problème de santé publique. Et puis, restons aux classiques : dans Physiologie du Goût, Brillat-Savarin n’a pas un mot pour tabac. C’est dire…

     

    D’accord aussi : la Cour de cassation a donné le la , en condamnant le 29  juin 2005 (affaire n° 03-44412), un employeur pour le tabagisme passif imposé aux salariés non-fumeurs. Tous les pays européens, peu ou prou, s’y mettent. Alors, applaudissons… Pas, si simple.

     

    Tiens, il n’y a pas que les pays européens qui s’attaquent à cette modification des comportements : l’Iran fait de même, ce qui a été la cause d’une grande manifestation ce 30 décembre. A Téhéran, c’est l'interdiction des narguilés qui fait tousser. L’AFP nous explique : « Le mois dernier, le gouvernement iranien a décidé d'interdire la consommation de tabac dans les lieux publics pour des raisons de santé et d'hygiène », précisant que cette campagne vise également les cafés et les cybercafés. 

     

    Une fraternité entre Roselyne Bachelot et Mahmoud Ahmadinejad, avec Claude Evin dans le rôle du go-between. Image inattendue, mais qui doit aider à ouvrir les yeux.

     

    Quel est le problème ? C’est de passer de l’hygiène à l’hygiénisme. C’est d’accepter ces intrusions, toujours pour de bons motifs, de l’autorité publique dans la sphère de la vie privée. C’est de se soumettre sans poser la question des priorités dans les buts poursuivis.

     

    La délinquance est là ? Equipons les rues des gentilles caméras de vidéosurveillance. Le terrorisme menace ? Des écoutes téléphoniques préventives seront efficaces. Les étrangers menacent l’économie ? Un petit fichier ne saurait nuire. Demain ce sera : Vous êtes innocents ? Alors laissez-vous juger pour que le tribunal le confirme.

     

    Et puis, comment ne pas voir, aussi, derrière l’interdiction du tabac, cet impératif : « Soyez en forme, soyez en bonne santé. La société compte sur vous. Elle préfère vous voir dynamique, bon pour le travail, et elle saura vous en être reconnaissant. » Tout le monde doit mourir en bonne santé ! Quel décalage entre Sarkozy et Kouchner faisant leur footing autour de leur hôtel à New York, et un Churchill, invétéré fumeur de havane, et qui expliquait sa grande forme en s’exclamant : « No sport ! »

     

    L’hygiénisme, c’est le contrôle des populations. C’est dire « No tabac ». Demain « No alcool ». Après-demain « Ni sel, ni graisse, ni sucre ». Et puis, gymnastique obligatoire au bureau et dans les salles d’attente de l’ANPE.

     

    C’est aussi créer un rideau de fumée, sur le registre de la culpabilisation, pour masquer de vrais problèmes de santé publique. Par exemple le nuage de Tchernobyl qui ne se serait pas arrêté aux pointillés des frontières. Ou l’intoxication des travailleurs du bâtiments à l’amiante. Ou les irradiés de Mururoa . Ou le drame silencieux des grands accidents du travail.

     

    Le plus insupportable, c’est la volonté de normaliser les comportements. Tout excès doit être combattu au nom de l’utilitarisme social. Vous voulez être heureux ? Habituez vous à vivre dans une société sans odeur et sans saveur ! L’Etat veille sur vous.

     

    Image du passé, image délinquante : Françoise Sagan au volant de son cabriolet sur les routes du midi, sans arceau de sécurité, sans ceinture de sécurité, sans radar, les cheveux au vent et le front au soleil, avec un peu de machin dans la machine. Aujourd’hui, c’est le tribunal et la leçon de morale ; hier, c’était Un peu de soleil dans l’eau froide.

     

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